‹ Annales ecclesiastiques. 1846-66Chapitre 48 sur 52 · I.] MARTYRE DE Mf DAVKLDY ET DB SES COMPAGNONS · texte numérisé non relu

I.] MARTYRE DE Mf DAVKLDY ET DB SES COMPAGNONS

« — Mais, objecta le régent) les navires européens viendront les a venger.

« — Je réponds de tout, reprend le premier ministre* N'avons-nous « pas tué déjà plusieurs de ces Européens 7 Qui a jamais cherché à « venger leur mort 7 quel dommage en avons-nous éprouvé 7 »

« II. faisait, sans doute, allusion à la mort de M'' Imbert et de ses deux vénérables compagnons, MM. Mauband et, Ghastan, martyrisés ea 183^, et peut-être aussi à quelques naufragés qui, k diverses époques^ ont été massacrés sur les côt^s inhospitalières du royaume coréen*

« Le régent signa notre arrêt de mort*

« Cependant U^ Bemeux rentrait paisiblement dans sa résidence vers la fin du mois de janvier. Mais, quinze jours après, il voit sa maison inveetie. par des satellites au nom du régent; il est lui-même arrêté et Jeté dans la prison des criminels.

« Le lendemain, comparution devant le régent, assisté de deux mi* nistres. « La conteaance du prélat fut calme, ferme, pleine de dignité, » m!écrivait M'^ DaveJuy. Sans doute M^' Berneux dut protester contre la trahison dont il était l'objet : appelé au nom du roi pour le bien du royaume, il est jeté en prison ; appelé comme ami, il est traité en en* nemi. Mais le régent, qui n'avait plus peur, était devenu cruel.

« Quelques jours plus tard, j'apprenais que M^ Berneux, MM. de Bretenières, Dorie et Beaulieu. avaient eu la tête tranchée le jeudi 8 mars. Quel beau, quel émouvant spectacle devait offrir ce saint évêque, chargé de vingt-six années d'apostolat, marchant au martyre accompagné de jeunes missionnaires qui semblaient n'être venus ici que pour mourir !

a Trois jours après, MM. Petitnicolas et Pourthié, arrêtés au collège de Paisouc, dépendant de la ville de Tiaitchen, avaient le même bonheur* Leur tête est tombée sous le fer du tyran, et leur âme s'est envolée au ciel le dimanche 11 mars. Les chrétiens ont pu recueillir les restes de ces saintes victimes.

« Ce sont des faits que je ne puis qu'indiquer; je n'ai vu aucun chrétien de la capitale, je n'ai reçu aucun détail sur des événements si précieux pour l'Église coréenne. Occupé moi-même à fuir, ou blotti dans ma cachette, je communique avec deux personnes seulement; je ne sais à qui me fier : c'est un apostat qui nous a tous dénoncés en indiquant nos résidences. Mais si, par la grâce de Dieu„ la paix se rétablit un jour, je rechercherai les restes de nos martyrs avec les détail^ de leurs derniers moments.

« Tous les chrétiens sont en fuite ; ils abandonnent leurs maisons, leurs champs, leurs biens, et vont se cacher dans les villages païens ou sur les montagnes. Beaucoup d'entre eux sont mis à mort; d'autres, malheureusement, apostasient.

« Quelques mandarins pourtant se sont conduits avec humanité. Celui du district où je me trouve n'a fait encore arrêter aucun de nos chrétiens; d'autres se contentent de les faire fustiger; d'autres enfin exigent»

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mais pour la forme, un simulacre d'apoitatie. Quant aux satellites, ils n*ont pas d'auire souci que le vol et le pillage. La craiote d'uoe insar* rection a obligé le Gouvernement à rappeler pour un temps les satel* lites des provinces. — De ces faits et autres semblables il résulte qa'aa grand nombre de mandarins et de gens haut placés n'approuvent pas la conduite du régent, déjà détesté pour ses exactions. Ici, tout le monde s'attend à voir arriver les Européens, qui ne manqueront pas, assaiet-on, de s'emparer du royaume pour venger la mort de leurs compatriotes et rétablir toutes choses. Le jour de Pâques, en eifet, on signala des navires européens. J'adressai deux lettres qui ne parvinrent point : les navires avaient pris le large.

« Il me reste à vous parler de M*' Daveluy. Après Tarrestatlon du vicaire apostolique, son coadjuteur était trës-inquiet, mais loin de prévoir ce qui allait arriver. C'est à Kesoù, district de HaogTsiou^ que Ms' Daveluy a été arrêté avec M. Huin. Conduits à la capitale, ils en redescendirent avec M. Aumaltre, et eurent la tête tranchée près da môme district, sur les bords de la mer, le 30 mars. Voici la raison de cette particularité : le mariage du jeune roi étant fixé à la deuxième lune, jusqu'à cette époque on ne pouvait faire couler le sang étranger dans la capitale ; autrement elle eût été souillée. Admirable coïncidence ! c'est à midi, le Vendredi Saint, 30 mars, jour où Notre-Seigneur Jésus- Christ a racheté le monde par sa mort, que nos généreux confrères ont eu le bonheur de verser leur sang pour lui 1

« Avec eux furent exécutés plusieurs chrétiens; presque tous les servants ou malires de maison des missionnaires ont eu le même sort. J'ai recommandé aux chrétiens de prendre soin des trois corps de nos confrères, et de les mettre en lieu sûr^ dès qu'ils le pourraient sans trop de danger.

« Quelle mort digne d'envie ! J'ai encore de Tespoir; je m'y prépare dans ma retraite, et m'applique à faire pénitence de mes fautes, qui sans doute m'ont empêché de partager le bonheur de nos bien-aimés confrères.

« La mission a absolument tout perdu. Nos maisons ont été pillées; nos effets sont devenus la proie du régent, qui s'est tout approprié, jusqu'à nos chasubles; les livres de religion ont été brûlés, les imprimeries détruites. La rumeur publique dit qu'on a établi, comme autrefois au Japon, un système de surveillance pour extirper le christianisme. Je ne sais pas ce que sont devenus les enfants du collège. On m'a dit que deux ou trois 8*embarquaîent pour aller troiTver des navires européens, ou passer en Chine. S'il en était ainsi, il faudrait les envoyer au collège général de Pinang, y achever leurs études en attendant des Jours meilleurs. Mais, hélas I l'horizon est bien noir; tout fait présumer que la persécution, ralentie à cause du mariage du roi et de la culture du rie, reprendra à l'automne plus vive que jamais. Les quatre ministres, nos ennemis, se sont trop avancés pour reculer. Dans de telles conjonctures, pnis-Je vous parler des confrères qui nécessairement viendront rempla-

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cer nos martyrs ? F^es envoyer cette année, ce serait les envoyer à une mort certaine. Seulement, il serait bon qu'ils fussent prôts. Si Dieu nous donne la paix, nous aviserons au moyen de les faire entrer. Cet hiver^ je tâcherai de vous faire parvenir un courrier.

« Je n'écris pas à nos chers directeurs de Paris, parce qu'il ne me reste plus que deux feuilles de papier ; moi aussi J'ai perdu presque tout mon bagage* D'ailleurs, je n'ai pas d'autres nouvelles à letur annoncer. Veuillez leur communiquer le contenu de cette lettre. »

ATrtl.

1. — Jour de Pâque, communion pascale des hommes à Notre- Dame de Paris, après les conférences données par le R. P. Félix, de la compagnie de Jésus. M*' Darboy, archevêque de Paris, pro» nonce l'allocution suivante après la messe :

Le spéciale que j'ai sous les yeux me touche et m'émeut , car j'y trouve le témoignage d'une foi qbi vous rend dignes de vos pères, et une réaction contre le mal qui fatigue et inquiète la société. Oui, Je me persuade que, si mes prédécesseurs du moyen âge, qui ont fondé cette métropole et l'ont remplie de leur sainteté, sortaient de leurs se* pulcres et contemplaient vos rangs si pressés, ils ne refuseraient pas de reconnaître en vous les héritiers de leur vaillant christianisme. Je me persuade aussi que, comme les ve^s de leurs contemporains ont fait la force et la gloire de la vieille France, à son tour, votre foi virile et généreuse sera le salut et ('honneur de notre civilisation.

J'en remercie^ après Dieu, l'éloquent apôtre qui vous a réunis autour de cette chaire pendant le Carême, et, dans ces derniers Jours, éclairant vos esprits sur une question qui intéresse la société tout entière, a inspiré à vos cœurs ces sentiments qui rapprochent de Dieu, source de la grandeur morale et dernière fin de l'homme. Puisse le ministère si dévoué de cet apôtre continuer longtemps encore parmi nous avec la vigueur et le succès que nous lui voyons depuis bientôt quinte ans 1

Je vous remercie aussi, Messieurs, et Je vous félicite de votre assiduité aux conférences de Notre-Dame, et de la conclusion magnifique que vous leur donnez aujourd'hui. Oui, Je vous en remercie et je vous en félicite... C'est une preuve que Jésus-Christ n'est pas aussi absent qu'on le croit de notre société moderne, et que la viô de l'Ëglise n'est pas près d'y finir; c'est l'éloquente protestation des meilleurs contre les défaillances de ceux qui sont moins bons; c'est un contre-poids aux tendances abusives et perverses qui se développent toujours d'une manière alarmante dans les siècles de progrès matériel; c'est surtout, comme je veux vous l'expliquer en peu de mots, le remède, le correctif de la maladie qui nous travaille et nous fait souffrir.

La maladie qui nous travaille et nous fait souffrir, c'est, dans sa

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forme la plus générale, Tesprit âlndépendance ; chacun neTcnt releTer que de soi, et n'être gouverné que comme il Teotend, ou, ce qui reneat au môme, n'être pas gouverné du toot| ni dans son esprit par une doc* trine autorisée, ni dans son cœur par une règle supérieure aux caprices, ni dans son activité par des lois qui coaunandent le respect».

Ce n'est pas le moment d'expliquer l'origine de ce mal, qui d'ailleurs a bien des causes; mais je puis dire, pour abréger, que, du jour où Ton a rejeté l'autorité positive de l'Église, divinement instituée, on n'a plus eu devant soi qu'une autorité humaine et purement rationnelle

Le droit, la force morale disparaissant, on s'est trouvé en présence du fait et de l'autorité matérielle. Chacun a compris qu'il avait la même raison que son voisin de ne relever que de soi ; chacun a voulu voir en soi la raison dernière de ses devoirs et de la loi ; chacun a toqIu être à soi-même sa règle. Je dis que c'est là un grand mal, et que, poor peu qu'il se gént^ralise, la société se trouve aui prises avec des difficultés réellement iusolubles

Mais je ne veux insister ni sur ce mal, ni sur ses causes, ni sur sa

gravité J'aime mieux vous exprimer ma gratitude, remercier cette

noble assemblée, et dire comment l'acte qu'elle vient d'accomplir est un remède et un correctif à cette situation, qui est périlleuse.

Voici comment votre acte est un remède à ce mal : en venant ce matin de tous les points de Paris, en vous donnant rendex*vou8 dans cette cathédrale, qu'est-ce que vous avez fait? Vous êtes venus adorer, vous êtes venus recevoir, vous êtes venus bénir et chanter le fiâeu de l'Évangile, c'est*à-dire de la vérité, le Dieu<de l'Eucharistie, c'est-à-dire de I4 pureté, le Dieu du Calvaire, qui .nous a donné la force par le sang qu'il a répandp pour vous. .

Vous êtes venus saluer et chanter le Dieu de l'Évangile.. C'est lui, mes Frères, ce même Dieu que vous nves reçu, qui est venu instruire la jeune humanité en se penchant sur son berceau ; c'est lui qui a inspiré la grande âme des prophètes, qui leur a mis à la main le flambeau de la doctrine, qu'ils se sont passé pendant vingt siècles; c'est lui qui a daigné revêtir notre humanité et a ouvert les temps modernes au bruit d'une doctrine si grande, avec des expressions si élevées, en enseignant des mystères si sublimes, que le monde entier s'est drefi»é pour l'écouter, poiu" le suivre ou le combattre; c'est lui qui a placé sa doctrine sur les lèvres de l'Église, qui la laaiutient dans le monde depuis dix-huit siècles; et tout à l'heure, ces accents que vous fessiez entendre, cet abrégé de votre foi, c'est la doctrine qui a conquis le monde^ et qui, bon gré, mal gré, le gouverne.

Voilà cette doctrine que vous êtes venus de nouveau affirmer, voilà le Dieu qui vous l'a donnée, le Dieu que vous êtes venus à la fois adorer et recevoir.

Ah 1 que cette doctrine vous reste, et qu'elle reste à vos enluUs ; qu'elle vous reste comme une lumière pour vos, esprits, comme une force et une consolation pour vos coeurs I Qu'elle reste à vos enfai^ pour

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les iH'éserv^r contre les déoeptîonï de la vie 1 Qu'elle reste à ceux qui ▼tendront après yoas^ paice qu'elle est l'honneur de Thumanité I Qu'elle noasresle'à tous, mes Frères 1 nea-seulèoient elle nôuli donne la lu* n^re, mais elle nous plaeë dans la certitude, elle rôsotif tous les pro* blêmes qui ^peuvent nous intéresser; elle explique notre origiiie> notre nature, notite fin ; elle nous instruit des moyens que nous avons à prendre pour nous sauver ; elle est* à la portée des petits enfants, qui la GOŒiunnoent; elle dépasse le génie çf^^ ^^ P^^^ ^tie l'autoriser; elle est pour le»pèlits et pour lies grands, eomme Dieu, comme toutes les grandes et vraies choses; elle nous éclaire, 6lle nous soutient et nous protège.

