La chambre des députés du Portugal vote une loi qui
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expulse du royaume les sœurs de Charité fraoçaises. Quelques détails ne seront pas ici inutiles (1).
Des décrets portés après la défaite de dom Miguel, en 1833 et 1834, proscrivirent les ordres religieux d*hommes, interdirent aux couvents de femmes de recevoir des novices, et n'épargnèrent que les sœurs de la Charité, qu'un décret du 14 avril 1819, porté sous le roi Jean VI, avait rétablies en Portugal. Jusqu'en 1857, les sœurs de la Charité portugaises se maintinrent ainsi ; elles se réunirent alors aux sœurs françaises, qui venaient d'être appelées d'un commun accord par l'autorité civile et par l'autorité ecclésiastique, et en vertu d'un ordre royal du 9 février 1857. Les sœurs françaises étaient appelées pour l'instruction des enfants pauvres et pour l'assistance des malades. Les sœurs françaises, unies aux sœurs portugaises, ne tardèrent pas à rendre les plus grands services pendant l'épidémie de fièvre jaune qui ravagea Lisbonne en 1857. Cinq sœurs étaient arrivées de la maison-mère de Paris, avec des prêtres français lazaristes ; l'une d'elles succomba bientôt au fléau ; la population entière rendit hommage aux vertus des héroïques filles de Saint- Vincent de Paul.
Mais il existe en Portugal, comme dans tant d'autres pays, un parti politique qui ne veut rien souffrir de ce qui est favorable à la religion, et ce parti était au pouvoir avec le ministre Loulé. Il n'osa rien dire d'abord, mais, aussitôt que l'épidémie fut passée, les manœuvres commencèrent. On se mit à murmurer que les filles de Saint- Vincent de Paul sont affiliées aux jésuites, et qu'il y avait d'ailleurs du danger à laisser l'éducation de la jeunesse pauvre entre les mains des religieuses soumises à un supérieur étranger. Les journaux maçonniques ne manquèrent pas d'entrer vivement dans la lutte ; ils ne reculèrent pas devant l'insulte et la calomnie, et l'on put lire dans ces indignes journaux les accusations et les insinuations les plus odieuses contre les saintes filles qui venaient d'exposer leur vie pour soigner des malheureux qu'elles ne connaissaient pas^ et qui se consumaient tous les jours dans les œuvres les plus rebutantes de la charité et de l'enseignement. Bientôt les fruits se produisirent. Des sœurs furent indignement insultées dans la rue, les esprits s'échauffèrent; dès la fin de l'année 1858, la question de leur expulsion était à l'ordre du jour. Les honnêtes gens s'indignaient, mais ce n'é-
> V. poar tons les renseignements possibles l'ouvrage imprimé à Lisbonne en français, en 1863, soas ce titre : Question des sœurs de la charité en Portugal (1867-1862) d'après la presse et les documents officiels.
mai.] EXPULSION DES SOEURS DE CHARITÉ DU PORTUGAL. 171
talent pas eux qui criaient le plus fort, et le gouvernement se donnait le tort de favoriser la haine inepte des membres de la francmaçonnerie. Cependant la majorité était toujours favorable aux sœurs, comme le prouvèrent les pétitions pour et contre elles : les francs-maçons obtinrent 7,654 signatures ; les amis des sœurs en obtinrent 36,313. M. le marquis de Loulé n'était pas personnellement ennemi des sœurs de Charité : comme homme privé, il voulait que ses enfants reçussent une éducation religieuse ; comme homme d'État intelligent, il savait bien qu'il est inôprudent d'agir contre le sentiment religieux ; mais il était en même temps président du Conseil, ministre de l'intérieur et grand maître de la maçonnerie portugaise ; c'était à son titre de maçon qu'il devait d'être le chef d'un grand parti politique, et il avait à se faire pardonner d'avoir introduit en Portugal les sœurs françaises : il dut donc d'abord laisser faire et se trouva peu à peu engagé à agir lui-même contre les religieuses. Pour gagner du temps, il avait consulté le patriarche de Lisbonne, qui avait donné par deux fois une réponse favorable aux sœurs. Le premier rapport du patriarche, en date du 13 août 1858, se terminait par ces mots : c Je ne puis comprendre comment on peut craindre c( qu'en Portugal un institut partout si vénéré et si utile puisse <( ne produire que des épines et de mauvais fruits. » Le second rapport, en date du 27 août 1858, était tellement concluant, que> si le marquis de Loulé avait voulu ou osé seulement être juste, la persécution eut cessé aussitôt.
« Les pères Lazaristes ainsi que les sœurs^ disait le Patriarche, sont venus, aussitôt leur arrivée, se présenter à moi et me prêter Tobéissance canonique^ comme à leur Prélat diocésain. Ces missionnaires confessent avec toutes les permissions requises. Eux et les sœurs ne sont soumis au supérieur général qu'en ce qui concerne les pratiques intérieures de rinstitut^ et dépendent pour tout le reste de l'Ordinaire du diocèse où ils résident... Quant aux craintes sur renseignement^ elles sont absurdes. Il est ridicule d'insinuer que des personnes étrangères vivant au milieu de nous depuis près d'un an, et s'étant appliquées à l'étude de notre langue^ ne sont pas en état d'apprendre A lire et à écrire en portugais à des enfants pauvres, lorsqu'il est notoire que différentes personnes riches et distinguées envoient élever leurs enfants en France ou en Angleterre, ou leur donnent à l'intérieur de la famille des maîtres français et anglais. Ne sont-elles pas déjà considérées comme nationales au Brésil?
« Si, à peine arrivées, les sœurs se sont consacrées à l'enseignement, c'est qu'elles avaient été appelées dans ce but ; et encore il faut dire
que les cinq soeurs de la Charité qui débarquèrent les premières^ au milieu de la fièvre jaune, s'offrirent pour traiter les malades, et allèrent où elles le purent et où elles furent appelées.
« On parle d'ultramontanisme. Cette crainte est sans fondement, car dans tous les séminaires les maîtres et les livres sont approuvés par le gouvernement, sans parler de notre législation...
«... Je conclus en déclarant qu'A mon avis, comme Portugais, la venue des sœurs françaises et des prêtres confesseurs qui les accompagnent, aussi bien que la réunion des sœurs portugaises déjA existant parmi nous, n'est ni préjudiciable au pays, ni contraire A aucune loi en vigueur ; et, de plus, ce serait une honte pour la nation portugaise et une mesure impolitique de les faire sortir du royaume. Comme prélat, j'ajoute que je désire voir arriver le moment où les sœurs< de Charité, nationalisées parmi nous, serviront, comme dans tous les pays chrétiens, d'auxiliaires aux curés de paroisse, de confidentes pour la charité secrète, de consolatrices pour les malheureux, et de modèles de vertu et de dévouement patriotique. »
Malgré ces rapports, le gouvernement céda aux clameurs de rimpiété. Un décret du 3 septembre 1858 commença par limiter le nombre des sœurs de la Charité françaises qui pouvaient rester en Portugal. Ce décret ne satisfit personne; l'agitation révolutionnaire devint plus vive, et de nouvelles mesures gouvernementales montrèrent aux ennemis de la .religion qu'il ne leur faudrait qu'un peu de persévérance pour triompher. Les certes portugaises, malgré quelques voix généreuses, laissèrent faire.
