‹ Annales ecclesiastiques. 1846-66Chapitre 38 sur 52 · C. Cabdinâl Patbizi · texte numérisé non relu

C. Cabdinâl Patbizi

19. — Lettre de Pie IX à M>' Cruice, évéque de Marseille, à roccasion de la consécration solennelle de la chapelle de Notre- Dame de la Garde, Quœ de religione.

Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique.

Ce que vous nous avez rapporté au sujet de l'élan religieux, du noble éclat et de la magnificence qui ont marqué l'inauguration de votre nouveau sanctuaire, et les récits qu'en ont fait à leur retour de votre ville épiscopale ceux qui en furent témoins, ont si bien répondu ÙL notre grand désir de voir se propager la gloire et le culte de la Mère àe Dieu, qu'il eût été impossible de rien nous annoncer qui nous fût plus agréable. Nous éprouvons une grande joie de la consolation particulière que vous a procurée tout ce que nous avons tâché de faire soit pour faciliter aux fidèles Texpiation de leurs fautes, et ainsi les préparer el les attirer à voire sainte cérémonie, soit pour augmenter de toute manière la splendeur de la solennité. Mais, nous devons le reconnaître, ces beaux résultats, c'est à vous qu'on les doit, à vous, à voire clergé et à votre peuple, à votre zèle, à voire piété et à votre générosité. C'est pourquoi nous vous en félicitons de tout cœur, et nous

Mpterabre.] ASSEMBLÉE GÉNÉIULE DES CATHOLIQUES D'ALLEMAGNE. 393

en rendons grâces comme d'un insigne bienfait au Dieu qui a bien Toulu seconder tos efforts. A?ec yous^ nous offrons à la Mère de Dieu tout ce qui a été fait en son honneur et nous implorons avec confiance sa puissante protection. Jamais elle ne se laissa surpasser ni même égaler en amour ou en munificence^ et c*est pour cela que nous espérons qu'elle récompensera son peuple avec une riche usure du dévouement qu'il lui témoigne. Puisse-t-elle avant tout obtenir de son Fils la destraction de ces erreurs qui sont aujourd'hui la principale cause de tous nos maux; erreurs monstrueuses qui ont presque totalement envahi la société humaine, au point qu'il n'est pas rare de voir des flmes, même pieuses^ séduites par des apparences d'utilité, quitter à leur insu la voie de la vérité. Puisse l'intercession de la Mère de Dieu écarter ces périls, en obtenant que tous les regards soient fixés vers cette Chaire de la vérité, vers cette lumière qui a été placée sur le chandelier 1 Que tous, au milieu de tant de ténèbres, se laissent diriger par sa clarté, qu'ils la suivent avec assez de fidélité pour échapper à tous les pièges de l'esprit de mensonge. Travaillons à cette œuvre^ tendons à ce but puissamment et de toutes nos forces. Pour vous, vénérable Frère, qui brillez par votre religieux attachement à ce Saint-Siège, faites en sorte de propager ce même attachement au sein de votre troupeau. Gagnez-lui môme les esprits les moins favorables, s'il en est, afin que dans cette heureuse disposition des cœurs nos instantes prières obtiennent plus facilement le grand bienfait que nous demandons par l'entremise de la Vierge. De là dépend le triomphe de la justice. En attendant qu'il arrive, et afin de vous en donner un heureux présage en même temps qu'un très affectueux et très tendre gage de notre bienveillance, nous TOUS accordons avec effusion de cœur notre bénédiction apostolique, à vous, vénérable Frère, à tout votre clergé et à votre peuple.

Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 17 septembre 1864, la XIX" année de notre Pontificat.

PIE IX, PAPE

— Nomination, par décret impérial, î de M. Tabbé Maignan, vicaire-général de Paris, à Févéché de Châlons, et de M. l'abbé Ramadié, curé de Saint-Jacques de Beziers, à l'évôché de Perpignan.

— LŒuvre du catholicisme en Pologne est fondée à Paris sous la présidence de IW de Ségur, et la vice-présidence du R. P. Pététot, supérieur général de l'Oratoire en France.

— L'Assemblée générale des catholiques d'Allemagne, réunis à Wurtzbourg, sous la présidence de M. de Moy de Sons, adopte, en se séparant, les résolutions suivantes :

I. — Gomme toutes les assemblées précédentes, la seizième assemblée

294 ANNALES EGCLÊSUSTIQUES. [1864

générale des Associations catholiques de P Allemagne coDiidëre comme un premier devoir de rappeler aux catholiques allemands les obligations que la détresse prolongée de la position* du Saint-Père leur impose.

Dans la ferme et inébranlable conviction que la divine Providence interviendra pour le rétablissement de la domination temporelle du SaintrSiége, rassemblée prie les catholiques de TAlIemagne de perse- Térer daus la générosité avec laquelle ils ont contribué jusqu^à ce jour au Denier de Saint-Pierre.

Elle recommande expressément la souscription de l'emprunt pontiOcal et déclare que c*est une afTaire d'honneur pour la nation allemande de ne pas se laisser distancer par le zèle de la Belgique et de la France.

II. — En remerciant Dieu, rassemblée, applaudit chaleureusement aux victoires des armes allemandes, qui ont regagné une partie du territoire national à la commune patrie.

En môme temps, elle espère que la délivrance politique des habitants des Duchés sera suivie de la délivrance religieuse des catholiques qui font partie de cette population.

Dans, ces pays^ pour lesquels le sang de tant de catholiques a coulé et dans lesquels lunt de prêtres et de religieux se sont sacrifiés, l'oppression qui a pesé sur l'Église catholique doit cesser.

111. — L'assemblée déplore vivement le différend grave qui existo de nouveau entre l'autorité ecclésiastique et Tautorilé civile dans le grandduché de Bade.

Tandis que rArchevôque, assuré de l'approbation du Saint-Siégc et de l'assentiment plein et entier de tous les Évêques catholiques, défend avec, une ivéritable modération apostolique les droits sacrés de la religion, de la famille et des âmes, le gouvernement grand-ducal se laisse entraîner envers les dignitaires de rÉglise à. des insultes graves, qui blessent profondément tous, les cœurs catholiques.

L'assemblée rappelle le fait cent fois prouvé par l'histoire que chaque coup frappé contre les autels retombe sur les trônes.

IV. — L'assemblée exprime ses regrets douloureux que les trois comtes de Schmising-Kerssenbrock aient été renvoyés de l'armée prussienne parce que, fidèles aux préceptes explicites de la sainte Église, ils ont répudié en principe le duel et toute participation au duel.

L'assemblée générale trouve une condamnation explicite des prin~ cipes de notre sainte É>^lise dans ce fait; elle se déclare hors d'état d'accorder cette condamnation avec l'exercice libre de la religion catholique, garanti par les lois fondamentales de la Prusse. \

Elle exprime sa satisfaction pleine et entière aux frères réellement héroïques, les comtes de Schmising-Kerssenbrock.

V. — L'assemblée exprime son indignation à l'égard des persécutions dont sont frappés les ordres rdigiéux dans plusieurs pays allemands, notamment dans le grand-duché de Bade, dans le^ Wurtemberg et dans la Hesse. Elle rappelle que la vie religieuse forme une partie intégrante de la

•septembre.] DÉPÊCHE DE M. DROUiN DE LHCYS. 29S

▼ie catholique et ne peut donc être interdite, à moins de léser la liberté «t l'égalité garanties aur catholiques. Elle rappelle aux hommes du progrès que c'est' une insulte à la justice de demander la liberté d'asso- -ciation et la liberté de changement de domicile^ tandis qu'ils Teulent défendre aux catholiques de se réunir en associations.

La liberté des Ordres est la liberté de l'Église; la suppression des Ordres n'est qu'un moyen d'opprimer l'Église aujourd'hui aussi bien qu'autrefois.

9t. «^ A Rome, consistoire dans lequel le Pape préconise plusieurs évoques, entre autres, M" Meglia, auditeur de la nonciature de Paris, au siège archiépiscopal de Damas in partions; M«'Faict, pour le siège épiscopal de Bruges, M»' Mermillod, pour le siège épiscopal d'Hébron in partibus, et comme auxiliaire, en résidence à Genève, de M«' Marilley, évoque de Lausanne et Genève; M*' Spalding, pour le siège épiscopal de Baltin)ore, aux États-Unis.

