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Révolution en Grèce ; le roi Othon est renversé

«e. — Dépêche de M. Drouyn de Lhuys au chargé d'affaires de France à Turin, exposant la ligne de la politique française en Italie. Après avoir fait l'historique delà question, le ministre français conclut ainsi :

0 Toutefois, ces faits, que je n'ai pu passer absolument sous silence, n'auraient point arrêté le gouvernement de l'Empereur dans ses

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efforts persévérants pour arriver à la coQciliatioQ des deut grands inté* rôts qui sont en Italie l'objet de sa constante préoccupation, si la communication officielle qui nous a été faite de la circulaire de M. le général Durando du 10 du mois dernier et la publicité qu'a reçue ce document ne BOUS avaient, pour le moment, enlevé l'espérance que nous aurions voulu fonder sur les , dispositions du gouvernement italien d'arriver à la transaction que nous cherclu)ns. En effet, après avoir rappelé la répression de la tentative de Garibaldi, M. le général Durando s'approprie son programme, et^ affirmant le, droit de i'ilalie sur Rome, réclame, au nom de son gouvernement, la remise de cette capitale et la dépossession du Saint-Père.

« En présence de cette affirmation solennelle et de cette revendication péremptoire, toute discussion me parait inutile^ et toute tentative de transaction illusoire. Je le constate avec un sincère regret» le gouvernement italien, par les déclarations absolues que je viens de rç-ppeler, s'est placé sur un terrain où les intérêts permanents et traditionnels de la France, non moins que les exigences actuelles de. sa politique, nous interdisent de le suivre. Je rends hommage à la forme amicale et modérée de la communication qui m'a été faite en dernier lieu par M. le ministre d'Italie ; mais j'y cherche vainement les éléments d'une négociation à laquelle nous puissions nous prêter. Dans notre pensée, cette négociation ne peut avoir pour objet que de réconcilier deux intérêts qui se recommandent à notre sollicitude à des titres différents, mais pour nous également respectables, et nous ne saurions consentir à sacrifier l'un à Tautre. Le gouvernement italien sait, d'ailleurs, qu'il nous trouvera toujours disposés à examiner avec déféreace et sympathie toutes les combinaisons qu'il pourrait lui convenir de nous suggérer, et qui lui paraitraieot de nature à nous rapprocher du but que sa sagesse, nous voulons l'espérer, nous aidera à atteindre.

« Vous voudrez bien. Monsieur, donner lecture de cette dépêche à M. le ministre des affaires étrangères d'Italie et lui en laisser copie. »

81. — Dépêche adressée par M. Drouyn de Lhuys au comte de Lallemand, chargé d'affaires de France à Rome, en attendant Tarrivée du prince de la Tour d'Auvergne :

« Monsieur, le devoir de prendre congé du souverain auprès duquel il était accrédité obligeant M. le prince de la Tour d'Auvergne à différer un peu son départ, j*ai pensé qu'il convenait, par égard pour le gouveroement du Saint-Père, de pourvoir dans le plus bref délai à la gestion de l'ambassade de Sa Majesté, et vous voudrez bien vous rendre à Rome pour en prendre la direction jusqu'à l'arrivée de Tambassaducr de l'Empereur.

i< En me remettant le portefeuille des affaires étrangères dans un moment où la situation du Saint-Siège éveille les plus sérieuses pré-

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occupations, TEmpereur m'a imposé une tâche dont je sens yivenient toutes les difficultés, et que mon zèle pour le service de Sa Majesté ne suffirait pas sans doute à accomplir, sMl ne m'était pas permis de compter sur la confiance du gouvernement du Saint-Père. 11 me tardait donc de faire parvenir à Sa Sainteté Texpression de mon respectueux dévouement pour sa personne et de ma ferme volonté d'apporter dans mes relations avec son gouvernement la plus entière et 1» plus loyale franchise. Vous voudrez bien en donner l'assurance à S. Ém. le cardinal secrétaire d'État.

« Mon intention n'e^^t pas d'entrer dès à présent dans Texamen détaillé des questions dont la discussion est naturellement réservée à Fambassadeur de Sa Majesté et que soulèvent l'organisation présente de l'Italie et la position particulière du Saint-Siège. Je crois devoir vous indiquer cependant quelques considérations générales que j'ai développées dans une conversation avec le Nonce apostolique et dont vous pourrez vous inspirer dans vos entretiens avec le cardinal Antonelli. J'ai d*ahord donné lecture à M^' Chigi d'une di^péche que je venais d'adresser à la légation de l'i^mpereur à Turin, dans le but de préciser le caractère de l'inlervcalion que les événements nous ont amenés à exercer en Italie, et de formuler une fois de plus les conditions auxquelles il nous serait permis de travailler utilement à la réconciliation qu'appellent avec une égale impatience les amis les plus sages de l'Italie et les défenseurs éclairés du Saint-Siège. Profondément convaincu de' la nécessité d'une transaction équitable, le gouvernement de rii^mpereur ne s'est laissé décourager, dans ses efforts pour la préparer, ni par les résistances absolues, ni par les prétentions immodérées, et il l'attend toujours du temps et de la manifestation des dispositions plus favorables que celles qu'il a rencontrées jusqu'à ce jour.

« Dans cet ordre d'idées, j*ai dû exprimer de nouveau à }&.*' Chigi notre sincère regret de l'accueil fait par la cour de Rome à nos tentatives réitérées d'accommodement, et j'ai insisté sur l'impression fâcheuse que ces refus persistants ne pouvaient manquer d'exercer, au grand détriment du Saint-Siège, sur l'opinion publique, examinant ensuite les motifs allégués pour décliner nos propositions, je me suis appliqué à combaltre les préoccupations qui me paraissent les avoir suggi^rés au gouvernement romain. La question des réformes à introduire dans Tadminlstration des États de l'Église, & raison detla responsabilité particulière que la protection dont nous entourons le gouvernement du Saint-Père fait peser sur nous, a été d'abord l'objet de mes observation». L'opinion bien connue du gouvernement de l'Empereur sur la nécessité de procéder à ces réformes est partagée, ainsi que leurs déclarations en font foi, par la plupart des gouvernements catholiques. Celui du Saint-Père a lui-même manifesté plusieurs fois rintention d'accorder à ses sujets les réformes reconnues indispensables; et, en dernier lieu, le Cardinal secrétaire d'État déclarait qu'elles étaient prêtes, et qu'il n'attendait, pour réaliser les intentions

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paternelles du Saint-Père, que le retour sous sa domination des provinces qui s'en étaient détachées. J'ai peine^ je Tavoue, à comprendre cet ajournement, et je m'explique encore moins la condition à laquelle en est subordonnée la durée. L'âme généreuse du Pontife peut-elle refuser à ses sujets fidèles les bienfaits acquis à ses sujets égarés? Les calculs de la politique ne sont-ils pas d'accord ici avec les inspirations du sentiment pour conseiller de faire cesser au plus tôt un si dangereux contraste? En consolidant, par de sages concessions aux besoins du temps, sa domination sur les sujets qui lui restent, la cour de Rome assure le présent par un acte spontané dont elle recueille immédiatement tout l'honneur et tout le bénéfice, et qui lui permet d'attendre dans de meilleures conditions et peut-être de se ménager des chances que l'avenir peut tenir en réserve.

« Le dévouement dont l'empereur a donné tant de preuves au Saint- Père m'autorise en outre à invoquer ici les convenances et les néces* sites de notre politique^ directement engagée dans cette question, et je me plais à espérer que cette considération sera appréciée à Rome. On y comprendra les ménagements qu'imposent au gouvernement de l'Empereur l'opinion de la France et le compte qu'il doit tenir d'exigences dont il reconnaît lui-môme la légitimité. Si la France catholique no marchande pas ses sacrifices pour une cause chère à ses traditions, elle ne sépare pas la protection du Pape de l'amélioration du sort des populations romaines^ et elle pourrait se lasser de voir toujours ajournées les espérances qu'elle-même a fait naître. Notre occupation prolongée des États romains est d'autre part, on ne l'ignore pas^ vivement sinon justement attaquée en France au nom de principes et d'intérêts qui sont les nôtres, et le gouvernement de l'Empereur se croit en droit de demander au Saint-Siège de lui faciliter sa tâche, en désarmant, par l'usage éclairé et libéral de son pouvoir, les adversaires de sa souveraineté.

« En ajournant les réformes au moment où seront restituées les provinces qui formaient naguère le domaine de l'Église, la cour de Rome nous oblige à nous expliquer sur la question territoriale. Je n'ai pas à revenir sur les événements qui ont amené le démembrement des États de TÉglise, ni sur le jugement que nous en avons porté. Nous n'avons jamais méconnu la légitimité des réclamations du Saint-Siège, ni la faleur de ses protestations, et, en lui conseillant de pourvoir au présent, nous n'avons nulle intention de les infirmer dans l'avenir. Mais la reconnaissance même la plus explicite d'un droit n'implique pas nécessairement l'obligation de le faire prévaloir. Chaque gouvernement reste maître de son action et juge de l'étendue de ses devoirs; aucun n'est tenu au delà de ce que lui commandent ses intérêts propres et sa libre appréciation de ce que permettent, comportent ou exigent les circonstances. Or, il est de mon devoir de le déclarer nettement, le gouvernement de l'Empereur exclut absolument des moyens de faire rentrer sous l'obéissance du souverain Pontife les provinces qu'il a Annales ecclés. 1 4

perdues le recours à la force. 11 est superflu d'insister sur les raisons qui lui commandent cette détermination. Elles sont comprises par tous les cabinets et acceptées, il en a la conviction, par les consciences catholiques les plus froissées par les épreuves du Saint-Père. Devonsnous cependant renoncer à l'espoir de voir le Saint-Siège se prêter à toute négociation qui aurait pour objet de lui donner, sous une forme à déterminer et pour les possessions qui lui restent, la garantie spéciale que les traités qui avaient constitué son État territorial ne lui avaient nullement assurée pour les provinces qui lui ont été enlevées? Si les États du Saint-Siège sont le domaine du monde catholique, les gouvernements qui représentent la catholicité dans ses intérêts terrestres ne peuvent-ils pas être appelés à résoudre une question dont Texamen semblerait leur être naturellement dévolu? L*inaliénabilité du domaine temporel du Saint-Siège, est-ce donc réellement une question du ressort absolu de la conscience? Les intérêts de cette souveraineté temporelle, soumise à ce titre à toutes les vicissitudes des choses de ce monde, peuvent-ils se gouverner autrement que par la raison humaine, faillible toujours, mais seul guide pourtant des conceptions de la politique ? Je l'ai dit d'ailleurs, les combinaisons auxquelles la cour de Rome pourrait acquiescer n'invalideraient en rien ses réserves et l'autorité de ses protestations. En maintenant le droit, en constatant un jour donné son impuissance, elles laisseraient l'avenir ouvert, et quel pouvoir en ce monde est autant que celui du Saint-Père fondé à s'en remettre à l'avenir du soin de réparer les malheurs du présent ? Nous sommes convaincus que tout arrangement qui garantirait efficacement dans son état actuel le domaine de l'Église, et qui assurerait, par conséquent, l'entière indépendance du souverain Pontife, satisferait pleinement les consciences catholiques ; elles ne demandent rien de plus, et ce serait, selon nous, une illusion dangereuse de les supposer plus exigeantes ; au contraire, dans leur impatience d'une solution qui les rassure, elles s'alarmeraient et s'irriteraient peut-être d'une résistance dont elles s'expliqueraient maUles motifs. Le gouvernement de l'Empereur, dans sa sollicitude pour les graves intérêts qui se rattachent à la question romaine, n'a pas cessé de rechercher les éléments de cette solution et de convier le gouvernement du Saint-Père à l'aider dans cette recherche, et nous sommes prêts à nous entendre avec lui ^our y associer tous les cabinets. Nous ne craignons pas d'affirmer que les consciences catholiques seraient soulagées d*un grand trouble le Jour où le Saint-Siège se déciderait à se départir de ses refus absolus et à entrer dans la voie d'une transaction acceptable.

« Vous n'aurez pas, Monsieur, à puiser dans les considérations qui précèdent les éléments d'aucune proposition à adresser à la cour de Rome; elles sont uniquement destinées tant à inspirer le langage que vous aurez à tenir pendant votre séjour à Rome, qu'à vous guider dans vos entretiens avec le Cardinal secrétaire d'État, et vous ne

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manquerez pas de me readre compte des impressions que vous aurez accueillies. »

IVoTembre»

t. — Martyre de M^' Oehoa, vicaire apostolique du Tonquin central. Nous donnerons ici, à l'occasion de ce martyre, d'après le Journal de Home^ le résumé de l'histoire de la persécution en Oochinchine, pendant les années 1861 et 1862.

Dès le mois d'août 1861, dit ce journal, l'empereur d'Annam publia un édit qui ordonnait que non-seulement tous ceux qui suivaient la religion chrétienne, quels que fussent leur âge, leur sexe et leur condition, mais même ceux qui y avaient renoncé par l'apostasie depuis bien des années, seraient dispersés et disséminés dans les diverses provinces de l'empire, de manière que les autres sujets pussent exercer sur eux une surveillance exacte et complète, attendu que la dissémination une fois faite selon les vues et les intentions du Gouvernement, il devait se trouver cinq infidèles pour surveiller un chrétien. Il était statué en outre que les maisons des disciples du Christ seraient rasées, leurs biens confisqués, leurs bestiaux, meubles et marchandises partagés entre les païens dont les habitations étaient le plus proches. Enfin, on devait les marquer de deux lettres sur les joues, Tune indiquant la religion qu'ils professaient, l'autre le district ou la province dont ils faisaient partie.

Il est plus facile de comprendre que de décrire la consternation produite par un édit si barbare, et la douleur à laquelle furent livrés les fidèles du Tonquin, car c'était principalement cette vaste contrée de l'empire que le tyran avait en vue. Les mandarins inférieurs qui étaient chargés directement de faire exécuter l'édit en furent eux-mêmes consternés, et ne se prêtaient qu^à regret à l'application de ces mesures inhumaines. Mais les mandarins supérieurs déployaient le plus grand zèle pour qu'elles fussent exécutées, car ils étaient stimulés sans cesse par de nouvelles injonctions de l'Empereur. Celui-ci ne se fiant pas encore à eux envoya partout des agents chargés de lui adresser directement des rapports sur la fidélité avec laquelle on exécutait ses ordres, et de recueillir des renseignements statistiques parfaitement exacts, qu'ils devaient faire parvenir à l'Empereur, afin d'atteindre complètement le but des prescriptions impériales.

Cette première opération eut pour effet, sans que personne pât s'y soustraire, de faire dépouiller et disperser les chrétiens, selon

lateoeur du décret que les gouverneurs eurent à publier partout; des récompenses étaient accordées à quiconque dénoncerait ceux qui se tenaient cachés, ou qui auraient par hasard été oubliés, ou dont les noms n'auraient pas été inscrits sur les listes des mandarins. C'était un spectacle lamentable de voir des foules de chrétiens enchaînés ou la cangue au cou, livrés à toute sorte de misère et de mauvais traitements^ arrachés à leurs foyers pour être transportés dans des contrées lointaines, n'ayant pour se reposer, dans le cours de leur long et pénible voyage, que le séjour de sombres prisons, où leur foi avait à subir l'épreuve des privations, des souffrances, des promesses et des menaces. Ils résistèrent à tout courageusement^ car les agents impériaux ne purent, sauf quelques exceptions très-rares, venir à bout de les entraîner dans l'apostasie.

