SUR LA. CRITIQUE. XXXT
que celui que l'on trouve dans ces beaux vers :
En vain contre le Cid un ministre se lij^ne ;
Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue, etc.
Si Coileau s'est plus étendu sur les louanges de Racine, c'est qu'il étoit son ami; mais il n'en a pas moins rendu justice au génie de Corneille. Il est vrai qu'il a relevé quelques-uns de ses défauts. M. de \'oltaire qui, dans ses commentaires sur Corneille, critique assez durement ce grand homme , tandis qu'il accable Racine d*éloges , sera-t-il placé pour cela , par M. Marmontel au rang des critiques subalternes? Mais Roileau a blâmé Quinault ! Ce reproche tant de l'ois répété paroitra bien injuste à ceux qui savent que les criliques de Boileau tombent principalement sur les tragédies de Quinault, qui sont, en effet , de très -mauvaises pièces. D'après des raisons aussi évidentes, on ne peut s'empêcher de conclure qu'il n'y a que le bas peuple des critiques qui puisse refuser à Boileau les vues et les lumières d'un critique supérieur. Cependant M. Marmontel pousse l'injustice jusqu'à lui refuser même le talent poétique. Et comment Boileau , s'écrie-t-il , qui a si peu imaginé , auroit-il été un bon juge dans la partie de l'imagination? Il paroit que , dans cette partie, M. Marmontel est lui-même un assez mauvais juge, et qu'il n'a pas su apprécier le mérite du lutrin , ce poëme charmant , ouvrage d'une imagination riche et féconde, qui du fonds le plus ingrat a su tirer les plus heureux détails. Qu'on mette ensemble toutes les productions de M. Marmontel, ses contes moraux^ ses romans philosophiques , ses tragédies , ses opéras comitpies, on n'y trouvera pas autant d'imagination qu'il y en a dans