— Mort, à Alexandrie en Piémont, de M*' Alexandre-Dominique Varesini, archevêque de Sassari, en Sardaigne.

98. — Dépêche de M. Drouin de Lhuys au baron de Malaret, à {Turin ; on y lit :

Appelé à m'expliquer au mois d'octobre 1862 sur une communication •du cabinet de Turin qui, en affirmant le droit de l'Italie sur Rome, réclamait la remise de cette capitale et la dépossession du Saint-Père, j'ai dû refuser de le suivre sur ce terrain et déclarer, au nom de l'Empereur, que nous ne pouvions nous prêter à aucune négociation qui n'aurait pas pour objet de sauvegarder les deux intérêts qui se recommandent également à notre sollicitude en Italie, et que nous étions bien décidés à ne pas sacrifier l'un à l'autre. Après avoir franchement exposé ainsi à quelles conditions il nous serait possible de prendre en ^considération les propositions qu'on croirait devoir nous faire ulléiîeurement, nous avons ajouté qu'on nous trouverait toujours prêts à les «examiner, quand elles nous paraîtraient de nature à nous rapprocher du but que nous voulions atteindre. C'est dans cet esprit que nous •avons accueilli les diverses ouvertures qui nous ont été faites depuis, bien qu'elles ne répondissent pas assez complètement à nos iotentious pour servir de bases à un arrangement acceptable.

Nous suivions en même temps avec un grand intérêt les progrès qui «e manifestaient dans la situation générale de l'Italie. Le gouvernement italien comprimait avec résolution et persévérance les passions anarchiques, déjà afifaibiies pai^ l'effet du temps et de la réflexion. Des idées modérées tendaient à prévaloir dans les meilleurs esprits et à ouvrir la voie à des tentatives sérieuses d'accompiodemcnt. C'est dans

296 ANNALES ECGLÉSUSTIQOES. [1864

ces circonstances favorables que le gouvernement du roi Victor- Emmanuel s'est décidé à une grande résolution. Préoccupé de la nécessité de donner plus de cohésion à l'organisation de Tllalie, il nous a fait part des motifs politiques, stratégiques et administratifs qui le déterminaient à transférer sur un point plus central que Turin la capitale du royaume. L'Empereur, appréciant toute l'importance de cette résolution, et tenant compte à la fois des considérations que je viens de rappeler et des dispositions plus conciliantes manifestées par le cabinet de Turin, a pensé que le moment était venu de régler les conditions qui lui permettraient, en assurant la sécurité du Saint- Père et de ses possessions, de mettre fin à Toccupation militaire des États-Romains. La Convention du 15 septembre répond^ selon nous» à toutes les nécessités de la situation respective de Tltalie et de Rome. Elle contribuera, nous l'espérons, à bflter une réconciliation que nous appelons de tous nos vœux et que l'Empereur lui-môme n'a cessé de recommander dans l'intérêt commun du Saint-Siège et de l'Italie.

Aussitôt que le progrès de la négociation a permis d'en espérer le succès^ j'ai eu soin de faire part à la cour de Rome des considérations auxquelles nous avions obéi dans cette circonstance, et j'ai adressé à l'ambassadeur de Sa Majesté la dépêche dont vous trouverez ci-Joint copie. Je me suis empressé de lui annoncer la signature de la Con-; vention et de lui en faire connaître les clauses, pour qu'il en informe le gouvernement de Sa Sainteté.

J'espère que la cour de Rome appréciera nos motifs et les garanties que nous avons stipulées dans son inlérêi. Si, au premier abord, elle était disposée à voir d'un œil peu favorable les arrangements que nous venons de conclure avec une puissance dont la sépare encore le souyenir de récents griefs, la signature de la France lui doonera du moins, nous n'en doutons pas, la certitude de la loyale et sincère exécution des engagements du 15 septembre.

80. — A la suite d'événements arrivés à Turin par la convention du 15 septembre, Victor-Emmanuel réorganise son ministère sous la présidence du général de la Marmora.

Octobre.

1. — Publication, à Rome, d'un décret relatif à la béatification et canonisation de la vénérable Marie Rivier, du diocèse de Viviers, fondatrice de la congrégation de la Présentation de la sainte Vierge.

lO. — Le marquis Pepoli, l'un des négociateurs de la convention du 15 septembre, dit publiquement, dans un banquet qui lui est donné à Milan : « Le traité du 15 septembre ne porte atteinte

octobre.] LETTRE DK PIE IX A L'EMPEREUR MAXIMILIEN. 397

Cl à aucune partie du programme national, et brise le dernier anft neau qui unissait la France et nos ennemis. 0

Garibaldi écrit le même jour : « Avec Bonaparte, la seule conte vention est celle-ci : purifier notre pays de sa présence, non en c( deux ans, mais en deux heures. »

19. — Lettre de Pie IX que le nonce apostolique au Mexique, M»' Meglia, est chargé de remettre à l'empereur Maximilien :

Sire,

Quand, au mois d'avril dernier, avant de prendre les rênes du nouvel Empire du Mexique, Voire Majesté voulut se rendre dans cette capitale, pour vénérer le Tombeau des SS. Apôtres, et recevoir la Bénédiction Apostolique, nous lui nmes part de la profonde douleur qui remplissait notre âme à la vue du lamentable état où les bouleversements sociaux de ces dernières années avaient réduit tout ce qui touche à la religion, chez la nation mexicaine. Dès avant cette époque et plus d'une fois^ nous avions élevé là-dessus des plaintes, dans des actes publics et solennels, protestant contre la loi inique appelé de Ré" forme, qui renversait les droits les plus inviolables de l'Église, outrageait l'autorité de ses pasteurs ; contre Tusurpalion des biens ecclésiastiques et la dilapidation du patrimoine sacré ; contre l'injuste suppression des ordres religieux ; contre les fausses maximes qui blessaient directement la sainteté de la religion catholique ; enfin contre beaucoup d'autres attentats commis au préjudice non-seulement des personnes sacrées, mais encore du ministère pastoral et de la discipline de FÉgiise.

Aussi Votre Majesté a-t-elle dû facilement comprendre combien nous avons été heureux de voir, grâce à rétablissement du nouvel Empire, poindre l'aurore de jours pacifiques et prospères pour l'Eglise du Mexique. Cette joie a grandi quand nous vîmes appelé à cette couronne un Prince de famille catholique et qui avait donné tant de preuves de sa religieuse piété. Aussi vive fut l'allégresse des dignes Évêques mexicains qui, en quittant la Capitale de la chrétienté, où ils ont laissé tant d'exemples de leur abnégation et de leur filial dévouement envers notre personne, eurent le bonheur d'être les premiers à offrir leur hommage sincère au souverain élu de leur patrie, et de recevoir de sa propre bouche les assurances les plus flatteuses de la résolution énergique où il était de réparer les torts faits à l'Église et de réorganiser les éléments bouleveisés de l'administration civile et religieuse. La nation mexicaine, elle aussi, salua avec une joie indicible l'avènement au Trône de Votre Majesté, appelée par le désir unanime d'un peuple qui, jusqu'alors, avait été contraint de gémir sous le joug d'un gouvernement anarchique, et de pleurer sur les ruines et les désastres de la religion catholique, sa première gloire en tout temps et le fondement de toute sa prospérité.

Socs ces heureux auspices, nous atteudious de jour en Jour les premiers actes du nouvel Empire, persuadés qu'on donnerait à TÉglisey outragée avec tant d'impiété par la Révolution, une prompte et juste réparation, soit en révoquant les lois qui l'avaient réduite à un état d'oppression et de servitude, soit en en promulguant d'autres, propres à suspendre les effets désastreux d'une administration impie. Déçus jusqu'à présent dans nos espérances (la cause en est due peut-être aux difficultés qui se rencontrent, lorsqu'il s^agit de réorganiser une société depuis longtemps bouleversée), nous ne pouvons nous empêcher de nous adresser à Votre Majesté et d'en appeler à la droiture de ses intentions, à l'esprit catholique dont elle a donné des preuves éclatantes en d'autres occasions^ aux promesses qu'elle nous a Taites de protéger l'Église, et nous avons la confiance que cet appel, pénétrant Jusque dans soi: noble cœur, produira les fruits que nous attendons de Votre Majesté. Elle voit bien que, si l'Église est toujours entravée dans l'exercice de ses droits sacrés, si l'on ne révoque pas les lois qui l'empêchent d'acquérir et de posséder, si l'on continue à détruire les églises et les couvents, si, de la main des acquéreurs, on accepte le prix des biens de J'Égiise, si on donne une autre destination aux édifices sacrés, si on ne permet aux religieux de reprendre leur habit et de vivre en communauté, si les religieuses sont contraintes de mendier leurs aliments et de vivre dans des réduits pauvres et malsains, si Ton permet aux journaux d'insulter impunément les Pasteurs et d'attaquer la doc- . trine de l'Église catholique, le scandale pour les fidèles et le dommage pour la religion resteront les mêmes, et peut-être deviendront plus grands encore.

