LIVRE n. 406 CHAPITRE Xl¥. — ^ MARK D- ORLÉANS
1699 malgré eHe ceux qu'elle avait auparavant destitués; elle cmt qu'elle pourrait plus facfleinent sévir contre un ministre, se flattant que le roi, qui faisait pendre les prédicahts dans le royaume de France, ne les soutiendrait pas comme il avait soutenu les quatre maires et officiers qu'elle avait été obligée de rétablir. C'est pourquoi on attaqua ce pasteur qui avait desservi Féglise de NeuchAtel depuis trente-huit ans. Il est vrai qu'il avait renouvelé les plaies qu'il avait faites à Madame de Nemours lorsqu'il soutenait les iatérèts de M. l'abbé d'Orléans contre elle en 1673 ; car 9 était un de ceux qui avait signé l'acte en faveur du prince de Conti. Voici comment on reprit les errements de la procédure dirigée contre lui em
Le oonseu de La compagnie des pasteurs avait défendu quel<pies années aupaà la^cij^equHi ^avaut à tous Ics ministres de l'Etat de porter des choses politiques
soit changé, en chaire (V. l'an 1695). M. Girard ayant &it paraître beaucoup de
*hi«tance. * chaleur, dans un sermon qu'il Ct le jour de Pâques, le conseil de ville, qui avait changé de sentiment depuis l'an 1695, prit de là occasion d'envoyer des députés à la classe pour demander un changement et que M. Girard leur fât ôté. Le banneret Henri Chambrier, qui était à la tête de cette députation, porta la parole, et comme
Répoiuede M. Girard était présent, il répondit que ses collègues avaient porté plus de choses politiques en chaire que lui; que son discours n'avait contenu que des exhortations à la paix et à la réunion, à éviter les désordres et à se bien entretenir avec les Etats voisins; qu'il croyait que chaque pasteur pouvait et devait faire ces exhortations.
n demande u djt encore qu'il demandait qu'on fit une visite de l'église de la d'église, manière que cela avait lieu dans le reste du pays, où tous les paroissiens qui ont communié peuvent librement dire leur sentiment, et qu'il paraîtrait par là que son église était contente de son ministère ; qu'il ne reconnaissait pas le conseil de ville seul (où il y avait une cabale contre lui) pour Téglise, puisque le dit conseil n^en failli ciaue ac- sait qu'une petite partie. La classe néanmoins passa outre et accorda le o^wgement au conseil de ville le ciiangement par lui demandé, piosieîwi bour- Peu après il y eut soixante à quatre-vingts bourgeois qui se ren-
geois s intéreS" •. • . ■ . .■ ..
sent en sa fk- dirent devant la porte du conclave, où la compagnie des pasteurs s'assemble, pour redemander leur pasteur, qu'ils assuraient leur être fort agréable et qu'il les édifiait très bien. Ils priaient MM. de la vénérable classe de vouloir leur accorder leur demande, puisqu'on voyait bien et évidemment que ce n'était qu'à cause du parti qu'il soutenait qu'on l'attaquait et que cela ne regardait point son ministère. Mais on ne fit aucune réponse à ces bourgeois, et le conseil de ville leur défendit de se plus assembler.
Départ de Mad. Madame la duchesse de Nemours partit de Neuchâtel quelques "'*' jours après qu'on eut porté ces plaintes contre M. Girard, savoir
le 22 mai; elle avail défencki publiquemenl en partant de le destn 1699 tuer et qu'on lui fît Aiire aucun nal, ni qu'on usât d'auoun ressentiment contre qui que ce fttt. Tout cela n'était qv'nne feinte pour se disculper auprès du roi ; car ses afBdés connaissaient bien ses vé«* ritables sentiments.
Au commencement du juin la compagrnie des pasteurs s'étant en- La Classe étacore assemblée, accorda le changement que le conseil de ville avait J^*^/'"^' . demandé. On arrêta qu'on donnerait à M. Girard une église à la tenr de la vine campagne; on pourvut d'abord l'église de Neuchâtel d'un autre pas- ^jJ^Gimr/" teur, et on établit en sa place M. Jean-Frédéric Ostervald, jnsqifalors diacre dfc la ville.
H. Girard n'ayant pas pu être dégradé de son caractère de ministre, on voulut lui donner une cure de la campagne, parce qu'on ne trouvait pas que le sermon de Pâques dont on s'était plaint fût un sujet suffisant pour le destituer; ses ennemis qui le craignaient crurent qu'il fallait absolument le mettre à l'écart, à quelque prix que ce fût, et pour cet effet qu'il fallait lui imputer quelque crime, ne fût-ce que quelque accusation. On chargea quelque canaille de Projetd'accnser chercher quelque fille ou femme qui l'accusât de fornication ou d'à- **' ®*'^*^* dultère, parce que dans ce temps il était très difficile de se justifier quand même on était innocent, à cause que la clame forte était encore en usage; et M. Girard n'était plus dans un âge' à la soutenir.
On eut bientôt trouvé ce qu'on souhaitait. Une certaine Madeleine Madeleine Loup, de Montmagny, bailliage d'Avenches, s'étant offerte pour ac-^"^*^^^^ cuser M. Girard, on l'amena à Serrières, et après qu'elle y eut été caser. quelques jours, H. Ostervald, pasteur de l'église de Neucbâtel, convoqua sur le 23 juin, qui était la veille d'une foire, le consistoire, Le consistoire où M. Girard, qui avait été cité, comparut. ^^Giiard.^
Madeleine Loup étant ensuite conviée d'exposer ce qu'elle avait AoctuatioD à représenter au consistoire, elle accusa M. Girard d'avoir eu sa po^^^^J»^^"*" compagnie, et assura qu'eUe était enceinte de ses œuvres depuis qu'elle avait été sa domestique et sa servante. A quoi M. Girard Défense de répondit qu'elle n'était pas digne de foi, qu'ele était hors de sa maison depuis seize mois, qu'il l'en avait chassé comme une larronesse, qu'elle ne pouvait agir dans cette affaire que par es^ prit de vengeance; que MM. les Quatre^MinisIraux l'avaient depuis peu chassée de la ville conune une lubrique; qu'elle avaft été par deux fois en prison à Berne; qu'il savait qu'on l'était allé chercher au pays de Vaud et que la Seigneurie avait payé sa dépense; qu'il voyait bien qu'on la favorisait, puisqu'on la faisait seoir honorablement en plein consistoire , ce qu'on n'avait jamais vu pratiquer à l'égard d'une impudique et pas même à l'égard d'une femme d'honneur de quelque qualité qu'elle fût, ni d'aucune personne qu'on cite
M. Girard.