Dans l'espace de neuf mois que dura l'exécution de cet édit^ les rigueurs en furent encore considérablement aggravées, par suite de la haine que la constance des fidèles anima chez les persécuteurs. Dans l'espérance d'en triompher, ils soumirent aux horreurs du dernier supplice une multitude de ces valeureux champions de la foi, particulièrement ceux qui se trouvaient dans la ville de Nam-Ding, où, sur trois cents qui étaient en prison, deux cent quarante moururent de faim ; les autres perdirent la vie du temps et gagnèrent celle de l'éternité en restant, par l'ordre du gouverneur, exposés au froid des nuits, étendus sur des nattes que l'on imbibait sans cesse d'eau fraîche. Tous ceux que l'on trouva cachés en ville furent mis à mort par le fer ou la potence.

En mai 1862 parut un autre édit impérial qui ordonnait d'exterminer les chrétiens. Cet édit avait principalement pour objet les provinces du royaume qui forment les vicariats apostoliques de l'orient, du centre, de l'occident et du midi du Tonquin. Il fut exécuté dans le vicariat oriental dès le 30 du même mois. On est saisi d'horreur quand on lit le récit des massacres qui s'ensuivirent. Les chrétiens devaient être conduits à la capitale, et à peine y étaient-ils arrivés, que, sans aucune forme de procès, on leur tranchait la tête. Le 30, on compta dix-sept martyrs ; le jour suivant treize; le 1" juin, cent ; le 2, six cents; le 3, il y en eut encore davantage. Dans le vicariat méridional, on mit encore plus de barbarie dans les exécutions ; les chrétiens y furent brûlés en masse, puis jetés dans des fosses à demi-morts et recouverts de terre; ou bien, garrottés deux à deux, pieds et poings liés, ils étaient jetés d?n^ les fleuves.

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Dans le vicariat central, on procéda avec la même cruauté; le gouverneur de la capitale fit couper la tête à vingt et un chrétiens le 18 mai; le 20, il fit empaler un catéchiste et deiùx autres chrétiens; le 22, il en fit égorger quarante-trois et pendre deux, dont un ecclésiastique ; le 26 , il en fit mettre à mort soixante-sept ; le 27 et le 28, soixante-huit. Après un tel carnage, il restait encore dans les prisons deux cent vingt-quatre chrétiens; les bourreaux, las d'égorger, trouvèrent plus expéditif de s'en débarrasser en les liant cinq à cinq pour les noyer dans le fleuve. C'est ainsi qu'ils en envoyèrent au ciel cent douze le 30 juin, les autres y allèrent le lendemain.

Parmi ces glorieuses victimes de la foi de Jésus-Christ, il faut compter bon nombre d'ecclésiastiques, catéchistes et missionnaires, particulièrement de l'Ordre des Frères-Précheurs. Entre tous, nous signalerons W^ Valentin Berrio Ochoa, évéque de Centurie in partibuSf vicaire apostolique du Tonquin central, qui est allé au^iel recevoir la récompense de ses longues fatigues apostoliques, le i^' novembre 1861. Ce grand apôtre sorti de prison, mais toujours renfermé dans la cage dans laquelle il avait été mis dès le moment où il était tombé entre les mains des satellites du tyran, demeura exposé aux regards des curieux pendant une heure qu'il passa absorbé en oraison. Quand on le tira de sa cage, on l'attacha à un poteau, et, au signal donné par le son d'une cloche, on lui coupa la tôte, qui fut ensuite mise au bout d'une pique et appendue aux portes de la ville. Après trois jours, l'ordre du gouverneur était qu'on la jetât dans le fleuve ; mais les chrétiens la rachetèrent au poids de l'or, et, l'ayant enveloppée dans le linge le plus fin, ils l'envoyèrent dans une chrétienté voisine. Ils firent de même pour ses précieux restes, qui furent ensevelis dans une autre chrétienté.

Les rapports dont nous avons extrait ces renseignements abrégés disent que le calcul, fait seulement pour deux des vicariats indiqués ci-dessus, porte le nombre de ceux qui, dans l'espace de neuf mois, ont été martyrisés, à seize mille, et de ceux qui ont été réduits en servitude à cause de leur constance dans la foi chrétienne, à vingt mille.

4. — En Portugal, mort de José Estevaô Goelho de Magalhaes, qui était à la tête des loges maçonniques depuis 1861. Il était né en 1819, et avait remplacé, dans le gouvernement de la francmaçonnerie portugaise le duc de Loulé.

%. — A Bruxelles, mort de M. Théodore Verhaegen, ancien

président du parlement belge, administrateur de l'Université de Bruxelles, chef du Grand-Orient de Belgique. Il était né en 1790 et appartenait à une fomille dont plusieurs membres, son fils entre autres, sont des catholiques fervents. Ses parents avaient été honorés de plusieurs faveurs exceptionnelles par le Saint- Siège, à cause des services qu'ils avaient rendus au clergé pendant la révolution de 93. Il était à peine revenu de Turin, où il était allé porter au roi Yictor-Ëmmanuel le produit des souscriptions au denier de l'Italie ; il fut frappé d'une angine couenneuse, et, après quarante-huit heures, il mourut dans les sentiments de la plus lamentable impiété. <( Ah ça ! dit-il à un de ses « médecins, la veille de sa mort qu'il ne croyait sans doute pas si a prochaine, je ne sais ce qui peut m'arriver, on ne peut répondre « de soi. Aujourd'hui^ j'ai toute ma raison, mais demain peuta être je ne l'aurai plus ; je ne veux pas de prêtres autour de « moi; je vous charge, vous, mon ami, de faire exécuter cette « volonté librement exprimée. » Cette volonté fut respectée. L'enterrement du franc-maçon belge, officiellement dirigé par les dignitaires des loges, en grand costume maçonnique, fut, au point de vue religieux, le plus grand scandale que la Belgique eût vu depuis 1830. Toute la Société des Solidairei y assistait, et, pour la première fois, la cour elle-même était représentée dans une cérémonie où la religion fut tournée en dérision depuis le commeacement jusqu'à la fin.

19. — Le prince et la princesse de Prusse, ainsi que le prince de Galles, sont reçus en audience par le Pape.

•«. — Arrivée à Turin du comte de Sartiges, ambassadeur de France. Du 21 au 30 novembre, des débats très-animés ont lieu dans la chambre des députés de Turin sur les dernières afiaires et sur la dépêche de M. Drouyn de Lhuys.

Décembre.

t. — Ouverture des cortès espagnoles. La reine s'exprime ainsi au sujet de la question romaine : n Les sentiments catholiques a de l'Espagne sont les miens, et je demande à Dieu de favoriser «c nos vœux et nos efforts, afin que cessent les tribulations du sou- «c verain Pontife, objet constant de ma plus profonde vénération, s L'Adresse du Sénat répondit à ces paroles : « La grandeur du c peuple espagnol est inséparable de l'esprit catholique, qui se « retrace dans la piété de ses monarques. Le Sénat prend plaisir

décembre.] FORMATION DU NOUVEAU MINISTÈRE ITALIEN. 2lS

(t à entendre la consécration de ces glorieuses traditions, et désire «que Dieu exauce les vœuxde Votre Majesté et favorise ses efforts a pour faire cesser les tribulations du Père commun des fidèles. » L'Adresse des députés s'exprima dans le môme sens : « Votre (( Majesté, disait-elle, a eu l'occasion de voir que ses sentiments a sont ceux de l'Espagne entière. Le chef suprême de TÉglise est a Tobjet commun de la plus profonde vénération. Dieu exaucera « les vœux et favorisera les efforts de la reine et de la nation catho- « lique pour faire cesser les tribulations du souverain Pontife. »

— M. Rattazzi annonce aux députés de Turin qu'il donne sa démission, ainsi que ses collègues. Il confesse qu'il a commis des fautes, mais il s'excuse sur l'humaine faiblesse et sur la difficulté des circonstances. Il reconnaît le déplorable état des finances, et ajoute que, si le ministère avait été moins accablé par les préoccupations politiques, il aurait travaillé avec plus d'efficacité à Pamélioration de l'administration et des finances. 11 renouvelle les protestations habituelles d'amitié pour la France, en indiquant les raisons qui rendent nécessaire l'alliance française, mais, pour tempérer l'efTet de cette déclaration, qui plaît peu à la majorité, il ajoute : « Nous n'avons pas l'intention de demander à la France a qu'elle nous donne Rome ; cela, nous ne le pouvons ni ne le « voulons, parce que Rome n'appartient pas à la Frapce, mais « à l'Italie. »

9. — Victor-Emmanuel accepte la démission des ministres qui composent le cabinet Rattazzi.

— Mandement de M«' Nicolas Adames, vicaire apostolique de Luxembourg, qui interdit l'abonnement au Courrier de Luxembourg, parce que ce journal « continue à diffamer et à injurier a l'Église catholique et le Saint-Père, d

9. — Le culte catholique est rétabli à Rabat, au Maroc, après un siècle d'interruption.

^. — Formation du nouveau ministère italien sous la présidence de M. Farinî, ancien sujet pontifical, vieux carbonaro, dont le nom rappelle les plus tristes scènes de la révolution italienne de 1859 et 1860. Voici la composition du nouveau cabinet : M. Farini, président du conseil; M. Pasolini (ancien sujet pontifical), affaires étrangères; M. Peruzzi^ intérieur; M. Minghetti (ancien sujet pontifical), finances ; M. Pisanelli, grâce et justice; M* Menabrea, travaux publics ; M. Délia Rovere, guerre; M. Ricci, marine;

216 ANNALES EGCLÉSUSTIQUES. [t862

M.^Aniariy instruction publique; M. Manna, agricuUure et commerce.

11. — Mort, à Louvaîn, de M. Jean Mœller, docteur en philosophie, auteur d'ouvrages qui ont été traduits dans presque toutes les langues de l'Europe, professeur des plus distingués de l'Université catholique, président de la Société d'Émulation de Louvain, membre du comité catholique et du comité pour les œuvres pontiOcales de cette ville. M. Mœller, mort à la fleur de l'âge, était un modèle de piété, de zèle et de force pour le bien. Il a laissé inachevée une grande histoire universelle, écrite en allemand, ouvrage immense dont ses histoires Ancienne, du Moyen Age et des Temps modernes ne forment en quelque sorte que le résumé. Il était né en Allemagne ; avant d'être nommé à Lomain par l'épiscopat belge, il avait enseigné avec la plus grande distinction, comme privatdocent, à l'Université de Bonn. Il s'était converti au catholicisme avec son père, et il s'était mis tout d'abord à la tête du mouvement catholique en Allemagne. Un discours prononcé par lui à Aix-la-Chapelle, trois mois auparavant, avait décidé la création d'une université catholique en Prusse.

19. — M. Farini fait connaître à la chambre des députés de Turin le programme du nouveau cabinet. La partie de ce programme relative à la question romaine montre que le ministère sarde ne renonce à aucune des prétentions révolutionnaires.

— Le prince de la Tour d'Auvergne, ambassadeur de France à Rome, écrit à M. Drouyn de Lhuys :

« J'ai fait ce matin ma première visite au cardinal Antonelli : Taccueil de Son Éminence a été plein d'empressement et de cordialité. Il y avait près de dix ans que je n'avais pas vu le cardinal Antonelli; la conversation s'est naturellement engagée tout d'abord sur les événements qui se sont succédé en Italie depuis l'époque où j'ai quitté Rome, et qui ont exercé sur la situation du Saint-Siège une influence si considérable. Les appréciations du cardinal Antonelli ont été, je m'empresse de le dire, marquées au coin de la modération et de la convenance la plus grande; plusieurs fois, dans le cours de notre entretien, le cardinal, qui m'avait dès le début demandé avec intérêt des nouvelles de LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice, ainsi que du Prince Impérial, s'est plu à rendre hommage aux dispositions bienveillantes que l'Empereur n'avait cessé de témoigner au Saint-Siège et dont le Saint-Siège aimait à voir une confirmation nouvelle dans la rentrée de Votre Excellence au ministère des affaires étrangères.

« Il est bien certain, a ajouté le cardinal, que c'est à la protection

décembre.] M. DBOUYN DE LHUYS ÉCRIT A l/AMBAS. DE FRANCE. 217

« de la France que le Saint-Père doit d'ôtre encore à Roaie, et Sa Sain- « tetéy croyez-le, conserve, malgré toutes les difficultés de sa position « et toutes les tristesses qui accablent son âme, les sentiments de la « plus profonde reconnaissance pour Sa Majesté. »

« Le langage du cardinal secrétaire d'État a été, en un mot, ce que Je devais souhaiter qu'il fût. Je n*ai pu d'ailleurs, dans cette première entrevue, qu'effleurer les questions qui préoccupent à si juste titre en ce moment l'opinion. Je me suis cependant particulièrement attaché à ne rien dissimuler aux yeux de Son Éminence de la gravité et des difficultés de la situation, et enfin de l'impérieuse nécessité pour le Saint-Père comme pour tout autre, quand il s'agit du gouvernement des choses temporelles, de s'inspirer des conseils de la prudence et de la modération. 11 m'a semblé que le cardinal comprenait lui-même cette nécessité; en tous cas, il s'est montré personnellement très-désireux de nous témoigner, dans la mesure du possible, sa bonne volonté. »

IS. — M. Drouyn de Lhuys écrit à l'ambassadeur de France à Rome:

« Prince, après ce que l'Empereur a bien voulu vous dire luimême et les entretiens que j'ai eus avec vous au sujet des affaires de Rome, je n'ai pour le moment rien d'essentiel à ajouter aux instructions que j'ai remises à M. de Lallemand le 31 octobre dernier, et auxquelles je vous prie de vous référer.

a Les intérêts dont nous avons à tenir compte en Italie sont complexes, mais ils ne sont pas absolument incompatibles, comme affectent de le croire les partis extrêmes à Rome aussi bien qu'à Turin. Si donc notre tâche est difficile, si elle exige peut-être de longs et patients efforts de la part du gouvernement de l'Empereur et de ses agents, il nous est permis d'espérer que ces efforts ne demeureront pas infructueux. Il est certain, dans tous les cas, qu'il est de notre intérêt aussi bien que de notre honneur de les tenter jusqu'au bout, et, pour ce qui vous concerne, je m'en remets entièrement à la sûreté de vos appréciations et à la connaissance que vous avez du terrain sur lequel vous allez vous trouver placé. Vous ne négligerez rien, j'en suis d'avance assuré, pour éclairer le gouvernement de Sa Majesté sur les intentions et les résolutions éventuelles de la cour de Rome, et pour faire comprendre à cette cour elle-même ce que nous nous croyons fondés à attendre de sa haute sagesse dans les conjonctures actuelles. En vous indiquant le but à atteindre, le gouvernement de Sa Majesté désire, vous le savez, vous laisser, pour l'opportunité et le choix des moyens, toute la latitude dont il comprend que vous avez besoin.