Ah I Sire, au nom de cette foi et de celte piété qui sont l'ornement de votre auguste famille, au nom de cette Église dont Jésus-Christ, malgré notre indignité, nous a constitué le Chef suprême et le Pasteur, au nom du Dieu tout-puissant qui vous a choisi pour gouverner cette nation catholique dans le seul but d'en guérir les plaies et de remettre en honneur sa très-sainte religion, nous vous en conjurons, mettez la main à l'œuvre, laissez de côté toute considération humaine, et, guidé par une prudence éclairée et le sentiment chrétien, essuyez les larmes d'une partie si intéressante de la famille catholique, et^ par une telle conduite, rendez-vous digne des bénédictions de Jésus-Christ, le Prince des Pasteurs. A cette fin, et pour seconder davantage vos propres désirs, nous vous envoyons notre représentant. 11 vous confirmera de vive voix la peine que nous ont occasionnée les tristes nouvelles qui nous sont parvenues Jusqu'à ce jour, et vous fera mieux connaître encore quelle a été notre intention et notre but en l'accréditant auprès de. Votre Majesté. Nous Tavons chargé à la fois, et de demander en notre nom à Votre Majesté la révocation des lois funestes qui oppriment TÉglise depuis si longtemps, et de préparer, avec la coopération des Évêques, et, là où ce serait nécessaire, avec le concours de notre autorité aposolique, la réorganisation entière et désirée des afl*aires ecclésiastiques.

octobre.] LETTRE DE PIE IX A L'EHPEREDR UAXIMILIEN. 299

Votre Majesté sait très-bien que, pour réparer efficacement les maux occasionnés par la révolution et pour rendre au plus tôt des jours heureux à 1* Église, il faut avant tout que la religion catholique, à l'exclusion de tout autre culte dissident, continue à être la gloire et le soutien de la nation mexicaine ; que les Évoques soient entièrement libres dans l'exercice de leur ministère pastoral; que les ordres religieux soient rétablis et réorganisés, conformément aux instructions et aux pouvoirs que nous avons donnés ; que le patrimoine de l'Église et les droits qui s'y rattachent soient sauvegardés et protégés; que personne n'obtienne la faculté d'enseigner et de publier des maximes fausses et subversives ; que l'enseignement, tant public que privée soit dirigé et surveillé par l'autorité ecclésiastique, et qu'enfin soient brisées les chaînes qui Jusqu'à présent ont retenu l'Église sous la dépendance et l'arbitraire du Gouvernement civil. Si l'édifice religieux vient à être rétabli sur de telles bases^ comme nous ne voulons pas en douter. Votre Majesté donnera satisfaction à l'un des plus grands besoins^ à l'une des plus vives aspirations du peuple si religieux du Mexique ; elle calmera nos anxiétés et celles de cet illustre Épiscopat ; elle ouvrira le chemin à l'éducation d'un clergé savant et zélé, ainsi qu'à la réforme morale de ses sujets; de plus, elle donnera un exemple éclatant aux autres gouvernements des Républiques américaines^ où de bien regrettables vicissitudes ont éprouvé l'Église ; enfin, elle travaillera efficacement, sans aucun doute, à la consolidation de son propre trône, à la gloire et à la prospérité de sa famille impériale.

C'est pour cela que nous recommandons à Votre Majesté le Nonce apostolique qui aura l'honneur de lui présenter notre lettre confl* denticlle. Que Votre Majesté daigne Thonorer de sa confiance et de sa bienveillance, pour lui rendre plus facile raccomplissement de la mission qui lui est confiée. Qu'elle veuille bien aussi accorder une égale confiance aux très-dignes Êvêques du Mexique, afin qu'animés comme ils le sont de l'esprit de Dieu et désireux du salut des âmes, ils puissent, avec joie et courage^ entreprendre l'œuvre difficile de restauration, en ce qui les concerne, et concourir ainsi au rétablissement de l'ordre social.

En attendant, nous ne cesserons d'adresser chaque jour nos humbles prières au Père des lumières et au Dieu de toute consolation, afin que, les obstacles une fois brisés, les conseils des ennemis de tout ordre social et religieux dissipés, les passions politiques calmées, et la pleine liberté rendue à l'Épouse de Jésus-Christ, la nation mexicaine puisse saluer, dans la personne de Votre Majesté, son père, son régénérateur, sa plus belle et plus impérissable gloire.

Dans la confiance où nous sommes de voir pleinement remplis ces vœux les plus ardents de notre cœur, nous donnons à Votre Majesté et à son auguste Épouse la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, de notre Palais Apostolique du Vatican, le 18* jour d'octobre 1864.

30. — Comme les cours de Paris et de Tarin continnaient d'interpréter différemment la convention de septembre, M. Drouya de Lbuys écrit à M. le baron de Malaret, ministre de France à Turin :

Monsieur le baron, hier j'avais convié H. le chevalier Nigra à un entretien pour lui parler de sa dépêche du i5 septembre. J'ai commencé par lui lire celle que je vous avais adressée, dont vous aurez donné communication à M. le général de La Marmora, ainsi qu'à M. Miogbelti^ et qui est le simple résumé d'une conversation que j'avais eue quelques jours auparavant avec M. le ministre d'Italie.

Dan« la phase actuelle, le cabinet de Turin a seul la parole. Pendant qu'il produisait devant le Parlemenl ses documents diplomatiques, nous nous renfermions dans un silence dont il a dû apprécier les niotifs : nous ne voulions pas, par la publicité d'un débat contradictoire sur le sens de la Convention, lui susciter des embarras, ni lui enlever ie mérite de loyales déclarations dont il pouvait désirer avoir Tinitiative. Mais notre réserve et notre discrétion vis-à-vis du public nous imposaient l'impérieux devoir d'entrer, sans réticences, avec le gouvernement italien, dans un échange de pensées afin de dissiper les équivoques, prévenir les malentendus, et donner aux actes du 15 septembre une interprétation que pussent admettre les deux parties contractantes.

Or, j'ai dû avouer à M. Nigra que, si je n'élevais aucun doute sur la parfaile sincérité de ses intentions, ni même sur Texactitude des faits consignés dans son rapport, je ne saurais dissimuler néanmoins qu'à mon avis ce document ne reproduit pas d'une manière complète la physionomie de la négociation ni le sens que nous attachons et que le gouvernement italien doit lui-mémo attacher aux engagements qui en ont été la suite. Pour en être convaincu, il suffît de constater Timpression qu'il a produite sur l'opinion des deux côtés des Alpes. Les journaux de toutes les nuances en ont tiré des conséquences aussi contraires à nos intentions qu'à celles des ministres du roi Victoi>Emmanue1. Cette dépêche, interprétée dans un môme sens par les passions des différents partis, est devenue le texte de ft^licita lions et de reproches que les deux gouvernements doivent avoir également à cœur de repousser. D'où vient cette confusion, si ce n'est de l'ambiguïté de quelques expressions vagues dont nous avions à l'avance signalé maintes fois les dangers en cette circonstance 7 Dans ces mots : droits de la nation,,,, aspirations nationales f malgré les précautions de langage dont ils sont eotourt^s^ chacun lit ce qu'il craint ou ce qu'il désire. On a sans doute quelque peine à s'expliquer comment la royauté italienne pourrait se trouver un jour à Rome, lorsqu'elle semble s'interdire d'y aller; car de telles prévisions ne ressortent pas naturellement de l'examen d'une convention qui stipule la translation de la capitale du royaume à Florence et la garantie du territoire pontifical contre toute agression armée. Ces subtils problèmes n'en égarent pas moins les esprits. C'est aux événements

octobre.] M. DAOUYN DE LUUYS ÉCRIT A H. LE BARON HALÂRET. 301

qu'il appartient de les poser. La loyauté comme la prudence ne per* xBettent pas d*en chercher prématurément la solution dans de vaines "hypothèses. Aussi, je suis loin d'attribuer un semblable dessein^ soit à la cour de Turin, soit à M. le chevalier Nigra ; Je signale la néces* sLté d'en prévenir même la supposition par la précision et la netteté des déclarations officielles. C'est à cet effet que J'ai donné dans ma correspondance et provoqué dans mes entretiens tous les éclaircissements propres à écarter des inductions téméraires ou injurieuses. Ces, éclaircissements se résument dans les propositions suivantes.

