‹ Annales ecclesiastiques. 1846-66Chapitre 50 sur 52 · DE CHALUS · texte numérisé non relu

DE CHALUS

« Le plus ancien capitaine,

J. DE MÀUDDIT ;

« Le chef de bataillon commandant en second^

(Signature illisible).

« Le colonel commandant la légion romaine,

« C. d'Abgt. »

<». — M«' Manning, archevêque de Westminster, préside à Londres le banquet annuel de la^Société catholique de secours pour les pauvres vieillards et les infirmes.

Le premier toast a été : Au souverain Pontife^ le Pape Pie IX f L'archevêque a dit, après avoir porté ce toast :

« Ce qui se passe en ce moment chez tous les peuples chrétiens est la meilleure preuve que le pouvoir temporel du Pape, en dépit de toute haine, est la clef de voûte d*un certain ordre civil et chrétien dont dépend le bonheur de tous les Etats chrétiens : à cet égard, le sentiment est unanime en France, en Autriche, en Prusse et en Angleterre. On assure, a-t-il ajouté, que récemment un grand personnage disait au Saint-Père que le moment du départ des troupes françaises approchait, et que leur départ pourrait être suivi d'événements trèsgraves. «Après moi, le déluge I » aurait été le dernier mot de ce personnage. Le Saint-Père aurait répondu en souriant : « Les saintes Écritures nous apprennent qu'il n'y aura pas un second déluge ; en conséquence ]e n'ai rien à craindre. » Ce peu de mots représente le

calme et la sérénité du Saint-Père, qui ne compte que sur la puissance céleste, dont la protection Fa soutenu pendant un pontificat de vingt ans d'épreuves et de gloire. Cette .sainte confiance, la charité du Saint- Père à regard de ses ennemis, sa clémence, sa sincérité, la pureté de ses intentions produisent une telle impression sur tous ceux qui rapprochent, que l'autre jour un vieux diplomate, mêlé au mouvement politique depuis un demi-siècle, venant de quitter le Saint-Père^ disait à ceux qui l'entouraient : « Voilà bien le Roi des rois ! »

Le toast porté au Saint-Père et celui porté à la reine ont été suivis d'acclamations enthousiastes.

•9. — Lettre de M. Caffarelli, député, au Journal la France.

9 Monsieur, dans l'article que vous publiez aujourd'hui sous ce titre, l'Avenir de la Papauté, vous vous exprimez en ces termes :

flc On affirme (c'est à moi que on se rapporte) que le Pape a demandé, sans l'obtenir, lorsque les Romagnes s'étaient déjà détachées, une garantie s'appliquant à l'intégrité de ses États. Nous ne savons si cette assertion, puisée dans un document britannique, est exacte; mais, ce que nous savons, c'est que.... » et vous revenez sur les réformes que vous considérez comme nécessaires et comme refusées par les conseillers du Saint-Père,

« Vous paraissez ainsi douter. Monsieur, de l'exactitude de ma citation comme de sa portée politique.

« Quant à son exactitude, je la garantis de nouveau ; j'ai vu la dépêche et j'en ai pris copie; seulement je n'ai pas actuellement cette copie dans les mains et je ne puis, par conséquent, vous la transmettre immédiatement ni vous donner l'indication précise du volume, de la page et de la date que j'ai également relevée. J'ai dû citer de mémoire; mais, sauf quelques mots qui m'ont échappé, je garantis l'entière exactitude du sens et du texte.

« Du reste, rien n'est plus facile que de vous en assurer par une recherche de quelques minutes à la bibliothèque du Corps législatif.

« Et quant à la portée do cette dépêche :

flc D'abord M. l'ambassadeur d'Angleterre l'a reçue d'un des ministres de l'Empereur et l'a immédiatement transmise à son gouvernement.

« Et quand elle a été lue devant le Corps législatif, on ne l'a pas con*^ testée, on ne Ta pas suspectée comme vous le faites un peu ; on a passé à côté sans rien dire.

0 Je dirais volontiers : Est-ce clair ? . « Daignez me permettre encore un mot.

« Je ne reviendrai pas sur l'expulsion de Pie IX et je ne parlerai ni de l'exécrable assassinat de Louis XVI, ni de la chute de Charles X ou de celle de Louis-Philippe. Tous avaient fait cependant d'immenses concessions, et quand on a voulu leur en arracher d'autres, tous ont été

novembre.] INVITO SAGRO DD GARDINAL-VIGAIKE. 475

tués ou renversés au nom de ]a réforme^ de la Charte ou de la liberté.

« Regardons plus près de nous. Ck)mment TEmpereur est-il traité par l'opposition depuis qu'il a fait les concessions du 24 novembre 18617 Se passe-t-il une de nos séances sans que la gauche manifeste le plus amer mécontentement du pei; qu'il a, dit-elle^ accordé, et les plus âpres exigences pour l'avenir? Laisse-t-eile échapper une occasion de lui exprimer la plus complète méconnaissance de ce qu'il a fait et de lui adresser des reproches dont la violence et l'absurdité vont jusqu'à le comparer & ces roitelets d'Afrique dont un de nos collègues a eu le malheur de rappeler le nom.

« Et on croirait que Pie IX, qui a tant accordé, même depuis sa réintégration, trouverait de la reconnaissance ou serait seulement apprécié I

€ Pour ma part, je suis certain du contraire, etc'est pourquoi je m'élève de toute la force de mes convictions, et de ce que je sais par moi* môme, contre les exigences qu'on lui témoigne, contre les reproches qu'on lui adresse.

« En vous en rendant l'organe, ne craignez-vous pas. Monsieur, de méconnaître vous-même ce qu'il a fait depuis seize ans et de vous écarter du but si généreux, si conservateur, et tout à la fois si libéral dans lequel votre journal a été fondé ? Je dois vous l'avouer, je le crains.

« Je viens de lire avec satisfaction la France du 23, m'écrivait hier « un de nos hommes d'État ; le temps du courage et de la loyauté ap- « liroche à grands pas; qu'on vous suive dans la voie que vous ouvrez; « il pourra y avoir encore des complices, il n'y aura plus de dupes. »

« J'ose vous demander, Monsieur, l'insertion de cette lettre dans la Frcmce^ et, en vous remerciant de l'accueil qu'a trouvé dans vos colonnes celle qui Ta précédée, je vous prie d'agréer la nouvelle assurance de ma haute considéraiion.

