‹ Annales ecclesiastiques. 1846-66Chapitre 30 sur 52 · PIE PP. IX · texte numérisé non relu

PIE PP. IX

— Circulaire du ministre des cultes du royaume d'Italie, M. Conforti, pour signaler aux magistrats les évéques qui se sont associés à la déclaration des évoques ; le ministre invite ces magistrats « à surveiller tout acte, écrit, ou discours par lequel le « clergé s'écarterait de son ministère spirituel et y mêlerait la (( manifestation publique de principes et de sentiments hostiles a au gouvernement national. » Le ministre poursuit :

« Dès qu'ils en auront eu connaissance positive, qu'ils ne tardent pas à en faire Tobjet de poursuites régulières. Il n'est pas nécessaire qu'ils demandent à cet effet des instructions au pouvoir exécutif, puisque les lois eu vigueur doivent leur fournir en chaque cas particulier les moyens d'agir; en toute occasion il suffit, et le gouvernement du roi ne demande pas autre chose, que les lois mêmes soient appliquées en dehors de toute question d'opportunité ou convenance. Qu'ils veillent à ce que les poursuites, une fois commencées, soient poussées avec ordre et activité, de manière que la répression suive de près l'abus et apparaisse déterminée par le besoin d*assurer l'ordre public. Et en môme temps ayons soin de nous montrer libéraux quand il s'agira d'assister et de défendre les prêtres qui, dignes de respect par leurs mœurs et par l'exact accomplissement de leurs devoirs, seraient en butte aux peines et aux censures de leurs supérieurs ecclésiastiques, uniquement parce qu'ils se montrent dévoués au gouvernement national, et ne se dispensent pas de remplir leurs obligations comme citoyens et italiens. »

A. —Mort de Mk' Daniel (Jacques-Louis), évoque de Coutances. Il était né à Gontrières (Manche), le 13 janvier 1784. Recteur de l'Académie de Caen en 1839, M. l'abbé Daniel, en 1852, était inspecteur général et membre du Conseil supérieur de l'instruction publique, quand le choix de l'Empereur Téleva à la dignité épiscopale en remplacement de M»' Robiou, qui se démettait de ses fonctions et entrait au chapitre de Saint-Denis.

le. — Conformément au concordat conclu avec le Portugal en 1857, et accepté par les Chambres portugaises le 15 avril 1859 (voy. cette date), concordat qui réglait l'exercice du droit de patronat dans Tlnde et dans la Chine, un archevêque de Goa

fut nommé en mars 1861 ; mais la bulle ne fut envoyée qu'au mois d'avril 1862, parce que le gouvernement portugais ne voulait pas admettre d'abord quelques expressions qui faisaient allusion au scbisme. Il avait été stipulé entre le Saint-Siège et le Portugal, et promis par écrit par le représentant du gouvernement portugais auprès du Saint-Siège, que le nouvel élu se rendrait à Rome avant d'aller prendre possession de son siège. Lorsque les bulles furent expédiées à Lisbonne, le Saint-Père eut soin de le rappeler, et il défendit expressément à Tarchevôque de prendre possession avant d'avoir rempli cette condition. Mais Tarchevéque, sans en instruire Rome en aucune manière, prit possession de son siège per procuratorem^ et donna ordre à ceprocurator de prendre charge de Tarchidiocèse sous le titre de governador. Il n'en resta pas là ; il arrangea tellement ses lettres, que le public ne put y trouver d'autre sens, sinon que son govemador avait juridiction sur toute l'Inde, comme il y a cent cinquante ans. La Propagande^ ayant été informée de ces faits et les ayant vérifiés, adressa aux vicaires apostoliques et aux supérieurs des missions une circulaire, Antequam a sanctissimo^ en date du 18 juillet 1862, et qui fut lue dans toutes les églises des Indes orientales. On y lisait :

« Avant que rélection ou la demande faite par le gouvernement de Portugal en faveur du R. P. D. Jean Chrysostome d^Amorln Pessoa, pour rarchevêché de Goa^ eût été confirmée et publiée en consistoire par N. T. S. Père le Pape Pie IX, heureusement régnant, ce gouvernement, pour se conformer comme il le devait aux volontés du souverain Pontife, avait promis solennellement par son envoyé auprès du Saint- Siège, et cela non-seulement verbalement, mais encore par écrit, dans une lettre datée du 30 mars 1861, que l'Archevêque élu ou demandé n'irait prendre possession de son Église, conformément aux saints canons, qu'après s'être rendu en personne & Rome, aux pieds de Sa Sainteté. Mais pendant que le souverain Pontife, comptant sur cette promesse, attendait Tarrivée à Rome de cet archevêque de Goa, il eut la douleur d'apprendre que ce prélat avait fait usage de la lettre apostolique qui rélève au siège de Goa, ainsi que d*une autre lettre apostolique en forme de bref, par laquelle lui était provisoirement conférée la charge de délégué apostolique pour les églises et les missions comprises dans les limites des vicariats apostoliques qui se trouvaient de fait sous l'autorité des prêtres deGoalejour où la convention entre le Saint- Siège et le gouvernement portugais fut signée par leurs plénipotentiaires respectifs. Le Saint-Siège n'avait voulu expédier ni l'une ni l'autre de ces lettres apostoliques qu'après avoir reçu la promesse susdite. Et cependant l'Archevêque n'a pas craint de prendre possession

