V. B. P. Colin, Bull. Ac. malg., 1912, t., p
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et de ses profondes dissemblances avec celle de l'Ouest, où les pluies, en saison sèche, sont à peine moins abondantes ? Nous ne le croyons pas, car les caractères de cette végétation nous paraissent avoir été acquis sous un climat plus humide et moins froid, en un mot plus forestier, que celui qui règne actuellement sur les parties dénudées du plateau central. Dans une certaine mesure, ces changements récents du climat du Centre auraient pu être prouvés en comparant les chiffres du tableau ci-dessus, recueillis en régions dénudées, avec d'autres obtenus dans les derniers massifs forestiers de haute altitude. Malheureusement nous ne possédons aucune donnée de ce genre, et, voulant nous borner ici à un strict exposé des faits, nous nous contenterons de signaler que ce changement récent dans les conditions climatiques 1 pourrait par ailleurs être encore établi par l'histoire détaillée de certaines mutations ou accommodations d'espèces silvestres qui ont persisté dans les endroits dénudés, et par l'étude des effets des gelées sur les plantes autochtones. Ces espèces ne paraissent, en effet, nullement adaptées à ce phénomène, comme s'il était nouveau venu dans l’ensemble des conditions de milieu qui ont donné à ces plantes leurs ports et leurs caractères végétatifs.
Dans le tableau ci-dessus, la saison chaude comprend les mois d'octobre, novembre, décembre, janvier, février, mars
1. D’expériences faites en Amérique, on a récemment conclu que le déboisement n'avait aucune influence sur la quantité d’eau tombée dans une région donnée. Nous croyons ces expériences discutables, mais, au surplus, ce n’est pas de cela qu’il est question ici. Nous voulons simplement dire que le lierika, ce brouillard et ces pluies fines d'hiver, est un phénomène d'origine essentiellement forestière, causé par les vents du Sud-Est venant frapper une masse très dense de végétation admirablement organisée pour emmagasiner l'humidité et la rendre, sous l'influence des vents dominants, d’ailleurs humides, et de l'abaissement de la température. L'alizé crée ainsi, en saison froide, autour des massifs forestiers du Centre, de véritables auréoles d’humidité. Il est facile de se rendre compte in vitro de ce phénomène très simple en faisant passer un courant d'air sur une éponge humide. C’est la suppression plus ou moins totale de ce lierika qui a perturbé le climat du Centre.
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et avril, et la saison froide les cinq autres mois ; mais, comme cette division un peu arbitraire de l’année en deux périodes inégales pourrait surprendre, nous nous empressons d'ajouter qu elle est uniquement fondée sur les phases de la végétation autochtone, que, seule, nous étudions ici. En effet, durant les mois de mai, juin, juillet, août et septembre, on observe
Manguier adulte à Tananarive, vers 1.200 m. d’alt. Hauteur 7 m. Exemple d’espèce introduite ayant pris le port des arbres de la forêt du Centre. A comparer avec la photo précédente.
un arrêt très marqué et presque général de cette végétation. Sans doute, ce repos est moins absolu que celui de la saison sèche dans la région occidentale, car quelques plantes du sous-bois, bien abritées sous d'épais couverts, continuent à fleurir et d’autres à végéter, mais il est néanmoins infiniment plus net et bien mieux limité que dans la région orientale.
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Par suite, il nous a paru nécessaire de distinguer cette période en ne comptant dans les mois de saison froide ni avril ni octobre, où la végétation est encore ou déjà en pleine activité.
Comme dans les autres parties de l'île, les premiers orages d'octobre sont le signal du printemps. Les vents humides et froids de l’Est viennent à peine d'être remplacés par les vents chauds de l'Ouest, précurseurs des orages, et déjà la forêt s'est couverte de tleurs et de feuilles nouvelles. La plupart des arbres de la futaie, un grand nombre des arbustes et des herbes des sous-bois ou des broussailles des cimes, fleurissent, en effet, en octobre-novembre, et beaucoup fructifient déjà dans cette première période. Au contraire, pendant les grandes pluies de décembre, janvier et février, aucune espèce, sauf quelques Orchidacées épiphytes, n'épanouit ses fleurs, et c'est seulement après ces pluies, en mars et avril, que les espèces tardives, Aloe, Kalanchoe, beaucoup de Composées et certaines Ombellifères, entrent à leur tour en floraison. Ces deux périodes de floraison, séparées par les mois de grandes pluies, évidemment peu propices à la fécondation, sont remarquables ; et ce fait est à rapprocher de cet autre, fort analogue : l'épanouissement et 1 anthèse de la plupart des fleurs avant midi. Tous deux résultent évidemment de l'adaptation séculaire des espèces autochtones aux grandes pluies de l’hivernage et aux orages des époques de floraison, orages qui ne se produisent guère que dans la seconde moitié du jour 1 .
1. Nous ne parlons ici que de la végétation autochtone. Les plantes cultivées ou importées se comportent tout différemment, et avec des anomalies singulières qu’expliquent les hautes températures diurnes, le peu de rigueur de la saison froide et le manque d’adaptation au climat de ces plantes, pour la plupart récemment importées. Ainsi l’abricotier, le pêcher, la vigne, le pommier fleurissent en juillet-août, et les fruits du premier mûrissent à peine un mois avant ceux des autres. Les mangues sont mûres en février, peu après celles de l'Est, mais trois mois après celles de l’Ouest ; etc.