« Comte Gaffarelli, député. »

%^. — Invito sacro du cardinal-vicaire aux fidèles de Rome à ^occasion de la prochaine fête de rimmaculée-Gonception :

« La Femme promise dans Éden par l'Éternel, attendue durant des siècles sur la terre coupable et malheureuse ; la Femme entre laquelle et le serpent infernal devait subsister une inimitié éternelle, vous le savez, fidèles, c'est Marie, la Vierge Mère du Verbe Incarné. Née uniquement pour la gloire du Seigneur et le bien de l'humanité, chaque fois que Satan le maudit a osé s'élever contre le Tout-Puissant et ses adorateurs^ elle a rabaissé sou orgueil, déjoué ses ruses, foulé sa tète aux pieds. Rome, sauvée à plusieurs reprises par sa glorieuse et maternelle protection, en peut rendre témoignage à tout le monde, à toutes les générations humaines. Si le démon se flattait de voir Rome changée en un théftlre de sacrilèges et de scandales ; s'il espérait prendre sa revanche du spectacle de piété que cette ville offrit à l'époque où le souverain Pontife proclama le dogme de Tlmmaculée-

476 ANNALES EGCLÉSrASTIQnES. [1866

Conception^ Marie n'abandonnerait pas certainement sa cité de prédilection.

« Pour obtenir ce seconrs, s'il est besoin de prodiges éclatants qui attestent l'immanquable assistance de Dieu à Tégard de TËglise immortelle, et la main prévoyante qu*il a toujours tendue à tette Tille de Home tontes les fois qu'il s*est agi des intérêts temporels du Saint-Siège, il faut célébrer cette année avec de meilieures dispositions les préludes et la solennité de Tlmmaculée-Gonception de la Vierge Marie, et multiplier les œuvres de dévotion et de sainteté.

« La neuvaine^ d'après Tordre du Saint-Père, sera autorisée dans toutes les églises dédiées à la très-sainte Vierge et dans toutes les églises paroissiales, ainsi que dans les oratoires nocturnes, fréquentés par les hommes ; et partout où Ton voudra faire ces exercices spontanément, on Jouira des avantages spirituels indiqués plus loin.

« Les Indulgences sont : Tindulgence plénière à ceux qui auront assisté au moins cinq fois aux exercices, et qui se seront confessés et auront communié dans la fôte ou l'octave ; sept années et autant de quarantaines pour l'assistance de chaque Jour, pourvu que l'on prie le Seigneur pour les besoins actuels de l'Église, et selon les intentions de Sa Sainteté.

«Indépendamment de la neuvaine, afin d'accroître le nombre des prières dans les circonstances actuelles, le Saint-Père ordonne que durant la neuvaine et le jour de la fête on découvre et Ton expose à la vénération publique les images du Crucifix et de la sainte Vierge qui sont les plus célèbres et les plus vénérées : trois cents jours d'indulgences sont accordés pour chaque visite.

<f Accomplissons avec une pleine confiance ces pratiques religieuses. Ajoutées à toutes les autres prières qui se sont d^à faites pour le salut de Rome, elles ne resteront certainement pas sans utilité ni sans efficacité au moment où nous en avons le plus besoin. Prions encore davantage ; prions avec une vive douleur de nos fautes, avec la résolution de nous amender, remplis de zèle pour la gloire divine; prions sans jamais nous lasser. Si la mesure des crimes des impies n'est pas encore pleine, peut-être que la mesure des prières qui doivent obtenir leur conversion ou leur défaite ne l'est pas non plus. Prions avec encore plus de confiance que précédemment. Car, ainsi que l'affirmait naguère le souverain Pontife au Vatican, quand le bras de l'homme fait défaut, alors survient le secours d'en haut. Prions et serrons-nous autour de Marie, comme les Béthulites autour de Judith, et tout Israël autour de Débora. Prions! Qu'il nous suffise, pour notre consolation, de réfléchir que les gloires civiles et sociales de l'Église catholique se confondent aujourd'hui, ô Romains ! avec votre sécurité. C'est, à vrai dire, un grand bonheur pour un peuple, c'est le bonheur de Rome, cette cité privilégiée, de partager avec Dieu les inimitiés, les luttes, la résistance et le triomphe I i>

novembre] BULLETIN POLITIQUE DU MONITEUR. 477

99. — Lettre du cardinal Gousset, archevêque de Reims^ prescrivant des prières pour TÉglise et pour le souverain Pontife.

€ Monsieur le Garé, dit réminent cardinal qui devait être enlevé à l'Eglise moins d'un mois après, la soleonité de la fête de rimmar culée-Conception de la très-sainte-Yierge va, dans quelques jours, réunir au pied des autels tout ce queTÉglise compte de pieux fidèles. En ces graves circonstances où nous nous trouvons, au moment si prochain oùy destitué de tout secour humain, le pouvoir temporel du souverain Pontife va être en butte aux attaques redoublées de ses ennemis, qui sont les ennemis de TÉglise et de son Christ, c'est un besoin , c'est un devoir pour tous les vrais enfants de TÉglise, d'élever vers Le ciel des mains suppliantes, avec de ferventes prières, pour implorer la puissante protection de l'auguste Vierge Marie, dont Pie IX a exalté la gloire en proclamant le privilège de son Immaculée-Conception. Prions-ia de déjouer les complots des impies et des méchants, de fortifier et de consoler notre Père commun, en rendant la paix à TËglise éprouvée et ^ la société ébranlée* »

— On lit dans le Bulletin politique hebdoinadaire du Moniteur du soir :

i' (( Le retour du roi Victor-Emmanuel dans sa capitale a été marqué

If. par des démonstrations chaleureuses. Les sentiments dont ce prince

;^ a recueilli l'expression pendant son voyage, et la satisfaction qu'inspire

f^ à toute la Péninsule l'achèvement de l'œuvre nationale, ajoutent à la

force du principe de l'autorité, et, en décourageant les partis extrêmes,

p rendent plus facile l'exécution complète et loyale de la convention du

lej 15 septembre.

j\ c< Au moment où a été rédigé le dernier Bulletin hebdomadaire du

^ Moniteur du soir^ la circulaire de M. le baron Ricasoli n'était encore

ii! connue que par un résumé télégraphique incomplet, et qui ne per-

p mettait pas d'en apprécier exactement les détails. Elle renferme cer»

^; laines expressions qui ont donné lieu à des interprétations con-

iiiii^ tradictoires, et l'on a cherché à y voir des arrière- pensées peu en

^gii harmonie avec les intentions conciliantes manifestées à l'égard du

ji|f Saint-Siège par le gouvernement italien. 11 importe cependant, pour

^ bien déterminer la véritable valeur des documents qui nous arrivent

^ soit de Florence, soit de Rome, de s'attacher plutôt aux conclusions

ij^ pratiques et aux doctrines positives qu'à de certains exposés de théories,

0 revêtus d'une forme et d'une phraséologie toutes locales, et qu'il faut

^^ se garder de prendre au pied de la lettre* Quelques correspondances

'^ paraissent ne pas tenir compte de ce point essentiel et méconnaître

jli^ ce qu'il y a de réellement sérieux dans les engagements pris par le

^. cabinet de Florence et dans les assurances formelles par lesquelles il

ne cesse de les corroborer. »

S#. — M*' MermiUod, évéque d'Hébron in partibui^ eoToie une lettre circolaire au clei^é de Genève pour défendre les droits du Saint-Siège et demander des prières en faveur de l'Église et du Pape.

