‹ Annales ecclesiastiques. 1846-66Chapitre 33 sur 52 · M.Rouher succède à M. Billault comme ministre d'État · texte numérisé non relu

M.Rouher succède à M. Billault comme ministre d'État

K — Mort de M*' Qianotti, évoque de Saluées, né à Turin le 17 janvier 1784.

4. — L'empereur Napoléon HI écrit aux souverains de l'Europe pour leur proposer un congrès. On sait que cette proposition n'aboutit pas.

ft. — Ouverture de la session législative de 1^64. L'empereur Napoléon, dans son discours, déclare que a les traités de 1815 ont cessé d'exister. »

!•. — Des difficultés commencent à se faire jour entre la régence de Mexico, établie en attendant l'arrivée de l'empereur Maximilien, et l'épiscopat mexicain, relativement aux rentes des biens ecclésiastiques qui ont été sécularisés.

256 ANNALES ECGLÉSUSTIQUES. [1863

14. — Lettre de Napoléon m à M»' Parisis, évoque d'Arras, pour le remercier de lui avoir adressé son ouvrage : Jésus-Christ est Dieu, dirigé contre la Vie de Jésus par H. Renan.

99. — Réponse de Pie IX à Napoléon m au sujet de la proposition de congrès qu'il a faite. Nous reproduisons la traduction donnée par le Moniteur, mais en la rectifiant par le texte italien de la lettre ; les rectifications se trouvent entre crochets, et le texte italien au bas de la page.

Majesté Impériale,

La pensée que Votre Majesté exprime de pouvoir établir sans secousse en Europe, et, plût à Dieu! autre part encore, avec le concours des souverains ou de leurs représentants, un système gui calme les esprits et ramène la paix, la tranquillité et Tordre dans les nombreuses contrées où malheureusement ces bienfaits se trouvent perdus, est un dessein qui honore grandement Votre Majesté, et qui, avec la coopération de tous, assistés de la grâce divine, produirait les meilleurs effets. C'est pourquoi, avec une disposition toute cordiale, nous nous associons à un aussi louable projet, et c*est avec empressement que nous pouvons d^s à présent assurer Votre Majesté que tout notre concours moral sera apporté au congrès, afin que les principes de la justice, aujourd'hui si méconnus et foulés aux pieds, soient rétablis à l'avantage de la société troublée ; que les droits violés soient admis, soient reconnus, pour être revendiqués en faveur de ceux qui ont eu à soufi'rir de leur violation, et surtout que Ton rétablisse spécialement dans les pays catholiques la prééminence réelle [la prééminence absolue] qui appartient naturellement à la religion catholique, comme étant la seule vraie.

Votre Majesté ne pourra hésitera croire que le Vicaire de Jésus-Christ, soit par les devoirs de sa sublime représentation, soit par la conviction où il est que dans la foi catholique unie à la pratique se trouve Tunique moyen propre à moraliser les peuples, ne peut, au milieu des congrès, môme politiques, manquer à Tobligation de soutenir avec la plus grande vigueur les droits de notre très-auguste religion, qui est une, sainte, catholique, apostolique et romaine.

La confiance que nous exprimons de voir revendiquer les [droits d*autrui] violés naît du devoir consciencieux qui nous en impose la tutelle. En nous montrant plein de sollicitude au sujet de ces droits, nous ne voulons pas, d'ailleurs, que Votre Majesté suppose jamais [nous n'oublions pas, d'ailleurs, que Votre Majesté ne voudra jamais supposer] qu'il puisse s'élever en nous aucun doute relatif à ceux qui sont propres à ce Saint-Siège, puisque, en outre des autres motifs qui militent en sa faveur, nous avons aussi les assurances que Votre Majesté a plusieurs fois données et fait donner publiquement, assurances dont il nous

novembre.] RÉPONSE D£ PIE IX A LÀ PROPOSITION D'DN CONGRÈS. 257

semblerait injurieux de douter^ venant d'un aussi haut et puissant souverain.

Après cet exposé préliminaire, qu'il nous a paru d'autant plus opportun de faire que nous connaissions mieux la pensée de Votre Majesté, nous aimons à jouter que nous applaudissons aux progrès matériels, et que nous désirons, en outre, que les peuples soient en état de jouir paisiblement de leurs effets, tant à cause du profit qu'ils en retirent que de l'occupation qu'ils y trouvent. Nous ne pourrions en dire autant pour le cas où nous serions invité à satisfaire [à faire droit] à certaines aspirations de quelques fractions de ces peuples [à certaines aspirations àe tous ces hommes, qui forment une partie de ces peuples], aspirations qui ne peuvent se concilier avec les principes ci-dessus énoncés.

