‹ Annales du Musée colonial de MarseilleChapitre 96 sur 140 · V. — Bois des pentes occidentales l · texte numérisé non relu

V. — Bois des pentes occidentales l

Cette Formation était constituée par une futaie assez claire d'arbres tortueux recouvrant un sous-bois d’arbustes éricoïdes ou à feuillage de myrte. Très inflammable, elle a été presque toujours détruite ou profondément modifiée par les feux. Les bois de tapia ( Uapaca clusiacea ) n'en sont qu'un reste, où toutes les autres essences ont été détruites. Ces tapia, que protège une écorce épaisse, ont été protégés par les indigènes pour l’élevage d’un ver à soie indigène. Ces bois de tapia sont

Bois de tapia et prairie. Les tapia ont persisté surtout à l abri des rocailles et des vents de l'Est. Environs d’Antsirabé. 1.800 m. (Région du Centre).

le seul exemple, dans l’ile, d'une association végétale réduite à une seule espèce dominante, et cette association est, comme on le voit, d’origine toute artificielle.

Il ne reste plus actuellement, de cette Formation, que quelques bois sur le versant occidental du Centre, isolés au

1. Localités observées : Manankazo et Ambohitantelo, de 1.500 à 1.700 mètres, au N. E. d'Antrazobé ; Est du lac Itasy, vers 1.300 mètres ; entre la Mania et le Matsiatra, de 14 à 2.000 mètres ; entre la Mania et l’Andrantsay, vers 1.600 mètres ; Ambohimanzatra, au sud d’Antsirabé vers 1.300 mètres; Isalo, de 900 à 1.000 mètres.

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milieu de vastes régions totalement dénudées. Ces restes, retrouvés par nous entre la Mahajamba et le Matsiatra. c està-dire sur une distance de plus de 600 kilomètres, et les espèces disjointes, échappées aux flammes grâce à un abri naturel, que I on retrouve çà et là entre ces témoins, nous ont permis de reconstituer les caractères généraux de cette Formation et d entrevoir l'étendue des territoires qu elle recouvrait jadis. Ces restes- témoins qui nous ont permis cette reconstitution, sont les uns vierges ou à peu près, les autres plus ou moins modifiés par les feux et l'homme, qui les a conservés par suite de leur richesse en tapia [Vapaca clusiacea Baker .arbre utile qui nourrit le landibé (Borocera madagascariensis . ce ver à soie des Malgaches. Fidèle à notre programme d'essayer de fixer l aspect de la végétation autochtone malgache avant quelle soit totalement éteinte, nous décrivons d'abord cette Formation telle qu’elle devait être lorsqu elle était encore vierge : puis nous étudierons ses restes modifiés, surtout intéressants en ce qu ils sont le seul exemple, dans la flore de l’ile, d une association végétale bien définie, dans le sens qu'on lui donne en Europe, c està-dire constituée par une espèce dominante accompagnée de tout un cortège de plantes commensales.

Cette Formation recouvrait, entre 8f)0 et 2.000 mètres, toutes les pentes de la région centrale qui étaient plus ou moins préservées, par leur orientation, de 1 action des vents dominants du Sud-Est. Elle était brusquement limitée, du côté de l’Ouest, par les confins de la flore à feuilles persistantes F Du côté de l'Est, au contraire, elle se confondait insensiblement avec la forêt à sous-bois herbacé ou. sur les hauteurs, avec la silve à lichens ou la brousse éricoïde.

1. Pourtant sur l’Isalo. massif isolé dans le Sud-Ouest, au milieu de la flore à feuilles caduques, on retrouve des vestiges de bois qui appartiennent bien à cette Formation. Ces petits bois, d'ailleurs modifiés par les feux et les réeolteurs de landibé, ne se distinguent guère de l’ensemble de la Formation que par quelques arbustes à feuilles caduques, dans le sous-bois, et l'absence totale d’épiphx tes. On les trouve entre 900 et 1.200 mètres d’altitude, à l'exposition Est.

LA REGION CENTRALE

C'est une iutaie assez claire ne dépassant jamais 12 mètres de hauteur, plus basse encore dans les endroits arides. Les arbres, tortueux et bas, à racines traçantes, à rameaux étalés et nombreux ', ont des feuilles presque toujours persistantes et coriaces, à limbe assez large, souvent de couleur terne ou cendrée. Les lianes, assez nombreuses, ont des tiges grêles et des feuilles étroites et persistantes. Le sous-bois, assez

Megadapis madagascariensis, disparu de l'ancienne forêt du Centre. Reconstitution du B. Standiny (Académie malgache).

épais, est constitué par des arbustes qui sont le plus souvent à port de myrte, parfois aussi à port éricoïde, toujours, en tout cas, à feuilles persistantes. Le sol est dénudé, avec, de loin en loin, quelques plantes herbacées. Sur les rameaux

1. Il y a une certaine relation entre le port de ces arbres et la conformation des grands Lémuriens, Megadapis et Paleopropithecus, qui vivaient jadis dans ces bois. Ces animaux avaient, en effet, des membres antérieurs grêles et allongés, et les postérieurs, au contraire, robustes et beaucoup plus courts, comme s'ils étaient adaptés à cueillir, en se dressant sur leur arrière-train, les fruits ou tes feuilles des basses branches de ces arbres.

