‹ Annales du Musée colonial de MarseilleChapitre 54 sur 140 · I.A PRAIRIE · texte numérisé non relu

I.A PRAIRIE

carpus e.rcelsus et Celastrus linearis résistent aussi à cause de leur écorce épaisse et du stat qu’ils affectionnent, et où les feux sont moins violents. Hyphoene et Medemia enfin doivent leur résistance aux caractères anatomiques et physiques de leurs stipes.

Très abondantes parfois, ces plantes arborescentes donnent

Le même collet que celui de la figure précédente, mais vu par la face supérieure. Il n’y a de rameaux que sur les bords et aux extrémités des lobes, et les feux, en les détruisant, forcent la souche à s’accroître horizontalement.

à la prairie de certaines régions de l'Ouest de faux aspects de savane. Sclerocarya Caffra et Medemia nohilis semblent s'étendre vers l'Est en même temps que la prairie, mais cela n’est vrai que pour Sclerocarya, dont les graines sont rapidement disséminées au loin par les sangliers, car Medemia a existé de tout temps dans la forêt de l'Est. Ces cinq espèces, arbres, arbustes ou Palmiers de l’Ouest, sont les seules plantes arborescentes malgaches qui puissent se multiplier par graines dans la prairie. Cela est dû certainement à ce que ces graines, et les jeunes plants qui en proviennent, peuvent échapper à

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l'action des feux, grâce à leurs longues racines pivotantes et aussi au collet de leurs jeunes plantules profondément enfoui dans le sol.

Comme on peut le voir par la liste ci-dessus, les espèces marquées d'une astérisque, dont les innombrables individus constituent presque seuls la Prairie malgache, sont presque identiques dans l'Est, l'Ouest et le Centre. Rien ne subsiste

Prairie de l'Ouest, et vestiges de bois, avec Bathiea rubri/lora Drake, protégés

par des rocailles.

plus, dans cette Formation, des divisions si nettes (ainsi que nous le verrons plus loin de la végétation autochtone. C'est à peine si l'altitude donne à la prairie au-dessus de 1.400 m. non pas un aspect différent, mais une composition botanique qui n'est pas tout à fait identique.

Le climat, la position, la composition physique du substratum semblent laisser indifférentes les espèces habituelles de la Prairie. Pourtant, suivant la région, lestât préféré de telle ou telle de ces espèces changera parfois légèrement. C'est ainsi, par exemple, qu' Andrnpogon ru fus, presque localisé,

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dans l’Ouest, dans les plaines basses et humides, croît surtout au contraire, dans l’Est et le Centre, sur les collines.

La pauvreté en espèces de la Formation des prairies pourrait laisser croire que cette formation n’occupe, dans l’île, que des surfaces insignifiantes. Il n en est rien pourtant, et c est de beaucoup, au contraire, celle des Formations de la flore malgache qui couvre les surfaces les plus étendues, puisque,

Restes de bois des terrains arénacés, détruits par les feux de prairie, sur les lianes stériles de la chaîne basique du Makay, près de Reroroha (Région de l’Ouest).

sur les 58 millions d'hectares de la superficie totale de l 'île, elle en recouvre plus de 47 millions. Bien plus, quelques signes inquiétants, que nous espérons encore avoir mal vus ou mal interprétés, nous font craindre que cette Formation ne soit destinée à couvrir, dans quelques siècles, 1 île tout entière, sauf l’Extrême-Sud, que sa sécheresse, si paradoxal que cela puisse paraître, protégera toujours de la prairie et des feux.

Conséquence l un de l’autre, étroitement alliés dans leur lutte commune contre la forêt et la sylve autochtone, le feu

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et lp prairie dévorent sous nos yeux les derniers vestiges de 1 ancienne flore malgache. La prairie fournit le combustible, l'aliment qui propagera le feu au loin ; le feu. à son tour, attaque la forêt, la détruit plus ou moins vite et livre à la prairie les surfaces jadis ombragées. La prairie, qui propage le feu, et le feu, qui crée la prairie, étendent ainsi leur action de jour en jour et multiplient tellement leurs points d'attaque

Prairie aux environs de Besalampy (Région Ouest), sur arènes crétacés. La colline, graveleuse et plus stérile, a conservé des traces de végétation arboresçente. Les bas fonds, plus fertiles, ne sont uniformément recouverts que de prairies à Andropogon hirtus.

qu'il devient douteux que l'homme puisse arrêter maintenant leur œuvre dévastatrice.

Dans l'Ouest, la Prairie couvre maintenant les plaines, les collines et les vallées. Elle et son allié y détruisent les derniers bosquets, les derniers restes de bois que l'on y observe encore, et ceci lentement, d’une manière insensible, en un point donné, mais avec une rapidité inouïe si l’on tient compte de la multiplicité des points d attaque, et si 1 on fait le

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total des surfaces déboisées annuellement. Dans cette région occidentale, quelques bois protégés par des obstacles naturels, rocailles ou rivières, semblent bien résister quelque temps à leur action, mais le feu finit par tourner l'obstacle, et vient créer bientôt au milieu des arbres une clairière, qui désormais s’étendra et s’emparera peu à peu de toute la surface boisée. Dans le Centre, l'action a été plus brutale et plus rapide.

Prairie brûlée et lisière d’un bois attaqué par les flammes, aux environs du Cap Saint-André (Région Ouest).