Nous entretenons l'espoir que Votre Majesté, dans sa haute perspicacité, reconnaîtra dans notre franche communication le caractère de loyauté qui accompagne toujours les actes de ce Siège apostolique, en môme temps que le témoignage d'une grande estime que nous portons à son auguste personne, à laquelle nous n'avons nullement hésité de parler aussi explicitement dans une matière de tant d'importance.

Sur ce, avec l'assurance de notre affection paternelle, nous donnons à Votre Majesté, à Son Auguste Epouse et au Prince impérial, notre bénédiction apostolique.

Donné dans notre palais du Vatican, le 20 novembre 1863.

PlDS P.P. IX \

i Maestà Impériale,

Il peDsiero che V. M. manifesta di potere stabillre senza scosse in Ëuropa, «f Dio volesse, anche altrove, con Tintervento dei Sovrani o dei loro Rappresen. tanti, un sistema che calmi gli spiriti e riconducala pace, la tranqaillità e l'ordine nei molti Inoghi, ove questi beneflzl si sono 8?entaratamente perdoti, è un disegno che onora grandemente la M. V., e che, colla commune cooperazione coadiuvata dalla Grazia divina, tenderebbe a produire i migliori effetti. Quindi è che, con tuttala propensione deir ani'mo,Noi ci associamo asi commendevoleintendimento, e ben volontien fin da ora possiamo assicurare la M. V., che sarà portato al €ongres80 tutto il nostro concorso morale, affinchè si ristabiliscano, a vantaggio délia travagliata società, i principl délia giustizia or si manomessi e conculcati, si riconoscano i violatî diritti per essere rivendicati a chi ne ha sofferto la jattura, e sopratutto si restituisca, specialmente ne' paesi cattolici^ i*as8oluta preminenza, che natoralmente appartiene alla cattolica religione, corne l'unica vera. La M. y. non potrà esitare a persuadersi, che il Vicario di Gesù Grlsto, sia per i doyen délia sua sublime Rappresentanza, sia pel convincimento in cui è, che nella fede cattolica, congianta alla pratica, si ha Tunico mezzo atto a moralizzare i popoli, non puô, fra i Gongressi anche politlci, venir meno ail' obligo di sostenere col massimo vigore i diritti délia Nostra Augnstissima Religione, ch'èUna, Santa, Gattolica, Âpostolica, Romana.

La flducia da Noi espressa délia rivendicazione degli altrui violât! diritti nasce dal coscienzioso dovere, che ce ne impône la tutela. E montre a riguardo di essi «i mostriamo soUeciti, riteniamo dei reste non volersi mai supporre dalla M. V., che possa in Noi destarsi alcun dubbio rispetto a quelli che sono proprl di questa Santa Sede, dappoichë, oltrë gli altri titoli che militano a suo fa?ore, Noi siamo anche in possesso délie assicurazioni più volte date e fatte dare pubblicamente

Annales icclés. 1 ^

358 ANNALES ECGLÉSUSTIQUES. [1863

Décembre •

Z. — Décret de la S. -Inquisition romaine qui frappe d'excommunication majeure le curé Pierre Mongini, pour avoir publié *(en italien) un écrit intitulé il Pontifice e le armi, etc., le Pontife et les armes temporelles employées à la défense du spirituel, comme le prétend le Civiltà cattolica de Rome.

3. -— Le président des confédérés américains, Jefferson Davis, avait écrit au Pape, à la date du 23 septembre 1863, une lettre dans laquelle il le remerciait des lettres écrites au clergé pour lai ordonner ad'exborter le peuple et les autorités à l'exercice de la charité et à Tamour de la paix, » et déclarait que les États du Sud ne demandaient que la paix, sans convoiter en rien ce qui appartenait aux États du Nord. Pie IX répond à cette lettre :

Illustre et honorable Président, salut.

Nous venons d'accueillir avec toute la bienyeillance qui convenait les personnes envoyées par vous pour nous remettre votre lettre, en date du 23 septembre dernier. Nous n'avons pas éprouvé un médiocre plaisir à apprendre de ces personnes et par cette lettre de quels sentiments de joie et de reconnaissance vous avez été animé, illustre et honorable Président, aussitôt que vous avez eu connaissance de nos lettres à nos vénérables Frères Jean^ archevêque de Nev<r-York, et Jean, archevêque de la Nouvelle-Orléans, en date du 18 octobre de Tannée dernière, et dans lesquelles nous avons, de toutes nos forces, excité et exhorté ces vénérables Frères à ce que, dans leur piété et leur sollici-

da V. M.; assicorazioni che^ provenendo da cosi alto e potente Monarca, ci sembrerebbe troppo a Lai ingiurioso jl dubitarne.

