‹ Annales ecclesiastiques. 1846-66Chapitre 35 sur 52 · L. J.-M. CARD. DE BONALD · texte numérisé non relu

L. J.-M. CARD. DE BONALD

« Archevêque de Lyon, o

18. — A Sinigaglia, mort du cardinal Dominique Lucciardi, né à Sarzane le 8 décembre 1796 , archevêque de Sinigaglia, créé cardinal le i8 mai 1853.

IS. — A Rome^ mise à l'Index de la Vie de Jésus par M. Renan. f 1. — ARome, mort du peintre Hippolyte Flandrin. 99. — On lit dans le Moniteur :

« Le Moniteur du 28 février dernier annonçait que l'ambassadeur de France à Rome avait exprimé au cardinal Antonelli son pénible étonne-

meot & roccasion d'une lettre adressée par S. Ém. Mgr le cardinal deBonald aa clergé lyonnais^ rendant compte, d'une audience que Sa Sainteté aurait donnée au Cardinal.

« Le Moniteur ajoutait que Up Antonelli, après avoir pris les ordres du Saint-Père, avait déclaré que Sa Sainteté, dans des termes rapportés textuellement par le Moniteur du 28 février, avait blâmé énergiquement la lettre du cardinal de Bonald et chargé le secrétaire d*État de lui en exprimer son mécontentement ; qu'enfin le cardinal Antonelli se disposait à remplir immédiatement les ordres du Saint-Père.

s M'' de Bonald a cru devoir adresser de Rome, le 1 1 de ce mois, au clergé de son diocèse, une lettre qui a été imprimée et distribuée en France, et dans laquelle il déclare que le Moniteur avait été trompé par de faux renseignements, que le souverain Pontife ne lui avait rien

dit sur sa circulaire, que son secrétaire d*Êtat ne lui en avait pas parlé

qu*il n'avait connu le prétendu mécontentement du Pape que par le Moniteur.

c Les renseignements sur lesquels a été rédigé l'article du Moniteur sont officiels, ils établissent qu'à la date du 23 février dernier, M. de Sartiges recevait de M. le cardinal Antonelli les explications qui ont été littéralement reproduites par le Moniteur du 28. De nouveaux renseignements, également officiels, constatent que si, par des causes que nous n'avons pas à apprécier, la communication du cardinal Antonelli à UP de Bonald a été retardée, le secrétaire d'État afQrmait néanmoins « avoir, le 9 niars courant, fait transmettre à M^ de Lyon Vexpressionda blâme de Sa Sainteté pour son indiscrète publication ; qu'il avait chargé M^ Berardi son sous-secrétaire d'État de remplir cette commission ; quecelui-ci avait fait appeler M. de Serre, grand-vicaire et neveu du cardinal, et l'avait invité à transmettre à M'' de Bonald les paroles de blâme que le Saint-Père avait fait entendre à son sujet au secrétaire d'État. » Enfia^ M'' Berardi lui-môme a confirmé cette information.

« Ce simple exposé suffit pour que la vérité ^oit maintenant bien counue. »

ItZ. — Mort de M'' Malou, évéque de Bruges, né à Ypres le 30 juin 1809. Il était évéque depuis 1849, et jastement considéré comme Tun des membres les plus distingués de Tépiscopat belge.

Avril.

11. — A Londres entrée triomphale de Garibaldi , qui est accueilli avec les plus grands honneurs, môme par les personnages officiels les plus haut placés de la Grande-Bretagne, à l'ex* ception de la Reine.

14. —Mort, dans sa ville archiépiscopale, de M^' Costa y Bor-

avril.] FÊTE DE SAINT FIDÈLE DE SIGMÂRINGEN. 271

ras, né en iB05, et successivement évoque de Lérida, en 1847, de Barcelone, en 1850, et archevêque de Tarragone depuis 1857.

19. — Maximiiien 1% empereur récemment élu du Mexique, et l'impératrice Charlotte viennent à Rome pour présaiter leurs hommages à Pie IX, recevoir sa bénédiction et s'entendre avec lui sur les affaires religieuses du pays où ils vont régner.

tO. — - Allocution adressée par le Saint*Père aux souverains mexicains , dans la chapelle du Vatican, au moment de la corn* munion :

<x Voici TAgneau de Dieu^ qui efface les péchés du mondeé C'est par lui que régnent et gouvernent les rois : per me reges régnant; per me principes imperant; c'eBl^t lai que les rois tendent la justice : per me legum eondiiores jmta decernunt; et s'il permet souvent que les rois soient éprouvés^ c'est cependant par lui que s'exerce tout pouvoir : omnis potestas data est mihi in eœlo et in terra.

<c Je vous recommande, en son nom, le bonheur des peuples catholiques qui vous sont coniés. Le» droits des peuples sont grands^ il faut les satisfaire ; mais plus grands et sacrés sont les droits de l'Église, Épouse immaculée de Jésus-Chrisf , lequel nous a rachetés au prix de son sang, de ces&ng qui va dans un instant empourprer vos lèvres.

« Vous respecterez donc et les droits de vos peuples et les droits de rÉglise, ce qui veut dire que vous travaillerez au bonheur temporel et au bonheuir spirituel de ces peuples.

v Et puisse Jésus-'Christ, que vous allez recevoir de la main de son Vicaire, vous accorder ses giiSlces dans Tabondance de sa miséricorde : Misereatur Vestri omnipotens Deus et dimism péccatis vestris perducat vos ad vitam œtemam» »

^S. — Le gouvernement italien donne ordre d'arrêter le cardinal Morichini, évoque de lesi, et de le conduire dans les prisons d'Ancône.

— A Lyon, mort de M, Carrière^ supérieur de la congrégation de Saint-Sulpice.

