I. — Bois et bosquets littoraux
Cette Formation recouvre une bande assez étroite de dunes récentes. Elle a souvent, surtout dans le Sud, un aspect de parc. Les espèces sont, les unes, d'origine orientale, les autres de l'intérieur de l'ile. La plupart des espèces malgaches citées pour leurs affinités avec celles des flores orientales croissent dans cette zone.
Euphorbe des dunes littorales, au\ environs de Loholoka Est;.
La Formation littorale est toujours étroite. Elle n’a jamais plus de 2 à 3 kilomètres de large, mais elle existe, en revanche, presque sans discontinuité, de Yohémar à Fort-Dauphin. Le
LA RÉGION OUI EN TA LU
sol qu’elle recouvre est uniquement constitué par des sables marins, que les vents ont amenés petit à petit bien au-dessus du niveau des plus hautes marées. Elle est quelquefois représentée par de belles forêts, surtout au nord de Fénérive, mais plus souvent par des bosquets plus ou moins étendus, que séparent des plages d’un gazon court et très particulier. Le feuillage opulent et sombre des arbres et des arbustes, celui
Cycas Thounrsii. Dunes littorales, près de Mananjary.
plus élégant et plus frêle des Pandanus. des Cycas et des Palmiers , le gazon vert tendre qui leur sert de fond, donnent alors à cette Formation l’aspect d’un parc idéalement beau.
Trop près de la mer pour que I on y puisse faire des cultures, les forêts et les bosquets de cette Formation ont, par suite, échappé aux tavy ; et la végétation y est encore presque totalement vierge. Le fin et court gazon que l'on voit entre les bosquets n’a aucun rapport avec la prairie soumise au régime des feux périodiques. Les espèces de Graminées qui le composent en sont toutes différentes et spéciales. Ce sont des espèces sub-halophiles qui ont toujours des rhi-
LA VÉGÉTATION MALGACHE
zomes traçants et des chaumes très courts. Cette sorte de prairie, qui est constituée par des Graminées sélectionnées non par les feux, mais par le vent chargé de sel, représente le premier stade de la fixation des sables des dunes par la végétation. En effet, les sables amenés par la mer et soulevés par les vents, restent d abord nus et mobiles puis le gazon
Pandanus sur la dune littorale, à Ampasimeloka, sur le Matitana (Est .
les fixe sous le fin réseau de ses rhizomes, et enfin, lorsque l'endroit n'est pas exposé à des vents très violents, les piaules arborescentes apparaissent et s’emparent du terrain.
Les espèces caractéristiques que 1 on retrouve du Nord au Sud, et qui donnent au paysage un aspect spécial, sont plus nombreuses ici que dans n’importe quelle autre partie de la région orientale. Ce sont des espèces ubiquistes, apportées sûrement par les flots, ou des formes spéciales appartenant à des genres largement représentés à 1 intérieur. Beaucoup d espèces malgaches citées pour leurs affinités avec celles des flores orientales ne se trouvent que dans cette zone. Au total, cette Formation est manifestement de création récente, géolo-
I,A REGION ORIENTAI. E
giquement parlant : les espèces végétales qui la constituent sont venues* les unes de l'intérieur, les autres de l’extérieur, apportées par les vents et les flots.
Les plus communes de ces espèces, celles qu’on retrouve partout, sont les suivantes :
Calophyllum Inophyllum L. ^Forahai.
Hibiscus tiliaceus L. (Varo).
Agelaea Lamarckii Planch.
Loniatophyllum sur la dune littorale à Loholoka (S.-E. .
Afzelia hijuga A. Gray (Hintsv)
Trachylobium verrucosum Gaertner, Copalier (Mandrorofo). Labramia Bojeri A. DG. (Nato .
Stephanotis floribuncla A. Brongn.
Cycas Thouarsii R. Br.
Chrysalidocarpus lutescens Becc.
Les Alyristica sont presque localisés dans cette zone. Les Diospyros et les Pandanus y sont abondants et représentés
SL
LA V ÉGEIATION MA L( \ A 0 1 1 K
par des espèces particulières. Les Melastomacées , les Pipéracées et les Urticacées, si abondantes dans la foret orientale voisine, manquent ici absolument. Les Landolphia sont peutêtre plus nombreux sur la zone littorale que partout ailleurs, mais les espèces, spéciales k la Formation, présentent cette curieuse particularité de ne pas donner de caoutchouc, alors qu'à l’intérieur, les espèces, toutes voisines, du même genre en produisent généralement. Ces Landolphia du littoral sont, en somme, différents de ceux de l'intérieur et l'on ne peut pas dire qu il n'v ait là qu'une variation individuelle produite par le voisinage de la mer. Pourtant une autre Apocvnacée, caoutchoutifère dans toute l'ile, le Mascarenhasia arhoi'escens, ne produit également pas de caoutchouc lorsqu’elle pousse par hasard sur la zone des dunes, et cette influence du voisinage de la mer sur les espèces caoutchoutifères est utile à retenir.