Les forêts, laborieux édifice construit par les siècles sur ces sols stériles, sont les seules à Madagascar qui ont été détruites et sont détruites par de vrais incendies de forêt, c’est-à-dire par centaines et milliers d’hectares à la fois. Un de ces incendies de forêt, suivi de deux ou trois feux de brousse, suffit ici pour changer un bois sombre et verdoyant en cette pauvre prairie, si triste et si monotone, qui recouvre maintenant presque entièrement le Centre.

Sur le versant Est, la Prairie déborde déjà dans le Nord et dans le Sud. Elle s’v étend de plus en plus, en même temps qu'un climat plus sec qui semble en être la conséquence.

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Même dans les parties les plus humides de cette région, des clairières, des taches de prairies déjà vastes s'observent dans maints endroits ; et ces taches, une fois créées, vont chaque jour s'agrandissant, non aux dépens de la forêt, contre laquelle le feu et la prairie ne peuvent rien sous ce climat, mais aux dépens de la brousse des tavv, c’est-à-dire des espaces où l'homme a préparé leùrs voies en détruisant la

Forêt et prairie à Aristide a sur un même sol, à Vohipeno (Matitana; S.-E.). L’herbe sèche vient d'être brûlée. Quelques touffes de Graminées seules subsistent. Ici se manifestent bien les différences qu’il y a entre la flore modifiée (prairie) et la flore autochtone (forêt).

forêt. La prairie se comporte en effet, dans ces régions plus humides, tout à fait comme sous d'autres climats plus secs. Il suffit d'un beau jour pour que les chaumes mûrs des Graminées se dessèchent; et, ces chaumes une fois secs, le feu, comme de lui-même, jaillit, et, plus violent peut-être qu'ailleurs, accomplit rapidement son œuvre par les mêmes processus, avec les mêmes résultats.

La seule région de l ile où la végétation autochtone résistera toujours au feu et à la prairie est l'Extrême-Sud. Là, en

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effet, par suite du climat trop sec. les Graminées ordinaires de la prairie ne peuvent s'étendre et prospérer; et le feu, faute d’aliments, ne peut causer aux plantes crassulantes et peu combustibles de la flore du Sud que d'insignifiants dégâts, vite réparés par la nature.

Cette Prairie si vaste n'a pas une bien grande valeur au point de vue économique. C’est même aux immenses étendues

Mont Yatovavy, près de Mananjary. Savoka à Ravenala envahi et détruit par la prairie. Au pied des rocs on remarque quelques arbres, seuls restes de la forêt. La végétation du sommet du pic et des crêtes est constituée par des savoka à Harong a.

qu elle recouvre, aux feux dont elle est la conséquence et la cause, que l'on doit la stérilité si grande, la pauvreté si réelle des trois quarts au moins de l'ile. En effet, presque annuellement, le feu dénude d’immenses surfaces ; une partie des matières fertilisantes fixées par la végétation s’évapore en fumée; l’autre est emportée par les pluies diluviennes qui suivent bientôt les feux ; l’érosion enlève rapidement les parties bumifères et superficielles du sol dénudé, et la latérite, aussi infertile que le roc, apparaît enfin partout, rouge, ingrate et décourageante.

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La prairie malgache, il est vrai, nourrit un nombre assez considérable de bœufs, mais elle les nourrit mal. car les bœufs malgaches sont souvent maigres et la plus grande maladie qui les décime est certainement l'inanition. Pourtant le nombre de ces bœufs, en regard de l'étendue de la prairie 6 millions de bœufs pour 47 millions d'hectares), n'est, en somme, pas encore bien considérable. En fait, la Prairie

Mont Vatovavy, près de Mananjary, vu du N.-E. Phase plus avancée de dénudation. Il ne reste plus de savoka que dans le fond des vallons. Les quelques arbres qui subsistent à la base des rochers résistent parfaitement aux feux de prairie, qui détruisent pourtant les savoka d’alentour.

malgache n'a réellement les caractères d’une vraie prairie, c est-à-dire d une prairie pouvant produire du fourrage et nourrir des bœufs en toute saison, que dans les plaines de l’Ouest ou aux alentours, et sur les emplacements des forêts nouvellement détruites. Partout ailleurs la prairie s appauvrit de plus en plus à chaque feu. Les espèces fourragères y sont d'abord remplacées par des espèces plus coriaces ; puis, la stérilité s'accentuant, elle devient semblable à la prairie du Centre, qui n'a déjà presque plus rien d’un pâturage; puis,

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finalement, les Graminées coriaces elles-mêmes ne poussent plus, et la latérite reste nue.

Il faudra donc, le jour où nos bœufs deviendront plus nombreux, chercher à utiliser la prairie malgache et essayer d'en faire une prairie réelle. Et pour cela, il faudra la modifier, c’est-à-dire remplacer les espèces actuelles, dures et coriaces, par d'autres réellement fourragères. Dans l'Est et l’Ouest, sous les climats tropicaux, ce sera chose facile. 11 suffira d’y détruire les mauvaises espèces, d’v supprimer les feux et d'entretenir ensuite la prairie en la fauchant et en la faisant brouter régulièrement. La suppression des feux permettra aux Graminées rudérales ou des champs cultivés ( Panicum , Digitaria, Paspalum), espèces donnant de bons fourrages, de s’installer dans la prairie et d v prospérer à nouveau, tant que le feu n’v fera pas sentir son action. Dans le Centre, la modification de la prairie sera bien plus difficile à obtenir. Il y faudra, en plus de l’abandon du système des feux et de la destruction des plantes actuelles, introduire de nouvelles espèces fourragères, car ces espèces manquent encore sous ce climat très spécial. Cynodon Dactylon est, en en effet, la seule plante à assez bon fourrage qui s’empare actuellement des espaces soustraits par la culture au régime des feux.

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