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VI. — Pelouses a xérophytes L

Les espèces assez nombreuses de celte Formation, qui est localisée sur les rocs dénudés, sont toutes adaptées d'une manière remarquable aux alternatives d'humidité et de sécheresse particulières à ce stat. Les unes paraissent des types de la région centrale adaptés à ce milieu, les autres des types de la Flore sous le Vent ayant essaimé vers les hauteurs. Ces dernières sont les seules qui relient la Flore du Vent à la Flore sous le Vent.

C'est une joie, pour un botaniste qui vient de parcourir, pendant de longues journées, d’immenses étendues sans autre plante que les espèces éternelles et lassantes de la Prairie, de trouver soudain, au milieu des rocailles nues, barrière infranchissable au feu, toute une flore étrange et belle, dont la richesse en espèces 1 2 contraste violemment avec la pauvreté de la végétation modifiée d’alentour. Sur un épais tapis de Lichens et de Mousses — écrin de ces joyaux de la flore malgache — croît là toute une légion d’espèces au

1. Localités observées : Tampoketsa, au nord-est d’Ankazobé, vers 1.600 mètres; Mont Xamakia, entre la Mahajamba et la Betsiboka, vers 1.000 mètres; Angavobé, à l’est de Tananarive ; Mont Vavato de l’Ankaratra, de 1.600 à 2.000 mètres; Cimes de quartzite, entre Betafo et le Matsiatra,de 1.600 à 2.000 mètres ; Ambalofangena, vers 1.700 mètres ; coulées récentes des volcans de Betafo, à 1.300 mètres; Mont Andringitra, vers 2.400 mètres ; Isalo, de 1.200 à 1.500 mètres ; Mont Bekinoly et mont Belambana, au sud d'Ambalavao, de 800 à 1.500 mètres.

2. Cette richesse en espèces resterait inexplicable pour ceux qui ont prétendu que la Prairie était une conséquence naturelle de climat et du sol. Comment expliquer, en effet, que, sous un même climat, des sols secs, arides, possèdent, lorsqu'ils sont protégés des feux, une flore si riche, alors que, tout à côté, les mêmes sols, placés dans des conditions bien meilleures d'humidité et de fertilité, ne sont uniformément recouverts que, de quelques espèces cosmopolites ou ubiquistes ? La seule réponse à cette question est celle-ci : là, la flore autochtone a persisté avec toute sa richesse native ; ici, elle a été détruite en totalité par les feux.

LA VÉGÉTATION MALGACHE

port étrangement divers, souvent pourvues d éclatantes corolles, toujours merveilleusement adaptées à ce stat si sec et parfois si humide que sont les rocs dénudés. C'est cette végétation, à la fois bizarre, élégante et gracieuse, que nous avons appelée Pelouses h xérophytes.

Cette Formation est la seule, de toutes celles de la flore h feuilles persistantes, qui présente de réelles affinités avec

Végétation xéropliile des coulées basaltiques de Javoka, près Betafo, en mai.

celles de la flore à feuilles caduques. En effet, beaucoup de ces espèces ne sont manifestement que des plantes de l'Ouest, avant essaimé vers ces hauteurs, en se mutant ou se modifiant plus ou moins. A mesure que l'on descend sur le versant du canal de Mozambique, le nombre de ces formes occidentales augmente de plus en plus, et l'on passe ainsi graduellement, vers la cote 800. aux formations similaires de la flore à feuilles caduques. Aussi décrirons-nous cette Formation en commençant par les plus hautes cimes, pour en suivre ensuite pas à pas les modifications successives jusqu'aux limites Ouest de la région du Centre.

LA RÉGION CENTRALE

L'endroit le plus élevé, et, en même temps, le plus oriental, où nous avons commencé à apercevoir des traces de cette Formation est la cime de l'Andringitra, vers 2.400 mètres d'altitude. Là, les xérophvtes ne dépassent guère 40 centimètres de hauteur ; c’est un mélange curieux d'espèces du faciès alpin ( Bromus , Galium), Ombellifères tuberculeuses,

Euphorbe aphylle des pelouses à xérophyles du Centre, planté dans un jardin

à Tananarive.

de formes du Centre ( Helichrysum , Philippia ) et de types de l’Ouest ( Vellosia et Dioscorea . Toutes ces plantes sont vivaces, naines et rabougries. Trois ont des tiges annuelles et des racines tuberculeuses. Le Vellozia seul appartient nettement à un type qui restera désormais uniquement cantonné dans cette Formation. Encore a-t-il un port tout par-

LA VÉGÉTATION MALGACHE

ticulier, sur ces hauteurs où l'humidité est constante. Il conserve, en effet, pendant toute Tannée ses feuilles vertes et étalées, tandis que, chez toutes les autres formes du même genre que nous trouverons plus bas, les feuilles, pendant la période de sécheresse, sont sèches, repliées et paraissent mortes, quoique prêtes k s'étaler et k redevenir presque instantanément vertes, dès la première pluie.