Cependant le ministère Loulé, qui cherchait à gagner du temps, succomba sur une question étrangère aux Sœurs de la Charité, le 15 mars 1859, et fut remplacé par le ministère Terceîra-Fontès. Le duc de Terceira était un véritable ami de la liberté; sous sa courte administration, la persécution officielle cessa. Le 211 mars, il fit cette déclaration : « Tous les ministres sont catholiques et « le gouvernement est religieux, comme doit l'être celui d'une (( nation profondément catholique, et par conséquent essentielle- « ment religieuse. Le ministère s'opposera au fanatisme et à a l'impiété : il protégera la religion et fera respecter les lois. » Quant aux sœurs de la Charité, « il examinerait les faits et « respecterait, en principe, les lois et décrets en vigueur ; le gou- (( vernement s'occuperait sérieusement de la question et donne- « rait franchement son avis, mais il fallait du temps, car, à cause a de l'inertie du gouvernement précédent, la question était devea nue une question de liberté de conscience et d'enseignement. »
Le duc de Terceira mourut le 26 avril 1860, sa mort provoqua
mai.] EXPULSION DEfS SOSDRS DE CHARITÉ DU PORTUGAL. t73
une crise ministérielle; M. Casai Ribeiro devint le ministre dominant du cabinet reconstitué, qui ne vécut que jusqu'au 4 juillet, et le marquis de Loulé reparut sur la scène avec son ancien collègue, M. José d'Avila, dont le libéralisme était moins hostile aux Sœurs. Aussitôt l'agitation irréligieuse, un moment calmée et contenue, se ranima ; on vit reparaître les plus odieuses accusations, et le ministre des affaires ecclésiastiques, M. Moraes Garvallo adressa au patriarche, à la date du 3 octobre 1860, l'injonction, de la part du roi, « d'adopter les mesures qui lui pacc rattraient les plus opportunes et les plus efficaces pour que <f les sœurs de la Charité restassent sous l'obéissance exclusive « de S. Éminence, comme étant leur unique légitime supérieur a dans son diocèse, selon l'ordre ecclésiastique, et sans aucune limite ni exception. 1^ Le patriarche céda, et engagea d'abord les Sœurs portugaises à renoncer à l'obéissance au supérieur général, ajoutant que son prédécesseur avait mal fait de les délier de l'obéissance qu'elles lui rendaient. Les Sœurs répondirent qu'elles ne pouvaient violer le vœu qu'elles avaient fait, qu'elles .prospéraient depuis qu'elles étaient réunies aux Sœurs françaises, qu'elles aimaient mieux subir l'exil que de violer leur vœu, et elles supplièrent le patriarche, comme pasteur du diocèse, de les protéger contre leurs persécuteurs. Le patriarche, qui avait rendu un si bel hommage aux sœurs de Charité en 1838, était désormais sous la main du gouvernement; il eut la faiblesse d'enjoindre aux Sœurs portugaises d'avoir à renoncer à l'obéissance au supérieur général. Ces généreuses filles répondirent comme la première fois, en montrant qu'elles n'avaient rien fait que de régulier et de légitime ; leur réponse, en date du 29 octobre 1860, se terminait ainsi :
« ... Pour ces motifs, nous adressons humblement nos supplications à Votre Éminence, et nous espérons fermement que, en sa qualité de Père, Pasteur et Protecteur naturel de tous les établissements pieux de son diocèse, elle daignera nous protéger contre tous ceux qui prétendent nous obliger à cette séparation violente et illégale. En attendant, déclarant ici de nouveau à Votre Éminence que nous avons pour Elle tout le respect et Tobéissance que les lois et canons de la sainte Église, et particulièrement notre règle nous ordonnent de prêter aux Prélats diocésains^ en ce qui concerne les actes et fonctions publiques, religieuses ou ecclésiastiquesi nous déclarons également avec fermeté que nous voulons continuer dans la sujétion et l'obéissance intérieure et domestique au supérieur général de la Congrégation de la Mission, conformément à la règle que nous avons embrassée et au vœu fait à
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Dieu. Nous déclarons aussi sincèrement à Votre Ëminence que, quelle que soit la persécution qui nous attende, nous sommes disposées à tous les sacrifices plutôt que de trahir notre conscience. »
Le Patriarche eut le malheur, en cette circonstance, d'obtenir
les éloges de la presse maçonnique qui devait, trois ans plus
tard, raccabler- d'injures parce qu'il oserait résistera un décret
despotique du gouvernement et réclamer la liberté de l'ijglise. La
persécution continua. En 1861, le marquis de Loulé, qui n'allait
pas assez vite au gré des loges, ne fut pas réélu grand-maltre, et
le maillet passa aux mains de M. José Estavâo qui le garda jusqu'à
sa mort, arrivée en novembre 1862. Néanmoins, le 5 mars 1861,
un ordre royal contre-signe par le marquis de Loulé prononça
la dissolution de la corporation des Sœurs portugaises, comme
« ayant refusé de prêter une obéissance pure et simple au prélat
(( diocésain, » et déclara leurs biens « incorporés aux biens natio-
«naux.» Le lendemain, un projet de loi prétendait réorganiser
la congrégation dissoute, u Est autorisée, disait l'art. 1" de ce
a projet, la réorganisation de l'institut portugais des sœurs de la
« Charité de la manière la plus conforme et la plus utile aux
a exercices pieux et aux intérêts de la bienfaisance publique; elles
<( demeureront, pour le spirituel, uniquement sujettes à l'obéis-
*« sance et à l'autorité des prélats diocésains, a
L'ordre royal et le décret furent vivement combattus dans les cortès. Un député libéral, M. Mousinho d'Aibuquerque, déclare que Tordre royal était « un monument d'opprobre et une honte, (c Aujourd'hui les sœurs de la Charité , dit-il en terminant^ dea main la dissolution de la Chambre élective, puis celle de la a Chambre des pairs. » Le 20 mars, dans la Chambre des pairs, le comte de Thomar défendit vigoureusement les Sœurs et démontra l'injustice de la persécution qu'elles subissaient. Le marquis de Loulé, sentant l'opposition grandir dans les cortès, ne trouva rien de mieux à faire que de dissoudre la Chambre des députés. De nouvelles élections eurent lieu au mois d'avril : dans l'intervalle, le ministère se mit en devoir de faire exécuter l'ordre royal du 5 mars. Les élections lui ayant été favorables, il devint plus hardi, et les dernières mesures allaient être prises, lorsqu'une série de malheurs qui tombèrent sur la famille royale amenèrent une trêve forcée. Le 6 novembre 1861 mourut l'infant D. Fernando, âgé de quinze ans; le 11 du même mois le roi D. Pedro Y succombait dans sa vingt- quatrième année; le 27 décembre^ tombait à son tour l'infant D. Jean, cinq jours après
mai.] EXPULSIOxN DES SOKDRS DE CHARITÉ DU PORTUGAL. 17»
que son frère, D. Louis, qu'on craignit un moment de perdre, avait été proclamé roi.