Juillet] INTERPELLATION DE REIGHENSPERGER. 191

par procureur de son archevêché et des Églises sus-mentionnées. II a en outre nommé un vicaire général, en usant, dans l'acte par lequel il lui confère cette charge, de circonlocutions combinées de telle sorte, qu'elles doivent donner une idée fausse de la Juridiction que le Saint-Siège a accordée à rArchevôque par la lettre en forme de bref dont nous venons de parler. On ne pourrait que difficilement exprimer combien de pareils actes ont affligé le cœur de Sa Sainteté. « A raison de la sollicitude qu'il doit à toutesles Églises, le Saint- Père entend se réserver de prendre en temps opportun les moyens les plus propres à procurer le bien de cette Église particulière ; mais afin que, pendant ce temps-là, les vicaires apostoliques des Indes orientales et les autres supérieurs des missions de ces contrées ne soient pas induits en erreur sur la nature et le caractère de la juridiction ou délégation conférée par le Saint-Siège au susdit archevêque de Goa, le souverain Pontife a ordonné à celte Sacrée-Congrégation de faire parvenir à ces vicaires apostoliques et supérieurs démission des exemplaires des lettres apostoliques accordées à rArchevôque sus-nom. mé, soit pour la provision de FÉglise de Goa, soit pour la délégation. Pouvoir leur est donné, chaque fois qu'ils le jugeront utile dans le Seigneur^ de faire imprimer et publier lesdîtes lettres apostoliques, afin que le clergé et le peuple fidèle soient instruits de ces choses. »

Cet acte de fermeté produisit son effet : rarchevéque de Goa reconnut sa faute et s'excusa. Le principal coupable était d'ailleurs le gouvernement portugais, dont les prétentions furent déjouées.

19. — A Marsala, discours violent de Garibaldi contre l'Empereur des Français.

••, — A des interpellations adressées dans la chambre des députés de Berlin par M. de Reichensperger sur la reconnaissance qui venait d'avoir lieu du royaume d'Italie par la Prusse, M. de Bernstorff répond que le gouvernement • prussien « a reconnu (( le fait accompli et rien de plus, et qu'il a fait des réserves « expresses en ce qui concerne les conséquences possibles de ce « fait. » Il y avait, en effet, deux points sur lesquels le gouvernement prussien avait demandé des explications : Venise et Rome. Le général Durando, ministre des affaires étrangères d'Italie, dans une dépêche adressée le 9 juillet au comte de Launey à Berlin, répondit, sur le premier point, que l'Italie ne renonçait pas à Venise, mais que « c'est aux puissances qui ont créé cet « état de choses qu'il appartient de pourvoir à la solution pacifi- « que de cette grande question. Il y a plus, ajouta-t-il : en préce vision du cas où des entreprises imprudentes viendraient à se

(( former en dehors de l'aclion régulière des pouvoirs conslitués, (1 le Gouvernement déclarait dans la môme note (du SO mars préce cèdent) qu'il se sentait assez fort pour empêcher que la question ff de la Vénétie ne fût préjugée par des tentatives de nature à « troubler l'état actuel des relations existantes, et qu'on ne le (( verrait point faillir à sa tftche. » Sur le second point, le général Durando s'exprimait ainsi :

« Le comte de Bernstorff, par déférence sans doute pour les susceptibilités religieuses d'une partie de la population du royaume de Prusse, touche à une autre question, celle de Rome. Nous ne sommes pas moins explicites à ce sujelqu'àlFégard de Venise. Les hommes d'État qui se sont succédé au pouvoir en Italie depuis 1861 ont tous reconnu et proclamé hautement devant le parlement national et devant l'Europe que cette question ne devait être résolue que par des moyens moraux et par les voies diplomatiques. Nous devons ajouter aujourd'hui que nous attendons avec assurance les résultats de cette politique irrévocablement tracée par les délibérations du parlement; ces résultats, tels que nous les concevons, satisferont en môme temps aux légitimes exigences des consciences catholiques et aux droits de Titalie. »

Une note, en date du 16 juin, du même général, apprend que la reconnaissance du royaume d'Italie par la Russie, qui eut lieu en même temps que celle de la Prusse, fut amenée par les bons offices du gouvernement français. Le cabinet de Saint-Pétersbourg s'était surtout préoccupé, lit-on dans cette note^ a de l'importance que pourraient avoir les mouvements révolutionnaires dans la Péninsule, ainsi que des moyens de répression que le gouvernement italien était en mesure ou en disposition d'employer pour en conjurer les périls, b Le prince Gortschakoff se montra satisfait des explications données.

24. — Présentation à la chambre des députés de Turin d'un projet de loi qui ôte aux censures ecclésiastiques toute sanction matérielle, et qui interdit la publication des mandements épiscopaux sans autorisation.

5i. — La révolution franche, alliée jusque-là de la révolution hypocrite représentée par le gouvernement piémontais, s'impatientait des retards mis à l'accomplissement de ses desseins. Elle avait pour âme Mazzini, pour bras Garibaldi. Dès le 6 juin, une déclaration de Mazzini, insérée dans le journal il Popolo d'Italtùy avait montré l'imminence d'une rupture. Dès lors Garibaldi se prépara à compléter l'Italie ; il quitta sa retraite de l'île de Caprera

août.] ORDRE DU JOUR DD GÉNÉRAL PETITTI. 193

et se rendit en Sicile. Maïs le gouvernement piémontais paraissant résolu à s'opposer à ses nouvelles entreprises, il reconnut qu'il ne pouvait se maintenir à Palerme,et, le 31 juillet, il se retira avec ses volontaires dans le bois de Ficuzza, après avoir adressé aux habitants une proclamation dans laquelle il disait : « Nous sommes (c forts, aussi devons-nous être calmes et dignes. Je doism'éloigner, (t mais pour peu de temps, j'espère. De près, comme de loin, mon c cœur est avec vous. Notre programme est celui que nous avons « acclamé ensemble sur vos splendides barricades : Italie et « Vicior-Emmanuell kvec ce programme, nous irons à Venise et « à Rome. » L'aventurier tenait toujours à faire croire qu'il marchait avec le roi, et, sans doute, après ce qui était arrivé, lors de la, conquête de l'Ile deSicile et du royaume de Naples, il était persuadé que tout serait approuvé s'il réussissait.

Aoàt.