194. — A Rome, on célèbre à la Propagande la fôte de saint Fidèle de Sigmaringen, le premier élève de cette institution qui ait obtenu la couronne du martyre. A cette occasion le Pape^ après avoir fait allusion à la solennité du jour, s'exprime à peu près en ces termes : \

« Le sang des faibles et des innocents crie vengeance devant le trône de l'Étemel contre ceux qui le répandent. Et de nos jours, dit-il, ne

273 ANNALES EGGLÉSUSTIQUES. [1864

▼oyons-nous pas aussi un sang innocent Tené dans un pays catholique, dans la malheureuse Pologne, où celte même religion catholique, pour laquelle saint Fidèle donna sa Yie, est si cruellement persécutée. J'aurais voulu ne pas parler avant le prochain Consistoire ; mais je crains, en gardant plus longtemps le silence, d'attirer sur moi la punition céleste annoncée par les prophètes à ceux qui laissent conoumettre l'iniquité : Vœ mihi quia tacui ! La conscience me force d'élever la voix contre ce souverain puissant dont les États s'étendent jusqu'au pôle. Écoutez I Voici ce puissant monarque qui ose aussi s'appeler catholique, étant en dehors de notre sainte Église, et qui oublie le jugement de Dieu qui Tattend pour ses forfaits. Ce monarque persécute avec une féroce cruauté la nation polonaise, et il a entrepris l'œuvre impie d'extirper la religion catholique en Pologne et d'y introduire de force le schisme. Les prêtres de cette nation catholique sont forcément arrachés à leur troupeau, d'autres sont exilés, d'autres encore condamnés aux «travaux forcés ou à des punitions infamantes; heureux sont encore ceux qui ont pu fuir et qui maintenant errent sans asile sur la terre étrangère I Les églises sont profanées, d'autres sont fermées à cause de l'absence de prêtres. Enfin cet arrogant potentat s'est arrogé un pouvoir que le Vicaire du Christ ne possède même pas : après avoir arraché à son diocèse, exilé et tenu en captivité depuis un an, notre fils bienaimé l'archevêque de Varsovie, il a osé le destituer de cette charge, que nous lui avions conférée. En Jetant l'opprobre contre de tels actes, nous ne pensons nullement donner par là un encouragement à la révolution européenne. Nous savons bien faire une di£férence entre la révolution sociale et les légitimes droits d'une nation qui lutte pour son indépendance et pour le salut de la religion. En flétrissant les persécuteurs de la religion catholique, nous remplissons un devoir sacré de notre conscience ; voilà pourquoi j'ai dû vous faire part des tristes nouvelles reçues de ce malheureux pays, pour lequel nous devons redoubler de prières. Nous déclarons, en conséquence, que nous donnons notre bénédiction apostolique à tous ceux qui, dans la journée d'aqjourd'bui, auront prié pour la Pologne. Prions tous pour elle. »

— En France, un monument est solennellement consacré sur le lieu où naquit saint Vincent-de-Paul, à Pouy, près de Dax.

99. — Consistoire dans lequel le Pape proteste avec une grande énergie contre la conduite tenue par l'empereur de Russie à l'égard de la Pologne, a Partout des peines et des douleurs pour « l'Église, a-t-il dit, d'après l'analyse transmise par les correspon- (( dances. Mais il est impossible de garder le silence devant l'atroce « persécution qui a lieu dans le grand empire du Nord.

a Après avoir poussé ses sujets à la révolte, le souverain de « ce pays, sous prétexte de réprimer l'insurrection, extirpe 1*

mai.] LE JOURNAL LA FOI BRETONNE REÇOIT UN AVERTISSEMENT. 273

ce catholicisme, déporte les populations dans des contrées glaciales a où elles sont dépourvues de toute consolation religieuse, exile « les évoques, et, — fait inouï 1 — les prive de la juridiction que « je leur ai conférée.

« Et que personne h'ose dire que je fomente la révolution « par des protestations nécessaires. Je sais distinguer la révolution « moderne et la liberté raisonnable. Mais quand je proteste « contre ce potentat , c'est pour soulager ma conscience, et « ne pas entendre un jour le souverain juge me dire : Pourquoi <( as-tu gardé le silence ? »

Hai.

9. '—De retour dans son diocèse, le cardinal de Bonald, arch^ôque de Lyon , adresse une lettre pastorale à ses diocésains pour dissiper les préventions relatives à la liturgie. Il leur dit que le Bréviaire et le Missel introduits aux dix-huitième siècle n'appartiennent pas véritablement au rît lyonnais, que le Saintce Père, « en laissant les rites antiques, veut dégager la liturgie de « Talliage que des mains parlementaires et profanes y ont mêlé, » et il conclut ainsi : « Dans notre diocèse, on ne regrettera jamais

a de s'être soumis à la volonté du représentant de Jésus-Christ ^ « sur la terre, et d'avoir obéi avec un religieux empressement à « ses décrets. Cette docilité des troupeaux chrétiens sera la con- « solation du souverain Pasteur qui gouverne l'Église et allégera «les peines inséparables de notre charge épiscopale. »

10. — Le tribunal d'Ancône acquitte le cardinal Morichini, évoque de lesi, qui est remis en liberté.

18. — On lil^en tête de la partie officielle du Moniteur du soir:

a Le Gouvernement, usant du droit que lui attribuent les articles organiques du Concordat (loi du 18 germinal an X, art. i^^), n*a pas autorisé la publication en France d'un bref donné à Rome, le 17 mars dernier, pour Tiatroduction dans le diocèse de Lyon de la liturgie romaine.

« Toute publicité donnée à ce Bref constituerait donc la violation d'une loi que le Gouvernement a le devoir et la volonté de faire respecter. »

•O. — Le journal la Foi bretonne^ de Saint-Brieuc , reçoit un avertissement pour avoir publié, dans son numéro du 17 mai, un Annales ecclé^» 1$

274 ANNALES ECCLÉSIASTIQUES. [m

article dans lequel l'auteur n attaque le respect dû aux lois de « rÉtat, eu prétendant que les citoyens ne sont pas tenus d'obéir « aux articles organiques du Concordat. »

tttt.— -A Alger, mort du maréchal Pélissier, duc de MalakolT, né à Maromme (Seine-Inférieure), le 6 novembre 1794.

»S. — Arrivée de Tempereur Maximilien à Vera-Cruz.

#niift.