Oui, qu'elle nous reste, qu'elle reste à mon pays I E^lle est le suprême salut des intelligences, parce qu'elle les plAce datis la vérité ; elle est la ^ joie et la consolation des coeurs, parce qu'elle guérit les plaies quelles choses humaines nous fotit, parce qu'elle comble lô vide qui est jci^usé dans nos cœurs; elle apaise autant qu'il se peut ce besbin de l'infini qui es^ àla fois notre charme 'et' notre tourment. Que la doctrine chrétienne vous reste I Vous avez reçu le Dieu de l'Évangile, gardez-le, et transmettez ce qu'il vous a comimuniqué à ceux qui sont assis à vos foyers, et ainsi, dans une certaine mt^sure, eoati4buez à sauver la société et à la préserver du*8ceptiei8ai% de Findifférenee et de la mollesse des caractères. '

Vous êtes venus recevoir le Dieu de T Eucharistie, c'est-à-dire le Dieu de la pureté, celui qui est non-seulement la protestation contre le sensualisme du tttups présent, mais qui en est aussi le remède et le correctif. Celui que vous avez reçu est THomme-Dieu qui est descendu du sein du Père dans le sein d'une Vierge, qui de Bethléem est passé stir le Calvaire, du Calvaire sur l'atitël, et de l'autel dans vos cœurs ; c'est le Dieu-Viwge,.né d'une Vierge, le Dieu de la pureté. Oui, c'est lai que vous avez reçu, son sang, son Âme, sa divinité. J'en jure par sa parole testamentaire, parole claire, ferme et précise. Nos amis nous laissent quelque chose d'eux-mêmes; Dieu, 'notre ami, nous a laissé lui-même sa personne ; il nous a laissé son corps, son sang, son âme et sa divinité. &est lui-môme que nous recevons dans l'Eucharistie.

J'en jure par la foi.de dix-buit siècles I Car, Seigneur, si vous êtes mort pour nous «auver, vous n'avez pas pu parler poiir nous tromper. Ce que vous avez dit est vrai ; vous n'avez pas moins de force pour i^ire ce que vous dites que vous n'en avez eu pour réaliser toutes les merveilles qui ont rempli le monde, pour faire la création intellectuelle et morale,. que pour faire; la citation matérielle. • •

J'en juré par l'émotion de votre jeuneMle quand vous l'avez menée à la table sainte pour la premièdre fois, et quand vous l'avez vue là frémissanle floius k visite de Dieu. J'en jure par l' Motion que vous avez ressentie vous-mêmes et par celle que vous avez communiquée aux spectateurs de cette grande réunion ; car il est impossible d'aborder cette assemblée sans être ému, sans ressentir en soi toute la vie, toute l'énergie de la foi.

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Oui, c'est Dieu qœ voot avei reca l Eb bieo I que Jésn^Ciinrt, le Oieo de la parelé» règne en vous» qu'il eotie dani vos familles, qu'il répande l'arôme de la vertu et le paKum de l'innocence ; qu'il couvre et enveloppe votre Jeune flUe et la Duk grandir dans la majesté de son innocence et dans la beauté de sa vertu 1 que ce soit toujours là ce que vous aurez de plus cher en vous et autour de vous. Que cette verta gagne aussi le cœur de votre fils, de ce Jeune homme de vingt ans, et que par son énergie divine Jésus-Christ a|Mise les tempêtes de ce cœur, toujours prêt à éclater comme un volcan ; qu'il remplisse des saintes joies de la vertu ces consciences que le souffle du monde trouhle et agite; que cette innocence, mes Frères vous accompagne tons et vous sauve jusqu'au terme de votre vie I

Et si les plus Jeunes ic^ ceux qui sont ineipérimentés, venaient, dans le cours de la vie, à oublier un moment leur devoir, qu'ils me permettent de leur dire avec le cœur d'un apôtre et d'un père : ah ! qu'ils se souviennent alors de cette Journée, que Jésus-Christ, qui leur a été communiqué tout à l'heure, leur apparaisse, que cette Journée se dresse devant eux et qu'elle les ramène dans le chemin de la vertu.

Ah 1 tous, mes Frères, restes donc dans la vertu, et, quand tous mourrez, que voire innocence soit, dans votre linceul, comme un germe d'immortalité ; ce sera votre gloire dans un autre monde, en même temps que ce sera un titre à votre bonheur 1

Vous avez reçu le Dieu de TEucharistie, mais vous êtes venus chanter aussi le Dieu du Calvaire, l'immortel Crucifié d'hier, ressuscité aujourd'hui. Vous êtes une preuve de la vérité de cette parole : Quand je serai élevé en croix, j'attirerai tout à moi. Vous êtes attirés à lui, et vousmêmes vous attires à vous. Vous êtes à la fois les heureuses victimes et les témoignages vivants de cette force qui est dans la croix, de ce secret de Dieu qui tire la victoire de la défaite et qui fait sortir la vie de la mort

Vous savez ce qui s'est passé alors : tout aussitôt après l'ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ, cette force de la croix s'est manifestée, cette parole de TÉvangile qui était un petit grain de sénevé, une Ibis décomposée dans le sein de l'humanité, une fois réchauffée et arrosée par la grâce de Dieu, est devenue ce grand arbre à Tondre duquel sont venues s'asseoir toutes les monarchies de l'Europe, et aujourd'hui encore c'est là, qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, c'est là qu'il faut aller chercher le repos et la sécurité.

Cette force de la croix, qui s'est mauifestée dès l'origine, s'est continuée à travers les siècles, et nous-mêmes, après de longs combats contre l'incrédulité et l'impiété, nous affirmons le Dieu du Calvaire, nous ado* rons la croix, nous vénérons les saintes reliques, nous venons recevoir dans l'EucharLitie le Supplicié du Calvaire, mais ressuscité, mais triomphant et régnant dans nos esprits, dans nos cœurs et dans nos mœurs; dans nos espi its par la vérité, dans les cœurs par la charité, dans les mœurs par la législation de son Évangile*

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Eh bien! que le Dieu du Calvaire reste aux pauvres, aux faibles, aux petils, non pas^ comme on nous le reproche quelquefois^ pour leur donner une résignation puérile et inepte, mais pour leur donner la résignation virile, la grande et mâle énergie du caractère, pour leur apprendre à saisir d'un regard la mesure de la vie, à y prendre leur place, et à s'y maintenir avec autant de fermeté que de modestie, à rester toujours dans leur devoir, et à transfigurer ainsi, si c'était possible, par l'énergie de leur ftme et la grandeur de leurs sentiments, oui, à transfigurer les conditions ingrates où la Providence les a mis, pour en faire sortir leur mérite ici-bas, et leurs droits à la récompense dans un autre monde; pour forcer, enfin, l'estime des hommes et l'amitié de Dieu.

Que la force du Calvaire reste donc aux pauvres, aux petits, aux humbles, à ceux qui souffrent, aux déshérités; qu'elle leur reste 1 qu'elle reste aussi aux riches, aux puissants et aux forts ! qu'elle vous reste à tous, mes Frères, pour vous incliner vers la faiblesse, pour vous donner autant de mesure, de modération et de douceur qu'il vous a été départi de puissance et de richesse, pour vous rendre bienveillants, pour vous donner ces qualités du cœur qui se résument dans ce grand et beau mot : la charité 1 Qu'elle vous inspire à tous, dans les situations difficiles, un grand courage, dans les situations prospères une grande modération, et qu'ainsi vous sachiez résumer en vous Celui qui est venu dans le monde sous l'enveloppe de la faiblesse, qui est mort sur une croix, mais qui a pris possession de tous les Siècles et leur a donné son nom.

Voilà les vœux que Je ^orme pour vous et pour tous ceux qui vous sont chers. Lorsque le christianisme a commencé, ils n'étaient que douze, et les conditions étaient plus ingrates qu'elles ne le sont aujourd'hui. Nous sommes en bien plus grand nombre, et la situation n'est pas aussi mauvaise. Eh bien, promettons-nous ici de ne pas laisser déchoir dans nos mains l'héritage de croyances chrétiennes que nous ont légué nos pères; promettons-nous de rester fidèles à ce Dieu que nous venons de recevoir, que nous venons de chanter, et qui vous a bénis et qui va vous bénir encore par ma main; promettons -nous de garder la foi, les sentiments chrétiens et une appréciation religieuse des choses. Oui, sur la cime de cette ville qui domine la France, qui domine le monde A quelques égards, arborons la croix, posons l'arbre de la croix, et soutenons-le de notre énergie par les affirmations de notre foi, la grandeur de nos sentiments et la dignité de notre vie.

Qu'elle reste, la croix, sur le front des sociétés, comme l'espoir de ceux qui soufi'rent, comme la règle de ceux qui jouissent, comme un enseignement pour tous; qu'elle reste pour garantir notre vie, qui nous passerons à son ombre, pour faire respecter notre cendre, pour la garantir aussi. Qu'elle reste pour être notre perpétuelle leçon; que nous la retrouvions au tribunal de Dieu comme un livre que nous pourrons regardery et qui ne nous sera pas trop sévère, parce que nous

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tarons pratiqué les leçons. Qit'elle reste enfin, et qne la ^oiie dont elle a couyert Jésus-Christ, notre Diev, descende anssi sur nous et soit notre récompense dans le del !

Cest le Tœu qne Je forme pour tous et ponr ceux qui tous wtMi cliersy pour Tos familles. Je me persuade que tm mères et vos filles, que ^vos sœurs TOUS accompagnent ici de leurs vœux et de leurs prières* Pour elles, je désire que Dieu tous accorde, dans le temps et dans T^ernitéy tout ce qui importe à TOtre bonlieDr et à votre joie. C'est ce qne je demande à Dieu en tous bénissant.

S. -— M. le duc de Rohan-Chabot lit l'adresse soivante an Saint-Père, en présence de six à sept cents Français :

« Très-Saint-Père,

« La France, dont nous aimons tous à nous dire les enfantS| a placé de tout temps à la tête de ses titres de gloire le titre de Fille aînée de l'Église catholique, apostolique, romaine. Ses fautes, si elle en en a commis, ont été expiées par de grandes îo fortunes et, nous osons le dire, rachetées par un amour plus vif et plus éclairé. Cet amour qui a traversé tous les siècles chrétiens s'est encore accru au spectacle si grand de vos vertus et de vos souffrances. Nous savons que votre cœur bat pour la France ; mais, en France, combien de cœurs battent pour tous I Et nous ne craignons pas d'affirmer que le vœu de nos parlements n'est que le très-faible écho des sentiments de notre pays, dont la volonté ne peut pas être méconnue et ne le sera pas.

« Très-Sain t-Père, quelques douleurs que puisse tous réserver l'avenir, nous venons tous, au nom de nos familles et de l'immense majorité de nos compatriotes, affirmer soleànellement ici, en présence de Dieu ei de Vous, son Vicaire, que l'amour et le dévouement de la France catholique ne s*éteîndront jamais, que toujours elle veillera autour de votre personne sacrée et de ce trône sur lequel siège cette royauté temporelle dont on a dit avec taot d'autorité que les siècles l'ont faite et qu'ils ont bien fait. {Applaudissements.) Oui, toujours les cathoh'ques français regarderont votre cause comme celle de la foi, de la justice et de l'honneur, comme la cause de la civilisation et de la vraie liberté.

« Daignez, Très-Saint-Père, nous permettre, après les merveillenses solennités auxquelles nous avons assisté, de venir déposer aux pieds de Votre Sainteté nos vœux les plus ardents pour vous voir porter encore pendant de longues années cette triple couronne, dont, au prix de notre sang, nous voudrions arracher lés épines, et donnez-nous votre béné- ^diction apostolique, gage et symbole de celle du Seigneur. »

Le Saint-Père répond à peu près en ces termes :

« Ces ]ours de Pâques sont des jours de consolation et de joiOt

« La France m'a toujours consolé, me console encore, et vous en êtes

aTril.] SAINTE CATHERINE BK SIENNE^ PATRONR DE ROME. 4SS

la preuve, car tous m'apportes ai»|oirrd'btii une grande joie au cœur.

« Au reste, ce ne sont pas seulement les Français en particulier qui m'ont prodigué ces témoignages. Quand je fus obligé de quitter Rome, un ambassadeur de France prépara et cbutrit mon départ, et, quabd j'y centrai, j'eus à la droite de ma voiture un général français mainte^' nant maréchal de France*

« Depuis vingt ans que Je suis ici par la volonté de Dieu et malgré mon indignité, la France m'a donné des preuves constantes de son attachement ' filial, et leâ gouvernants eux-mêmes, en ces derniers temps, ont, vons le savez mieux que moi, affirmé la nécessité de ma royauté temporelle. »■ • -

(loi, le Pape a prononcé des psiroles très- fermes, très-nobles sur la nécessité du pouvoir temporel comme garant du libre exercice de son autorité spirituelle.)

« Les ennemis de l'ordre, les révolutionnaires, les impies, nient cela, je le sais.

o Mais vous, vous 7 croyet ; vous voulez le pouvoir pontifical, non point réduit comme il Test à cette heure, ce qui en amènerait peu à peu rafifaissement, mais le pouvoir entier, dans les limites que Dieu et les siècles ont faites, et je vous renïercie. »

(Le Saint-Père, faisant allusion à Tunion, à la foi, à la tranquillité confiante des catholiques autour du Siège de Pierre, a cité alors le texte latin des Proverbes (ch. xv, v. 15) : Secura mens quasi juge conmmum : Tftme tranquille est comme un festin continuel.

De chaleureux applaudissements, des cris de : Vive Pie IX, Pontife et Roi! ont alors retenti. Et après avoir, du geste, réclamé le silence, Sa Sainteté a ajouté, en élevant au ciel ses yeux attendris.

« Et maiotenant que vous dirai-]e de spécial ? Je vous redirai lés paroles que j'ai entendues à la messe à laquelle je viens d'assister.