Quand l'émotion produite par ces terribles événements se fut calmée, le ministère maçonnique reprit le cours de ses exploits contre les Sœurs, et, le 11 mars 1862, le ministre de Tintérieur, M. Braamcamp, déposa le projet de loi suivant :
Art. i. Est prohibée l'existence de communautés, congrégations ou corporations religieuses de l'un et de l'autre sexe, introduites ou modifiées depuis la publication des décrets avec force de loi du 9 août 1833, 28 mai et 28 juillet 1834^ quel que soit le nombre des individus ou associés dont elles se composent, le motif de leur établissement, et la qualité ou la durée de leurs vœux.
Art. 2. Aucun établissement public ou particulier d'iostruction ou de bienfaisance ne pourra admettre à l'exercice de l'enseignement et de l'éducation tout individu national ou étranger appartenant à descommuftautés, corporations ou congrégations religieuses dont traite l'article 1, sans y être expressément autorisé par une loi.
Art. 3. Les dispositions de l'article précédent sont applicables aux services hospitaliers et bienfaisants des susdits Individus appartenant aux communautés, congrégations ou corporations religieuses mentionnées, dans les établissements pieux qui dépendent de l'État, des municipalités^ des juntas de paroisse, et de toute autre corporation de mainmorte.
Art. 4. Le gouvernement pourvoira immédiatement à l'organisation de renseignement et de l'éducation de l'enfance, dans les établissements de bienfaisance publics ou particuliers, y réglant tout ce qui en concerne Tadministration, le gouvernement et la direction morale^
C'est ainsi que, pour atteindre les sœurs de Charité^ on sacrifiait la liberté individuelle, la liberté de la charité et la liberté d'enseignement !
Le projet de loi ne passa pas sans difficulté : l'opposition libérale et les députés franchement catholiques le combattirent vivement. Un contre-projet fut formulé, le 26 avril, par la commission chargée de l'examen du projet ministériel. Ce contre-projet, moins radicalement hostile, ne concédait pourtant qu'à peu près la liberté de l'enseignement dans les établissements particuliers de bienfaisance et celle de la charité dans les hôpitaux : c'est là qu'en était le Portugal officiel. La discussion s'ouvrit le 5 mai et se prolongea pendant tout le reste du mois.
Cependant le gouvernement français, sans prétendre intervenir dans les affaires du Portugal , s'était ému des attaques dont les
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sœurs de Charité étaient l'objeL Les ministres portugais avaient d'ailleurs fait écrire par le roi dom Louis P' uoe lettre à l'empereur, dans laquelle le roi disait qu'il était urgent» dans rintérêt de la tranquillité du pays, de rappeler de Portugal toutes les sœurs de la Charité. Le R. P. Etienne, supérieur général, qui n'aurait pas voulu prendre sur lui de rappeler les Sœurs, céda lorsqu'il vit les deux souverains en accepter la responsabilité, et il rappela les Sœurs, à l'exception de celles qui administraient l'hôpital Saint-Louis des Français : le gouvernement de Tempereur avait lui-même fait une réserve formelle en leur faveur. Le 27 mai, une frégate française, VOrénoquej entra dans le Tage et ramena, aux frais de l'État, les Sœurs persécutées. Le départ s'effectua le 9 juin, à la grande douleur de tous les gens de bien, mais à la grande joie de tous les ennemis de la religion. Bientôt les établissements charitables que dirigait les Sœurs, se ressentirent de leur absence ; mais qu'importait à ces esprits soi-disant libéraux, qui n'avaient pas craint de déshonorer le Portugal aux yeux du monde civilisé ?
6. — Traité de paix signé à Saïgon entre le contre-amiral Bonard , le colonel espagnol Palanqua et les plénipotentiaires de Tu-Duc. En voici les principales conditions : — L'empereur d'Annam payera 24 millions pour frais de guerre , 21 millions à la France et 3 millions à l'Espagne. Cette indemnité sera acquittée dans l'espace de dix ans. — Tu-Duc ouvrira trois ports dans le Tonquin au commerce des alliés. .— Les missionnaires français ou espagnols et 4es catholiques seront traités et respectés à l'égal des autres sujets de l'empereur. — Tu-Duc s'engage à ne céder aucune partie de son territoire sans y ôtre autorisé par la France. — La France conservera trois provinces seulement sur les quatre qu'elle a conquises. — La province de Vinh-Long sera rendue à Tu-Duc dès que les autres provinces seront pacifiées et organisées. — Les trois provinces de l'ouest de la basse Cochinchine seront gouvernées par un vice-roi qui ne pourra y recevoir aucune troupe sans l'assentiment de la France.