Les forêts de cette Formation, bien que placées pour être exploitées, produisent de bons bois de construction (nato, hintsy, copalier, etc. et aussi des bois d ébénisterie (ébène) dans le Nord de cette zone. Comme on vient de le dire, elles ne produisent pas de caoutchouc, mais la gomme copal exportée par 1 Ile en provient en totalité.
IL MaKAIS ET LAGUNES.
On peut distinguer dans cette Formation les marais littoraux et les marais de l'intérieur. Les marais littoraux, qui couvrent les alentours des lagunes, ont quelques espèces particulières. Ils sont surtout intéressants en tant que tourbières. La tourbe s’v forme de deux manières différentes, soit par la décomposition sur place des végétaux, soit par dissolution et dépôt des matières humiques. Les marais de l'intérieur aussi sont parfois tourbeux, mais la formation delà tourbe va été arrêtée par le déboisement et la culture. Quelques observations de marais vierges montrent néanmoins que la tourbe y a été constituée par des sphaignes et des Fougères, selon le mode habituel.
Les Formations de marais de 111e tout entière, par suite de leur uniformité, de leur petit nombre d'espèces, de la large répartition de la plupart de ces espèces, et du peu d'influence
T, A RÉGION ORIENTAI, F
que les variations de climat paraissent avoir sur leur végétation, auraient pu être groupées en une Formation unique. Pourtant, quelques espèces spéciales à chacune des régions — surtout nombreuses dans les marécages dont le déboisement n’a pas encore modifié la végétation — et quelques dill'érences d’ensemble, particulières à l’une ou l'autre flore, nousengagent à les étudier séparément par région.
Végétation des bords des lagunes avec zozoro f Ci/perus imerinensis) etviha ( Tifphonodorum Lindleyanum ). En arrière-plan, la Prairie.
La Formation des marais et lagunes de la région orientale est surtout représentée sur les bords des lagunes qui forment un cordon presque interrompu entre Fort-Dauphin et Fénérive. Ailleurs, au nord de Fénérive et vers l’intérieur, elle n’occupe plus que quelque marais de peu d étendue, très ordinairement plus ou moins modifiés par la culture et le déboisement. On peut donc distinguer, dans cette Formation, les lagunes, ou marais littoraux, et les marais de l’intérieur.
Les marais littoraux ne possèdent en propre que cinq
LA VÉGÉTATION M M .GACHE
espèces spéciales: deux Orchidées, un Pandanus, Tachiadenus carinatus Griseb. et IVepenthes madarjascariensis Poir. Mais, saut le Pandanus, très remarquable, ces espèces spéciales sont peu remarquées, et les caractéristiques du paysage si particulier de cette zone sont surtout dues à l’abondance d ' Acrostichum aureum, répandu dans tous les marais litto-
Formation des lagunes aux environs de Loholoka (côte Est), avec Pandanus, Typhonodorum et Cyperus.
raux de 111e, de Cyperus madagascaricnsis P», et Sch., plus abondant ici que dans le Centre ; de Typha angusti folia Lin., commun partout ; et surtout de Typhonodorum Lindleyanum Schott, que l'on trouve dans tous les marécages de l’Ile, sauf dans la région centrale.
Ces marais sont surtout intéressants parce qu ils représentent un type particulièrement net de tourbière tropicale. Suivant les conditions de milieu, la tourbe s’y forme de deux manières bien différentes : dans les marais peu profonds ou sur les bords des lacunes, ce sont les rhizomes et les tig'es — très rameux, épais et entrelacés — des Nephrodium unitum
T. A H KG ION OIIIKNTALK
ot .V. cuciillatum et de nombreuses Cvpéracées qui forment la tourbe, en accumulant leurs parties mortes suivant le mode ordinaire des tourbières à Sphagnum. Ailleurs, dans les parties les plus profondes des lagunes, les tiges et rhizomes enchevêtrés des mêmes plantes forment un plateau mouvant, posé à la surface de l’eau, souvent assez solide pour qu’un
Formation des lagunes, avec Pandanus caractéristique (Esty
homme puisse s’v risquer. Comme la plupart des lagunes sont assez larges pour que les vents puissent en agiter plus ou moins violemment la surface, cette curieuse végétation flottante se meut parfois étrangement. Les matières humiques ou végétales qui en proviennent, soit par suite de cette agitation. soit comme conséquence du processus ordinaire de la décomposition des végétaux dans 1 eau. sont dissoutes ou réduites en infimes particules. L'eau prend alors une teinte brunâtre et ce goût singulier qui la rend non potable, et dépose lentement au fond des lagunes un dépôt végétal très fin, où nulle particule de végétaux n'est reconnaissable.
Ce second mode de formation de la tourbe est intéressant