CERTAINE
ce Le Pape alors quittera Rome....
c( Je suppose, comme le beau idéal de cette révolution, que le Saint- Père et sa suite s'échapperont, sans qu'il leur soit fait de mal ; mais si ces criminels^ qui se mêlent à tous les mouvements populaires, venaient à frapper les prélats de la cour romaine ; si leurs mains ne s'arrêtaient pas devant Sa Sainteté elle-iQÔme, croyez-vous que la France^ CToyei'Vous que V empereur n'en auraient j^s la responsabilité? ,
« Supposez^ d'ailleurs, que la Papauté soit en exil; croyez-vous
qu*elle-méme restera inactive ? qu'elle ne suscitera pas en Europe des troubles dont d'autres peuples chercheront à profiter ? Vbti^ aurejs j'e^é pour un siècle peut-être le brandon de la discorde
« J'admets cependant que le Pape en exil soit impuissant, qu'il soit insensible à ses propres douleurs, et qu'il n'ait pas la tentation de troubler l'Europe, est-ce que les puissances qui nous ont proposé de protéger le Saint-Père auront abjuré leurs convictions? De quel droit, après tout, sommes-nous à Rome ? Nous y sommes en violation du principe de non-intervention. Quelle grâce aurions-nous donc de dire aux autres ^puissances : Je ne protège plus la Papauté , mais je vous défends de la protéger ? »
4. — Formation d'un nouveau ministère piémontais sous la présidence de M. Rattazzi, qui est en même temps ministre des affaires étrangères; aux finances, M. Sella; à la marine, le vice* amiral Persano ; à Tagriculture et au commerce, le marquis Pepoli.
— A Rome, décret déclarant qu'il est constant que les Vénérables Benoît d'Urbino et Félix de Nicosie ont pratiqué les vertus chrétiennes dans un degré héroïque*
IfiS ANNALES EGCLÉSIASTIQUBS. tlS62
ft. -^ Lettre adressée par Joseph Mazzini aux membres du comité directeur de l'Association unitaire de Gônes^ et dans laquelle il dit qu'il faut c que les démarches ministérielles tendent à obtenir Home, et que la guerre soit déclarée à l'Autriche dans le courant de l'année pour la délivrance de la Vénétie. »
— A Turin, mort du marquis Charles-Emmanuel de Birague de Visque, fondateur et directeur du journal catholique VArmonta. Il comptait au nombre de ses ancêtres René de Birague» grand chancelier de France sous Charles IX, et un autre Birague, dont l'attachement au catholicisme et la valeur militaire brillèrent dans la guerre contre les huguenots » et il était digne de ses illustres aïeux.
o. — M. l'abbé Boutonnet est nommé à l'évéché de la Basse- Terre (Guadeloupe.)
10. Les Comités de prat;t;«(/imen^o (prévoyance) tenant à Gênes une réunion générale sous la présidence de Garibaldi, un membre propose de donner à Mazzini un témoignage d'affection, en le proclamant bien méritant de l'association ; Garibaldi adhère vi* veraent à cette proposition^ et un autre membre, M. Mordini, fait un rapport au nom de la commission chargée d'obtenir le rappel de Vexilé. Garibaldi est chargé de demander et d'obtenir ce rappel.
11. — A Barcelone, mort de M^ Lazare de la Garza, archevêque de Mexico, que le gouvernement de Juarez avait forcé de s'exiler. Né en 1787, dans le diocèse de Linarès, M»' de la Garza avait été préconisé, en 1837, évêque de Sonora par le pape Grégoire XVI, et appelé au siège archiépiscopal de Mexico le 30 septembre 1840.
12. — Projet de loi présenté à la chambre des députés, par le ministère portugais, à l'effet de supprimer l'existence légale des communautés, congrégations ou corporations religieuses des deux sexes^ dont le supérieur général réside à l'étranger (voir au 28 mai).
— A Paris, dans le sein du Corps législatif, où l'Adresse se discute^ M. Billault fait cette déclaration à propos de la question romaine :
« Je le demande^ en présence.. •• de cette politique qui a commencé par rétablir le Pape à Rome, qui l'y maintient, est-il possible de ra^
mars.] MOhT DO R. P. ANTOINE BRBSClÂNl. 150
baisser le drapeau français devant les éventualités révolutionnaires? {Voix nombremes: Non ! non , c est impossible!)