1. — Un décret impérial, contresigné par M. Duruy, nomme M. Renan conservateur sous-directeur adjoint au département des manuscrits de la Bibliothèque impériale. Par suite de ce dernier décret se trouve régularisée la position de M. Renan, qui jouissait depuis deux ans d'un traitement de professeur au Collège de France pour l'unique leçon qu'il y a donnée, et qui a motivé sa suspension. «Depuis deux ans, dit le rapport, la chaire « (celle de M. Renan) des langues hébraïque, chaldaïque et sjria- « que n'est point remplie par des raisons d'ordre public qui subsistent dans toute leur force. » En conséquence, M. le ministre es- «timeque, ne pouvant faire remonter M. Renan dans la chaire « oti il n'a paru qu'une fois, il convient de l'appeler à d'autres fonctions. »

•. — M. Renan refuse la place que lui offre le gouvernement impérial, parce qu'elle est incompatible avec son titre de professeur au Collège de France. Il termine ainsi la lettre écrite au ministre de l'instruction publique :

j^rVAppliquez donc, monsieur le ministre, les fonds votés pour la chaire des langues hébraïque, chaldaïque et syriaque à telle fin que vous jugerez à propos. Je conserve un titre que je tiens de la double présentation de MM. les professeurs au Collège de France et de mes confrères d rinstitut. Sans traitement, je continuerai à remplir les devoirs «I^® ce titre m'impose, c'est- à-dire à travailler de toutes mes forces au progrès des études dont la tradition m'a été confiée. »

4. — Consécration solennelle, à Marseille, de la nouvelle chapelle de Notre-Dame de la Garde, en présence de quatre cardinaux, de sept archevêques et d'un grand nombre d'èvèques de France et de l'étranger. Le cardinal Villecourl, ancien évoque oe La Rochelle, est le prélat consécrateur.

juio.] LETTRE DE PIE IX A M<» L'ÉVÊQUE DE UÉ6E. 275

S, — On lit dans le Moniteur :

« Conformément aux termes du décret du 9 mars 1882, MM, les lecteurs et professeurs du Collège de France sont invités par le ministre de rinstruction publique à présenter deux candidats à la chaire de grammaire comparée, transférée de la Faculté des lettres de Paris au Collège impérial par décret du i<" juin.

« Il sera ultérieurement pourvu à la chaire des langues hébraïque, chaldaîque et syriaque, devenue vacante en vertu du décret du môme jour. »

8. — Lettre adressée par Pie IX à M»' Tévôque de Liège, au sujet de la mort de M*' Malou, évoque de Bruges.

Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique.

Nous avons pleuré volontiers avec vous notre vénérable Frère, Téminent évoque de Bruges, qui nous a été enlevé à la bien grande afÛiction de notre cœur. Pourtant, comme Augustin à la mort de sa mère, nous n'avons pas cru qu'il convint de manifester notre deuil par des larmes mêlées à des plaintes et à des gémissements, puisque sa fin n'a pas été malheureuse, puisque môme il n'est point mort tout à fait, comme nous le démontrent et les enseignements de sa conduite, et la sincérité de sa foi, et les solides raisons que vous avez si éloquemment exposées. En effet, pour ne rien dire de l'intégrité de sa vie, ni des travaux exécutés par lui, avant qu'il fût chargé du gouvernement de l'Église de Bruges, travaux qui l'ont fait si vivement regretter à l'Université catholique de Louvain, tout son épiscopat a été rehaussé par l'éclat de ces vertus qui sont propres à un Évoque; tellement qu'il ne lui a rien manqué de ce qui vaut à un Pontife le glorieux titre de très-bon Pasteur. Sa science et sa fermeté dans la défense de la vérité et la réfutation des erreurs; l'énergie de son âme dans ses luttes en faveur des droits de ce saint Siège; son amour paternel envers son clergé ; son attention à bien choisir les ministres de l'Église ; ses soins à former les élèves de ses séminaires et à leur inculquer une doctrine pure et solide ; sa sollicitude à l'égard des ouailles qui lui avaient été confiées ; son exactitude à faire la visite de son diocèse ; son assiduité à exercer le ministère de la parole ; son application si active À publier d'utiles ouvrages ; sa bonté, sa mansuétude envers chacun, toutes ces qualités étaient si manifestes chez lui, qu'elles ont été connues de tous. Le zèle qu'il avait pour sa propre sanctification n'était pas moins manifeste, bien qu'absorbé par tant d'occupations il semblât vivre non pour lui-môme, mais pour les autres. En effet, il offrit le modèle d'une vie pleine de bonnes œuvres; l'ardeur intérieure de sa charité, son union intime avec son Dieu se révélaient et dans ses ouvrages scientifiques, et dans ses sentiments, imprégnés d'une rare piété. Il a laissé un

276 ANNALES ECCLÉSUSTIQUES. [1864

monument impérissable de ses sentiments sartout dans ce qu'il a écrit sur l'Immaculée Conception de la Vierge Hère de Dieu. Or, ces mômes raisons qui nous font regretter (}ue ce frère si aimé nous ait été enlevé ici-bas nous pressent de croire qu'il nous est déjà rendu là-haut^ et qu'il y est pour nous un intercesseur plus dévoué et plus puissant, un appui plus solide auprès de notre Père céleste.

Voilà ce qui tempère nos regrets ; voilà ce qui doit tempérer les vôtres et ceux de ses. amis; voilà ce qui doit consoler son diocèse, auquel nous donnons affectueusement notre bénédiction apostolique en même temps qu'à vous. Vénérable Frère, et au troupeau confié à votre zèle.

Donné à Rome^ à Saint-Pierre, le 8 Juin de l'an 1864, de notre Pontificat le XVIII.

PIE IX, PAPE

11. — Décret impérial. — Art. 1*'. La nomination de M. Renan à la Bibliothèque impériale est rapportée. — Art. 2. M. Renan demeure révoqué de ses fonctions au Collège de France.

!•• — M** Ignace-Antoine Samhirî, patriarche d'Antioche en Syrie, meurt dans son siège épiscopal de Mardin.

1 V • On écrit de Rome au Moniteur :

a On a célébré ai^ourd'hui au Vatican le dix-huitième anniversaire de l'élévation de Pie IX au souverain pontificat. A cette occasion, et après le service divin chanté dans la chapelle Sixtine, le cardinal Mattei, doyen du Sacré-Gollége, a, dans une courte harangue, offert au Saiat- Père les hommages et les félicitations des Cardinaux.

