C. Patrizi, Card.'Vic, n
Han.
!• — Le Corps législatif adopte par 218 voix contre 38, sur 236 votants, le paragraphe de TAdresse relatif à la question romaine et favorable au maintien du pouvoir temporel du Pape.
S. — Mort de W Parisis (Pierre-Louis), né à Orléans, le il avril 1795, nommé évéque de Langres en 1834, membre de l'Assemblée nationale en 1848, transféré au siège d'Arras en 1851, après la mort du cardinal de La Tour d'Auvergne. Dès le temps de Louis-Philippe, il avait acquis une grande autorité dans TÉ^lise de France par ses solides ^.crits sur la liberté d'enseignement; son rôle grandit encore à la révolution de 1848; il eut une grande part à la loi du 45 mars 1850 sur la liberté de renseignement pri* maire et secondaire; il se montra aussi bon administrateur qu'ha* bile écrivain, à Langres et à Arras. Ce dernier diocèse lui doit un grand nombre d'utiles fondations. On a de lui, entre autres ouvrages : Examen sur la liberté d^ enseignement y au point de vue consti^ tutionnel et social, 4843 ; — cinq autres examens sur le môme sujet et sur la liberté de TEgiise; — trois Lettres à M. de Broglie; — lettres à M. de Saloandy; — les Empiétements et les Tendances ; — le Silence et la Publicité ; — le Droit divin dans l'Église ; — Cas de conscience sur les libertés réclamées par les eatholiquesy 1847; -^
430 ANMALES EGGLfiHASTIQOES. flMS
Jésus-Chriit e$t Dieu^ 1863^ — et on grand nombre de mandements, lettres pastorales et lettres adressées particnlièrement au journal VUniveti. Un illustre écri^in a résumé ainsi cette grande YÎe épiscopale :
a Sa vie, dès sou «aMe au séminaire d'Orléans, n'a été qu'nn long et ardent travail pour la gloire de Dieu. Ce travail n'a cessé qu'an moment où M^ Parisis est tombé dans son cabinet^ mercredi dernier^ la plume à la main. La veille, il donnai! le- salut dans sa caÛiédralB; le matin même, levé avant le jour, suivant «on usage, il avait offert le saint sacrifice avec sa piété accoutumée» Ceux qui l'ont tvouvé évanoui venaient à un conseil indiqué pour les affaires du diocèse. Il est donc mort conune il a vécu, au pied 'de l'autel, la main à l'œuvre. Ainsi devait mourir ce grand bomme, ce grand semi^iteur des âmes et de la liberté cbrétienne. U était prêt ; on oserait dire que tente sa vie il a été prêt à paraître devant son Juge ; mais depuis quelques mois, sans flécbir, sans rien accorder à la fatigue, sans rieâ. refuser an labeur, il s'attendait à ce coup soudain. Durant l'agonie, ou plotet le sommeil de quelques jours qui a précédé son réveil étemel, les médecins doutent qu'il ait repris ses sens. Cependant Téminent arcbevôque de Bourges, Hs* de La Tour d'Auvergne, jadis son vicaire général et plus encore son disciple, qui était accouru près de lui avec la piété d'un fils^ croit en avoir été reconnu. Ceux qui ont pratiqué W^ Parisis et qui savent combien cette âme forte était pleine et surabondait de tendresse, se réjouiront de penser qu'il a eu cette douceur d'arrêter ses regards snr un tel ami.
« Le diocèse d'Arras est dans la douleur. On sait que Ms' Parisis, alors évoque de Langres et membre de l'Assemblée législative, avait été demandé et pour ainsi dire élu par l'Église d'Arras lorstque ce siège vint à vaquer par le décès du bon et pieux cardipal de La Tour d'Auvergae. L'estime qui l'avait fait appeler s'éleva jusqu'à la vénération lorsque Ton vit dé plus près sa modestie aussi grande que son courage, sa charité égdle à son zèle, sa vigilance que rien ne détournait^ sa prudence que rien n'effrayait, enfin ce beau caractèi^e épiscopal auquel rien ne manquait ni dans la foi, ni dans la sagesse, ni dans la grandeur, ni dans l'humilité.
