LIVRE II. 368 CHAPITRE xiv. -- marie d*orléans
1699 Après la mort de Léonor d'Orléans, arrivée à Blois an mois d*août 1573,
Jean-Jacques de Bonsietten continua sa fonction de gouverneur jusqu'en Tannée 1576 qu'il mourut.
Après la mort de Henri d'Orléans Ile du nom, arrivée en 1663, Jacques d'Estavay continua la môme fonction jusqu'en l'année 1664 qu'il mourut.
Après la mort do Charles-'Paris d'Orléans, comte de St^Pol, arrivée au mois de juin 1672, François-Pierre d'Affry continua les fonctions de sa cbarjre jusqu'à ce que Madame de Nemours ayant obtenu par patentes du Roi la régence de l'Etat, elle le destitua de sa charge de gouverneur. A la vérité, Mad. de Nemours ne voulut pas lui déférer, non plus qu'aux Etats, la connaissance de son différend pour la souveraineté avec M. son frère, dernier souverain, et elle aima mieux se soumettre au jugement arbitral du Roi , qui en décida par set patentes du mois d'août 1674, lesquelles furent pleinement exécutées à Nenchâtel sans opposition ; mais il est toujours vrai que le sieur d'Affry continua toiiûonrs les fonctions de sa charge.
Joseph-Nicolas d'Affry se trouva gouverneur lors de la mort du dernier souverain, arrrivée le 4 février 1694. Tous les corps de l'Etat et les cantons alliés le reconnurent tel. Le droit et l'usage voulaient qu'il continnAt »e9 fonctions; mais Mad. de Nemours, MM. de Berne et quelques particuliers de Nenchâtel vonlaient établir une nouvelle espèce de gouvernement pour empêcher que M. le prince de Conti ne fût souverain de Neuchâtel. Les raisons en sont assez connues; ils craignaient que le gouverneur n'éclairât de trop près les pratiques qu'ils voulaient mettre en usage pour parvenir à leurs fins.
Le principe de ce gouvernement se trouve fondé sur trois lettres de Mad. de Nemours des 5, 8 et 19 février 1694, dont la anscription était A MËL du Con- $eU d^Eiat, sans faire mention du gouverneur.
La première de ces lettres fut apportée et remise au sieur Guy, doyen dn Conseil d'Etat, par le sieur Chéri, écuyer de Mad. de Nemours, accompagné des sieurs Petitpierre et médecin Chevalier. Par cette lettre Mad. de Nemours donne ordre aux conseillers d'Etat de ne plus reconnaître le gouverneur et de s'assembler sans lui. Les deux autres lettres confirment la première. Les conseillers d'Etat obéirent aux ordres de Mad. de Nemours.
Cette princesse étant arrivée à Pontarlier, sur la frontière de Neuchltel, fit trois choses: elle fit connaître qu'elle avait créé le sieur Petitpierre chancelier, ce qui paraît par une lettre qu'elle donna ordre au sieur Baron, son contrôleur, de lui écrire le 6 mars 1694, dont la suscription est: A,-M, PetitpUrre, ckance^ lier à Neuchéfel.
Le sieur d*Affry, châtelain de Vautravers, étant allé au devant d'elle à Pontarlier, suivant ses ordres, pour la complimenter, elle ordonna au sieur de la Platière, gouverneur de cette ville , de dire au sieur d'Affry de ne plus entrer dans le comté de Neuchâiel.
Elle envoya deux ordres, dont le dernier est signé de sa main, au gouverneur de Nenchâtel, de sortir du château et du comté. Après avoir ainsi déplacé les personnes qu'il lui plut, les conseillers d'Etat s'assemblèrent, tfus la participation du gouverneur; ils ordonnèrent la convocation des milices pour l'entrée de Madame de Nemours, suivant ses ordres portés par ses lettres; ils ordonnèrent encore la convocation des Trois-Etats, et elle fut faite sans la participation du gouverneur ni de son ordre, contre tout droit et usage.