1. — Le journal V Italie publie une adresse des soi-disant dames romaines à Garibaldi, dans laquelle iles t dit : « C'est en vous seul que nous espérons » pour la délivrance de Rome. Celte pièce est suivie de la réponse du général commençant par ces mois : « Rome ou la mort ! » et finissant par ceux-ci : « Je suis avec vous jusqu'à la DQort, — • femmes! »

Arrivé à Ficuzza, Garibaldi adresse un ordre du jour aux Tolontaires qui l'accompagnent ; celte pièce porte pour devise : Rome ou la mort! A partir de ce jour, ce cri lugubre retentit dans tous les rangs des révolutionnaires; à ce cri ont lieu des démonstrations à Milan, à Florence, à Brescia, à Gênes ; ces démonstrations sont accompagnées d'excès qui exigent remploi de la force pour être réprimés.

8. — Proclamation de Victor-Emmanuel à ses peuples pour séparer sa cause de celle de Garibaldi.

4iî — Le général Petitti, ministre de la guerre de Victor- Emmanuel, adresse à l'armée un ordre du jour qui confirme la proclamation du roi : « Dans une entreprise insensée, dit-il « aux soldats, on invoque une solidarité avec vous que je repousse ic en votre nom... Je déclare que ces glorieuses traditions, que votre a glorieux drapeau, qui a flotté victorieux dans cent batailles, ne tt s'est pas taché. »

Malgré cette fière déclaration, et le jour même où le général

m ANNALES EGGL£SIASTIQUCS. [1862

Petitii la faisait, des soldais piémontais essayèrent d'envahir rÉtat pontiQcal du côté de Ceprano, soas prétexte de poursuivre des bandes de réactionnaires sur la frontière du royaume de Naples ; aisément repoussés par les zouaves pontificaux, ils durent renoncer à cette tentative.

À la nouvelle de la violation de territoire commise par les Piémontais réguliers, le général de MontebeUo avait envoyé à Yelletri, par le télégraphe, Tordre au colonel de Maussion de faire partir sur-le-champ, par un express, deux compagnies : a Joigneza vous aux zouaves, écrivait-il, pour repousser toute attaque des i( Piémontais. » À partir de ce jour, les Piémontais furent convaincus que la France ne les laisserait pas faire ; dès lors ils agirent avec une certaine vigueur contre Oaribaldi. Le 47 août, un décret royal mit en état de siège toute Tlle de la Sicile, et le général Cugia fut nommé commissaire extraordinaire avec les pouvoirs les plus étendus. En même temps les assurances les plus formelles étaient données au Pape par le gouvernement français. Le 18, l'ambassadeur de France et le général de MontebeUo ayant été reçus en audience par le Saint-Père, le marquis de La Valette déclara officiellement, au nom de l'Empereur, « que «la France ne permettrait jamais l'invasion du territoire ponlifi- <( cal actuel, qu'elle entend conserver au Saint-Père dans son « intégrité. »

O. — Lettre circulaire du cardinal Antonelli adressée au corps diplomatique à Rome, au sujet de la vente des biens des corporations religieuses et institutions ecclésiastiques dans les États annexés par le roi Victor-Emmanuel; le cardinal la termine ainsi :

« Puisque, malgré les protestations de l'auguste chef de l'Église, le gouvernement qui a projeté cette injuste spoliation persiste à vouloir la CGûsommer, qu'en conséquence il met enavant divers modes d'opérer Taliénation des biens ecclésiastiques et qu'il travaille à Yincamération générale desdils biens, pour rendre ainsi plus facile l'aiiénatlon qu'il a résolue, le soussigné se voit dans l'obligation de jreve-nir par la présente note sur une matière si regrettable et de déclarer encore une fois , au nom du Saint-Père , que quiconque conclurait des contrats avec le gouvernement usurpateur, touchant les biens ecclésiastiques, soit qu'ils soient mis en vente, soient qu'ils soient offerts en emphytéoses perpétuelles racbetables, soit qu'ils soient assignés en caution et garantie aux créanciers dudit gouvernement, soit qu'ils soient engagés ou aliénés de quelque autre manière, se rendrait coaiplice d'attentats contre la propriété légitime d'autrui et de violation

aotkt.] LETTRE DU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. 195

sacrilège du patrimoine ecclésiastiqae, encourrait les censures canoiiîq[ues rappelées plus haut, se trouverait dans le cas d'avoir fait des contrats complètement nuls,, conformément à Tavertissement solennel contenu dans l'acte précité du Saint-Père, avertissement et acte auxquels Sa Sainteté entend donner ici pleine confirmation. A cette fin, le Saint-Père déclare, pour que cela serve de règle générale et ferme la porte à tout prétexte, que les corporations religieuses, les établissements ecclésiastiques^ et en général toutes les institutions qu'on veut dépouiller contre toute justice, conservent toujours leurs droits sur les biens qu'on leur a enlevés ou qu'on continue à leur enlever injustement, et que FËglise ne cessera jamais d'en réclamer la restitution auprès de leurs possesseurs illégitimes. »

IV. — Les évéques de la proviace ecclésiastique de Tuam (Irlande), qui n'ont pu se rendre à Rome^ envoient au Pape une lettre dans laquelle ils déclarent adhérer à la déclaration des évéques présents à Rome le 9 juin.

19. — Mort du duc de Montmorency (Anne-Louis^Yictor- Raoul), dans sa terre de Gourtalain^ à l'âge de 72 ans. Il était né à Soleure le 14 décembre 1790; attaché à la maison d'Orléans, sous la Restaurai ion, il se retira de la vie publique en i820. Avec lui finit la première branche des Montmorency, dont le chef portait le titre de premier baron chrétien. ^

— - Dépêche du prince Oortschakoff aux légations russes à l'étranger, pour expliquer les motifs qui ont porté la Russie à reconnaître le royaume it Italie.

90. — Sur un rapport des ministres italiens au roi Victor- Emmanuel, et signé par tous les ministres, MM. Rattazzi, Durando, Petitli, Conforti, Matteucci, Depretis, Persano et Sella, Naples et les provinces napolitaines sont déclarées en état de siège.

