‹ Annales historiques du Comté de Neuchâtel et Valangin depuis Jules-CésarChapitre 112 sur 264 · LIVRE n. 194 €BAPITRB XII. — DE L'lirrfiRItÉGI«E Bl · texte numérisé non relu

LIVRE n. 194 €BAPITRB XII. — DE L'lirrfiRItÉGI«E Bl

1673 dans le comté, elles racontaient te manière avec laquelle ta prmcesse les avait accueillies et leur avait parlé de ses droits et de ses bomies intentions pour le pays ; ce qui lui attirait les cœurs de tous ceux qui rentendaient, du moins de ceux qui ne connaissaient pas Tintérét de TEtat et de la souveraineté, et qui prenaient parti suivant leur penchant.

PrécautioiiB du Le gouvemeur appréhendant que Madame de Nemours ne vînt à gouverneur, j^çy^jj^^gi ^^ qu'elle n'y fÛt reçue des peuples, donna les ordres nécessaires pour que la milice du pays fût prête à marcher eu cas qu'on entreprît quelque chose par la force. Il fit aussi tenir des bateaux prêts, dont les rives du lac furent bordées. On défendit même à tous les bateliers, sous peine d'être punis, de distraire leurs bateaux, afin que les amis de Madame de Nemours ne pussent pas s'en servir pour aller auprès d'elle à Morat, et qu'au contraire le magistrat pût s'en- rendre maître dans le besoin; on envoya même toutes les nuits des bateaux pour croiser et reconnaître si la princesse ne venait point.

Mad. de Ne- Cette princesse voyant par ces arrangements pris qu'il ne lui TuNeuTeviue ^^^'^ P^^ possiblc d'entrer h, Neuchâtel par le lac, comme elle en accompagnée avait le dessein, cela l'obligea à prendre une autre route, et croyant ^^breMe?**™ *P® '® Landeron était plus propre pour y passer sûrement, parce que H. de Mollondin y avait beaucoup d'amis, elle partît de Morat le dimanche 27 avril style ancien, et elle alla coucher à Arberg (♦), et dès là, le lendemain 28, elle arriva à la Ne^veville. Elle avait environ huitante personnes à sa suite, savoir, six gentilshommes, dont les plus considérables étaient MM. de la Martinière, de St-*Cyr et Baron, son maître d'hôtel; elle avait environ douze dames; les autres étaient des officiers, des domestiques et des valets. Elle logea à la Neuveville dans la maison de M. de Gleresse, châtelain du lieu, et sa suite qui ne put y loger remplit les cabarets et quelques maisons des particuliers.

M. Micauit fait Le gouvemcur d'Afiry envoya M. de St-Micault au Landeron pour *dwn iMtt^ se saisir des passages, afm d'empêcher la princesse d'entrer dans le troupes, comté. On mit environ douze-cents hommes sous les armes, dont la plupart furent placés au Landeron; on en mit i(uasi quelque;s-uns à Ligoières et d'autres à Chi^ffort, afin de tenu* tous les passages par lesquels Madame de Nemours pouvait pénétrer dans l'Etat. BigaeuOTdeM. Le 29 avril, M. le marquis de St-Micault étant au Landeron, se saisit du sieur Pierre Lahire, lieutenant de St-Blaise^ qui y commandait une compagnie de cent hommes, et auquel il ne se confiait point, parce qu'il était bon ami de M. de Mollondin. U avait dessein de lui faire son procès; mais les soldats de M. de Lahire s'étant saisis d'un jeune gentilhomme qui était à la suite du dit marquis,

(*) On croît qoe c'était pour cacher son dessein.

St-Micaolt.

CHAFITIffi XU. — DE |.*INTE]IRi.ONE DE 1672. 196 LIVRB II.

il fallut, pour le retirer d'entre leurs mains, leur rendre kor oapi*- 1673 taine. M. le marcpiis vonlant oser de rignear, menaçait de mettre tout en feu au cas qu'on ne se déportât de Madame de Nemours, et s*étant même saisi des clefs du four du Landeron, où les femmes avaient leurs pains, cela les mit de telle mauvaise humeur contre lui qu'il fut assassiné au milieu du bourg du Landeron par les amis n est tué par de la Anchesse, ayant reçu deux coups de pistolet sans qu'on pût ^^^ ^aiS!^ découvrir pour lors Fauteur de cet assassinat, quelque inquisition qu'on fit pour cela. Cette mort affligea extrêmement les afQdés de Madame de Longueville qui craignaient qu'elle n'eût des suites très iUcheuses; mais ceux de Madame de Nemours, au contraire, en témoignèrent de la joie.

Le lendemain, M. le gouverneur d'Aifiry et le conseil d'Etat se Le ^ntemear rendirent au Landeron et firent ensevelir honorablement M. de St-'®'^J^°f*^' Micdult dans la chapelle de Cressier. Son cœur fut envoyé à Dijon, , ^

oià il fut inhumé dans le grand temple de cette ville.