Dopo taie preventiya esposizione, che Ci occorreva fare, anche per meglio conoscere il pensiero di Y. M., Ci piace di aggiungere applaudirai da Noi ai matériau perfezionamenti, ed essere di più Nostro desiderio clie i popoli si trovino in condizioni di fruirne pacificamente gli effetti, si pe^ Tutile che ad essi ne dériva, si per Toccupazione cbe loro apprestano. Non potremmo dire altretanto nel caso di venire invitaU a fare ragione a certe aspirazioni di tanti, che forman parte dei popoli Btessi : aspirazioni, che non possono conciliarsi co' principidi sopra enunciati.

Nutriamo speranza che la M. V.» nell' alta Sua perspicacia>Aarà per riconoscere nella franoa Nostra manifestazione, il carattere di lealtà sempre compagna degli atti di quest' Àpostolica Sede, ed al tempo stesso délia grande stima che Noi portiamo délia Augusta di Lei Persona, alla quale non abbiamo punto esitato di parlare cosi esplicitamente in una materia di tanta importanza.

Frattanto in pegno del paterne Nostro alTetto compartiamo a V. M., alT Augusta Gonsorte, ed al Principe Impériale l'Apostolica Nostra Benedizione.

Datadal Nostro Palazzo al Vaticano, il di 20 novembre 1863.

PIVS PP. IX.

décembre.] PROTESTATION DES ÂRGBEVÊQUES DE MEXICO. 359

tude épiseopale, ils s'efforçassent, avec le zèle le plus ardent et en notr^ nom, d'amener la filn de la fatale guerre civile ^ui a éclaté dans ces contrées, afiç que les populations américaines en vinssent enfin à une paix et à une concorde commune^ et à s'aimer charitablement les uns les autres.

Il nous a été particulièrement agréable de reconnaître que vous, illustre et honorable Président^ et ces mômes populations êtes animés des mômes désirs de paix et de tranquillité que nous avons, dans nos lettres ci-dessus relatées, inculqués à nos susdits vénérables Frères. Plaise en môme temps à Dieu que les autres peuples de l'Amérique et leurs pouvoirs dirigeants, considérant sérieusement combien une guerre civile est grave et entraîne de malheurs, veuillent enfin écouter les inspirations d'un esprit plus calme et adopter résolument le parti de la paix. Quant à nous, nous ne cesserons d'adresser les plus ferventes prières au Dieu tout-puissant pour qu'il répande sur tous les peuples de TAmérique un esprit de paix et de charité, et qu*il les arrache aux maux si grands qui les affligent. Nous supplions en môme temps le Dieu clément et miséricordieux de répandre sur vous les lumières de sa grâce et de vous attacher à nous par une parfaite amitié.

Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 3 décembre 1863, de notre pontificat le 18«. Signé : Pie IX.

#. — Catastrophe épouvantable à Santiago du Chili, où deux mille personnes périssent dans l'incendie d'une église.

191. — A Rome, consistoire secret dans lequel est créé cardinal de Tordre des prêtres M'' Marie-Gustave de Bonnechose, archevêque de Rouen, né à Paris le 19 mai 1800, et sont préconisés^ entre autres prélats, le cardinal Guidi, pour l'archevêché de Bologne ; W Dubreuil, de Vannes, pour l'archevêché d'Avignon ; l'abbé Gazaillan, pour l'évêché de Vannes; l'abbé Dours pourTévêché de Soissons.

— Lettre apostolique de Pie IX, Tua% libenter,k l'archevêque de Munich et Frisingue ^. Au mois de septembre précédent, quelques théologiens et savants catholiques d'Allemagne, le D' Dœllinger, entre autres, s'étaient réunis en congrès à Munich pour s'occuper de diverses questions théologiques et philosophiques'; Pie IX exprime les inquiétudes que lui a causées la convocation irrégulière de ce congrès, et se félicite de la manière dont l'irrégularité a été réparée.

ts. — Les archevêques de Mexico, de Michoacan^ de Guadala*

^ Cette lettre fait partie des documents relatifs à l'encyclique Quanta cura.