« Ce serait le plus petit souverain, la question religieuse ne serait pas engagée^ que la plus simple loyauté ferait au grand gouvernement de la France la loi de ne pas abandonner celui qu'il aurait protégé pendant dix ans. {Très-bierij très-bien !) Mais quand il s'agit du chef de la catholicité , de relui qui préside aux croyances de 200 millions d'hommes, quand il existe des traditions datant de si loin, quand la France, depuis tant de siècles, a le nom de Fille aînée de VÉglise, notre devoir n'est>il pas bien plus rigoureusement tracé? Quoi! lorsque notre drapeau va aux extrémités du monde couvrir la foi catholique^ vous voulez qu'au centre de la catholicité ce drapeau sMncline et s'humilie i
« ••.. Voilà, Messieurs, comment se présente la situation. Le passé nous lie. Notre armée, je le suppose, se retire de Rome ; une émeute ou une insurrection éclate, le gouvernement romain est renversé, la personne du Saint-Père est compromise, le Sacré-Collége est dispersé. Mais admettons que le Saint-Père a pu quitter Rome : il est en fuite. Qu'arrivera-t-il ? Rome se livre à l'Italie, ou plutôt les révolutionnaires la hii livrent, ou bien l'anarchie se déchaîne immédiatementsur Rome. Répondrez-vous, je le demande, des complications que cela produira en Europe ?... Non, le gouvernement necédera pas à cet entraînement; non, il ne livrera pas la question romaine aux aventures v
18. — Lettre pastorale de M»' Desprez, archevêque de Toulouse, annonçant le jubilé séculaire, rexposition et la procession solennelles des sacrées reliques conservées dans la basilique de Saint-Saturnin, pour Tan de grâce ^862. Ce jubilé rappelle la victoire remportée par les catholiques sur les protestants à Tou-^ louse, en i562.
14. — A Rome, mort du R. P. Antoine Bresciani, de la Com« pagnie de Jésus. Né à Vérone, le 24 juillet 1798, de Léonard de Borsa^ et de la comtesse Victoria Alberta, qui descendait des Frégose de Gênes, Antoine Bresciani entra en 1824 dans la Gom^pagnie de Jésus. Sa vie tout entière fut consacrée à l'éducation de la jeunesse et à la culture des lettres ; ses vertus étaient d'ailleurs à la hauteur de sa science. Il a été un des principaux fondateurs de la Civiltà Cattolica^ en 1850, et il y rédigeait presque tous les articles d'économie sociale. C'est également dans cette revue qu'il a publié, avant de les livrer aux éditeurs, ces déliciegx Racconti qu'on s'est empressé de traduire dans toutes les langues, tels que le Juif de Vétvne^ le Chasseur de Vincermes, Oldertc ou le Zouave pontifical^ le dernier en date. Bre$ciaui avait à Rome et
100 ANNALES EGCLÉSIASTiQOIS. {!%&
dans toute l'Italie la réputation incontestée de puriste, dans la saine acception du mot, de Cruscante^ comme on dit à Florence. Les libéraux eux-mêmes, toujours si sobres de louanges à l'endroit des Jésuites, l'ont proclamé plus d'une fois « la plus gracieuse plume d'Italie. » Le grand écrivain avait une âme aussi belle que son style : doux, affable, modeste, sévère pour luimême jusqu'à sa dernière heure, tel il n'a cessé de se montrer. La mort du P. Bresciani, à un âge peu avancé, est aussi regrettable pour les lettres italiennes que pour la Compagnie de Jésus.
20. — Le Corps législatif vote l'Adresse à l'Empereur, aune majorité de 244 voix contre 9 ; les neuf opposants sont les députés catholiques, MM. de Cuverville, Relier, Kolb-Bernard et Anatole Lemercier ; et les députés de l'extrôme gauche connus sous le nom des Cinq, MM. Jules Favre, Darimon, Hénon, Emile Ollivier et Picard.