« On n'a pas oublié les luttes auxquelles donna lieu la question de la liberté de l'enseignement. Me Parisis fut en réalité le guide, la force, le véritable chef des catholiques qui soutinrent ces beaux combats. Pendant quelques années, l'Ëglise tout entière eut les yeux sur lui. Il n'avait pas cherché ce rôle : toute cette importance était, venue à lui, parce que la vigueur de son caractère et celle de sa raison en soutenaient înébranlablement le poids. Il fut aussi le premier qui prit la liturgie romaine, le premier qui proposa la réforme des études dans le sens chrétien. En m6me temps il était l'évéque le plus assidu au gouvernement de son diocèse, et la mission encore toute épiscopale qu'il rem-
mmrs.] RÉPONSE DU SÂlNT-PÈRfl AUX CATHOLIQUES DE ROME. 421
plissait dans les assemblées politiques n'y laiuait rien péricliter. Constructions, Institutions, réformes, il entreprit tout ce que son zèle iui montrait nécessaire, et nul obstacle des hommes ou des choses ne Tempôcha de tout mènera banne fiiiv Quand les temps changèrent et les hommes aussi, hélas ! il laissa le silène» se refaire autour de loi et rentra dans une sorte d'obscurité, d'une âme masi égale qu'il en était sortL Jamais homme ne fiti moins deicas de la gloire humaine et ne tint moins pour son propre cdâlpte à Tlnfluence qu'il pouvait exercer ; mais ceux qvij avaient besoiii de son intervention pour une cause qu'il estimait juste le trouvaient toi^ours^et jamais homme aussi ne craignit moins de déplaire, soit A l'opinion, aoità d'autres puissances, sitôt que sa droite conscience lui montrait la nécessité d'agir. Alors il n'était pas môme, nécessaire d'invoquer spn secours. »
IV.— Réponse du Saint-Père à l-Âdresse que lut présentent les catholiques étrat^ers en ce moment à Rome i
<c II y a déjà plusieurs années, qu'à cette môme époque, je me vois entouré de catholiques de toutes les nations, en sorte que je puis me dire au milieu des représentants de la catholicité, c'est-à-dire de Tuniversalité de l'Église.
c Vous déplorez tous, mes chers fils, ce qui est arrivé dans ces dernières années. Avec vous je déplore, et bien plus, je condamne ici de nouveau, comme j'ai déjà déploré et condamné solennellement, en ma qualité d^ Vicaire, bien indigne, de Jésus-rChrist, les usurpations, l'immoralité croissante, la haine contre la religion et PËglise. < - >
u Mais, tout en déplorant et condamnant, je n'oublie pas les paroles de Celui dont je suis le représentant sur la terne, et qui,, dans le jardin de son agonie et sur la croix de ses douleurs, élevait vers le ciel ses yeux mourants et disait : Pater ^ dimitte Ulis, nesciimt enim quid faciunt !, Moi aussi, en face des ennemis qui attaquent le Saint-Siège et la doctrine catholique elle-môme, ]e répète : Pater, dimitte illis, nesciunt enim quid faciunt!
a II y a deux classes d'hommes opposés à, l'Église. La premièra com^' prend des catholiques qui la respectent et. qui l'aimenit, mais critiquent ^e qui émane d'elle. Depuis le concile de Nicée jusqu'au concile, de Trente, comme Ta dit un savant catholique, ils voudraient ^éforijaer tous les canons. Depuis le décret du pape Gélase sur, les Livres saints, jusqu'à la bulle qui a défini le dogme de l'Immaculée Conception, ils trouvent à redire à tout, à corriger en tout ; ils sont catholiques, ils se disent nos amis, mais ils oublient le respect qu'ils doivent à l'autorité de TÉgJise, et s'ils n'y prennent garde, s'ils ne r.^yiennent proxppteaient sur leurs pas, je crains bien qu'ils ne glissent sur cette pente jusqu'à Tablme où déjà est tombée la seconde classe de nos adversaires.