»e ANNALES ECCLÉSIASTIQUES. [18<(^

jara, et le» évéqaes de San-Lois de Potbsi et d'Oajaca adressent à la régence de Tempire une nouvelle protestation contre les merares prises par le goa?ernement actuel dans le bat de valider et de continuer la sécularisation des biens da clergé mexicain; ils terminent en déclarant frappés d'excommunication majeure toas ceux qui ont coopéré ou qui coopèrent auxdites mesures.

^aiiTier.

t. — A Paris, le nonce apostolique, au nom du corps diplomatique, adresse à l'Empereur les paroles suivantes :

« Sire,

« Les membres du corps diplomatique réunis autour de Votre Majesté s'empressent de lui oflrir, à l'occasion de la nouvelle année, les vœux qu'ils forment pour le bonheur de Votre Majesté Impériale, de son auguste famille, et pour la prospérité de la France.

« Interprète des sentiments du corps diplomatique en ce jour solennel, je suis heureux. Sire, de vous en présenter l'hommage trèsrespectueux.»

L'Empereur répond :

« Je vous remercie des vœux que vous m'exprimez au nom du corps diplomatique. Ils sont d*un heureux présage pour l'année qui commence. Malgré les inquiétudes entretenues par les questions en suspens, j*ai la confiance que l'esprit de conciliation qui anime les souverains aplanira les difficultés et maintiendra la paix. »

— Le prêtre Pierre Mongini, curé d'Oggebio, excommunié le 2 décembre 1863, déclare par la voie des journaux que, a assuré sur les lois protectrices du droit et de la justice, il entend continuer l'exercice de son ministère paroissial autant que l'âge et les forces le lui permettront. »

— A Rome, 'le général de Montebello se présente à Sa Sainteté avec les officiers de l'armée d'occupation, et dit :

« Très-Saint-Père, je viens à la tête de notre corps d'officiers exprimer à Votre Sainteté nos vœux de bonne année et lui renouveler l'assurance de notre dévouement et de notre vénération, i^

Le souverain Pontife a répondu :

« Monsieur le général, je tous remercie des vœux que vous venez de m'exprimer; je vous fais les miens, et je prie Jésus-Christ de vous aonner, à vous, monsieur le général, et à, tous les officiers que vous avez

rhoDoeur de commander, Tesprit de conseil et les grâces dont vous ayez besoin. »

8. — Morl de M*' Hughes, archevêque catholique de New- York, Dé à Clogher, en Irlande, le 20 janvier 1798, ordonné prêtre en Amérique en 1825, et archevêque de New- York depuis 1850, époque à laquelle il succéda à M^' Dubois, dont il était le coadjuteur depuis plusieurs années avec le titre d'évêque de Bari- \opo\is in partions.

14.- — L'Empereur Napoléon III remet, dans la chapelle du palais des Tuileries, la barrette au cardinal de Bonnechose, archevêque de Rouen, en présence de M^ Meglia, ablégat-apostolique. Le cardinal adresse, à cette occasion, le discours suivant à TEmpereuret àllmpératrice :

Sire,

Votre Majesté ne s'étonnera pas de l'émotion qui me domine eu ce moment. Je n'avais pu demeurer insensible aux marques de bienveillance que depuis quinze ans vous m'aviez données, et Dieu m'est témoin que j'y avais répondu par un dévouement sincère. Mais aujourd'hui cette pourpre dont, à ma confusion, je suis revêtu, celte éminente dignité que le Saint-Père a daigné me conférer^ ne sont^'elles pas de votre port, Sire, une nouvelle preuve d'estime, de coniance, et j'oserais presque dire d'affection, qui surpasse toutes celles dont Votre Majesté s'était déjà plu à m'honorer?

Aussi je ne puis dire combien j'en suis touché. Cette satisfaction du cœur n'est cependant pas sans mélange, et je ne saurais me défendre de certaines appréhensions à la pensée des nouveaux devoirs qui m'attendent.