« J'aime à me persuader. Prince, que la cour de Rome, appréciant les obligations qui sont imposées au gouvernement de l'Empereur par les principes qui dirigent sa politique, et il est responsable vis-à-vis de l'opinion publique en France conmie envers lui-même, avisera dans sa

218 ANNALES ECCLÉSIASTIQUES. [ISfô

sagesse à ce qu'il loi appartient de faire pour rendre plus facile la tâche imposée à notre dévoaement pour des intérêts qui sont les siens et qu'elle doit nous aider à défendre. »

JI9. — Garibaldi accepte la présidence da comité national romain qui lui a été offerte. « Là, dit-il en acceptant, où ne brille « pas le soleil de la liberté; là où le prêtre maintient les ténèbres « par l'ignorance et la superstition, où Tarrogance de l'étranger « veut donner de la vie à Tidole en lui prêtant l'épée déjà teinte c du sang d'un peuple pour en frapper à mort un autre, là il est (( nécessaire de réunir les forces au profit de la liberté, de Tin- Cl dépendance, de la civilisation et du progrès. »

19. — Pie IX envoie des secours en argent à Tévêque catholique de Liverpool pour les ouvriers de son diocèse frappés par la crise de l'industrie cotonnière. — Vers le même temps il envoie dix mille francs pour les ouvriers de France. « Sa Sainteté, dit le c nonce en les remettant, regrette que l'état de ses finances ne «lui permette pas d'envoyer une offrande plus considérable; « mais elle a voulu témoigner, en cette occasion, sa sympathie poar « le peuple français et sa gratitude pour les preuves de dévouement c( qu'elle reçoit de ce pays. »

•O. — Circulaire du comte Pasolini, ministre des affaires étrangères à Turin, ayant pour but de faire connaître la politique du nouveau cabinet aux agents du roi Victor-Emmanuel à l'étranger. Le ministère poursuivra deux buts : réorganisation da royaume pour la constitution de l'unité italienne; établissement de rapports intimes avec les puissances alliées.

M%. — Fin de la session parlementaire à Turin. — Garibaldi s'installe dans l'île de Caprera.

•S. — A Turin, mort du marquis Roberto Taparelli d'Azeglio, sénateur, à l'âge de soixante-douze ans.

•4. — Mandement deM^' de Bonnecbose, archevêque de Rouen, en faveur des ouvriers cotonniers de son diocèse qui manquent de travail.

• 9. — À l'occasion de la fête de saint Jean l'Ëvangéliste, M^ de Mérode, proministre des armes, présente au Saint-Père l'étatmajor de l'armée pontificale , et prononce ces paroles :

« Bienheureux Père, c'est la troisième fois que j'ai l'honneur de dé-

décembre.] ÂUDIENGB ACCORDÉE PAR L£ PAP£ A M. ODO RUSSELL. 219

poser aux pieds de Votre Sainteté les hommages de l'armée pontificale, représentée ici par ses officiers. Si cette armée éprouve en ce moment un regret^ c'est celui de n'avoir pu rendre, dans les circonstances actuelles, de plus grands services à votre cause. Cependant, chaque fois qu'il lui a été donné de braver un péril ou des fatigues, elle ne s'est point épargnée et a donné des preuves de son courage et de son ardeur, estimant comme la plus haute fortune qui lui pût arriver, de donner son sang et sa vie pour le Saint-Siège. Plusieurs soldats de Votre Sainteté ont eu à subir de grossières injures, d'autres ont souffert un injuste et inique emprisonnement, et partout ils ont montré leur fidélité et leur amour envers votre personne sacrée. J'implore donc la bénédiction apostolique de Votre Sainteté sur l'armée, sur les officiers présents et sur les absents, dont le cœur est à vos pieds. »

Le Saint*Père répond : « La voix me fait défaut aujourd'hui, « et je ne puis vous répondre; mais j'ai toujours mon bras pour (( vous bénir, b

— Audience accordée par le pape à M. Odo RusselJ. — L'Angleterre désirait vivement Tabandon de Rome par les troupes françaises et réloignement du souverain Pontife de sa capitale. Dès le 31 octobre, lord Russell, ministre des affaires étrangères, avait fait dire par lord Cowley, ambassadeur d'Angleterre à Paris : « Tout en rendant hommage aux vues élevées qui ont inspiré à « l'empereur le dessein de réconcilier le Pape avec l'Italie, il (lord «Russell) ne partage pas l'espérance que Sa Majesté y rattache; « il considère comme une solution à la fois équitable et pratique (I de laisser dès à présent Rome aux Romains. » Dans une dépêche adressée de Compiègne, le 25 novembre, au chargé d'affaires de France à Londres, le marquis de Cadore, M. Drouyn de Lhuys fit ainsi connaître sa réponse à lord Cowley :

0 Rien , dans notre attitude ou dans nos actes, n'a pu faire supposer au cabinet de Londres que nos intentions ne soient pas toujours de mettre fin à l'occupation de Rome, dès que nous croirions pouvoir le faire sans nuire aux intérêts qui nous sont confiés. L'Angleterre ne désire pas plus sincèrement que nous de voir approcher le terme de notre intervention. En efiet, quelle satisfaction autre que celle de l'accomplissement d'un devoir vient compenser nos sacrifices? Quel avantage particulier avons-nous pu en recueillir , si ce n'est l'honneur de rester fidèles à la mission qui nous est échue? Quel intérêt légitime pourrait prendre ombrage d'une politique dont l'unique but est d'aplanir les difficultés qui nous maintiennent à Rome et d'y rendre la présence de nos troupes désormais inutile ?

« Je n'ai pas, au reste, caché à M. l'ambassadeur d'Angleterre com-

220 ANNALES EGGLÉSUSTiQCES. [1862

bien le plan suggéré dans la dépêche de lord Russell est loin d'offrir les garanties dont nous nous croyons obligés d'entourer la situation du Saint-Siège avant de quitter Rome. Nous nous inclinons, nous aussi, devant Tautorité du principe de non-intervention ; les maximes de TAngleterre sont les nôtres; nous comprenons de la môme manière le respect dû à la souveraineté nationale. Le gouvernement de l'Empereur en tire son origine, et le souverain qui a si noblement embrassé la cause de l'indépendance de la Péninsule ne saurait assurément être soupçonné de vouloir méconnaître sur un point quelconque de Tltalie les droits d'un peuple italien. Mais l'état de choses sur lequel nous raisonnons ne ressemble à aucun autre, et les règles ordinaires du droit public n'y sont pas applicables. Si notre position est exceptionnelle sous tous les rapports, certainement celle du Pape à l'égard de ses sujets ne l'est pas moins.

« Lorsque toute autorité se maintenait, en quelque sorte, par son propre prestige, les forces matérielles du gouvernement pontifical suffisaient à assurer la tranquillité et la paix dans les États-Romains ; mais le Saint-Siège a subi dans l'ordre temporel le sort réservé de nos jours aux autres gouvernements, et, n'étant pas comme eux, par sa nature et son organisation, en état de proportionner ses moyens de défense à ces dangers, il a plus souffert qu'aucun autre de ces épreuves. A ces causes générales de faiblesse sont venus se Joindre des désastres récents provoqués par le conflit des intérêts en Italie, et le gouvernement du Saint-Père est aujourd'hui plus que jamais un pouvoir désarmé.

« Si les Romains se trouvaient dans un pareil moment appelés à décider de l'existence de ce pouvoir, l'expérience ne s'accomplirait pas dans des conditions propres à la rendre sincère, et il est trop facile de prévoir quel en serait le résultat.

« Ce dénoûment d'une longue crise pourrait-il être considéré comme une solution ? Ne serait-ce pas plutôt l'origine de difficultés nouvelles, non-seulement pour l'Italie, mais pour tous les gouvernements 7 Depuis quatorze ans, la question romaine est chez nous une préoccupation pour les consciences. Elle n'a agité qu'un seul instant les esprits en Angleterre, et le cabinet anglais a été à même de juger, par une récente expérience, des embarras qu'elle peut causer dans le monde entier, si elle n'aboutit pas à des arrangements propres à assurer l'indépendance du gouvernement de l'Église et la paix religieuse.

« Est-ce à dirff que la situation des Romains, au milieu des grands intérêts au sort desquels leur propre destinée est attachée, ne nous semble pas mériter une attention bienveillante ? Nous sommes loin de le penser, le cabinet de Londres le sait. Les efforts que le gouvernement de l'Empereur a faits à plusieurs reprises, et auxquels il n'a point renoncé, pour provoquer toutes les améliorations administratives en rapport avec les besoins du temps, sont la preuve de la constante sollicitude de Sa Majesté pour les sujets aussi bien que pour le souverain. Oui, sans doute, le vœu des Romains en faveur des réformes rencontre

décembre.] AUDIENCE ACCORDÉE PAR LE PAPE A M. ODO RUSSELL. 221

des délais et des ajournements; mais Rome n'est pas le seul pays où de pareils retards répondent à des démarches analogues. 11 existe certainement des contrées où les souffrances des populations sont plus réelles et plus dignes encore de la sympathie des puissances chrétiennes. En s'associant à cet égard^ dans toutes les circonstances graves, aux préoccupations des grandes cours, le gouvernement anglais n'a-t-il pas toujours pensé cependant que le degré de pression à exercer devait demeurer subordonné aux nécessités supérieures de Tordre européen et de la paix générale ?

« Mon intention n'est pas d'en faire un reproche au cabinet de Lon- « dres, ai-Je dit à lord Gowley en terminant; nous lui demandons seule lement de tenir compte de notre position , quand nous-mêmes « nous invoquons ici des considérations semblables. Pourquoi^ d*ail- V leurs, les deux puissances ouvriraient-elles une controverse sur « la question romaine ? Pourquoi rechercheraient-elles un débat sans (f utilité pratique, qui n'aurait pour effet que de provoquer la manifes- « tation publique d'un dissentiment, alors que tant de grands intérêts <x se recommandent à leur attention sur tous les points du globe et a leur conseillent de maintenir entière l'harmonie de leurs rapports ? »

Repoussée par le gouvernement français, la diplomatie anglaise se retourna du côté du Pape, et tâcha d'obtenir par la ruse et par des assurances de bienveillance ce qu'elle désespérait d'obtenir autrement. C'était le but de l'audience demandée au Pape par M. Odo Russell. Cette démarche avait du reste été précédée de plusieurs autres, et, dès le 20 décembre, M. Drouyn de Lhuys écrivait au prince de la Tour d'Auvergne :

.. « J'ai su par voie indirecte que M. Odo Russell, étant reçu par le Pape, aurait donné à Sa Sainteté, au nom du comte Russell, le conseil de quitter l'Italie, ajoutant qu'en pareil cas le gouvernement de Sa Majesté britannique lui offrirait volontiers Tîle de Malte pour y résider ; que les vaisseaux anglais seraient à sa disposition, et qu'enfin le Pape pourrait compter sur Tempressement de l'Angleterre à lui assurer, dans l'asile qu'il aurait accepté, toutes les conditions d'un établissement digne de lui. Ces propositions auraient été faites dans une forme officielle, adoptée pour la première fois dans les rapports que M. Odo Russell entretient avec le Saint-Siège.

« Mk^ Ghigi étant venu me voir, Je lui ai dit, en faisant allusion & ce qui précède, que j'avais appris que nous avions de nouveaux auxiliaires et des concurrents dans la protection que nous donnions au Saiot-Siége. M. le Nonce m'ayant confirmé l'information qui m'avait été donnée, j'ai ajouté, en évitant de prendre la chose plus au sérieux qu'il ne fallait, que nous espérions bien que, si le Pape, ce qu'à Dieu ne plaise, était obligé de quitter l'Italie, Sa Sainteté nous accorderait la préférence sur l'Angleterre et que nous la lui demanderions. »

222 ANNALES EGGLÉSIASTiQnES. [1862

Le ton badin et ironique de celte dépêche montre quel cas le gouvernement français faisait des démarches britanniques, et il avait bien raison de les mépriser, puisque le gouvernement pontifical n'y attachait pas la moindre importance. Cependant, il n'est pas invraisemblable que ces intrigues aient contribué à l'affermir dans sa bonne volonté pour le Saint-Siège. Il devenait clair, dès lors, que, si laFrance abandonnait le Pape, d'autres puissances viendraient à son secours, et que les puissances protectrices ellesmêmes feraient des efforts pour avoir chez elles l'auguste exilé, dont la présence seule serait une force pour elles. Quoi qu'il en soit, le prince de la Tour d'Auvergne rendit compte de tout cet incident comme il suit, dans une dépêche du 27 décembre :

« Monsieur le Ministre, écrivit-il, je m'empresse de vous transmettre les informations que j'ai recueillies et que j'ai lieu de croire exactes concernant la proposition récemment faîte au Saint-Siège par lord John Russell, et mettre l'Ile de Malte à la disposition du Pape pour le cas où, ainsi que le lui conseillait TAngleterre^ il consentirait à abandonner Rome à l'Italie.

« Dans le courant de Fété^ M. Odo Russell^ qui se disposait à prendre un congés sollicita une audience du Pape. M. Russell, admis à l'audience , plaida comme d'habitude , mais dans des termes très-convenables^ la cause de l'unité italienne, pour le succès de laquelle, dit-il, son gouvernement faisait les vœux les plus ardents. Au moment où il prenait congé de Sa Sainteté, lorsqu'il était déjà sur le seuil du cabinet occupé par elle, le Saint-Père lui adressa^ sans y attacher, parait-il, la moindre importance, ces paroles : « Adieu, cher monsieur Russell; « qui sait si un jour je ne serai pas forcé d'aller vous demander l'hospi- « talité? » A ces mots, M. Russell rentra immédiatement dans le cabinet du Saint-Père et lui demanda si en effet il craignait d'être obligé de quitter Rome, et si, dans ce cas, il serait réellement disposé à venir en Angleterre. Le Pape rassura bien vite M. Russell, en ajoutant qu'il ignorait les épreuves que la Providence lui réservait, mais que, pour le moment, il n'avait aucune appréhension et ne songeait nullement à~ s'éloigner de Rome. M. Odo Russell, qui sans doute rendit compte de cette conversation à son gouvernement, en lui donnant peut-être plus d'importance qu'elle n'en avait réellement, fut bientôt, assure-t-on, appelé à Londres par le télégraphe.