« Le Sacré-Collége, a-t*il dit^ ressentait une vive Joie dans ce Jour qui lui rappelait l'élection qu'il avait faite de Pie IX et la transmission entre les mains de Sa Sainteté des clefs jadis confiées à saint Pierre. Après avoir exprimé l'admiration qu'on devait éprouver en voyant la prudence avec laquelle le Saint-Père avait, au milieu de tant de dangers, gouverné la barque mystique, le Cardinal-doyen a ajouté que les œuvres de Dieu ne restaient jamais imparfaites comme celles d(^s hommes^ et que la protection si manifeste de la Providence abouixrait assurément à un résultat heureux.

« Le Saint-Père a répondu avec une facilité et une fermeté d'élocution qui ont été remarquées. Il a dit que les souhaits, les vœux, les prières du Sacré-CoUége, des évéqùes présents ou absents et de tant de millions de fidèles avaient été certainement exaucés, puisqu'il se trouvait aujourd'hui au milieu des Cardinaux; que le Saint-Siège, avec le secours de Dieu, traverserait heureusement les tempêtes; que cette issue était dans les. mains de la Providence, a Mais, a ajouté le souverain Pontife, il dépend de nous d'y contribuer, si nous, qui sommes revêtus du caractère sacerdotal et placés au faite de la hiérarchie ecclésiastique,

Juin.] ANNIVERSAIRE BU COURONNEMENT DE PIE IX. 277

nous pnons le Giel^ instruisons le peuple par notre exemple surtout, et ne permettons pas qu'il soit séduit par Terreur ni par l'impiété. »

M Le Saint-Père a terminé son allocution en disant qu'U y avait des principes de Justice et d^ vérité qui étaient comme l'étoile polaire, qu'en les prenant pour guide on était sûr d'atteindre le port après la tempête. »

• 1. — A roccasioQ de Tanniversaire du, couronnement de Pie IX, le cardinal Mattei, doyea du Sacré-CoUége, adresse au Pape les paroles suivantes :

« C'est avec bonheur que, le jour anniversaire du couronnement de voîre Sainteté, je me fais de nouveau auprès d'elle l'interprète du dévouement et de l'amour du Sacré-CoIlége. Les félicitations que j'ai riionneur de vous réitérer en son nom et au mien seront, je Tespère, agréées par votre Sainteté comme une garantie et un gage des sentiments inaltérables que nous vous portons. Gômptes-y, Très-Saint Père, appuyez-vous sur nos cœurs, et, fort de ce dévouement, de cet amour que la communion des saints nous rend commun avec 200 millions de fidèles, — chaîne merveilleuse embrassant le globe et dont le Sacré-ColIége forme le dernier anneau, soyez sûr que la couronne dont le Seigneur a ceint votre front ne vous sera pas ôtée {Apocalypse), mais que le Tout-Puissant l'y replacera tout entière. C'est là l'objet de nos vœux les plus ardents, le but des constantes prières que mes collègues et moi ne cessons d'élever vers le Ciel, et. qui peuvent se résumer dans ces paroles des Proverbes : Le Seigneur donnera à ta tète un accroissement de grâce et te couronnera d'une couronne victorieuse. »

Le Saint-Père répondit par les paroles suivantes, qui sont à peu près textuelles :

« La couronne que le Seigneur a daigné placer sur le front 'du plus humble de ses serviteurs est devenue l'objet des trames et des embûches d^s ennemis du Saint-Siège. Une partie de ces ennetris n'ont jamais appartenu à l'Église à laquelle ils font une guerre sanglante et implacable; une autre partie^ après' avoir eu le bonheur de naître dans son sein, a eu le malheur de l'abandonner pour faire cduse comniune avec les premiers. Pour les un» comme pour les autres, tous les moyens d'attaque sont botis : persécutions, violenciBs, artificei, mensonges, calomnies. Comme Absalon aux portes de Jérusalem y ils ne cessent pas. de répéter que, si cette couronne dont ils veulent dépouiller le Vicaire de lésus-Christ reposait sur une autre tête, la justice serait mieux distribuée, le peuple deviendrait plus libre et plus heureux, et l'âge d'or^ banni depuis longtemps de ces contrées^ reviendrait y fleurir pour tous. Je n'ai pas besoin de vous démontrer les grossières erreurs dont abondent de pareils raisonnements. Puissent

37t IMSIALES ECCLtSIASnQnBS. [18M

ceux qoi les Amt avoir le cœar percé non de U lance qai trayersa celoi d'Absalon, mais d'on rayoa de la grâce diviae qm leur fasse eoDDallre l'iniqaité de leort actions et la Tanité de leurs discours, et leur montre, dans une miséricordleose éclairde, rablme de rétemité dont Ils approchent^ aveogles et sonrds, sans en aperceToir le bord.

• Et TOUS qni m^assistex fidèlement soit dans radministration da lambean d*Élal qu'on m'a laissé, soit dans celle, beaucoup plus onéreuse et plus difficile, de TÉgiise uoi%erselle, continuez à me venir en aide par voire fidélité, votre constance, votre dévouement à toute épreuve. Je ne m'arroge pas le don de prophétie ; mais, bieo que je ne voie à l'horixon aucune lueur d'espérance, aucune probabilité de secours humain, je crois cependant pouvoir affirmer que nos souffrances, notre résignation et nos prières finiront par nous mériter de Dieu les miséricordes qu'il tarde quelquefois à accorder, mais qu'il ne refuse jamais d'accorder à ceux qui le servent avec crainte et amour. >

94. — Lecture est laite à Saint-Jean de Latran, à Rome, de deux décrets portant qu'on peut procéder sûrement à la béatification de la vénérable Mai^uerite-Marie Alacoque, et du vénérable Pierre Canisius, de la Compagnie de Jésus.

^alUei.