1. -— Lettre du général commandant laseizième division militaire à Rennes^ général L. de Gissé, à Tévéque de Vannes :

« Monseigneur, je viens de recevoir une dépêche de S. Exe. le ministre de la guerre qui m'informe que l'iatention de TËmpereur est que la légion romaine reçoive, le plus tôt possible, un nombre d'hommes sufBsant pour en remplir les vides>et en augmenter même reifectif primitif.

« Pour seconder les désirs de Sa Majesté, et venir en aide aux mesures que je prescris à MM. les généraux subdivisionnaires pour décider un certain nombre d*homroes de la réserve à s'engager dans la légion romaine, votre influence peisonnelle et celle de votre clergé seraient d'un grand poids pour mener cette affaire importante à un heureux résultat.

« 11 n'est pas douteux qu'au milieu de la population si catholique de votre diocèse^ vous ne puissiez trouver des hommes dévoués et de bonne volonté pour aller défendre la personne du Saint-Père contre les efforts de la révolution.

« Je ne doute pas, Monseigneur, que vous ne vouliez seconder nos efforts, et que^ dans une cause qui touche de si près aux intérêts de la religion, vous ne soyez heureux de concourir de tout votre pouvoir au recrutement de la légion romaine.

0 Vous connaissez les conditions d'engagement dans la légion, et Je n*ai pas besoin d'insister sur ces deux points essentiels, qu'il importe de faire valoir auprès de vos diocésains, à savoir, que le temps passé dans ladite légion compte comme service en France, et qu'un décret de l'Empereur conserve la qualité de Français aux militaires autorisés à s'engager dans ce corps.

« Veuillez agréer. Monseigneur, l'assurance de ma haute et respectueuse considération. »

4. — Lettre du général Lauriston, commandant le Morbihan, à Pévéque de Vannes :

« Monseigneur, j'ai l'honneur de vous informer que les hommes de la réserve de toutes les classes sont aptes à entrer dans la légion romaine pour y servir pendant quatre ans. Cependant ceux des classes 1859, 60-61-62 ne sont admis qu'à la condition de contracter un engagement pour compléter à quatre années leur temps de service.

décembre.] ADIEUX DE PIE IX AOX OFFICIERS DE L'ARMEE FRANÇAISE. 479

Le temps passé dans la légion romaine comptera comme service en France, et un décret de l'Empereur a conservé la qualité de Français aux militaires autorisés à s'engager dans ce corps.

Les engagements sont reçus à Vannes et & Lorienf, devant M. le sous-intendant militaire de chacune de ces localités*

Les engagés volontaires recevront des feuilles de route et l'argent nécessaire pour eiTectuer leur voyage jusqu'à Rome.

Telles sont les conditions essentielles de l'admission des hommes de la réserve dans la légion romaine*

Agréez, je vous prie. Monseigneur, l'assurance de mes sentiments aussi distingués que respectueux*

. Le général eomnumdantle Morbihan,

I Dk Laubiston*

I •• — Le 5 décembre, lit-on dans une correspondance romaine

t du Progrès de Lyon, le général de Monlebello s'était rendu chez \ le cardinal Antonelli pour lui demander si le Saint-Père rece- ^ vrait, le lendemain, les officiers du 71* qui allait partir. Le cardinal avait répondu que Sa Sainteté désirait recevoir tous les officiers de Tarmée d'occupation à la fois. Cette audience de congé, que le Saint-Père a donnée le lendemain à midi, a été d'une extrême solennité. Le Pape, entouré de sa cour, était assis sur son trône. Son visage était sérieux et calme. La lumière qui, ^ des hautes fenêtres du Vatican, donnait en plein sur son front il empreint d'une sévère majesté, communiquait à ses cheveux i!| blancs comme la neige le rayonnement d'une auréole. Ce sublime vieillard était bien le plus ancien et le plus glorieux roi du monde, ^' le contemporain de la naissance de toutes les monarchies et de ^ toutes les nations de TËurope. Dans un pareil moment, ce vieux '^^ roi ressemblait à un juge ; son trône séculaire paraissait un tri- ^ bunal; chacune de ses paroles semblait une sentence. La France armée, la France de Gharlemagne, était devant lui pour lui dire ^ adieu. L'émotion de cette grande séparation avait gagné toute l'assistance. Un attendrissement, mêlé d'une sorte d'intime terreur, courait dans l'assemblée.

Le général de Montebello, d'une voix basse et émue, a lu le discours suivant :

« Très-Saint-Père,

^i « En venant pour la dernière fois demander votre sainte bénédiction

et déposer mon hommage aux pieds de Votre Sainteté, Je ne puis me

4a0 ANNALES EOCLÉSUSTIOOES. L1S6S

défendre d*nne profonde émotion* Il est des drconstances où la tristesse inséparable des ad|eax se change en véritable douleur. Cependant U me reste une consolation : rEmperenr, fidèle à ses engagements, retire son drapeau, mais il laisse son appui moral an Saint-Siège.

« Puisse le temps apaiser les passions^ calmer les douleurs, donner à tous l'esprit de conciliation, afin d'assurer au Saint-Siège l'indépendance et la sécurité nécessaires pour maintenirs on action spirituelle sur le monde 1

» Tels sont les vœux sincères, expression de la plus vive reconnaissance, que je dépose aux pieds de Votre Sainteté^ en lui demandant sa sainte bénédiction. •

Le Saint-Père a prononcé, en réponse a ce discours, une allocution que nous reproduisons d'après le Journal des Débats :

«A la veille de votre départ. Je suis ici, mes cbers enfants, pour vous faire mes adieux.