« Les apôtres, étant réunis après la résurrection, Notre-Seigneur pa^ rait au milieu d'eux et leur dit : Pcac vobis ! Vicaire de Jésus-Christ, malgré mon indignité, je vous dis donc: Pax vobis! que la paix soit avec vousl Oui, que la paix soit avec vous, qu'elle soit avec cette Europe si tourmentée, avec cette pauvre Italie si tristement travaillée (en proie aux douleurs); qu'elle soit avec vous tous, avec vos parents, avec vosamisl

a Gomme gage de ma paternelle affection, je prie Dieu de vous en^ voyer cette paix et je vous donne ma bénédiction, »

S.— Un décret impérial nomme à Tévêché d'Arras M. l'abbé Lequette, ancien vicaire général de U^ Parisis,

91. <— Le cardinal Patrizi adresse Vlnvito sacra suivant aux Romains, à roccasion des fêtes religieuses qui se préparent en rbonneur de sainte Catherine de Sienne, sous la protection spé*

Annales ecéiés. 28

4ai ANNâLES BGGtJSUSTlQIIE& (i

ciale de laquelle le Saint-Père vient de mettre Rome, d'après les instances du Sénat et dn peuple romain :

c La doctrine de FÉglise cathdique a commandé en tout temps d'in- Toquer la proteclion des saints en les honorant comme des meodiRs ▼lYants de Jésus-Christ et comme des temples de Dieu, et de les reoonnaître en qualité d'intercesseurs et d'avocats près de la Bonté infinie; d'où il est advenu que les Églises particulières, dès les époques les plus reculées, ont choisi pour protecteurs d'illustres héros, et ont trouvé en eux un recours toujours efficace dans les calamités publiques on pri- Tées, ainsi que l'attestent les histoires ecclésiastiques. Rome» cette nouvelle Sion, qui Jouît du privilège de la primauté sur toutes les Êgliaes, n'a cessé d'avoir dans ses fondateurs, les bienheureux Apètres Piem et Paul, un sujet éternel de gloire et en même temps une médiation puissante faisant pleuvoir sur elle l'abondance des miséricordes et des grâces divines. Et cependant aujourd'hui, 6 Romains, nous joignons à ces apôtres une héroïne magnanime qui, en quelque sorte envoyée du ciel au seizième siècle, s'employa avec un zèle ardent au bien de cette Ville Éternelle, en y reconduisant après une longue absence le Pontife que les calamités de cette époque avaient transféré ailleurs. Le nom de Gathbbinb de Sienne, vierge dominicaine, tous est connu : il est cher i vos cœurs généreux et reconnaissants.

Mû par ces considérations, par sa piété et par le souvenir du bienfait, rExcelleotissime Sénat, se faisant l'interprète des vœux du peuple, a supplié le souverain Pontife de décerner à sainte Catherine de Sienne le titre de co-protectrlce de cette auguste cité, et Pie IX a daigné approuver les désirs du Sénat et du peuple, et proclamer sainte Catherine de Sienne co-protectrice de Rome.

« Voilà donc, 6 Romains, un titre nouveau à cette sainte pour vous obtenir la protection du Ciel, et à vous un stimulant pour invoquer avec confiance cette protection. L'office d'un protecteur est, selon saint Bernard, de découvrir les pièges des ennemis, d'en faire connaître les artifices et d'en rendre vaines les attaques : ho$Uum insidias explorare^ deprekendere laqueos, machinamenta frwtrarij ce qui revient à dire, tenir l'innocence éloignée du vice, défendre la religion contre l'impiété, et préserver la société des justes du contact des méchants. Ah 1 sainte Catherine de Sienne, laquelle, durant sa vie, vous rendit la plus grande splendeur de voire patrie, se montrera digne d'un tel titre en ces Jours si tristes pour l'Église, quand rimpîéfé lève la tête, combat l'épouse dn Christ et tente de vous enlever la foi. Comme autrefois Esther et Judith, elle ravivera les espérances*et renouvellera ses bienfaits en soutenant fortement la ville et le peuple : Firmamentum gentis*,* stabilimentum populù (Bccli., XL1X.)

« Cet heureux événement sera fêté par un Triduo solennel, et des sermons de circonstance en l'église de Sainte-Marie sur Minerve, où repose son corps, les 26, 27 et 28 avril* Le 29, des vêpres pontificales so-

flMJ.] LOI DITE LOi GBISPL 436

lenneUes Beront chantées, et le 30, jour de la féte^ il y aura le matin cérémonie pontificale, et le soir panégyrique.

« Le Saiot-Père accorde Tindulgence plénière à quiconque, après s'être confessé et avoir communié, assistera à Tune des fonctions ou visitera le tombeau de la nouvelle co-protectrice sainte Catherine, en priant pour les besoins de FÉglise spécialement, selon les intentions du souverain Pontife.

« Qui de vous, 6 Romains I ne s'empressera de vénérer sainte Catherine? Renouvelez à ses pieds les protestations de votre gratitude, et à la lumière de ses exemples et de sa vie pure, vous verrez comme sortir de son tombeau un rayon d'amour qui, vous revêtant de force devant les dangers dont est menacée la société, appellera sur vous les bénédictions divines, et justifiera, comme autrefois, la parole : Ossa ipsiiu visitata 4unt, etpost mortemfrophetavertmt, (Eccli*, xliz.)

Mat.

14. — Consistoire dans lequel le Saint-Père manifeste le désir d'inscrire au catalogue des saints le bienheureux Josaphat-Kuncewicz, archevêque de Polock, en Lilhuanie, martyrisé le 12 novembre 1623, et le bienheureux Pierre d'Arbues, premier inquisiteur du royaume d'Aragon, martyrisé le 15 septembre 1485.

19. — Loi dite loi Crispi, du nom du député qui l'a proposée, et qui, votée pour avoir son effet jusqu'au 31 juillet 1866, a été prorogée par une autre loi accordant pleins pouvoirs au gouvernement italien, pendant la guerre avec l'Autriche, jusqu'à la fin de l'année 1866. Elle fit sentir ses rigueurs à un grand nombre ^'ecclésiastiques . En voici le texte :

Article 1®'. 11 est interdit dorénavant de publier, soit par la presse, soit par un moyen mécanique quelconque de reproduction de la peu- -sée, des nouvelles ou polémiques relatives aux mouvements militaires du royaume.

Art. 2. Le délit spécifié dans Tarticle précédent sera puni par un emprisonnement de six jours à six mois et par une amende dont le maximum sera de 500 livres, en outre de la suppression de récrit ou du journal.

11 sera loisible, au juge d'appliquer une seule de ces pénalités, selon l'exigence du cas.

L'action pénale pourra être exercée en môme temps contre l'auteur de l'écrit, contre l'éditeur ou le typographe qui l'aura imprimé ou pu- Mé, contre le directeur ou le gérant du journal incriminé.

Art. 3. Le gouvernement du roi aura la faculté d'assigner, pour un temps dont la durée ne dépassera pas une année, un domicile forcé

436 ANNALIS EGCXÉSIASnQnKS. [tS6S

aux mifs, aux Tagabonds^ aux camorrâtes et à toatet les penannes répu^ ties suspectes, selon les désigoatioiB da Gode pesai, da 20 noTembre 4859, lôquelles désignations swont publiées et auront force de loi dans les provinces toscanes.

Les mêmes dispoôlions seront applicables aux personnes soupçonnées de vouloir {indûiaie di voler) restaurer Tancien ordre de choses ou nuire de çuelque manière que ce soit à Vunité de t Italie.

Art. 6. La présente loi sera en yigueur jusqu'au 3i Juillet 4866.

SmÎM.

lO. — Un édit do cardinal secrétaire d'Etat change la monnaie romaine^ qui doit être désormais semblable à la monnaie fhincaise pour la matière^ le poids et la valeur.

19. — Bref pontifical qui suspend de ses droits et de sa juridiction le cardinal d'Andréa, absent de Rome et de son diocèse depuis deux ans, contrairement aux lois canoniques , et résidant à Naples, où il pactise avec la révolution italienne.

15. — Mort de M^ Charles-Nicolas-Pierre Didiot, évèque de Bayeux, né le 26 juin 1797, à Esnes (Meuse), évoque de Bayeuz depuis 1856.

99. — A Rome, consistoire secret dans lequel sont créés car^ dinaux : M>' Gustave-Adolphe de Hohenlohe, aun^Onier secret de Sa Sainteté ; D. Louis Bilio, consulteur de la Sainte-Inquisition ; M'' Antoine Matteucci, Tice^camerlingue de la sainte JËglise romaine, et M** Dominique Consolini, vice-président du conseil d'État. Sont préconisés, entre autres évéques : M^ Lequette, iK>ur Arras; M** Bécel, pour Vannes, et M*' Grimardias, pour Cahors.

94. — Bataille de Custozza, où les Italiens sont vaincus par les Autrichiens.

95. A Rome, consistoire dans lequel sont préconisés plusieurs archevêques ou évêques.

dlvillet.

1. —Les documents suivants nous donnent une idée de la situation morale de la franc-maconnerie ; il est bon de dire que la loge provisoirement suspendue dont il y est question a pour vénérable M. Eugène Pelletan, député au Corps législatif:

Juillet.] LA FRÂNG-HAÇONNEBIE. 43T

Grand Orient de France. — Décret.

0 Nous, grand-maltre de Tordre maçonnique en France,

« Vu la pi.*, de convocation de la loge l'Avenir^ 0.\ de Paris, pour sa tenue générale du mardi 26 juin 1866, portant entre autres choses^ à son ordre du jour, la mention suivante : a Discussion du rapport de « la Commission cliargée d'étudier les moyens les plus pratiques de « propager les enterrements civils ; »

« Vu le projet présenté à cet effet. à la Loge, par cette Commission et annexé à ladite pL*. ;

« Vu Tayis transcrit en tête de ce projet et par lequel toutes les Lo- « ges, par l'organe de leurs Vén.\, tous les FF.\ de l'O.-. de Paris « sont priés d'étudier cette importante question et de faire part de leurs « observations à la loge V Avenir ; »

<f Considérant que le projet dont il s*agit est, dans son ensemble et particulièrement dans ses articles 4 et iO, une atteinte portée à la liberté individuelle et à la liberté de conscience ; qu'il est de nature à jeter le trouble dans les familles ;

« Considérant que les doctrines qu'il révèle et dont la Loge VAvenir se fait le promoteur sont tin danger pour Tordre ;

« Considérant, d'ailleurs, que les travaux de cette Loge ont déjà plusieurs fois donné lieu à des observations de la part de l'autorité civile, et à des avertissements fraternels de la part du grand maître ;

« La Loge rAvenir^ de l'O.*. de Paris, est provisoirement suspendue.

ce Donné à l'bôtel du Grand Orient de France, ce !«' juillet 1866 (E.-. V.-.).

« Le grand maître « de Tordre maçonnique en France,

0 Melunet. »

Annexe de la pl.\ de convocation de la Loge VAvenir^ visée au présent décret :

0 Conformément à la décision prise par laL.*. rAvenir,èL la tenue du 24 avril dernier, et par suite du vole qui a donné aux ff.*. composant la commission dite Comité des Libres-Penseurs pour les enterrements ci' vilSj mandat pour les rendre praticables dans la Franc-Maçonnerie,

« Cette Commission vient aujourd'hui vous soumettre le résultat de son travail, pensant que cette grande question touchant à Tune des plus hautes manifestations de la conscience ne serait jamais résolue trop tôt; et qu'il importait au nom de la morale, comme en celui de la justice, d'entrer dès à présent dans la voie de réalisation.

«Est institué dans la L.*. VAvenir, pour tous les ff.*. qui accepteront les présents statuts, un comité permanent qui s'intitule : Comité dés libres^penseurs.

« Ils déclarent s'engager à mourir en dehors de tout culte religieux.

« Les libres-penseurs se proposent de pratiquer publiquement ces principes et de les propager par tous les moyens moraux et matériels propres à leur faire atteindre leur but.

« Les membres du Comité s*engagent solidairement à se protéger dans l'accomplissement de leurs obligations.

« Le Libre-Penseur pouvant être empêché au moment de la mort par des influences étrangères de remplir ses obligations morales vis-à-vis du comité, remettra au moins à trois de ses frères pour faciliter leur mission en ce cas un mandat dont la forme est déterminée comme il suit :

« Je, soussigné^ déclare expressément vouloir mourir et être enterré « en dehors de toute espèce de rit religieux, et Je charge spéciale-

« ment les frères ( ) de veiller à Texëcution de ma volonté. J'ai

« pris cette résolution librement, et, comme elle est l'expression de 0 profondes convictions^ Je la consigne ici d'une façon solennelle, re- « commandant expressément à ma famille de ne s'opposer en rien à

« son entière exécution; donnant plein droit aux frères (. ) de pro-

« tester hautement dans le cas où, pour quelque raison que ce soit^ on « ne tiendrait pas compte de ma volonté formelle. »

« Ce mandat, fait au moins en triple ampliation^ sera entièrement écrit manu proprid.

« Chacun des frères désignés devra posséder un double mandat. »

S. — Bataille de Sadowa, ou de Kœniggrsetz, où rAutriche est battue par la Prusse. Cette bataille fut décisive. Nous n'avons pas à entrer dans le récit de cette guerre qui fut si courte, et à laquelle mit fin le traité de Prague. L'Autriche perdit la Yénélie, qui fut acquise à Tltalie, grâce aux bons offices de la France, et l'Allemagne du nord fut placée plus ou moins directement sous la main de la Prusse, devenue la tète d'une nouvelle confédération. Le royaume de Hanovre fut supprimé, et l'Autriche fut exclue de l'Allemagne. Le dernier mot n'est pas encore dit sur les conséquences politiques et religieuses de ces événements extraordinaires.

9. -* Publication dans la Gazette officielle du royaume d'Italie d'un décret qui donne force de loi au projet déjà approuvé par la chambre, pour l'abolition de tous les corps religieux et la conversion de Vasse ecclésiastique (biens du clergé).

19. — Le ministère dit de V Union libérale^ présidé par le maréchal O'DonnelI, est remplacé par un ministère modéré^ présidé par le maréchal Narvaez, duc de Valence, qui a pour principaux collègues M. Gonzalez Bravo (intérieur), M. Arrazola (grâce et jus-

août.] MORT DB M L'ABBË LOQUEUX. 439

tice), et M. Barzanallana (finances). Ce ministère est conservateur et mieux disposé à l'égard de la religion et du Saint-Siège.

tiO. ^ A Quito (république de TÉquateur), mort de M^ Antoine Riagno, évéque d'Antioquia (Nou?eJIe-Grenade), auquel il avait été préconisé le 13 janvier 1854. M'' Riagno avait été obligé de quitter son diocèse à cause des persécutions qu'il endurait pour sa fidélité à soutenir contre le gouvernement grenadin les droits et les libertés de l'Église.