— A Rome, mort du P. Pianciani, de la Compagnie de Jésus. Jean-Baptiste Pianciani naquit à Spolète, le 27 octobre 4784, de parents nobles. Il s'adonna de bonne heure à l'étude des sciences naturelles, qu'il enseigna dans les collèges de Yiterbe, de NoYare et à Rome. Il profita des connaissances qu'il avait acquises dans les sciences physiques et de ses études sur les Pères pour défendre la cosmogonie de Moïse, en comparant ce que dit l'écrivain inspiré avec les données de la science. Les savants articles publiés par lui dans la Civiltà Cattolica Sur ce sujet ont été réunis en un volume sous ce titre ; Cosmogonie naturelle comparée avec la Genèse.
— Circulaire de M. Rattazzi aux légations du roi Victor-Emmanuel à l'étranger. Le ministre piémontais y maintient toutes les prétentions de l'Italie révolutionnaire sur Rome, et parle des avantages que trouverait le souverain Pontife à être « exonéré du far- « deau temporel. »
26. — Arrivée à Paris du marquis de La Valette ^ ambassa*deur de France près du Saint-Siège; il y avait été mandé par le télégraphe. M* le duc de Bellune, premier secrétaire de l'ambassade, resta provisoirement chargé des affaires de France à Rome.
— A Lyon, mort de M«*Fransoni, archevêque de Turin en exil. Le nom de M^' Fransoni brillera parmi ceux des plus courageux athlètes de la religion ; il sera l'une des gloires de l'Église au
avril.] GIRGOLAIRE DE M. DE PERSI6NY AUX PRÉFETS. 161
XIX* siècle. W^ Fransoni était né en 1789 ; il avait été sacré évoque de Fossano le i9 août 1821 ; il était archevêque de Turin depuis 1832; c'est en 1850 qu'il fut, au nom des principes du prétendu libéralisme, forcé de quitter son troupeau ; pendant douze ans, la ville de Lyon eut l'honneur d'offrir un asile au magnanime confesseur de la foi. On le voyait, revêtu du costume des simples ecclésiastiques, parcourir les rues, toujours à pied, répondant aux nombreux saluts qu'il recevait avec une exquise politesse, mais heureux de n'être pas distingué de la foule. Sa charité était sans bornes, et les heureux intermédiaires dont il se servait pour l'exercer n'en parlent aujourd'hui qu'avec un vif attendrissement. Toutes les ressources de son diocèse ayant été mises sous le séquestre, il avait adopté un genre de vie de la plus rigoureuse simplicité, afin de pouvoir, à l'aide de ses revenus patrimoniaux, continuer à suivre à l'égard des pauvres l'élan de son généreux cœur. Il se mettait, avec une inépuisable bonté, au service de toutes les œuvres de zèle et de charité, célébrant pour elles le saint sacrifice, présidant leurs assemblées, et souvent accompagnant de généreuses paroles la bénédiction qu'il accordait à leurs membres, toujours vivement émus de cette insigne faveur. Deux mois avant sa mort, de cruelles souffrances physiques vinrent se joindre aux amertumes dont son cœur était abreuvé. Jamais, au milieu de si redoutables épreuves, la plainte n'est sortie de ses lèvres ; il a conservé jusqu'à la fin, avec la plus entière connaissance, la plus parfaite sérénité. «'Demandez instamment avec moi au bon Dieu, disait-il souvent à la pieuse sœur de Saint-Vincent de Paul qui veillait à son chevet, demandez qu'il m'accorde d'avoir ma connaissance jusqu'au dernier moment, afin que je ne cesse d'être en union avec lui jusqu'à l'union éternelle I o
29. — Mort de M. Boistel d'Exauvillez, auteur d'un grand nombre de petits livres pieux, du Bon Curé ^ etc., et directeur d'une petite publication périodique intitulée : l* Ange gardien.
Avril.
4. — En Chine, édit impérial en faveur des catholiques, rendu à la requête du prince Kong.
