FLORE DU VENT FLORE SOUS LE VENT
Futaie variable de hauteur, mais Futaie plutôt claire, à arbres, toujours dense. Type de forêt quand il en existe, espacés.
tropicale ou subtropicale humide.
Feuilles persistantes.
Sous-bois épais, avec plantes herbacées.
Mousses très abondantes.
Epiphytes très nombreux.
Fougères très abondantes.
Palmiers et Pandanus abondants.
Orchidées très abondantes, la plupart epiphytes.
Xérophytes rares et localisés sur rocailles dénudées.
Graminées à port de bambou.
Presque totalité des Chlaenacées.
Prédominance des Rubiacées, des Fougères, des Palmiers, des Mousses, des Composées, des Mélastomacées, des Araliacées, des Myrsinaeées, des Orchidacées, des Ericacées el des Pipéracées.
Genres spéciaux : 122.
dominant des arbustes de 4 à 10 ra.
Type de forêt tropicale sèche.
Feuilles caduques, sauf dans les endroits humides.
Sous-bois nul, ou arbustes.
Mousses rares.
Pas d’épiphytes, ou très rares.
Fougères très rares.
Palmiers 1 el Pandanus rares.
Orchidées peu communes et terrestres.
Xérophytes très abondants.
Pas de Graminées à port de bambou.
Quatre Chlaenacées, seulement localisées sur les contreforts de la région centrale.
Prédominance des Légumineuses, des Euphorbiacées, des Acanthacées, des Asclépiadacées, des Méliacées, des Anonacées et des Crassulacées.
Genres spéciaux : 98.
Comme on peut le voir par le tableau ci-dessus, les différences énumérées sont surtout dues à la plus ou moins grande humidité des deux climats différents. La première flore, à faciès hvgrophvte, habite un climat plus humide; la seconde, à faciès xérophvte, un climat plus sec. Mais il ne faut pas croire que les territoires respectifs qu'occupaient ces flores pourraient être déterminés par la quantité annuelle des pluies qui les arrosent. Il n’en est rien, ou du moins il n'en est plus
1. Nous ne notons pas comme caractéristiques de la Flore sous le Vent l’abondance des Palmiers à feuilles en éventail, remarquable pourtant dans certaines plaines de l’Ouest, car ces Palmiers, qui existent aussi dans l’Est, n’y doivent évidemment leur grande dissémination qu’aux feux et font partie, comme tels, des espèces de la flore modifiée. Dans la flore autochtone, ces Palmiers passent inaperçus.
GÉNÉRALITÉS fi 7
ainsi. Mais les régions qu elles occupaient respectivement peuvent être définies, mieux que par des limites géographiques, en quelques mots. La Flore du Vent couvrait toutes les surfaces où l'alizé arrive encore chargé d'humidité ; et la Flore sous le Vent couvrait toutes celles où ce vent est nul ou arrive desséché
Mais la principale différence, celle qui nous a engagé à séparer nettement ces flores, est surtout le très petit nombre d'espèces qui leur sont communes 1 2. Baron a dressé une liste assez considérable d'espèces qu’on retrouve dans ces trois régions, ou seulement h l'Est et à l Ouest ; mais la plupart des espèces qu’il cite sont des rudérales ou des plantes de la prairie — appartenant comme telles à la flore modifiée — ou des littorales ou des palustres — que la mer et les eaux répandent partout — ou encore des espèces de la région du Sambirano, qui a, comme nous le verrons, beaucoup d’affinités avec celles de l’Est. Voici la liste des seules espèces, appartenant aux formations autochtones non marécageuses, qui sont sûrement communes à nos deux flores :
Albizzia fastigiata Oliv. Pentopetia androsae-
rnifolia Dcne.
Mimosa latispinosa Lamk. * Ravcnala madagasca-
riensis Gmel.
* Leva guineensis Don. * Raphia Ruffia Mart.