— L'association émancipatrice italienne, placée sous la présidence de Garibdldi, est dissoute.

it%. — Le général Cialdini est nommé au commandement politique et militaire de Sicile.

t*. — Lettre du ministre des affaires étrangères de France au duc de Gramont, ambassadeur de France à Vienne :

Monsieur le duc, vous connaissez le protocole qui a été adopté à Gonstantinople afin de consacrer l'accord intervenu entre la France, la

196 ANNALES ECCLÉSIASTIQUES. [tM2

Russie et la Porte, pour la réédification de la grande coupole da Sainl-Sépulcre.

Cet arraogement était concla lorsque l'ambassadeur de l'Empereur à Rome a reçu du cardinal Antonelli une communication par laquelle le Saint-Siège annonce, en sollicitant notre appui, l'intention de faire une démarclie auprôs du gouvernement ottoman et de réclamer le privilège de prendre exclusivement à sa charge les réparationn nécessaires. On ne peut que rendre hommage aux sentiments exprimés par le Saint-Siège dans ce document ; mais je n'ai pas besoin d'entrer dans de longs développements pour faire ressortir les difttcultés qu*ùne semblable démarche rencontrerait à Constantinople, lors môme que le Sullan ne serait pas lié par les engagements qu'il vient de contracter. Toute action exclusive en faveur de Tune des deux communions dominantes soulèverait inrailliblement l'opposition de l'autre, et aurait pour effet de rouvrir cette série de dissentiments et de conflits qui n'ont jamais manqué de se produire en pareil cas. Personne n'ignore l'importance que prennent si facilement les rivalités des Latins et des Grecs en Palestine, de même que les embarras que cause inévitablement à la Porte la difficulté de satisfaire les deux influences diplomatiques dont ces prétentions se cou^'rent, et Ton ne saurait méconnaître les avantages d*une entente dont l'objet est de prévenir toute complication de cette nature. En nous concertant avec le cabinet de Saint- Pétersl)Ourg, nous n'avons d'ailleui*s négligé aucun soin pour que les droits des Latins fussent entièrement sauvegardés et pour que la position de nos religieux fût môme améliorée dans la mesure du possible. La démarche de la cour de Rome me paraîtrait donc superflue. Je ne doute pas que M. le comte de Rcchberg ne partage à ce sujet notre opinion, et je me plais à espérer en même temps qu'il reconnaîtra que l'arrangement signé entre la Russie, la Turquie et nous, offre le moyen le plus pratique de donuer satisfaction aux intérêts qui nous sont confiés en Palestine. Thouveneu

Voici le protocole dont il est parlé dans la lettre précédente, et qui fut signé le 5 septembre suivant :

S. M. l'empereur des Français et S. M. l'empereur de Russie, mus par un sentiment de généreuse sollicitude pour la conser\ation d'un sanctuaire également vénéré par les diverses communions chrétiennes, ont exprimé à la sublime Porte le désir d'opérer à leurs frais la reconstruction de la coupole du Saint-Sépulcre à Jérusalem, et S. M. le Sultun ayant agréé leur vœu et^ de plus, leur ayant manilesié l'intention de p!\rticiper à une œuvre qui intt^resse une portion si importante de la population soumise à son empire, les ambassa^^eurs de France et de Russie et le ministre des affaires étrangc^res de Turquie, soussignés, dûment autorisés par leurs gouvernements respectifs, sont ccHivenus des dispositions suivantes :

août.] GARIBALDI ENTRE A aTANE A LA TÊTE DE SES COLONNES. 197

j. La nécessité de préyenir la ruine imminente de la coupole du Saint-Sépulcre étant de notoriété publique, il sera pourvu sans^ retard à la reconstruction de cet édifice à frais communs et par portions égales, par la Franca^ la Russie et la Turquie;

2. A cet effet deux architectes, désignés Tun par le gouvernement français, Tautre par le gouvernement russe, et agréés par le gouvernement ottoman, se tran porteront le plus tût possible à Jérusalem pour vérifier Tétat actuel de la coupole, constater la nature et retendue des travaux à effectuer, en apprécier Timportance et dresser un devis estimatif des dépenses.

Ils consigneront dans un rapport collectif les résultats de leurs appréciation s^ et lorsque leurs propositions auront été approuvées par les trois gouvernements respectifs, ils prendront, de concert avec les consuls de France et de Russie et avec Tautorité locale, des mesures immédiates pour procéder à Texécution des travaux. Des crédits seront ouverts aux consuls de France et de Russie et au pacha gouverneur de Jérusalem pour faire face aux dépenses, au fur et à mesure des besoins.

3. Il sera prescrit aux architectes d'éviter^ dans la décoration de la nouvelle coupole, toute inscription ou tout emblème qui serait de nature à provoquer les susceptibilités d'aucune des communions chrétiennes.

4. Le gouvernement ottoman accordera toutes les facilités administratives et matérielles qui seront nécessaires pour la prompte et complète exécution des travaux, et des ordres seront transmis sans retard, à cet effet, au pacha gouverneur de Jérusalem.

5. Il est entendu que le présent arrangement ne confère aucun droit nouveau aux différentes communions chrétiennes, nia aucune des parties signataires d^ ce protocole, et ne porte atteinte à aucun des droits qui leur étaient précédemment acquis.

94. — Un décret de Tempereur de Chine met en jugement un général chinois accusé d'avoir assassiné Tabbé Néel dans le Rouéitchéou.

— La résistance qu'on lui opposait, et sur laquelle sans doute il n'avait pas compté, ne faisait qu'irriter Garibaldi, qui en vint à une révolte ouverte. Le 19 août, il enlraàCatane à la tête de ses colonnes; mais les troupes italiennes qu'il espérait entraîner sortirent de la ville, avec toutes lès autorités, le préfet, le commandant de gendarmerie et le maire. Là Garibaldi agit en dictateur, et se prépara à passer sur le continent. Il adressa de Catane, le 24, aux Italiens une proclamation dans laquelle il disait :

198 ANNALES ECCLÉSUSTIQnES. [1862

« Mon programme est toujours le même. Je Teux, pour ce qui dépend de moi^ que le plébiscite du 21 octobre 4860 soit une vérité^ que la contrat signé entre le peuple et le roi reçoive sa pleine exécution.