« Votre drapeau est parti de France avec la mission de soutenir « les droits du Saint-Siège. Aujourd'hui il va y rentrer. Je désire qu'il « soit accueilli avec le même sentiment que lorsqu'il est parti. En « effet, on m'écrit que tous les cœurs catholiques sont en alarmes ; « ils tremblent eu pensant aux difficultés dans lesquelles se trouve le « Vicaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Chef de l'Église catholique.

« Il ne faut point se faire illusion: la révolution viendra ici; on l'a « proclamé, on l'a dit et redit Un personnage italien haut placé a dit « que l'Italie était faite, mais non complète. L'Italie serait défaite s'il « y avait encore ici un coin de terre où régnent Tordre, la justice et « la tranquillité 1

« On veut venir arborer le drapeau au Capitole. Vous savez comme « moi que la roche Tarpéienne n'en est pas éloignée.

« Autrefois, il y a six ans, je parlais à un représentant de la France; « Je le chargeai de dire à l'Empereur que saint Augustin, évéque « d'Hippone, qui est aujourd'hui de l'Empire français, effrayé des « fléaux qu'il pressentait pendant que les Barbares assiégeaient la « ville, demanda au Seigneur de mourir avant d'en être témoin. Le « représentant me répondit : Les Barbares n'entreront pas. Maiâl « n'était point prophète.

« Un autre m'a dit que Rome ne pouvait pas être capitale d'un « royaume ; mais qu'elle ne pouvait être que la capitale de tous les « catholiques. Mais je crains la Révolution. Que faire.que dire ? Je suis « dénué de ressources. Cependant, Je suis tranquille, car la plus « grande puissance. Dieu, me donne la force et la constance. »

Le Sa int-Père s'arrête un moment, lève ses yenxvers le del e« porte la main sur son cœur. Après un instant de repos, il poursuit en ces termes :

dteembre.] ORDRE BD lODR DO GÉNÉRAL HONTBBELLO. 481

« Partez avec ma bénédictioa et mes adieux paternels. Si tous « voyez l'empereur des Français, Totre Empereur, tous lui direz que je « prie Dieu pour lui.

[a On dit que sa santé n'est pas très-bonne, je prie pour sa santé. On «f dit que son ftme n'est pas tranquille ; je prie pour son flme. La na- « tion française est chrétienne ; son chef doit être chrétien aussi. « Il faut des prières accompagnées de confiance et de persévérance, « et cette nation si grande et si forte pourra obtenir ce qu'elle désire.]

c Moi, Je vis dans la miséricorde de Dieu, et ma bénédiction vous « accompagnera dans votre voyage K »

— Le général de Montebello fait afficher Tordre suivant :

Rome^ 6 décembre.

OaDBB su JOUR.

Officiers, sous-officiers et soldats,

L'Empereur rappelle en France les troupes de la division d'occupation. Dans quelques jours, vous aurez quitté les États pontificaux.

Avant de me séparer de vous, je veux vous dire combien, pendant les cinq années que nous venons de passer ensemble, j'ai été satisfait de votre discipline, de votre dévouement et de votre excellente manière de servir.

A Rome^ par votre vigilance incessante, par votre attitude ferme et bienveiUante à la fois, vous avez puissamment contribué au main^ tien de Tordre et de la paix publique. Dans les cantonnements et sur les frontières, vous n'avez reculé devant aucune fatigue pour sauvegarder les personnes et les biens des habitants, pour garantir l'intégrité du territoire et pour combattre le brigandage*

Plus d'un brave soldat a perdu la vie dans l'accomplissement de ces périlleux devoirs; ces services ont toujours été signalés à l'Empereur^ et les récompenses que Sa Majesté vient de vous accorder vous prouvent qu'ils ont été appréciés.

Officiers, sous-officiers et soldats 1

En quittant Rome, vous emportez l'estime de tout le monde et l^afiTection du chef qui se sépare de vous le cœur plein de regrets.

Mais, avant tout et par-dessus tout, vous emportez la plus précieuse des récompenses : la bénédiction du Saint-Père pour vous et vos familles, et le glorieux souvenir des années qui ont été consacrées à sa sainte cause.

Signé : Le général comte de montebello.

^ Le passage qae nous avons mis entre crochets n'a paru, en France, que dans le Journal des Débats. Le lendemain de la publication faite par les Débats, les autres journaux ont reproduit le discours du Pape à Texception de ce passage^ dont Tauthenticité était contestée par une communication venue du minist(îre de l'intérieur.

482 ANNALES CCCLÉSIASTIQUES. [1866

9. — Les artistes, qai forment à Rome une colome importante, font insérer dans la Correipondanee de Rome Fadresse suivante à Pie IX:

« Très-Saint Père^

« La religion, la politique, la simple sagesse humaine, ont protesté en faveur du pouvoir temporel de la Papauté.

« Les arts viennent à leur tour déposer leurs hoomiages anx pieds de Votre Sainteté, et proclamer que ce pouvoir leur est indispensable. Leur voix doit se faire entendre et se faire écouter; car, lorsque le flot des générations s*est écoulé, ils subsistent comme les témoins irrécusables de la puissance et de la splendeur de la civilisation au milieu de laquelle ces générations ont vécu. Les souverains qui leur donnent Tencouragement et Texpansion se font une mémoire impérissable ; ceux qui les négligent ou les oppriment ne recueillent que le mépris de la postérité.

« Quelle royauté, sous ce rapport, a mieux mérité de la civilisation et de l'humanité que celle des souverains Pontifes? Ils ont été les ga^ diens vigilants des chefs-d'œuvre de l'antiquité. Ils leur ont donné asile dans leur palais môme, montrant ainsi que la religion adopte et ennoblit tout ce qui est vraiment beau. Ce sont les souverains Pontifes qui, donnant essor & l'art mo derne, l'ont conduit à ce point où il s'est résumé dans les immortels chefs-d'œuvre des Raphaël et des Michel-Ange. Ce sont eux qui maintiennent à Rome cet ensemble unique de beautés de tout ordre, ce faisceau lumineux près duquel les artistes du monde entier viennent s'éclairer et s'instruire.

« Oui, Trës-Saint-Përe, le petit coin de terre que la Révolution n'a pu encore ravir à Votre Sainteté est le seul où les arts trouvent l'inspiration qui les fait vivre et le calme dont ils ont besoin pour s'épanouir.