io Parmi les moyens violents dont Tltaiie s'est interdit l'emploi, on doit compter les manœuvres d'agents révolutionnaires sur le territoire pontifica], ainsi que toute excitation tendant à produire des mouvements insurrectionnels ;

2» Quant aux moyens moraux dont elle s'est réservé l'usage, ils consistent uniquement dans les forces de la civilisation et du progrès;

3<* Les seules aspirations que la cour de Turin considère comme légitimes sont celles qui ont pour objet la réconciliation de l'Italie avec la Papauté ;

4° La translation de la capitale est un gage sérieux donné à la France ; ce n'est ni un expédient provisoire ni une étape vers Rome. Supprimer le gage, ce serait détruire le contrat;

5® Les propositions de M. le comte de Cavour, en 4861, ne contenaient point cette clause relative à la capitale; en outre^ elles limitaient à un chiffre déterminé l'armée du Saint-Père et assignaient pour le dé pari de nos troupes un délai de quinze jours. On ne saurait méconnaître les différences considérables qui existent entre ces propositions et les arrangements du mois de septembre;

6° Le cas d'une révolution qui viendrait à éclater spontanément dans Rome n'est point prévu par la Convention. La France, pour cette éventualité^ réserve sa liberté d'action ;

7° Le cabinet de Turin maintient la politique de M. le comte de Cavour. Or, cet homme illustre a déclaré que Rome ne pourrait être unie À l'Italie et en devenir la capitale qu'avec le consentement de la France. Tels sont, Monsieur le baron, les différents points que j'ai traités dans mes conversations avec M. le chevalier Nigra, et sur lesquels il m'a paru que nous étions d'accord. Assurément, je ne prétends pas qu'il dût insérer dans son rapport ces explications complémentaires. Je veux moins encore lui faire un reproche de n'avoir dans ce document ui protesté contre l'emploi de moyens frauduleux, ni prévu la chute du pouvoir pontifical par l'effet d'une insurrection intérieure que des manœuvres étrangères n'auraient point provoquée. J'ai pensé avec M. le ministre d'Italie, comme le témoigne ma correspondance, qu'il est des prévisions que la dignité des contractants et le sentiment des convenances ne permettent point d'inscrire dans des actes diplomatiques. L'excès de précaution, en certains cas, devient une injure. Mais, il faut bien le répéter, lorsque, à travers les formules générales,

302 ANNALES EGCLÉSIISTIQORS^ [18e«

vous laissez entrevoir de vagues perspectives, chacun y place l'objet de ses désirs et le précise à sa manière ; ce que vous n'avez point dit, on 1g suppose^ et les partis extrêmes lisent, entre les lignes de vos dépCches, ce que dictent leurs passions. Voilà pourquoi nous souhaitons vivement que la lumière se fasse au milieu de ces obscurités, dans la div^cussion qui va s'ouvrir au sein du Parlement d'Italie, ilecevez, etc. Droutn de Lhdts.

Le même jour, M. le chevalier Nigra, ministre du Piémont à Paris, rendait également compte de l'entrevue à sa cour. Le 1*' novembre, il annonça par le télégraphe qu'il était d'accord avec le cabinet des Tuileries sur l'interprétation de la Convention, et M. Drouyn de Lhuys constata cet accord dans une note envoyée à M. de Malaret. Les deux gouvernements n'en continuèrent pas moins d'avoir des vues divergentes^ comme les documents diplomatiques publiés le prouvèrent. La dépêche envoyée au général de la Marmora le 30 octobre par M. Nigra ne pouvait laisser de doute à cet égard ; voici cette dépêche :

Monsieur le ministre.

Diaprés le télégramme que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m*adresser le 28 courant pour m'informer de la communication qui lui avait été faite par le ministre de France à Turin, au sujet de ma d(^pêche du 15 septembre ^ je me suis rendu hier chez le ministre impérial des affaires étrangères, et j'ai eu avec lui une longue explication.

S. Exe. M. Drouyn de Lhuys m'a loyalement avou(5 que ce qui était dans ma dépêche était vrai. Mais il a ajouté que le contenu de ma dépêche, au point de vue françaisi, devait être complété sur plusieurs points.

Je vais rendre compte à Votre Excellence des observations de M. Drouyn de Lhuys et de mes réponses.

1° Le ministre impérial des affaires étrangères croît d'abord que ma dépêche n'a pas suffisamment indiqué la différence qui existe entre le projet du comte de Gavour et la Convention. J'ai répondu que l'ancien projet du comte de Cavour ayant été textuellement inséré dans ma dépêche^ la différence entre les deux documents devait naturellement ressortir de leur lecture et de leur comparaison ; qu'au surplus, j'avais fait remarquer bien exactement les modifications apportées au texte primitif, et notamment celle qui a trait à la formation de l'armée pontificale, et celle bien plus grave concernant la translation du siège du gouvernement italien. J'ai assez clairement indiqué dans ma dépêche

^ Cette dépêche résumait Thistoire des négociations, et indiquait que la convention n*ôtait contraire en rien aux aspirations nationales de Tltalic.

octobre.] DÉPÊCHES RELATIVES A LA CONVENTION DE SEPTEMBRE. SOS

que le fait de la traoslation de la capitale a été considéré par le gou. Yernemeat impérial comme une condition sine qua non de la signature de la Convention.

2^ M. Drouyn de Lhuys pense que parler d'aspirations après s'être interdit les moyens violents d'aller à Rome, c'est faire supposer aux partis qu'on se réserve les voies souterraines. J'ai répondu que rien dans ma dépêche ne pouvait donner lieu à une telle interprétation ; que nous avions expressément réservé les aspirations nationales^ mais que nous en avions en môme temps déterminé la voie et le but ; que j'aurais cru faire une injure à mon gouvernement en admettant même pour un seul instant la nécessité d'une explication à cet égard. 11 n'y a rien de commun entre les voies souterraines dont parle M. Drouyn de Lhuys et les forces morales de la civilisation et du progrès auxquelles nous faisons appel pour arriver à une conciliation entre l'Italie et la papauté.

Z^ M. Drouyn de Lhuys a rappelé que dans les conférences il avait été déclaré de part et d'autre qu'on ne devait pas se préoccuper du cas où, malgré l'exécution loyale de la Convention de la part de l'Italie et de la France, le gouvernement pontifical ne pourrait plus subsister par lui-même et se rendrait impossible ; que cette éventualité aurait constitué une situation nouvelle indépendante de la Convention et en dehors des prévisions des parties contractantes. Les deux gouvernements se réservaient pour ce cas, s'il venait à se vérifier, toute liberté d'action de part et d'autre.

Cette réserve mentionnée par Son Excellence est parfaitement exacte, et j'ai eu soin de la faire connaitre en son temps an gouvernement du Roi* Mais je n'ai pas cru devoir la rappeler dans une dépêche destinée à la publicité, par deux raisons : en premier lieu, les plénipotentiaires ayant reconnu qu'ils ne pouvaient et ne devaient se préoccuper d'une éventualité de cette nature, il devait y avoir une égale raison pour que j'en Qsse de même dans ma dépêche ; en second lieu, il me répugnait de livrer à la discussion publique la prévision de la chute du gouvernement pontifical par sa seule faute et par son impuissance. Certes, cette éventualité est possible ; mais si l'on doit envisager dès à présent les éventualités futures , nous préférons arrêter notre pensée sur celle d'une possible conciliation entre la papauté et l'Italie. Je dois ajouter, du reste, que M. Drouyn de Lhuys, en faisant cette remarque, n'a pas eu l'intention de se plaindre de ce qu'elle n'ait pas été exposée dans ma dépêche du 15 septembre. Son Excellence m'a dit qu'elle a plutôt voulu répondre en quelque sorte aux journaux qui ont commenté ce document. M. Drouyn de Lhuys partage entièrement notre opinion sur la convenance de ne pas engager une discussipn sur une éventualité future dont les parties contractantes n'avaient pas à se préoccuper.