Pendant le séjour de Madame de Nemours à la Neuveville, elle Mad. de Ney gagnait les cœurs de tous ceux qui l'abordaient, comme elle avait "î^'Jc^îSI** fait à Moral. Elle avait si peu douté du succès de l'entreprise sur le Landeron,^ suivant les espérances que lui avaient données M. de Moilondin, qu'elle ne doutait pas qu'en cas de besoin les commu- .: nautés du Val-de-Ruz ne lui fournissent des troupes pour forcer celles qui pourraient s'opposer à son passage. Ce fut dans cette espérance qu'elle leur fit écrire en souveraine le 10 mai, deux jours après Tassassinatr Voici ce que portait cette lettre:

Son Altesse sérénîssime Madame la duchesse 4e Nemoai:?, fille de votre soû- Lettre de Mad. verain prince, aux Communautlës du Val-de-Ruï, salut. deNemoorsaux

Savoir faisons qu'ayant appris que vous dever vous assembler demain ohEièni'e du^™!4^an, du présent (style nouveau), j'ai voulu- vous donner avis du dessein ^ne j*ai d'aller à NedfehAteJ, et tonnne on n'a avertie que les eheaiins aoiii ooeupés par des trpupbs qu'on dit vopleir s'oppofer à mon , passagei, je vous ai fait la présente pour vous dire que vous aye^ à m'envoyer en ce lien de la Neuveville des députés auxquels je donnerai les ordres nécessaires pour la conduite de ma personne, espérant que vous ne manquerez point à me rendre vos devoirs et lés honneur^ que j'ai reçus dés communautés même étrangères où j*ai passé.

Fait ce 10 mai 1673. (Sî^é) Mamb d'Ouléaicw.

M. de Moilondin entretenait de nombreuses correspondances, entre i^ettre d^me autres pour gagner les officiers. Il paraît que pour ceux du comté ^^,?^„f^" de Valangin il sei» servait d'une dame de Neuchâtel, qui, incontinent de MbUondin après l'assassinat de M. de St-Micault, lui rendait compte de sa né- ïïS.^'de Ne-*^ gociation, par une lettre où elle appelle H. de Moilondin HonlSeigneur le gouverneur. 'Voici cette lettre:

Monseigneur. Je demande pardon à Votre Grandeur si je prends la Hberfé de tracer ces mots par lesquels vons oaurei que j'ai parlé à ton» les principaux de la comté de Valangin, auxquels j'ai dit s'ils ne voulaient pas maintenir leur parole, touchant la promesse qu'il! m^avatel fiôce, et en même temps les ai

UVRB H. 196 CHAWTRE XII. — DE L*INtERRÈ«^ DE 1672.

1673 infonnéé ée ta botité et |réiiéVMitt6 qti« cette fHuMre ]priti<teâti3 lavttt |Hmr eux. h$ in*ont juré qu'ils «e ttanqueraieÉt jimmis é'é\^ fidèles el qu*iJs i^ re«i9naitraieni jamais d'autre personne que ceux de Tilkistre maison d'Orléans.

Monseigneur, je n'oublierai pas de vous dire que j'ai écrit au maire Robert de la belle manière, ne sachant pas l'effet que ma lettre produira. La mort de St^Micault a bien afftrgé ceux du chlltead, particulièrement David qui est hicoiitùlêbh et qui ie fend eb larmes. Le maire dit qu'il voudrait. éCre mott ttk Ibis pour liii, Pour moi je n'en ai fait que rire|. cfir en toi^te» chosea il feul on commencement, et je souhaite qu'il ei^t encore ce que jp dirais avec.

J'attends réponse des lettres et je me donnerai l'honneur de vous aller voir. Je demeure avec ^respect, Monseigneur, Votf*e 1res bumbfe et très obéissante serrante

EsHenmtit &mainU C}.

Députation^ ^^ gouveraeur el le conseil d'Etat voulant prendre des précau- DUon pour voir tions sur Ics bruits que Madame de NemOurs el ses adhérents pu- ?é»M^étoif vi^ bliaient que M. Fabbé d'Orléans était mort dans un couvent, et qu'on vant cachait celte mort, députèrent plusieiifis personnes pour aller jusqù*à Dijon, où il élaît pour lors, la seigneurie en envoya deux; la compagnie des pasteurs nomma M. Girard, pasteur de Neuchâtel^ le conseil de ville en députa quatre, et la bourgeoisie de Talangfci deux, qui partirent le 1" mai, el quf, étant de retour lé 11 du dit Déoiaration de mois, déclarèrent par serment d'avoir vu le dit seigneur abbé qui, ladéputation. j j^ y^rité, èlmï dans la démence, mais qu*il Se portait bien à l'éganl dii corps. On aurait souhaité de l'amener à Neuchâlel, te qui aurait calmé lès esprits, ihais cela fût impossible à causé de Tétai fâcheux où h se Trouvait par rapport à sa démence. Ces députés assurèrent qu'ils avaient fait tous leurs efforts pour parler à ce prince, mais qu^ils n^aVaient pas pu SVn approcher plus près que de quinze à vingt pas, qu'ils l'avaient vu se promener dans un jardin; que M, de Fontenay, qui l'avait en sa garde, ne leur avait pas voulu permettre de l'aborder, mais^ qu'ils l'avaient bien reconnu et que c'était lui Véritablement; qu^On ne leur avait même peimis de le voir à taUe qu'à travers un trou qu'il y avait à là porté de la chambre od il était, etc.