•. -^ Le Stendardo fait connaître les articles de deux concordats conclus par le Saint-Siège avec les gouvernements de Nicaragua, en 1862, et de San-Salvador, en 1863, et qui viennent de recevoir la sanction du Saint-Père dans deux Lettres apostoliques. Les ministres plénipotentiaires étaient pour Rome le cardinal Antonelli, et pour les républiques américaines le marquis Lorenzana. Nous traduisons sur la version donnée par la feuille italienne le texte du concordai conclu avec le Nicaragua. Celui de la république de San-Salvador est entièrement semblable pour le fond.

Art l*'. La religion catholique apostolique romaine est la religion de rËtat dans la république; en conséquence, elle sera toujours protégée et conservée avec tous ses droits et privilèges.

Art. 2* L'instruction de la jeunesse daos les unverâtès et dans les autres écoles sera conforme aux enseignements de l'Eglise catholiquot et les Évéques dirigeront avec une pleine liberté l'ioslruction dans les Facultés de théologie et de droit canon, et ils auront le droit de veiller^ à ce que tout daos les écoles soit conforme à la doctrine catholique.

Art* 3« Les Évéques auront le droit d'examiner et de censurer tout livre ou toute publication concernant la foi, la discipline ecclésiastique ou les mœurs, et les magistrats du Gouvernement devront prêter la

Juillet.] CONCORDAT CONCLU AVEC NICARAGUA. 27»

maia aux Évéques, de façon que ceux-ei puissent prendre les mesures nécessaires pour garantir la religion»

Art. 4. Le clergé et le peuple pourront communiquer librement avec le Saint-Siège.

Art. 5. «Le gouTemement du Nicaragua s'oblige à donner et à conserver une dotation au clergé sur les fonds de la nation. Cette dotation tient lieu de dîmes, et par conséquent elle est à titre onéreux.

Art. 6. Les curés continueront à percevoir les droits d^école, d'après un règlement diocésain.

Art. 7-8. Le Saint-Père accorde au président de la République le patronat ou ie privilège de présenter à cbaque vacance de nouveaux évoques, auxquels le Saint-Siège donnera Tinvestiture canonique ; il accorde encore l'induit pour nommer à six prébendes canoniales,excepté pourtant la première dignité, celles de tbéologal et de pénitencier, qui seront conférées, la première par le Saint-Siège, et les autres par l'Evoque, au moyen du concours.

Art. 9. Les paroisses seront pourvues d'après les prescriptions du Concile de Trente.

Art. 10. Le Saint-Siège, selon les besoins, pourra ériger de nouveaux diocèses, d'accord avec le Gouvernement, qui sera dans Tobligation de les doter.

Art. 1 1 • Les évêques, selon les besoins de la population, pourront, dans leur diocèse, fonder de nouvelles paroisses, toujours avec l'agrément du Gouvernement.

Art. 1 2. Dans le cas de vacance de siège, le diocèse sera gouverné par le vicaire capitulaire, choisi par le Chapitre, sans que le Gouvernement puisse s'opposer à cette élection. .

Art. 13. Toutes les causes concernant la foi, les sacrements^ les fonctions saintes, en général toutes les causes ecclésiastiques, relèveront, selon les canons, de la juridiction ecclésiastique.

Art. 14. Les causes civiles des ecclésiastiques, soit réelles, soit personnelles, seront jugées par les autorités séculières.

Art. 15. Même les causes criminelles des ecclésiastiques seront jugées par les tribunaux laïques : mais lorsqu'il sera question de jugements de seconde et de dernière instance, deux ecclésiastiques au moins, nommés par rÉvôque, siégeront dans le tribunal laïque. Les débats contre les ecclésiastiques ne seront pas publics; les sentences infamantes ne seront exécutées qu'après avoir été examinées par TÉvôque. Dans l'arrestation et dans la détention des ecclésiastiques, on usera des ménagements qui sont dues à l'état clérical, et TËvôque devra en être immédiatement informé.

Art. 16. Les Évoques pourront punir les ecclésiastiques qui manqueront à leurs propres devoirs.

Art. 17. L'Église a le droit d'acquérir : ses propriétés seront sacrées et inviolables comme celles des autres citoyens; en conséquence, nulle

380 ANIULES ECCLÉffASTiQUES. {i864

sDi^reition d'établissement pieax ne pourra aroir lien lans l'inter-

▼eolioQ du Saint-Siège.

Art. 18. Les biens ecdésîasUqaes peuyent être imposés comme ceux

des autres citoyens.

Art. 19. En vue de rutilité que doit procurer le présent concordat, le Saint-Siège, désireux de pourroir à la tranquillité publique, déclare que ceux qui, durant les dernières viciisitudes, ont acheté des biens ecclésiastiques, ou qui les possèdent d'après la loi faite par le gouvernement d'alors, ne seront nullement inquiétés.

Art. 20. Les évéques auront toute liberté pour établir dans leur diocèse des congrégations religieuses : ils doTront, pour cet objet, s'entendre a? ec le GouTernement.

Art. 21. Le gouvernement de Nicaragua favorisera et secondera la propagation de la foi parmi les infidèles qui existent sur son territoire.

Art. 22. Le Sainl-Père permet que les évéques et les autres ecclésiastiques prêtent au Gouvernement le serment d'obéissance et de fidélité.

Art. 23. 11 ordonne, en outre, de réciter dans toutes les églises de la république : Domine^ salvam foc rempublicam; Domine^ salvum fac Prœsidem et supremas ejus audoritates ,

Art. 24. Le Pape accorde à Tarmée de Nicaragua les grâces et les exemptions connues sous le nom de privilèges.

Art. 25. Les autres matières ecclésiastiques dont il n'est pas fait mention dans la présente convention seront réglées d'après les lois canoniques.

Art. 26. La présente convention abroge les lois faites antérieurement sur ce sujet dans la république.

Art. 27. Les ratifications devront suivre dans l'intervaljfe de dix-huit mois.

Art. 28. Aussitôt après les ratifications. Sa Sainteté confirmera la convention.