AoAt.

lO. — Mort de M" André Ganova, évoque de Crola et vicaire apostolique de Philippopolis depuis 1841. 11 avait beaucoup contribué au développement de cette importante mission, et ses vertus l'avaient rendu respectable môme aux Grecs schismatiques et aux Turcs. On lui doit la construction de neuf églises, y compris celle qui lui servait de cathédrale, et l'établissement de deux écoles, confiées, l'une aux religieux Augustins de l'Assomption (de Nîmes), l'autre aux religieuses de Saint-Joseph.

IG. — A Paris, mort de M. l'abbé Lequeux, chanoine titulaire et grand pénitencier de l'Église de Paris, ancien vicaire-général et ancien supérieur du séminaire de Soissons. 11 a honoré ses derniers moments par une profession de foi qu'il fit lire devant tout le chapitre métropolitain de Paris, qui l'entourait, au moment où il allait recevoir les derniers sacrements. Cette déclaration est un témoignage touchant de sa foi, de son humble soumission et de son amour pour TÉglise. Nous la reproduisons :

« J*ai toujours vécu et je veux mourir dans la foi de TÉglise catholi-* que et romaine ; Je déclare être dans une entière soumission d'esprit et de cœur aux décisions de l'Église^ et en particulier aux jugements portés sur un de mes ouvrages, comme à ceux qui pourraient être portés sur les antres. J'accepte donc avec soumission et respect la prohibition faîte par la cour de Rome de mon Manuel de Droit canon ; Je proteste que dans la composition de cet ouvrage je n'avais aucune intention de proposer la moindre innovation.

« Je m'attache depuis bien longtemps à considérer avec attention le Pape et mon Évéque comme les deux colonpes dont Je ne détourne pas les yeux. Si quelque circonstance peut faire parvenir à N. S.-P. le Pape la déclaration de mes sentiments, Je demande humblement indulgence et bénédiction, cooune la dernière brebis du troupeau . »

S6. ^ Après la promulgation d'un décret approuvant deux

440 AMNALKS £CCLiSUSIiQOfifi. [iS6€

miracles proposés pour la canonisation du bienheureux Paul de la Croix, fondateur de Tordre des Passionistes, ie Saint4^ère prononce ces paroles :

« La religion catholique n'est pas Inféconde et stérile, comme le sont toutes les sectes. Les sectes, œuvre de la malice humaine, ne peayeut produire que le mal ; la religion calholique, au contraire^ est rœuvre de Dieu, et les œuvres de Dieu produisent des fruits de vie éternelle.

« Un de ces fruits, Paul de la Croix, vient d'être cueilli dans le jardin de rËglise. Vous savez le bien qu'il opéra parmi les peuples par la sainteté de sa vie et par la ferveur de son zèle apostolique. Vous savez comment, non content de cela, il institua une nouvelle famille religieuse qui se voua à rassistance du prochain, à l'extirpation des Tices et à la propagation de la vertu : vocation éminemment sainte et utile à l'Église et à la société.

« Si les ordres religieux sont si utiles à l'Église et à la société, comment se fait-il donc que Ton se lève contre eux et que Ton veuille les détruire?..* Les impies ne sont en paix ni avec eux-mêmes, ni avec autrui, ni avec Dieu, tandis que les religieux, non-seulement possèdent la paix, mais la portent partout, rendent le calme aux consciences, apaisent les esprits irrités et réconcilient les ennemis. Aussi les impies, ne pouvant souffrir chez les autres un bien qu'eux-mêmes ne possèdent pas, haïssent-ils et persécutent-ils les pacifiques, selon la prédiction de Notre-Seigneur...

« La persécution est grande, mais que votre constance à contrebalancer les efforts des impies soit aussi grande 1 c'est là votre mission. »

— M«' Tarchevéque de Bourges, dans la retraite pastorale et le synode diocésain, donne communication à son clergé de la lettre suivante du cardinal Antonelli.

« Illustrissime et Révérendissime Seigneur,

. « il y a peu de temps, le Saint-Père a reçu d'une source digne de toute confiance un rapport affligeant sur la manière insuffisante dont, en certaines parties de la France, les soins spirituels sont donnés aux jeunes enfants avant et apré^. leur première communion.

« Pour donner à Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime un résumé des faits exposés à SaSainleté, je lui dirai qu'on a représenté :

« Qu^avant le.temps de la première communion on refuse aux jfetmes enfant9 Vabeolution sacramantellef. les laissant ainsi, on ne saurait dire en vertu de quels .principes théologiques, jusqu'à l'âge de douze et même de quatorze ap3> dans un état vraiment dangereux au point de vue spirituel ; : , :. ., . . ,

« Que, même après les avoir admis pour la première fois à la table eucharistique, on a coutume de les eut enlr éloignés pendant longtemps,

août] FRÉQUENTATION DBS SACREMENTS PAR LES ENFANTS. 44t

leur défendant, dans certains endroits, de communier au temps de Pâques Tannée de leur première communion ;

« Qu'enfin, il y a môme des séminaires où règne Tusage d'éloigner pour plusieurs mois les jeunes élèves du sacrement de Tautel, sous prétexte d'atteindre une plus mûre préparation.

« Sachant combien la fréquentation des sacrements de pénitence et d'Eucharistie importe A la garde et A la conservation de l'innocence dans les enfants ; sachant que cet usage fréquent des sacrements contribue admirablement A alimenter et fortifier la piété naissante dans les jeunes cœurs, auxquels elle fait embrasser avec ardeur les pratiques de notre sainte religion, il était impossible de ne pas éprouver une vive répugnance A admettre, du moins dans toute leur étendue, les faits articulés dans ledit rapport, bien que. Je le répète, il provint d'une source autorisée. Mais les renseignements qui ont été pris successivement afin de mieux constater l'existence, la portée des inconvénients signalés, ont prouvé qu'au moins, dans une certaine mesure, lis n'étaient pas sans fondement.

« C'est pourquoi le Saint-Père, désireux de voir modifier un système si préjudiciable aux intérêts spirituels des jeunes enfants^ m'a chargé d'appeler sur cet abus l'attention de Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime et celle de quelques-uns de ses plus zélés collègues, et de la prier d'employer son influence et son autorité, particulièrement auprès des prélats ses suffragants, afin de parvenir A réformer dans un sens plus conforme à l'esprit et A la discipline de l'Église, ce défectueux système de soins spirituels à Tégard des enfanta, système dont (on se l'imagine bien) sont trop disposés à profiter bon nombre de pères de famille qui ont peu ou point de souci de l'éducation spirituelle de leurs enfants. En introduisant dans certaines parties de la France la méthode régulière, conforme A la discipline générale de l'Église, qui consiste A admettre môme les jeunes enfants A une juste fréquentation des sacrements^ on peut avec raison augurer que, de proche en proche, la môme méthode s'étendra aux autres contrées, et qu'ainsi on verra bientôt cesser cet usage regrettable.

« Telle est la communication que je suis chargé de tous faire de la part du souverain Pontife. Et si, en l'adressant à Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime, il m'est agréable de penser que son grand ssèle saura répondre aux sollicitudes inquiètes du Saint-Père, je ne suis pas moins heureux de l'occasion qui m'est fournie de lui attester de nouveau les sentiments de mon estiqie la plus distinguée.

« De Votre Seigneurie 111"« et R"**, « Le très-humble serviteur,

« J., CABD. ANTONELLI. »

442 ANNALES ECCLÉSIASTIQUES. L^We

1. — Décret de la Sacrée-Congrégation des Rites, par lequel est confirmé le culte public ecclésiastique rendu de temps immémorial aux serviteurs de Dieu Guillaume Arnauld, Bernard de Rochefort et à leurs compagnons, inquisiteurs pontificaux mis à mort en haine de la foi par les Albigeois. Il est dit dans ce dernier décret que les Pontifes romains se sont toujours attachés à réprimer pariout la perversité hérétique. Le Pape Grégoire IX, sachant que le diocèse de Toulouse était infecté de Terreur des Albigeois, y envoya des inquisiteurs choisis tant dans l'Ordre des Frères-Précheurs que dans celui des Mineurs. Au nombre des premiers se trouvaient les deux religieux nommés plus haut, et qui étaient accompagnés d'un Frère lai nommé Garcias de Aura. L'Ordre des Mineurs avait donné pour inquisiteurs Etienne de Narbonne et Raymond de Carbmerits. D'autres personnages, obéissant aux inspirations de la charité ou aux devoirs de leur charge, s'étaient joints à eux, entre autres un prieur de l'Ordre de Sainl-Benott, connu sous le nom de Monachus Clusinus Raymond, archidiacre de l'Église de Toulouse ; Bernard, qui lui servait de clerc ; Fortanerius et Ademar, tous deux clercs, chargés des messages, et enfin un secrétaire laïque du nom de Pierre. Tous les onze furent associés à la gloire du martyre, comme ils l'avaient été aux travaux de l'apostolat et aux périls de la lutte.

Leur zèle à s'acquitter de la mission qui leur avait été confiée excita contre eux la fureur des hérétiques. Raymond d'Alfar, imbu des nouvelles doctrines, avait été pourvu du commandement de la ville d'Avignon par le comte de Toulouse, Raymond le Jeune. Ce misérable tendit un piège aux inquisiteurs et à leurs compagnons, et, sous prétexte d'une réconciliation, il les attira dans le château du gouverneur. A peine y eurent-ils pénétré que des satellites apostés sortirent de leur cachette et fondirent sur ces hommes sans défense^ qu'ils immolèrent avec cruauté. Les victimes, loin de proférer aucune plainte, mgururent en rendant grâces au Dieu éternel et en chantant l'hymne de saint Ambroise. Le Ciel manifesta leur triomphe par des signes et des prodiges. La voix publique leur décerna le titre de martyrs, et un culte ecclésiastique leur fut aussitôt rendu.

Le R. P. Vincent Acquarone, postulateur général pour l'ordre des Frères-Prêcheurs, pensant pouvoir démontrer, à l'aide de monuments certains, la prescription légitime et la possession non

septembre]. UORT DE Mr EMMANUEL DE' MÉBËIROS. 44S

interrompue de ce culte, S. É. le Cardinal préfet de la Congrégation des Rites a soumis la question à cette Congrégation, et LL. ÉÉm. les Cardinaux qui en font partie ont répondu dans la séance du 1*' septembre, après avoir entendu le promoteur de la foi, le R. P. Minetti, que cette cause rentrait dans le cas exceptionnel prévu par les décrets du Pape Urbain YIU. N. S.-P. le Pape Pie IX, après avoir entendu le rapport de la cause, a daigné approuver Tavis de la Sacrée-Congrégation des Rites et confirmer le culte public ecclésiastique rendu de temps immémorial aux Bienheureux Guillaume Arnauld et à ses compagnons Martyrs.

•• — Décret de la Congrégation des rites concernant la cause de la canonisation de la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, vierge, religieuse professe de l'Ordre de la Visitation de la Bien* heureuse vierge Marie, Institut de saint François de Sales. — Sur le doute, s'il faut signer la commission de reprise de cette cause dans son état actuel et pour reffet dont il s'agit?

A l'instance du très révérend ebanoîne M'' Dominique Borgbi, camérier d*bonneur de notre très-saint Seigneur le Pape Pie IX, et postulateur de la cause de la bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, le Cardinal soussigné, préfet de la Congrégation des Rites sacrés, et rapporteur de cette cause, a proposé, dans l'assemblée ordinaire de ladite Congrégation tenue aujourd'hui au Vatican, le doute suivant :

« Faut-il signer la commission de reprise de la Cause dans son état actuel, pour l'effet dont il s'agit ? » Les Éminentissimes et Révérendissimes Pères préposés à la garde des Rites sacrés, toutes choses mûrement considérées, ont été d'avis de répondre : o Oui, si Sa Sainteté le veut bien. 9 Le premier jour de septembre 1866.

Sur le rapport fidèle qui a été fait de tout cela à notre très-saint Seigneur le Pape Pie IX par le soussigné, substitut de la secrétairerie de la Congrégation des Rites sacrés. Sa Sainteté, ratifiant l'avis de la Sacrée- Congrégation, a daigné signer de sa propre main la commission de reprise de la Cause de la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, vierge. Le six des mômes mois et an.

Place f du sceau.

CONSTANTIN, Ëvêqub de Porto et Ste-Rdfine; Cardinal PATRIZI, Préfet db la Congrégation des Rites sacrés.

Pour le R.-P. Dominiqce BARTOLINl, Secret. Joseph CICGOLINI, SuBSTiT.

If. — Mort de M»' Emmanuel de Médeiros, évoque de Fernambouc ou Olinda^ au Brésil, né le 1" septembre i829, préconisé évoque le 25 septembre 4865. Déjà prêtre depuis plusieurs

444 ANNALES ECCLÉSIASTIQUES. il9m

années, il avait complété ses études ecclésiastiques an séminaire de Saint-Sulpice à Paris. Son épiscopat promettait les plus heureux fruits.

Octobre*

9. — Un incendie détruit la cathédrale catholique de New* York aux États-Unis.

0. — Les Pères réunis en concile national à Baltimore, aux États-Unis, envoient à Sa Sainteté le Pape Pie IX le télégramme suivant par le câble transatlantique : « Sept archevêques et quatt rante évoques, réunis en concile, saluent unanimement Votre « Sainteté et lui souhaitent longue vie, ainsi que le maintien «de tous les droits anciens et sacrés du Saint-Siège. — Signé, « Martin-Jean Spalding, archevêque de Baltimore et président du (( concile. »

19. — Mort à Neuilly-sur-Seine, près Paris, de M^ Patrice Cruice, évoque démissionnaire de Marseille, né à Killalooley, en Irlande, le 27 juillet 1815, supérieur de TËcole des hautes études établie dans Tancien couvent des Carmes, en 1843, préconisé évoque de Marseille, le 20 juillet 1861. 11 laisse, entre autres ouvrages : Une Vie de M^ Affre^ archevêque de Paris ; une Histoire de r Église de Rome sous les pontificats de saint Victor^ de saint Zé^ phyrin et de saint Calixte^ et une belle édition, sortie des presses de rimprimerie Impériale, des Philosophumena^ avec une traduction latine et des notes.