6. — M. de Persigny, ministre de l'intérieur, adresse une circulaire aux préfets relativement aux sociétés de Saint-Vincent de Paul. Il y déclare que les conférences, consultées pour savoir si elles voulaient être reliées entre elles par un conseil central
Annales ecciés. Il
162 ANNALES BCCtÉSIASTlQOBS. [1862
ayant pour président un haut dignitaire de l*Égfise nommé par l'Empereur, ou si elles préféraient continuer à fonctionner isolément, ont émis des avis : 88 pour et 766 contre l'institution du conseil central proposé. En conséquence, les conférences, conformément au vœu de la majorité, fonctionneront séparément. « Le « gouvernement considère comme terminée la régularisation des (( sociétés de Saint-Vincent de Paul, dont l'existence légale reste « désormais subordonnée à l'isolement de chaque conférence et à (( la suppression de tout lien central* » La circulaire se termine <c ainsi :
« A ce sujet, je crois deToir tous entretenir d'an incident sur lequel « j'appelle yotre attention. Par une lettre publiée dans les Journaur, « l'ancien président du conseil général a déclaré que ce conseil, avant « de se dissoudre, lui avait transmis ses pouvoirs ; qu'il avait l'intention « de les exercer sur toutes les conférences, et qu'en cas de mort ou d'em- « pôchement, il les déléguait à un comité de trois membres étrangers, « un Belge, un Hollandais et un Prussien. En dépit des lois et nuilgré « le vœu des conférences elles-mêmes de fonctionner isolément, on pré- « tendrait donc faire de toutes les conférences une vaste association ce gouvernée par un chef suprême ou môme par des étrangers, sans « l'autorisation et en dehors du contrôle de TÉtat. Je n'ai pas besoin de « vous dire, monsieur le Préfet, qu'une pareille infraction aux lois du « pays, de quelques motifs, charitables ou religieux, qu'elle se couvre, « ne saurait être tolérée par le gouvernement. Je vous invite donc à « porter à la connaissance des conférences la prétention qui s'est pro- « duite, et à les prévenir que, si elles s'y soumettaient, contrairement « au système d'isolement choisi par elles-mêmes, elles se mettraient en « opposition flagrante avec les lois qui régissent les associations. »
9. — A Rome, consistoire secret, dans lequel le Saint-Père manifeste le désir d'inscrire au catalogue des Saints les trois Bienheureux japonais de la Compagnie de Jésus, qui, avec les vingttrois Bienheureux de l'ordre des Frères-Mineurs de saint François, pour lesquels Sa Sainteté avait témoigné le même désir dans le consistoire secret du 23 décembre 1861, ont glorieusement souffert le martyre pour Jésus-Christ. Les noms de ces trois Bienheureux sont Paul Miki, Jean Soan et Jacques ou Didace Kisai. Le Saint-Père préconise ensuite un assez grand nombre d'archevêques et d'évéques, parmi lesquels : M^' Joseph-Louis Trevisanato, à l'église patriarcale de Venise ; NN. SS. Fillion, David, Bernadou, Nogret et Boutonnet, aux sièges épiscopaux du Mans, de Saint-Brieuc, de Gap, de Saint-Claude et de la Basse- Terre ; M^ Pantaléon Monserrat, à l'église cathédrale de Badajoz,
avril.] ANNONCE D'UN JUBILÉ A TOULOUSE. 163
en Espagne; M*' MarianoChaconyBecerra^à l'église cathédrale de Puno, au Pérou. Enfin Sa Sainteté annonce le choix fait par la congrégation delà Propagande de M«' Vincent Spaccapietra, pour réglise archiépiscopale deSmyrne, dans l'Ânatolie.
— Reconnaissance du royaume d'Italie par la république du Pérou.
— Réponse de M. Baudon^ président de la société de Saint-Vincent de Paul, à M. de Persigny. Il prouve d'abord qu'il n'a pas violé la loi et il termine sa lettre en rappelant que les conférences ont été unanimes à demander le rétablissement du conseil général dissous ; ce n'est point par choix ni par préférence qu'elles se sont décidées à continuer isolément leur mission de charité ; elles s'y sont seulement résignées.
9. — Circulaire de M. Rattazzi aux préfets du royaume d^ Italie. Le ministre y déclare que la politique italienne est dominée par les idées d'unité nationale et de liberté, etle môme jour M<^ Canzi^ vicaire capitulaire de Bologne, est arrêté sur un ordre émané de l'autorité judiciaire et mis en prison. Le motif allégué est une circulaire adressée par M^ Canzi aux prêtres de son diocèse pour leur donner des instructions tendant à provoquer et à favoriser la désertion parmi les soldats de l'armée italienne.
tO. — L'annonce d'un jubilé à Toulouse par M^** Desprez avait excité la fureur de la presse incrédule. On criait sur tous les tons que l'archevêque rappelait les plus tristes souvenirs de nos guerres religieuses, et la fête annoncée était désignée sous le nom de Jubilé du massacre. Le gouvernement crut devoir intervenir dans la question ; le 10 avril, on lut en tête de la partie non officielle du Moniteur :
« La célébration d'un jubilé du 16 au 23 mai prochain, prescrite par le mandement de Tarchevôque de Toulouse, n'est autre chose que la commémoration d'un douloureux et sanglant épisode de nos anciennes discordes religieuses.
