‹ Annales historiques du Comté de Neuchâtel et Valangin depuis Jules-CésarChapitre 171 sur 264 · LIVRE IF. 314 CHAPITRE XIV. — marie D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

LIVRE IF. 314 CHAPITRE XIV. — marie D'ORLÉANS

1694 de Berne dans tontes les choses qui s'étaient passées, et de déférer à leurs sentiments, on crut que le temps serait propre pour obtenir d'eux le libre commerce du vin. La viUe de Neuchâtel leur envoya en conséquence une députation, qui leur représenta que par leurs défenses les traités d'alliance et de bourgeoisie étaient enfreints; mais cette démarche ne produisit rien d'autre qu'une modification Ce que ll.ee. qu'ils apportèrent à leur défense dans un arrêt du 19 décembre, •oeorâèrent p^^ j^q^g] ll EE. permettaient l'entrée des vi^ de Neuchâtel dans leiur Etat après Pâques tant seulement. Cela n'ayant pas satisfait la ville de Neuchâtel, elle leur fit par lettres de nouvelles remontrances sur l'atteinte que cela donnait à la combourgeoisie. Mais tout cela fut inutile. .

Année abon- L'année 1694 fut très abondante, tellement que toutes les denrées dante. baissèrent de prix. On fit la vente du vin 96 livres le muid: l'abri

Vente du vin

etaiirL du froment fut fait à quatorze batz deux gros l'émine, l'orge huit batz un gros, l'avoine cinq batz.

Leiac deNen- Le 25 janvier 1695, le lac de Neuchâtel gela d'un bout à l'autre,

^h^kVM^ tellement qu'on pouvait y circuler de tous c6tés, même avec des

traîneaux chargés et attelés de chevaux, comme cela arriva eu

divers lieux. Plusieurs jeunes hommes le traversèrent le 31 janvier.

On le passe it et entr'autres deux bourgeois de Neuchâtel, Jean-Frédéric Pury el

i^îSiIrPorta- '^*^ Depierre, qui couchèrent à Portalban, d'où ils revinrent le len-

ban. demain à Neuchâtel. Ils assurèrent qu'ils avaient compté les pas

depuis Neuchâtel à Portalban et qu'il y en avait 11,544. Depuis,

six autres bourgeois le passèrent encore, et c'est ce qui arriva en

divers lieux. Ceux de St. Biaise, au nombre de soixante hommes, y

allèrent faire l'exercice environ miUe pas en avant et y firent des

décharges. Chacun s'y promena avec assurance. On y remarquait,

à environ deux- cents pas loin de la ville, une trace rouge comme

du sang et longue de plus d'une lieue.

oiaoet entas- Le 14 février, il se fit, du côté du couchant du port, une ouver*

■**■* ture par laquelle il sortit avec impétuosité une prodigieuse quantité

de morceaux de glaces, qui furent poussés outre le port et le Seyoo,

au point qu'il s'en fit du côté du soleil levant de ce ruisseau un

monceau aussi haut qu'une maison; et il fit même une brèche au port

Il y eut aussi des amas prodigieux de glaces au bord du lac près

de Harin, depuis le Port du Mousson jusqu'au lieu qu'on nomme les

BndoBMnave- CaiUoux. Ces monceaux s'y étaient formés avant que le lac dégeifti

uSt£w^ et seulement par les ouvertures qui s'étaient faites proche des bords.

derentssse- Ces premiers quartiers de glaces furent poussés par les vents sous

"^gïï^**** des grosses pierres de cinq ou six pieds de longueur et autant de

hauteur et de largeur, et ce avec tant d'impétuosité que ces pierres,

se trouvant siu* ces glaçons, furent soulevées; les autres quartiers

de glaces qui suivirent, ayant été poussés sous les premiers, ces 1695 pierres, quoique fort grosses, furent élevées jusqu'au haut des monceaux de glaces, qui étaient d'environ vingt pieds de hauteur, et ne redescendirent sur terre qu'a mesure que la glace se fondit, ce qu'on regarda comme un prodige. Enfin, le lac dégela entière- Dé^eidniae. ment dans la nuit du 28 février au 1" mars. Cependant, la naviga- Nayi^ation tion ne laissa pas que d*étre encore dangereuse, à cause de ces gros ***»««'«'»^quartiers de glace qui venaient se heurter contre les bateaux.

Le lac de Neuchfttel avait déjà été gelé aux années 1420, 1515 Epoques où le et 1573. uc» été gelé.

Le 23 février 1695, LL, EE. de Berne écrivirent une lettre Lettre de ll. au gouverneur et conseil d'Etat, au sujet du procès que M. le prince i^^etdu^de Conti avait intenté à Paris contre Mad. de Nemours pour la suc- ces du prince cession de M. l'abbé d'Orléans. LL. EE. les avertissaient q«e, ^Jj^°^^^^ quoique cela ne regardât pas le comté de Neuchâtel, qui a son juge monn. dans TEtat, cependant elles tâcheraient de prévenir les suites fâcheuses que ce procès pourrait avoir à Tégard du comté.