Votre foi catholique, Sire, et votre attachement filial à l'Ëglise ont ouvert le Sénat de l'Empire aux cardinaux. Votre haute intelligence n'a jamais séparé dans ses vues chrétiennes les intérêts sociaux et politiques des sentiments religieux, qui en sont la base la plus solide et là plus sûre garantie. Vous avez donc voulu que, dans cette auguste assemblée où siègent les représentants les plus élevés de la hiérarchie militaire et civile, l'Église eût aussi les siens et apparût en quelque sorte personnifiée dans ses premiers dignitaires. '

Telle est, Sire, la source' de mes préoccupations. Plus on a de respect et d'amour pour la cause qu'on doit soutenir, plus on craint de la compromettre. Et fut-il jamais de causes aussi grandes, aussi belles, aussi saintes, que celles de la religion et de la patrie ? Ces intérêts sacrés, en qui su résument tous les autres, sont ceux auxquels depuis longtemps j'ai dévoué ma vie. Je ne comprendrais pas qu'on voulût les désunir ; et quand des cir<:onstances malheureuses, nées du choc

janvier.] REMISE DE LA BARRETTE AU CARDINAL DE BONNEGHOSE. 263

des passions humaines^ tendent aies mettre en opposition, notre devoir comme le besoin de notre cœur, est de travailler de toutes nos forces à les concilier. C'est ce que» durant le cours de ma carrière, j*ai constamment essayé de faire.

Nourri, élevé, formé d'abord dans les rangs de la société civile et pour elle, ayant employé plusieurs années de ma vie à étudier ses lois et à les appliquer, j'ai pu apprécier ses vrais besoins et ses généreuses aspirations^ comme aussi ses erreurs et ses périls. Consacré depuis au service plus immédiat de Dieu dans l'Église, à la propagation de son Évangile, an règne de la justice chrétienne et delà charité dans les âmes, tout en m'efforçant de remplir cette sublime mission, je n'ai jamais renié mon origine; et bien souvent l'évoque a été heureux de retrouver^ pour le gouvernement des hommes et des choses ecclésiastiques, les souvenirs et les inspirations du magistrat.

Résolu de vivre et de mourir pour l'Église, je sois donc également déterminé à vivre et à mourir pour la France, pour cette terre chérie qui m'a donné le jour, à laquelle après Dieu je dois tout et à laquelle j'appartiens par mes plus tendres, comme par mes plus profondes affections.

Mais cette France, nous l'avons vue, il y a quinze ans, se débattre dans les étreintes de l'anarchie, nous avons entendu ses cris de détresse, et nous frémissons à la vue de l'abîme où l'aveuglement des partis allait la précipiter, quand Dieu vous a suscité. Sire, pour la sauver. Le suffrage dUm peuple entier vous a acclamé et porté sur le pavois ; les pontifes et la tribu sainte, comme tous les ordres de citoyens, ont salué en vous l'Élu de Dieu et de la nation, le Prince qui depuis a rouvert les portes de la ville éternelle au Vicaire de Jésus-Christ, et qui Ty défend encore contre les manœuvres parricides d'enfants ingrats et rebelles ; le Prince par qui la France, après trois siècles, a retrouvé ses conciles ; le Prince qui lui a rendu la tranquillité au dedans et la gloire au dehors; le Prince enfin qui^ lorsque Punivers se trouble à la vue des flots de sang humain qui l'inondent, aux cris des opprimés, aux bruits et aux menaces de guerre retentissant de toutes parts, calme et serein, môme au milieu des plus sinistres complots, offre la paix au monde par la proposition de ce Congrès destiné à éteindre ses divisions.

A ces traits, Sire, qui ne reconnaîtrait, à la fois, et votre mission providentielle, et notre devoir à tous de vous prêter le loyal concours de nos volontés et de nos forces ?

D'autres diront mieux que nous votre infatigable activité pour le bien de l'État, le vaste coup d'œil de votre intelligence, votre fermeté de caractère, votre patience et cette bonté d'ftme qui vous rend sensible à l'affliction du plus humble de vos sujets, et qui vous fait trouver votre satisfaction dans tout ce qui peut sécher une larme ou prévenir une souffrance.

Mais ce que nous pourrions dire peut-être mieux que plusieurs autres, c'est cette qualité si rare dans les hommes que Dieu a élevés au

pouToir sapiéme, cet amour de la Térilé, qui vous la foil chercher dans toates les Toies, qui soaffre la cootradlGtiony et qiri, par une bien- Tefflance marquée, encourage, an lien de l'adulation, une nouvelle franchise et l'ouYerture du cœur.

Puinies-Yous donc tItto longtemps, Sire, pour la prospérité de la France et pour sa gloire ! Que INeu, qui yous a déj& défendu contre tant d'attentats» daigne yous couvrir toujours de sa protection, et répandre de plus en plus dans votre Ame les lumières et les forces si nécessaires pour gouverner selon ses lois le vaste Empire qu'il vous a confié ! Puissent ses plus précieuses bénédictions reposer sur Votre Majesté, sur votre auguste compagne, et sur le Prince impérial, espoir des générations futures.