« L'âme du véritable artiste est saisie d'une indicible épouvante i la seule pensée de voir ces chefs-d'œuvre détruits ou dispersés, ces trésors pillés, ces richesses anéanties, et surtout de voir remplacer par l'apparence étroite et mesquine des œuvres utilitaires de la civilisation moderne, les mœurs, les habitudes, l'aspect consacré par l'admiration des âges de cette terre privilégiée de la beauté.

« Hélas 1 Trës-Saint-Père, ce qui se passe dans le reste de l'Italie ne justifie que trop ces craintes. Le génie de la destruction y règne et procède sans pitié à fkire disparaître ce qui constituait la gloire de Tancienne Italie. La spoliation et la suppression des ordres religieux sont le coup le plus funeste qui depuis longtemps ait été porté aux beaux-arts. Préoccupés de ces tristes pensées, effrayés de ce sombre avenir, les artistes résidant à Rome viennent, aux pieds de Votre Sainteté, lui exprimer la conviction profonde où ils sont que l'éclat, la grandeur, la vie même des beaux-arts en Europe sont indissolublement liés au maintien du bienfaisant pouvoir des souverains Pontifes.

décembre.] INVITATION DU CARDINAL-PRÉFET AUX ÉVÊQUES. 483

u Si les passions ennemies qui déchirent l'Europe ne portaient pas nécessairement avec elles un funeste aTCUglement^ le règne de Votre Sainteté suilQrait à mettre cette vérité en évidence, car, tandis que les richesses des nations se dissipent en œuvres frivoles ou en instruments de destruction , les modestes ressources qu'on a laissées à Votre Sainteté ont été employées par elle à continuer glorieusement la noble tâche de ses prédécesseurs. D'une part, elle a mis en lumière les origines de l'art chrétien, et lui a fourni par là des données non* velles et précieuses ; de l'autre, elle a embelli Rome et le Vatican par des œuvres qui sont une nouvelle et digne page de cette grande histoire de l'art dont le Vatican est pour ainsi dire le livre ; car, tandis que, presque partout ailleurs il n'y avait que trouble et agitation, les artistes ont pu jouir ici, sous le sceptre béni de Votre Sainteté, d'un bienveillant accueil, d'une liberté entière, et vivre paisiblement dans la contemplation de ces lieux vénérés et jusqu'ici heureusement préservés des changements déplorables qu'entratne avec elle la vie tumultueuse des sociétés modernes.

«Veuille donc le Dieu tout-puissant exaucer nos vœux et persuader aux souverains comme aux nations que leur gloire et leur honneur se mesureront dans l'avenir sur le degré de protection qu'ils auront donné & ce pouvoir temporel de la Papauté, promoteur infatigable du développement des plus nobles facultés humaines, et qui seul peut rester le gardien des œuvres d'art qu'il a fait naître et dont il conserve si fidèlement le dépôt au profit de tous les peuples ! »

S. — Par ordre du Saint-Père, le Cardinal-préfet de la Congrégation du Concile adresse la lettre d'invitation suivante, Interprœ^ cipuoB^ à tous les évoques catholiques :

Très-illustre et révérendissime Seigneur*

Parmi les principaux soins et les plus graves qui incombent au ministère apostolique du souverain Pontife, le plus doux est de décerner suivant les rites Thonneur de la canonisation et un culte public dans rÉglise aux héros de la religion chrétienne. £n conséquence, la Sainte- Congrégation des Rites ayant accompli tous les actes suivant la discipline prescrite par les constitutions apostoliques , Notre Saint-Père le Pape Pie IX, après avoir mûrement pesé les circonstances, a résolu (en tant toutefois que la droite du Tout-Puissant, comme il est permis de l'espérer, empêchera la tempête imminente d'éclater) de tenir, dans le mois de juin de l'année prochaine 1867, deux consistoires semipublics. Après ces consistoires, avec l'aide de Dieu, et de la Vierge Mère de Dieu, le 29 du même mois, jour de la fête des Bienheureux apôtres Pierre et Paul, qui sera cette fois célébrée avec encore plus de joie à cause de l'anniversaire séculaire de leur glorieux martyre,le Saint-Père inscrira par un décret solennel, dans le catalogue des saints, les Bienheureux martyrs, confesseurs et vierges dont les noms suivent :

484 ANNALES ECCLÉSIASTIQDES. [1^6

i . Le B. /osaphat, archevêque de Polockdes Rothènes, dans la BosBie- Blanche, martyr.

2. Le B. Pierre d'Arboes, de l'Ordre des chanoines réguliers de Saint- Âugustiui chanoine de TÉglise métropolitaine de Saragosse, martyr.

3. Les neuf BB« martyrs de Gorkhnm, appartenant à divers Ordres réguliers ou au clergé séculier.

4. Le B. Paul de la Groiz^ confesseur, fondateur de la Congrégation des Clercs-Déchaussés de la Sainte-Croix et de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ

6. Le B. Léonard, de Port-Maurice, confesseur, missionnaire apostolique, de rOrdre des Mineurs, de Saint-François de l'Étroite Observance.

6. La B. Marie- Françoise des Cinq4^1aies, vierge professe du Tiers- Ordre de Saint-Pierre d'Alcantara, dans le pays napolitain.

7» La B. Germaine Cousin, vierge séculière du diocèse de Toulouse.

Sa Sainteté m'a donc ordonné, suivant la coutume antique, à moi, préfet de la Congrégation chargée d'interpréter le saint Concile de Trente, d'écrire aux prélats du monde catholique pour leur annoncer cette heureuse nouvelle, et leur faire savoir qoe les évéques qui, ne se trouvant pas retenus par la crainte de causer un grave préjudice aux brebis qui leur sont confiées ou arrêtés par d'autres empô<Àenien(s, se rendraient en temps opportun dans cette noble cité pour assister aux consistoires sus-meationnés, et être témoins d'une telle solennité, feraient une chose très-agréable A Sa Sainteté. Ce sera une bien grande joie pour le Saint-Père de voir ses frères se réunir en un même lieu et adresser de concert des prières A ces citoyens du ciel qui jouissent déjA d'une gloire incomparable; pour que, touchés par de telles supplicationsi dans le péril extrême qui menace les choses civiles et surtout les choses sacrées^ ces saints demandent à Dieu et obtiennent de sa bonté la victoire sur l'ennemi et une paix perpétuelle pour l'Église militante.