O. — Le Saint' Père écrit à M. Louis VeuîIIot le bref suivant à roccasion de sa Vie de Noire-Seigneur Jésus-Christ.

Nous vous félicitons, bien-aîmé Fils, de n^avoir pas enfoui le talent qui vous a été confié, quoique vous ayez été écarté de Tarène où vous combattiez si vaillamment et si utilement pour la vérité et pour la justice, et d*avoir au contraire continué d'un coeur joyeux à servir la cause que vous défendiez et à lui porter de nouveaux secours. C'est ce qu'attestent vos récents écrits, c'est ce que confirme le dernier sur la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, publié pour repousser les attaques contre sa divinité, et dont vous nous avez fait hommage. Par le peu que nous avons pu en parcourir au milieu de nos occupations multipliées^ nous avons jugé que la méthode choisie par vous est de toutes la plus appropriée au but que vous vous proposez, et que, dans l'exécution.

Jnmet.] EMPRISONNEMENT DE M» SALYINI ÉVÊQUE DE GAMERINO. 28t

TOUS TOUS êtes montré pleinement égal à vous-même. Cette œuvre de Totre main nous vient d'ailleurs révolue d'une splendeur particulière^. par la nature môme des épreuves auxquelles vous êtes soumis; car on y sent que, malgré ces épreuves, vous avez, comme autrefois, faim et soif de la justice, et que, poursuivant le' cembat comtnencé depuis long* temps, vous gardez la môme résolution, la môme fermeté d'âme. Nous nous étions senti ému de vos chagrins et porté à déplorer le sort qui vous était fait, mais nous avons regardé la plainte comme inopportune^ l'Apôtre nous disant : Heureux V homme, qui supporte l'épreuve; et encore : Mes Frères^ lorsque vous avez à subir diverses épreuves, regardez-les comme une source de joie. G*est pourquoi, puisque votre constance atteste que l'épreuve de votre foi a réellement mis en vous cette patience qui mène toute œuvre à sa perfection, nous sommes plutôt porté à vous féliciter et contraint de vous exciter à la joie. Afin que cela vous soit plus facile,, nous souhaitons et nous demandons à Dieu, pour vous, l'accroissement toujours plus abondant de sa grâce. Gomme avant-coureur de ce don céleste et comme gage de notre bienveillance particulière et de notre afifection pour vous, nous vous accordons avec amour, à vous et aux vôtres, la bénédiction apostolique.

11. — Mort de W Bara, évoque de Chàlons, né le 4 juin 1798^ à Vaubourg (Ardennes), préconisé le â jamier 1860.

it. — Une ordonnance royale soumet au plaeet dans le royaume d'Italie : i^ tous les rescrits ou décrets des Ordinaires diocésains portant nomination d'économes, curés ou vicaires spirituels; 2® tous les rescrits ou décrets des Ordinaires diocésains qui renferment des dispositions sur les biens ecclésiastiques dans toutes les provinces du royaume, h l'exception des provinces siciliennes.

14. — Lettre de Pie IX à M«' Hermann, archevêque de Fribourg en Brisgau. Pie IX indique dans cette lettre, qui commence par les mots Quum non sine, quelle est la doctrine de l'Église en matière d'éducation et d'instruction, et principalement en ce qui concerne renseignement donné dans les écoles populaires ^.

tu, -^ Mort, à Turin, du commandeur Vincenzo Migliettî, deux fois ministre de grâce et justice du Piémont.

•S. — Emprisonnement de M»' Salvini, évoque de Camerino, pour avoir publié dans son diocèse un décret de la Sacrée-Pénitencerie.

i y. les documents pontificaax relatifs à TEncyclique Quanta cura»

•O. — Encyclique Ubi Urbaniano, adressée par Pie IX aux archevêques et évoques de Pologne.

Vénérables Frères,

Salut et bénédiction apostolique.

Lorsque, le 24 avril dernier, jour consacré à rinvincible martyr da Christ, saint Fidèle de Sigmaringen, nous avons élevé la voix, au Collège de la Propagande, en cette ville de Rome, pour déplorer vivement la triste et profondément lamentable situation du royaume de Pologne, ainsi que le mouvement que l'on y a imprudemment soulevé contre un prince très-puissant^ nous avens dit en [même temps que nous avions lu dans les papiers publics que le gouvernement russe avait piis des mesures extrêmement sévères, non-seulement pour cooipdmer ce mouvement, mais encore pour extirper peu à peu la religion catholique dans ce même royaume de Pologne. Alors aussi nous avons dit que de si tristes nouvelles avaient besoin d'être confirmées d'une manière sûre et par une plus haute autorité, attendu que Toq ne peut pas toujours ajouter entièrement foi aux rapports des journaux* Mais aujourd'hui, d'après bien des témoignages différents et dignes de foi qui nous sont parvenus, nous avons l'extrême douleur, Vénérables Frères, de reconnaître comme trop certaines les violences que TËglise catholique, ses ministres et les fidèles ont chaque jour A subir et à endurer de la part du gouvernement russe. Car nous savons d'une' manière certaine que ce même gouvernement, depuis longtemps trèshostile à l'Eglise catholique, et désirant d'entraîner toutes ses populations dans son malheureux schisme, se sert du prétexte de l'insurrection dernière pour sévir avec toutes sortes de rigueurs contre tous les catholiques. Ainsi, sans avoir jamais mis entièrement à exécution le concordat conclu avec nous et avec ce Saint-Siège, sans aucun égard pour les traités qui l'obligent à protéger la religion catholique dans le royaume de Pologne, ce gouvernement a porté bien des lois et des décrets tout à fait contraires aux intérêts catholiques; jamais il n'a cessé d'interdire les écrits favorables au catholicisme; et en môme temps il faisait répandre des livres et des journaux qui attaquaient directement la doctrine catholique, qui étaient des plus injurieux pour le Vicaire de Jésus-Christ en terre et pour le Siège apostolique, qui surtout étaient propres A pervertir le peuple polonais ; les communications avec nous et avec le Saint-Siège étaient interdites ; on exigeait un serment contraire aux lois divines; on excitait le peuple contre les prêtres catholiques; il était défendu de montrer, dans la prédication et dans l'enseignement, la différence qui existe entre la vérité catholique et le schisme; les peines les plus sévères étaient portées contre quiconque chercherait A quitter ce malheureux schisme et à rentrer dans le sein de TÉglise catholique. De là les religieux