« A son retour à Rome, au mois de novembre dernier, M. Odo Russell se rendit chez le cardinal Antonelli et lui remit une note dans laquelle lord John Russell, après avoir soutenu la cause de l'unité italienne et le droit de l'Italie de posséder Rome, conseillaiit au Pape d'abandonner la Ville éternelle, et annonçait que, dans Je cas où le Saint-Père serait disposé à suivre ce conseil, la flotte anglaise de la Méditerranée se tiendrait à ses ordres pour le transporter soit en

décembre.} MORT DE S. É. LE CARDINAL MORLOT. ^23

France, soit en Espagne, soit à Malte, où un palais serait mis à sa dis* position et où il pourrait attendre librement que l'Italie se fût prononcée relativement à sa souveraineté. H. Odo Russell, en remettant au secrétaire d'État de Sa Sainteté la note de son gouvernement^ l'autorisa à en faire confidentiellement Tusage qu'il croirait convenable. Le Cardinal s'empressa de lui répondre qu'il n'avait à en faire aucun usage, attendu que le Saint-Père ne songeait pas le moins du monde à quitter Rome. L'intention de Son Eminence était même, assure-t-on, de garder à ce sujet un silence complet, pour ne pas donner à la démarche de M. Odo Russell une importance qu'elle ne devait pas avoir; mais on ne tarda pas à apprendre au Vatican que M. Odo Russell en avait parlé lui-môme avec l'un des envoyés diplomatiques accrédités auprès du Saint-Siège. Les choses en restèrent là cependant| et le cardinal Ântonelli considérait l'incident comme fini, lorsque, d'après ce qui m'a été dit, M. Odo Russell se serait présenté de nouveau chez Son Eminence à l'occasion des fêtes de Noël et l'aurait informée qu'il venait de recevoir une lettre particulière de lord Russell, dans laquelle ce ministre exprimait son vif regret de voir que le Pape n'était pas disposé pour le moment à accepter ses propositions, en ajoutant qu'il avait des raisons de croire que Sa Sainteté se trouverait trèsprochainement dans la nécessité d'en profiter. Le cardinal Antonelli se serait abstenu de faire à cette nouvelle communication aucune réponse. »

L'affaire en resta là pour le moment.

%9. — Mort de S. E. le cardinal Morlot, archevêque de Paris.

M*' François-Nicolas-Madeleine Morlot, archevêque de Paris, Cardinal du titre des Saints Nérée et Achillée, primicier du chapitre impérial de Saint-Denis, grand-aumônier, membre du conseil privé et du conseil de régence, sénateur, grand-officier de la Légion d'honneur, était né à Langres, le 28 décembre 1795, de parents pauvres, mais chrétiens, qui eurent le bonheur de pouvoir lui donner une bonne éducation. Au collège, il se distingua par sa piété, par son travail et par ses succès. Décidé à suivre la vocation qui l'appelait à l'état ecclésiastique, il dut, en attendant l'Age requis pour entrer dans les ordres sacrés, se livrer à l'ensei* gnement, et entra comme précepteur dans la famille de Saint- Seine. Ordonné prêtre, il devint, à trente ans, vicaire-général du diocèse de Dijon ; les difficultés soulevées, au commencement du gouvernement de Juillet, par la nomination de M^' Rey, le montrèrent dévoué aux intérêts de l'Église et fidèle avant tout à son devoir. Sa conduite ferme et prudente, en cette occasion, attira sur lui l'attention du Gouvernement même dont il combat-

tait les prétentions. Aussi l'abbé Morlot fut-il nommé évéque d'Orléans en 1839. — Les qualités d'administrateur et le zèle qu'U déploya sur le siège d'Orléans engagèrent Louis-Philippe à le nommer au siège archiépiscopal de Tours en 1843. Deux grands faits signalèrent le passage de M^' Morlot sur ce siège important : le rétablissement de la liturgie romaine, et le dévouement dont il fit preuve pendant les désastreuses inondations de la Loire. C'est alors que l'Empereur eut l'occasion d'apprécier les éminentes qualités du prélat. Après le coup fatal qui enleva M^' Sibour, le 3 janvier 1857, l'Empereur se souvint de M^' Morlot, et le nomma archevêque de Paris. — M*' Morlot, efTrayé de la responsabilité dont on voulait le charger, était prêt à refuser ; il se trouvait alors à Rome; après avoir consulté le Saint-Père, il se décida à accepter la redoutable charge qui lui était offerte. Préconisé dans le consistoire du 19 mars, il prit possession de son siège le 25 avril de la môme année. Les rapports entre Rome et Paris étaient encore excellents. La grande aumônerie fut rétablie, et M^ Morlot nommé grand aumônier et primicier du chapitre impérial de Saint-Denis. Le conseil privé ayant été institué après l'attentat d'Orsini, M^' Morlot en fut nommé membre; il était déjà sénateur de droit, depuis 1853, en sa qualité de cardinal. Les événements qui se sont succédé depuis 1859 rendirent la position du cardinal Morlot de plus en plus difficile et délicate. Son caractère le portait à éviter tout ce qui pouvait le mettre en évidence, à épuiser tous les moyens de conciliation; mais, incapable de transiger avec le devoir, il agissait sans crainte, aussitôt que la voix de la conscience se faisait entendre. Les catholiques se souviendront que, dès 1859, il réclamait avec énergie le respect des droits temporels du souverain Pontife; qu'après l'invasion des Marches et de l'Ombrie, une des premières Adresses envoyées à Sa Sainteté fut celle du clergé de Paris, rédigée au grand-séminaire de Saint-Sulpice, sous la présidence du Cardinal ; que l'un des premiers services funèbres pour les martyrs de Castelfidardo fut célébré à Notre-Dame par M^ Morlot, et que le Denier de saint Pierre fut promptement organisé dans le diocèse de Paris. En 186J , le Cardinal fit entendre dans le Sénat des paroles qui réjouirent les amis du Saint-Siège; il refusa de voter l'Adresse d'où l'on avait exclu l'amendement présenté par le général Gémeau, M. Le Verrier, l'amiral Romain-Desfossés^ le vicomte de Suleau et le duc de Padoue. Cette année même 1862, on dit que M^' Morlot, avant de partir pour Rome, déclara, dans une circonstance solennelle, qu'il n'oublierait jamais ses devoirs de cardinal, et qu'il offrit la dé-

décembre.] LES CONFÉDÉRÉS BATTENT LES FÉDÉRAUX. 225

mission de toutes ses charges, pour le cas où se présenteraient des éventualités que les espérances de la révolution faisaient alors redouter. Ces actes honoreront éternellement la mémoire du cardinal Morlot.

SI. — Bataille de Murfreesboro, dans le Tennessee. Les confédérés, commandés paf Braxton Bragg, battent les fédéraux, commandés par Rosenkranz. Quatre généraux périssent dans la bataille, cinq sont grièvement blessés. C'est avec cette sanglante affaire que se termine Tannée 1862.

Annales eccles, i5

«mmYtw.

I. — Son Exe. le Nonce offre en ces termes à l'Empereur des Français les vœux du corps diplomatique :

(( Sire, les membres du corps diplomatique prient Votre Majesté d'agréer l'hommage respectueux que j'ai l'honneur de vous offrir en leur nom, à l'occasion de la nouTelle année. Nous sommes heureux, Sire, toutes les fois qu'il nous est donné d'exprimer les vœux que nous formons pour le bonheur de Votre Majesté, pour celui de son auguste famille et pour la prospérité de la France. B

L'Empereur a répondu : a Les vœux que vous m'exprimez au « nom du corps diplomatique me touchent vivement. Je suis heu- <i reux, au renouvellement de l'année, de me voir entouré des rea présentants de toutes les puissances. Ils peuvent témoigner de « mon désir de ^vre avec elles dans des relations d'amitié si néc( cessaires à la sécurité du présent et de l'avenir, n

— A Rome, le général de Montebello se rend au Vatican avec les officiers de l'armée d'occupation, et présente ses félicitations au Saint-Père. La réponse de Pie IX fit la plus profonde impression sur les assistants. Elle était improvisée, et il en existe deux versions différentes, non pour le fond, mais pour la forme. Nous donnons ici celle qu'a publiée le journal le Monde^ reproduisant même les italicismes commis par le Saint-Père, qui s'exprimait en français; c'est celle qui parait la plus rapprochée de l'original, et qui donne presque toujours les termes mômes dont le Saint- Père s'est servi :

« Je suis bien sensible, mon général, dit Pie IX, aux vœux que vous m'adressez au nom de l'armée française que vous commandez si dignement. Je suis bien content aussi de saisir cette occasion de vous exprimer ma reconnaissance pour l'appui que vous prêtez à la défense des droits de TÉglise, qui sont les droits de la justice et de la vérité. L'armée française est glorieuse sur les champs de bataille pour sa

janvier.] RÉPONSE DE PIB IX AU GÉNÉRAL DE MONTBBELLO. 227

valeur; elle est glorieuse a^LSsi en temps de paix pour sa discipline ; mais permettes que je dise qu'elle doit être bien plus giorieuse pour la mission qu'elle remplit maintenant r celle de défendre le Vicaire de Jésus-Cbrist contre les effèrts^ de» révolutionnaires^ des impies, qui sont ennemis de la religion, ennemis^ ûb la justice, ennemis de Dteu. a Quand Dieu créa les océans, il voulut que leurs eaux ne dépassassent pas les limites qu'il leur avait tracées^ et il dit à ces eaux : Usque hue ventes, et non procèdes amplius, et hic confringes tumentes fiuctus tuo8, ÂÎDsi^ mes chers' enfants. Dieu se sert de votre bras pour empêcher ces impies de dépasser les limites qu'ils voudraient franchir afin de faire de Rome la capitale de je ne sais quel royaume : ces impies qui ont dépouillé TËglise de ses. biens, emprisonné tant de bons évêques, de prêtres, mis sur le pavé tant de religieuses qui meurent de faim* Mais ce n'est pas là leur but : ils voudraient s*emparer entièrement du domaine de l'Église et ôter au Saint-Père Tadministration temporelle, trop nécessaire pour l'exercice de la juridiction spirituelley et même détruire la religion catholique..»., s'ils le pouvaient l Tandis que de tous les côtés de la terre on fait tant d'efforts pour atteindre ce but sacrilège, vous êtes placés par la Providence à la défense de cette ville qu'on appelle justement la Ville éternelle, de cette ville embaumée du sang de tant de martyrs » (ici la voix du Pape est allée s'élevant graduellement jusq,u'au ton de la plus vive émotion), « de cette ville que Dieu, dans lesprimordes {commencements) du christianisme, a désignée pour la résidence du Vicaire de Jésus- Christ... et ce Vicaire de Jésus-Christ, c'est moi, moi qui maintenant vous parle. Et, quoique je sois indigne, j'ose vous dire que Dieu me donne rSspritde conseil, l'Esprit de sagesse et l'Esprit de fermeté pour combattre les adfersités oà les révolutÂonnairas m'ont placé. »

Après une pause, le Pape reprit :

a Je vous bénik avec une affection paternelle : je bénis vos parents, vos familles, vos amis ; je bénis la France, la Famille impériale, et d'ime manière spéciale le jeune garçon (le Saint-Père traduisait par cette douce et familière appellation le mot italien qu'il avait dans la pensée) qui m'est lié par des liens spirituels. — Je bénis le brave épiscopat et le clergé français si distingué. Je bénis tant de millions de catholiques qui prennent soin de moi et me secourent de leur piété, de leur dévouement au Saint-Siège. — Je bénis, enfin, les catholiques du monde entier, car ils sont mes fite comme moi je suis leur père »

Pie IX ajouta, par un monurement d'éloqtfenee apostolique admirable :

« ..-. Mais pourquoi ne pas bénir même les impies et les révolutionnaires?... Je me rappelle le fait d'un Saint de rAncian Testament, du patriarche Jacob, qui avait combattu toute la nuit, cum viro, avec

un homme mconnu. Quand le soleil apparut, il tU que c'était un ' ange; il se prosterna à terre et lui dit qu'il ne le laisserait pas avant

d'avoir reçu sa bénédiction, non relinquam te nisi benedixeris mihi

Prions donc le bon Dieu qu'il daigne les éclairer^ car ils ne savent pas qu'ils combattent contre les anges. »

L'émotion, ou plutôt la stupeur de l'assistance fut générale, lorsque Pie IX, faisant ce grand geste de la bénédiction pontificale, qui produit toujours une si profonde impression, termina en disant :

« J'élève donc mes bras et je prie le Père Tout-Puissant de vous bénir avec sa toute-puissance ; je vous bénis au nom du Fils, dont l'Église célèbre aujourd'hui le saint nom, le nom de Jésus, de Jésus devant lequel doivent fléchir le ciel, la terre et l'enfer, et au nom du Saint-Esprit, afin qu'il vous donne l'esprit de charité, i»

On comprend quelle impression durent faire ces paroles solennelles, parties de si haut, et s'adressant, en la personne de quelques officiers français, à la France, à l'Europe, à tout le monde catholique.

9. — Cent quatre-vingt-trois Évéques et supérieurs généraux d'ordres religieux avaient signé une demande adressée au Saint- Père pour obtenir l'extension de l'office de Notre-Dame du Bon- Pasteur à l'Église universelle (cet office avait été approuvé par Pie VII, en 1801, pour la Toscane). Pie IX a exaucé la demande seulement pour les diocèses dont les Évoques ont signé la supplique, et pour les congrégations religieuses dont les supérieurs généraux ont également signé. Les uns et les autres devront pourtant renouveler leur demande à la Sacrée-Congrégation des Rites. Voici le décret :

« Ad cultum in christiano Orbe augendum latiusque propagandum erga Beatissimam Virginem Mariam Divini Pastoris Matrem quamplnres diversarum nationum RR. Antistites quorum aliqui Cardinalitia etiam dignitate prœditi et Superiores nonnulli Ordioum Regularium, auspicatissima arrepta occasione sui in Urbem adventus quum superiori anoo solemnia Canonizationis peracta sunt; humillimîs precibus Sanctissimo Domino Nostro Pio Papœ IX supplicarunt ut officium proprium cum Missa Deiparœ Divini Pastoris Matris a sa. me. Pio Papa VII pro Etruria approbatum die 10 januarii 1801 ritu duplici majori extendere diguaretur ad universalem Ecclesiam. Sanctitas porro Sua référante subscripto Sacrorum Rituum Ck)ngregationis Secretario, quin preces admitteret uti propositœ fuerant, clementer annuit ut Décrète ejusdem Sacrorum Rituum Congregationis hoc ofQcium Deiparœ cum Missa extendatur ad Diœceses iilas et Regulares Pamilias

janvier.] LE CARDINAL PATRIZI ÉCRIT AU CARDINAL DE LYON. 229

quarum yel Ântistites vel Saperiores ptecibus subscripserunt, dummodo îterum expoaaDt Yota sua prœdictœ Gongregationi. Contrariis Don obstantibuB quibuscumque. Die 8 januarii 1863.

« G. Episcopus Portuen. et S. Rufinœ Gard. Pâtrizi, S. R. G. Prœfectus.

« D. Bariolini, 5. R, C. Secretarius, »

Il faut remonter aux premières années du dix-huitième siècle pour remarquer le culte public de la Vierge sous le titre du Bon- Pasteur. Un capucin espagnol, Isidore de SéYille,en 1703, propagea cette dévotion en Espagne. Mais le culte privé est beaucoup plus ancien : saint Pierre d'Alcantara, saint Jean de Dieu, le vénérable Jean de Gorvanni, la vénérable Marie de Jésus, terciaire franciscaine; Marie du Saint-Sacrement, religieuse Clarisse, et d'autres, obtinrent, dit-on, des grâces spéciales par la pratique de cette dévotion. Dès le siècle dernier, on trouve des congrégations sous le titre du Bon-Pasteur, non-seulement en Espagne et dans le Portugal, mais en Allemagne, en Italie et en Amérique.

lO. — Un décret impérial nomme au siège archiépiscopal de Paris M*' Darboy, évêque de Nancy.