« Celle-ci est la plus déclarée et la plus dangereuse^. Elle se compose <ies philosophes, de tous ceux qui veulent atteindre )a vérité et la jus-
422 ANNALES ECGLfelASTlQDES. [1866
tice avec la seule ressource de leur raison. Mais il arrive ce que Tapôtre des nations, saint Paul, disait il y a dix-huit siècles : Semper diseentes et nunquam ad cognUionem veriiatis pervenientes. Ils cherchent, ils cherchent, et, bien que la vérité semble fuir devant evm, ils espèrent toujours trouver et nous annoncent une ère nouvelle où l'esprit humain dissipera de lui-même toutes les ténèbres.
« Pries pour ces hommes égarés, vous qui ne partagez pas leurs erreurs. Vous êtes vraiment les disciples de Celui qui a dit : Ego sum via, Veritas et vita. Vous savez aussi que tout le monde n'est pas appelé à interpréter sa parole divine, qu'il n'appartient pas aux philosophes d'expliquer sa doctrine, mais seulement à ses ministres, à ceux auxquels il a donné la mission d'enseigner en leur disant : Qui vos audit me audit, quand vous parlerez aux hommes, c'est ma voix même qu'ils entendront.
«Mes chers fils» je me réjouis de vous voir autour de moi. Plus encore que tous les autres, vous méritez d'être bénis, et, de grand cœur, je vais appeler sur vous les bénédictions de Dieu. Mais auparavant Je le supplie de nouveau d'avoir pitié de tant d'esprits qui s'égarent, et de prémunir surtout la Jeunesse contre les artifices de ceux qui veulent la séduire.
a Que Dieu fasse donc descendre sa bénédiction sur vous, sur vos corps, sur vos esprits, sur vos Ames, sur vos familles, sur les nations que vous représentez ; qu'il vous préserve de tous les malheurs, qu'il vous conduise dans la voie de la vérité et de la vie : Benedictio Dei omntpotentis Patris et Filii et Spiriius Sancti deseendat super vos et maneat semper* »
•1. •— Séance publique, à la Sorbonne, d'une commission présidée par M. Amédée Thierry et dont le but est de traduire la Bible en langue française, d'après les textes hébreux ou grecs. Voici le programme de cette société :
« Un membre de l'Institut, professeur au Collège de France, faisait naguère la remarque suivante :
« Une lacune sérieuse existe dans la littérature française; on y cher- « cherait en vain une traduction satisfaisante de la Bible. »
« Les versions en usage pèchent par leur inexactitude, ou par l'incorrection et la vulgarité du style.
« Pour rhonneur de la France et de sa langue, dont la mission est universelle, l'indifférence relative A cette lacune ne doit pas se prolonger.
« A quelque point de vue qu'on se place, on reconnaîtra que les textes bibliques ont droit à une traduction nouvelle, aujourd'hui surtout que les questions morales et religieuses occupent tous les esprits.
« Depuis quelques années, il est vrai, on s'est mis à Tœuvre de plusieurs côtés à la fois. Mais, sans contester les mérites respectifs des
mmn.] MARTYRE DR Up BAVELUY ET 0B SES COMPAGNONS. 433
essais mis au jour, ne faut-il pas regretter la disséminatioa et ilosuffisance de tant d'efforts, dont la combinaison et Tunion pourraient assurer le succès ?
« Nous demandons une entente des hommes de bonne volonté, se rencontrant sur le terrain commun de la philologie et des études littéraires.
« Que les savants hébralsants ou hellénistes de Tlnstitut de France, de la Sorbonne, de la Société asiatique, se réunissent pour la formation d'uae société ou d'une académie nouvelle; qu'ils s'adjoignent les érudits et les littérateurs les plus compétents.