Le 26 février y Had. de Nemours insta auprès du conseil du inatanoedenud. roi pour obtenir la principauté d'Orange, comme réunissant et pos- p^4 obtenïui sédant tous les droits de la maison de Longueville, qui était l'héri- principauté tière de tous les biens et droits qu'avait Alix de Châlons. (V. les d'^"»"*®ans 1416 et 1419.) Mais cette principauté ayant été remise, par arrêt du 9 décembre 1688, au comte d'Auvergiie, ma dite dame fut con- BUee^^é-

.,,,,. ' ^ ® ' botttéedesade-

damnée a la laisser a ce comte. mande.

H. le prince de Conti travaillait de son côté à faire juger la Le prince de vaUdité de son testament par-devant la Chambre des requêtes du S^î^fJ^wi^u Palais. Par un arrêt du 16 février, il obtint la permission de faire testament en preuve des faits de prétendue aliénation d'esprit où se trouvait ^^^i^^ M. l'abbé d'Orléans lorsqu'il fit son dernier testament en 1671 en de ceini tut en faveur de Mad. de Nemours. C'est pourquoi cette princesse présenta '^de Nemoî«f aussi, par MM. Baille et Chardon, ses avocat et procureur, deux requêtes à la dite Chambre, pour s'opposer à ceUe du prince. Par la première, datée du 22 janvier, elle demandait main levée pure et simple des empêchements formés aux fermiers des terres de St. Brie et autres, afin qu'elle pût en retirer les rentes; par la seconde, en date du 15 mars, elle demandait que le dit prince fût débouté de sa demande du 16 février. Mais eUe n'obtint ni Tune ni l'autre des fins de ces requêtes, en ayant été déboutée par sentence du 29 mars (nouveau style).

Le 18 octobre , Guillaume-Henri de Nassau , roi de la Grande- Teitament de Bretagne, fit son testament, par lequel il instituait héritier de *otis j^||J^^^*|^ ses biens et états Jean-Guillaume de Nassau, gouverneur de Frise, la Gnuide Brequi était de la ligne de Dietz et fils de son cousin-germain Henri- ^"^^ Casimir de Nassau, lequel avait épousé Amalie, princesse d'Anhalt,

UVRE IL 316 CHAPITRE XIY. — HABIE D'ORLÉAT^S,

1695 et était fils de Gaaiaume-Frédéric de Nassau de Dietz, et d*Alber* Donation en tîne-Agnès, sœur de Louise de Nassau, mère de Frédéric-Guilteïff ^Bnmde- '*"°^ ^"' luarquis et électeur de Brandebourg, depuis créé roi de bonrg des com- Prusso et, eusuito des sentences des Trois-Etats en l'an 1707, souteîrt vaJjffl^" ^^^^^ prince de Neuchâlel et Valangin. Une pièce du procès foi la donation que le même roi Guillaume lui avait faite des comtés de Neuchâtel et Valangin le 26 octobre 1694, comme au plus proche héritier de la maison de Nassau-Châlons.

Arrêt du con- Le consoil de ville de Neuchâtel voyant que Madame de Nemours ^ ^*r"iei«i ^^'' ^^J^ BBsez avancée en âge et qu'après sa mort il y aurait de QoatreMini- grandes révolutions, rendit, le 2 décembre, un arrêt qui bornait le !ÏÏ^T^te-Et«S pouvoir des quatre juges du tiers état que la ville a le droit de que rorgane de uommcr et qui dans les causes qui regardent la souveraineté, sont ^de^c^e^w^."* ordinairement les Quatre^Hinistraux. Cet arrêt porta que, lorsque le cas se présenterait, ces quatre juges seraient obligés de suivre le sentiment qui aurait prévalu en plein conseil de ville, sans pouvoir faire usage de leur sentiment particulier. Ainsi les Quatre-Ministraux ne sont en ce cas que les organes de la délibération du Conseil de ville, et ce rapport, fait par les quatre maîtres-bourgeois, vaut quatre suffrages, à raison de ce que la ville ou le conseil de ville coonpose le tiers état; et depuis lors, ces quatre maîtres-bourgeois soot Motift de cet obligés de jurer qu'ils se conformeront à cet arrêt. Cette résolution r^ortôi^ fut prise par Tavis qu'en donnèrent LL. EE. de Berne ou leurs de LL. ££. de députés qui étaient alors à Neuchâtel, et qui firent sagement observer ^^"^^' qu'il ne convenait pas de donner à quatre membres du conseil un si grand pouvoir, au préjudice de l'opinion du corps en général et contre la volonté du petit et grand conseil dont ils ne sont proprement que les délégués.