!•. Ouverture de la session législative de France. L'Empereur dit, à propos de la question romaine : « Nos armes ont défendu « l'indépendance de l'Italie sans pactiser avec la révolution, sans « altérer au delà du champ de bataille les bonnes relations avec* «. nos adversaires d'un jour, sans abandonner le Saint-Père, « que notre honneur et nos engagements passés nous obligeaient 0 de soutenir. »

1 A. — Est remis à M. Drouyn de Lhuys, de la part du cardinal Antonelli, un mémoire qui fait connaître dans les plus grands détails tous les rouages de l'administration pontificale, et qui embrasse non-seulement les provinces restées sous la domination du Saint-Père, mais encore celles qui ont été annexées aux États du roi Victor-Emmanuel (1).

19. — Un nouveau ministère se forme en Espagne sous la présidence du maréchal O'Donnell.

•S. — Le cardinal Patrizi, préfet de la Sacrée-Congrégation des Rites, écrit au cardinal-archevêque de Lyon une lettre, Dum

1 Ce mémoire^ qui ne contient pas moins de 60 pages in-octavo, a été reproduit au commencement de V Annuaire catholique pour l'année 1862, par J. Chantrel*

2S0 ANNALES BGCLÉSUSTI9U€6. [t86S

sanctissimui^ relative à la question 4e la liturgie lyonnaise, et dans laquelle il Pexborteàbfttar le moment du retour à la liturgie romaine, malgré les oppositions qui sont faites à ce retomr.

94. — Le cardinal Oiaseppe Bofondi, président de la Congrégation du Cens, adresse un rapport à Pie IX sur les travaux de cette administration. Il résulte de ce rapport que le cadastre des États de l'Église est un des meilleurs de TEurope, etles chiflEres démontrent que la propriété est l<mi d'être, comme on le pense, immobilisée dans ces États.

•V. — Mort, à Paris, de H. Barfhe, premier président de la Cour des comptes, sénateur, membre de llnstitut, ancien pair de France, né à Narbonne en 1795. Ancien carbonaro, M. Barihe était revenu à la pratique de la religion, et s'était distingué dans les derniers temps par la courageuse défense du pouvoir temporel du Pape.

SO. — Mort de M" Bardou, évéque de Cahors.

lO. — Dans le Corps législatif; l'amendement suivant au projet d'adresse avait été présenté par MAL Jules Favre, Hénon, Darimon, £• Picard et OlUvier, et soutenu par M. Favre :

« Rome n'appartient pas pdcrs aux catholiques qu'aux Italiens ; elle appartient aux Romans. Notre occupation ne doit donc pas œntinoerf c'est le cas d'appliquer le principe de jion-<intervention, qui n'est autre chose que le respect de la souveraineté nationale^ seule base légitime des gouvernements.

« Les négociations poursuivies à Rome ne sont pas sérieuses et ne peuvent aboutir, puisque le pape déclare solenneUement que sa oonscienoe lui interdit toute concession, tant qu'on ne loi aura pas rends des provinces dont le gouvenaernent fran^^ais a toujours refusé de demander la restitution.

« II est hors de doute que l'indépendanoe du Saint-Siège doit être assurée; mais^ en cette matière, comme en toute autre, la liberté est la seule solution à la fois digne et pratique. La religion catholique ne doit pas redouter un régime sons lequ^ rÉglise, séparée de l'État, obtiendrait au même titre que toute autre croyance, à la place des concordats et des servitudes déguisées, la liberté dans les Bmites du droit commun. »

Voici les passages les plus remarquables de la réponse de M. Billault, ministre sans portefeuille :

février.] LA QUESTION ROMAlNf AU CORPS Lt€lSLATlP . 231

11 importe de poser la qoestion (fltalie oomoe éHe doit être posée dans cette Chambre, en mettant rar la prefunère ligne, non pas l'intéi'dt italien ou rjfivtérôt pontifical, mais Tintérât français. (Tirès-bien ! tvlsbienl) Ce qui fait la difficulté de eette içaeslion, ce «ont poéciséoMeof ces divers intérêts contraires en présence* il iant donner à chacun le degré d'iofportaBce fulil Min. avoir.

Le premier de ces Snténftls, le pins ancien, celui que des tuttes séculaires ont cberché à faire prévaloir, l'indépendance de l'U^die, a vaincu à MageoDta, à SoWerino. Cétait 'là, étidemmenft, wi hitérét français. La France Ta a^ecomm iielout temps.

A c6(é, il 7 CQ a un autre, séculaire aussi, riodépendanoe (de la «situation du Saint-Père. C'est ià ôgalemeut un intérêt Iraniçads au point de vne pflolitiqoe; car^ pour une niation profeodénvent catfaolîqiue, ilnd'^st pas indiffénent que le «chef ^ ta xelignon sut ind^ndanst ouesclaive* (Approbation.) S^îl était^ en effet, aux maîsis de. ses rivam tm de ses ennemis, il pourrait être pour elle J^iraèrument 4e difiienhés nrèdootables. Il 7 a donc là aussi pour la Fvance na intérêt ide pivemier ordre que la Franceu'a jamais méconnu non plos^

A nn antre point ide vue encone, tcei intérêt n'est pas meinn'paril^ pondérant pour elle. La France demaniâe au Gouvememeiit de forotéger ciiez èllelasèouriié, la propriété, tousks grands «droiis sociaux:; mais est-ce que rintérôt religieux n'en est pas un des plus ëminents 9 (Très-bien I très-bsen I) Est-ce qne la pnotodion -qui est réclamée pour les intérêts matériels ne dok pas l'Ôtse aussi pour les lutéarêts spiritirala? (Dionrelle apporoèation.) C'est (àùsic là une fnestion qui s'àmposeinm . devoir du Gou^^rneoment.

 côté de ces deux igvandsintéoêts, :il 7 en a iiniauire, c'est 4|ub les Italiens^ aifranchis piff nos armes, éfeabliâsent sur noiire froDÉàère une situation calme et que leur voisinage ne devienne pas pour nous une cause de trouble. Il 7 alà encore nn interdît français ; mais la France^ qui a versé tour à tour son sang pour Findépendance de l'Italie et pour le rétablissement du Pape sur son trône, estime que ce troisième iittérôt n^a pas pour elle une importance aussi pressante que les deux premiers. Comment les Itafiens^ «devienns Indépendants, organiserent'- Hs leur pays^Cest là, «ans deute, ^poiir nous une question oonsidérable, mois c'est )là vne 'question qni intéresse «-avant nous )oe peuple lui-même. L'indépendance de l'Italie pouvait revêtir deux formes : :oeile de la fédération ou celle de l'unité...

La question <pour nous se présen«e donc ainsi: 11 y ;a là en pi^ence deux inlérêts «contraires : l'un de premier >ovdre pour la Fï^ance/Ronve assurant IHndépeofdance du Saint-Pôre, et l'autre secoadaii^ poor nous, Rome «eapiftale 4ie l'Italie.

A-vant d^examiaer daofs quelle atesnre l'Intérdt framçaos nous commande d'aoeepter la question aânssi posée, 9e dirai que la Fiance ix% jamais permis à l'Italie d'espérer iRome. L'Emperear, en passant les Alpes, a voulu assurer l'indépendance des Italiens vis-à-vis de l'éiran-

ger ; mais quant à la manière dont Tltalie se composerait ensuite, les proclamations de l'Empereur^ qui ne le disaient pas, déclaraient au contraire énergiquement, en ce qui concerne le pouvoir temporel de la Papauté, que nous n'étions pas venus pour l'ébranler.

« Ainsi, dès le premier jour, nous annoncions que notre drapeau ne couvrirait que raffranchissement de l'Italie, que la situation pontificale serait maintenue. Ce que l'Empereur déclarait à la tête de ses armées, la diplomatie française le répétait et le consacrait à Zurich. L'Empereur le redisait en 1860, quand il écrivait au roi de Sardaigne que les droits du Saint-Siège devaient être respectés. Il le répétait en 1861, lorsqu'il écrivait que la reconnaissance du royaume d'Italie par la France n'aurait pas pour conséquence l'abandon de Rome.

Ainsi, il n'a jamais pu y avoir à cet égard aucune incertitude sur la politique du gouvernement français. Les paroles de l'Empereur, toutes les dépêches diplomatiques de son gouvernement, de 1860 à 1863, le redisaient, le confirmaient k chaque pas....

« Que l'Italie choisisse : elle a en trois ans obtenu des succès merveilleux; elle peut les contiauer. Les rameaux épars sont devenus un arbre qui s'épanouit sous les rayons de la liberté ; mais qu'elle y songe, le chêne met des siècles à conquérir sa force (très-bien 1 très-bien !), et letemps ne respecte que ce qu'il a fondé. (Nouvelle et bruyante approbation.)

Quant à l'Empereur, Messieurs, il continuera avec votre appui de travailler à concilier l'Italie et le Saint-Père, la liberté et la religion. Il 7 mettra autant et plus de persévérance que les autre» y mettent d'immobilité, convaincu que là est l'intérêt de Tltalie, l'intérêt du Saint-Père, l'intérêt de la foi; convaincu que c'est là le désir catholique et surtout le vœu de la France. (Très-bien 1 très-bien !)

(M. le ministre se rasseoit au milieu d'une triple salve d'applaudissements; une longue interruption succède à ce discours.)

Les auteur^ de l'amendement essayèrent encore de le soutenir, M. Emile Olivier, entre autres, mais la chambre ne tarda pas à demander la clôture de la discussion, et le paragraphe 6 de l'adresse, relatif à la question romaine, fut adopté dans les termes suivants :

« Le Corps Législatif vous approuve de tenir d'une main ferme la balance égale entre les grands intérêts qui s'agitent en Italie. Vous avez soutenu les Italiens sans pactiser avec la Révolution. Vous n'avez pas cessé de protéger l'indépendance du Saint-Père, en continuant de lui adresser de respectueux conseils. Persévérez, Sire, dans la même politique, qui a déjà produit un heureux apaisement dans les esprits et qui répond aux sentiments de la France catholique et libérdev »

février.] DÉPÊCHE DU CARDINAL ANTON ELU. 233

IS. — Allocution adressée par le Saint-Père aux prédicateurs du carême à Rome :

« Voilà la quatrième année qui commence depuis que nous avons TU fondre sur ritaiie Taffreux cataclysme qui a tout ébranlé^ tout bouleversé; je ne vous dirai pas que j*ai Tespérance d'une fin prochaine de nos malheurs, je vous diraique je n'aperçois môme pas l'aurore du retour de la paix et de la tranquillité.

« Une épouvantable diffusion des plus affreuses doctrines s'accomplit et marche avec une infernale activité; elle se produit par les mauvais livres, les mauvais journaux; elle s'annonce par la parole, par les mauvais exemples, par d'odieuses et lâches apostasies. Le scandale est partout, et tout cela est accompagné d'un luxe effréné, d'un besoin immense de plaisirs, de jouissances grossières et coupables, qui gagne toutes les classes, môme les plus humbles, les plus modestes, les plus pauvres.

« C'est à vous, organes de la parole évangélique, de combattre comme des apôtres, par votre zèle, par votre science, et surtout par vos vertus. Dans ces temps difficiles et calamiteux, ne vous laissez pas abattre ni décourager, car si nous n'apercevons pas môme l'aurore du retour de la paix et de la tranquillité, nous n'en avons pas moins pour nous les paroles de notre divin Maître, qui assure à son Église le plus admirable triomphe. La vie de l'Église, c'est le combat, c'est la lutte, c'est la persécution, c'est la victoire. »

14. — Le cardinal Antonelli envoie à M^ Chigi, nonce apostolique à Paris, une dépêche qui dément, en termes formels, des allégations relatives au Saint-Père, produites par les ministres britanniques devant le parlement. Le cardinal rétablit les faits dénaturés par les ministres anglais. Il constate que M. Odo Russell ne peut nier que ce soit sur ses propres instances qu'une audience lui a été accordée par le Pape ; que rien ne l'autorisait à croire que Sa Sainteté se réservait de réclamer l'hospitalité à l'Angleterre; qu'en fin au mois de décembre dernier, le neveu du comte Russell a essayé de reprendre la négociation en sous-œuvre pour déterminer Pie IX à chercher un refuge à Malte. — L'abus qu'on a fait à Londres, dans le parlement, des dépêches de M. Odo Russell, est trop patent pour qu'elles conservent aux yeux de l'Europe le moindre caractère officiel. — Afin de prévenir tout malentendu, le cardinal se voit forcé de décliner à l'avenir, avec M. Odo Russell, toute relation sortant d'un caractère purement privé.

IG. — Les Évoques de Portugal adressent au gouvernement des représentations contre un décret du 2 février qui porte atteinte à

234 ANMILES ECCLÉSIASTIQUES. [1863

rautorité de leors droits épiseopauzen ce qui concerDe kt nomination aux dignités et charges ecclésiastiques.

•S. — Présentation an parlement anglais, par le mmislre de l'intérieur, sir George Grey, d'un biU en faveur des droits religieux des catholiques détenus dans les prisons des comtés et des vitles et dont le nombre, d'après un recensement réceni, serait de B,371. Ce projet doit : 1^ imposer la tenue d'un registre de la religion de tous les prisonniers, registre qui pourra être consulté par chaque aumônier; â® disposer que les prisonniers catholiques seront exclusivement confiés aux soins religieux de leur prêtre (on sait que, d'après la loi aujourd'hui en vigueur, ils sont visités officiellement par le chapelain anglican, et qu'ils ne peuvent l'être par le prêtre catholique que lorsqu'ils en font la demande formelle, demande qui doit être renouvelée pour chaque visite) ; 9* permettre aux autorités locales de voter un salaire aux aumôniers catholiques. €e dernier point, malheureusement, aux termes du projet de loi, est laissé à la discrétion des magistrats. Sir George Bovc^er a demandé fort justement que ce salaire fût obligatoire dans tous les cas, sauf à être proportionné au nombre des prisonniers catholiques.

9B. — L'abbé Antoine Gûnther, professeur de philosophie à Vienne, meurt dans sa quatre-vingt-unième année. Un trèsgrand nombre de personnages et de jirélats autrichiens ont été ses élèves. La mise à l'index, en iâ56, de plusieurs de ses ouvrages les plus renommés , eut un grand retentissement; mais l'abbé GtïQther se soumît respectueusement aux décisions de Rome.

«f . — Décret de Benito Juarez, président de la république da Mexique, contre les congrégations religieuses :

Art. I*'. Les coosimunautés de éames religienses sont Boppiiaiées dans toute la république ;

Art. II. Les couvents où ces dames sont recluses aeront vidés, dans la huitaine qui suivra la publication de ce décret, dans chaque localité où il devra recevoir son exécution.

Art. III. Les bureaux du trésor désignés par le ministre des finances prendront possession de ces édifices et de tout ce qui s'y trouvera appartenant aux communautés religieuses^ et non aux reli^enses personnellement. Tout ce qae celles-ci auront à leur usage particulier leur sera laissé.