« Je m'incline devant la majesté de ViCToa-EmiANDBL, roi élu par la nation, mais je suis hostile à un ministère qui n'a d'italien que le nom, à un ministère qui, par complaisance pour la diplomatie^ a amené dans le mois de mai les arrestations et le procès de Samico^ comme il provoque aujourd'hui la guerre civile dans le midi de ritalie pour s'assurer les bonnes grâces de l'empereur Napoléon.

a Un pareil ministère ne peut et ne doit plus être supporté.

a il trompe le roi, il le compromet comme il a déjà fait par la proclamation du 3 août; par son municipalisme obstiné, il pousse les provinces méridionales à la sécession, il trahit la nation.

a La livrée du maître étranger ne sera jamais parmi nous un titre d'estime ou d'honneur pour aucun ministère... •

« A Rome donc, à Rome I — Allons, braves de 48 et 49, allons, jeunesse ardente de 59 et 60 I courez à la sainte croisade. — Nous serons vainqueurs parce que la raison est pour nous ainsi que le droit national et la conscience universelle.

« Nous avons soulevé dans le monde de grandes espérances par {^otre révolution. 11 faut les justifier toujours de plus en plus.

« Je suis certain que le peuple italien ne manquera pas à son devoir. Plût à Dieu que la brave armée nationale nous accompagnât dès à présent I

a italiens I s'il est vrai que j'ai fait quelque chose pour la patrie, croyez à mes paroles. Je suis décidé ou d'entrer à Rome vainqueur, ou de tomber sous ses murailles. Mais dans ce dernier cas j'ai confiance que voQS vengerez dignement ma mort et que vous accomplirez mon œuvre.

a Vive ritalie ! »

« Vive Victor- Emmanuel au Capitule ! »

Cette proclamation de Garibaldi ne s'accordait que trop avec les violents discours qu^il prononçait à tout propos. Dans un de ces discours, prononcé à Galtanisetta, du haut du balcon de la maison où s'assemblait la Société unitaire,, il s'était écrié :

« Nous voulons ce qui nous appartient, rien autre chose que ce qui nous appartient, Rome ou la mort ! Voilà l'expression de notre ierme volonté^ et nous l'accomplirons, malgré l'étranger qui s'y oppose et qui tient encore nos frères enchaînés. Nous voulons ce qui esta nous, et Rome est à nous, et il le sait bien, celui qui nous en éloigne et qui veut la retenir pour lui. Voilà deux ans qu'on nous promet de nous donner Rome^ et qu'on nous repaît de vaines espérances... Mais puisque la diplomatie persiste dans son obstination, et que les prières ne servent

ftoAt.] MORT DE M«> MIREB, ÉVfiQUE DE SÂINT-GÂLL. 199

de rien^ qu'elles aTilissent le peuple italien, il est temps, c'est une nécessité de recourir au fer.... Et c'est avec le fer que nous obtiendrons Rome, avec le fer.... Elle nous appartient 1 c*esl la capitale qui nous a été donnée par Dieu, personne ne peut nous l'enlever... Ne \'ous laissée pas tromper par ceux qui sont intéressés à tromper. Parmi eux sont les prêtres, et précisément le grand prêtre de Rome et ses cardinaux, entremetteurs des superstitions et des gouvernements tyranniques. »

^tt. — On lit dans le Moniteur de l'Empire français : « Les journaux se demandent depuis quelques jours quelle est l'attitude du gouvernement français en présence des agitations de l'Italie. La question est tellement claire que le doute semblait impossible. Devant d'insolentes menaces, devant les conséquences possibles d'une insurrection démagogique, le devoir du gouvernement français et son honneur militaire le forcent plus que jamais à défendre le Saint-Père. Le monde doit bien savoir que la France n'abandonne pas dans le danger ceux sur lesquels s'étçnd sa protection.»

— Garibaldi quitte Gatane, débarque à l'extrémité méridionale de la Galahre et occupe la ville de Mélito.

«•. — A Séville (Espagne), mort du cardinal Emmanuel-Joachim Tarancon, archevêque de Séville, né à Gobarabias, diocèse de Siguenza, le 20 mars 1782, créé cardinal dans le consistoire du 15 mars 1858.

itB. — Garibaldi, atteint. à Âspromonte par une colonne de troupes royales commandées par le colonel Pallavicini^ livre bataille. Après une vive résistance, ses volontaires sont pris ou dispersés. 11 est lui-même grièvement blessé au pied et contraint de se rendre.

8Q. — Inauguration du chemin de fer de Rome à Naplçs par Capoue.

— Décret de Juarez qui supprime tous les chapitres ecclésiastiques du Mexique, à l'exception de celui de Guadalajara ; — défense faite aux prêtres de porter hors des églises aucun costume distinctif.

*— Mort de M»* Mirer (Jean-Pierre) , évoque de Saint-Gall, en Suisse. 11 était né le 2 octobre 1778, à Obersaxen.

)00 ANNALES ECGLÉSUSTIQDES. (1M2

4.-~Le roi de Portugal ouvre en personne la session des cortès extraot'dinairesy et annonce son prochai n mariage avec la princesse Pie de Savoie, fllie de Victor-Emmanuel.