« La législation actuelle et l'article 1«' du Concordat relatif à l'exercice extérieur du culte catholique, tout fait un devoir au gouvernement d'interdire une cérémonie qui peut exciter parmi les différentes classes de citoyens des divisions et des haines^ et troubler la paix publique.
« En conséquence, et sans déroger en rien à l'usage presque immémorial qui a consacré la procession spéciale dite des corps saints^ le gouvernement a décidé que toutes les processions ou cérémonies ex-
1C4 ANNALES EGGLÉSUSTIQDES. [1862
térieureSy relatives à la célébration du jubilé et mentionnées dans le dispositif du mandement, seraient interdites. »
11. — M*' Desprez répond dans le Journal de Toulouse à la note du Moniteur relative au Jubilé.
itf . — Mort, à Turin, à la suite d'une longue et douloureuse maladie, du prince Charles-Ferdinand de Capoue, né le 10 octobre 4811, frère du roi de Naples Ferdinand II, et oncle du roi François II, dont il avait trahi la cause.
••. — Protestation de M»' Bovieri contre une loi du 3 février relative au divorce et aux mariages mixtes promulgués par le gouvernement central de la Confédération suisse.
•e. — Mort, à Paris, de M. de Lagrenée (Théodore-Marie- Melchior-Joseph), ancien ambassadeur de France en Chine et ancien pair de France. Il était né près d'Amiens, en 1800, et s'était destiné de boQne heure à la carrière diplomatique. Envoyé en Chine, en 1844, il obtint un traité de commerce favorable et des conditions également favorables à la prédication de l'Évangile; mais ces conditions ne furent pas remplies par la Chine.
•9. — M. Conforti, ministre des cultes en Piémont, déclare à l'Archevêque de Saluces que le gouvernement italien n'accordera pas de passe-port aux évégues qui veulent se rendre à Rome.
8. — Décret de la congrégation des Évoques et Réguliers contre les vicaires capitulaires élus par les chapitres dans les diocèses dont les évéques ont été expulsés.
S. — Dans la chambre des communes d'Angleterre, M. Disraeli, l'un des chefs du parti tory^ ancien ministre de la reine Victoria et qui l'est redevenu depuis (en 1866), s'exprime d'une manière favorable au pouvoir temporel du pape, et dit, entre autres choses :
« Il y a, dans la question de Rome, un intérêt général pour le monde, et, si Je ne me trompe, un intérêt particulier pour une puissance protestante comme TAngleterre, et cet intérêt, ce n'est pas le pouvoir temporel, mais Tindépendance du Pape. (Écoutez ! écoutez!) Ce sont deux choses entièrement distinctes, bien qu'elles soient
mai.] LE GÉNÉRAL DE GOYON QUITTE ROME. 165
toujours confondues, soit par ignorance, soit par suite de préjugés nationaux. Supposons maintenant que le Pape doive quitter Rome demain et s'établir d'une manière permanente à Séville, ou à Avignon, ou dans une des grandes cités du Danube, vous pouvez être assurés que le cbef de la puissance catholique romaine dans les domaines duquel il aura préféré s'établir d'une manière permanente ne s'inquiéterait pas de maintenir à tout prix son indépendance. Au contraire, cette puissance accepterait avec empressement Taccroissement d'influence et d'autorité que lui donnerait la résidence permanente du Pape dans ses domaines. (Écoutez l écoutez !) Cela ne ferait pas l'affaire d'une puissance protestante, et spécialement d'une puissance protestante qui a plusieurs millions de sujets catholiques romains. Nous verrions avec une grande jalousie le Pape faire sa résidence dans les domaines d'un État catholique romain, parce que nous savons que si, comme prince temporel, il n'est pas plus puissant que tout autre petit duc italien^ comme prince spirituel^ il exerce un grand pouvoir dans tous les pays, et que, dans tous pays, il est représenté par un corps intellectuel organisé. (Écoutez! écoutez!) 