Art. IV. Ces édifices ne pourront être aliénés qu^en vertu d^n t>rdre spécial à chacun expédié par le ministre des finances, et qui sera né-

mm.J DÉCRET HBLATIF A LIXCQUATOB ROYAL. 236

cesBKiremeDt inséré dans l'acte de vente, sans quoi cet acte serait nul et de nulle valeur ; et l'oMcier pubKc qui contrevtendrait à cette formalité lerait à Jamais privé de sa charge, et serait, en outre, Teepeasable des suites de sa ceopalâe omisBÉon.

Art. y. Le Gouvernemeort remettra leurs dots à celles dee religieuses ^i ne l'auraient pas encore reçue, et Jusqu'à cette remise efTeotuée^ il pourvoira à leur entretien.

Art. VI. Les églises adjointes à ces couvents continueront à être destinées au culte catholique, du moins celles qui seront désignées parles gouverneurs respectifs.

Art. VII. Les dispositions du présent décret ne concernent pas leS; I^Sœurs de la Charité.

Art. VIIL Le ministre des finances est chargé de r-exécution du prêtent décret.

Palais du gouvernement fédéral, à Mexico, le 26 février 1863.

BSNKIO JOAREZ,

Al. C. Juan A. de la fcente, ministre des relations eztérieores et Gobemacion.

4. «- Le cardinal-^archevôque de BordeaAiz adresse au clergé de son diocèse «ne circulaire en faveur des viotimea de rinsurrection polonaise commencée au mois de janvier précédent, et qui occupe toute la diplomatie européenne.

5. — Décret (publié le 16 dans la Gazetie offidelk) relatif à Vexequatur royal et aux provisions ecclériagUquês venaat d-e Rome.

« VictoF*Emmamiél, par la grftee de Dieu et la volonté nationale, roi d'Italie.

« Vu les diverses Ion qui, dans les difEéreiiteBpniviQees du foyaume, règlent l'eiercice do droit isupr6med'eir0^atiir royal;

« Voulant resnener à runiformtlé, autant que le comportent les conditions «pédales desdites provinoes, l'exercice 'de .ce 'droit suprême de la puissance civile :

« Vu Tarlicle 18 du Statut;

« Après avoir pris l'avis du GouMil d'Ëtal et entendu le ccmseîl.des ministres;

a Sur la propesitioin de notre garde des sceaux, aiinietre eecrétaire d'État de grflce et justice et des cultes,

« Avons décrété et décrétons :

« Art. !•'• Toute provision ecclésiastique venant d'une autorité

236 ANNALES ECCLÉSIASTIQOES. [1863

non résidant dans le royaume, ne pourra recevoir de publicaiioo ou d'exécution extérieure, publique ou privée, si ce n'est après qu'elle aura été munie de notre assentiment, c'esl-à-dire de Vexequaiwr royale sous les peines portées par les lois de l'État contre les infracteurs.

« Art. 2. Tout fonctionnaire public auquel serait présentée une des provisions susdites qui ne serait point munie de l'exeguattir royal, devra la transmettre d'office au procureur général près la Cour d'appel da lieu où il se trouve, pour qu'il soit procédé conformément à la loi. Toute transgression d'un tel devoir donnera lieu à des mesures disciplinaires, sauf l'application des peines plus grandes mentionnées dans le précédent article.

« Art. 3. Quiconque voudra faire usage d'une provision venant d'une autorité ecclésiastique non résidant dans le royaume, devra la présenter en original à notre procureur général près la Cour d'appel du lieu où il veut la mettre à exécution, et demander par supplique expresse la concession de Yexequatur royal.

« Les provisions concernant les intérêts généraux de l'État ou de plusieurs provinces seront directement remises au ministère de grftce et justice et des cultes, par celui ou par ceux qui les auront reçues.

«Art. 4. Vexequatur pour les provisions relatives aux intérêts généraux de l'État ou de plusieurs provinces, sera accordé ou refusé par décret royal, sur la proposition du garde des sceaux, ministre de grftce et justice et des cultes, après avoir entendu le Conseil d'État*

« Dans tous les autres cas, la faculté d'accorder ou de refuser Yexequatur royal est déléguée à nos procureurs généraux près les Cours d'appel, selon le mode statué par le présent décret et par le règlement y annexé.

« Art. 5. 'Ils pourront donner Vexequatur sans avoir besoin d'en adresser rapport préalable au ministre de grftce et justice et des cultes et de faire appel à notre détermination royale, dans tous les cas non compris dans Tarticle suivant.

« Art. 6. Nos procureurs généraux devront avant de donner l'exequatur, adresser un rapport au Ministère^ avec leur avis motivé, et attendre la détermination supérieure quand il s'agira :

« 10 De dispense d'empêchement de mariage entre l'oncle et la nièce, entre grand-oncle et petite-nièce bu autres alliés collatéraux du second degré civil, à moins que l'obtention de la dispense n'ait été précédée de l'agrément royal, notifié par le Ministère au procureur général auquel il appartient de pourvoir;

« 2^ De dispenses matrimoniales prononçant la dissolution d'un mariage contracté et non consommé;

« 3<* De commutations de volontés de pieux donateurs, ou de dérogations aux lois de fondation, en tant qu'elles se rapportent à des charges ou matières spirituelles;

« 4<* De permission de profession monastique^ moyennant abréviation du temps du noviciat;

mars.] DÉCRET RELATIF A L'EXfiQOATUR ROYAL. 237

« 5<> De permission aux bénéficien ayant charge d^flsies de s'absenter de leur résidence pour plus de deux mois;

« a^ D'union et de division de bénéfices de toute natare, grands ou petits;

« 7*^ De nomination de coadjuteurs avec future succession, quel que soit le bénéfice^ grand ou petit, ou de nomination de simples coadjuteurs ou administrateurs, soit pour le spirituel^ soit pour le temporel^ môme sans droit de future succession pour lies grands bénéfices;

« 8^ D'imposer des pensions ou d'autres charges à des bénéfices de toute nature, môme en faveur de ceux qui en exercent le patronage;

« 9^ D'autoriser des contrats d'aliénation de biens ecclésiastiques d'une valeur de plus de 6,000 livres.

«Art. 7. Les procureurs généraux délégués pour donner l'exequa^vr royal, devront également adresser au ministère des cultes le rapport prescrit par l'article précédent, toutes les fois qu'ils seront d'avis que Vexequatur royal doit être refusé.

« Art. 8. Les susdits procureurs généraux auront la faculté de s'adresser au ministère des cultes pour avoir une décision supérieure dans les cas où ils rencontreraient quelque particularité ou circonstance qui leur paraîtrait digne d'ôtre soumise à l'attention du Ministère.

« Art. 9. Dans les provinces siciliennes, pour tout ce qui concerne les affaires monastiques, les provisions pontificales ou des généraux des Ordres religieux devront ôtre indistinctement présentées à notre juge de la royale légation monarchique et apostolique.

« Il renverra à ses procureurs généraux pour l'exécution, en les accompagnant de son avis motivé, les papiers qu'il jugera ôtre de leur compétence, en leur indiquant les clauses qui pourraient ôtre apportées à l'exécution dans l'intérêt de la police ecclésiastique spéciale à ces provinces, ainsi que des droits royaux de notre légation apostolique et de son tribunal ; et il transmettra au ministre de grAce et justice et des cultes, en les accompagnant également d'un rapport, les autres papiers qu'il jugera dignes d'une attention spéciale de la part du gouvernement.

Art. iO. Sont abrogées toutes les dispositions et coutumes précédentes, en tant qu'elles sont contraires au présent décret et au règlement y annexé, lequel est approuvé et sera signé par notre ministre garde des sceaux.

û Demeurent par conséquent révoquées toutes les délégations faites par les précédents décrets pour la concession de Vexequatur royal à d'autres autorités, et sont pareillement supprimées, dans les provinces où elles existent, les délégations spéciales qui auraient été constituées selon le besoin.

« Ordonnons que le présent décret, muni du sceau de l'État, soit inséré' dans le recueil officiel des lois et des décrets royaux d'Italie, man-

2t8 ANNALES ICCLCaïASniQIHfiS. [IMS

dant atout ceux qu'il appartient de febeenrer et de la faire observer. « Donné à Turin, le 5 mars i8ê3«

« Vicn>a*Eif lunuBL*

« PiSANELLI. »

#. — Le clergé de LiaJbonae envoie une adresse d'adbésioa au patriarche de Lisbonne et à l'évèque de Porto pour leur eeuragenae défense de l'Église. lyaotses adresses dans le même sens forent signées vers le même temps par d'aatres ecelésiastiques.

11. — Le gouvernement portugais ayant présenté un projet de loi contre les congrégations religieuses, les catholiques de Lisbonoe signent en grand nombre une protestation contre ce projet

>. — Consistoire dans lequel le Pape proclame cardinaux M*' Trevisanato, patriarche de Venise; M'^ de Luca, archevêque de Tarse et nonce à Vienne; If Bizzarri, archevêque de Philippes et secrétaire de la Sacrée-Congrégation des Évoques et Réguliers; M*' de laLastra y Cuesta, archevêque de SéviUe; dom Pitra, Bénédictin français; le P. 6uidi\ des Frères4^rêcheurs, et W Pen^ tini, doyen des clercsdelaR. Chambre apostolique. En même temps sont préconisés vingt-six archevêques ou évêques, parmi lesquels M*' Darboy, archevêque de Faris, et M** Allemand-Lavigerie,évêque de Nancy. Le Saint-Père prononce rAlIocution suivante, Omnibus notum :

Il n'est personne, vénérables Frères, qui ne sache combien^ en ces temps très-malheureux, l'infortunée Italie surtout, et, pour ainsi dire, le monde entier sont agités et tourmentés par la violence d'une rébdlion lamentable, au grand et à Jamais déplorable détriment de TÉglise catholique et de la société, à notre indicible douleur, à la vOtre et ft celle de tous les gens de bien. La république du Mexique a été désolée par ce funeste bouleversement^ au point qu'on y a vu notre sainte religion affligée et persécutée de la manière la plus douloureuse. Vivement préoccupé du salut de tout le troupeau du Seigneur, salut qui nous a été confié d'en haut par le Christ lui-même, nous avons consacré tous nos soins et toutes nos pensées à relever les fidèles de cette contrée de leurs ruines spirituelles et à procurer de plus en plus leur bonheur. Et comme, vénérables Frères, les évêques de la république mexicaine arrachés à leur propre bercail et contraints à Texil, s'élant presque tous réftrgiés dans notre auguste ville, nous ont représenté qu'une nouvelle circonseription des immenses diocèses mexicains est absolument nécessaire, nous avons jugé opportun d'acquiescer de très-grand cœur à des vœux et à. des prières si légîfimesw Bn conséquence, nous vous annonçons que les églises cathédrales de Mechoacan

mars.] VINGT-SIX ÉVÊQDES OU ARGHBYiQUBa SOM PRÉCONISÉS. 23»

et de Goadaluara ont été élevées par noua aa raog de métropoles» et que sept aoaveavx sièges épiBOopauxTÎeiinaat d'être érigés au Mexique. Deux de ces diocèses, Tuiaucingo et Queretaro, occupent un territoire détaché de Tarcfaidiocèse de Mexico;, deux, Yera-Ccur et ChiUqia, sont difitffaits dii diocèse de Puebla-de-los-Angdos ; deux autres, Zamora et LégioD, sent pris dans le diocèse de Mechoacau^ et celui de Zacateco, dans le territoire àe l'Église de Guedalaxara» Ainsî, le métropoUtaiu de Mexico aura pour sufBraganta les évéques de Puebla^ de Ghiapa, d'Oaxaco^ de Yucatau, de Yeni'-GruSy de Ghilapa et de Talancingo ; le métro» poi^un de Méchoacan, les éréfues de S. Luiz de Potosî, de Queretaro, de Légion et de Zamora ; le métropolitain de Guadalaxara, les éyéques de Dmraugo, de Linarès, de Sonera et de Zacateco. Nous ayons foiit pu« blfer les Lettres apostoliques déterminant les limites qn'auront doré^nayant les diocèses du Mexique, diocèses dbnt le nombre^ vous le voyez, se trouve notablement augmenté. C'est ainsi qu'en créant de nouveaux diocèses pendïint que les fauteurs de la rébellion travaillent de tout leur pouvoir à la ruine des intérêts sacrés de ces contrées, nous nous eiTorçons d'apporter les remèdes opportuns à tant et de si grands maux qui affligent les populations mexicaines, et de pourvoir avec sollicitude aux besoins religieux de cette République. Nous espérons que le Dieu riche en miséricorde daignera bénir ces efforts et nous accorder un heureux et consolant succès. Connaissant parfaitement la religion et le zèle épiscopal qui diistinguent tous ceux que nous avons préposés au gouvernement de ces diocèses, nous avons la confiance que ces prélats répondront à nos vœux en s'efforçant de remplir scrupuleusement toutes les obligations du ministère épiscopal, de pourvoir par tous les moyens possibles au bien spirituel des fidèles et de nous prêter leur concours pour régler les intérêts religieux de cette république.

La déplorable situation actuelle de la Pologne a ému aussi de pluv en plus la sollicitude pontificale dont nous n^avons cessé d'entourer ce royaume catholique. Nous avons cru^ entre autres mesures, opportun de pourvoir au veuvage de plusieurs Églises polonaises, dont quelques-unes, à notre profonde douleur, se trouvaient privées depuis longtemps de leur pasteur. Cest pourquoi, ainsi que vous venez de l'entendre^ nous avons préconisé les Évéques de Plock, d'Augustow et de Ghelm, ce dernier du rite vuthéne uni, et nommé des suffragantt aux titulaires des sièges de Yarsovie et de Ghelm, afin qu'embrasés du zèle sacerdotal ainsi que nos vénérables frères les autres Évéques de ce royaume et recherchant ce qui est scrupuleusement de Jésus-Christ, ils consacrent tout leur soin , tous leurs labeurs, tous leurs conseils et tous leurs effiurta à la stabilité, à la force et au progrès de la divine et salutaire foi du Christ , de sa religion et de sa doctrine, et à l'éloignement de tous les maux et désastres qui dans ces régions affligent l'Église catholique depuis si longtemps. Daigne le très-clément Père des miséricordes et Dieu de toute consolation se montrer propice aux très-humbles et très-ferventes prières que nous ne cessons de

240 ANNALES EGGLÉSIASTIQDES. [18G3

lui adresser nuit et Jour pour le triomphe et la tranquillité de sa sainte Église sur tous les points du globe et pour layraie prospérité et la vraie paix de tous les peuples.