!•. — Le conseil municipal de Vienne, qui s'était montré peu disposé à des sacrifices patriotiques après la victoire des Prussiens à Sadowa, retrouve toute son énergie pour empêcher les Jésuites, obligés de quitter la Vénétie, de venir se réfugier à Vienne. Débattue une première fois, le 15 octobre, dans le sein du conseil, la question des Jésuites avait été écartée par une majorité de 40 voix contre 34, comme n'étant pas d'urgence. Mais trois jours après, le 19 octobre, quelques conseillers municipaux revinrent à la charge avec trois propositions nouvelles.

La première, et qui ne rencontra pas d'opposition, fut celle que le docteur Schrank formula en ces termes :

« L'honorable conseil municipal est prié de charger la prea mière section (la section juridique) de choisir dans son sein une <( commission de cinq meinbres qui aurait à s'occuper sans délai

octobre]. LA QUESTION DES JÉSOITES A VIENNE. 445

«des moyens (d'empêcher, dans llDtérôt de la ville, Tinvasion a menaçante des Jésuites et la fondation de nouvelles institutions « religieuses à Vienne et dans les enyiroûs. » ' >

Cette praposition ne souffrit pas de difficulté et fut renvoyée à la section. Mais ce n'était pas assez pour M. Umlauft et consorts, ils voulurent encore qu'on votât .l'urgence de la proposition suivante :

« Les soussignés ne pouvant croire qu'en passant à l'ordre du « jour, dans la question des Jésuites, le conseil municipal ait voulu, m par ce vote, exprimer ses sympathies pour cet ordre, bien que c( ce Tote iSoit de nature à le faire croire ; persuadés, en outre, « qu'une proposition ne saurait trouver de solution vraie par un « renvoi pur et simple à l'ordre du jour; enfin, qu'une mesure déa cisive du conseil municipal dans cette question est souverainece ment importante, se permettent de réclamer encore l'urgence « de la proposition suivante : Le président du conseil municipal u est supplié d'user sans retard de tout son pouvoir auprès des auto- « rites compétentes pour s'opposer lé plus énergiquement possi- <( ble à l'installation des Jésuites italiens émigrés, à la suite des a événements, soit à Vienne, soit dans sa banlieue. »

L'urgence de cette proposition ayant été votée à une grande majorité contre huit voix, l'auteur de ladite proposition prit de nouveau la parole et dit :

a Je veux épargner à Vienne les horreurs de 1848 et celles dont c Prague vient d'être le théâtre. Quiconque a vu 1848 doit se a rappeler les dangers que fit courir à la capitale et à Tordre pu- € blic la présence des Jésuites à Vienne. Ici, personne^ à l'excep- <c tion d'une infime minorité, ne désire voir les Jésuites ouvrir u boutique. Qui de nous ne perdrait l'appétit s'il nous fallait déet vorer les Jésuites que le sol ultramontain a vomis de son sein? n

M. le conseiller municipal Gatscher avait déjà répondu :

c Je crois devoir protester, au nom de la population vienn(Hse, « contre l'imputation qu'on lui fait d'être anthropophage, puisa qu'il se trouve ici queliju'un (M. Umlauft) qui prétend qu'alors € il nous faudrait manger les Jésuites. »

M. BsBck soutient que les Jésuites; qui depuis 1848 se sont introduits à Vienne sous le nom de Liguoriens, de Lazaristes, etc., ont acheté le Holzhof (magasin de bois), dans la rue Marià-Hilf, sous le couvert de l'Association catholique des ouvriers, et que la même choses déjà eu lieu pour Karlsburg, puis il ajoute : «Le « grand Joseph II ne trouvait déjà plus cet ordre de son siècle, éi « maintenant, au siècle des machines à vapeur et des télégraphes,

446 INNALES ECCLÉSIASTIQUES. Ct866

« sooffririons«nous de nous voir reculer de plusieurs siècles? Pour u prévenir donc tout éclat, que ces pieux messieurs veuillent bien « se tenir à distance de Vienne. »

M. Huber ne peut s'empêcher de jeter le blâme sur son pays : a Les collèges des Jésuites, dit-il, ayant dû fuir à l'approche des A soldats de Victor-Emmanuel prenant possession de la Vénétie, 0 et n'étant soufferts dans aucun pays civilisé, n'ont plus que l'Au- « triche pour dernier refuge. Faisons donc l'impossible pour ne a pas les recevoir à Vienne en édition considérablement augmentées

M. Steudel, qui est protestant, s'écrie : %Ce que nous avons de « plus sacré, nos enfants, nous devrions les confier aux Jésuites ! « nos enfants, à qui nous sommes obligés de donner une éducation « constitutionnelle 1

Docteur Schrank : «Il est avéré que les Jésuites reçoivent dans « leurs écoles les enfants des premières familles, qui n'en sortent <i' qu'avec une morale dépravée, pour devenir ensuite hommes a dÉ'tat, diplomates, généraux, ministres I Vous connaissez aussi 0 l'axiome de l'Ordre : La fin justifie les moyens. Non, les membres <( de ce corps ne sauraient avoir l'esprit autrichien, astreints qu'ils a sont par vœux à n'obéir à qui que ce soit, si ce n'est à ce prôtre a générai qu'ils ont à Rome. Et puis^ que dire de leurs missions « et de leurs instructions données à tous les âges, à tous les sexes, (( à toutes les conditions I Quels maux ces hommes n'ont-ils pas « ainsi causés à la religion I » Quels sont donc les généraux et les ministres autrichiens formés par eux? Seraient «ce peut-être les généraux Bénédeck (protestant), Hénikstein (de race juive, à ce qu'on dit), Krismanick, Gablenz, ou les ministres Bach^ Schmerling. Lasser, Hein, etc. ? Quant à l'axiome : La fin justifie les moyenSj loin d'être le principe des Jésuites, il est bien plutôt celui de leurs ennemis, qui ne se font pas faute de le mettre tous les jours en pratique. II y a bien des années déjà que le jésuite, P. Rho, s'est publiquement engagé à donner 1,000 florins à celui qui trouverait un ouvrage dans lequel un jésuite l'aurait émis et soutenu. Jusqu'ici personne ne l'a découvert.

Le docteur Kopp dit : «Qu'un jésuite s'établisse ici comme inc( dividu, personne n'y trouvera rien à redire ; mais quant à leurs « collèges et à leur congrégation^ c'est autre chose. C'est contre a le corps de cette Société qu'il nous faut lutter, de cette société « si profane dans les buts qu'elle poursuit et dans les pernicieux fi effets qu'elle obtient, puisqu'elle parvient à jeter les plus pro- « fondes racines dans les plus hautes classes de la société. »

Le conseiller municipal Gatscher dit : a Les huit messieurs pré-

oetoèK.] MOBT DE Msr SCITOWSKI. 447

cédents ont mentionne la ville de Prague. Si la persécution que les Jésuites viennent d'y souffrir est un motif pour les éloigner, il faudrait aussi proposer Téloignement des Juifs, qui, dans cette môme ville^ ont été l'occasion des violences qui se sont déchaînées contre eux, violences contre lesquelles se sont élevés, comme l'ont annoncé les journaux, plusieurs prêtres catholiques qui ont protégé les Juifs môme au péril de leur vie. On parle de dangers^ comme si le feu dévorait tout. Demandez-vous des preuves? on s'excuse : Cela mènerait trop loin, dit-on, il faudrait consulter l'histoire. Voilà, certes, une érudition, une logique contre laquelle il n'y a pas à lutter. »

L'orateur conclut en disant que les mômes raisons qui, dans la dernière séance, ont motivé l'ordre du jour, subsistent encore tout entières, et qu'en conséquence il propose de nouveau l'ordre du jour. Al'exception des conseillers municipaux Gatscher,ZeinIhofer, Feyerfeil, Much et Schmidkunz, personne ne se leva, au milieu du vacarme qui s'ensuivit, pour voter l'ordre du jour. La proposition Schrank fut renvoyée à la section juridique, et celle d'Umlauft fut admise comme d'urgence. Ainsi se termina la séance, qui donne une triste idée de l'état religieux des esprits dans la classe moyenne, en Autriche.

.99. — Pie IX attache cent jours d'indulgence à la prière suivante qui se récite à Rome pour les présentes calamités de L^ Église :

« Très-doux Jésus^ notre divin Maître, qui déjouez toujours les machinations perverses des pharisiens qui vous tendent des embûches, déconcertez les conseils des impies et de tous ceux qui, abusant de la faiblesse humaine, s'efforcent, avec leurs faux arguments, d'étendre leurs filets et d'y prendre votre peuple. Éclairez tous vos disciples de la lumière de votre grâce, afin que nous ne soyons point corrompus par l'astuce de ces hommes, sages suivant le siècle actuel, qui répandent partout leurs pernicieux sophisme», afin de nous faire tomber dans leurs erreurs. Accordez-nous la lumière de la foi, afin que nous reconnaissions les embûches des impies^ que nous restions fermement croyants aux dogmes de l'Église et que nous repoussions toujours les mensonges des sophistes. »

— Mort de W Scitowski, cardinal -archevêque de Gran et primat de Hongrie, né le j" novembre 1785, à Bêla, prêtre depuis 1809, nommé à l'évôché de Rosenau en 1827, transféré à Fûnfkirchen (Cinq-Églises) en 1838, archevêque de Gran depuis le 21 juillet 1849, créé cardinal par Pie IX le 7 mars 1853. Il inaugura solennellement la basilique de Gran, le 31 août 1856. Il oc-

448 ANNALES ECCLÉSIASnQUFS. [1

capait ane position élevée dans l'État, efi l'emiieieiir d'Autriche avait une grande déférence pour ses avis.

— Circulaire adressée de Florence par le baron Rîcasoli à BfM. les préfets du royaume italien au sujet des évéques éloignés de leurs sièges.

« La cessation de roccupation étrangère dans les provinces vénitiennes et leur agrégation au royaume d'Italie raffermit et accomplit le grand fait de l'unité italienne; il ouvre de nouveaux horizons à l'action du Gouvernement et change le point de vue sons lequel le pouvoir exécutif devait apprécier certaines graves questions de la politique intérieure. Tant qu'une puissante armée, campée daas une position formidable, offrait un centre où convergeaient les espérances et les efforts des partisans du passé et mettait en danger Texistenee même de la nation, tous les desseins et tous les actes du Gouvernement étaient nécessairement subordonnés au but suprême de défendre à tout prix l'œuvre commencée du rachat national el d'en poursuivre par tous les moyens le prompt accomplissement.

« En présence du dilemme d'être ou de ne pas être, qui domimdt la politique de l'Italie, le devoir du Gouvernement était de faire taire ou do moins d'ajourner certaines considérations de scrupuleuse légalité, qui, en des époques et des conditions régulières , auraient indubitablement prévalu dans ses conseils.

« Mais aujourd'hui que cette période de doute, de provisoire et de péril est heureusement dépassée; aijgourd'bui que Tltalie, solidement constituée, n'a plus d'ennemis extérieurs qui la menacent ; aujourd'hui que les adversaires, pour ainsi dire domestiqueSj découragés et brisés par l'abandon des alliés étrangers, sont réduits à l'isolement et à Timpuis* sance, toutes ces mesures exceptionnelles, qui étaient exigées et justifiées par la situation politique, doivent cesser dans leurs effets, de même qu'ont cessé d'être les causes qui lès avaient déterminées.

« Certes, il ne tiendra pas au Gouvernement que l'Italie ne donne à l'Europe civilisée la plus éloquente, la plus irréfragable démonstration qu'elle n*a obéi, dans Tadoption de mesures discrétionnaires, qu'aux seules nécessités inévitables de la défense, en rétabli8sant,'dès le premier instant où le pays jouit d'une existence politique normale, l'em* pire absolu de la loi au profit de tous, même de ceux qui lui tendirent des embûches et qui calomnièrent et calomnieront encore son impartialité et sa généreuse attitude.

« Pénétré de ces principes et fidèle à de telles tendances, le gouvernement du roi s'est décidé A procéder au rappel des Évoques qui, par suite de nécessités de sûreté locale ou générale, ont été éloignés de leurs sièges et relégués au domicile forcé.

« En conséquence, le soussigné se hâte de déclarer que d'autres conrîdérations encore non moins graves ont suggéré au Gouvernement de

octobre.] CIBCUUIRE SUR LE RAPPEL DES ÉVÊQDES D'ITALIE. 449

saisir la première occasion opportune qui lui permettrait de rappeler dans leurs diocèses les évéques, en assez grand nombre, à qui^ par des motifs d'ordre public, et souvent dans Tintérêt même de leur sécurité personnelle, il avait dû infliger un exil provisoire.

« Le Gouvernement, en ne différant plus le retour d'un nombre considérable d*évêques, a aussi en vue de faire cesser le trouble des consciences timorées et de faire disparaître les empêchements qui, dans beaucoup de diocèses, se produisent chaque jour dans la marche régulière du service religieux.

« Bien éloigné de partager Tardente hostilité des passions extrêmes, le Gouvernement, sans transiger cependant sur aucun de ses devoirs, sans décliner la moindre parcelle de sa responsabilité, se fait un bonneur d'attester son respect pour la religion de Timmense majorité des Italiens, et il désire hAter de la sorte le cours de ces rapports de parfaite liberté entre l'Église et l'État, qui, jusqu'à présent, ont constitué un simple axiome rationnel du droit public eccléciastique dans le royaume, axiome qu'il serait bon désormais de faire vraiment passer des régions abstraites, où il s'est tenu jusqu'à présent, dans la réalité des faits*

« Une autre considération s'est pareillement imposée à la pensée du soussigné, savoir, que la nation et le Gouvernement se montreraient inquiets au sujet de leur propre force s'ils réputaîent nécessaire à leur sûreté et à leur conservation de changer ces dispositions exceptionnelles en actes à peu près réguliers d'administration, qu'on devrait continuer de maintenir en vigueur. La dignité et l'honneur national n'auraient rien à gagner à l'aveu qu'il suffit de l'apparition d'un simple évêque dans une province pour troubler l'ordre public et mettre en péril la sécurité politique du pays.