S. -r Allocution adressée aux prêtres catholiques présents à Rome, par le pape Pie IX, dans la chapelle Sixtine :
« Votre grand nombre inaccoutumé nous offre un spectacle admirable et très-agréable à voir en ces temps très-favorables, où nous vous voyons
juin.] CANONISATION SOLENNELLE A SAINT-PIERRE. 177
rassemblés^ avec les vénérables évoques da monde entier, autour de nous et de cette cbaire maîtresse du bienheureux Pierre. A ce spectacle nous ne sentons pas seulement nos douleurs s'adoucir, mais nous les oublions presque. Gela s*est fait uniquement par Topération de Dieu^ auteur de la paix et de la concorde, qui a donné à son Église à garder l'unité dans le lien de la paix, afin que les fidèles fussent tous tin seul corps et un seul esprit. Dans cette unité résident principalement la gloire des fidèles, Tbonneur de l'Église, Tépouvante des ennemis; aussi l'Église ieur apparait-elle terrible comme une armée rangée en bataille. Établis dans cette armée sous vos pasteurs, présidés par le Chef suprême, chacun dans votre rang, pareils à une armée sous son général et ses capitaines, accomplissez les commandements. Ceci arrive au milieu des causes de douleur de ce temps, afin que les pasteurs se serrent plus étroitement autour de leur Chef. Marchez sur leurs traces, et demeurez attachés à la Chaire apostolique par le triple Jîen de la prière, de la charité, de la doctrine : de la prière, qui pénètre les nuées, par laquelle nous obtenons la possession de tout bien et la délivrance de tout mal; de la charité, par laquelle nous croisso7is en toutes choses par Celui qui est le Chef, le Christ, par lequel tout le corps, compacte et unifié, grandit et s'élève; de la doctrine, enfin, par laquelle nous retenons intftcl le dépôt de la foi, et par laquelle FËglise, comme inondée de la lumière du Seigneur, projette ses rayons dans le monde entier. Nous savons que nous traversons des temps très-tristes, et que la Chaire de Pierre est principalement attaquée. Mais elle est si solidement fortifiée par Dieu, que ni la méchanceté hérétique ne pourra jamais la corrompre, ni la perfidie païenne jamais la renverser. Ainsi toutes les audaces de l'impiété incrédule se briseront sur cette pierre, et s'évanouiront comme de vieux rêves et des fables surannées. De retour dans vos patries, enseignez ces choses aux fidèles confiés à votre vigilance, et qu'ils soient par vous de plus en plus imbus de l'esprit catholique, dont vous avez pu vous abreuver plus pleinement à la source de l'unité ; qu'ils sachent que les ruisseaux retranchés de la source tarissent; qu'ils sachent que ceux-là seront couronnés qui auront légitimement combattu ; qu'ils sachent que tous doivent maintenir fermement et défendre Vunité de V Église. Ainsi disposés, et suivant à l'envi les exemples de vos pasteurs, tenez pour certain que le Dieu très-bon, très-grand, confirmera par la bénédiction céleste ce lien d'unité, et ayez-en pour gage solide notre bénédiction apostolique, que nous vous donnons à tous avec un très-grand amour; et non-seulement à vous, mais aux fidèles confiés à votre vigilance; espérons que votre présence auprès de nous leur apportera des fruits spiri* tuels. »
#. — Canonisation solennelle à Saint- Pierre. Voici le décret proclamé par le Pape en sa qualité de docteur et de chef de TÉglise universelle :
a En l'honneur de la sainte et indivisible Trinité, pour l'exaltation de la foi catholique et pour Taccroissement de la religion chrétienne, par Tautorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des hienheureux apôtres Pierre et Paul> et la nôtre, après une mûre délibération et ayant souvent imploré le secours divin, de l'avis de nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Église romaine, les patriarches, archevêques et évoques présents dans la ville, nous décrétons et définissons Saints les bienheureux :
« Pierre-Baptiste, Martin de TAscension, François Blanco, prêtres ;
«( Paul Miki, Jean Soan, Philippe de Jésus, clercs ;
« Didace-Jacques Kisaî, catéchiste ;
« François de Saint-Michel, Gonzalez Garcia, Paul Suzuqui, Gabriel de Duisco, Jean Quizuya, Thomas Danchi, François-Thomas Kozaki, Joachim Sakijor (ou Saccakibara], Bonaventure, Léon Karasumaro, Mathias, Antoine, Louis Ibarchi, Paul Yuauikî Ibarchi, Michel Kozaki, Pierre Sequezein (ou Sukegiro), Gosme Raquiza (ou Tachegia), François Fahelante, laïques;
« Tous martyrs ;
« Et Michel De Sanctis, confesseur.
« Statuant que leur mémoire devra être rappelée tous les ans avec une pieuse dévotion dans TÉglise universelle, savoir :
« Celle de Pierre-Baptiste et de ses compagnons, le 5 février, jour où ils ont souffert pour le Christ, parmi les saints Martyrs;
« Et celle de Michel, le 5 Juillet, parmi les saints confesseurs non pontifes.
« Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen. »
H. — Â Rome, consistoire public dans lequel le cardinal Mattei, doyen du Sacré-Collége, lit une Adresse des évêques au Pape, Ex quo apostoli^ et Pie IX prononce une solennelle Allocution, Maxima quidem lœtitia (1). L'Adresse des évêques portait deux cent soixante-cinq signatures, parmi lesquelles on remarquait celles de cinquante-quatre prélats français; mais on put dire bientôt que c'étaient tous les évêques catholiques qui l'avaient signée. Déjà tous les évêques du monde, depuis 1859, avaient envoyé au Pape des lettres d'adhésion aux doctrines proclamées parle Saint-Siège. Aussitôt que l'Allocution pontificale et l'A-, dresse épiscopale arrivèrent dans les différents pays, ce fut un mouvement unanime d'adhésion ; de nouvelles lettres furent écrites au Pape, et à ces lettres des évêques se joignirent en grand nombre les adresses du clergé du second ordre. Il est
^ Ces documents se trouvent dans les Recueils des Actes pontificaux relatif à TEncydique QtMinta cura.
juin.] ADRESSE DES DÉPOTÉS DE TORIN A VICTOR-EMMANUKL. 179
permis de dire qae ce sont tous les catholiques qui ont reçu l'enseignement de Pie IX et qui l'ont acclamé comme l'enseignement de l'Église.
IG. — Le journal VAmi de la ^^/f^ion cesse de paraître.
19. — Adresse des députés de Turin au roi Victor-Emmanuel pour protester contre l'adresse des évêques au Pape :
(c Sîre^ des évoques, presque tous étrangers à Tltalie, réunis à Rome pour une solennité religieuse, ont lancé contre notre patrie des outrages, rendus plus graves par la négation de notre droit national et par l'introduction de la violence étrangère.
« A cette incroyable doctrine qui veut rendre Rome esclave de Tunîvers catholique et qui déclare la religion incompatible avec Tindépendance de la Péninsule, nous répondons, Sire, en nous réunissant autour de vous, et en proclamant à la face des Italiens et des Romains que nous sommes résolus à maintenir inviolable le droit de la nation et celui de sa métropole tenue par force sous un gouvernement détesté.
<i Nous nous inspirerons, ô Sire, de cette inébranlable constance dont vous donnez un si grand exemple à notre patrie et au monde. A nos ennemis, quels qu'ils soient, nous opposerons la sereine confiance du peuple italien dans la justice de sa cause, dans Tefficacité de ses institutions libérales, dans ,1a valeur de son armée et des citoyens prêts à prendre part avec vous aux batailles nationales^ et par-dessus tout, 0 Sire, dans votre valeur, dans votre loyauté, dans le respect qu*inspîre partout votre nom.
i< Tels sont les motifs pour lesquels, en présence de l'attitude des Italiens, Topinion de tous les peuples civilisés est que l'Italie doit être mise au nombre des nations maîtresses de leurs propres destinées.
« Persuadés de voir penser comme nous tous ceux qui, par droit ou par sympathie, appartiennent à la famille italienne, nous croyons peu éloigné le moment où disparaîtront les obstacles qui retardent Tac complissement du vote qui a proclamé Rome la capitale de Tltaiie.
<f Les paroles qui ont retenti au Vatican, il y a peu de jours, déclarent impossibles les moyens par lesquels la diplomatie croit pouvoir concilier le droit de l'Italie inhérent à celui de votre couronne avec le pouvoir temporel, qui est la ruine de Rome. Ce langage ne nous fait pas perdre contenance ,* il dispense votre peuple de ces hésitations qui mettent sa modération à de si dures épreuves.