A ce propos^ vénérables Frères^ nous vous annonçons avec une vive satisfaction que nous avons conclu avec les républiques de San-Salvador et de Nicaragua des concordats analogues à ceux que le Saint-Siège a déjà conclus avec les autres gouvernements de rAmérique centrale. Dans ces derniers actes, nous avons eu soin d'exiger et de statuer avant toute autre stipulation que notre très-sainte religion serait absolument la religion dominante et comme la religion propre de ces deux républiques. 11 a été également stipulé que les droits vénérables de l'Église catholique seraient maintenus dans leur intégrité et dans leur inviolabilité ; que les Évoques exerceraient leur ministère sacré avec une complète indépendance; qu'il serait pourvu avec un soin tout particulier à réducation du Jeune clergé ; que des séminaires seraient fondés ; que les ministres de la religion recevraient un traitement convenable ; que des Congrégations religieuses pourront être établies, outre celles qui existent présentement, et enfin que les Évoques et les fidèles de ces deux républiques auront la faculté de communiquer librement avec le Saint-Siège. Nous avons ordonné que ces concordats^déjà- munis de nos ratifications et de celles des présidents de San-Salvador et de Nicaragua, vous soient communiqués en même temps que les Lettres apostoliques qui les confirment, afin que vous en puissiez prendre pleine et entière connaissance.

Nous avons en outre Jugé à propos d'augmenter aujourd'hui le nombre des membres de votre ordre illustre, en y appelant plusieurs personnages distingués, recommandables par leur dévouement singulier à nous et au Saint-Siège, par leurs talents, par leur intégrité, par leur piété et par leur doctrine, qui ont rempli d'une manière éminente les charges qui leur avaient été confiées et dont nous espérons que le concours, comme le vôtre, nous sera utile dans le.gouvernement de l'Église en des temps si calamiteux.

19. — Consistoire dans lequel l'avocat consistorial Scaramucci plakle pour la seconde fois la cause de béatification de la Vénérable Christine, reine des Deux-Siciles. Puis sont nommés plusieurs évêques pour les Eglises du Mexique, entre autres, M*' de Labastida, archevêque de Mexico, et M'' Munguia, archevêque de Méchoacan.

•f . — Lettre adressée à M'^Félinski, archevêque de Varsovie, par M*' Majorczak, résident à Kielze, et administrateur, comme vicaire apostolique, de la partie du diocèse de Cracovie qui est soumise à la Russie. Cette lettre est un document à joindre aux actes du martyre de la Pologne catholique.

mars.] MORT DE MONSEIGEUR BAUDRY, ÉVÊQUE DE PÉRIGUEOX. 241

« MoDseignear,

« Je regarde comme un devoir de faire connaître à Votre Grandeur que le 28 février dernier, sous le n<^ 328, j*ai exposé à S. Exe. le chef du gouvernement civil du royaume^ et à la commission de l'instruction publique et des cultes, en demandant la protection de la loi, les tristes faits qui suivent :

(f i^ Après rincendie de la ville de Miechow, qui eut lieu le 17 février, tout étant tranquille depuis plusieurs jours^ on ne pouvait encore célébrer la messe, à cause delà défense et des menaces faîtes par les troupes, quoique les paroissiens désirassent vivement Touverture de leur église et la célébration des offices divins.

« 2<* Le 24 février, après le combat de Malogoszcz et Tincendie de cette ville, un détachement de soldats a attaqué le presbytère de Tendroit. 11 s*y trouvait un seul prêtre, l'abbé Stanislas Michœlski, vieillard de soixante- treize ans, n'exerçant plus les fonctions pastorales, à cause de son âge et de ses infirmités ; lessoldatslui firentquatre blessures^ par suite desquelles il mourut le 26 du même mois. Le presbytère fut entièrement dévasté, et les bâtiments qui en dépendaient furent brûlés.

« Le 24 mars, sous le no 447, j'ai adressé à la commission gouvernementale et au chef militaire de la province de Radom, en réclamant la protection de la loi, l'exposé des faits qui suivent :

« 30 Après la rencontre de Miechow, il fut interdit au clergé de rendre les derniers devoirs aux morts. Dans cette môme ville, la troupe s'empara de tout l'avoir du curé pour se l'approprier. Elle prit son habitation et celle de ses vicaires pour en faire un quartier. De plus^ elle établit un campement autour de l'église et dans le cimetière, ce qui fut cause que des profanations de tout genre souillèrent le lieu saint* D'ailleurs, l'église se trouvant ainsi cernée par les soldats^ l'accès en était fermé au peuple, qui est resté dans l'impossibilité d'approcher des sacrements. Le curé ne pouvant avoir près de lui ses vicaires, qui n'avaient plus où se loger, ne suffisait pas à porter secours aux blessés de l'hôpital et de la ville, dont le nombre montait à près de six cents ; d'autant plus qu'il est lui-môme réduit aif dénûment le plus complet, et qu'il a perdu ses deux serviteurs, dont l'un a été tué par la troupe, et l'autre est malade de plusieurs blessures qu'il a reçues. Le curé n'a pas môme de quoi pourvoir à ses premiers besoins.

(( 40 Enfin, le 18 mars, j'ai employé mon entremise auprès du grandduc Constantin en faveur des prêtres de ce diocèse qui sont en prison, MM. Gwiklinski, Bieronski et Wronski, pour demander leur élargissement. Jusqu'à présent je n'ai reçu aucune réponse à toutes mes demandes. »

•S. — Mort de M«* Baudry (Charles-Théodore), évoque de Périgueux, né le 1" novembre 1817, à la Turmelière, commune de Montigné (Maine-et-Loire), professeur de philosophie, de 1841 à

Annales ecciés, 1 6

1846, au grand sémiDaire de Nantes, que dirigeait alors M. de GoursoD^ puis successivement professeur de dogme et de morale au grand séminaire de Saint-Sulpiee, à Paris, ob M. de Gourson l'appela lorsqu'il devint supérieur de la Congrégation de Saint- Sulpice, enfin nommé au siège épiscopal de Périgueux en 1861.

SO. — Mort du cardinal Cosenza, archevêque de Gapoue, né à Naples le 20 février 1788, créé cardinal en 1850.

lO. — A Rome, mort du cardinal Barberini, né à Romele 22 octobre 1788, cardinal de la création de Léon XII, en 1826.

K — Promulgation du concordat conclu^ le 26 septembre 1862, entre le SaLinUSiége et la république de rÉqtiateur ;yo\ei la traduction de ce concordat.

PIE IX, PAPE

Entre nous et notre cher fils, homme illustre et honorable Gabriel- Garcia Moreno, président de la république de l'Equateur, a été conclue une convention concernant les affaires ecclésiastiques, et dont la teneur suit :

Au nom de la très-sainte et indivisible Trinité^

S. S. le souverain Pontife Pie IX et le président de la république de l'Equateur ont nommé pour leurs plénipotentiaires respectifs,

Sa Sainteté, Téminentissime Jacques Antonelli, cardinal de la sainte ' Église romaine, son secrétaire d'État ;

Et le président de la République, Don Ignace Ordognez, archidiacre de Téglise cathédrale de Concha, etc., ministre près le Saint-Siège;

Lesquels, après s'être réciproquement communiqué leurs pleins pouvoirs, sont convenus de ce qui suit :

Art. 1®'. La religion catlmlique, apostolique romaine continue d'être la religion de la république de TËquateur : elle y sera conservée à perpétuité dans son intégrité, avec tous les droits et toutes les prérogatives dont elle doit jouir d'après Tordre établi de Dieu et d'après les prescriptions canoniques. En conséquence, on ne pourra jamais permettre, dans la République, l'exercice d'aucun culte, ni l'existence d'aucune société qui auraient été condamnés par l'Église.

Art. 2. Dans tous les diocèses existant présentement ou qui pourraient être érigés à l'avenir, il devra exister un séminaire diocésain dont le gouvernement, le régime et l'administration appartiendront uniquement en toute liberté aux Ordinaires diocésains, selon les décrets du Concile de Trente et les autres lois canoniques. Les recteurs, professeurs, et en général tous ceux qui sont revêtus de quelque charge, soit

avril.] CONCORDAT AVEC LA RÉPUBLIQUE m L'ÉQCATEUR. 243

pour renfleigoentent, soit pour la direction, seront libroment choisÎB on reavoyéB par ces mâmes Ordinairos.

Art. 3. L'éducation de la jeunesse dans les uniYersilés, tolléges, facultés, écoles tant publiques que privées, sera entièrement conforme .à La religion catholique. Les Évèques auront seuls le droit de désigner les livres et les textes doat on devra faire usage pour Teuâeignemeat des sciences ecclésiastiques et de celles qui intéressent la rdiigion et les mœurs. De plus, les Évoques et les autres Ordinaires «serceront avec une pleine liberté le droit qui leur appartient de proscrire les livres contraires à la religion et aux bonnes moeurs. Le Gouvernement enfin prendra toutes les mesures que lui suggérera sa vigilance pour empêcher l'introduction de pareils livres dans la République.

Art. 4. Les Évèques, suivant les devoirs de leur miniatàre pastoral, auront soin qu'on n'enseigne aucune doctrine qui soit contraire à la religion catholique ou à l'hoanôteté des moeurs. En conséquence, il ne sera permis à personne d'enseigner, soit dans une institution publique, £0Ît dans un établissement privé, la théologie, le catéchisme ou toute science religieuse, sans avoir auparavant obtenu Tautoiùsation de l'Évéque diocésain, qui pourra la retirer quand il le jugera convenable» Quant à ce qui regarde i'eiamen des professeurs des écotes primaîjres, l'Ëvéque diocésain désignera un délégué chargé de s'enquérir de la doctrine religieuse et des mœurs du candidat, et celui-ci ne pourra entrer en fonctions sans l'approbation de ce môme Évéque diocésain.

Art. 5. Le Pontife ronuin ayant de droit divin la primante dlbonneur et de juridiction dans TÉglise universelle, les Évoques, te clergé et le peuple communiqueront librement avec le Siéige apostolique. ^uUe autorité civile ne pourra mettre obstacle en quelqne façon que ce aoit à cette libre et pleine conununication, ni forcer les Ëvôques, le clergé et le peuple de s'adresser an Gouvernement pour correspondre, selon que besoin sera, avec le Saint-Siège, ni sofxmeÉire les lettres apostoliques et les rescrits de ce môme Siège au visa du gouvernemeat, appelé exequatur»

ArL 6. Les Ordinaires gouverneront leurs diocèses en toute liberté; ils pourront convoquer, célébrer des syiodes pnoviocÎAua: ou dkH césains, et exercer en général tous les droits qui leur appartiiennent, en vectu de leur ministère sacré, sans qu'on s'oppose à l'exécution des n^ures qu'ils auront prises. Et même le gouvernement de l'Equateur accordera son puissant patronage et son haut appui aux Évoques qui y auront recours, surtout s'il s'agit de résister aux mauvais desseins des impies qui voudraient pervertir les sentiments dea fidèles ou corrompre leurs mœurs.

Art. 7. Sont abolis les appels des sentences de rOrdinaire au pouvoir laïque (ce que, dans le langage habituel, ob nomme des reour^as ^ fueria)» Et quant aux mandements ou seniencas émanés des juges ecclésiastiques ordinaires, on ne pourra en appeler qu'aux tribuiULUx ecclésiastiques supérieurs ou au Saint-Siège, selon Ja règle établie par

244 ANNALES EGGLÉSIASTIQOES. [1863

le bref Exposcit du Pontife Grégoire XIII, et en se conformant aux prescriptions canoniques et aux règles relatives aux causes matrimoniales édictées par Benoit XIV dans la constitution Dei miseroHone, On pourra aussi déférer ces jugements anxdits supérieurs pour cause de nullité ou de grief. Les juges ecclésiastiques prononceront leurs sentences sans les soumettre auparavant à l'assentiment d'assesseurs Isûfques^ qu'ils pourront néanmoins consulter s'ils le jugent opportun. Les ecclésiastiques patrons (ou licenciés en droit) pourront faire office d'assesseurs dans ces sortes de jugements.

Art. 8. Toutes les causes ecclésiastiques et surtout les causes matrimoniales, ainsi que toutes celles qui concernent la foi^ les sacrements, les mœurs^ les fonctions saintes, les droits et les devoirs sacrés, tant sous le rapport de la personne que sous celui de la matière (à l'exception des causes majeures réservées au souverain Pontite d'après les prescriptions du saint Concile de Trente dans sa session XXIV, chap. v ^e Reformatione), seront déférées aux seuls tribunaux ecclésiastiques. On observera la môme règle dans- les causes qui concernent les ecclésiastiques^ soit pour leurs intérêts civils, soit pour des délits qui tombent sous le coup de la loi pénale. Dans tous les jugements qui seront rendus par les ecclésiastiques, le magistrat civil en assurera l'exécution, ainsi que l'infliction des peines édictées, par tous les moyens qui seront en son pouvoir.

Art. 9. Le Saint-Siège permet que les personnes et les biens des ecclésiastiques soient soumis aux impôts publics, de la môme façon que les personnes et les biens des autres citoyens de la République^ à la condition toutefois que l'autorité civile ait soin de s'entendre avec l'autorité ecclésiastique pour obtenir l'autorisation d'en venir aux moyens de coaction, quand ils seront nécessaires. Sont exemptés de ces impôts les séminaires, les biens et les choses dont la destination immédiate est d'entretenir le culte divin^ ainsi que les institutions de bienfaisance.

« Art. 10. Pour honorer la maison de Dieu, qui est le Roi des rois et le Maître des maîtres, l'immunité des temples sera respectée. Lorsque les exigences delà sécurité publique et de la justice le réclameront, le Saint-Siège consent que l'autorité ecclésiastique, les curés ou les supérieurs des réguliers accordent au Gouvernement, sur sa demande, Tautorisation de saisir ceux qui se seraient réfugiés dans des édifices consacrés.

« Art. il . Les revenus des dîmes étant destinés à l'entretien du culte divin et des ministres du Seigneur, le gouvernement de l'Equateur s'engage à conserver cette institution catholique, et le Saint-Siège consent à ce que le Gouvernement continue à percevoir le tiers des dîmes. Quant à la manière de percevoir et d'administrer les revenus des dîmes, la puissance ecclésiastique et la puissance civile s'entendront pour édicter un règlement convenable.

