CHAPITRE XV. — DE l'interrégne bb 1707. 497 IXVDE IL
l'abondance dans le pays? Ils peuTent attendre tont cela de S. M., et c'est à 1707 quoi elle pourra beaucoup mieux destiner les dépenses nécessaires que les au* très prétendants.
Mais S. M. n'en demeurera pas là (et Toici ce qui la distingue encore éminem* ment): elle sait que la Principauté de Neufchâtel est si étroite et si peuplée qu*il y a toujours un grand nombre de personnes qui ne peuvent pas trouver à s'y occuper; elle sait qne pour la plupart ils vont chercber ailleurs, souvent peu utilement, à faire valoir leur industrie; elle voit que rien ne serait plus important pour eux que de leur donner des ouvertures et des moyens pour cultiver leurs talents et pousser leur fortune. Là dessus, attentive à tout ce qui peut faire leur commun bonheur, S. M. n'a pas hésité à se déterminer de leur ouvrir les ressources qu'Elle a jugé leur pouvoir être les plus nécessaires et les plus avantageuses. Voici ce qu'elle s'est proposé de faire :
Premièrement, pour favoriser l'éducation des enfants de bonne famille, prin- Education des cipalement de celles qui ont besoin d'être soulagées dans la dépense, S. M. en leunes gens, aura toujours un certain nombre élevés à sa cour en qualité de ses pages.
De plus S. H. ayant aussi fort à cœur l'éducation des gens de lettres, déclare qu'Elle veut en user de même tant à l'égard de ceux qui étudieront en droit et en médecine qu'à l'égard de ceux qui étudieront en théologie, et qu'Elle en entre* tiendra toigours un certain nombre dans chaque faculté.
D'aiHeurs S. M. remarquant que les peuples de Neufchfltel et Valangin ont l'humeur martiale, aimant naturellement les armes, et que c'est aussi à quoi se vouent le plus souvent ceux qui sortent du pays, nonobstant les difficultés qu'ils trouvent à s'avancer, S. M., qui veut seconder l'inclination de ces peuples belliqueux, a résolu d'élever et d'entretenir toigours sur pied à une bonne solde un ou deux régiments, qui seront entièrement composés d'honunes de ce payslà, sans que d'autres y puissent entrer, afin que les braves gens, autant qu'il y en aura dans la Principauté^ qui voudront suivre les armes et s'y pousser, en ayent les occasions et les moyens favorables.
Enfin, s'il y a des gens qui ne puissent ou qui ne veuillent pas se prévaloir invitation à de toutes ces ressources fixes, en voici de générales, dont il ne tiendra qu'à s'établir dans eux de profiter : c'est qu'ils pourront se procurer tous les autres établissements ^^ ^^ ^^ qui leur conviendront le mieux, en tels endroits qu'ils jugeront k propos> dans les Villes, Terres et Pays qui relèvent de S. M. pour y faire valoir leurs talents» chacun dans la science, l'art, le métier, le négoce, la profession qu'il exercera;, en un mot, ils pourront compter que tous les pays de S. M. leur tiendront lieu d'une second^ patrie, puiqqu^, par la faveur et protection dont ce grand prince voudra bien les honorer, ils n'y goûteront pas moins de douceur et de liberté que dans leur pays natal, et qu'ils y trouveront même de plus grands avantages. Peut-on s'en promettre autant du cOté des autres prétendants?
On n'insistera pas plus longtemps à faire voir qu'il n'y a personne qui puisse contester à S. M. le Roi de Prusse la préférence touchant l'inclination, la puissance et les moyens de rendre heureux les peuples de ce Pays. Mais comme on pourrait dire qu'on ne leur a montré jusqu'ici les objets que du beau cêté, et qu'après leur avoir: étalé le. bonheur qu'ills auront à espérer souf le règne de ce monarque, s'ils l'ont pour souverain, on doit examiner d'un autre cêté si ce bonheur serait solide et s'ils n'auraient rien à craindre de contraire: c'est ce qu'on va examiner présentement, en réfutant les illusions de ceux qui tâchent, de prévenir les peuples de cet Etat par de fausses craintes contre S. M. le Roi de Prusse.
n y a deux préjugés dont on s'efforce principalement d'obséder les esprits, Réftitationdes Le premier roule SUT les ressentiments qu'on aura (dit-on) à craindre de la part.P|^"**»°®''*" de la France, principalement dans les cas de rupture entre Elle et l'Empire, si ^cÏÏîSing,
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lAVftB U. 498 CBAPITRE XV. — DE L*IIfrERRÈGNE DE 1707.