Madame,

11 m'est doux d'inaugurer cette pourpre sacrée en oSTrant mes honunages à la mère du jeune prince qui, parmi tant de titres glorieux, possède celui de fils spirituel du Pontife, successeur du Prince des Apôtres. Cette prérogative, gage insigne des bénédictions qui ont consacré la dynastie impériale» rejaillit sur Votre Majesté et igoute an trait éclatant à votre destinée, si intimement liée aux destinées de la France.

On aime à contempler, au milieu des complications de notre époque, la mission si pleine de sérénité et de grflce que la divine l^vidence a daigné vous confier. En effet, soit que l'orage gronde au tour du Saiat- Siége et répande la douleur et l'effroi dans tous les cœnrs catholiques, soit qu'une guerre fratricide ensanglante le nouveau monde et plonge dans la plus triste indigence les populations de nos belles contrées qu'elle prive de travail. Votre Majesté, par l'énergie de sa foi et par sa compatissante charité, rassure les esprits, apaise les angoisses et ranime toutes les espérances.

Ainsi se montrèrent sur le trône de France, dès les temps les plus reculés, plusieurs illustres princesses, dont nous sommes heureux de voir reproduire par vous les touchants exemples. On sent, comme au temps des Glotilde et des Blanche de Castille, que c'est dans un dessejn de prédilection pour la France que Dieu vous a prise par la main pour vous élever à ce rang suprême ; et c'est ce qui vous rend si chère à notre patrie, ce qui fait partout bénir l'intelligente, pieuse et sympathique compagne de l'Empereur. Je rends grâces d'une solennité qui m'a permis, Madame, de joindre ce témoignage à l'expression respectueuse de mon dévouement et de ma fidélité.

L'Empereur a répondu :

« Éminence, vous avez raison de dire que les honneurs de ce monde sont de lourds fardeaux que la Providence nous impose. Elle a voulu, dans sa justice, augmenter les devoirs en proportion des dignités ; aussi

janvier.] DÉCLARATION DE LA SCISSION AU MEXIQUE. 266

3e me demande souvent si la bonne fortune n'a pas autant de tribulaiioDS que la mauvaise. Mais dans les deux cas notre gQide et notre soutien^ c'est la foi : la foi religieuse et la foi politique, c'est-à-dire la confiance en Dieu et la confiance d'uoe mission à accomplir, — Gett^ mission, vous l'avez appréciée avec l'attachement que vous m'avez toujours témoigné, et vous Tavez définie avec l'expérience du magistrat et du prêtre qui a vu de près où conduit l'abandon de tout principe, de toute règle, de toute croyance. Aussi devez-vous être étonné, comme moi, de voir, à un si court intervalle, des hommes à peine échappés du naufrage appeler encore à leur aide les vents et les tempêtes. Dieu protège trop visiblement la France pour permettre que le génie du mal vienne encore l'agiter. Le cercle de notre Constitution a été largement tracé : tout homme honnête peut s'y mouvoir à l'aise, puisque chacun a la facilité d'exprimer sa pensée, de contrôler les actes du Gouvernement et de prendre sa juste part dans les affaires publiques. Aujourd'hui, plus d'exclusion ; le clergé, comme vous voulez bien le rappeler, a non-seulement la liberté de s'occuper des questions religieuses, mais encore ses chefs les plus éminents trouvent leur place légitime dans le premier corps de l'État.

« C'est donc avec plaisir que je verrai la haute dignité dont vous venez d'être revêtu vous donner accès au Sénat. Vous y apporterez, je n'en doute pas, cet esprit de conciliation qui ne sépare pas la cause de la religion de celle de la patrie, cet esprit de tolérance qui attire et persuade, enfin cet amour du pays qui tend sans cesse à rapprocher ceux qu'éloignent les divergences d'opinions.

« Je vous remercie de la justice que vous rendez aux sentiments religieux de l'Impératrice. C'est l'heureux privilège de la femme de rester étrangère aux raisons d'État et aux froids calculs de la politique, pour se livrer tout entière aux .généreuses inspirations de l'âme et pour offrir des consolations à l'infortune, des encouragements à tout ce qui est noble et sacré.

tt Mon fils, que protègent les bénédictions de l'Église, apprendra de bonne heure ses devoirs de chrétien, de citoyen et de prince, et plus tard il continuera envers sa patrie, comme envers les amis de son père, à acquitter ma dette de reconnaissance et d'affection, »

!•. — A Guérande, en Bretagne, mort de M. le comte Charles de Couz, ancien professeur d'économie politique à l'Université deLouvain, rédacteur en chef de V Univers en i845, Tun des fondateurs de VÈre nouvelle en 1848. Il était âgé de 77 ans.