« Art. 12. En vertu du droit de patronage que le souverain Pontife

avril.] CONCORDAT AVEC LA REPUBLIQDE DE L'ÉQOATEUR. 24S

accorde au président de la république de TÊquateur, celui-ci pourra proposer pour les archevêchés et les évéchés des sujets qui soient dignes, selon les prescriptions des saints canons. En conséquence, aussitôt qu'un siège épiscopal viendra à vaquer, Tarchevéque recueillera les suffrage des autres évéques, afin de pourvoir à cette vacance. Si c'est un siège archiépiscopal qui vaque^ ce soin sera dévolu au plus ancien des évoques. Les suffrages ayant été recueillis, Tarchevéque ou le plus ancien des évéques présentera une liste d*au moins trois candidats au président de la République, qui choisira l'un des trois et le proposera au souverain Pontife, afin que Sa Sainteté lui donne l'institution canonique. Si, dans l'espace de six mois, les évoques, pour quelque cause que ce soit, n*ont pas présenté la susdite liste de can« didats, le Président proposera spontanément un évoque au Saint- Siège. Que si, dans l'espace de six mois, le Président n'a pas fait cette présentation, alors la nomination de l'évoque, selon le désir exprimé par le Président lui-même, appartiendra au Saint-Siège. Pour atteindre ce but, le Gouvernement, ou, à son défaut, l'autorité ecclésiastique^ auront soin de prévenir le Saint-Siège lorsque la période indiquée sera accomplie. Quant à ceux qui auront été proposés, ils ne pourront, sous aucun prétexte, s'immiscer dans le gouvernement ni dans l'administration des Églises, avant d'avoir obtenu des lettres apostoliques renfermant l'institution canonique. Lorsqu'il y aura lieu d'ériger de nouveaux sièges épiscopaUx, le président de la République, pour la première fois seulement, sera investi du droit d'initiative pour la proposition des évoques.

tf Art. 13. Sa Sainteté accorde également au président de la république de l'Equateur un induit qui lui permet de nommer de dignes ecclésiastiques aux prébendes des chapitres des cathédrales, dignités, canonicats ou portions, excepté la première dignité, qui sera réservée à la libre collation du Saint-Siège, excepté, en outre, les prébendes . qui, n'étant pas soumises à la loi du concours ou de l'examen, viendront à vaquer dans les mois de mars, de juin, de septembre et de décembre, lesquelles seront librement conférées par les évoques. Quant aux prébendes de docteur, de pénitencier et de maître, et autres qui sont soumises à la loi du concours, elles seront de même conférées librement parles évéques, mais seulement après que l'examen en aura eu lieu suivant les canons. Enfin, si quelque chapitre n'avait pas le nombre de membres indiqué dans les bulles d*érection du diocèse, l'évoque pourra immédiatement, ou dès qu'il existera des revenus suffisants, ériger les prébendes qui font défaut, lesquelles seront conférées suivant les règles énoncées dans cet article.

« Art. 14. Quant à ce qui concerne la collation des titres de paroisses, les Ordinaires présenteront au Gouvernement, en se conformant aux dispositions du Concile de Trente, trois dignes ecclésiastiques^ et le président, soit par lui-même, soit par ses délégués dans les provinces, élira un de ces trois ecclésiastiques. Que si, pour des raisons particu-

246 ANNALES ECGLÉSTASTIQDES. IX^^

Itères , le GoaTeroement désire qu'on lui propose trois autres ecclé* aÎMlifoesy l'Ordinaire pourra se conformer à ce vœu ; mais il est entendu que, dans aucun cas, cette seconde liste ne pourra être écartée. S'il devient nécessaire de diviser le territoire des paroisses, les évéques pourront opérer cette division en s'entendant avec les autorités civiles des lieux.

« Art. 1 5. A la vacaoce d'un siège épiscopal, lechafàtre élira un vicaire capîtulaire dans les lioaitcs de temps et suivant les formes prescrites par le saint Concile de Trente. L'élection ainsi faite ne pourra être annulée, et il est défendu de procéder à une nouvelle électioo, en dépit de toute coutume^ quelque antique qu'elle soit, qui serait contraire aux saints canons, laquelle coutume demeure absolument abolie.

«Art. 16. Le Saint-^iége, usant du droit qui lui est propre, érigera de nouveaux diocèses^ établira de nouvelles circonscriptions dans ceux qui existent déjà^ et, eu égard à l'étendue des diocèses actuels, s'empressera, aussitôt que la présente convention aura été ratifiée, de donner à un délégué spécial les pouvoirs nécessaires pour fixer, de concert avec les évéques et le gouvernement, les limites territoriales du diocèse, ainsi que la dotation et les autres revenus des églises, des évéques, des chapitres et des séminaires.

Art. 17. Est abrogé le décret dit exécutif en 28 mai 1836, touchant le rachat des cens imposés en faveur de l'Église ; mais le Saint-Siège, considérant le bien qui doit résulter de la présente convention, et mû par le désir de pourvoir à la tranquillité publique et de remédier aux maux causés à l'Ëtat par le transfert de ces cens à la caisse du Trésor national, cède aux prières réitérées du Président susnommé, et décide et déclare qoe> en aucun temps ni en aucune façon. Sa Sainteté ni les pontifes romains ses successeurs n'inquiéteront ceux qui, à partir de l'année 1836, ont opéré ou provoqué ces transferts, non plus que les possesseurs des fonds ainsi rachetés, ni ceux qui, à quelque titre que ce soit, auront succédé aux possesseurs de ces mêmes fonds.

Art. 18. Quant aux engagements contractés par le gouvernement vis-à-vis de ses créanciers par le fait des transferts susdits, le Saint- Slége consent que le gouvernement soit délié de toute obligation par le simple payement de la dixième partie tant du capital transféré au fise que des fruits qui ont été perçus. Pour assurer le payement de cette somme, le gouvernement, qui perçoit le tiers du produit des dîmes, assigne le quart de ce tiers, lequel quart sera déposé entre les mains des Ordinaires. Cette même somme sera partagée proportionnellement entre les créanciers légitimes, et les capitaux i^acés d'une manière également sûre dt avantageuse par les soins des Ordinaires, qui établiront dans ce but des règles, en s'entendant avec le délégué du Saint-Siège. Celm-d sera muni, par ce même Siège, de tous les pouvoirs nécessaires et convenables. A l'avenir, nul possesseur de biens soumis aux cens ne pourra translérer au fisc aucun capital reconnu, et, si l'on veut libérer son fonds des cens qui le grèvent,

avrir.] CONCORDAT AVEC LA RÉPUBLIQUE M L'ÉQUÂTECR. 247

il faudra s'adresser à l'autorité ecclésiastique et remettre les capitaux reconnus dans les mains de l'Ordinaire, lequel jouira de la faculté d*opérer, s'il en est besoin, une réduction sur ces mêmes capitaux en agissant avec prudence et équité, et en consultant, dans tous ïe cas, l'intérêt de l'Église.

Art. 19, L'Église jouira pleinement du droit qui lui appartient d'acquérir des biens à quelque tjtre légitime que ce soft : les biens qu'elle possède mainteoant ou qu'elle acquerra plus tard lui seront garantis inviolables par la loi. L'administration des biens ecclésiastiques sera déférée à ceux à qui elle revient d'apnfes les canons, et qui seuls recevront les comptes et veilleront avec soin à l'observation de toutes les règles économiques. Les biens de" fondation ecclésiastique de toute espèce qui sont affectés au service des bôpitaux et des autres établissements de bienfaisance, et qui présentement ne sont point adtoslnistrés par l'autorité ecclésiastique^ lui seront contés pour que cette même puissance ecclésiastique en fasse^ eooime il convient, l'inscription sans aucun retard* Quant aux fondations ecclésiastiques anciennes ou nouvelles^ elles ne pourront subir aucune suppression ni aucune réunion sans l'autorisation du Siège apostolique, sauf les privilèges accordés aux Évêques par le saint concile de Trente.

Art. 20. Indépendamment des ordres et des congrégations religieuses existant maintenant sur le territoire de la république de l'Equateur, les Ordinaires diocésains pourront librement et sans aucune exception admettre et instituer dans leurs diocèses respectifs de nouveaux ordres ou de nouveaux instituts approuvés par l'Église, en consultant les besoins des peuples. Le gouvernement prêtera son appui à l'établissement de pareilles œuvres.

Art. 21. Â la suite de l'office divin, on récitera dans toutes les églises de la République l'oraison suivante : Domine , salvam fac Rempublicam : Dominey salvum fac Prcesidem ejus.

Art. 22. Le gouvernement engage à favoriser de tout son pouvoir la propagation de la foi et la conversion des infidèles qui babitent sur le territoire de l'État; il s'engage à prêter son appui aux missions que la Congrégation de la Propagande établit pour atteindre ce louable but.

Art. 23. Tout ce qui concerne d'ailleurs les personnes et les biens ecclésiastiques, et dont il n'est pas fait mention dans les articles qui précèdent, sera réglé d'après la discipline canonique en vigueur dans l'Église et approuvée par le Saint-Siège.

Art. 24. En vertu de cette convention, toutes les lois et tous les décrets qui auraient été édictés dans la république de l'Equateur sous n'importe quel titre defneurent abrogés en tant qu'ils sont contraires à cette même convention, laquelle dorénavant sera admise à perpétuité dans a République comme loi de l'État. Gbacune des parties contractantes s'engage pour elle-même et pour ses successeurs à garder inviolablement tous les articles qui y sont contenus. S'il survenait quelque diffl-

culte, Sa SaiQteté et le présidentde TÉquateur s'entendraient pour la résoudre à l'amiable.

Art. 25. Les ratifications de la présente convention seront échangées dans l'espace d'un an, ou plus tôt si faire se peut.

%%. — Pie IX écrit au czar Alexandre II une lettre dans laquelle il plaide énergiquement la cause de la religion catholique en Pologne, et dit, en retraçant les souffrances endurées par les Polonais : a Sire, que les lamentations de cette nation qui ont « retenti dans toute l'Europe, et qui ont ému même les cœurs « indifférents à la religion, arrivent à votre trône et pénètrent dans a votre cœur magnanime. »

•4. — M. Pisanelli, ministre des cultes, envoie la circulaire suivante aux procureurs généraux, leur, enjoignant, ce qui n'a pas été suivi partout, de ne pas inquiéter le clergé des provinces méridionales à cause des prières pro rege qu'on fait ordinairement dans les fonctions de la Semaine Sainte. Voici cette circulaire :

a On a soulevé la question si l'omission du nom auguste du roi dans les prières et collectes que, suivant la liturgie catholique, on a coutume de réciter dans les fonctions du Vendredi Saint et dans le précone du Samedi Saint, constitue ou non un délit {reato) passible de punition aux termes des lois. Le gouvernement du roi, quelque jaloux qu'il soit de ses droits et des prérogatives de la Couronne, n'entend cependant pas empiéter sur les droits {invadere le ragioni) de l'autorité ecclésiastique en ce qui est de sa stricte compétence.

« Le soussigné est par conséquent dans le devoir de signifier à Votre SeigneurieAllustrissime que, d'après les dispositions qui régissent la liturgie catholique, il n'est pas d'habitude de proférer aucun nom dans les collectes, quand même ce serait le nom d'une personne constituée en dignité civile, sans le bon plaisir de l'autorité ecclésiastique suprême et sans un rescrit spécial de la Sacrée-Congrégation des Rites, ou sans qu'il résulte de ce bon plaisir ou du tacite acquiescement reconnu et admis par l'autorité ecclésiastique compétente. Or^ comme S. M. le Roi n'a pas demandé ce placet {beneplacito)^ qui n'a pas été concédé pour toutes les provinces du royaume^ on ne pourra faire un crime {impuiare a colpa) aux] ecclésiastiques de cette omission, sauf le cas où il serait positivement établi que cet acquiescement existe en vertu d'une coutume légitime.

« Il est à peine besoin d'ajouter que le cas d'omission est bien différent de celui où l'on oserait proférer dans ces prières des Doms de pouvoirs civils qui ont cessé et dont la reconnaissance serait en opposition avec le vœu national et l'intégrité du royaume.

tt PlSANELLI. n

mai.] OUVERTURE DE LÀ SESSION PARLEMENTAIRE A TURIN. 24

Mai.

5. — A Saint-Pétersbourg, mort de M«' Venceslas Gilinski, métropolitain des Églises catholiques romaines en Russie.

lit. — Fin tragique de Radamall, roi des Hovas, dans Ille de Madagascar, et dont les dispositions donnaient les plus heureuses espérances pour les missions catholiques de ce pays.

10. — Des décrets impériaux nomment M. Tabbé Dabert, vicaire général de Verviers, à Tévôché de Périgueux ; — M. Tabbé Lebreton, vicaire général honoraire de Saint-Brieuc, à Tévêché du Puy; — M. Tabbé Peschoud, vicaire général à Saint-Claude, à révôché de Cahors.

24. — Le Monde publie la réponse collective adressée par les archevêques de Cambrai, de Tours et de Rennes, et par les évoques de Metz, de Nantes, d'Orléans et de Chartres^ à ceux qui les avaient consultés sur la conduite à tenir par les catholiques dans les élections générales qui doivent avoir lieu prochainement. — Les évêques recommandent de prendre part au vote. « Deux intérêts «majeurs, disent-ils, sont en ce moment mêlés et subordonnés à c( la politique de la France : chez nous la liberté religieuse ; à Rome, c( rindépendance temporelle du chef de l'Église. » Et ils concluent : « 5i vous êtes écrivain, écrivez ; si vous êtes élu, parlez ; si « vous êtes électeur, votez. »

%h, — Ouverture de la session parlementaire à Turin. Le roi Victor-Emmanuel y prononce un discours où Pon remarque les passages suivants :

« Messieurs les sénateurs, Messieurs les députés^

« En ouvrant cette nouvelle session comme roi d'Italie, j'aime à vous remercier de ce que vous avez fait durant une période de plus de deux années. Vous avez affirmé les droits de la nation à son unité complète; ces droits, je saurai les maintenir dans leur intégrité.

« Vous veniez de commencer vos travaux parlementaires, lorsque la Providence nous enleva Thomme illustre qui m'a aidé si puissamment dans l'entreprise difficile de notre régénération. Toute l'Italie a partagé la douleur que j'en ai ressentie. La plupart des puissances ont reconnu le nouveau royaume. Notre voix se fera entendre parmi elles pour le triomphe de la justice et pour la défense des principes de liberté et de nationalité.

« Le mariage de ma fille, avec le roi de Portugal, en consacrant une

250 A!I?IALES ECCLÉSIAST1QCES. [IMS

alliance ntfle entre deux États libres, m'a prooTé, comme toujours^ que les joies de ma famille sont aussi celles de la nation^. »

« Consolider la liberté, avec le Statut pour base^ et par la liberté conquérir llndépendance et l'cnité complètes de la patrie: tel est le but auquel nous aTons consacré notre Tie. Pour Fatteindre, la concorde, la sagesse et l'énergie sont également nécessaîies. L'Italie a montré qu'elle possède au plus haut degré ces qualités. En perséférant dans lamémeToie, aucune force humaine ne pourra détruire l'édifice que nous avons élevé, et c'est avec une sécurité et une foi entières q«e je hâte de mes vœux l'heure de l'accomplissement des destinées de riUlie. m

S9. — A Rome, Fansti, Venanzî et Gumanelli,^ conYaincns da Êiitdeconspirationcontre le gouTcrment pontifical, sont condamnés à vingt ans de galères.

1. -* Bf.Ronland, ministre de rinstractîon publique et des cultes, adresse une lettre aux archevêques de Cambrai, de Tours et de Rennes, et aux érêques de Metz, de Nantes, d'Orléans et de Chartres, à roccasion de leur manifeste électoral. JQ y dit :

« Nos km ne permettent pas à sept évéques.de mettre en délibération conmiune les mémoires à consnller, recueillis dans leurs diocèses res*^ pectifs^et de former ainsi une espèce de concUe particulier qui usurpe le droit de distribuer dans les journaux des consultations politiques à tout l'empire français.... Le gouvernement est désormais fermement résoin à interdire la publication, par la vme de la presse, de toute délibération émanant d'évéques assemblés sans autorisation légale. »

4. — M^ Guibert, archevêque de Tours, répond à M. Bou* land, en protestant contre l'esprit de sa lettre, et en réservant tous ses droits d'évéque et de citoyen.

!•• — Entrée triomphale des Français à Mexico.

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