DUC DE L0N6UBVILLE. 133 LIVRE H
divisibles en eux-mêmes, si est-ce que sans diviser le corps du 1664 fief, clncan d*eux en particnlier en retient le titre, et ils en partagent quelquefois les fhiits, et quelquefois ils en retiennent Fusage et Tadministration alternativement l'un après Tautre, ou d'autres fois, quand fl y a divers lieux dont les juridictions sont distinctes et séparées, ils les partagent entre eux, sinon que le droit d*a!nesse y ait été formellement introduit, ou qu'ils ne soient convenus d'administrer conjointement la justice.
„Je réponds i tout cela que l'Empire et la maison de Chftlons n^ayant plus aucun droit sur le comté de Neuchâtel depuis un temps immémorial, et que les comtés étant dès lors souverains, comme on Ta prouvé ci-devant, c'est une chose absurde de soutenir que les comtes n'ont pu introduire indivision du comté sans le consentement de ceux qui n'y avaient aucun pouvoir. Et quand même on supposerait qu'ils auraient encore été seigneurs d'arrière-fief, leur consentement n'aurait point été nécessaire, celte indivision ne leur causant aucun préjudice, mais plutôt de l'avantage, en tant qu'en rendant le fief indivisible, on le remettait dans sa première nature, bien loin d'y apporter du changement. On ne saurait partager, en effet, sans causer de grands préjudices à l'un et à Pautre en même temps, car les choses s'affaiblissent en les divisant, au lieu qu'elles deviennent plus fortes en les ramassant ensemble; comme Scillurus le fit connaître à ses enfants par la comparaison du faisceau de flèches qu'ils ne purent rompre tant qu'elles furent jointes ensemble, et qu^ils brisèrent facilement dès qu'elles furent séparées; ainsi les forces du prince et de l'Etat se diminuent en les partageant, et leur feiblesse les expose à la violence de leurs ennemis, au lieu qu'ils se rendent puissants et redoutables quand ils demeurent dans leur entier. D'autre part la conununion dans laquelle on pourrait laisser un même Etat entre deux itères, comme on l'a pratiqué en quelques lieux d'Allemagne, choquerait la nature de la souveraineté et serait préjudiciable pour le public. Un souverain doit non seulement être au-dessus de tous ses sujets, mais il ne doit point avoir d'égal dans son Etat, autrement il n'y serait phis souverain, puisqu'il s'y rencontrerait une personne dont l'autorité pourrait restreindre la sienne et Pempêcherait d'agir, en quoi il cesserait d'être souverain et deviendrait sujet en quelque sorte, l'autorité souveraine ressem^ blant i une couronne qui n'est plus couronne quand on l'a divisée. Mais il y aurait de bien plus grands inconvénients pour tout l'Etat en général; car il est impossible que l'on puisse bien obéir à deux maîtres en même temps et les reconnaître également, à cause du peu d'amitié qui se rencontre ordinairement entre deux compétiteurs; cela causerait une infinité de désordres: ce que l'un voudrait né plairait pas à l'autre, et cette contention perpétuelle empêcherait