11 y a donc là un sujet de grande attention pour tout homme d'État anglais : voilà un souverain exerçant une autorité qui le place dans une situation telle qu'il ne doit être influencé indûment par aucune autre puissance en Europe. (Écoutez I écoutez!) Ce fut cette considération qui décida les grailds hommes d'État de l'Europe à sanctionner la restauration du Pape en 1815. Lord Grey, lord Liverpool, M. Ganning et lord Wellesley, je le suppose, n'étaient pas des bigots, et certainement n'étaient pas des incapables, et ils n'ont pu trouver une autre solution de la difficulté à cette époque, non pas qu'ils crussent opportun ni désirable que le Pape exerçât l'autorité d'un prince temporel, mais parce qu'ils ne voyaient aucun autre moyen, pour le moment, de garantir son indépendance. Mais, si les complications qui entourent cette question sont considérables pour un État protestant, quelles difficultés ne doit-elle pas présenter à notre cordial allié, l'Empereur des Français? Il sait que, quoi qu'il arrive, l'Angleterre et le monde ne souffriront jamais que le Pape demeure en France d'une manière permanente; que cette influence que le Pape exerce sur tout pays, au moyen de l'organisation intellectuelle à laquelle je viens de faire allusion, puisse être soumise à l'autorité et au contrôle des Tuileries. L'Empereur des Français comprend cela parfaitement, et il sait que, si le Pape résidait dans un autre État catholique, il en résulterait de grands embarras pour lui. Sa propre influence et l'autorité quMi exerce maintenant ou qu'il possède en partie pourraient en être amoindries, tandis que l'influence d'un autre souverain serait augmentée dans la môme proportion. »
19. — - Le général de Goyon quitte Rome, où il ne doit plus retourner.
•O. — Lettre écrite par Napoléon III à H. Thoavenel, son ministre des affaires étrangères (elle ne fut publiée par le J/oniteur qu'au mois de septembre suivant) :
« Monsieur le ministre^ plus la force des choses nous maintient, relativement à la question romaine^ dans une ligne de conduite également éloignée des deux partis extrêmes, plus cette ligne doit être nettement tracée^ pour prévenir désormais Taccusation sans cesse renouvelée de pencher tantôt d'un côté, tantôt de l'autre.
« Depuis que je suis à la tête du gouvernement en France, ma politique a toujours été la même vis-à-vis de l'Italie : seconder les aspirations nationales, engager le Pape à en devenir le soutien plutôt que l'adversaire ; en un mot, consacrer l'alliance de la religion et de la liberté.
«Depuis l'année 1849^ où l'expédition de Rome fut décidée, toutes mes lettres, tous mes discours, toutes les dépêches de mes ministres ont invariablement manifesté cette tendance, et, suivant les circonstances, je l'ai soutenue avec une conviction profonde, soit à la tête d'un pouvoir limité, comme président de la République, soit à la tête d'une armée victorieuse sur les bords du Blincio.
« Mes efforts, je l'avoue, sont venus jusqu'à présent se briser contre des résistances de toutes sortes, en présence de deux partis diamétralement opposés, absolus dans leurs haines comme dans leurs convictions, sourds aux conseils inspirés par le seul désir du bien. Est-ce une raison pour ne plus persévérer, et abandonner une cause grande aux yeux de tous et qui doit être féconde en bienfaits pour l'humanité?
« 11 7 a urgence à ce que la question romaine reçoive une solution définitive, car ce n'est pas seulement en Italie qu'elle trouble les esprits; partout elle produit le même désordre moral, parce qu'elle touche à ce que l'homme a le plus à cœur, la foi religieuse et la foi politique.
tt Chaque parti substitue aux véritables principes d'équité et de justice son sentiment exclusif. Ainsi, les uns, oubliant les droits reconnus d'un pouvoir qui dure depuis dix siècles, proclament, sans égard pour une consécration aussi ancienne, la déchéance du Pape ,* les autres, sans souci de la revendication légitime des droits des peuples, condamnent sans scrupule une partie de l'Italie à une immobilité et une oppression éternelles. Ainsi, les uns dis^posent d'un pouvoir encore debout comme s'il était abattu, et les autres d'un peuple qui demande à vivre comme s'il était mort.