« Maintenant, puisque des prélats étrangers, peu soucieux de la nature toute religieuse et spirituelle de leur auguste ministère, affirment avec tant de solennité un Vote de réaction politique ; puisque, du sein des provinces gouvernées au nom du Pontife romain, des scélérats portent la désolation dans les provinces méridionales du royaume, l'Europe devra enfin se convaincre que votre autorité, ô Sire, et celle des
loîB d'un peuple libre qui a rhonneur de tous avoir à sa tête, peuvent seules donner une base pacifique aux affaires de Rome, et délivrer ritalie et l'Europe de cette confusion, de ce conflit de pouvoirs qui troublent les consciences et mettent en péril la paix du monde. »
— Mort de M*^ Pallegoix, vicaire apostolique de Siam. W^ Pallegoix (Jean-Baptiste), prêtre de la société des Missions-Étrangères, en avait quitté le séminaire en 1828. Il vint à Siam en 1830. De 1831 à 1834, il évangélisa les peuplades du Laos. La maladie l'obligea d'interrompre quelque temps ses missions. A son retour à Bangkok, il fut chargé de la construction de deux églises. Son évêque, M^ Courvézy, dont la juridiction embrassait aussi laMalaisie, le sacra en 1838, et lui confia, en qualité de coadjutear, la mission de Siam, se réservant pour lui-même celle des pays malais. Ce partage fut confirmé quelques années après par le Saint- Siège, qui exigea les deux divisions en vicariats apostoliques. Grâce au zèle de M" Pallegoix et à l'amitié qu'il avait contractée^ dès l'année 1835, avec le roi de Siam, qui vivait alors en talapoin (prêtre bouddhiste), pour s'affranchir de l'ombrageuse autorité d'un frère qui l'avait supplanté dans la succession au trône, la mission de Siam prit un développement considérable. Le nombre des stations s'éleva de quatre à treize ; on compte aujourd'hui six églises dans la seule ville de Bangkok, une à Juthia, une autre à Ghantabun, avec des chapelles dans neuf ou dix provinces différentes. En 1861, la mission siamoise comptait 6,309 chrétiens et 96 catéchumènes ; il y avait dans les écoles tenues par des missionnaires S87 garçons et 336 filles. Le roi de Siam témoigna une grande douleur de la mort de M^' Pallegoix, et lui fit faire de magnifiques funérailles (1).
— On a indiqué, sous la date du 30 mai, une lettre adressée par M. Thouvenel, ministre des affaires étrangères de France, à M. de La Valette, ambassadeur à Rome; l'ambassadeur répondit le 24 juin; sa lettre fait connaître la réponse du Pape à la lettre de l'empereur Napoléon.
1 On a, de Ms' PaUegoix, les ouvrages suivants : Journée du chrétien^ en siamois; Vie des saints^ dans la môme langue; Traité sur les fausses religions qui ont cours à Siarrif en siamois; Grammaire siamoise^ texte latin; Dictionnaire latin-siamois. Tous ces oufrages ont été imprimés à Bangkok. Ont été publiés à Paris, un vaste Dictionnaire siamois'ladn-français'anglais et une Description du royaume de Thaï ou Siam*
juin.] RÉPONSE DO PAPE A L'EMPEREUR NAPOLÉON. l81
«Rome, 24 juin 1862.
« Monsieur le Ministre,
<f Dans sa dépêche du 31 mai, Voire Excellence^ s'inspirant des sentiments de profonde bienveillance qui n'ont cessé d'animer le gouvernement de l'Empereur à l'égard du Saint-Siège, a bien voulu préciser les conditions qui lui semblaient les plus propres à garantir^ en face de l'état de choses récemment inauguré dans la Péninsule, l'indépendance, la dignité et la souveraineté du Saint-Siège.
« Ces conditions, que je ne crois pas inutile de rappeler, se résumaient dans les quatre points suivants :
V* Le maintien du Uaixi quo territorial^ le Saint-Père se résignant, sous toutes réserves, à n'exercer son pouvoir que sur les provinces qui lui restent, tandis que l'Italie s^engagerait, vis-à-vis de la France, à respecter celles que l'Église possède encore. Le souverain Pontife consentant à se prêter à cette transaction, le gouvernement de l'Empereur devait tâcher d'y faire participer les puissances signataires de l'acte général de Vienne.
« 2^ Le transfert, à la charge de l'Italie, de la plus grande partie, sinon de la totalité, de la dette romaine.
« 3<^ La constitution, au profit du Saint-Père, d'une liste civile des-, linée à compenser les ressources qu'il ne trouverait plus dans le nombre réduit de ses sujets. En prenant l'initiative de cette proposition auprès des puissances européennes, et plus particulièrement auprès de celles qui. appartiennent au cuite catholique, la France devait s'engager, pour sa part, à contribuer dans la proportion d'une rente de trois millions à l'indemnité offerte au Chef de la catholicité.
« A^ La concession par le Saint-Père de réformes qui, en lui ralliant ses sujets, consolideraient à l'intérieur un pouvoir déjà protégé au dehors par la garantie de la France et des puissances européennes.
« Conformément à vos ordres, monsieur le Ministre , je m'étais empressé, dès mon arrivée, d'entretenir le cardinal-secrétaire d'État des propositions développées dans la dépêche précitée de Votre Excellence. A notre seconde entrevue, je lui en avais donné lecture in extenso, et Son Éminence l'avait hier sous les yeux lorsque, dans une quatrième conférence résumant toutes les précédentes, elle a opposé aux ouvertures dont j'étais l'interprète un refus que tout porte à me faire considérer comme définitif. C'est sous sa dictée, pour ainsi dire, que j'en ai reproduit les termes.
« Le cardinal-secrétaire d'État m'a exprimé tout d'abord les sentiments de reconnaissance qu'inspirait au Saint-Père cette nouvelle preuve, ajoutée à tant d'autres, de la bienveillance de l'Empereur
182 ANNALES £GGLÉSI ASTIQUES. [1862
pour le Saint-Siège. Il lai était malheureusement impossible d'y répondre autrement que par ce témoignage de gratitude*
« Le Saint-Père, m'a dit Son Ëminence, ne peut consentir à rien « qui> directement ou indirectement, consacre d'une manière quelcon- « que les spoliations dont il a été la yictime. Il ne peut aliéner, ni « directement ni indirectement, aucunç parcelle d'un territoire qui con- « stitue la propriété de l'Église et de la catholicité tout entière. Sa « conscience s'y refuse, et il tient à la garder pure devant Dieu et « devant les hommes.
« Le Saint-Père ne peut donc consentir à ce qu'on lui garantisse « une partie de cette propriété : ce serait, en fait, sinon en droit, « faire l'abandon du reste. Sa conscience, je le répète^ ne le lui permet tf pas.