« De son côté, le Gouvernement, disposé conune il est à soutenir dans toutes les occasions et à l'égard de tout le monde le libre cours de la justice ordinaire, et avec l'intime persuasion qu'il trouve dans les lois communes assez de force pour venir à bout de désarmer tout ennemi de l'État et anéantir toute menée attentatoire à sa sécurité, n'éprouve aucune crainte de ce genre. 11 voit au contraire, dans le retour des évêques, un élément propre à rehausser son autorité ; car il n'ignore pas que l'auréole d'une prétendue persécution communique un prestige trop souvent en contraste avec les qualités personnelles du sujet qui se glorifie d'être en butte à cette épreuve, et il sait que les mesures exceptionnelles donnent lieu à des interprétations qui ne sont rien moins que favorables à la dignité et à la force de l'administration supérieure, à cette force et à celte dignité dont le gouvernement italien a la conscience d'être investi.

« il ne sera pas encore hors de propos de remarquer que la chute de toutes les espérances réactionnaires et le sentiment de Tinébranlable solidité de la nouvelle situation à laquelle est parvenue l'Italie devra inévitablement exercer une influence sur l'attitude des prélats rappelés, qui en viendront enfin à reconnaître l'impuissance de tout coupable Annales eeciés. 29

effort, le dommage qui résulterait pour les intérfits légllimes de la religion de rhostilité de leur attitude politique , la nécessité de ne pas s'isoler davantage de Timmense majorité des populations confiées à leur ministère évaDgélique. Eux qui proclament en toute rencontre leur soumission illimitée aux décrets de la Providence, ne voudront pas se contredire en continuant à contrarier par leur hostilité un ordre de choses qui a toute Tempreinte d'an prodige providentiel.

«Que si ces espérances étaient frustrées, si Téloignement imposé jusqu'à présent aux évoques n'avait été capable de leur inspirer aucune pensée nouvelle ; si leurs sentiments étaient demeurés les mêmes sans altération en présence de l'éclatant développement de Tunité nationale; si^ prenant en apparence uns attitude de piété chrétienne, ils osaient se faire en secret les promoteurs de discordes civiles, ou tramer d'une tout autre manière des embûches à la tranquilité publique, alors les autorités constituées par les moyens ordinaires de vigilance qui sont en leur pouvoir, et sous la sauve-garde des garanties communes fournies par le Code pénal à la sûreté publique, sauront bien déjouer et punir les coupables menées et faire en sorte que les évoques^ à l'égal de tous les autres citoyens, aient à rendre compte devant les tribunaux de tout acte qu'ils n'auraient pu commettre au mépris des lois du royaume.

« Leur position, qui les met davantage en évidence, rendra, du reste, plus faciles les mesures de surveillance , et la Justice, la religion bien entendue et la dignité du Gouvernement gagneront à la fois, dans une mesure proportionnée, à ce nouveau système de procédés plus légaux et plus énergiques.

« Le soussigné a donc pleine confiance que Votre Seigneur Illustrissime voudra bien tenir compte des intentions du Gouvernement, et n'omettra rien pour disposer l'opinion publique au retour de Tévôque de..., et ajoutera, au besoin^ toutes les considérations qui toiseront suggérées par sa prudence et sa sagesse bien connues, et par la connaissance des conditions spéciales de la province confiée à son administration.

« Cependant tous les prélats qui se sont éloignés volontairement de leur diocèse ou que les autorités locales ont fait éloigner dans des vues de sûreté publique, ne recevront pas immédiatement la faculté de retourner, mais ceux seulement qui demeurent dans les différentes provinces du royaume, en excluant pour le moment les évoques séjournant à Rome et ceux qui auraient donné des preuves récentes de machinations politiques.

« Toutefois, les mômes principes doivent avoir bientôt la même application, môme à l'égard de ces derniers, dont le sort est momentanément laissé en suspens.

« Le rappel immédiat des uns à leurs sièges respectifs, comme le rappel successif des autres (le soussigné en a la confiance), sera, grâce surtout aux soins de Votre Seigneurie Illustrissime, généralement bien

octobre.] ALLOCUTION PONTIFICALE SUR LA SITUATION DR LITALTE 4SI

accueilli et Justement apprécié, avec ce bon sens dont le pays a donné en tant de circonstances des preures si éclatantes.

« Le soussigné a Thonnenr d'offrir à Votre Seigneurie Illustrissime l'assurance de sa considération distinguée. « Le ministre, Ricasolu »

'. — A Rome, consistoire secret dans lequel le Saint-Père manifeste son désir de procéder à la canonisation solennelle du bienheureux Paul de la Croix, et préconise plusieurs évoques. Il prononce ensuite deux allocutions : Tune sur les affaires d'Italie, l'autre sur les affaires religieuses de Pologne. La première commence par les mots : Non semel afflictos; la seconde par les mots: Luctuosum et nunquam ^.

Vénérables Frères,

Plus d'une fois, vénérables Frères, soit dans nos lettres publiques, soit dans diverses allocutions prononcées dans ces réunions solennelles de Totre Sacré Collège, nous avons dû, pour remplir les devoirs de notre charge, faire entendre nos plaintes sur les maux que notre très-sainte religion souffre depuis si longtemps en Italie et sur les actes iniques d'une si grande gravité que le gouvernement subalpin commet contre BOUS, contre le Siège apostolique. Vous comprenez donc aisément de quelle douleur chaque Jour plus vive nous sommes atteints en voyant ce même gouvernement attaquer sans cesse et chaque jour avec plus de Tiolence l'Église catholique, ses lois salutaires et ses minisires sacrés.

Vous le savez I les é^èques, les hommes les plus vertueux du clergé séculier et régulier, les citoyens catholiques les plus honorables, sont chaque Jour, sans égard pour la religion^ pour la Justice, pour l'humanité môme, ou envoyés en exil par ce môme gouvernement^ ou jetés en prison, ou condamnés au domicile forcé, et accablés de toutes espèces de vexations indignes ; les diocèses sont privés de leurs pasteurs, au trèsgrand dommage des âmes; les vierges consacrées à Dieu sont expulsées de leurs monastères et réduites à la mendicité ; les temples de Dieu sont violés, les séminaires épiscopaux sont fermés, l'éducation de la malheureuse jeunesse est soustraite à la discipline chrétienne et confiée à des maîtres d'erreur et d'iniquité, et le patrimoine de l'Église usurpé et vendu.

Dédaignant les censures ecclésiastiques et méprisant absolument nos très-justes réclamations et celles de nos vénérables frères les évoques d'Italie, après avoir mis en vigueur plusieurs lois tout à fait contraires à l'Église catholique, à sa doctrine^ à ses droits, et pour cette raison condamnés par nous, ce môme gouvernement n'a pas hésité à rendre sur

le mariage civil, comme on l'appelle^ une loi qui est tout à fait en opposition, non-seulement avec la doctrine catholique^ mais encore avec le

< Nous prenons dans le Monde ia traduction de ces deux documents.

452 ANNALES ECCLÉSIASTIQUES. Clt6e

bien de la société civile, car cette loi foule aux pieds la dignité et la sainteté du sacrement de mariage^ elle en détruit Tinstitution et favo» riee le plus honteux concubinage. En effet, entre fidèles, il ne peut y avoir réellement mariage s'il n'y a au même moment et par le même acte de sacrement, et c'est au pouvoir de l'Église qu'il appartient exclusivement de décider en tout ce qui peut avoir rapport au sacrement de mariage.

En outre, s*attaquant ouvertement à l'état de profession publique des conseils évangéliques, qui a toujours été et sera toujours en vigueur dans l'Église de Dieu, et plein de mépris pour les immenses bienfaits des Ordres réguliers, qui, fondés par de saints personnages et approuyés par le Siège apostolique, ont, par tant de glorieux travaux, par tant d'œuvres utiles et pieuses, bien mérité de la société chrétienne^ de la société civile et de la république des lettres, ce gouvernement n'a pas craint d'édicter une loi par laquelle il supprime dans tous les pays qui lui sont soumis toutes les familles de religieux de l'un et l'autre sexe, et s'empare de toutes leurs possessions ainsi que de beaucoup d'autres biens de l'Église, et en organise le partage. Avant môme qu'il eût mis le pied dans la province de Venise, il n'a point hésité à étendre à ce pays ces décrets et ces lois, annulant ainsi radicalement le concordat que nous avions passé avec notre très-cher fils en Jésus-Christ l'eaipereur d'Autriche François-Joseph, en décrétant, contre tout droit et toute justice, que cette convention n'avait plus ni force ni valeur.

C'est pourquoi, conformément aux devoirs les plus graves de notre ministère apostolique, nous voulons, au milieu de cette très-noble as* semblée, élever de nouveau notre voix de pontife en faveur de la religion, de l'Église, de ses lois sacrées, des droits et de l'autorité de cette chaire, qui est celle de Pierre, blâmant et réprouvant avec la plus grande énergie tous et chacun de ces actes faits contre TÉglise et contre ses droits, soit à cette occasion, soit à toute autre, par le gouvernement subalpin, ainsi que les lois et les mesures qui ont été décrétées et exécutées par ce gouvernement et par les magistrats inférieurs soumis à ses ordres. En vertu de notre autorité apostolique, nous abrogeons ces décrets et toutes leurs conséquences, et nous déclarons qu'ils sont et seront de nul effet et de nulle valeur. Quant à leurs auteurs, qui ont la gloire de porter le nom de chrétiens, qu'ils se souviennent et réfléchissent sérieusement qu'ils sont malheureusement tombés sous le coup des censures et des peines spirituelles que les constitutions apostoliques et les décrets des conciles œcuméniques déclarent encourues ipso facto par les envahisseurs des droits de l'Église.

Vous savez , vénérables Frères, comment des hommes perfides nous objectent et interprètent malicieusement au gré de leur fantaisie la bénédiction que nous avions accordée à l'Italie quand, élevé à ce Siège apostolique, assurément sans aucun mérite de notre part, mais par une insondable décision de Dieu, nous avons spontanément prononcé des paroles de pardon et de paix, inspirées par notre charité envers les

octobre.] ALLOCUTION JPONTIFICALE S€R LA SlinATION DE L'ITALIE. 4Sa

peuples qui nous étaient soumis. Sans doute, plein de sollicitude pour le bien et le Trai bonheur du troupeau tout entier du Seigueur, nous avons par nos humbles et ardentes prières demandé qu'il préservât l'Italie des maux qui la menaçaient^ que le don si précieux de la foi catholique y reçût une nouvelle vigueur, que la pureté des mœurs, la justice, la charité et toutes les vertus chrétiennes y fussent chaque jour plus florissaotes.

Au moment môme où nous sommes, nous ne cessons pas d'adresser toujours à Dieu les plus ferventes prières pour qu'il daigne arracher les peuples catholiques d'Italie aux extrêmes calamités de tout genre qui les accablent et les écrasent par la main de ceux qui conduisent Tltalie et exercent sur eux une persécution qui revêt mille formes. Nous supplions donc tout d'abord le Seigneur très-clément pour qu'il aide et fortifie ces mêmes peuples italiens de sa céleste assistance, afin qu'ils demeurent immuables et fermes dans la foi divine et dans la religion, et qu'ils puissent supporter et soutenir avec un courage vraiment chrétien tant et de si tristes malheurs. Mais ceux-là se trompent étrangement qui, s'appoyant là-dessus, en concluent que, déjà dépouillé par une flagrante injustice de plusieurs provinces qui étaient soumises à notre autorité pontificale, nous devons rejeter désormais notre principat civil et le principat de ce Siège apostolique, et qui nous demandent de \e faire. Chacun voit clairement combien un tel renoncement serait injuste et pernicieux à l'Église.

Ce fut par une disposition particulière delà divine Providence, comme nous l'avons rappelé ailleurs, que^ lorsque l'empire romain eut été renversé et partagé en plusieurs royaumes et en des souverainetés diverses, le souverain Pontife, dans cette grande yariété d'États, et dans la situation nouvelle de la société humaine, obtint son principat civil, afin que, n'étant soumis à aucune autorité civile, il pût en toute liberté exercer son autorité suprême et la juridiction que le Seigneur Jésus- Christ lui a conférée divinement sur toute l'Église , et que les fidèles pussent acquiescer et obéir en toute sécurité et en toute paix de conscience aux décrets, avertissements et ordres de ce même Pontife, sans avoir aucune crainte de le voir dominé par la volonté ou la pression des princes, ni d'aucun pouvoir civil.

C'est pourquoi, non-seulement nous ne pouvons pas renoncer à une autorité civile établie par les desseins de la divine Providence pour le bien de l'Église universelle, mais encore nous devons défendre énergiquement et sauvegarder tous les droits de cette autorité civile, et réclamer énergiquement contre l'usurpation sacrilège des provinces enlevées au Saint-Siège. Ce devoir, nous l'avons déjà souvent rempli, et aujourd'hui encore nous l'accomplissons en réclamant et revendiquant ces provinces. Tout le monde sait, du reste, avec quel zèle les évéques de l'univers catholique ont combattu, tant par leur parole que par leurs écrits, en faveur de notre souveraineté civile, qui est celle du Siège apostolique, et comment ils ont déclaré que^ dans l'état présent des

IM ANNALES ECCLÉSlASnQDES. 118M

affaires de ce monde, cette Bouverainetô est absolument nécessaire pour rendre et assurer au pontife de Rome, dans sa mission de paître le troupeau catholique tout entier, celte pleine liberté qui est étroitement unie à la liberté de toute l'Église*

Les hommes dont nous parlions tout à Fheure ne cessent de crier que nous devrions nous réconcilier avec Tltalie , c'est-à-dire avec ces ennemis de notre religion qui se vantent de représenter Tltalie, liais comment nous qui, établi protecteur et gardien de la très-sainte religion, de la doctrine du salut, de la vertu et de la justice, devons pro« curer le salut de tous, pourrions^nous jamais nous réunir à ceux qui, ne soutenant pas une doctrine saine et détournant leurs oreilles de la vérité, nous fuient, et qui n'ont pas même voulu acquiescer à nos désirs et A nos demandes, lorsque nous les avons conjurés de faire rendre leurs évéques à tant de diocèses d'Italie privés de l'assistance et des consolations épiscopales?