1707 l'on reconnaît dans l'Etat de Neufchâtel le Roi de Prusse pour souverain. Haif NeuchAtel ce prétexte de crainte s'évanouit de soi-même, dès que Ton considère que cet a toivfoars été Etat est notoirement reconnu pour être une partie de la Suisse, tant par se sireoonnn pour hjh^^qh q^^ par ses alliances avec quatre Cantons qui le mettent au rang de truite de U oo-alliés de la Suisse; que ces alliances en particulier font la sûreté de ce pays, Suisse. puisque Ton ne pourrait pas Tenvahir sans se brouiller avec ces quatre Cantons, qui sont des principaux de la Suisse, et qui ne pourraient ni ne voudraient point le souffrir; que les autres Cantons non alliés de TEtat de Neufchâtel l'ont toujours avoué et reconnu pour membre du Corps Helvétique en diverses occasions ; témoin la lettre au duc de Guise, gouverneur du Duché de Bourgogne, touchant les péages et les droits d'entrée en France ; témoin l'Acte de la reddition faite à Madame Jeanne de Hocbberg de l'Etat de Neufchâtel ; témoin aussi la sentence rendue i la Diète de Baden touchant Valangin; témoin encore l'ioclusion de Neufchâtel dans tous les traités d'alliance que les Suisses ont faits en divers temps avec les Puissances étrangères, et particulièrement avec la France; témoin enfin la communion où les Eglises de Neufchâtel ont toujours été et sont encore avec les Eglises protestantes de la Suisse, et en particulier l'intérêt que la Diète évangélique d'Arau prit à l'afEaire du ministre Girard l'an 1699. A quoi l'on peut ajouter que Neufchâtel a toujours été reconnu au dehors pour membre du Corps Helvétique par son inclusion en cette qualité dans divers Traités de paix, nommément en celui de Rytwick, et parce que les gens de Neufchâtel ont toujours servi comme Suisses, tant en France qu'ailleurs.
L'Evéque de Bâle est Prince de l'Empire, la plus grande partie de ses terres est hors des limites de la Suisse et par conséquent exposée è l'invasion de la France; d'ailleurs elles sont incontestablement fief de l'Empire, et c'est pour cela que ce Prince contribue aux charges de l'Empire, même pour la guerre présente contre la France. Cependant il vit en paix et en sûreté avec ses sujets, à l'abri de Falliance qu'il a avec les Cantons catholiques. C'est encore ainsi que la Franche-Comté s'est conservée si longtemps dans la neutralité, nonobstant qu'il y eût guerre entre la France et l*£spagne, parce que les Suisses étaient garants de cette neutralité. Et qui ne sait que cette Province ne serait pas aujourd'hui à la France, si les Espagnols avaient voulu faire en Suisse les démarches nécessaires pour conserver cette neutralité? Aussi l'Etat de Neufchâtel a toujours été tranquille pendant que l'Espagne a possédé la Franche- Comté, même dans le temps que cette courotine était la plus puissante et la plus redoutable, et qu'elle faisait trembler l'Europe; ses armées ont passé et repassé plusieOrs fois le long des frontières de Neufchâtel sans y faire aucun mal, quoiqu'elle fût en guerre avec la France et que les ducs de Longueville commandassent ou servissent dans les armées françaises, même dans la Franche- Comté, sans que cela ait en rien altéré la paix qui régnait entre cette Province et l'Etat de Neufchâtel. Bien plus dans ce temps là 6n a vu les Franc-Comtois, fuyant aux approches de l'armée de France, se réfugier dans l'Etat de Neufchâtel au vu et au su du duc de LongueviHe, qui ordonna même à son gouverneur et au conseil d'Etat de les recevoir favorablement, tant il est vrai qu'il y avait de la différence à faire entre un Duc de Longueville et un Prince de Neufchâtel, entre un général français et un membre du Corps Helvétique; les Français et les Espagnols étant également persuadés que l'Etat de Nedfbhâtel devait toujours suivre le mouvement et le branle du Corps Helvétique, puisqu'il en fait partie : de sorte que le Roi de Prusse devenant Prince de Neufchâtel n'aura qu'à confinner et renouveler les alliances que cet Etat a déjà fait avec quatre Cantons pour le mettre dans une entière irûreté. Or c'est à quoi S. M. est tout à fait disposée, et même à étendre ces alliances, à les amplifier, et en faire de nouvelles, s'il est à prepos, soit avec les Treite Cantons, soit, en tous