« Il s'étonne, d'ailleurs, que ces propositions lui soient soumises « avant que le gouvernement de l'Empereur se soit entendu avec le « Piémont, seule cause des désordres actuels. Pourquoi imposer des « sacrifices à la victime plutôt qu'à celui qui l'a dépouillée ? »
J'ai fait observer à Son Éminence qu'il nous avait paru tout à la fois plus respectueux et plus utile de nous adresser tout d'abord au Saint-Siège. Si le soin de sa dignité nous faisait un devoir de consulter avant tout ses convenances, l'intérêt de la transaction que nous poursuivions ne nous engageait pas moins à nous assurer de son assentiment avant toute autre démarche destinée à l'entourer des garanties du droit conventionnel. Je demandais d'ailleurs à Son Éminence, en présence du regret qu'elle venait de formuler, si, dans le cas où l'Italie eût adhéré la première A nos propositions, le Saint-Père se serait montré plus disposé à les accepter lui-môme.
« Le cardinal-secrétaire d'État m'a répondu négativement. Le souverain Pontife se trouverait toujours en face de la môme question de conscience.
c( Revenant aux sûretés dont nous nous proposions d'entourer le maintien du statu quo territorial, Son Éminence a insisté sur ce point que les puissances signataires du traité de Vienne ayant garanti, par cet acte môme, la totalité des États de l'Église, il serait étrange, et, en quelque sorte, contradictoire, que ces mômes puissances fussent invitées à n'en garantir qu'une faible partie. J'ai répondu au cardinal, comme j'avais déjà eu Toccasion de le faire dans une précédente discussion , qu'en principe , l'acte général de Vienne n'avait pas plus solennellement garanti les possessions du Saint-Siège que les autres États dont les limites avaient été fixées à cette époque; qu'en fait les répartitions territoriales opérées alors avaient déjà subi plus d'une atteinte.
« Je n'avais pas besoin de rappeler à Son Éminence que les mômes
puissances qui avaient constitué la Hollande en 4815, avaient permis,
en 1831, que la Belgique s'en détachât; et, pour ne parler que des
changements politiques survenus en dernier lieu dans la Péninsule,
jain.l RÉPONSE DU PAP£ A L'EMPËRUR NAPOLÉON. 183
ces modifications, elle le savait, avaient été déjà plus ou moins implicitement reconnues par plusieurs des cabinets représentés au congrès de Vienne. Le Saint-Siège avait tout intérêt dès lors à voir substituer à cette garantie à laquelle il faisait allusion, garantie générale, inefficace, appartenant plutôt à l'bistoire qu'à la politique actuelle, frappée par une sorte de prescription, affaiblie, en tout cas, par plus d'un fait accompli^ une garantie nouvelle, spéciale, ne dépendant plus d'un ensemble de stipulations d'autant plus difficiles à maintenir qu'elles étaient plus complexes, mais ayant, au contraire, pour but particulier le règlement définitif d'une question capitale tant au point de vue de l'Europe qu'à celui de la catholicité tout entière. Celle garantie nous avions le légitime espoir d'y associer les puissances signataires de l'acte général de Vienne; mais l'adhésion du Saint-Père nous était d'abord nécessaire.
« Le cardinal-secrétaire d'État s'est borné à rappeler les motifs qui ne permettaient pas au Saint-Siège de renoncer, sous quelque forme que ce fût, à une portion quelconque des droits qui étaient bien moins sa propriété que celle du monde catholique. Ces mêmes raisons lui faisaient repousser la clause qui tendait à mettre à la charge du gouvernement de Turin le payement de la dette romaine.
« Le Saint-Siège étant le véritable débiteur, m'a dit Son Ëmînence, « consentir à laisser attribuer au gouvernement usurpateur les dettes « du gouvernement légitime, ce serait, de la part du Saint-Père, recon- 9 naître la spoliation elle-même. Sa conscience s'y refuse absolument» « Aidée des dons des fidèles, Sa Sainteté a pu jusqu'ici faire face à des obligations qu'elle, considère comme sacrées. Pleine de confiance « dans la divine Providence, elle continuera à remplir ses engagements, « et n'y renoncera que lorsqu'elle se verra dans Timpossibilité absolue d'y satisfaire. »
Il me serait impossible, encore une fois, de reproduire dans toutes ses phases une discussion qui a rempli quatre entrevues successives. Pénétré des coDsidérations développées dans les instructions de Votre Excellence, comme des vues si généreuses, si élevées, qui ont dicté à l'Empereur ce nouvel effort dans le sens d'une conciliation désirable à tant de titres, j'ai la conscience d'avoir épuisé, dans la limite de mes forces, tous les moyens de justifier les propositions dont j'étais l'interprète. J'ai vainement représenté au cardinal-secrétaire d'État que les scrupules de conscience dans lesquels se résumaient les objections du Saint-Siège pouvaient et devaient céder devant les réserves de droit que nous nous étions toujours déclarés prêts à admettre de sa part. Ces réserves, la cour de Rome les avait formulées à d'autres époques ; en les reproduisant aujourd'hui dans les termes qu'elle jugerait le plus convenables, elle restait fidèle à ses principes autant qu'à ses traditions politiques. Dans les précédents auxquels je faisais allusion, le Saint-Père trouvait non-seulement sa complète justification, mais un exemple à suivre. En maintenant le droit, il obéissait à ëa conscience;
en admettant le fait, il donnait satisfaction à la prudence, à la paix et à la charité. Quel immense intérêt n'avait pas le Saint-Siège à sortir d'une situalion impossible à prolonger, à entrer dans la seule voie de salut qui lui fût offerte, à se réconcilier avec Tltaiie, dont ses destinées ne pouvaient être séparées, comme avec les populations dont le soin lui avait été confié ; à voir assurer par un acte solennel, entouré d'une garantie européenne, un territoire que notre seule présence lui avait conservé Jusqu'ici; à accepter, dans de légitimes compensations, les conditions de dignité et d'indépendance indispensables au libre exercice de ses droits spirituels; à rendre moins lourde aux fidèles une contribution mesurée, aujourd'hui, bien moins à leur piété qu*à des ressources nécessairement de plus en plus limitées ; de sauver enfin par des concessions, dont l'histoire de TÉglise offre plus d'un exemple, mais jamais dans des circonstances aussi pressantes, Rome, de ses souffrances et de son isolement ; l'Italie, d'une rupture définitive avec la France ; l'Europe, des graves complications qu'elle redoute; les consciences, du trouble qui les agite, la foi du schisme qui la menace, l'Église elle-même d'une des plus rudes épreuves qui l'aient jamais attendue.
n Lorsque la France, il y a six mois à peine, a invité le Saint-Père à s'entendre avec elle , en principe et sans fixer les bases, sur une transaction destinée à assurer son indépendance, ses ouvertures ont été repoussées par une fin de nonrecevoir absolue. Sa sollicitude ne s'est point lassée. Le gouvernement de l'Empereur vient de formuler et de soumettre au Saint-Siège les propositions les plus explicites. Chargé de les transmettre, je constate avec le même regret qu'elles ont eu le même sort.