Juillet. J ENCYCLIQUE DE PIE IX AUX ÉVÊQUES DE POLOGNE. 283

chassés de leurs communauté^i et leurs mouastères couYertis en casernes; les évoques catholiques arrachés à leurs diocèses et envoyés en exil; une multitude innombrable de catholiques du rite grec depuis Jouglemps entraînés dans le schisme par toutes sortes de ruses et de violences, puis empôchés^ de rentrer dans le sein de TÉglise catho-* lique, comme c'était leur désir et leur volonté ; un nombre considérable aussi de catholiques du rit latin enlevés à leur Église, particuliérement au moyen de mariages mixtes ; des enfants laissés orphelins par leurs parents catholiques, envoyés, sous prétexte de tutelle, dans des contrées éloignées, élevés ainsi en dehors du culte catholique et précipités dans le schisme. De là cette foule de catholiques de tout rang^ de tout fige, de tout sexe, de toute condition, livrés à tant de douleurs et transportés dans des pays lointains ; de là les églises catholiques dépouillées, profanées, servant au schisme ou converties en casernes; les prêtres catholiques odieusement persécutés, dépouillés de leurs biens et réduits à la misère, ou envoyés en exil, ou jetés en prison, ou môme mis à mort parce qu'ils n'avaient pas négligé de porter les consolations et les secours de leur ministère sacré aux blessés et aux moribonds sur les champs de bataille. Ajoutons que les prêtres et les laïques qui sont envoyés en exil n'ont plus à compter sut les consolations et les secours de notre sainte religion, et que les catholiques de la Lithuanie n*ont eu d'autre choix que de s'en aller en exil dans des contrées éloignées ou d'abandonner la religion catholique. Tei^ sont en partie les déplorables attentats renouvelés sans cesse contre l'Église catholique par le gouvernement ruifse. Pour nous, dans Texcès de notre douleur, nous ne pouvons retenir nos larmes lorsque nous vous voyons, vous, vénérables Frères, et nos chers fils, les Qdèles catholiques, exposés à toutes ces terribles attaques au moyen desquelles le gouvernement russe s^efTorce de ruiner complètement la foi et la religion catholique soit dans le royaume de Pologne, soit plus particulièrement encore dans les autres provinces de l'empire.

Mais dans cette guerre violente que le gouvernement russe a déclarée à l'Église catholique, à ses droits sacrés, à ses ministres et à tout ce qui lui appartient, nous avons, vénérables Frères, à déplorer et à flétrir un autre attentat tout à fait nouveau dans les annales de l'Église, et inouï jusqu'à ce Jour. Car ce gouvernement ne s'est pas contenté d'ar» racher à son troupeau notre vénérable Frère Sigismond, l'éminent et digne archevêque de Varsovie ; mais il a osé encore statuer que ce vénérable Frère était privé de toute autorité et juridiction sur le diocèse de Varsovie, que personne de son diocèse ne pouvait communiquer avec lui, et il a prétendu mettre à sa place, comme administrateur du diocèse, notre cher Fils Paul Rzewuski, son vicaire général et évéque de Pruse in partibus infideliumy que nous avions déjà élu et désigné comme suffragant de l'archevêque de Varsovie. Il n'y a pas, vénérables Frères, de paroles suffisantes pour exprimer la réprobation et l*horreur que mérite un tel acte. Quel ne sera pas, en effet. Téton-

nement de quiconque apprendra que le gouvernement russe en est venu à ce point d'oser follement s'arroger envers les Ëvéques^ que le Saint-Esprit a constitués pour gouverner l'Église, le pouvoir de les priver de .l'autorité sainte que Dieu leur a donnée et qui ne dépend en aucune manière de la puissance laïque^ et de les éloigner du gouvernement et de l'administration de leur propre diocèse ? En réprouvant et"" condamnant de telles entreprises, nous déclarons positivement et hautement que personne ne peut obtempérer à des prescriptions de ce genre, et que tous les fidèles du diocèse de Varsovie doivent toujours obéir ponctuellement à notre vénérable Frère Sigismond, qui est le véritable et légitime pasteur de l'Église de Varsovie*

Du reste, nous sommes certaia que notre cher Fils Paul Rzewuski, se souvenant de son devoir, et ne se prêtant en aucune manière à Taccomplissement de cet ordre du gouvernement russe, continuera à remplir les fonctions de vicaire général, qui lui ont été confiées par notre vénérable Frère Sigismond, archevêque de Varsovie, son légitime pontife, et à lui obéir fidèlement en toutes choses.

Mais, vénérables Frères, si, prenant le Ciel et la terre à témoin, nous vous signalons de toute l'énergie de notre âme tout ce qui s'est fait, tout ce qui se fait encore dans le royaume de Pologne et les autres contrées soumises à l'empire de Russie, contre l'Église catholique, ses sacrés pontifes, ses ministres, ses droits, ses propriétés et contre ses enfants bien-aimés ; si notre plainte ne peut pas cesser tant que dure cette persécution du gouvernement russe contre rÉglise, à Dieu ne plaise que notre intention soit d'approuver en aucune manière les mouvements i|i inconsidérément et si malheureusement suscités en Pologne. Tout le monde sait avec. quel soin TËglise catholique a toujours prêché et enseigné que toute âme est soumise aux puissances supérieures^ que toussent sujets de l'autorité civile et doivent absolument lui rendre l'obéissance qui lui est due en tout ce qui n'est pas contraire aux lois de Dieu et de son Église. Et puis, n'est-il pas souverainement déplorable que de teb mouvements aient fourni au gouvernensieat russe un prétexte de tourmenter et d'opprimer chaque jour de plus en plus l'Église catholique ?