Plaise à Dieu que ceux qui attaquent si violemment l'Église, nousméme et le Siège apostolique, tournant leurs regards et leurs cœurs vers la vérité et la justice, soient un jour éclairés, qu'ils reviennent à résipiscence, et que, rentrant en eux-mêmes et veillant au bien de leurs âmes, ils s'efforcent de revenir A nous sous l'impulsion d'un salutaire repentir I Certes, rien ne pourrait nous être plus agréable que de courir au-devant d*eux, A l'exemple du père cité par TÉvangile; conune lui, de les recevoir dans nos bras, nous réjouissant grandement dans le Seigneur de voir nos fils qui étaient morts ressuscites, et ceux qui étaient perdus retrouvés, ils comprendraient alors combien notre auguste religion, mère féconde et nourrice de toutes les vertus, sauvegarde contre les vices, amène chaque homme en particulier et la société publique tout entière au bonheur. Car, où la religion règne avec sa doctrine salutaire, la pureté des moeurs, la probité, la paix, la justice, la charité et toutes les vertus régnent aussi, et les peuples ne sont pas accablés de ces maux si lourds sous lesquels ils sont écrasés dès que cette môme religion et ses enseignements sont dédaignés et foulés aux pieds.

En présence des faits lamentables que nous venons de rappeler et des événements pleins de tristesse qui surviennent chaque jour en Italie, tout le monde peut voir et conjecturer facilement A quels nombreux et grands périls le Siège apostolique est exposé, et comment il est en butte aux menaces cruelles de la révolution, aux haines des incrédules, aux colères des ennemis de la croix du Christ. De toutes parts retentissent incessamment ces cris furieux que ne cessent de proférer les ennemis les plus acharnés, disant que cette ville de Rome doit participer aux bouleversements et A la révolution funeste de l'Italie, et que même elle doit en être la tête.

Que Dieu, dans l'abondance de sa miséricorde, dissipe par sa force toute-puissante les voeux et les desseins impies de ces hommes ennemis; qu'il ne permette jamûs que cette cité magnifique, qui nous est si chère, et où» par un bienfait insigne et tout à fait unique, il a placé la chaire

oololire.] ALLOCUTION PONTJPXeALE SUR LA SITUATION DE LITALIR. O^

de Pierre, foodement iaBi:pugiiable d6 la foi divine et de la religion^ revienne à son ancien état, à cet état lamentable que notre prédécesseur le grand saint Léon a si exactement décrit, et dans lequel elle se trouvait, quoique maîtresse du monde, quand le bienheureux Prince des Apôtres y parut pour la première fois*

Pour nous, quoique privé de presque tout secours humain^ mais conservant le souvenir de nos devoirs^ et ayant une pleine confiauce dans le secours du Dieu tout-puissant, nous sommes préparé à combattre sans crainte^ et môme au péril de notre vie^ pour la cause de TÉglise, qui nous a été divinement confiée par Notre-Seigneur Jésus-Christ, et à nous rendre, si cela devient nécessaire^ dans la contrée où nous trouverons le plus de facilité pour exercer notre suprême minisière apostolique.

Mais puisque^ dans une si terrible tempête, la prière est le secours unique et le seul efficace, nous nous adressons à tous nos vénérables frères, évêques de tout l'univers catholique, à tout le clergé catholique, à tous les fils de notre sainte mère TËglise, qui n*ont jamais manqué de nous donner des témoignages de leur fidélité et de leur amour, et de uous secourir dans nos nécessités si pénibles et dans celles de ce Saint- Siège, et nous leur recommandons de continuer à adresser à Dieu leurs supplications et leurs prières pour qu'il triomphe des ennemis de l'Église et les ramène dans les voies du salut : « car, pour nous servir des paroles de Chrysostome, la prière est une arme^ elle est une grande sécurité, un précieux trésor, un port spacieux, un asile très-sûr, pourvu que, vivant dans la sobriété et la vigilance, recueillant de toutes parts nos pensées, et ne laissant nul accès à l'ennemi de notre salut, nous allions ainsi trouver le Seigneur. »

Au milieu des épreuves qui nous acccablent, ce n'est pas une minime consolation de nous rappeler que Dieu, quand son Église est privée des secours humains, se plaît à opérer des prodiges qui mani restent d'une façon évidente sa toute-puissance, son assistance divine, et confirment cette vérité que jamais, en aucun temps, les portes de l'enfer ne prévaudront contre l'Église, et que, triomphant toujours de ses ennemis, elle demeurera immuable jusqu'à la consommation des siècles. Mais il faut vivement déplorer qu'il ne soit pas certain que telle ou telle nation doive conserver toujours le très-précieux trésor de notre foi divine et de la religion. De fait, il y a beaucoup de peuples qui, jadis, gardaient fidèlement le dépôt delà foi et la régularité des mœurs, et qui maintenant, hélas I ne tiennent plus à la pierre sur laquelle repose l'édifice de l'Ëglise ; séparés de celui à qui a été remis le pouvoir d'affermir ses frères, de paître les agneaux et les brebis, ils sont divisés entre eux; les ténèbres de Terreur les couvrent, et leur salut court le plus grand danger*

Ici, pressé par le devoir de notre charge, nous ne pouvons pas nous ds^nser d'avertir, au nom du Seigneur, les rois et les autres chefs des peuples, les conjurant de réfléchir et de considérer sérieusement que

45G ANNALES ECGLÉ8IASTIQDES. C1866

c'est pour eux an deyoir impérieux d'avoir soin que l'amour de la religion et son culte s'accroissent parmi leurs peuples et d'empêcher que la lumière de la foi ne s'y éteigne* Malheur aux souverains qui, oubliant qu'ils sont les ministres de Dieu pour le bien, négligent ce devoir, quand ils peuvent le remplir ! et qu'ils tremblent si, par leur fait, se tronve dissipé et détrait ce trésor si précieux de la foi catholique, sans lequel il est impossible de plaire à Dieu. Devant le tribunal du Christ, ils. Terrent combien il est horrible de tomber entre les mains du Dieu Tivant et d'éprouver les sévérités de sa justice.

Enfin, noué n'en pouvons douter, vénérables Frères, vous qui assistez et participez à nos travaux, pleins de zèle et de religion, vous joindrez vos ferventes supplications aux nôtres et à celles de toute l'Église, et prierez assidûment le Père clément des miséricordes, lui demandant, par les mérites de son Fils unique Notre-Seigneur Jésus-Christ, d'avoir pitié de l'Italie, de toute l'Europe, de l'univers entier, et de faire par sa divine toute-puissance que les erreurs, les fléaux et les révolutions soient écartés de nous, et que la sainte Église jouisse partout sur la terre d'une paix et d'une liberté complète; que la société humaine soit délivrée de tous les maux qui l'accablent, et que tous les peuples, s'avançant dans les sentiers du Seigneur et fructifiant en bonnes œuvres de toute sorte, se rencontrent daus l'unité de la foi et de la connaissance de son Fils.

Seconde allocution :

Vénérables Frères,

Nous sommes obligés, vénérables Frères, de faire entendre la plainte de notre cœur rempli d'afQiction sur la situation si malheureuse et profondément déplorable qui a été faite à TÉglise catholique dans le royaume de Pologne et dans Fempire de Russie. Vous savez très-bien que, désirant vivement, dès le commencement de notre Pontificat, remédier à la triste situation des affaires religieuses en ces pays et veiller au bien spirituel des fidèles, nous n'avons négligé aucun moyen, et que même nous avons conclu une convention avec le sérénissime et puissant empereur de Russie, illustre roi de Pologne. Mais toutes nos sollicitudes ont été sans résultat. Non-seulement cette convention n'a pas été exécutée dans sa plus grande partie et Ton a entièrement mis de côté tous les articles les plus importants, qui, d'après les promesses faites, devaient être heureusement mis en pratique, mais on a tous les jours foulé aux pieds de plus en plus les pactes et les promesses faits par les empereurs de Russie, rois de Pologne^ et la guerre déclarée depuis longtemps par le gouvernement russe au catholicisme a subi une nouvelle recrudescence en ces temps de deuil, dans le but d'extirper entièrement la foi catholique dans ces contrées.

On n'a tenu compte ni de nos réclamations présentées à ce gouvernement par Fintermédiaire de notre Cardinal chargé de l'administration

octobre.] ALLOGOT. SOR U PERSÉCUTION EN POLOGNE ET EN RUSSIE. 45t

des affaires publiques, ni des deux lettres que nous avons adressées à ce Prince sérénissime, et qui sont restées sans réponse ^ Nous ne Toolons pas rappeler tons les maux que nous ayons exposés avec nne ▼ive douleur dans notre Encyclique à nos vénérables Frères les évéques de Pologne et de Russie, et qui a été imprimée *• Ce gouvernement, se livrant à une attaque de plus en plus vive contre l'Église catholiquci a toujours empêché l'évéque de Chelm, désigné par nous depuis plus de trois ans, de recevoir la consécration épiscopale. II a arraché violemment à son troupeau notre vénérable frère Sigismond, archevêque' de Varsovie, et Ta relégué dans une contrée lointaine, lui interdisant sévèrement toute communication avec les fidèles de son diocèse. Il a fait saisir à main armée et exilé notre cher fils Paul Rzev^uski^ vicairegénéral de ce prélat, évêque suffragant de Pruse m partibta infidelium, que nous avions choisi, et qui n'a Jamais pu être consacré, à cause des obstacles apportés par le Gouvernement. Et cela, parce que ce même vicaire faisait parvenir aux autres ordinaires de Pologne notre Motu pro^ prie concernant les affaires ecclésiastiques* A peine ce vicaire-général était-il emmené en exil, que le gouvernement civil de Varsovie convoquait les chanoines de la métropole de cette ville et leur enjoignait d'élire sur-le-cbamp pour vicaire capitulaire un sujet qu'il avait luimême désigné. Ces chanoines ont opposé à ces ordres injustes une louable résistance, et avec d'autant plus de raison qu'il y en avait d'autres que Tarchevêque de Varsovie avait désignés pour remplir l'office de vicaire-général, dans la prévision que notre cher fils Paul Rzev^uski serait expulsé, ce qui est malheureusement arrivé. Quant à Tévêque de WOna, enlevé à son diocèse, il végète depuis longtemps dans un triste exil, où il est absolument empêché d'exercer sa charge épiscopale et de pourvoir au bien du troupeau qui lui est confié.

En outre, vénérables Frères, ce même gouvernement a promulgué des décrets contraires à l'Église catholique, dont ils violent l'autorité, les lois et la discipline. Ces décrets ont prononcé la suppression de presque toutes les communautés d'ordres réguliers de l'un et l'autre sexe, adjugé au trésor public tous les biens, de quelque ordre régulier que ce soit, soustrait le très-petit nombre de familles religieuses épargnées à la direction de leurs supérieurs généraux et à la direction des ordinaires, dépouillé tout le clergé catholique existant en Pologne et dans l'empire de Russie de tous ses biens appartenant soit aux évêques, soit aux collèges de chanoines, soit aux paroisses, soit aux bénéfices ecclésiastiques, soit à tout autre établissement pieux et religieux, et livré à l'administration du trésor public les revenus de ces mêmes biens. Ces mêmes décrets, contrairement aux lois ecclésiastiques, contrairement à l'autorité suprême du Saint-Siège et à tout droit, établissent une nouvelle organisation du clergé catholique, un nouveau règlement pour les

1 Lettre du 22 avril 1863.

* Eacycl. du 30 juillet 1864.

4S8 ANNALES ECatSlASTiQDfiS. [1866

collèges de chanoines dans tous les diocèses» une nouvelle divisioii des paroisses. Les chapitres des églises collégiaies sont abolis, Tautorîté et la liberté des évéques entièrement détruites, au point qu'il leur est interdit de choisir, sans la permission du gouvernement, aucun curé, aucun administrateur paroissial, aucun vicaire. Ce même gouvernement a, par décret, supprimé le diocèse catholique de Kaminiec, qui a été enlevé à son pasteur pour être réuni à l'adminislralion du diocèse de Loutzk et de Jllomir. Les curés légitimes du diocèse de Sandomir et surtout de celui de Gracovie sont transférés, au gré du gouvernement, d'une paroisse à une autre, ils perdent leur rang et sont remplacés par d'autres. Les édifices du séminaire diocésain de Plock ont été confisqués, et Févéque a été forcé d'envoyer les élèves ecclésiastiques dans le monastère qui a appartenu autrefois à l'ordre des Franciscains, hors des murs. Toute liberté de communication est, en outre, refusée aux prêtres, qui ne peuvent s'éloigner A plus de mille pas de leur résidence, ni avoir de rapports entre eux. Les relations des fidèles de ces contrées avec le Siège apostolique ont été interdites par le gouvernement russe avec une telle sévérité, et si bien supprimées, que nous ne pouvons plus, à la grande douleur de notre âme, nous acquitter de notre suprême ministère apostolique en venant en aide A cette partie si chère du troupeau du Seigneur, ni secourir ses misères spirituelle^. Plaise à Dieu qu'il n'y ait rien de vrai dans les tristes nouvelles arrivées jusqu'A nous, que l'évêque de Chelm et les chanoines de la cathédrale ont été en majorité exilés par le gouvernement dans des lieux inconnus l Nous ne disons rien des pièges continuels, des artifices et des tentatives de tout genre de la part du gouvernement pour arracher les fils de l'Église de son sein et ies entraîner A un schisme funeste. Nous nous taisons également sur l'emprisonnement, l'exil et les autres peines dont on frappe les évêques, les ministres de l'Église, les religieux et les fidèles catholiques attachés A leur religion et défenseurs des droits de l'Église.