0 Veuillez agréer, etc.
o La Valette. »
liulUet.
S, — Bref de Pie IX au patriarche de Lisbonne et aux évéques de Portugal, dont aucun ne s'était rendu à Rome pour les fêtes de la canonisation :
Bien-aimés Fils et vénérables Frères, salut et bénédiction apostolique. Plus sont graves les maux dont notre sainte religion et la sécurité des fidèles se trouvent menacées par les complots impies de leurs adversaires, et plus énergiques doivent être les efforts mis au œuvre par les Évêques afin de prévenir ou de conjurer ces maux; par les Ëvéques, disons-nous, dont le devoir spécial est de défendre avec un zèle infatigable la religion elle-même et les intérêts des âmes qui leur sont confiées. Par cette raison, bien-aimés Fils et vénérables
JaiUet.] BREF DE PIE IX AUX ÉVÉQDES DE PORTUGAL. 185
Frères, en milieu des amertumes si nombreuses et si excessives qui nous oppressent, nous ressentons plus vivement la douleur que nous cause le déplorable état où se trouvent dans ce royaume (de Portugal) les choses relatives à la religion catholique et à l'Église. Cet état nous est connu d'une manière certaine^ et aucun témoignage public n'est venu prouver que vous ayez apporté dans Faccomplissement de votre charge épiscopale la vigilance et l'énergie nécessaires en tout temps, mais qui, surtout aujourd'hui, au milieu de la singulière iniquité des temps présents, sont réclamés impérieusement par Tobligalion môme de votre ministère, par les intérêts de l'Église catholique et par le salut des fidèles, dont vous êtes responsables. C'est pourquoi, dans notre sollicitude et dans notre inquiétude pour le bien spirituel des fidèles, et considérant le devoir de notre ministère apostolique, nous ne pouvons nous abstenir de vous inviter, de vous exhorter avec instances à vous appliquer avec zèle et avec une énergie virile à accomplir pleinement toutes les œuvres de votre ministère épiscopal, puisque c'est à vous qu'est dévolu spécialement le soin de conserver intact et inviolable le dépôt sacré de la foi et de la sainte doctrine, et de défendre héroïquement la cause, les droits et les institutions de notre Siège, en vous opposant avec constance et de toutes vos forces aux prétentions de quiconque ose attenter aux droits et aux domaines de l'Église catholique et du Saint-Siège. C'est à vous surtout, nous le répétons, que ce devoir est imposé, à vous qui avez été appelés en partage de la sollicitude pastorale qui nous a été confiée dans sa plénitude. C'est votre obligation de veiller assidûment à ce que la discipline du clergé se conserve saine et incorruptible, pour que les ecclésiastiques se préservent de tout ce qui est défendu à l'ordre clérical et lui serait un déshonneur, et pour qu'ils soient, dans leurs paroles et dans leur conduite, par leur charité et leur chasteté, les modèles de tous les fidèles. C'est un de vos devoirs de veiller à ce que les ecclésiastiques accomplissent avec zèle , avec sagesse et sainteté les obligations de leur ministère, et s'appliquent de toutes leurs forces au soin des âmes, de môme qu'à cultiver sérieusement les sciences sacrées, afin de se mettre en état d'exhorter et d'instruire les fidèles dans la saine doctrine, et de convaincre les esprits qui ose' raient s'élever contre cette doctrine. Vous ne pouvez ignorer, bienaimés Fils et vénérables Frères, combien il est important et essentiel pour l'Église d'avoir, principalement en ces déplorables temps, des ministres capables, c'est-à-dire des ecclésiastiques réellement instruits. Il convient donc que vous appliquiez tous vos soins et toutes vos pensées à ce que les élèves soient élevés, dès le premier âge, dans vos séminaires et y soient formés selon l'esprit ecclésiastique et dirigés par des maîtres respectables, renommés par leurs vertus et par la pureté de leur doctrine; que ces jeunes gens soient instruits dans les lettres et dans les sciences, principalement dans les sciences sacrées; qu'ils soient préservés de tous les périls des nouveautés profanes et des
186 ANNALES ECCLÉSIASTIQUES. \iSG2
erreurs qui mènent à la perdition. Évitez principalement que, dans renseignement de la théologie et de la science du droit canonique, on emploie des livres où se feraient jour des opinions fausses et des erreurs opposées à la véritable et légitime Église catholique et à la doctrine de ce Siège apostolique. Vous devez également veiller en général à ce que la discipline de la vie religieuse soit observée scrupuleusement dans tous les monastères , et rétablie dans tous les lieux où elle s'est trouvée altérée ou éteinte ; et encore à ce que les lois ecclésiastiques concernant la clôture des religieuses ne soient point violées et soient au contraire fidèlement observées.
Vous devez vous préoccuper avec le même zèle de faire que la jeunesse de Tun et Vautre sexe, dans laquelle résident toutes les espérances de la république chrétienne et civile^ soit instruite non-seulement dans les très-saints préceptes de notre divine religion, mais dans la piété et dans toutes les vertus* Nul de tous n!ignore , assurément, combien est funeste la guerre qui, dans les temps présents, opprime et fait souffrir TËglise catholique ; vos yeux sont ouverts sur les artifices criminels de toute nature et sur les écrits pestilentiels au moyen desquels les ennemis de Dieu et des hommes s'appliquent à corrompre les esprits des fidèles et à les arracher du sein de notre trèssainte religion. Vous ne devez donc épargner aucun travail, aucun effort, aucune industrie, afin de préserver les brebis confiées à votre garde du péril d'être dévorées par les bêtes sauvages qui infestent la terre. Vous devez donc, bien-aimés Fils et vénérables Frères, ne pus demeurer comme des chiens muets, mais vous efforcer,- au contraire, par vos discours, par vos écrits salutaires et opportuns, de mettre à découvert les embûches des hommes ennemis, de réfuter leurs erreurs et de résister intrépidement à leurs efforts impies. Ne négligez point de retirer des mains des fidèles les livres et les écrits de tout genre produits par l'impiété. Avertissez, exhortez- les fidèles à se conserver de plus en plus fermes et inébranlables dans la profession de la religion catholique, et à ne jamais se laisser séduire et égarer par les artisans de mensonges et par les sectateurs des doctrines perverses.