— Pie IX remercie les évoques de la province ecclésiastique de Tuam, de leur adresse de dévouement : « Vous compatissez vive- « ment à nos nouvelles infortunes, leur dit-il ; vous condamnez et 0 détestez absolument les menées criminelles et multipliées, ainsi a que les attentats impies et sacrilèges par lesquels les ennemis a de Dieu et des hommes marchent d'iniquité en iniquité, font < une guerre acharnée à l'Église catholique, à ce Siège apostolique « et à nous, et foulent aux pieds tous les droits divins et humains^ a cherchant à détruire entièrement notre pouvoir civil et celui 0 de ce Saint-Siège. »

•. — Mort de l'évêque apostat Caputo, d'Ariano, dans le royaume de Naples. Ce malheureux évèque, le seul de l'admirable épiscopat napolitain qui eût trahi son devoir, qui avait consenti à devenir le grand-aumônier du roi Victor-Emmanuel, et qui ne songeait à rien moins qu'à devenir le primat de l'Italie poussée dans le schisme. Le 6 septembre était l'anniversaire de l'entrée de Garibaldi à Naples ; le 6 septembre de l'année précédente, l'évoque prévaricateur avait dit qu'il espérait célébrer à Rome l'anniversaire de cet événement; le 6 septembre, il allait rendre compte à Dieu de ses criminelles espérances. Atteint, dans la force de Tâge, d'un mal qui paraissait d'abord léger, il se trouva tout à coup très-sérieusement malade. Le curé de la paroisse sur laquelle il se trouvait, à Naples, s'empressa de se rendre auprès de lui pour lui procurer les secours de la religion. Il voulut s'assurer des bonnes dispositions du mourant. Les prêtres prévaricateurs qui entouraient l'évoque lui répondirent qu'il s'était confessé et n'avait plus besoin que de recevoir le Viatique et l'Extrôme-Onction. Le curé répliqua que, vu les circonstances, il fallait de plus une rétractation. Sur le refus fait par ces prêtres de montrer cette rétractation et de la demander au moribond, le curé déclara qu'il ne pouvait administrer les derniers sacrements. On lui fit des menaces, il resta ferme; il reprocha à ces mauvais prêtres leur conduite, et insista pour pénétrer auprès de M*' Caputo. Forcé de se retirer, il alla aussitôt rendre compte de ce qui s'était passé au vicaire géaéral du diocèse. Celui-

septembre] NOTE PU GÉNÉRAL DURANDO. 201

ci pria le P. Radente, prieur des dominicains, de faire une nouvelle tentative ; mais le prieur fut repoussé comme Tavait été le curé. Le vicaire général pria encore le P. Borghi, recteur de l'église du Jésus, de se rendre auprès du malade. Le P. Borghi trouva M^ Caputo mort depuis une demi-heure; le malheureux évéque avait reçu le viatique des mains d'un prêtre garibaldien, qui l'avait été prendre dans une église interdite.

— Mort du docteur Summer, archevêque (anglican) de Can* torbéry et primat d'Angleterre. Il était né en i780, à Kenilworth, comté de Warwick. Le revenu du diocèse de Cantorbéry est de 375,000 francs.

— A Rome, mort de M*"^ Antoine Ligi-Bussi, archevêque d'Icône, vice-gérant de Rome. Ce prélat était né à Urbino, le 6 décembre i799. Le Pape le nomma vice-gérant de Rome le 5 janvier 1851, et le préconisa archevêque d'Icône in partibus le 17 février de la même année.

lO. — Le gouvernement piémontais, qui s'était vu forcé par la France de respecter Rome et d'arrêter Garibaldi, voulut se faire un titre pour aller à Rome de l'énergie involontaire qu'il venait de déployer. Dès le 10 septembre, le général Durando, ministre des affaires étrangères du Piémont, adressait aux agents diplomatiques du royaume d'Ualie^ une note dans laquelle on lit :

« La nation tout entière réclame sa capitale; elle n'a résisté naguère à Télan inconsidéré de Garibaldi que parce qu*elle est convaincue que le gouvernement du roi saura remplir le mandat qu'il a reçu du parlement à l'égard de Borne. Le problème a pu changer de face, mais l'urgence d'une solution n'a fait que devenir plus puissante.

a En présence des secousses de ptus en plus graves qui se renouvellent dans la Péninsule, les puissances comprendront combien est irrésistible le mouvement qui entraîne la nation entière vers Rome. £lles comprendront que l'Italie vient défaire un suprême et dernier effort en traitant en ennemi un homme qui avait cependant rendu de si éclatants services, et soutenu un principe qui est dans la conscience de tous les Italiens; elles sentiront qu'en secondant sans hésitation le souverain dans la crise qu'ils' viennent de traverser , les Italiens ont entendu réunir toutes leurs forces autour du représentant légitime de leurs droits, aûn que Justice entière leur soit enfin rendue.

« Après cette victoire remportée en quelque sorte sur elle-même, l'Italie n'a plus besoin de prouver que sa cause est celle de Tordre européen; elle a assez montré à quels sacrifices elle sait se résoudre pour tenir ses engagements, et l'Europe sait notamment qu'elle tien-

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dra ceux qu'elle a pris et qu'elle est prête à prendre encore relativement à la liberté du Saint-Siège. Les puissances, dès lors^ doivent nous aider à dissiper les préventions qui s'opposent encore A ce que i'ilalie puisse trouver le repos et rassurer l'Europe.

Les nations catholiques, la France surtout, qui a si constamment travaillé à la défense des intérêts de l'Église dans le monde, reconnaîtront le danger de maintenir plus longtemps, entre l'Italie et la papauté, un antagonisme dont la seule cause réside dans le pouvoir temporel et de laisser l'esprit de modération et de conciliation dont les populations italiennes se sont montrées animées jusqu'icL

« Un tel état de choses n'est plus tenable; il finirait par avoir, pour le gouvernement du roi, des conséquences extrêmes, dont la responsabilité ne saurait peser sur nous seuls, et qui compromettraient gravement les intérêts religieux de la catholicité et la tranquillité de l'Europe. »

11. — A Aix-la-Chapelle, clôture de la 14* session (ouverte le 8) du congrès catholique d'Allemagne, dans laquelle a été décidée la créalion d'une Université catholique en Prusse.