Doutes de la Les afBdés de Madame dé Nemours ne furent pas contents de ce J^^^jj'*^^ témoignage, disant qu'on ne pouvait pas bien reeoçnalb-e un homme moursfluria de si loin, et surtout qu'il y avait cinq ans qu'il avait été à NeuitSbTdrck- ^^^^^^ ^^ '^^ députés l'avaient vu, et qu'il avait bien pu changer dès léns. lors; qu'on pouvait se méprendre et que si c'était véritablement l'abbé d'Orléans, on n'aurait pas fait de difficulté de permettre qu'on l'abordât, et qu'ainsi cela était fort suspect et qu'op avait dessein de les tromper; que c'était un honmie supposé, et autres cUoses sem- JbUJ)les. Plusieurs croyant que ce prince était mort^ puisqu'on n'avait «iicane ncnlvelle de sa personne ni du Ueu de sa demeure, et que

r) ee.iiein 4oii wm dMto «M c«W da «UYBKSr*

Midane de Neaioiirs aêsurait qu'elle n'en «pprerioit rieo de certain, 1673 mMiifeslaient hrateinenl Tintenlioii de recevoir Madame de Ne* moure.

Le gouverneur et le conseil d'Elat demandèrent alors aux peu- i-e «rouTcmeples qui s'émouvaient un temps compétent pour pouvoir écrire à^^'^m^^n® Madame de Longue ville, afin qu'il lui pUU de faire venir à Neu-^ écrire à Mad. cbàtel M. Tabbé d'Orléans, son fils. deLongnenue.

Néanmoins la seigneurie envoya encore le 3 mai d'autres troupes Appréhension au Landeron pour renforcer les gardes, dans l'appréhension que les ^*°^^çn{f^®" peuples ne se soulevassent et n'allassent quérir Madame de Nemours Des troupes pour l'établie souveraine. àUfr^nSètT

Cette princesse, de son cAté, redoublait aussi ses instances aiq)rès ifad. de Nedes peuples pour les porter à la reconnaître souveraine et les ^ïé-^^j^^*® tourqer de Madame de Longueville. Poussant enfin les choses aux dernières extrémités, M. de Mollondin lui fit signer un mandement adressé à tous gouverneurs, communautés et sujets des comtés de Neuchâte) et Valangin. Il est probable que celte princesse ne discernait pas les conséquences que pouvait avoir ce mandement, mais U est certain qu'il était capable d'armer les sujet;^ les uns contre les autres et de causer un bouleversement général dans l'Etat, car il était conçu en ces propres termes:

Son Altêiie sérértUsime Madame la duchesu de Nemoun à iùus gtuvemeun, Mandement de eommunautét ei sujets des comtes de Tievfchélel et Valangin sâïot. ^***« ^* Ne-

Désirant pourvoir aux grands désordres que causent parmi tous quelques îî?"^^|g ^ particuliers qui se disent composer le conseil d'Etat, bien qu'il ne puisse y en VEtat. avoir de légitime qui ne soit assemblé par nos ordres. Madame la duchesse de Longueville, sous le nom de laquelle ils disent agir, ne pouvant aVofr aucune autorité que par la qualité qu*on lui donne de curatrice de Monsieur notre frère, puisque l'administration de cette souveraineté nous est due comme plus proche, et par la loi et coutume du pays, qui veut que la curatelle des bteni paternels soit déférée aux parents paternels et des maternels aux parents nater* nels : Fartant nous vous mandons qu'incontinent et sans délai vous ayex à quitter les armes, avec défense d'obéir au dit prétendu conseil d'Etat ni de recevoir aucuns ordres que les nôtres, vous enjoignant de vous tenir prêts à le« venir recevoir à notre premier mandement.

Donné à la Neuveville, ce 3/13 mai 1673.

(Signé) Marir D'0]u*£Ana et scellé de son cachet. .

Le bruit de l'assassinat de M. de St-Micault s'étant répandu dans les cantons, y donna de l'horreur et de l'indignation, et comme on l'imputait aux gens de Madame de Nemours, elle se crut obligée, pour les en justifier, d'écrire la lettre suivant^ aux cantons : Magnifiques et puissants seigneurs.

J'ai cru être obligée, oomme une bonne voisine et alliée, de vous donner Lettre de llad.

avis des violences dont on use contre moi pour m'empécher de me rendre à de Kemonrs

Neufchâtel en conséquence du passeport du Roi, et qu'étant arrivée à la Neuve- *^J^!?'** *** »!! 1 o j .:..«. ^1 ..!• 1 j . . . sï^Jet de l'assas-

vtlle, le 8 de ce mois, d ou je devais partir le lendemain, ne croyant pas trou* ^i,^ ^^ ^ ^^

ner d'ebstaek en ma marche, je dirai è VT. K£. qu'un nommé de St-Micanll st-Mioaalt.

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