19. — Avènement d'un ministère espagnol sous la présidence de Don Lorenzo Arrazola.

— Au Mexique, la scission entre la régence et le clergé est déclarée.

:266 ANNALES ECCLÉSIASTIQDSS. [1864

19. — De nombreux catholiques de toutes nations , qui se trouvent actuellement à Rome, présentent au Saint-Père une adresse dans laquelle ils lui témoignent leur dévouement et protestent contre les usurpations sacrilèges dont le Saint-Siège est victime. Le Pape répondit à peu près en ces termes :

« Les paroles si pleines de tendresse que vous venez d'entendre, mes ch en fils, et qui donnent à mon pauvre cœur une force nouvelle pour soutenir Jusqu'à la fin le droit, la justice et la vérité, — ces paroles ne sont que Técho de tout ce que l'Église, le Pape, la religion ont fait entendre au monde. C'est Fécho de cette voix de justice et de vérité que les apôtres et leurs successeurs ont élevée dans tous les siècles, dans tous les temps, et surtout au temps où nous vivons. L'apôtre saint Pierre, comme l'a dit saint Laurent, en venant à Rome, montrait une foi plus grande et plus courageuse que lorsqu'il marchait sur la mer ; plus grande, parce qu'il entrait dans une ville qui n'était alors qu'une forêt de bétes farouches et indomptables. Mais peu à peu^ en écoutant la voix de l'apôtre de Jésus- Christ, ces bêtes farouches sont devenues des agneaux obéissants et bons. Dès la premère heure, saint Pierre envoya en Ombrie saint Brice, et dans la Romagne saint Apollinaire.

« Les habitants de ces contrées vivaient^ en ce temps, dans la barbarie et le paganisme. Je ne sais s'il était dans les desseins de Dieu de donner ces provinces à l'Église comme un patrimoine, mais je sais que l'É* glise les possède & présent, qu'elles ne sont que confiées au Pape, et, ce que je sais par-dessus tout, c'est que je ne consentirai jamais à aucun abandon ni à aucune honteuse transaction.

« Je termine, mes chers fils, en vous accordant ma bénédiction apostolique ; mais je tiens à dire pourtant que, si je désire garder ces provinces, ce n'est pas pour être roi. Assez de gens feignent de croire que le Pape ne veut qu'être roi. Non, je les garde parce que tel est mon devoir, parce qu'il est de nécessité, dans l'ordre de l'Église, qu'elle conserve ce que la Providence lui a donné.

« Mon ambition de Pape est d'être le digne successeur des apôtres, de maintenir dans les royaumes l'esprit de foi et d'amour, d'enseigner aux peuples l'obéissance et aux princes l'amour et le respect du droit et de la justice. Voilà pourquoi le Pape a besoin de garder son royaume I Et que sont les royaumes de la terre ? Une misère, une misère ! Mais ce qui est & moi, personne n'a droit d'y toucher ; personne ; et jusqu'à, la fin Je ferai entendre cette voix de justice et de vérité.

« Écoutons donc la voix des apôtres de Jésus-Christ, mes très chers fils; que Dieu vous bénisse tous, dans la société, toujours, et vous fasse vivre chrétiennement et aussi heureux que possible dans ce val de misère. »

février.] MORT DE LOOISE-MARIE-THÉRËSE DE BOURBON. 267

i. —Mort de Louise-Marie-Thérèse de Bourbon^ duchesse de Parme, fille du duc de Berry et sœur du comte de Cbambord, née le 21 septembre 1819.

4. — Son £m. le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, écrit de Rome au clergé de son diocèse :

Nos cfaers coopérateurs.

J'ai conduit aujourd'hui à Taudience de sa Sain teté les curés du diocèse de Lyon qui étaient venus lui présenter une supplique relative à notre liturgie. Le Pape a exigé que je fusse présent à cette audience. Sa Sainteté a reçu MM. les curés avec son affabilité ordinaire. Il n'a pu être question de la supplique; le souverain Pontife n'a pas voulu la recevoir.