Enfin, M. Drouyn de Lhuys aurait désiré que ma dépêche contint l'explication de ce que nous entendons par aspirations nationales. J'ai

répondu à Son Excellence que cette explication s*y trouvait et que j^avais eu soin d'indiquer comme but de nos aspirations la conciliation entre ritalie et la papauté sur le principe de libre Eglise en libre État. La réserve de ces aspirations ayant été faite expressément et dans les termes que j'ai cités textuellement, je n*avais rien à ajouter à ce sujet.

Par ce que je viens de vous exposer, monsieur le Ministre, vous verrez que, môme en présence des remarques de l'honorable ministre impérial des affaires étrangères, le contenu de ma dépêche demeure inaltéré. Votre Excellence tiendra sans doute comme moi le plus grand compte des observations de M. Drouyn de Lhuys, telles que j'ai eu l'honneur de les lui exposer. Mais je ne les crois pas de nature à infirmer ce que j'ai consciencieusement exposé dans mon rapport, que je maintiens dans son intégrité.

Ce que je viens d'écrire n'est pas destiné à être publié. Mais si le gouvernetnent français croyait convenable de publier les notes qui vous ont été communiquées en dernier lieu par le ministre de France^ je prie Votre Excellence de donner à cette dépêche une égale publicité.

Veuillez agréer, etc. Nigra.

IVoTembre.

3. — M. Mosca, rapporteur de la commission nommée par la chambre des députés de Turin pour l'examen de la convention du i5 septembre et le transfert de la capitale, lit son rapport, dont les conclusions furent plus tard adoptées par la chambre. Dans ce rapport, la convention du 15 septembre est appréciée comme il suit :

Établir et préciser la signification de la Convention au point de vue respectif des deux parties contractantes ; déterminer la situation nouvelle que cet acte international crée à l'Italie, et qui touche à l'accomplissement de ses aspirations nationales; relier à ce double ordre d'idées le transfert de notre capitale : telles sont les questions que nous nous sommes posées en essayant de les résoudre, en dehors de toute influence perturbatrice, de préventions passionnées aussi bien que d'illusions dangereuses ; et aujourd'hui nous venons vous rendre compte de notre jugement avec toute la clarté et la sincérité possibles.

Si l'Italie a annoncé solennellement à TEurope un programme national dont son honneur ne lui permet, en aucun cas ni sur aucun point, de s'écarter, il ne faut pas, d*uu autre côté, oublier que ce programme n'a jamais été accepté par la France, que môme il constitue, pour le moment du moins, un principe et un point de départ divergent des convictions et des vues de la politique française. Ceci posé, il est évident que le gouvernement du Roi, en invitant à des négociations le gouvernement impérial, ne pouvait en aucune façon prendre pour

novembre.] RAPPORT SUR LA CONVENTION DE SEPTEMBRE. a05

point de départ ce programme ni l'appeler à discuter sur ce terrain. Ceci ne Taurait amené à aucun résultat, et les négociations se fussent trouvées rompues avant môme d'être entamées.

Ceux donc qui cherchent dans la Convention une satisfaction immédiate et positive donnée aux aspirations nationales de Tltalie vis-à-vis de la question de Rome, veulent y trouver ce qui n'y existe pas, ce qui môme ne peut pas y exister.

MaiS) de même qu'on ne pouvait demander à la France qu'elle eût dans les négociations à se placer à notre point de vue, la France ne pouvait pas davantage raisonnablement prétendre que l'Italie s'y plaçât au point de vue français, en renonçant à son programme national. Une contradiction universelle et une sévère condamnation n'eussent point tardé à frapper le gouvernement italien s'il eût accepté une semblable situation, ne fût-ce qu'un seul instant.

C'est en tenant compte de cette différence de position et de vues que votre commission a entrepris l'examen du traité, décidée à le repousser sans la moindre hésitation, dans le cas où elle y reconnaîtrait une offense aux sentiments de la nation et une modification quelconque au programme que le Roi, le Parlement et le pays sont unanimes pour maintenir intact, décidée également à le recommandera votre approbation, dans le cas où, sans toucher à ces bases inviolables et indiscutables, il paraîtrait à d'autres égards acceptable et avantageux.

Or, nous sommes heureux de vous faire connaître les motifs pour lesquels nous nous sommes rangés à ce dernier avis.

Les obligations imposées à l'Italie par la Convention sont trop clairement exprimées et trop précisément définies pour pouvoir, avec quelque fondement, autoriser la conclusion ou môme le simple soupçon que l'Italie puisse, en l'acceptant, renoncer à ses aspirations à Rome ; nous ne renonçons point à y aller un jour, nous renonçons simplement à y aller par la force. ^

Mais celte renonciation n'est en aucune façon en contradiction avec notre programme national. Elle est même en parfaite harmonie avec le mémorable ordre du jour du 27 mars 4861, qui l'a heureusement formulée et résumée, et avec toutes les déclarations postérieures de la Chambre.

11 est vrai qu'en vertu de la Convention, ce qui n'était de notre part qu'une proposition volontaire et spontanée, acquiert la forme et le caractère d'une obligation contractuelle et d'un engagement international; mais cette différence dans la forme n'altère en rien les substances du fait, attendu que les motifs qui nous traçaient cette ligne de conduite appartiennent à un ordre tellement supérieur, que la nécessité qui en découlait n'était pas moins impérieuse que celle qui résulte de la Convention qui nous occupe. Dans l'opinion de votre commission, le pouvoir temporel ne sera irrévocablement vaincu et anéanti que par sa propre impuissance : et Ultalie est d'autant plus intéressée à

Annales ecélés. 20

M6 ANNALES ECCLÉSIASTIQUES. [tM4

cette épreuye, dont Fissue est fatale, que ne disent r6tre ses plus ardents adversaires.

Votre commission considère comme superflu de s'engager plus avant, pour démontrer que le traité ne porte aucune atteinte aux bases du droit national. C'est tout au plus si eUe le borne à appeler Fattention de la Chambre et du pays sur les documents diplomatiques qui nous ont été communiqués en même temps que la Convention, et dans lesquels la môme thèse est constamment soutenue avec un rare talent et une énergie qui ne s'est jamais affaiblie.

Mais, si Ja Convention du 15 septembre n*a eu pour objet de satisfaire ni le programme français ni le programme italien, en ce qui touche la question de Home, quelle est donc sa signifioatioa? Votre commission croit encore que cette signification résulte clairement de la Convention elle-même. Celle-ci a eu pour but et pour objet de faire cesser l'ooeupation française à Rome, et de régler les conséquences de ce fait. Ce fut précisément en maintenant en ces limites l'objet des négociations, qu'on rendit possible un accord entre les deux gouvernements, basé sur ^p principe de politique conunune, nous voulons parler du principe de, non-intervention.

Mous croyons également superflu de nous étendre jusqu'à apprécier ce que l'Italie a le droit d'atlendre en effets, mémeseulement inunédiats, de la cessation de l'occupation française. Nous nous bornerons à dire que les applaudissements presque uoanimes qui ont salué en Italie la nouvelle de cet événement prouvent que le sens pratique qui distingue si admirablement nos populations a su l'envisager sous sa véritable face, ,et s'arrêter sur le point vital de la solution concertée.

Ce fait est, il est vrai, la plus grande satisfaction que la France pouvait donner à l'Italie.

Les effets immédiats de la cessation de l'occupation française sont de diverse nature, etsurtoutimportants en ce qui concerne les rapports de sécurité publique. En effet, il ne doit échapper à personne que si, par la Convention, nous sommes engagés à observer et à respecter les obligations que le droit des gens impose à tout État envers un État voisin, aucune espèce d'impunité n'a été stipulée à l'avance au profit du gouvernement romain pour le cas où il se permettrait de mépriser ou de violer ces mêmes obligations.