Les conditions climatiques du Centre ont d’assez curieuses conséquences au point de vue acclimatation de nos plantes cultivées d’Europe. Les plantes annuelles s’en accommodent aisément. Il y est, par
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Il y a, ici, peu de fruits qui passent la saison froide en s’accroissant lentement, comme dans les autres régions de l'ile. La plupart mûrissent avant et pendant les grandes pluies de la saison chaude, et les graines germent aussitôt. Les
exemple, très facile d’obtenir des légumes pendant toute l'année, et, au-dessus de 1.500 mètres, le froment, l’avoine, la pomme de terre viennent bien. Mais il n’en est pas de même pour les plantes vivaces, surtout pour nos arbres fruitiers d’Europe, dont l’introduction n'a pas donné jusqu’à présent des résultats bien positifs. Le pêcher et l’abricotier semblent être ceux qui viennent le mieux. Ils perdent leurs feuilles pendant l’hiver, et, même après plusieurs générations, donnent des fruits assez bons. Le cerisier, au contraire, réussit mal. Il ne produit guère et prend le port habituel des espèces arborescentes du Centre, c'est-à-dire une ramification courte et serrée, qui le rend méconnaissable. Les pommiers, les poiriers, les pruniers, tout en prenant le même port déroutant, y acquièrent un feuillage coriace, tardivement caduc. Toutes ces espèces, sauf les deux premières, s’abâtardissent très vite, non pas seulement à la suite d’une ou deux générations, mais sur l'individu lui-même. Un pied greffé, par exemple, donnera une première récolte de bons fruits, mais ensuite ne produira plus que quelques fruits rares et peu mangeables. En outre, presque tous ces fruitiers gèlent souvent, fait qui peut sembler paradoxal pour des arbres importés de pays froids dans des régions où la température descend rarement au-dessous de zéro, mais qu’expliquent aisément la douceur de l’hiver, les hautes températures diurnes et l'inversion des saisons.
La vigne vient très mal dans le Centre. Seule, une variété américaine, 1’ « Isabelle », fructifie abondamment, et c’est avec les raisins de cetle forme que l'on fait le vin de l'Imerina. Les autres variétés ne produisent rien et viennent mal, par suite de maladies cryptogamiques, dit-on, mais plus probablement par suite du sol compact et sans calcaire, et aussi parce que la floraison et la fructification ne peuvent s'effectuer d'une façon normale. La vigne perd ses feuilles et se repose pendant trois à quatre mois. Le framboisier et le rosier, au contraire, restent en végétation toute l’année. Il semble résulter de ces faits, et de quelques autres analogues que nous ne pouvons citer ici, (pie les arbres fruitiers de la mère-patrie, introduits jusqu’à présent avec une obstination touchante et digne de plus de succès, n'ont pas grand avenir dans l'ile. Il vaudrait peut-être mieux aller chercher dans les régions méridionales des variétés s'accommodant de climat analogue, ou mieux encore créer sur place des formes nouvelles réellement adaptées aux conditions si particulières de milieu qui caractérisent le Centre. Tôt ou tard, et quoi que l’on fasse, c’est à ce dernier résultat qu'on aboutira.
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espèces tardives seules, dont les fruits sont rarement charnus, attendent la saison suivante pour germer.
Les feuilles, qui sont persistantes, finissent cependant, au bout d'un temps plus ou moins long suivant les espèces, par mourir et par tomber ; et cette chute, tout en n’ayant pas lieu à une époque déterminée, est néanmoins surtout abondante aux moments de forte végétation, c’est-à-dire vers les premières chaleurs et pendant les grandes pluies de la saison chaude. Quelques rares essences, à peine plus abondantes ici que dans la région orientale, perdent bien leurs feuilles chaque année, mais elles ne les perdent qu’à l’apparition des feuilles nouvelles. Çe ne sont pas strictement des essences à feuilles caduques, car des individus et même certaines de leurs branches sont encore couverts de l'ancien feuillage, alors que d’autres pieds ou d’autres rameaux portent déjà des feuilles nouvelles. Aussi appellerons-nous désormais de telles essences, pour les distinguer de celles qui restent dépouillées un certain nombre de mois, essences à feuilles tardivement caduques.
Nous avons dit plus haut que, malgré de très grandes différences d’altitude, le Centre jouissait, en somme, d'un climat assez homogène. En effet, au point de vue climat, l’influence de l’altitude ne se traduit guère que par une diminution de la température ', et les saisons restent à peu près les mêmes jusque sur les plus hautes cimes. Mais cela ne veut pas dire que cette influence soit nulle au point de vue de la végétation. Bien au contraire, elle est très grande, et les caractéristiques de la végétation native du Centre, ramification plus intense, réduction du feuillage et de la taille, qui s’exagèrent avec l’altitude croissante, n’en sont évidemment que des conséquences. Au point de vue faciès, la végétation du Centre n’est même rien autre que celle de l’Est modifiée par l’altitude 2.
1. Diminution de 1° par 2'to mètres, d’après R. P. Colin, B. A. M., 1912, I, p. 212.
2. Voici, à titre de document, les limites extrêmes d'altitude qu atteignent les plantes cultivées : Pomme de terre 2.400 mètres depuis