Au surplus, il faut remarquer que l'intention do souverain Pontife est de considérer ceux qui viendront ici comme ayant satisfait aux prescriptions de Sixte-Quint, de sainte mémoire, touchant l'obligation du voyage de Rome et de la visite ad Sacra Âpoitolonun Zimôui, contenues dans la bulle Bomanus Pontife*, d'autant plus que, si jamais il y eut opportunité de venir vénérer les tombeaux de Pierre et de Paul, pères et maîtres de la vérité, d'oA émane une lumière qui éclaire les Ames, comme s'exprimait Théodorat, c'est surtout au moment où l'on célébrera la fête qui, ainsi que le dit saint Léon le Grand, « mérite d'être célébrée avec respect dans tout l'univers, mais doit l'être avec une vénération et une Joie particulières A Rome, afin que là où la mort des principaux apOtres a été glorifiée, on se réjouisse davantage an jour de leur martyre* »

Donné à Rome, A la Sacrée-Congrégation du Condle, le 8 décembre, jour consacré à la Conception de l'immaculée More de Dieu> de l'an

décembre.] MANDEMENT DE Mr DARBOT. 485

— Mort à Fassolo, près Gènes, de M*' Ferdinand Girard! , évèque de Seasa, dans le royaume des Deux-Siciles. Il était né à Lauria, diocèse de Policastro, le 48 octobre 1788, et il appartenait à la Congrégation de la Mission.

9. — On Iit> dans toutes les églises et chapelles du diocèse de Paris, le mandement suivant de M^ Darboy :

Georges Darboy^ par la grâce de Dieu et l'autorité du Saint-Siège apostolique, archevêque de Paris, grand aumônier de l'Empereur,

Au clergé et aux fidèles de notre diocèse, salut et bénédiction en Notre-Selgneur Jésus-Gbrist

Nos très-chers frères.

Les années précédentes, à Toccasion de TAvent nous avons cru devoir appeler votre religieuse attention sur des vérités qui concernent d'une manière immédiate chaque fidèle en particulier, et qui doivent inspirer et gouverner directement son activité personnelle : nous avons montré la nécessité et le mérite de la foi. et défiai le caractère et la portée de la vie humaine. Cette année, les circonstances nous engagent à toucher UQ autre ordre d'idées et à vous parler de la situation faite à TËglise tout entière en la personne de son chef vénérable.

Non point, nos très-chers frères, que nous ayons à réveiller en vous des sentiments qui se seraient assoupis. Depuis sept ans que la question romaine a pris un caractère aigu, le diocèse de Paris n'a pas cessé de témoigner au Saint-Père ses sympathies pleines de respect^ de fidélité et de dévouement. Chaque jour la voix de nos prières s'est élevée vers Dieu pour le souverain Pontife; nous avons mis à ses pieds des offrandes relativement considérables S ^t divers efforts ont été faits en vue d'opposer quelque obstacle à la marche des événements et de prévenir, si c'était possible, une crise affligeante pour les catholiques et périlleuse pour tout le monde.

Aussi sommes-nous empressés de vous rendre pleine justice, et de vous adresser les remerctments que méritent votre zèle intelligent et votre généreux concours. Nous n'avons donc pas d'autre pensée que de vous affermir dans vos dispositions si utiles à la cause du Saint- Siège, et nous venons uniquement solliciter la continuation de votre bon vouloir, de vos prières et de vos libéralités en faveur d'un vieillardy d'un monarque et d'un père, en faveur de Pie IX^ vicaire de Jésus-Christ.

Vous le savez, nos très-chers firères, après une occupation militaire

* On a vu dans le mandement du carême que, à la date du 2 février dernier,

le produit des quêtes pour le Sa{n^Père s'élevait à 1 . 791 .062 fr. 50

Depuis g'y est aioutôe une somme de 157.406 80

Qui «lève la total général à ,., 1.048.469 30

488 ANNALES ECGLÉSJASTIQDES. [1S6C

qui date de 1849^ a France retire ses troupes de Rome, en y laissant touterois le prestige de son nom et sa protection morale pour garantir l'autorité du Pape. Que peut devenir maintenant cette autorité? Faut-il admettre que les Italiens respecteront les frontières dn territoire pontifical ?

Et supposé que Rome n'ait rien à craindre du dehors, sera-t-elle tranquille au dedans? En présence d'éventualités fâcheuses, de quelque initiative qu'elles puissent partir, le Saint-Père jugera-t-il conyenable d'adopter d'avance une résolution extrême et de s'exiler spontanément ? ou bien youdra-t-O attendre que le péril soit évident et prochain, puis se protéger^ à la manière des pouvoirs temporels, contre l'agression ou l'émeute^ et enfin ne fuir que devant la violence ouverte?

Alors ne serait-ce pas pour la France le signal du retour, et pour les grandes puissances de l'Europe le moyen de régler dans un Congrès le sort des États romains, en asseyant sur des bases consenties par qui de droit le pouvoir temporel du Saint-Siège ? Ce sont des questions que tout le monde s'adresse, qu'il n'est pas convenable de discuter ici, et dont, au reste, la solution finale appartient non-seulement à beaucoup de personnes qui jusqu'à présent n*6nt pas dit leur dernier mot, ni fait leur dernier acte, mais encore et surtout à Celui qui gouverne en maître les affaires humaines.

Au milieu de cette incertitude géûérale, ce qui nous paraît plus à propos et plus religieux, c'est de ne pas désespérer des hommes, mais de se confier surtout en Dieu par la prière ; c'est d'aider le pays et l'Église à résoudre pacifiquement les difficultés présentes, en évitant à la fois le découragement puéril et les vaines agitations ; c'est de garder, en ceci comme en tout le reste, cette calme et ferme raison, cette foi virile et énergique, cet inaltérable dévouement au devoir qui conviennent à des hommes et à des catholiques.

Si notre parole s'adressait aux Italiens, nous dirions combien le sens politique et religieux répugne à ce que leur conseille une faction ennemie de la paix, impuissante dans la guerre, et combien il importe àleurintérôt non moins qu'à leur honneur de se réconcilier avec la papauté. Car on a beau faire et beau dire, les peuples ne violent pas impunément les lois de l'ordre moral, d'abord parce qu'ils mettent contre eux toutes les âmes honnêtes qui sont la grande force des sociétés, ensuite parce qu'ils ouvrent la porte, non-seulement à la revendication des droits méconnus et lésés, mais encore à des compétitions violentes et à des luttes interminables; enfin parce que la Providence, qui attend quelquefois, mais qui n'abdique jamais, venge tôt ou tard les innocents, et que les cris, les larmes et le sang des victimes montent vers le ciel pour en faire descendre le châtiment et rétablir ainsi Féquilibre rompu par le triomphe momentané de l'injustice. Hais depuis que tant de voix autorisées le répètent, Tltalie doit

décembre.] MANDEMENT DR Me^ DARBOY. 487

savoir à quoi s'en tenir, et quels embarras lui crée, |N>ur le présent et pour ravenir» son antagonisme avec le Saint-Siège.