Quant aux effets plus éloignés qui doivent naître^ lentement soit, mais immanquablement, à notre avis, les parties contractantes ne pouvaient s*en préoccuper, et aujourd'hui il ne serait ni prudent, ni sage de les préciser d'avance. La Convention, à cet égard, ne règle et ne défend rien, d'où il résulte que pleine et entière liberté d'action est réservée & Tltalie, qui n'aura qu'à prendre conseil des événements qui sont dans le domaine de l'avenir pour les agencer aux fins de sa politique nationale. Seulement, encore à cet égard, l'Italie doit être heureuse d'une grande conquête, nous voulons parler de l'application du principe de non-intervention à TËtat romain cooune à toute autre

«lovenubre.] DÉPÊCHE DO GÉNÉRAL DE LA MARMORA. 897

partie de Tltalie^ principe doDt nous venons nous-mêmes d'être constitués et reconnus les vengeurs et les gardiens.

Si donc, comme le croit votre commission, la signification de la Convention ne renferme aucune dérogation à notre programme national, et si cet acte^ dans ses effets, s'accorde si heureusement avec les vœux, les intérêts et l'honneur de l'Italie, l'approbation que nous demandons de votre patriotisme ne saurait être douteuse.

9. •— Dépêche da général de la Marmora au chevalier Nigra, datis laquelle il donne l'opinion du gouvernement piémontais sur les sept propositions énoncées par M. Drouyn de Lhuys.

<r Le traité du 15 septembre, dit*il, pourvoit complètement aux exigences de la situation par rapporta la Papauté en donnant des assurances positives à la France et au monde catholique. Si, par les enga* gements que l'Italie a pris, elle a renoncé à employer les moyens violents, à plus forte raison elle n*aura pas recours à ces voies souterraines dont j'ai vu non sans peine^ je dois Tavouer, la dépêche du ministre des affaires étrangères de l'Empereur faire mention, et dont nous repoussons jusqu'à la pensée. Mais il n'est pas moins vrai que l'Italie a une foi entière dans l'action de la civilisation et du progrès^ dont la seule puissance suffira, nous en avons la pleine confiance, pour réaliser ses aspirations.

« Quelles pourront être les conséquences de cette action des éléments de civilisation et de progrès? Chacune des deux puissances contractantes peut avoir .et maintenir à cet égard une opinion particulière; mais je ne saurais voir comment cette opinion pourrait former entre elles l'objet d'une discussion pratique, du moment où Tltalie déclare de la manière la plus explicite que, quand ses aspirations viendraient à se réaliser, ce ne serait certainement pas par le fait de la violation du traité de la part de son gouvernement.

« Quelles sont, en dehors de la question de la stricte observation de la Convention, les aspirations nationales de l'Italie ? M. Drouyn de Lhuys a entendu les définir et les préciserdans la dépêche que j'ai rappelée plus haut. Le gouvernement du Roi se voit avec regret dans l'impossibilité de suivre sur ce terrain le ministre impérial des aff'aires étrangères. Les aspirations d'un pays sont un fait qui appartient à la conscience nationale, et qui ne peut, à notre avis, devenir à aucun titre le sujet d'un débat entre deux gouvernements, quels que soient les liens qui les unissent.

« Quant à la conciliation de l'Italie et de la Papauté, c^est un but que le Gouvernement du Roi n'a jamais cessé de se proposer, et dont la Convention du 15 septembre doit rendre la réalisation plus facile.

« En ce qui concerne la signification que le. gouvernement du Roi attache à la translation de la capitale, je n'ai, monsieur le Ministre, qu'à laisser parler les faits eux-mêmes. Le gouvernement italien a

préparé Texécution de cette condition, qui est peut-être la plus ^rare et la plus délicate des obligations que nous avons assumées par les accords du 15 septembre. Sauf la délibération du Parlement, dans peu de mois Florence sera la capitale de Tltalie. Ce qui pourra arriver plus tard, par suite d'éventualités qui sont du domaine de l'avenir, ne peut pas être aujourd'hui l'objet des préoccupations des deux gouvernements. M. Drouyn de Lhuys l'a dit avec raison : c'est aux événements qu'il appartient de poser ce problème.

« Je m'étendrai encore moins sur la cinquième et sur la septième des propositions énoncées par M. Drouyn de Lhuys ; elles me paraissent avoir pour but, l'une de constater que nous nous sommes écartés du projet du comte de Cavour> l'autre, d'exprimer le désir que nous restions fidèles à sa politique pour l'avenir. Les différences qui existent entre le projet du comte de Gavour et la Convention actuelle, rassortent clairement du rapport que vous avez adressé le 15 septembre dernier à mon honorable prédécesseur, et, quant à la politique du comte de Cavour, telle qu'elle est exposée dans un discours célèbre que le ministre impérial des affaires étrangères a cité dans la dépêche doot je parle, il comprendra, je n'en doute pas, que nous tenons à honneur de continuer à la suivre.

U me reste à mentionner à monsieur le Ministre^ puisque S. Exe M. Drouyn de Lhuys en a pris rinitiative> l'éventualité où une révolution éclaterait spontanément dans Rome et renverserait le pouvoir temporel du Saint-Père. Le ministre impérial des affaires étrangères réserve pour ce cas l'entière liberté d'action de la France ; l'Italie, de son côté, fait, comme de raison^ la môme réserve.

Telles sont, monsieur le Ministre, les vues et les convictions avec lesquelles le Ministère se présente au Parlement pour soutenir devant lui la Convention du 15 septembre. Cet acte international, convenu pour surmonter les difficultés d'une situation peut-être sans exemple, ouvre, selon nous, aux deux gouvernements une voie nettement tracée où le gouvernement du Roi croit pouvoir compter sur l'appui des représentants de la nation pour rivaliser de loyauté avec la France.

La publication, par le Moniteur, des deux notes adressées par le ministre impérial des affaires étrangères à M. le baron de Malaret nous fait un devoir, monsieur le Ministre, de faire insérer sans retard, dans la Gazette officielle du royaume, la dépêche que je vous adresse en ce moment, et que je vous prie de vouloir bî.en faire connaître officiellement à S. Exe. M. Drouyn de Lhuys.

Veuillez agréer, etc. Alp. La Marhora.

9. — Un ukase du czar Alexandre supprime 125 couvents catholiques existant dans le royaume de Pologne.

19. — La chambre des députés de Turin adopte la loi relative au transfert de la capitale de Turin à Florence.

décembre.] ENCYCLIQUE QUANTA CURA. 309

»0. — Mort de M" Jerphanion (Jean-Joseph-Marie-Eugène), archevêque d'Alby, et de M»' Sibour, évoque de Tripoli in partibus.

— A Rome, béatification solennelle du vénérable Ganisius, de la Compagnie de Jésus. Le bref de béatification, Qui contra Ecclesiam^ en date du S août 1864, fixe au 27 avril la célébration de sa fête, pour les diocèses d'Utrecht et de Lausanne et pour les maisons de la Compagnie dont il était membre.

*4. — Mort du F. Gabriel Taborin, supérieur général et fondateur delà Congrégation des Frères de la Sainte-Famille, dont le siège est à Belley, et qui a été approuvée par un bref de Grégoire XVI en date du 28 août 1841 . Le P. Taborin était né le 1" novembre 1799 à Belley, dans le haut Bugey.

Déeemlire.

4. — M** Lyonnet, évoque de Valence, est nommé à Tarchevôché d'Alby.

— Le czar Alexandre approuve un règlement qui place sous la complète dépendance de l'autorité civile les couvents catholiques conservés dans le royaume de Pologne.