Plus bas, vers 2,000 mètres (Vavavato de l'Ankaratra, cimes de quartzite du Betsileo) cette végétation devient un peu plus haute. Les types de faciès alpin ont disparu, et la Formation n’est plus constituée que par des formes alliées aux espèces des autres Formations du Centre et par quelques représentants des genres qui, plus bas, deviendront prépondérants. Parmi ces derniers, on remarque déjà un Pacln/ podium P. brevicaule Baker k tige monstrueuse, deux ou trois Aloe et Vellozia, et quelques Kalanchoe remarquablement velus. Les types provenant de la flore du Centre sont surtout de petits arbustes k port éricoïde Composées. Ericacées, Bubiacées ou des Senrcio Kleinoidea k feuilles grasses, les unes k port de Sempervivurn, les autres imitant k s'y méprendre certaines Crassulacées subarborescentes.

Sur Tlsalo. k 1.500 mètres, malgré l’isolement de ce massif au milieu de la flore k feuilles caduques, on observe encore dans les Pelouses k xérophvtes une remarquable abondance des espèces du Centre, mélangées, il est vrai, k des Acanthacées et des Légumineuses, familles surtout occidentales. Sur le mont Tsitongambalala, une des cimes culminantes de Tlsalo, par exemple, cette Formation était ainsi composée 1 :

12 Composées 3 espèces^, dont 2 arbuscules k feuilles crassulantes et 10 arbustes éricoïdes.

1 1 Euphorbia I espèce), à tige cactée et épineuse.

3 Ischnolepis tuberosa, arbustes k feuilles caduques et k racines tuberculeuses.

1. Dénombrement des plantes poussant côte à côte sur 100 mètres carrés de superficie.

LA REGION CENTRALE

7 Kalanchoe (1 espèce), herbes vivaces crassulentes.

10 Philippia (2 espèces), arbuscules éricoïdes.

10 Rubiacées (2 espèces) » »

i Acanthacées (1 espèce) » à feuilles caduques, o Légumineuses ( 1 espèce) » » »

Senecio [ Kleinoidea ). Composée à feuilles grasses, des pelouses à xérophvtes de la région centrale. Cultivé à Tananarive.

20 Vellozia (4 espèces), herbes arborescentes ne dépassant pas 1 mètre de haut.

3 Angræcum (1 espèce), épiphvtes sur les rocs.

2 Aloe (1 espèce).

o Cypéracées (1 espèce), herbe vivace.

Ces 19 espèces croissaient sur un tapis assez épais de Mousses (1 espèce), de Lichens (2 espèces) et de Selaginella

LA VÉGÉTATION MALGACHE

(1 espèce). L’ensemble était nettement éricoïde. Les Vellozia, les .Cypéracées, les Lichens, les Mousses et les Selaginella avaient des organes végétatifs qui étaient secs et blanchâtres en temps ordinaire, mais se gorgaient d'eau et redevenaient verts à la moindre humidité.

Sur les cimes granitiques du plateau central (Tampoketsa d’Ankazobé, Angavohé, mont Belambana, environs d'Ambositra, etc.), aune altitude un peu inférieure (1.000 à 1.400 mètres) le port éricoïde disparaît, et les Kalanchoe à feuilles glabres, les -1/oe, les Vellozia deviennent plus nombreux. En même temps apparaissent deux types nouveaux, Ci/nanchum et Euphorbes aphylles, types ici rabougris et rares encore, mais qui augmenteront désormais en nombre et en taille à mesure que nous nous rapprochons de l'Ouest et du Sud. A ces formes déjà franchement occidentales se joignent encore des Angræcum et des Composées à feuilles grasses *, qui ne disparaîtront totalement que vers les limites du Centre.

Sur ces limites, vers 8 à 900 mètres d'altitude (Masakoamena, sur le Bemarivo; mont Bekinoly, au sud d'Ambalavao) les pelouses à xérophytes existent encore avec tous leurs caractères, mais déjà les espèces y atteignent une taille plus grande, et la Formation est envahie parles grandes Euphorbes du port d'E. Larn et des arbustes à feuilles caduques. Bientôt rien ne distinguera plus cette végétation des autres Formations xérophytes de l'Ouest et du Sud.

Voici, pour donner un exemple du passage graduel de cette Formation à celles de l'Ouest et du Sud, l’énumération des formes observées sur la cime granitique du mont Bekinoly, près Zazafotsy, à 800 mètres d'altitude.

2 espèces de P ac h y podium, à tiges monstrueuses, épineuses et aplaties sur les rocs.

1 espèces d’Asclépiadacées, dont Isclinolepis tuberosa et

3 Cynanchum , lianes aphylles.

7 espèces d ’Euphorbia, dont deux cactiformes et épineuses,

4 arborescentes et aphylles et l une à feuilles caduques.

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