Au reste, quoi que fassent les étrangers, la France voudra rester fidèle à son histoire, c'est la conviction de tous ceux qui la connaissent et qui l'aiment. Son passé lui donne, à Tégard des intérêts matériels de la papauté, des droits et des devoirs qui sont considérables et dont il lui serait difficile de s'affranchir, car les peuples, comme en général les individus, ne s'engagent ni ne se dégagent tout d'un coup*

C'est pourquoi, avec son esprit logique et son sens chrétien, notre pays ne consentira pas à rester étranger à des destinées dont il a été le glodeux parrain et le vaillant appuL Aussi, les hommes éminents qui le gouvernent avec tant d'intelligence et d'éclat, et qui maintiennent le Pape à Rome depuis dix-sept ans, peuvent aisément trouver dans l'opinion publique comme dans leurs propres lumières la mesure de ce qu'il faut entreprendre.

Us ont au plus haut degré le sentiment de la situation et le respect des consciences; pourquoi ne seraienl-ils pas émus les premiers de ce qui peut alarmer des âmes loyales et religieuses, et quel avantage auraient-ils à leur déplaire, et surtout à les contrister? S'ils cherchent, comme on peut le croire, à dénouer les difficultés dont il s'agit, notre devoir à tous n'est-il pas de les y aider avec des sympathies effectives, bien loin d'aggraver leur tâche par d'injustes défiances et par des insinuations irréfléchies, sinon malveillantes ?

Et pourquoi voudrait-on douter de vous, 6 mon pays ? N'est-ce pas vous qui avez donné votre nom môme à la franchise et fait regarder partout votre fier drapeau comme le symbole de l'honneur et de la générosité ? Vous répandez d'un bout dir monde à l'autre, avec un magnanime abandon, votre sang et vos trésors, et, dans toutes les affaires où vous engage soit votre libre arbitre, soit la force des choses, ce n'est guère votre intérêt qui vous occupe. On vous en fait même un reproche, et l'on vous adresse souvent l'accusation méritée d'aimer à payer votre gloire. Vous savez d'ailleurs, quand il y a lieu, passer pardessus les causes de dissentiment et de lutte, laissant de côté ce qui peut aigrir les esprits et cherchant les points où l'accord peut se faire et la paix s'établir.

Non pas que vous ayez la prétention de redresser tous les torts, ni que vous rêviez des conciliations chimériques; mais vous tenez à ménager les personnes et à désintéresser les amours-propres, tout en donnant aux principes une satisfaction équitable. Que Dieu vous protège, 0 mon pays 1 et qu'il vous maintienne à Jamais dans la place que vous ont faite, au milieu des peuples, votre caractère plein de droiture, votre héroïque oubli de vous-même et votre dévouement à TËglise 1

Quant à TËglise, nos très-chers frères, loin qu'elle décourage et combatte ces dispositions conciliantes, elle les agrée, au contraire, et ne peut que les favoriser. En effet, elle a toujours rempli parmi les hommes un rôle de pacification, montrant à la fois sa mansuétude et sa

feriDAté ; dix-huit cents ans loi rendent ce témoignage. Elle est entrée dans le monde en laissant aller an martyre» pendant trois siècles, plusieurs millions de ses enfants; il est dilttcile sans doute de pousser plus loin Tabnégation et Tamour de la paix.

Si, durant les dix siècles qui suivirent, elle a pesé d'un poids dominateur dans les affaires politiques de TEurope, c'est que le génie et la vertu ne pouvaient qu'exercer un grand ascendant sur des hordes barbares ; et, d'ailleurs, les maîtres furent aussi doux et bienveiUaots que le permettaient les circonstances et le lent progrès des mœurs publiques.

En tout caS| tant que nos contemporains auront des armées de 5 ou 600,000 hommes, non-seulement pour se faire respecter au dehors, mais aussi pour maintenir l'ordre au dedans et pour employer leurs procédés conciliateurs, ils paraîtront médiocrement autorisés à dire que l'Église désarmée n'a su ni pratiquer la modération ni tirer parti des éléments qu'elle avait entre les mains.

Dans l'ère moderne, c'est-à-dire depuis quatre siècles, les rapports de l'Église avec les gouvernements temporels sont réglés par des Concordats. Ce sont précisément des transactions qui consacrent les concessions faites par l'Église au pouvoir civil, et qui témoignent ainsi des tempéraments dont elle sait user au besoin.

Le passé répond de Tavenir. S'il y a lieu, rËglise, dans sa maternelle condescendance, saura faire à son heure tous les sacrifices que réclame la concorde, quand ils seront compatibles avec la vérité des principes et l'honneur d'un gouvernement. Ce qu'elle doit absolument sauvegarder, c'est Tintégrité de la doctrine, de la morale et de la discipline ; ce qu'elle paut et veut faire aussi, c'est de compter avec l'humaine faiblesse et de s'accommoder aux circonstances dans la mesure du possible, du droit et de la justice. Le Saint-Père luimôme s'est prêté à de telles expériences en des temps meilleurs ; et, l'on doit s'en souvenir, ce que plusieurs ont cru pouvoir lui reprocher, au commencement de son pontificat, ce n'est pas de fuir la conciliation ni d'être indifférent aux réformes.

Il ne faut donc pas juger de ce qu'il fera par ce qu'en disent des organes irresponsables, qui n'engagent qu'eux-mêmes, et qui parlent, à cause de cela, sans mesure et sans autorité. Rome étant destinée & rester le siège de la papauté, qui doute que Pie IX ne tienne A conserver, à moins d'obstacles invincibles, des rapports affectueux pour l'Italie ? Seulement les Italiens sauront-ils comprendre que la papauté est leur principale et plus solide grandeur, et que le Pape ne peut demeurer à Rome que dans des conditions matérielles d'indépendance et maître chez lui I S'ils veulent la paix, qu'ils veuillent aussi la justice !