18. — Mort, à Poulo-Pinang, de M^' Pellerin, évoque de Bibîos, vicaire apostolique de la Gochinchine septentrionale. II n'avait que quarante-neuf ans. Il était né dans le diocèse de Quimper, et fut vicaire à Saint-Louis de Brest avant de se consacrer aux missions étrangères. 11 était revenu en France en 1857, pour s'occuper des intérêts delà malheureuse chrétienté de Gochinchine, que le tyranTu-Duc persécutait avec tant d'acharnement. M*' Pellerin donna les plus utiles renseignements, et il provoqua cette expédition de .Gochinchine, qui vient de donner à la France plusieurs belles provinces. Celui qui écrit ces lignes eut alors le bonheur de le voir. A cette époque, l'évoque missionnaire était plein d'espoir dans les résultats de l'expédition, et il voyait déjà l'empire d'Annam tout entier ouvert au christianisme. 11 était plein de santé et dévie, et, comme il le disait avec une simplicité charmante, « les pieds lui brûlaient de retourner au milieu de ses chers païens. » 11 y retourna en effet, et il recommença ses œuvres de zèle. On sait quelles difficultés accueillirent l'expédition de Gochinchine ; M»' Pellerin se vit accusé des mauvais succès qu'on aurait évités en suivant plus exactement se^ conseils et ses plans. L'injustice dont il se voyait l'objet, et plus encore le redoublement de persécution qui fut d'abord le résultat de la guerre, accablèrent ce coeur d'apôtre et de Français. Obligé d'abandonner son vicariat, il s'était rendu dans l'île de Poulo-Pinang, où les missions de Textrême Orient ont un collège commun : c'est là que

octobre.] GARIBALDI EST FAIT PRISONNIER. 203

Dieu vint le prendre pour le récompenser de ses travaux apostoliques, au moment môme où la paix était rendue à la province soumise à sa juridiction.

15. — Mort du baron Henrion (Mathieu-Richard-Augusfe)y conseiller à la Cour impériale d'Âix, né à Metz le 19 juin i 805. On connaît sa grande Histoire de VÈglisey qu'il a poursuivie jusqu'au dix-huitième volume. Ses autres ouvrages sont très-nombreux; nous citerons, entre autres : V Histoire littéraire de la France^ — V Histoire des ordres religieux^ — la Vie de M^^de Frays^ sinouSy — la Vie deM^^ de Quélen^ — V Histoire de la Papauté y — V Histoire générale des missions catholiques^ — une Histoire de France^ etc.

lO. — Commencement des fêtes du jubilé milléiiaire de la fondation de l'empire russe.

ZO. — Mort du P. Tapparelli d'Azeglio (Louis), l'un des rédacteurs de la Civiltà cattolica. Il était né à Turin, en octobre 1793, et appartenait à la Compagnie de Jésus depuis son rétablissement par Pie VII, en 1814. La variété et l'étendue de ses ccMinaissances étaient remarquables : les artistes le venaiententendre et consulter ; le P. Hermann et Liszt avaient dernièrement essayé un piano de son invention dont les cordes vibrent sous des archets ; son Fssai de droit naturel^ traduit dans toutes les langues de l'Europe^ Ta placé parmi les premiers publicistes de notre époque.

«5. — A Rome, consistoire public dans lequel le chapeau cardinalice est conféré au cardinal Billiet, archevêque de Chambéry, qui avait été publié le 27 septembre 1861; le Saint-Père proposa ensuite des évêques pour diverses Eglises, entre autres M«^ Bravard pour le siège épiscopal de Coutances.

!90. — Signature^ à Rome, d'uu concordat avec la république de l'Equateur.

Octobre.

&. — Garibaldi, fait prisonnier, avait été transporté à la Spezzia, avec deux mille volontaires faits prisonniers avec lui. Le ministère était dans un grand embarras à son sujet. Absous,, Garibaldi serait un danger permanent; condamné, qui se chargerait d'exécuter la sentence ? De quel droite d'ailleurs, condamnerait-on cet homme pour avoir voulu plus tôt ce qu'on déclarait vouloir faire un peu plus tard ? Et toute la révolution européenne s'agitait. Pen-

204 ANNALES ECGlÉSrASTIQDES. [1862

daot qu'il y avait des troubles en Italie sur presque tous les points, pt qu'on réclamait à grands cris la liberté du héros^ en France, la presse piémontiste demandait à la fois la délivrance de Garibaldi et l'abandon de Rome, et il y avait en Angleterre des meetings monstres demandant la môme cbose, vociférant contre la France et insultant si grossièrement le Pape, que les Irlandais catholiques de Londres, indignés, en vinrent, le 5 octobre, aux mains avec les Garibaldiens et réussirent, par leur attitude, à leur imposer un peu de retenue.

Après bien des tergiversations, après avoir tantôt fait espérer la grâce royale, tantôt fait craindre un procès, pressé par l'opinion révolutionnaire, mais non moins pressé par le gouvernement français, pour qui Garibaldi était un ennemi déclaré, M. Rattazzi se détermina enfm pour l'amnistie, et le 5 octobre, sur un rapport de ses ministres, Victor Emmanuel signa le décret suivant :

Art. 1. Les auteurs et les complices des faits et tentatives de rébellion qui ont eu lieu, au mois d'août dernier, dans les provinces méridionales, et qui ne sont pas coupables de délits communs^ sont libérés de toute dette encourue à cet égard envers la justice. — Art. 2. Sont toutefois exceptés de cette amnistie les militaires de terre et de mer.

•. — A Lisbonne, débarquement et mariage de la princesse Marie-Pie de Savoie.

— Mort de M*" de Morlhon, évoque duPuy, qui succombe dans sa voilure à une hypertrophie du cœur. Né en 4799, à Villefranche-de-Panat(Aveyron), M*' de Morlhon (Joseph-Auguste- Victorin), fit ses études au séminaire de Rodez; il fut ordonné prêtre par un oncle du même nom, qui était archevêque d'Auch, et fut lui-même nommé évêque du Puy en 1846. La grande œuvre de son épiscopat est l'érection d'une statue colossale de Notre-Dame de France sur le rocher Corneille, qui domine la ville du Puy.