Le conseil d'Etat a ainsi subsisté jusqu'à ce que Mad. de Nemours ait été investie de la souveraineté; elle y a ensuite ajouté un gouverneur, un lieutenant; et depuis qnelques mois le sieur Bouret, son trésorier, et M. de Rothelin y ont pris place.
Il faot dire à prêtent en qnoi MM. de Beroe et ces particuliers de Nencliâtel 1699 ont coopéré à établir ce gouvernement.
Le 3 mars 1694, les sieurs Willading et de Wattenville, députés de Berne, arrivèrent de Berne, accompagnés du secrétaire Gros; ils présentèrent au sieur Guy, doyen des conseillers d*Etat, une lettre, dont la suscription était Au doyen €i Conseil <fEtai de Nevehélel, sans parler du gouverneur. Le sieur Guy rapporta néanmoins au gouverneur^ et il l'ouvrit en sa présence.
Quelques jours après, les disputés des quatre cantons alliés, assemblés pour lors à Lucerne, ayant écrit une lettre du 27 février 1694 dont la suscription était A Meetiewre h gowpemeur et Conseil d^Eiai, et cette lettre exhortant entre antres eboses de ne point s'engager daas une dangereuse dérision, crainte qtt*il n0 s'ensuivit un mal comme irrémédiable, le gouverneur envoya le sieur de Grandcour, conseiller d'Etat, aux députés de Berne àlNeuchâtel, pour leur re* présenter que les députés des quatre cantons alliés lui avaient adressé leur lettre et l'exhortaient d'éviter la division, et qu'il les priait de lui faire savoir pourquoi Messieurs de Berne, distinguant leur conduite de celle des autres alliés et de leurs députés mêmes k Lucerne, avaient écrit une lettre Au doyen et Conseil d^Etat, sans parler de lui dans la suscription, et par ce moyen voulaient introduire une division de chef avec ses membres, dans laquelle leurs députés et ceux des autres alliés l'exhortaient de ne point s'engager. Le sieur Willading répondit d'un ton fier au dit sieur de Grandcour qu'il le trouvait bien hardi de se charger de pareilles remontrances, et qu'il devait penser qu'il était vassal du canton de Berne.
L'auteur de ce mémoire ajoute encore que M. Willading avah témoigfné dans des conversations particulières qu'il ne convenait pas à son canton d'avoir un prince de sang pour un de ses bourgeois; qu'il concerta avec des particuliers de Neucbâtel la manière dont ilj5 formeraient la sentence d'investiture; qu'ils levaient ôté du conseil tous ceux qui pouvaient les contredire, et qu'ils firent prendre une délibération dans la cooumssion du conseil de ville, par laquelle les Quatre-Hinistraux qui devaient assister aux séances convinrent de sertir et d'interrompre l'assemblée , en cas qu'on ne jugeât pas valables les récusations qui devaient être faites des juges étrangers, comme M. le baron de Grandcour, etc. Enfin Tautenr ajoute que sitôt que la sentence d'investiture fut prononcée, quoique contre toutes les règles, le sieur Willading qui était présent à l'assemblée fut tellement satisfait de son ouvrage que,. parlant de l'abondance do cœur, il ne p»t s'empêcher de dire tout haut: VMà une botm€ sentence, il fami ÔOfiOO hommes pour la déêmire. Il en revient à un correctif convenable, sur hi fin de son ouvrage; il y dit que Ton n'aurait pas articulé les discours de M. Willading tenus en public et dans des conversations particulières si l'on n'en tirait des avantages pour M. le prince de Conti, qui d'ailleurs est persuadé de la probité et de la droiture dhm Blat aiiasi recomnandaMe que celui du canton de Berne, et qu'il s'est trouvé dans cet iHustre corps plusieurs sénateurs qui n'ont pas fait difficulté de dire que les discours qui ont été tenus par quelques particuliers, n'étaient pas du goût de leur République.
AMWALES DE BOTVE. TOME lY. 24