‹ Annales du Musée colonial de MarseilleChapitre 58 sur 140 · I.A VÉGÉTATION MALGACHK · texte numérisé non relu

I.A VÉGÉTATION MALGACHK

choisi, parmi les plantes autochtones ou naturalisées, les quelques espèces aptes à vivre dans les nouvelles conditions, et elles n'ont permis qu’à ces espèces, à l'exclusion de toute autre, de s emparer des surfaces déboisées. Ces circonstances expliquent le petit nombre de ces espèces, en regard de la multitude des individus qui les représentent, caractère qui permet, ainsi que nous 1 avons dit, de distinguer immédiatement les Formations de la végétation modifiée de celles de la végétation autochtone.

Savoka à sévabé ( Solanvm auriculaium aux environs d’Analaruazaotra vers 800 m. ait.

C’est encore ce même caractère qui nous a permis de distinguer entre elles deux sortes de brousse érieoide que leur aspect similaire nous avait fait jadis confondre. L’une, que nous appellerons « savoka à Pbilippia », remplace subitement la forêt incendiée dans certains endroits où les bois et broussailles autochtones brûlent par grandes surfaces à la fois, notamment dans le Sud-Est. près de la mer, et dans le Centre, au-dessus de 1.200 m. d’altitude. Ces « savoka à Pbilippia » durent peu d’ailleurs, flambent vite et sont

l.A lî HOUSSE DES TAYV, OU SAVOKA

bientôt remplacés par la prairie habituelle. Comme les autres Formations de la végétation modifiée, celle-ci n'est constituée que par quelques espèces, Philippin ou Helichrysum. La brousse éricoïde des altitudes supérieures à 2.000 m.. Formation dont il sera question plus loin, et qui lui ressemble beaucoup d'aspect, est au contraire très riche en espèces et a tous les caractères des autres Formations autochtones,

La brousse des tavv couvre environ dans l île quatre

Savoka à Philippia, aux environs de Moramanga, vers sou m. ait.

millions d’hectares. Sauf quelques milliers d'hectares dans le Sambirano, tous les savoka se trouvent dans l'Est. Cette Formation, en effet, n'existe que sous les climats humides, où le feu et la prairie ne peuvent s’emparer immédiatement des surlaces déboisées par les tavv. Aussi est-ce un mode de végétation transitoire ', qu’aucune action durable et répétée

1. Les espèces autochtones des savoka ont, dans la forêt vierge, un rôle analogue à celui du bouleau dans nos forêts de hêtres. Lorsqu’un vide se produit dans la futaie, soit par suite de la mort d'un arbre, soit pour toute autre cause, elles s’en emparent immédiatement, au point d’empêcher toute autre végétation. Puis elles grandissent, et, sous leur

LA VÉGÉTATION MALGACHE

ne maintient dans une forme constante, et qui devrait faire retour à la forêt au bout de quelques siècles si le feu, qui respecte la forêt dans ces régions, n’attaquait pas ces savoka, et si toutes les surfaces occupées par cette Formation n’étaient pas, par suite, destinées fatalement à devenir un jour des prairies.

En fait, il y a peu d'exemples de savoka redevenant forêt. Nous en avons pourtant observé quelques cas dans le Sambirano et dans le massif de Masoala, près de Marambo. Les forêts ainsi reformées sont facilement distinguées des parties vierges par le petit nombre des espèces qui les constituent ', nombre beaucoup plus grand que dans la brousse des tavy, mais bien moindre que dans les Formations vierges. Au reste, quelques espèces naturalisées durables, telles que les Citrus et les goyaviers, permettent de reconnaître au premier coup d'œil toute forêt anciennement « tavée ». Mais ces exemples sont si rares que I on peut dire qu en règle générale jamais les savoka ne font retour à la forêt.

Les exemples de savoka se changeant en prairie sont, au contraire, excessivement nombreux. La prairie et le feu détruisent, en effet, cette Formation de la même manière qu'ils détruisent les bois dans l'Ouest, mais plus rapidement encore, car les Pteris et quelques Graminées rendent la brousse des tavv bien plus inflammable.

L utilité économique de cette brousse est nulle. Peut-être pourrait-on y exploiter les graines de longoza, analogues à celles des autres Amomes. Cependant les savoka valent mieux

ombrage de plus en plus clair, se développent peu à peu les arbres qui reconstitueront la forêt. Le cycle de reconstitution est très lent et équivaut à un véritable assolement, rendu peut-être nécessaire par la stérilité des latérites. Les plantes des savoka sont donc précieuses au point de vue forestier; et certaines d’entre elles permettront peut-être de reconstituer la forêt sur des latérites dénudées.

1. Ce fait semble indiquer que l’exploitation détruira l'hétérogénéité de la futaie, ce grave défaut de la forêt malgache au point de vue forestier. Il permet d'entrevoir la possibilité de changer la futaie actuelle en futaie homogène, constituée par une ou plusieurs essences déterminées.

f.A liltOl SSE DES TAVY. ül SAVOKA

au point de vue cultural que la prairie. Les arbres y poussent, ce qui est précieux pour les cultures tropicales qui demandent de l’ombrage ; et les feux annuels n'en ont pas encore stérilisé complètement le sol. La meilleure manière d'utiliser la brousse des tavy serait de la reboiser, mais ce reboisement, bien que moins problématique ici que sur la prairie, exigera une somme autrement grande d’efforts, d'argent et de temps

Savoka à Philippia sur la lisière d’une forêt brûlée, aux environs de Mananjary.

que celle qui a été nécessaire pour priver ces surfaces des belles forêts qui les couvraient jadis.

L’Administration fait en ce moment-ci quelques efforts pour arriver à la suppression des tavy. Elle n'a pas pu encore obtenir ce résultat, et les Tanala, dans le Sud-Est, ainsi que les Tsimihety, dans le Nord, continuent toujours à détruire ce qui reste de la forêt. Espérons qu’on arrivera pourtant bientôt à des résultats plus complets, car il est temps d’arrêter cette dévastation. Plus de 4 millions d hectares de forêts ont été détruits ainsi depuis 20 ans et ont été changés en prairies

LA VÉGÉTATION MALGACHK

ou en savoka. Et ces forêts, que les indigènes ont fait disparaître surtout dans les vallées, étaient naturellement les plus belles et les plus accessibles.

Le seul tort des tavy n'est pas seulement la destruction des bois et l’appauvrissement du sol qui en est la conséquence forcée, dans un pays constitué physiquement comme l'est Madagascar. Au point de vue social, ce mode de culture a, en outre, les plus déplorables effets. Chaque année, l indigène qui s’y livre abandonne son champ et sa hutte pour aller au loin en refaire d'autres. Lorsque la forêt est devenue trop lointaine, il change même l'emplacement de son village. Ce village n'est d'ailleurs qu'un endroit où l'Administration l'a forcé de construire une case toute représentative, et qu il n'habite, pour ainsi dire, jamais. Aucun progrès, ni cultural ni moral, n'est possible dans ces conditions. Le tavy est un mode cultural qui détruit au lieu de créer, et ne laisse après lui. partout où il a été pratiqué, que ruine, abandon, brousse impénétrable et inutile.

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