Voici les paroles qu'il a adressées à MM. les curés :

« Vous avez désiré, Messieurs, conserver votre ancienne liturgie. Rien « de plus juste: vous la conserverez. Nous avons seulement rétabli, en <f quelques points presque imperceptibles, ce qu'on avait changé dans « vos rites. Ainsi, par exemple, le Samedi Saint, à la bénédiction du « feu, Tarchevôque ou le prêtre célébrant, au lieu d'être revêtu de tt lliabit de chœur, sera revêtu de la chape ou pluvial. Il en sera ainsi « de quelques autres changements de ce genre dans votre liturgie.

tt Mais votre bréviaire et votre missel n'appartiennent pas à votre an- « tique liturgie. M. dé Montazet et le Parlement vous les ont donnés, « et par ce fait avaient déshonoré votre magnifique liturgie. Il faudra, tt peu à peu et avec prudence, faire disparaître ces taches.

« Je vous avoue. Messieurs, que mon cœur a été blessé de l'agitation « qui s'est produite dans le clergé de Lyon, de ce diocèse qui nous donne (( tant de consolation, et qui est si cher à notre cœur. Nous avons été « profondément affligé, lorsque nous avons lu dans les journaux ces ar- « ticles qu'on y a insérés au sujet du changement de bréviaire, et surtout tt lorsque nous avons appris qu'on avait eu recours à l'autorité civile. « Le ministre a écrit à l'ambassadeur, comme si l'autorité civile avait « quelque chose à voir dans ces questions liturgiques. Ces questions ne (c regardent que l'Église, le Vicaire de Jésus-Christ et votre Archevêque. « On ne pouvait pas me faire une plus grande peine que de suivre cette « marche. Imitez cet admirable épiscopat français, si obéissant à notre « autorité, si dévoué aux intérêts de FËglise, si appliqué à ses devoirs, « et qui, dans nos malheurs, nous a donné de si touchantes preuves « de son attachement et de sajdélité.

« Du reste, Messieurs, on ira avec prudence dans l'introduction

268 ANNALES ECCLÉSUSTIQDES. [1864

« du bréviaire et du missel romains. On commencera par donner le « nouveau bréviaire aux nouveaux sous-diacres^ et peu à peu tout « rentrera dans Tordre. Vous n'oublierez jamais l'obéissance que « vous devez an Vicaire de Jésus-Christ et à votre archevêque. Que la « bénédiction du Père, du Fils et du Saint-Esprit descende sur vous^ »

Yoilâ^ mes chers coopérateurs, les paroles que le Pontife suprême nous a adressées ce matin. Nous les conserverons dans notre cœur, pour en faire la règle de notre conduite.

Agréez, mes chers coopérateurs, l'assurance de mon inviolable attachement.

f L.-J.-M. Gard, de Bonald> Arcfiev. de Lyon.

•â. — A Edimbourg, mort de M^ Gîllis, vicaire apostolique du district oriental de rÉcosse.

•#. — On lit dans le Moniteur :

« Les journaux ont publié une lettre adressée, le 4 février dernier, par Monseigneur le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, à son clergé et rapportant des paroles qu'aurait prononcées le Saint-Père en recevant les curés du diocèse de Lyon qui s'étaient rendus à Rome afin d'obtenir la conservation de Fantique liturgie de l'Eglise lyonnaise, qu'il était question de modifier.

« Le langage prêté dans cette lettre au Souverain-Pontife et les termes dans lesquels Sa Sainteté se serait plainte de l'intervention du gouvernement de l'Empereur ont paru fort extraordinaires.

« Nous apprenons que l'ambassadeur de France près le Saint-Siège a exprimé au cardinal Antonelli le pénible étonnement que lui avait causé la lecture de cette pièce. Son Ëminence, après avoir pris les ordres du Pape à ce sujet, a répondu à M. de Sartiges tt que Sa Sainteté était tom- « bée des nues quand on avait mis sous ses yeux la lettre du cardinal «de Bonald; qu'elle trouvait que cette publication était déplorable, « et qu'une indiscrétion qui ne respectait même pas les quatre murs « du cabinet du souverain Pontife était de nature à luiOter toute liberté « d'esprit quand il causait avec des fidèles; que, de plus, Sa Sainteté avait « prié le secrétaire d'État de rapporter à Monseigneur ,de Bonald l'ex- 0 pression de son mécontentement au sujet de cette publication, et que « le cardinal Antonelli se disposait à remplir immédiatement les ordres « du Saint-Père. »

1. — Nouveau ministère en Espagne, sous la présidence de M. Mon.

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