B, — Dépêche du général Durando au chevalier Nigra, représentant de Victor-Emmanuel à Paris ; elle se termine ainsi :

« L*énergie dont le gouvernement a fait preuve dans les derniers événements^ la promptitude avec laquelle il a rétabli Tautorité de la loi, et l'amnistie que, sans crainte, il a pu conseiller au roi, témoignent qu'il a la conscience de sa force et qu'il n'hésitera pas à l'employer pour maintenir Tordre établi et ses engagements.

« 11 est évident à nos yeux que rien ne s'oppose maintenant à ce

octobre.] GIRGUUIRK M M. DRODYN DE LHUYS. 305

que Ton s'entende sur l'opportonité défaire cesser Toccupation. Ce système a d^jà fait ses preuves sans avoir pu amener, je le répète, ni la conciliation ni les réformes vainement sollicitées et vainement espérées. Eu laissant la cour de Rome en face de ses sujets, on obtiendra, il faut l'espérer, ce que la longanimité de l'Empereur n'a pu obtenir par quatorze ans d'occupation et de négociations stériles.

« Nous nous adressons donc à l'Empereur pour savoir s'il ne croit pas le moment arrivé de rappeler les troupes de Rome et de chercher une nouvelle combinaison de nature à changer une situation si pleine de périls pour l'Italie.

« Le gouvernement italien est prêt à examiner les propositions qu'on lui ferait dans le but de garantir l'indépendance du Saint-Siège dès que l'occupation étrangère aurait cessé. Il prendra en considération les projets d'arrangement qui y en rassurant les consciences catholiques, satisferont en môme temps aux légitimes exigences de la nationalité italienne.

Nous sommes d'autant plus disposés à entrer dans cette voie, que les sentiments qui ont inspiré la mémorable lettre de l'Empereur nous sont un gage que, dans ses constants efiTorts pour sauvegarder les intérêts spirituels du monde catholique, il ne saurait méconnaître que l'afTerivissement de Tordre actuel dans la Péninsule est aussi nécessaire à la paix de l'Europe qu'à la tranquillité des consciences. »

16. — Nomination de M. Drouyn de Lhuys au ministère des affaires étrangères de France, en remplacement de M. Thouvenel. C'est la politique du ztatuquo provisoire qui succède à la politique semi-révolutionnaire.

il. — Un décret impérial nomme le prince de La Tour d'Auvergne ambassadeur près du Saint-Siège, en remplacement du marquis de La Valette, qui donne sa démission, et le comte de Sartiges en la môme qualité près du roi d'Italie, en i;emplacement de M. Benedetti, qui est envoyé à Berlin.

19. — Circulaire de M. Drouyn de Lhuys aux agents diplomatiques de France à l'étranger ; on y lit :

« Monsieur, en prenant possession du poste auquel l'Empereur a daigné nrappeler de nouveau, je crois utile de vous dire eu peu de mots dans quel esprit j'ai accepté la mission qui m'est confiée. Je n*ai pas besoin de revenir avec vous sur les actes et les démarches antérieurs du gouvernement impérial dans la question romaine. Sa Majesté a toutefois manifesté plus particulièrement sa manière de voir par une lettre adressée à mon prédécesseur, et que le Moniteur du 25 septembre dernier a rendue publique. Ce document résume la pensée de TEmpereur avec une autorité que tout commentaire ne pourrait

206 AHiNALBS ECCLÉSIASTIQUES. [1862

qu'affaiblir ; et je ne saurais mieux faire que de m*y référer aujourd'hui. Dans toutes les phases par lesquelles la quesLiou a passé depuis treize ans, la constante préoccupation de Sa Majesté, ainsi qu'elle a elle-même pris soin de l'établir, a été de rapprocher les grands intérêts qu'elle trouvait divisés^ et plus ces dissentiments ont acquis de gravité, plus l'Empereur a jugé qiie son govtvernement devait s'efforcer de les aplanir, sans toutefois rien sacrifier des principes qui ont été la règle permanente de ses résolutions. La politique définie avec une raison si haute et si impartiale n*a point changé. Elle reste animée des mêmes sentiments que par le passé pour deux causes auxquelles eUe a prodigué, dans une égale mesure, les témoignages de sa sollicitude. La question romaine touche aux intérêts les plus élevés de la religion et de la politique; elle soulève sur tous les points du globe iesscrupules les plus dignes de respect, et, dans l'examen des difficultés dont elle est entouréei le gouvernement de l'Empereur regarde comme son premier devoir de se prémunir contre tout ce qui pourrait ressembler de sa part à un entraînement, ou le faire dévier de la ligne 4e conduite qu'il s'est tracée..., »

D'un autre côté, M. de Persigny écrit aux préfets de l'Empire :

« L'Empereur vient d'appeler M. Drouyn de Lhuys au ministère des affaires étrangères. Celte modific<ition dans le Cabinet ne change rien à la politique du gouvernement de Sa Majesté. 11 s'agit lou|ours de concilier deux grands intérêts en présence, et de ne sacrifier ni l'Italie au Pape, ni le Pape à l'Italie. Un homme d'État éminent^ qui a l'avantage d'être étranger aux négociations des dernières années, peut servir heureusement à la solution de cette grande et difficile question. Les populations attendront avec confiance ce résultat. Quant à vous, monsieur le Préfet, restez fidèle aux grands principes qui n'ont cessé de vous diriger dans votre action sur l'esprit public, et soyez assuré que je tiendrai compte du soin que vous prendrez à maintenir les populations dans la confiance que leur inspire la politique noble et généreuse de l'Empereur. »

— Destitution du général chinois Tiann-Ching-Chou, mis en jugement à cause de l'assassinat d'un missionnaire.

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