a Quoi qu'il en soit, le devoir des hommes d'État est d'étudiei^^ies moyens de réconcilier deux causes que les passions seules présentent comme irréconciliables. Échouerait-on, la tentative ne serait pas sans quelque gloire, et, dans tous les cas, il y a avantage à déclarer hautement le but vers lequel on tend.
mai.] LETTRE DE NAPOLÉON III A M. THOUVENEL. 167
« Ce but est d'arriver à. uoe combinaison par laquelle le Pape adop. ferait ce qu'il y a de grand dans la pensée d'un peuple qui aspire à devenir une nation^ et, de l'autre côté, ce peuple reconnaîtrait ce qu'il y a de salutaire djans un pouvoir dont l'influence s'étend sur l'univers entier.
a Au premier abord, en considérant les préjugés et les rancunes, également vivaces de chaque côté, on désespère d'un résultat favorable. Mais si, après avoir examiné le fond des choses, on interroge la raison et le bon sens, on aime à se persuader que la vérité, cette lumière di*vine, finira par pénétrer dans les esprits et montrer dans tout son jour l'intérêt suprême et vital qui engage, qui oblige les partisans de deux causes opposées à s'entendre et à se réconcilier.
«Quel est d'abord l'intérêt de l'Italie? C'est d'écarter autant. qu'il dépend d'elle les dangers qui la menacent^ d'atténuer les inimitiés qu'elle a soulevées^ enfin de renverser fout ce qui s'oppose à sa légitime ambition de se reconstituer. Pour vaincre tant d'obstacles, il faut les envisager froidemetit. L'Italie, comme État nouveau, a contre elle tous ceux qui tiennent aux traditions du passé; comme État qui a appelé la révolution à son aide, elle inspire la défiance à tous les hommes d'ordre. Ils doutent de sa vigueur à réprimer les tendances anarchiques, et hésitent à croire qu'une société puisse s'affermir avec les mêmes éléments qui en ont bouleversé tant d'autres. Enfin, à ses portes, elle a un ennemi redoutable, dont les armées et le mauvais vouloir facile à comprendre seront longtemps encore un danger imminent.
« Ces antagonismes déjà si sérieux le deviennent davantage en s'appuya nt sur les intérêts de la foi catholique. La question religieuse aggrave de beaucoup la situation et multiplie les adversaires du nouvel ordre de choses établi au delà des Alpes. Il y a peu de temps, le parti absolutiste était le seul qui lui fût contraire. Aujourd'hui, la plupart des populations catholiques en Europe lui sont hostiles, et cette hostilité entrave non-seulement les intentions bienveillantes des gouvernements rattachés par leur foi au Saint-Siège, mais elle arrête les dispositions favorables des gouvernements protestants ou schismatiques, qui ont à compter avec une fraction considérable de leurs sujets. Ainsi^ partout, c'est l'idée religieuse qui refroidît le sentiment public pour l'Italie. Sa réconciliation avec le Pape aplanirait bien des difficultés et lui rallierait des millions d'adversaires.
a D'autre part, le Saint-Siège a un intérêt égal,sinon plus fort, à cette réconciliation; car si le Saint-Siège a des soutiens zélés parmi tous les catholiques fervents, il a contre lui tout ce qui est libéral en Europe. Il passe pour être en politique le représentant des préjugés de l'ancien régime, et, aux yeux de l'Italie, pour être l'ennemi de son indépendance, le partisan le plus dévoué de la réaction. Aussi est-il entouré des adhérents les plus exaltés des dynasties déchues, et cet entourage n'est point fait pour augmenter en sa faveur les sympathies des peuples qui ont renversé ces dynasties. Cependant, cet état de choses nuit
moios encore au souverain qu'au Chef de la religion. Dans les pays catholiques où les idées nouyelles ont un grand empire, les hommes même le plus sincèrement attachés à leurs croyances sentent leur conscience se troubler et le doute entirer dans leur esprit, incertains qu'ils sont de pouvoir allier leurs convictions politiques avec des principes religieux qui sembleraient condamner la civilisation moderne. Si cette situation, pleine de périls, devait se prolonger, les dissentiments politiques risqueraient d'amener des dissidences f&cheuses dans les croyances mômes.
« L'intérêt du Saint-Siège, celui de la religion, exigent donc que le Pape se réconcilie avecritalie; car ce sera se réconcilier avec les idées modernes, retenir dans le giron de l'Église deux cents millioàs de catholiques et donner à la religion urï lustre nouveau, en montrant la foi secondant les progrès de l'humanité.