9. — Encyclique Quanta cura de Pie IX adressée à tous les évêques du monde catholique, et accompagnée d'un Syllabus ou Bésumé comprenant les principales erreurs du temps; Lettres apostoliques prescrivant la célébration d'un jubilé universel pour l'année 1865. On sait quelle émotion causa ce grand acte de Pie IX : les catholiques qui ne cherchent pas à ajouter d'épithète à ce beau nom adhérèrent aussitôt de cœur et d'âme; les catholiques qui croient devoir s'appeler de plus libéraux, comme si le vrai chemin de la liberté n'était pas la possession intégrale de la vérité, se soumirent, mais cherchèrent bientôt des explications qui leur permissent de conserver des préjugés encore trop chers; le libéralisme se sentit frappé au cœur, et l'on vit à la fois s'élever contre la doctrine du Pape ceux qui trouvent que les gouvernements n'accordent jamais assez de liberté, et les partisans de l'absolutisme de l'État, qui veulent toutattirer à l'État sans rien laisser à la liberté individuelle ou à la liberté des cor^ ~ porations. Les publicistes s'emparèrent des documents pontificaux ; les Èvéques les publièrent, autant que cela leur fut per-

310 ANNALES EGGLÉSUSTIODES. 118^4

mis, et, avec des nuances venant des situations et des caractères^ défendirent la doctrine du Saint-Siège* La publication de TEDcy— clique du 8 décenabre provoqua de violentes polémiques; elle fit écrire des volumes. De tout cela, le bien a fini par sortir : les catholiques de bonne foi ont vu la lumière, bien des masques oat été arrachés ; et il reste établi ceci : Que Pie IX a montré la vérité ; libre sans doute aux individus et aux gouvernements de l'accepter, mais ils ne sont pas libres d'empêcher les conséquences de leur choix. Nous ne pouvons que renvoyer ici à l'Encyclique, au Sylla^ bus^ aux documents pontificaux sur lesquels s'appuie ce SyllabuSy et qui ont été publiés dans toutes les langues et par milliers et milliers d'exemplaires ; enfin aux lettres pastorales des évoques et aux écrits des catholiques, prêtres ou laïques, qui ont approfondi les questions soulevées par le grand acte de Pie IX. Nous n'aurons plus ensuite qu'à indiquer les principaux incidents de l'émotion qu'il a produite.

S. — M. l'abbé Gueullette, curé de Notre-Dame de Moulins^ est nommé à Tévêché de Valence.

10. — M^' Meglia, nonce apostolique à Mexico, présente ses lettres de créance à Tempereur Maxiijnilien.

11. — Le roi Victor-Emmanuel sanctionne la loi sur le transfert de la capitale à Florence ; à partir de ce jour court le délai de deux ans fixé pour la convention du 15 s^tembre.

lO. — Translation à la bibliothèque impériale du cœur de Voltaire, dont M. Duruy, ministre de l'instruction publique, prend possession au nom de l'État.

• 1. — Entrevue, à Mexico, entre l'empereur Maximilien et M*' Meglia. L'empereur émet les quatre propositions suivantes, comme devant servir de base au concordat projeté : 1** tolérance de tous les cultes ; 2** consécration définitive et formelle de la sécularisation d^s biens eicclésiastiques ; 3* dotation du clergé par TÉtat; 4" faculté par l'État de constituer l'état civil, dans lies délais et l'étendue qu'il, jugera conveoables. Maximilien P' revendique en même temps les apeien$ droits régaliens de la couronne d'Espagne, c'est-à-dire l'investiture des prélats, la réglementation des tarifs ecclésiastiques, la limitation^ du nombre des confréries religieuses et des ordres monastiques, etc. C'était le joséphisme et le gallicanisme réunis. Ces propositions ne pouvaient être acceptées du nonce. Dès lors la mésintelligence éclft^,.

décembre.] L'ENCYCLIQUE QUANTA CURA. 311

et le parti catholique, le seul parti vraiment national au Mexique, et qui avait appelé Maximilien au trône, s'éloigna d'un prince qui n e cessait de faire des avances aux libéraux, ses ennemis^ en môme temps qu'il mécontentait ses plus zélés partisans. Mal conseillé, Maximilien commit fautes sur fautes et finit, peut-être parce qu'il n'était pas absolument libre de suivre son propre sentiment, par compromettre entièrement sa cause.

SO. — Une note adressée à l'ambassadeur de France à Rome formule les regrets que la publication de l'Encyclique Quanta cura a inspirés au gouvernement français.

1 . — A Paris, le nonce apostolique adresse à TËmpereur les paroles suivantes, au nom du corps diplomatique :

« Sire,

« Le jour de Fan réunit de nouveau auprès de Votre Majesté le corps diplomatique, qui, en ce jour solennel, vous présente par mon organe son hommage respectueux.

« Nous sommes heureux, Sire, toutes les fois qu'il nous est donné d'exprimer nos vœux pour la prospérité et le véritable bonheur de Votre Majesté, de son auguste famille et de la France. »

L'Empereur a répondu :

« Les félicitations du Corps diplomatique, dont vous voulez bien être Torgane, me touchent vivement. Je fais des vœux pour que la concorde continue à régner parmi nous. Votre présence autour de moi en est le sûr garant. Soyez convaincus que je ferai tous mes efforts pour que mes relations avec les puissances étrangères soient toujours animées par le respect du droit, Famour de la paix et de la justice. »

M>' l'archevêque de Paris a adressé à l'Empereur l'allocution suivante :

« Sire,

« J'ai l'honneur de présenter à Votre Majesté les hommages respectueux du clergé de Paris, et Je la prie d'agréer les vœux que nous adressons au Ciel pour l'Empereur, pour l'Impératrice et pour le Prince Impérial : — pour l'Empereur, qui favorise le maintien et le développement des intérêts moraux et religieux dans notre pays, et qui tient si haut et si ferme le drapeau de la France; — pour l'Impératrice, qui fait asseoir sur le trône la grâce et la bonté à côté de la force et de la justice; — pour le Prince impérial, le cher et noble espoir de ceux qui viendront après nous. »

L'Empereur a répondu :

janvier.] RÉCEPTION DE L'ÉTAT-HAJOR DE L'ARMÉE FRANÇAISE. 313

« Je TOUS remercie des sentiments que vous m'exprimez au nom «c du clergé de Paris et des vœux que tous adressez au Ciel pour moi.

« Je suis bien aise de voir que mes efforts pour le maintien des intétt rets religieux soient appréciés par le prélat qui gouverne le diocèse « de Paris.

« Je vous demande de prier pour moi, pour Tlmpératrice et pour « le Prince Impérial. »

— A Rome, le Saint-Père reçoit au Vatican rétat-major de l'armée française d'occupation, présenté par le général de Montebello. (( Il a, dit le Journal de Rome^ accueilli avec sa bonté ordinaire <t les expressions des sentiments manifestés par M. le général an a nom des officiers et soldats de cette armée, et, après avoir « répondu en peu de mots, leur a donné à tous la bénédiction a apostolique, d Le journal officiel se borne à ce court récit.

Le jour de Noël précédent, selon l'usage romain, le cardinaldoyen du Sacré-GoUége était venu adresser au Pape les félicitations du renouvellement de Tannée. Le cardinal prit pour texte de son discours le récit de Daniel sur le songe de Nabuchodo- Jiosor.

« Une pierre se détacha d'elle-même de la montagne, sans la

main d'aucun homme, et, frappant la statue dans ses pieds de fer et d'argile, elle les mit en pièces. — Alors le fer^ l'argile, Tairain, Targent et l'or se brisèrent tous ensemble et devinrent comme la menue paille que le vent emporte hors de l'aire pendant Tété, et ils disparurent sans qu'il s'en trouvAt plus rien en aucun lieu ; mais la pierre qui avait frappé la statue devint une grande montagne qui remplit toute la terre... »

Ces métaux représentent des royaumes; ils se mêleront «par des alliances humaines; mais ils ne demeureront point unis... » Et « dans le temps de ces royaumes, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit, un royaume qui ne passera point à un autre peuple. »

Ce royaume est celui du Vicaire de Jésus-Christ. Il ne sera point enlevé par les ravisseurs, il ne leur appartiendra jamais ; tels ont été le sujet et la conclusion du discours de Son Éminence.