Mais, tout en réprouvant et condamnant les mouvements de cette nature, dont les sujtes sont également funestes pour la société chrétienne et pour la société civile, nous ne pouvons pas nous empêcher de rappeler ayec instance aux princes souverains des peuples que leur devoir est de faire tout ce qui dépend d'eux pour que ces graves paroles de la sagesse divine, s'adressant aux rois, ne retombent pas sur leurs \ùies : « Considérez que tous avez reçu la puissance du Seigneur et la a force du Trè&-Haut, qui interrogera vos œuvres et qui sondera le fond a de vos pensées. Ministres de son royaume, vous n'avez ni jugé équi- « tablement, ni gardé la loi de justice, ni marché selon la volonté de « Dieu. C'est pourquoi vous le verrez avec épouvante apparaître tout & « coup, car ceux qui commandent seront jugés avec une extrême

JaiUet.] ENCYCLIQUE DE PIE IX AUX ÉVÊQUES DE POLOGNE. 285

« rigaeur ; la miséricorde est accordée aux petits, mais les puissants « seront puissamment tourmentés. » Nous conjurons aussi tous les princes souverains^ et nous les prions de toute Fardeur de notre âme de vouloir bien comprendre et considérer que, lorsque les peuples sont détournés de notre religion très-sainte et de sa doctrine salutaire, de l'obéissance due à Dieu, à son Église et à ses lois, et lorsque^ pour atteindre ce but, on les empêche de communiquer librement avec ce Saint-Siège, les erreurs les plus pernideuses, les vices les plus funestes les envahissent et les dépravent, et il arrive que ces mômes peuples, ayant perdu toute crainte de Dieu, tout sentiment de piété, rejeté le joug si dofux de la religion et Tobéissance due à Dieu, à son Église et à ses lois, tombent misérablement dans une licence effrénée, et, marchant dans l'impiété au gré de leurs passions, méprisent Tautorité, blasphèment la majesté^ s'insurgent contre les princes et re« fusent de leur obéir. '

Dans Textréme douleur que causent à notre ftme tous les maux qui TOUS accablent, vous, vénérables Frères, et les fidèles confiés à vos soins, c'est pour nous un vrai soulagement et une grande consolation de voir avec quelle vertu et quelle constance vous défendez TÉglise au milieu de tant de labeurs et de dures épreuves soutenues pour la foi catholique. Mais, vous le savez : bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice 1 11 est beau et glorieux de subir Tignominie pour le nom de Jésus I Celui-là sera sauvé qui persévérera jusqu'à la fin I C'est pourquoi, nous n'en doutons pas, vénérables Frères, fortifiés dans le Seigneur et par la puissance de sa vertu, vous continuerez d'un cœur invincible à soutenii* vaillamment le combat pour la défense de Dieu et de sa sainte Église et pour le salut des âmes, vous souvenant « que les souffrances de la « vie présente n'ont pas de propprtion avec « la gloire qui, dans la vie future, éclatera en nous. » Nous vous adressons donc cette lettre pour exciter de plus en plus dans le Seigneur votre fermeté épiscopale à porter sans Ûéchîr le poids des affiictions accumulées sur vos têtes, et votre vigilance à veiller sur le troupeau confié à votre sollicitude, n'épargnant ni soins, ni conseils, ni travaux, afin que les fidèles dont vous avez la charge, s'abstenant de tout mal et bravant tous les périls^ demeurent stables et immuables dans la profession de la foi et de la religion catholique, sans jamais se laisser tromper et séduire par ses ennemis. Nous avertissons aussi, nous exhortons et nous supplions de toute l'affection et de toute l'ardeur de notre cœur paternel les fidèles confiés à votre garde, et qui nous Bpnt si chers, de confesser avec une constance inébranlable la foi, la religion et la doctrine catholiques, que, .par un bienfait signalé de Dieu, ils ont eu le bonheur de recevoir, et, mettant tout le reste au*det80U8, de marcher soigneusement dans la vqie des commandements de Dieu, par l'accomplissement de toutes les œuvres qu'inspire la charité soit envers Dieu, soit envers le prochain, comme il conviei^ aux fils de l'Église catholique.

Croyez bien cependant que, dans Thumilité de notre cœur, nous ne cessons, ni Jour ni nuit d'offrir au Père des miséricordes, au Dieu de toute consolation, d'instantes prières a6n qu'il vous revête de la vertu d'En-Haut, que sa droite divine vous protège, vous garde, vous défende, et que, se levant, il Juge sa cause, qu'il arrache son Église aux calamités qui la déchirent dans vos contrées, qu'il brise la superbe de ses ennemis, que, par sa vertu toute-puissante, il abatte leur obslination, et que, toigours propice, il répande sur vous et sur les fidèles qui vous sont confiés les dons les plus abondants de sa bonté. Comme avant-coureur de ces grâces, et comme gage de la bienveillance particulière avec laquelle nous vous embrassons dans le Seigneur, nous vous donnons du fond de notre cœur la bénédiction apostolique, à vous-mêmes, vénérables Frères, et à tous les fidèles clercs et laïques confiés à votre vigilance.

Donné à Gastel-Gandolfo, le 30 juillet de Tan 1864.

De notre pontificat Tannée dix-neuvième.

PIE IX, PAPE

SI. — Clôture, à Cologne, de l'octave des fêtes célébrant l'anniversaire sept fois séculaire de la translation des reliques des trois Mages de Milan à Cologne, en 1164.

t. — Mort de M'^Gerbet, évêque de Perpignan. M^ Gerbet (Olyrape-Philippe), né à Poligny, en Franche-Comté, en 1798, fut ordonné prêtre à Paris en 1822, et fut nommé évoque de Perpignan en 1834. Son Dogme générateur de la piété catholique et son Esquisse de Rome chrétienne sont des ouvrages classiques. On connaît ses rapports avec La Mennais, dont il ne se sépara qu'avec douleur et qu'il essaya vainement de ramener dans la bonne voie. L'évoque de Perpignan était une des lumières de l'Église et l'un des plus habiles et des plus éloquents défenseurs des doctrines romaines.

9. — A Rome, publication d'un décret du 27 juillet de la S. Congrégation de l'Inquisition, prononçant l'excommunication majeure contre le prêtre Gaétan Ouerrasio, qui se dit, malgré les saints canons, les défenses répétées du Pape et les défenses déjà prononcées, grand-aumônier du royaume des Deux-Siciles.

19. — Pie IX porte le décret de béatification de la vénérable Marguerite-Marie Alacoque, et fixe sa fête au 17 octobre.

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