‹ Annales du Musée colonial de MarseilleChapitre 94 sur 140 · III. — Silye des Lichens · texte numérisé non relu

III. — Silye des Lichens

Cette Formation est l'analogue de la forêt des cimes de la région orientale. La futaie est beaucoup plusbasse que la précédente, les arbres plus ramifiés, le feuillage plus réduit, le nombre des épiphytes encore plus grand, le sous-bois nul ou très réduit, le sol couvert de Mousses et de plantes ordinairement épidendres. Elle passe insensiblement vers le bas à la forêt des cimes et vers le haut aux broussailles éricoïdes des hautes altitudes. L’abondance des Mousses, des Lichens et des épiphyteslui donne un aspect tout particulier. Elle est très riche en espèces spéciales .

Dans la région centrale, cette Formation est analogue à celle des cimes de la forêt orientale. Les mêmes causes, exposition aux vents dominants, sols moins humifères et moins profonds, y produisent les mêmes effets : abaissement de la futaie, exagération de la ramification, réduction du feuillage, changement des espèces et surabondance des épiphytes. Tous ces effets sont encore accrus ici par la nébulosité plus grande, l'augmentation de l'altitude et la diminution de la température.

Comme la forêt h sous-bois herbacé, cette Formation est surtout localisée sur les terrains balayés par l'alizé, mais avec néanmoins plus de tendance, au-dessus d'une certaine altitude, à recouvrir toutes les crêtes, tous les sommets, quelle qu’en soit l'orientation. Comme elle encore, elle subit de nombreuses modifications avec l'altitude, se confondant insensiblement, en bas, avec la Formation des cimes de la région orientale, et, en haut, avec la brousse éricoïde des hauts sommets.

Ce n'est ni une vraie forêt, car la futaie en est trop basse, ni un vrai « bush », car on y peut encore distinguer deux

1. Localités observées : Massif d’Ambre, entre 1000 mètres et la cime; Massif duTsaratanana, entre 800 et 2.400 mètres; Massif de Manongarivo, entre 800 et 2. 000 mètres; Massif d’Analama h i tso. entre 900 et 1.500 mètres; Massif du mont Tsiafajavona, à 2.400 mètres ; Tsinjoarivo et mont Ambohitrakolahy, à l’est d’Antsirabe, entre 1.000 et 1.900 mètres; Massif de l’Andringilra (Irasty), entre 900 et 1.800 mètres. C’est cette Formation qui couvrait jadis les collines de l’Imerina, si dénudées maintenant, et celle d’.Ylamanga, la forêt bleue, sur laquelle est bâtie Tananarive.

LA RÉGION CENTRALE

étages. C’est une végétation intermédiaire, plus proche pourtant de la forêt que des broussailles. Les arbres sont tortueux et bas; leurs rameaux s’étendent sur de grandes surfaces et recouvrent un sous-bois d’arbustes à feuilles étroites, souvent éricoïdes. Le tout émerge d’un épais tapis de Mousses qui recouvre les racines, escalade les troncs et monte jusqu’aux rameaux, qui ploient sous des guirlandes d’épiphytes et dont les sommités disparaissent au milieu des Lichens blancs, vraie chevelure de ces arbres chenus. Rien n’est plus étrange, plus féerique que cet ensemble, vu par temps de brouillard, si fréquent sur ces hauteurs. Paysage merveilleux que peu d’hommes ont pu contempler, et que peu connaîtront, puisque cette Formation si curieuse aura bientôt disparu tout entière.

Peu nombreuses, les espèces de la futaie appartiennent aux mêmes genres que celles de la forêt voisine. Ce sont surtout des Weinmannia , des Araliacées, des Composées et la seule vraie Protéacée de 1 Ile, le Faurea forficuliflora Bak., qui est spéciale à ce stat. Les lianes manquent, ou à peu près. Dans le sous-bois dominent des Composées, des Rubiacés, desEricacées. Les plantes herbacées du sol sont rares. La plupart ne sont autres que des épiphytes, dont beaucoup, dans cette Formation, croissent aussi bien sur le sol que sur les troncs ou les branches. Le nombre de ces derniers est prodigieux ; c’est la plus riche, en ces sortes de plantes, de toutes les Formations delà flore malgache. Ce sont surtout des Fougères, des Orchidacées ( Bulbophyllum ), des Selaginella , des Medinilla, des Peperomia , mais on y observe aussi un Kalanchoe , des Impatiens et quelques Urticacées et Labiées. Toutes ces plantes, arbres, arbusles et épiphytes, ont des fleurs peu brillantes, sauf quelques Composées. L'éclat et la grandeur de la corolle, contrairement à ce que l’on voit sur les Alpes, semblent diminuer ici avec l’altitude; et ce caractère va s’accentuer encore dans la Formation suivante.

Ci-dessous nous donnons, comme exemple de la composition de cette Formation, le dénombrement des plantes qui croissaient sur 100 mètres carrés de superficie, à 2.200 mètres d'altitude, sur les flancs du Tsiafajavona et sur latérite de basalte.

LA VÉGÉTATION MALGACHE

Sol. — Mousses et 6 Fougères (3 espèces), seulement terrestres.

Presque toutes les espèces épiphytes s’y retrouvent en outre.

Sous-uois. — Arbustes :

5 Erythroxylon (2 espèces)

1 Aphloia

2 Labiées (1 espèce)

2 Vacciniacées (1 espèce)

4 Composées (3 espèces)

2 Euphorbiacées (2 espèces)

14 Rubiacées ( 2 espèces)

2 Impatiens (1 espèce).

Futaie. — Petits arbres:

1 Weinmannia

1 Pittosporum

2 Araliacées (1 espèce).

Epiphytes. — Innombrables individus de Fougères (9 espèces), d'Orchidacées (6 espèces), de Peperomia (1 espèce), et quelques pieds d'une espèce de Kalanchoe.

Le sol est couvert d'un épais tapis de Mousses, sur lequel croissent bon nombre d'épiphytes tombés des rameaux ; le sousbois est très épais, presque impénétrable. Les feuilles des arbres et des arbustes sont étroites, souvent glauques ou blanchâtres et totalement persistantes. Les troncs et les rameaux disparaissent sous les épiphytes, et leurs sommités, jusqu’aux feuilles, sont surchargées de Lichens. L'ensemble ne dépasse pas 12 mètres de hauteur.

T rente-cinq espèces, appartenant à quinze familles différentes, étaient représentées sur cette petite superficie. On voit donc que la richesse eu espèce et la complexité des associations végétales, ces deux caractères habituels de toutes les Formations autochtones, n'ont pas encore diminué sensiblement à l’altitude où a été faite cette observation.

LA RÉGION CENTRALE

Page 1