Et puisque le péché fait le malheur des peuples^ employez toute votre sollicitude et tout votre zèle pastoral à extirper les vices et les mstlivais penchants. Ne cessez jamais d'apporter une vigilance particulière, afin que les fidèles qui vous sont confiés, nourris de plus en plus des paroles de la foi et confirmés par la vertu de la grâce, s'écartent du mal et pratiquent le bien, et afin d'avancer d'un pas plus ferme et plus sûr dans les voies du Seigneur, qu'ils observent religieusement tous les commandements de Dieu et de sa sainte Église, et qu'ils se consacrent à toutes les œuvres qui par elles-mêmes inspirent l'amour de Dieu et la charité vis-à-vis du prochain*
N'omettez aucun effort, aucune industrie, aucun conseil, aucune autorité, dans toute l'étendue de votre pouvoir, en vue de ramener
juillet] BREF DE PIE IX ÂUX.ÉVÉQUfiS DE PORTDGÂL. 187
dans le chemin du salut et de regagner à Jésùs-Chrîst les malheureux égarés. Excitez particulièremeot, enflammez sans tous ralentir le zèle des pasteurs (parochos , curés, principaux) , afin qu'ils exercent avec ardeur leur propre ministère, et ne se lassent pas d'écarter des pâturages empestés le troupeau chrétien qui leur est confié, et de le diriger Yers les pâturages salutaires, en le nourrissant assidûment par la prédication de la parole divine, l'administration des sacrements et la dis-, pensation de la grâce de Dieu sous ses formes multiples. Que ces pasteurs n'éprouvent jamais de honte à visiter les malades et à les assister avec zèle par tous les secours spirituels; qu'ils instruisent tout le monde dans la saine doctrine, et (ce qui est un point capital et d'un intérêt suprême) qu'ils instruisent les enfants et les ignorants, avec douceur et avec patience, dans la doctrine de la foi et la discipline morale ; afin que sur ces pasteurs eux-mêmes ne vienne pas àretomber l'anathème : Parvuli petierunt panem, et non erat qui frangeret eis. Et comme l'œil du pasteur a une force et une efficacité particulières pour procurer et promouvoir l'ordre et la régularité dans son troupeau; et pour faire évanouir les maux qui le désolent et le couvrent d'opprobre, vous ne devez jamais négliger, bien-aîmés Fils et vénérables Frères, de visiter soigneusement vos diocèses respectifs, d'inspecter les mœurs du clergé et du peuple, et de réformer, avec zèle et avec activité, tout ce qui exige un amendement, de bannir les vices, s'il en existait, de retrancher les usages mauvais, de prévenir les occasions de péché, et de promouvoir partout l'éducation chrétienne et la pratique des sacrements où le peuple chrétien trouve le plus salutaire de tous-les remèdes; d'inculquer l'observance des jours de fête, d'exciter le clergé à remplir avec vigilance et avec scrupule ses propres devoirs, et d'enQammer enfin tout le peuple par l'exercice de toutes les vertus chrétiennes.
Revêtus de la force épiscopaie, résistez, comme il est de votre devoir, à tout ce qui, dans ce royaume (de Portugal), se pratique impunément contre l'Église et contre ses droits et ses lois vénérables. En vérité, vous ne pouvez ignorer que, s'il convient et s'il est nécessaire de rendre au pouvoir civil l'obéissance qui lui est due, c'est seulement en ce qui n'est contraire en aucune manière aux lois de Dieu et à celles de sa sainte Église. ^
N'oubliez pas, bien-aimés Fils et vénérables Frères, de tout dire, autant qu'il vous sera possible, et en toute occasion, pour satisfaire â votre devoir, afin de ne point encourir un jour, de la part du Seigneur, ce solennel reproche : Quod infirmum fuit^non consolidastis; quod œgrotum^non sanasiis; quod confractum, non alligasiis; et quod abjectum est, non reduxistis; et quod perierat^ non quœsùtis. Ce qui était infirme, vous ne l'avez pas raffermi ; ce qui était malade, vous ne l'avez pas guéri ; ce qui était rompu, vous ne l'avez pas rattaché; ce qui était délaissé, vous ne l'avez pas ramené ; ce qui était perdu, vous ne l'avez pas cherché. —Tirez donc du fourreau le glaive spirituel, avec valeur et
188 ANNâLKS EGCLÉSIASTIQOES. [1862
avec constance, c'est-à-dire employez la parole de Dieu; prêchez, ainsi que tous l'enseigne, en paroles de feu, saint Paul s'adressant à la personne de son disciple Timothée ; insistez en temps opportun, arguez, sollicitez, réprimandez avec toute patience et toute science.
Ne vous laissez effrayer par aucune considération qui nous puisse empêcher d'entrer vaillamment dans tous les combats pour la gloire de ' Dieu, pour la défense de TÉglise et pour le salut des âmes qui vous sont confiées ; car si vous en venez à craindre l'audace des impies, l'épiscopat devient sans vigueur ; alors disparaît et s'éteint le pouvoir sublime et divin qui a été commis aux Évéques pour le gouvernement de l'Église. Ayez toujours présent aux yeux de votre esprit celui qui a souffert envers lui-même une contrainte semblable de la part des pécheurs.
En cette occasion, bien-aîmés Fils et vénérables Frères, nous ne pouvons dissimuler combien grande a été notre douleur de n'avoir pu voir un seul même d'entre vous aux fêtes de la canonisation solennelle que nous avons célébrée le 8 du mois de juin, où, pour la souveraine consolation de notre âme, se sont fait gloire d'intervenir un si grand nombre d'Évôques de tout le monde catholique, venus des contrées même les plus éloignées.
Des difficultés ont pu sans doute tous empêcher de vous rendre auprès de nous, mais il n'en est pas moins évident que rien ne pouvait TOUS empêcher de nous envoyer des lettres pour nous donner le témoignage, qui était en votre pouvoir, de votre fidélité, de votre amour et de votre respect envers notre personne et envers ce Siège de saint Pierre, centre de l'unité catholique, à l'exemple de ce qu'ont ^ait, pour la gloire infinie de leur nom et notre souveraine consolation, un grand nombre d'Évêques, tant de l'Italie que des autres Églises, à qui il n'avait pas été permis d'entreprendre le voyage de Rome.
Toutefois, nous sommes soutenu, bien-aimés Fils et vénérables Frères, par l'espérance que nous conservons, que vous considérerez en la présence de Dieu les devoirs si graves de votre charge et le jugement terrible qu'auront à subir tous ceux qui sont constitués en autorité et en puissance, et principalement les gardiens de la maison d'Israêt^ et que vous accomplirez de bonne grâce les avis et les exhortations, les yœux et les prières que nous vous adressons, et que vous vous déterminerez, dans la chaleur du zèle épiscopal, à soutenir, dans la proportion de vos forces, la religion catholique, et à la défendre avec vaillance contre les machinations impies et contre les attaques de ses ennemis, et à aller même au delà de nos recommandations et de nos conseils.
Animé de cette espérance, nous vous donnons, avec une grande effusion d'amour et avec toute la tendresse de notre cœur, à vous, bienaimés Fils et vénérables Frères, ainsi qu'à tous les ecclésiastiques et laïques confiés à votre fidélité, notre bénédiction apostolique, comme
Juillet] ÉLECTION DE L'ÂRGHEVÉQOE DE 60A. 189
un gage de tous les dons célestes, et principalement de notre amour pour vous.
Donné à Saint-Pierre à Rome, le 3 juillet de Tannée 1862, 17« de notre Pontificat.