Madame de Nemours ayant pardonné à la plupart de ses ennemis

du passé qui s'étaient opposés à ses desseins, et en ayant même

établi quelques-uns dans les premières charges de l'Etat, ne laissa

Reuentiment pas quo de témoigner son ressentiment à l'égard de plusieurs autres, et

deMad. de Ne- particulièrement envers M. David Girard, pasteur de l'éfflise deNeu-

mours contre le *^ ' "^ ® , ,

miniitre Gi- châtel, hommc savant et éloquent, qui avait desservi avec réputation

'**^* l'église de cette ville dès Tan 1661 et qui, à cause de ses rares

talents, avait été anobli par lettres patentes de Madame la duchesse

de Lon^eville, en date du 20 août 1673. Quoiqu'il eût de très grands

dons et qu'il fût fort aimé, la princesse fit de si grands efforts

contre lui, qu*elle vint enfin à bout de le priver de son église

D'oa provenait (V. l'an 1699). D avait prêché contre eUe et contre ses prétentions

^ m^** ^' tendaient à détrôner son frère et à mettre la dissension dans

les familles pendant qu'elle séjournait à la Neuveville et qu'elle

cherchait l'occasion et les moyens d'entrer dans le pays. C'est ce

que cette princesse n'avait jamais pu lui pardonner. Les afficlés de

la princesse épousèrent tous son parK contre M. Girard, et ayant 1695 résolu sa ruine, ils employèrent des amis qu'ils avaient dans la compagnie des pasteurs pour lui tendre un piège, en les sollicitant Piég« qui lui de faire rendre, par leur crédit, une défense à tous les ministres ®**^"^"du pays de porter aucune chose politique en chaire. C'est qui arriva , quoiqu'on n'eût jamais fait une semblable défense auparavant et qu'on n'en ait plus fait depuis lors et que chacun vît évidemment que cela ne tendait qu'à surprendre M. Girard; car il était facile d'interpréter en pire ce qu'il avait dit à bon dessein.

H. Girard ayant été accusé d'avoir transgressé cette défense, sa suspension. la compagnie des pasteurs le suspendit de ses fonctions pour six ^* ^ ^^^^^ semaines; cette suspension fnt levée par la classe le 6 novembre 1695. Le conseil de ville n'ayant pas voulu consentir à sa destitution, on l'accusa de nouveau d'avoir porté des choses politiques en chaire les dimanche 10 et 17 novembre qui suivirent immédiatement n est roi^et de son rétablissement, et on résolut de l'attaquer une seconde fois, i^ouveues atta-

La compagnie des pasteurs étant assemblée le 4 décembre, le Le ^ttremeor gouverneur de Stavay-Montet fil appeler le doyen et les jurés; **,*^°Î!L^ ceux-ci s'étant rendus au château, il leur annonça que la princesse et m fait mw avait eu la bonté d'accorder 300 francs de rentes annuelles et per- donation, pétuelles pour bonifier les quatre moindres cures de l'Etat, et que la classe pourrait les distribuer comme elle le trouverait à propos ; mais il ajoutait que la princesse s'attendait que la compagnie lui Déeianitton an ferait justice contre M. Girard. La classe fit le partage de cette ^^1^^^ somme: elle adjugea 120 francs au ministre de Bôle, 80 francs à s^attendàce celui des Ponts, 60 fr. à celui de la Côte-aux-fées et 40 fr. au^*^ '"* ^

' Jnsoce contre

diacre de Motiers. Le même jour, 4 décembre, la classe prit la ré- oiraid. solution d'envoyer deux députés au conseil de ville pour se plaindre de M. Girard au sujet des deux premiers prêches ci-dessus, du 10 et du 17 novembre.

Ces deux députés furent, le 16 décembre, entendus en conseil, Le conseil de qm, sur leur exposé, ne rendit pas un arrêt selon leur gré. Â/^'^t^^^^ fiit arrêté qu'on dirait à M. le doyen ou aux députés, que le con- Girard, seil était très satisfait de M. Girard, qu'il n'avait prêché que la pure parole de Dieu dans ses deux sermons du 10 et 17 novembre, selon son texte, sans avoir rien dit contre les autorités souveraines, m contre le gouvernement présent. Cette réponse apaisa alors l'orage, mais il s'en éleva un bien plus furieux quelque temps après, comme on le verra dans la suite.

Le conseil de ville, considérant que le temple de l'hôpital était sésoiutionde trop petit, prit la résolution d'en bâtir un plus grand. On se pour- ^^^"i^à vot de matériaux pendant l'hiver, et on le construisit l'année sui- Nenchâiei. vante. La place du temple à l'hôpital fut répartie en chambres, pour

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1695 loger plus commodément les pauvres, et ane partie servit d'wêenâ SSîStoSi^ptedêpour les canons et les armes, potuts^de ôoQ- Le conseil de ville donna les points de coutume suivanla:

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