‹ Annales du Musée colonial de MarseilleChapitre 74 sur 140 · I.A VEGETATION MALGACHE · texte numérisé non relu

I.A VEGETATION MALGACHE

plus de cinq années d’observations. La saison chaude comprend les mois de novembre, décembre, janvier, février, mars et avril ; la saison fraîche comprend tous les autres mois 1 .

Les différences que l’on relève entre les trois stations où ces données ont été recueillies n influent guère sur la végétation, car des pluies plus abondantes tempèrent les chaleurs plus grandes ; et, en définitive, les caractéristiques des deux saisons varient peu entre Farafangana et Maroantsetra. Aussi les phases de la végétation sont-elles les mêmes du Nord au Sud.

En saison fraîche, l'arrêt de la végétation n’est général que pour les arbres de la futaie et les lianes dont ils sont les supports. Beaucoup de plantes du sous-bois, des épiphytes et certains arbres ou arbustes portant leurs fleurs sur le tronc, fleurissent en cette saison. Quelques espèces restent même en végétation toute l’année. Pourtant, dans l'ensemble, la reprise de la végétation a lieu surtout avec les premières chaleurs, avec les premiers orages, c’est-à-dire vers le mois d’octobre. Mais ce renouveau n’a rien de brusque, rien de comparable avec le printemps des climats tempérés ou avec celui de l'Ouest que nous décrirons plus loin. La plupart des espèces commencent bien à végéter vers cette époque, mais ce phénomène est peu marqué et elles entrent successivement en floraison pendant tout le cours des mois chauds. Plusieurs d'entre elles ne montrent même leurs fleurs qu'à la fin de 1 hivernage, en avril, et leurs fruits passent la saison fraîche en s'accroissant lentement pour mûrir au commencement de 1 hivernage suivant. De ce nombre, sont les Landolphia, genre commun aux deux versants, et dont les phases de végétation font bien ressortir les différences qui existent entre les climats orien-

1. N oir : Température..., Pluies à Madagascar, B. P. Colin, Bull. Acad, malgache, 1912. 1. Ces pages étaient déjà écrites lorsqu’ont paru 1914 les deux articles du savant météréologiste. Les chiffres que nous donnons ont é±é puisés aux mêmes sources, mais nos moyennes ont été calculées sur une série moins longue d'années que celles du R . Collin, et, partant, sont moins exactes.

LA REGION ORIENTALE / J

LA VÉGÉTATION MALGACHE

taux et occidentaux. En ell'et. dans 1 Ouest, les espèces de ce genre fleurissent en octobre et mûrissent leurs fruits en septembre de l’année suivante.

A latitude égale, les phénomènes phénologiques de la région orientale sont toujours en retard de quelques mois sur ceux de l'Ouest 4. Les mangues et les avocats, par exemple, mûrissent en septembre-octobre à Nossi-Bé et à Majunga, et seulement en janvier-février à Tamatave. Nous relèverons plus loin des différences analogues entre le Centre et l’Ouest, à propos du raisin ; et ces particularités climatiques auront plus tard pour Tananarive — lorsque cette ville sera reliée aux deux côtes par des voies rapides — des conséquences heureuses : elles lui permettront, en ell’et, de s'approvisionner en toute saison des productions et des fruits les plus variés.

Les cultures, jusqu’à un certain point, peuvent servir à caractériser un climat. A ce point de vue, celles de la région Est sont les cultures ordinairement pratiquées dans les pays tropicaux et humides. Seule, la stérilité trop fréquente du sol en exclut quelques-unes.

Sauf une étroite bande littorale constituée par des sables, ce sol est, presque en totalité, constitué par îles argiles latéritiques provenant de la décomposition de gneiss, de schistes cristallins et souvent aussi de diabases. Ces argiles, quelle que soit leur origine, sont en général peu fertiles, compactes et presque imperméables 1 2. Aussi la presque totalité des plantes de cette région ont-elles des racines traçantes, pénétrant peu profondément dans le sol. ce fait étant d’ailleurs aussi bien la

1. Celait est d’autant plus curieux que le maximum thermique de la région Diego-Maintirano est, au contraire, en retard sur celui des autres parties de l île. (V. R. P. Collin, B. A. M., 1912, I, p. 219.)

2. En fait, ces sols, lorsqu'ils sont recouverts de végétation, ne sont pas imperméables. Au contraire, ils sont le siège d’une circulation d’eau lente, mais continue, agent très probable de la décomposition des roches sous-jacentes. Mais, justement, par suite de la lenteur de cette circulation, ils sont toujours saturés d'eau sous le climat du vent, et c’est sans doute pour cette cause que les racines semblent les fuir, comme celles des espèces des marais ou de la mangrove fuient le sol situé au-dessous du niveau constant des eaux.

LA RÉGION ORIENTALE

conséquence de l'humidité très grande que de l’imperméabilité relative de ces terres.

Lorsqu'on aborde sur un point quelconque de la côte Est, entre Vohémar et Fort-Dauphin, et que l’on se dirige vers l'intérieur, on trouve successivement :

1° Un cordon de dunes littorales séparant de la mer une zone de marais et lagunes d'eaux douces ou à peine saumâtres;

2° Un chaos de petites collines arrondies, ordinairement couvertes de savoka et de prairies, parfois munies encore, vers leur sommet, de quelques vagues restes de forêt, ou plus rarement boisées encore totalement ;

3° Enfin, aux environs de la cote 800, une bande plus ou moins étroite de forêt, réduite à rien dans maints endroits, mais qui, tout récemment encore, s’étendait *sans discontinuité du Nord au Sud de l ile.

Jadis, lorsque la végétation de ce versant était encore totalement vierge, on trouvait bien, avec le même aspect qu’elles ont encore maintenant, les deux premières zones des dunes et des lagunes, mais, au-delà, la forêt recouvrait seule tout l’espace entre les lagunes et le rebord abrupt des hauts plateaux. Cette forêt n offrait, avec l'altitude de plus en plus grande, que des changements insensibles ; et l’aspect, homogène dans l'ensemble, des restes que nous avons pu encore étudier, comme la conformité des conditions de milieu, nous ont contraint à n’y voir qu’une seule et même Formation L

Nous distinguerons donc dans la végétation du versant oriental les trois formations suivantes :

1° Bois et bosquets littoraux ;

2° Marais et lagunes de l’Est ;

3° Forêt orientale.

Nous en ajouterons une quatrième, la Forêt des cimes , non parallèle à la côte comme les précédentes, moins distincte, et

1. Les subdivisions que nous appelons Formations pourraient tout aussi bien être appelées Domaines, car elles recouvrent chacune des territoires bien définis physiquement. Nous avons préféré Formation simplement parce qu’à chacun de ces territoires correspond un faciès de végétation spécial.

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