Tous ces faits sont mis en pleine lumière par la publication d'un Exposé exact et accompagné des documents nécessaires que nous avons donné l'ordre d'imprimer et de vous mettre au plus tôt sous les yeux. Le monde catholique tout entier connaîtra par lA combien est ancienne la guerre que le gouvernement russe fait A notre sainte religion, dans le but d'en détruire le dernier vestige en Pologne et dans l'empire de Russie. Nous n'ignorons pas que le Gouvernement a saisi l'occasion d'une très-funeste et tout A fait condamnable rébellion pour prendre ces résolutions si cruelles contre l'Église catholique, tandis qu'il pouvait réprimer et punir suivant les voies ordinaires les personnes coupables de rébellion, sans faire A l'Église une guerre si redoutable. Plût A Dieu qu'aucun ecclésiastique n'eût pris part aux menées désastreuses de cette fatale perturbation I Nous condamnons de nouveau hautement, comme nous l'avons déJA fait, et nous réprouvons la rébellion ; nous avertissons tous les fidèles et les ecclésiastiques, et nous les engageons A repousser de tout leur cœur les principes impies de la rébellion, A les détester, A

octobre.] ALLOCOT. SUR LA PERSÉCUTION EN POLOGNE ET EN RUSSIE. 4S9

demeurer soumis aux puissances supérieures, et à leur obéir avec fidélité en tout ce qui n'est en aucune façon contraire aux lois de Dieu et de son Église sainte.

Au milieu de cette amère douleur, nous n'éprouvons pas une médiocre consolation en considérant le noble courage et la constance de ces catholiques qui, résistant à tant d'épreuves, persistent avec une inébranlable fermeté, avec la grâce de Dieu, dans la profession de la religion catholique, et préfèrent s'exposer aux plus grands maux plutôt que de faillir à cette sainte religion et à ce Siège apostoh'que.

Cependant, prenant résolument en main la cause de Dieu, de son Église et de la religion, cause qui nous a été confiée d'en haut, et remplissant notre devoir apostolique en toute liberté, nous élevons dans cette réunion solennelle du Sacré-ColIége notre voix pontificale, et nous condamnons formellement^ réprouvons, cassons et déclarons absolument nuls tous les décrets et tous les actes promulgués et exécutés par le gouvernement russe au détriment des droits de la religion, de l'Église et de ce Siège apostolique.

Toutefois, nous vouions espérer que le sérénissime et très-puissant empereur de Russie, roi illustre de Pologne, réûéchissant^érieusement et considérant que la religion catholique et sa doctrine salutaire sont le plus ferme soutien des empires et des royaumes, et procurent au plus haut degré la tranquillité et la félicité temporelle des peuples, aura assez d'humanité et de grandeur d'âme pour déférer à nos vœux et à nos justes demandes, et qu'il emploiera sa suprême autorité à faire en sorte que dans tout son vaste empire TÉglise catholique et ses adhérents trouvent^ après tant de calamités^ la paix depuis longtemps désirée, et que le libre exercice de la religion ne rencontre plus d'obstacles.

Ne cessons pas, vénérables Frères^ de nous adresser par de ferventes prières au Dieu riche en miséricordes^ et de nous eiforcer de le fléchir par la contrition de notre cœur, afin qu'il jette un regard de compassion sur son héritage, qu'il se lève pour secourir son peuple, qu'il étende sa main puissante sur l'Église catholique, assaillie par de furieuses tempêtes, menacée de tant de maux, en proie à tant de calamités, qu'il la protège^ l'aide, la défende et lui accorde la paix si désirée et le triomphe.

L'allocution du Saint-Père sur les affaires d'Italie fut le signal d'une magnifique manifestation de la part de l'épiscopat catholique qui, dans tous les pays, et particulièrement en Angleterre, en Belgique, en France et en Espagne, publia de vigoureuses défenses des droits du Saint-Siège, et ordonna des prières publiques pour le Pape et pour l'Église. L'espace nous manquera, à notre grand regret, pour la reproduction de ces beaux documents, dont oous pourrons à peine signaler quelques-uns.

460 ANNALES ECCLÉSIASTIQUES. [tsee

4. — M'' Guibert, archevêque de Tours, adresse au clergé de son diocèse une instruction pastorale sur les dangers actuels de rÉglise.

A la suite de cette instruction, M'' Guibert publie un mandement prescrivant des prières publiques pour invoquer la protection de Dieu contre les périls qui menacent l'Église et le vicaire de Jésus-Christ, et s'appuyant sur ces motifs :

« Considérant que la révolution d'Italie a déjà usurpé la plus grande partie des États du souverain Pontife ;

« Considérant qu'un parti prépondérant en Italie par rinfluence de son action et de ses opinions subversives ne dissimule pas l'intention de s'emparer de Rome pour en faire la capitale de toute l'Italie ;

« Considérant que ce sacrilège projet, s'il se réalisait, serait le renversement du pouvoir temporel du souverain Pontife ;

« Considérant que l'indépendance du Pape comme prince temporel est nécessaire pour garantir la liberté du Saint-Siège et la liberté de l'Église^ et que cette nécessité est reconnue par le Pape lui-même, par les Évoques et par toute l'Église;

« Considérant que les sacrilèges desseins conçus par la Révolution contre la puissance temporelle sont en môme temps une menace contre le pouvoir spirituel du Vicaire de Jésus-Christ, et constituent le plus grave danger pour toute l'Église catholique;

« Le saint nom de Dieu invoqué^ etc. »

6. — Adresse transmise de Bruxelles à Rome par les délégués de VUnior^ catholique de Belgique :

A Sa Sainteté le Pape Pie IX.

Très-Saint-Père,

Au moment où, réunis à Bruxelles pour délibérer sur l'intérêt commun de leurs œuvres et la défense de leurs droits menacés, les membres de rUnion catholique de Belgique s'apprêtaient à témoigner à Votre Sainteté leurs sentiments inaltérables de vénération , de respect et de filial amour, les mille échos de la publicité leur redisaient les accents de cette voix immortelle qui vient, une fois de plus, dans deux Allocations mémorables , de revendiquer l'indépendance de l'Église dans la malheureuse Italie et dans l'infortunée Pologne.

Gomment pourrions-nous mieux , très-saint Père, répondre au cri de nos cœurs qu'en déposant aux pieds de Votre Sainteté l'expression unanime de notre adhésion à ces protestations apostoliques qui ajoutent un

novembre.] LETTRE DR PIE IX A H»' DUPANLOUP. 461

nouYel éclat à un règne déjà si fécond en grands enseignements et en grands résultats ? Nous affirmons ce que tous affirmez, nous réprouvons ce que vous réprouvez. Notre foi c'est la vôtre, nos espérances sont les ▼Otres, nous prions avec le Pape et pour le Pape. Lorsque la Révolution et rimpiété redoublent d'ardeur pour livrer à TÉglise des assauts plus violents, nous aimons à réitérer Thommage de notre obéissance et de notre parfaite union avec Celui qui a les paroles de la justice et de la vie. Plus que Jamais, très-saint Père, nos cœurs battent à l'unisson du coeur de Pie IX ; plus que Jamais nous tenons à offrir au Pontife, au Père, au Roi, ce tribut de soumission et de respect que lui refusent, hélas 1 tant de fils iograts. Puisse, très-saint Père, la simple mais sincère expression de nos sentiments alléger quelque peu le fardeau de TOI angoisses et de vos peines et nous valoir une de ces bénédictions paternelles sous lesquelles l'univers catholique tout entier se prosterne comme si elles venaient de Dieu lui-môme.

De Votre Sainteté, les fils soumis et dévoués.

Pour rUnion catholique de Belgique, Le président d^honneur, baron de gerlâchb,

Les vice-présidents, comte de theuz, baron h. della faille, bug.

DE KERCKHOVE,

Le secrétaire général, éd. ducpetiaux.

«. — Lettre de Pie IX à W Dupanloup, évoque d'Orléans, au sujet de son mandement sur les fléaux qui affligent le monde; ce mandement avait été écrit à propos des inondations qui affligeaient les Francs :

« Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique.

« Nous avons reçu avec Joie votre Lettre du 18 octobre dernier, par laquelle vous nous adressiez un exemplaire de la Lettre écrite par vous au cletgé de votre diocèse, et publiée le 8 du môme mois. G*est avec grande raison, vénérable Frère, que vous déplorez les lamentables malheurs que la dernière ioondation vient de faire si tristement déborder sur la France, et que, fidèle au devoir d'un évéque catholique, vous exhortez instamment et pressez les fidèles de réveiller en eux la charité chrétienne, pour porter aux malheureux toute l'aide et le secours que réclament ces grands désastres. C'est de tout notre cœur aussi que nous vous félicitons de ce que, remplissant la charge d'un bon pasteur, vous n'avez épargné ni soins , ni sages conseils, ni sacrifices, afin que les fidèles de votre diocèse fussent promptement secourus dans leur grande infortune.

ce Vous avez également dépeint dans votre lettre, et déploré avec autant de force que de raison, les maux incalculables, dignes de toutes nos larmes, qui dans ces temgs mauvais coatristent l'Église catholique

462 ANNALES BeCLÉSIASnQUCS. ftilt

et la société humaine. Vous evpeees et voos i^pronyei énergiqaement l'odieuse guerre qu'ont déelarée à DieU| à son Église et à la sainte doetrine, les incrédules de tout pays, les sectes condamnées et les faotenrs de réYolutions. C'est avec douleur que vous énumérez et que yoos flétrisses les manœuvres coupables et multipliées, les opinions dange* reuses, les doctrines perverses, les erreurs par lesquelles ces ennemis de Dieu et des hommes, ces audacieux contempteurs de toute vérité et de toute justice, voudraient, s'ils le pouvaient, ruiner le catholicisme, ébranler les fondements de la société civile, corrompre les esprits, per* verlir les Ames, abolir tous les droits, soit humains, soit divins, propager partout le crime et fomenter le vice.

Poursuivez celte tAche, vénérable Frère; employez votre conragense piété, votre sollicitude épiscopale, votre zèle de plus en plus grand ; consacrez toutes les forces et l'ardeur de votre esprit à l'énergique défense de la cause religieuse^ A la poursuite de tant de pernicieuses erreurs et au salut de votre peuple. Ne vous lassez point de persuader, ainsi que vous l'avez fait déjà, A tous les fidèles qui vous sont confiés, qu'ils ne cessent jamais d'offrir au Dieu riche en miséricorde leurs plus ferventes prières pour le triomphe de sa sainte Église et la conversion de tous les pécheurs.

« Et recevez, en témoignage de notre particulière affection, la bénédiction apostolique que, du fond de notre cœur, nous vous donnons, vénérable Frère, A vous, A tout le clergé et aux fidèles laïques conunis A votre vigilance.

« Donné A Rome, le 8 novembre de Tannée 1866, de Notre Pontificat la 21«.

« PIE IX PP

8. — VOpinion nationale reçoit du ministère de rintérieur le Communiqué suivant, à roccasion d'une correspondance aussi menteuse que malveillante qu'elle avait publiée quelques jours auparavant :

« Le journal VOpinion nationaley dans son numéro du 6 novembre, publie une correspondance relative à la cérémonie de la remise officielle du drapeau pontifical A la légion romaine. Si Ton en croit cette correspondance, un sergent et dix hommes de la légion se seraient avancés vers le général de Courten et auraient énergiquement protesté contre l'appel fait A la fidélité de la légion pour son drapeau. « Puis, dit « le journal, un des orateurs a tiré un petit drapeau de sa poche et Ta « montré aux hommes ; tout le monde a crié : Vive l'Empereur ! vive « la France 1... On se doutait qu'il allait arriver quelque chose. En c effet, quand le général est monté à cheval pour marcher à la tête de « la légion, il avait remis le drapeau A Tofficier porte-drapeau. Il ne « l'avait pas plutôt quitté que Ton a tiré sur le drapeau. L'officier a été

ttOTdmbre.] LETTRE ENVOYÉE A L'OPINION NATIONALE. 46S

« blessé. . . Alors la légion s^est ébranlée, tout le monde a rompu les « rangs... Les hommes criaient : A bas le Pape !... On a voulu mettre « la gendarmerie après nous... Et Je tous dirai qu'en ce moment-ci, il est quatre heures du soir, il y a vingt-deux gendarmes de tués et pas « mal de blessés. »

« Il est regrettable de Yoir un Journal sérieux accueillir sans les conh trôler des assertions aussi graves, alors qu'elles peuvent impressionner Yiyement l'opinion, compromettre des intérêts respectables et porter atteinte à l'honneur de braves militaires. Nous nous bornons à leur opposer un extrait d'une dépêche particulière du colonel d'Argy, commandant la légion romaine :

« Le général de Gourten est venu dans la place, il y a trois Jours, et « nous a apporté notre drapeau qui a été béni hier. Je l'ai reçu en carré « sur la place du Dôme. L'évêque a prononcé une allocution fort bien « dite ; J'en ai prononcé une autre en peu de paroles énergiques. Le cri «« de : Vive le Saint-Père 1 a eu de l'écho parmi les officiers, les sous-of- « Aciers et la plus grande partie de la troupe. Tout s'est trës«bien passé, « avec calme, pompe et dignité ; le soir, il y a eu dîner et punch en « famille. »

« Il est inutile d'ajouter qu'aucune des correspondances arriyées depuis la remise du drapeau à la légion romaine ne fait allusion à la plus légère agitation qui ait accompagné ou suivi cette cérémonie. »

11. — A Rome, mort du cardinal Gaôtan Baluffi, archevôqueévôque d'imola, où ilavait succédé à Pie IX. Né à Ancône le 25 mars 1788, il fut nommé par Grégoire XVI évoque de Bagnorca, en 1833, transféré au siège de Gamerino en 1842, désigné par Pie IX comme son successeur en 1846, et créé cardinal le 21 décembre de la même année. On lui doit un ouvrage remarquable intitulé : V Eglise romaine reconnue pour la véritable Église de Jésus-Christ à sa charité pour le prochain.

— Instruction pastorale de M»' Dechamps, évoque de Namur, invitant le clergé et les fidèles à prier pour l'Église et pour le Pape. •

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