LA VÉGÉTATION MALGACHE

des arbres, les épiphytes sont rares, et l'on ne voit plus sur leurs sommités les grands Lichens pendants, si communs dans les Formations précédentes.

La futaie est surtout composée d 'Uapaca, d’ Eugema, de Weinmannia , de Chlaenacées, qui abondent, dans cette Formation, dans la futaie comme dans le sous-bois. Les lianes sont des Asclépiadacées ( Secainone ), des Rubiacées ( Danais ) et des Composées. Parmi les arbustes du sous-bois, on voit des Erytliroxylon , des Philippia , des Vaccinium, quelques Araliacées, des Légumineuses et beaucoup de Composées et de Rubiacées. Sur le sol, les Fougères sont rares et sont remplacées par des Cvpéracées ou des plantes tuberculeuses ou à souche vivace, telles que Dioscorea, Asparagus, Orchidacées, etc. Les épiphytes sont représentés par quelques rares Fougères et quelques Orchidacées qui, presque toujours, sont des Bulbophyllum. La caractéristique la plus frappante de ces bois est l'absence totale des bambous, des Pamlanus et des Fougères arborescentes.

Voici, comme exemple de cette végétation, le dénombrement des végétaux observés sur 100 mètres carrés de superficie à Manankazo, au Nord-Est d'Ankazobé, à 1.600 mètres d'allitude, sur colline sèche de latérite des gneiss :

Futaie. — Arbres :

3 Uapaca (1 espèce)

6 Chlænacées (3 espèces)

Lianes :

8 Secarnone (2 espèces)

2 Composées (1 espèce)

1 Danais.

Sous-bois. — Arbustes :

2 Weinmannia (I espèce)

9 Dracæna 1 espèce)

3 Composées 1 2 espèces)

2 Apocynacées ( 1 espèce)

3 Celastracacées (1 espèce)

3 Araliacées (1 espèce)

LA REGION CENTRALE

i Vaccinium (1 espèce)

3 Erythroxylon { 1 espèce) t Papilionacée 1 E uge nia 1 Ochna

li Rubiacées ^5 espèces).

Sol. — Plantes herbacées :

1 1 Asparagus ( 1 espèce)

I’aleopropithecus maximus , autre grand lémurien disparu de l'ancienne forêt du Centre. Reconstitution de B. Standiny (Ac. malgache).

9 Fougères (1 espèce)

2 Carex (1 espèce)

3 Orchidacées (1 espèce).

Épiphytes

o Fougères (1 espèce)

13 Orchidacées (1 Angræcum et o Bulbophyllum) .

Soit 36 espèces, appartenant à 19 familles, sur 1 I 1 individus. Futaie de 8 à 12 mètres, à feuilles persistantes et

petites. Sous-bois clair. Sol avec quelques plantes herbacées. Sur. les troncs, avec les épiphytes, quelques Mousses et quelques Lichens.

Les bois de cette Formation situés près des parties les plus peuplées du Centre ont tous été détruits, mais ceux placés dans les régions plus désertes ont parfois résisté partiellement aux flammes, tout en subissant de profondes modifications qui les rendent méconnaissables. Les feux en ont détruit lentement presque tous les arbustes du sous-bois et la plupart des arbres de la futaie, sauf le tapia Uapaca clusiacea , plus résistant, grâce à son écorce épaisse. Puis les indigènes, attirés dans ces bois par les fruits du tapia et les cocons du landibe. ont ensuite parachevé l'œuvre des flammes en enlevant pour leur usage les arbres et les arbustes qui ne leur semblaient pas utiles. De cette action commune de l'homme et des feux sont nés les bois de tapia, ensemble d’ailleurs tout transitoire, destiné à disparaitre bientôt devant la Prairie ’, mais qui diffère notamment de la Formation dont il n’est qu’un reste et de toutes les Formations autochtones malgaches par la futaie constituée d une seule essence et la pauvreté en espèces du sous-bois. Ces bois constituent ainsi une association végétale en tout comparable à celle du châtaignier : le tapia en est l’espèce dominante et les espèces commensales y sont représentées par les rejets des anciennes plantes arborescentes détruites, les restes du sous-bois et les plantes herbacées du sol.

Le seul exemple d’une association végétale nette 1 2 qu’il nous ait été donné d’observer dans toute la flore autochtone malgache est donc une conséquence directe de Faction de l’homme et des feux. Partout ailleurs, dans les Formations vraiment vierges, il existe bien des associations végétales, mais elles sont alors d'une complexité telle qu elles ne sont

1. Les sous-bois de tapia actuels disparaissent en effet lentement devant les feux. Les graines de cet arbre ne germent pas dans les endroits découverts, ce qui revient à dire que le tapia est en voie d’extinction.

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