Le Pape dit, après avoir remercié le Sacré Collège de ses félicitations et loué les preuves admirables de son dévouement, de son unité dans la défense de ce royaume plus particulièrement consacré à la puissance visible de Jésus-Christ dans son Église, que

9t4 ANNALES ECCLÉSIASTIQUES. [1865

les attaques de Tennemi contre la yériié et la jastice sont toujours les mêmes. Elles ODt toujours la môme marche, le même but, et se réduisent, comme le dit le Pape saint Léon, aux conseils de l'avarice qui veut dérober le bien d*autrui, et aux conseils de l'impiété qui veut enlever la foi. Pie IX a cité les textes latins qu'on lit dans le Bréviaire à l'office propre de saint Laurent, avaritia ut raptatj tnfidelitate ut auferat. De là ces entreprises sacrilèges de l'avarice contre le bien du Christ; de là ces entreprises abominables de rimpiété, ces mauvais livres, ces mauvais journaux contre la foi des peuples. On mei en avant certains principes pour colorer ces entreprises. On parle par exemple des principes de nationalité. Ces principes sont de pures fictions; en réalité il s'agit de vol. Le monde est victime de ce mensonge ; mais il verra bientôt que les intérêts de chacun souffrent autant que la justice, et prendra en aversion cet ensemble de ruses, de fourberies et de violences qui l'opprime et le dévore. Pie IX ajoute qu'il ne désespère pas de voir le jour du triomphe de la justice. Alors il pourra dire : Nunc dimittis^ Domine^ servum iuum. Oui, ce jour luira bientôt, et en attendant la justice ne manquera pas de fidèles défenseurs. Le Pape a parlé de saint Léon ; il peut aussi parler de saint Pierre. Le Prince des apôtres a porté des chaînes ; elles pèsent à cette heure sur son successeur. Mais, par la grâce de Dieu, ces chaînes de l'injustice deviennent les chaînes de l'amour qui lui rattachent les cœurs des fidèles. £t d'ailleurs^ lorsque l'Église prie, Pierre finit par ôtre délivré.

Le 27 décembre, fête de saint Jean l'Évangéliste, M^'dè Mérode présenta à Sa Sainteté les officiers de l'armée pontificalCi et s'exprima à peu près en ces termes :

« Très-Saint-Père, les orficiers de l'armée pontificale sont heureux d'être admis en la royale présence de Votre Sainteté afin de lui offrir l'hommage de leur vénération, àe leur fidélité. Si les années n'ont pas encore amené le triomphe définitif de la cause à laquelle ils se sont voués, chaque jour n'en est pas moins signalé par de nouveaux actes de la magnanimité de Votre Sainteté, qui défend avec son invindble courage ses droits sacrés, lesquels sont aussi les droits de tous les catholiques. Ces actes de votre grand coeur trouvent un écho dans le monde entier et pénètrent d'amour tous vos soldats, qui tiennent que dans nos circonstances difficiles le service de Votre Sainteté est le plus honorable et le plus glorieux. »

Le Saint*Père répondit qu'il remerciait ses soldats des sentiments exprimés par le ministre. De toutes les armées, quelles

Janvier.] CIRCULAIRE DE M. BAROGHE GARDE DES SCEAUX. ai&

jqu'elles soient, la sienne seule porte Tépée uniquement pour la •cause de la vérité et de la justice^ Ailleurs, les hommes sont armés pour opprimer, pour écraser» pMr tuer. Deux officiers appartenant à de grandes armées qu'il ne désigne pas. sont un jour venus se prosterner devant ie Pape ; ils ont mis leur épéeà terre en disant : Saint-Père, appuyez votre pied sacré sur ces épées et bénissez-nous. Pie IX les a bénis, et, remettant leur fer dans le fourreau, ils ont déclaré qu'ils ne l'en retireraient que pour la défense de la justice. Le premier était général : il est mort en ayant tenu sa parole ; l'autre était officier de marine : il vit et tient parole. « Estimez-vous heureux de n'avoir à tirer votre épée que « pour la défense de la justice; j'aime à vous le répéter, a dit « Pie IX avec force. Aucun de vous n'aura de remords et de « regrets, tandis que d'autres... » Ici le Pape rapporte ce'qu'il a appris à l'égard de quelques-uns de ses sujets félons qui servent dans une armée vouée à l'oppression. Il a vu la lettre d'un officier de.cette armée, lettre écrite à une mère désolée^ lettre pleine de tristesse, de douleur, de confusion, où l'officier se plaint de ne pouvoir plus goûter en son âme une heure de repos et se déclare prêt à tout tenter pour se soustraire à l'opprobre de sa situation. « Vous ne serez jamais dans cette position, vous n'au- « rez jamais ces opprobres, ces remords, parce que vous avez (I la grâce d^étre armés uniquement pour la justice; je vous le <i dis encore, s'est écrié Pie IX* Continuez dono de maintenir ce c qpie vous avez si noblement soutenu jusqu'ici; vous trouverez « une première récompense dans votre cœur. Je me sens- heureux <( d'être au milieu des miens, et c'est avec les sentiments à*\xne « ineffable et paternelle tendresse que je vais vous bénir. »

-~T Le garde des sceaux de France, M. Baroche, adresse la circulaire suivante aux archevêques et évêques :

« Monseigneur,

« Le Conseil d'État est saisi de l'examen d'un projet de décret tendant à autoriser la publication dans Flilmpire de la partie de l'Encyclique du 8 décembre dernier, qui accorde un Jubilé pour 1865^ et promulgue de nouveau la lettre apostolique du 20 novembre 1846, précédemment publiée, en vertu de l'ordonnance du 31 décembre suivant.

« Quant à la première partie de l'Encyclique et au document qui y est annexé, sous le titre de : Syllabus complectens prœcipuos nostrœ œtatis errores, etc.. Votre Grandeur comprendra que la réception et la publication de ces actes, qui contiennent des propositions contrairest aux

316 ANNALES EGGLÉSIASTIQOES. [186&

principes sur lesquels repose la Constitutioa de rEmpire, ne sauraient être aatorisées. Ils ne peuvent donc être imprimés dans les instrootions que tous croiriei devoir adrener aux fidèles pour le JubUé ou à toute autre occasion.

« Vous jugerez sans doute convenable. Monseigneur, de transmettre au clergé de votre diocèse les recommandations nécessaires pour qa'il s'abstienne, en cette circonstancei de tout discours qui prêterait à des interprétations regrettables.

« Agréez, Monseigneur, l'assurance de ma haute considération,

« Le garde des sceaux, ndnislre de la justice et des cultes,

J. Baroche. i>

Cette circulaire fut aussitôt l'objet de protestations des évêqaes, les unes publiques, les autres adressées de vive voix ou par écrit au garde des sceaux. Nous reproduisons ci-après les premières qui ont été connues. ^

9. — Lettre de l'évoque de Montauban au ministre de la jastice et des cultes :

Monsieur le Ministre,

J'ai reçu la lettre par laquelle, sous la date du 1*' janvier, époque à laquelle on a coutume de ne faire guère que des choses agréables, vous informez les évéques qu'ils aient à s'abstenir de publier ia dernière Encyclique du souverain Pontife, attendu qu'elle renferme des propositions contraires aux principes sur lesquels repose la Constitution de l'Empire.

Je cenviens, monsieur le Ministre, que plusieurs des doctrines qu'on professe en ce moment et qu'on regarde de bonne foi, sans doute, comme un fondement assuré pour les gouvernements modernes, sont en opposition directe avec celles que FÉglise catholique a toujours professées, et que Pie IX vient encore de proclamer avec une franchise, une netteté et un courage qui annoncent bien une certaine grandeur d'âme. Il semble être à deux doigts de sa perte, et il parle comme les Boniface VllI et les saint Grégoire VIL

Mais la cause de l'Église ne tient pas à ce que la Bulle dont il s'agit soit publiée en ce moment par l'autorité épiscopale dans tous les diocèses de France. Les doctrines qu'elle renferme sont connues suffisamment de tous ceux qu'elles intéressent et qui ont charge de les faire valoir. Nous attendrons donc de meilleurs temps, des temps semblables aux dix ou douze années qui viennent de s'écouler, et qui n'ont pas laissé d'être glorieuses pour l'Empire, malgré la liberté dont ont joui les évoques pendant cet intervalle. Nous avons en efifet le temps pour nous ; mais je regrette cette mesure que le Gouvernement a cru devoir prendre. Dans tous les cas, elle n'est pas née de l'esprit de progrès;

janvier.] LETTRE DE L'ARCHEVÊQUE DE CAMBRAI. 817

c'est, au contraire, le retour vei-s un passé que nous avions le droit de croire entièrement oublié et mis de côté. Jusqu'ici, ce passé n'avait profité à personne (Phistoire en fait foi), et le nouvel Empire ne s'était pas mal trouvé d*y avoir renoncé. Pourquoi faut-il qu'il change sa ligne de conduite au moment môme où toutes les forces morales réunies ne sont pas de trop pour sauver la société^ menacée par la francmaçonnerie, l'esprit révolutionnaire et la démagogie l Agréez^ etc.

Page 1