« Sous l'égide d'un gouvernement favorable aux recherches -de la science, ils érigeront ensemble un monument national digne de la belle langue que nous parlons, digne de la science philologique qui a réalisé de si importants progrès, digne surtout des immortelles vérités dont VÊcriture nous a transmis l'inépuisable trésor. »
Parmi les personnes adhérant à cette société, on remarquait le grand Rabbin et plusieurs autres Juifs, des ecclésiastiques catholiques et un certain nombre de catholiques libéraux, des minis* très protestants, des incrédules notoires. Bientôt le bon sens et le mépris public firent justice de l'absurde idée qui l'avait imaginée. La plupart des ecclésiastiques catholiques qui avaient laissé inscrire leur nom ou dont le nom avait été inscrit d'office, se retirèrent ou protestèrent, et la société tomba sous le ridicule, en môme temps que les évoques et Rome la condamnaient.
— Le cardinal-archevêque de Malines et les évêques de Belgique publient un mémoire justificatif concernant leur refus de concourir à l'exécution de la loi du 19 décembre i864 qui confisque, au profit de l'État et pour en disposer contrairement aux volontés des donateurs, les bourses d'études et autres libéralités faites en faveur de l'instruction religieuse.
80. — Martyre, au jour du Vendredi Saint, de M'' Daveluy et de ses compagnons, qui avaient été précédés quelques jours auparavant par d'autres martyrs. Nous reproduisons, pour les détails de ces événements douloureux et glorieux à la fois, les détails donnés par les Annales de la Propagation de la Foi dans le numéro de septembre 1866 :
424 ANNALES £GGLÉ6I ASTIQUES. [1866
Lettre de M. JP.-C Ridel, rnissùmnaire apostolique en CoréCy à Mm lÀboitj procureur général des Missions Étrangères à Hong-Kong*
« Pos6Dgi, district de HoDg-Tsiou,
le 25 avril 1866.
« Monsieur et bien cher PèrOi
« Une cruelle persécution vient d'éclater : nos chrétiens sont pris, battus, mis à mort; M" Berneuz, If Daveluy et sept de nos confrères ont remporté la palme du martyre. J'ignore ce que sont devenus MM. Feron et Calais. Pour moi, condamné à mort depuis trois mois, je suis caché entre deux murs, dans une maison chrétienne. Mon signalement a été donné dans chaque village avec ordre de m'arrêter, et je m'attends d'heure en heure à tomber au pouvoir des satellites qui me cherchent. Ce n'est pas sans une protection toute spéciale de la Providence que ]'ai pu échapper aux mille dangers qui m'environnent.
« 11 me semble vous avoir dit dans une précédente lettre que nous avions à la cour des ennemis puissants. Plus d'une fois ils avaient, mais inutilement, demandé notre mort. Ils attendaient une occasion favorable, elle s'est présentée; ils l'ont saisie, ils ont triomphé.
« Des navires russes, s'étant approchés des côtes septentrionales, sollicitèrent une concession de terrain pour y établir un comptoir de commerce. Grande fut la terreur du Gouvernement. Le prince régent, qui est le père du jeune roi, fils adoptif delà reine Tso^ fait aussitôt demander les évoques qu'il sait fort bien ôf re dans le royaume, afin de les consulter sur les moyens à prendre pour renvoyer honnêtement ces navires et éviter la guerre. W^ Beroeux se trouvait dans les provinces du noi^d, où, en quelques mois seulement, il a conféré le baptême à 900 adultes. Appelé au nom du roi, il se rend, quoique â regret, à la eapitale ^, laissant son administration inachevée.
« Une ambassade coréenne était partie pour Péking, au mois de décembre 1865. 11 parait que cette ambassade aurait envoyé une lettre où il était dit que les Chinois mettraient à mort les Européens répandus dans l'empire. La lettre arriva au mois de janvier, c'est-à-dire au moment même où le régent mandait M" Berneux. il xi'en fallait pas davantage pour exciter la persécution. Les quatre ministres désapprouvent hautementt la démarche du régent. « Haine aux Européens I s'écrient- « ils. Pas d'alliance avec eux, ou c'en est fait du royaume ! »
«Sur ces entrefaites,.les navires s'étaient retirés. La frayeur du régent s'évanouit; mais il n'en fut pas moins faible pour céder aux ministres, ni moins cruel pour s'associer à leur dessein.
« — A mort tous les Européens qui sont dans le royaume ! A mort « tous les chrétiens 1
* Hang-Yang oa Séoul.