« Mais sur quelle base fonder une œuvre si désirable ?
« Le Pape, ramené à une saine appréciation des choses, comprendrait la nécessité d'accepter tout ce qui peut le rattacher à l'Italie, et ritalie, cédant aux conseils d'une sage politique, ne refuserait pas d'adopter les garanties nécessaires à l'indépendance du souverain Pontife et au libre exercice de son pouvoir.
« On atteindrait ce double but par une combinaison qui, en maintenant le Pape maître chez lui, abaisserait les barrières qui séparent aujourd'hui ses États du reste de l'Italie.
« Pour qu'il soit maître chez lui, l'indépendance doit lui être assurée^ et son pouvoir accepté librement par ses sujets. Il faut espérer qu'il en serait ainsi, d'un côté, lorsque le gouvernement italien s'engagerait vis-à-vis de la France à reconnaître les États de l'Église et la délimitation convenue ; de l'autre, lorsque le gouvernement du Saint-Siège, revenant à d'anciennes traditions, consacrerait les privi> léges des municipalités et des provinces de manière à ce qu'elles s'administrent pour ainsi dire elles-mêmes ; car, alors, le pouvoir du Pape, planant dans une sphère élevée au-dessus des intérêts secondaires de la société, se dégagerait de cette responsabilité toujours pesante et qu'un gouvernement fort peut seul supporter.
u Les indications générales qui précèdent ne sont pas un ultimatum que j'aie la prétention d'imposer aux deux partis en désaccord, mais les bases d'une politique que je crois devoir m'efforcer de faire prévaloir par notre influence légitime et nos conseils désintéressés.
« Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.
« Napoléon. »
«9.-^ Consistoire semi-public dans lequel 23 cardinaux et 120 évoques donnent leur vote pour la consécration des martyrs du Japon.
mai.] EXPULSION DES SOEURS DE GBARITÉ DU PORTUGAL. 169
— Décret impérial en France au sujet de la communauté de Sainte-Geneviève :
Art. l«^ A dater du 1^' octobre prochain, la communauté instituée par notre décret du 22 mars 1852 pour desservir Téglise de Sainte- Geneviève, se composera :
1<* Du supérieur de TÉcole des hautes études ecclésiastiques, établie rue de Vaugirard, n^ 76, lequel prend le titre de doyen;
2^ De six chapelains choisis parmi les élèves boursiers de TËcole.
Art. 2. Une somme de vingt-six mille cinq cents francs, prélevée sur le chapitre 31 du budget des cultes, est affectée : 1® à fonder des bourses et fractions de bourse dans TÉcole des hautes études ecclésiastiques; 2^^ à fournir des indemnités pour les ecclésiastiques de TÉcole chargés de desservir l'église de Sainte-Geneviève.
Art. 3. Les bourses et fractions de bourses créées par Tarticle précédent sont accordées, sur la demande des Archevêques et Ëvôques et sur l'avis de TArcbevôque de Paris, par notre ministre de Tinstruclion publique et des cultes.
Art. 4. Les programmes de renseignement littéraire et scientifique donné dans TÉcole des hautes études sont communiqués à notre ministre de Tinstruction publique et des cultes, qui se fait représenter par un délégué dans le conseil de perfectionnement de TÉcole.
Art. 5. Les dispositions de notre décret du 22 mars 1852 qui seraient contraires au présent décret sont et demeurent rapportées.
Art. 6. Notre ministre de Tinstruction publique et des cultes est chargé de l'exécution du présent décret.
^4. — Les évoques de TOmbrie, empêchés d'aller à Rome par
le gouvernement piémontais, envoient au Saint-Père une Adresse
dans laquelle ils exposent les difficultés de leur position, et
déclarent qu'ils s'unissent de cœur et d'âme à tout ce qui va
se faire dans la ville éternelle.
9(1. — Le corps français d'occupation à Rome est réduit à une seule division composée de trois brigades, et le commandement en est donné au général de Montebello, aide de camp de l'Empereur.
50. — En conséquence de la lettre qui lui a été adressée par Napoléon m, M. Thouvenel envoie à M. le marquis de La Valette, à Rome , une dépêche qui accentue davantage la politique vis-à-vis du Saint-Siège.