IV. — Broussailles éricoïdes des hautes altitudes
Un seul étage, ni sous-bois ni futaie distincte, végétation dense d'arbustes éricoïdes, absence presque totale d’épiphytes autres que Lichens et Mousses, telles sont les caractéristiques de celte Formation qu’on ne voit que sur les plus hautes cimes de lile. Malgré leur port semblable, les végétaux qui la constituent appartiennent aux familles les plus diverses, et la richesse est presque aussi grande que dans les autres Formations natives. Rubiacées, Composées, Ericacées sont les familles dominantes. Les types tempérés n’y sont pas plus abondants que dans les autres Formations de la région centrale. Ils y semblent faire l'ombre, comme s’ils étaient les restes d'une végétation herbacée qui couvrait jadis, lorsqu’il en existait encore, les altitudes supérieures à 3.000 mètres.
Ainsi que nous l’avons dit plus haut, cette Formation est le terme ultime des transformations que nous avons observées jusqu'ici entre la mer et les cimes culminantes de F I le . En effet, elle ne diffère de la Formation précédente que par le feuillage encore plus réduit, la végétation toujours plus basse, plus ramifiée et groupée en un seul étage, sans sous-bois ni futaie désormais distincts. Tous effets causés ici par l’augmentation de l’altitude.
Cette brousse ne dépasse jamais G mètres de hauteur et reste encore plus basse sur les cimes et dans les endroits plus arides. C est un fourré souvent impénétrable, mais parfois aussi plus clair, et abritant alors un tapis de Mousses, où croissent des Fougères et des Cypéracées. Les petits arbres et les arbustes qui la composent, à troncs tortueux et bas, ont presque en totalité un port de Conifère ou de grande bruyère. Malgré leur ressemblance singulière, ces arbustes et ces arbres appartiennent aux familles les plus diverses. Ce sont surtout des Ericacées, des Composées, des Rubiacées, des Vacciniacées, mais à ces familles, chez lesquelles le port éri-
1. Localités observées: Mont Tsaratanana, où la Formation n’existe plus que sur l’éperon Ouest, de 2.400 mètres à la cime ; Mont Ibity, où il n’en subsiste que quelques restes ; Massif de l’Andringitra, de 1.800 à 2.300 mètres, où elle n’est vierge que sur le versant Est. Il en existe encore pourtant quelques témoins, mi-brulés, sur le versant Ouest.
LA VEGETATION MALGACHE
eoïde n'est pas rare, se joignent des Gentianacées. des Lal)iées. des’ Mélastomacées. des Thesium. voire une Graminée, toutes familles chez lesquelles ce port est plutôt déroulant. Les rameaux de ces plantes ne portent plus guère d’épi phytes autres que des Lichens, dont le nombre augmente avec l’altitude croissante. Leurs feuilles, toujours persistantes et très nombreuses, ont rarement un limbe de quelque largeur : et leurs fleurs, plus encore que dans la Formation précédente, sont, le plus souvent, de très petite taille et sans coloris.
On trouve parfois, parmi les herbes qui vivent sous ce couvert. quelques espèces à faciès alpin. Viola abyssinica Steudel, et quelques Carex . mais la grande majorité des plantes de ce type, Géranium, Epilobium, Galium, Cardamine , Ombellifères, semblent fuir, comme dans les autres Formations de la région centrale, le voisinage de la végétation arborescente. Elles ne se trouvent que sur les rocailles et les bords des ruisseaux, dans les lieux découverts, au grand soleil, comme si elles étaient bien les restes de la Formation herbacée qui devait recouvrir les cimes, au-dessus de la brousse éricoïde. quand ces cimes atteignaient encore et dépassaient 3.000 mètres, alors que l'érosion ne les avait pas réduites à leur altitude actuelle.
En tout cas. l’extrême cime du mont Tsaratanana. ce point culminant de Madagascar, comme les autres sommets où la végétation native a été plus ou moins conservée, ne sont recouverts que de brousse éricoïde. et il faut bien reconnaître que les plantes de cette Formation n'offrent aucune ailinité avec celles dont nous venons de parler. Au contraire, même aux plus hautes altitudes, on observe encore des types tropicaux, un bambou, une liane Asclépiadacée , une Dioscoréacée, une Fougère arborescente; et beaucoup de genres de la Formation, qu'on retrouve dans toute la flore centrale, ont encore des représentants jusque sur la côte elle-même. La brousse éricoïde, comme l’ensemble de toute la flore à feuilles persistantes, semble bien avoir la même origine orientale. Ce n est encore et toujours que la flore de l'Est modifiée par l'altitude et certains changements des conditions de milieu.
LA RÉGION CENTRALE
loi
Sur ces hauteurs, la richesse en espèces et la complexité des associations végétales, ces deux caractères dominants de toutes les Formations autochtones malgaches, restent presque toujours aussi grandes. Les deux listes suivantes, où sont dénombrés les végétaux croissant côte à côte sur 100 mètres carrés de superficie, listes dressées sur les deux seules cimes de l' Ile qui possèdent encore quelques témoins vierges de cette végétation, permettront de s'en rendre compte.
I. — Mont Tsaratanana , à 2.660 mètres d'altitude , sur trachyte phonolitique .
Sol. — Plantes herbacées :
1 Impatiens (1 espèce)
9 Fougères (2 espèces)
5 Viola ahyssiniea
5 Ombelliffères (1 espèce 7 Cypéracées (1 espèce)
Brousse. — Port éricoïde :
7 Ericacées (3 espèces)
2 Podocarpus (1 espèce)
3 Vaccinium (I espèce)
3 Composées (2 espèces)
1 Rubiacées (2 espèces)
2 Thesium (1 espèce)
1 Labiée
10 Graminées (bambou dressé, à feuilles très étroites
et raides)
Brousse. — Arbustes à feuilles plus larges :
1 Araliacée
3 Pittosporum (1 espèce)
3 Tiliacées ( 1 espèce)
1 Fougère arborescente Epiphytes :
2 Fougères (I espèce)
2 Orchidacées (2 espèces)
Lichens
•ri
Soit 17 familles et 2o espèces. Ensemble de 6 à 8 mètres de hauteur. Troncs tortueux, assezgros, assez espacés. Epiph}'tes presque absents, remplacés par des Lichens. Le sol, un peu humide par endroits, explique l'abondance des plantes herbacées, plus rares que dans les endroits secs.
IL — Massif de F Andringitra, à 2-200 mètres d'altitude sur gneiss et granit.
Sol. — Plantes herbacées:
Mousses courtes 3 Fougères (1 espèce)
0 Cladium (1 espèce)
Brousse. — Port éricoïde :
12 Ericacées 3 espèces)
1 i Composées (3 espèces)
2 Daphnéaeées ( 1 espèce)
12 Vacciniacées ( 1 espèce)
1 Ombellifère
1 Labiées (1 espèce)
10 Rubiacées 3 espèces)
Brousse. — Arbustes à feuilles plus larges :
10 Composées (1 espèce)
3 V accinium 1 espèce)
3 Malvacées (2 espèces)
1 Araliacée (1 espèce).
Soit 1 1 familles, 20 espèces. Ensemble de 5 à 6 mètres de hauteur, à plantes assez espacées. Sol couvert d un mince tapis de mousse et parsemé de grosses touffes de Cladium , dont les feuilles sèches s'accumulent en dôme autour de la rosette des feuilles vertes. Absence totale d épiphytes autres que des Lichens et des Mousses.
LA RÉGION CENTRALE