Mais, quelles que soient les craintes des uns, les espérances des autres, les prévisions de tous, ce qui nous est imposé par notre foi et notre piété filiale, c'est de prier que Dieu éloigne de son Église et de son Vicaire tout ce qui pourrait leur nuire, et pour qu'il nous accorde les

décembra.] L'ATHÉISNB ET LIS PÉRIL SOCLUL. 480

grâces dont nous avons tous besoin. La prière est un élément de force considérable* Elle entre dans le plan du inonde moral comme le travail et Tétude dans le plan du monde physique et du monde intellectuel» Dieu tient compte de la prière pour éclairer l'homme et soutenir le cœur, comme il tient compte du travail corporel pour fertiliser la terre et l'étude, pour élever et développer les intelligences. Au reste, c'est un secours spirituel que le Saint-Père nous demande, et que nul de ses enfants ne voudra lui refuser.

« Puisque dans une si terrible tempête, dit-il dans sa récente allo« cution, la prière est le secours unique et le seul vraiment puissanti nous nous adressons en conséquence à tous nos vénérables frères les évoques de tout Tunivers catholique, à tout le clergé catholique, À tous les fils de notre sainte mère l'Église^ qui n'ont jamais manqué de nous donner des témoignages de leur fidélité et de leur amour^ de nous secourir dans nos nécessités si pénibles et dans celles de ce Saijnt-Siége, et nous leur recommandons avec instance de continuer à adresser à Dieu leurs supplications et leurs prières en toute foi, espérance et charité, pour qu'il triomphe des ennemis de l'Église et les ramène dans les voies du salut. Car, pour nous servir des paroles de Chrysostome, la prière est une arme; elle est une grande sécurité, un précieux trésor» un port très-vaste, un asile très-sûr, pour que, vivant dans la sobriété et dans la vigilance, recueillant de toutes parts nos pensées, ne donnant nul accès à l'ennemi de notre salut, nous allions ainsi trouver le Seigneur.

« Au milieu de tant d'épreuves qui nous accablent, ce n'est pas pour nous une faible consolation de nous rappeler que Dieu, quand son Église est privée des secours humains, opère d'étonnants prodiges qui manifestent d'une manière évidente sa toute-puissance, son assistance divine, et confirment cette vérité que Jamais, en aucun temps, les portes del'enfer ne prévaudront contre l*Église, et qu'en conséquence, triomphant toujours de ses ennemis, elle demeure immuable Jusqu'à la consommation des siècles. »

lO. — Publication d'un écrit de M'' Dupanlonp sur VAtkéiwne et le péril social. On y lit le passage suivant sur la question romaine :

Spectacle inouï !

VoilÀ un vieillard, un pontife, un roi, assis sur un trône dix fois séculaire.

En ce moment, le monde contemple son agonie.

Le coup de lance, le fiel et le vinaigre ne manquent pas.

Sa mansuétude, sa patience, sa magnanimité ont été sans bornes.

C'est à peine si la plainte du crucifié a été sur ses lèvres : Ul quid dereliquisti me?

Les scribes qui l'ont accusé sont là tous autour de lui, pour l'accuser encore dans cette extrémité; pour s'offenser de sa douleur; pour

490 âmiALni CCCLiSlASIIQmS. [1866

flTiiitigiier n wê paroles «mt émues ; pour élargir, après l'ayoir creusé, le fossé qui l'entoure; pour eoTenimer, après Tavoir faite, la plaie de son cœur ; enfin pour ameuter contre lui le peuple.

Et cependant, là, comme dans la Passion, on hésite. La main tremtile et on n'ose porter le dernier coup : c'est à qui le fera porter par un autre. Le Piémont lui-même n'ose pas.

On cherche^ et on trouvera, pour tout consommer, ce qui se trouve toujours pour les grands forfaits, des êtres inconnus, des frravt innommés, dont rhistoire ne porte aux générations futures que le crime, et dont elle ne sait pas redire le nom vil et abhorré.

On a besoin de ces auxiliaires. Ils sont dignes de la cause. On les trouvera, sauf à dire, on le dit déjà, pour se donner le droit d'intervenir contre le Pape, que c'est lui qui fait faire l'émeute.

Quelquefois, quand des chasseurs ont longtemps poursuivi une proie, si elle est redoutable, si c'est un lion du désert, quand il est forcé, on l'entoure, mais on hésite à lancer contre lui le dernier trait.

Ici, ce n'est pas un lion, c'est un agneau. Et cependant ils tremblent tous d'une secrète horreur devant leur forfait

Cependant, que fait l'Europe ? L'Europe contemple effrayée, mais silencieuse, cette lente agonie.

La victime, sur son Calvaire, jette de tous côtés ses regards, et nuHe part le secours : Circumspeœi, et non erat auxiliator!

La stupeur les a tous glacés.

Mais où sont donc tous ces aigles dont l'Europe se vante et qu'elle déploie sur ses étendards?

La Pologne est déchiquetée par l'un ; L'autre dépèce rAllemagne surprise et trahie ; Je ne vois là que des vautours.

J'en vois un autre qui a laissé récemment casser son aile. Il y en avait un, plus fort que les autres, planant librement sur l'Europe.

Ah I celui-là devait mourir pour défendre l'agneau : car c'est l'aigle de la France.

Mais non, on ne lui demandait pas de mourir : il lui suffisait d'un regard et d'un cri pour dissiper les meurtriers ; mais il plie son aile et s'en va.

Et toi, sainte Victime, grand Pontife, qui t'appuyais si confiant sur les fils de la France, ne te reste-t-il donc plus qu'à te couvrir la tête de ton manteau, et à jeter à la nation très-chrétienne, en tombant, ce cri éternellement accusateur: Tu quoque, fili!.,.

Et, maintenant, qu'ajouterai-je ?

Après avoir exposé dans ce douloureux écrit la triste situation de l'heure présente, le mouvement d'impiété radicale qui se fait en France et en Italie, le progrès des doctrines athées et matérialistes, et, à la faveur des coups portés contre le Pape, la guerre à la religion et à Dieu

défiembre] L'ATHÉTSME ET LE PÉRIL SOCIAL. 491

grandissant chaque jour, préliminaire menaçant de la guerre à Tordre social ; faut-il nous décourager ?

Non, je Tai dit, le déconragement n'entre jamais dans les cœura chrétiens. Ils espèrent toujours : ccmtra spem^ in spe.

Sur ce qui fait aujourd'hui la grande préoccupation de tous les esprits et de tous les cœurs, sur ce point fixe et menacé vers lequel sont tournés en ce moment avec anxiété les regards de tout l'univers, je n*ai qu'une parole à dire, et elle n'est pas de moi :

l'empbredr veut que le chef suprême de l'Église soit respecté dans

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