1. Dans le Nord, l’alizé est humide ou sec pour des raisons qu’il n’est pas toujours facile de comprendre. Passe encore pour le Sambirano et Nossi-Bé, ou l’humidité des vents est certainement une conséquence de voisinage des grands massifs du Manongarivo et du Tsaratanana. Mais pourquoi donc l’alizé, à la même altitude, est-il humide sur la montagne d’Ambre, où il a créé une belle forêt verte, et très sec, au contraire, sur les montagnes de l’extrême N.-E., que couvrent des bois à feuilles caduques ?
2. Les Champignons eux-mêmes, dont les espèces sont si uniformément répandues, sont très différents dans l’une et l’autre de ces flores. Il y a aussi très peu d’animaux ou d'insectes, à part les espèces cosmopolites, qui soient répandus dans l’ile entière. Lorsqu'un type est réparti à travers tout Madagascar, il se subdivise souvent en un certain nombre de races locales, correspondant à nos divisions floristiques.
68 LA VÉGÉTATION MALGACHE
Flagellaria indica Lin. * Ncodypsis Lastellea-
na Baill.
Arundo madagascariensis Kunth. * Medemia nobilis
Olyra latifolia Lin. * Mascarenhasia arbo-
rescens 1 DG.
Et encore sur ces douze espèces, Arundo madagascariensis est une de ces plantes particulièrement souples cpie l'intervention humaine a énormément disséminées en multipliant les stations qu elles affectionnent. Cet Arundo , en effet, ne croît guère que dans les ravins découverts, stations plutôt rares dans la forêt primitive, mais que l’érosion, suite de la dénudation, a depuis creusés partout. Quand aux onze autres, elles ne sont pas répandues sur la totalité du territoire des deux flores. Elles ont simplement une distribution géographique un peu différente de celle des autres espèces et sont localisées plutôt dans la moitié Nord de l'Ile.
Quelques-unes de ces espèces communes aux deux flores, Leea guineensis , Flagellaria indica , Olgra latifolia , sont cosmopolites ou très répandues sous les tropiques. La grande dispersion de la plupart des grands genres communs aux deux flores est encore plus marquée. En effet, sur les 7o grands genres répandus dans toutes les régions de 1 île , 2 seulement (Phylloxylon, Plectaneia) sont endémiques ; 2 ( Cynosorcliis , Thylachium ) ne se retrouvent que dans les Mascareignes; 1 ( Tristellateia ) seulement dans l'Océanie ;
1 ( Hydrostachys ') dans l'Amérique et dans l'Asie ; 3 ( Psoros permum , Mascarenhasia, Landolphia ) dans l’Afrique. Tous les autres ont des représentants aussi bien à l'orient qu'à l'occident de l’ile et sont, en général, largement répandus dans tous les pays tropicaux.
Les grandes différences qui existent, d'une part, entre ces deux flores et, d'autre part, entre leurs différentes régions, ne pourront être mises pleinement en lumière qu'en établissant des listes complètes des espèces spéciales à chaque flore ou à
1. Les espèces marquées d'un astérisque manquent dans la région centrale.
UÉNÉRALITÉS
chaque région. Les documents existants ne nous permettent malheureusement encore de dresser ces listes, mais voici néanmoins, pour montrer l’ampleur de ces différences, la distribution de quelques familles sur lesquelles nous possédons les données les plus complètes 1 :
Flore du Vent.
Centre.
Sambirano.
Flore
sous le Veut.
Communes aux deux flores.
Fougères
5 palustres).
Orchidées
Palmiers
4 (1 littorale). j
Asclépiadacées .
6 (3 rudérales.
2 littorales).
Mélastomacces. .
1 ( palustre et
sub rudérale).
Chlaenacées ....
1. La première colonne indique le nombre tolal des espèces de la famille observées jusqu’à ce jour à Madagascar, les 7 suivantes, le nombre d'espèces spéciales à chaque llore et à chaque région, et la dernière, celui des espèces communes aux deux flores. Ces dernières, comme nous l’avons dit, sont surtout des rudérales, des palustres ou des littorales.