‹ Annales littéraires (volume 3)Chapitre 12 sur 24 · FRAGMENT D^UNE LETTRE · texte numérisé non relu

FRAGMENT D^UNE LETTRE

ADRESSÉE A M. DE LA HARPE, A LA FIN Dl.î I796.

Le discours que vous avez prononcé, Monsieur, à l'ouveiture du Lycée , en porlanlde nouvelles lumières dans mon esprit, et dans mon cœur de nou veaux motifs d'attachement aux vrais principes , m'a fait naîlje quelques réflexions que je vous soumets avec toute la timidité, et, en même temps, avec toute la franchise de la jeunesse (i).

Dans un moment où tous les principes sont confondus, où toutes les notions, soit de morale, soit de politique , sont obscurcies et ébranlées par les moyens

(1) L'auleur étoit en effet trrs-jeune, et l'on s'en apercevra bien. Il voyoil beaucoup M. de I.a Harpe ; il cansoit souvent avec lui des affaires pulirupics, et croyoit connoilre mieux la situation de ces affaires que ce grand littérateur, qui, déjà sur l'âge, n'apercevoit les clioses que du fond de son cabinet. Son défaut ('toit de ne pas distinguer les nuances, et de voir partout des Ilébcrls et de^ Chaumetles : c'est ce qu'on tâche de lui insinuer ici avec toutes les précautions imaginables.

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mêmes qui serableroient devoir les fixer et les éclairclr davantage ; au milieu de cette contradiction des langues , qui , dans les esprits les plus nets et les plus fermes , porte je ne sais quelle secousse et quel trouble funestes à la vérité, si la voix d'un homme supérieur se fait entendre , s'il s'élance de son cabinet solitaire pour proclamer dans une tribune publique les pensées qu'il a conçues dans le silence , le fruit de ses méditations devient la matière de celles de tous les hommes qui veulent sincèrement s'éclairer} et tandis que l'on ghsse légèrement sur tous ces discours et sur toutes ces feuilles où se répand une mallieureuse facilité de tous les jours, on s'arrête sur les oracles du temps , de l'expérience et de la raison y recueillis et prononcés par le génie.

Vous étiez attendu, Monsieur, depuis ces jours de consternation et de désespoir oti la raison de tous fut obligée de céder à la force de quelques - uns 5 depuis ces jours , qu'à la tête de tant d'écrivains courageux, vous aviez préparés dans une autre espérance , et qui devinrent l'époque d'une oppression appesantie isur tant d'hommes honnêtes, et sur vous, lorsqu'ils auroient dû être celle de la liberté générale (i).

Vous étiez, dis- je attendu; et l'on sa voit quelles étoient , dans celte retraite et dans ce silence que vous gardiez, les pensées qui vous occupoient : on sa voit que, peu sensible à vos propres injures, que vous avez appris à tourner en sacrifices , l'injure publique étoit le seul objet de votre méditation et de votre douleur, et que , les yeux incessamment fixés sur la pa-

(i) Le i3 vendémiaire (octobre 1795.)

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trie, vous amassiez, pour les répandre à propos, de ces grandes vérités qui éclairent , échauffent et consolent, et qui fructifient toujours dans les esprits bien préparés , lors même qu'elles ne fructifient pas dans l'administration.

Ainsi se réjouissoient, dans l'espoir de vous entendre ou de vous lire, et ces hommes estimables qui , capables de concevoir de bons senlimens, ne sont pas aussi capables de s'en rendre compte, et ceux qui, capables de concevoir des pensées justes et vraies, aiment à les voir confirmer par une autorité imposante, et, je le dirai, dût-on murmurer encore, ces âmes pieuses qui s'entendent maintenant si bien avec la vôtre, et qui , dans ces temps malheureux oij elles déplorent tant de pertes, se félicitent au moins de la conquête d'un grand courage et d'un grand talent.

Pourquoi suis- je réduit à ne parler d'elles qu'avec une sorte de précaution? Ont-elles déjà perdu cet intérêt tendre qu'elles s'étoient concilié après la délivrance de thermidor ? ou serions - nous semblables à ces navigateurs timides et légers qui , après la tempête , se jettent à genoux sur le rivage , et bientôt oublient le Dieu qui les a sauvés ?

Je ne veux, Monsieur, ni le dire, ni le croire, et je suis loin de prétendre rejeter sur tous les torts ou les erreurs de quelques-uns; mais pendant qu'une portion considérable du public hâloit par ses vœux le moment oii vous deviez reparoîlre à la tribune du Lycée , quelques hommes sembloient voir avec peuie qu'un élève , disoient - ils , de Voltaire fût revenu à cette religion que Voltaire a combattue pendant soixante ans; puis, abusant de certaines épithèles qui

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caracléii6enl plutôt ce que la piété peut avoir de folble dans les esprits pusillanimes, que ce qu'elle a de sublime dans les esprits élevés, ils se plaignoient , non sans affectation, qu'un si beau talent se perdît dans la région des spiritualités.

Rien n'étoit capable de vaincre leur prévention ou réelle ou simulée; ni le souvenir de tant d'écrivains à jamais illustres, qui ont joint aux lumières du génie celles de la religion ; ni l'exemple de ce Fénélon que vous avez si dignement célébré ; ni celui de Racine qui a trouvé en vous un panégyriste si éloquent, et un imitateur si souvent heureux.

Si les hommes qui tenoient ces discours, et qui proféroient ces plaintes ridicules, éloient du nombre de ceux qui ne veulent ni morale ni religion , parce qu'ils ne veulent que désordre et qu'anarchie, je n'aurois pas senti le besoin de faire cette observation ; et , les abandonnant à l'exécration des siècles, j'aurois gardé le silence, de peur d'affoiblir par mes expressions et de ne rendre qu'imparfuilement toute l'horreur qu'inspirent de pareils monstres. Mais il est facile de remarquer que les idées d'ordre et de bien public ne sont pas étrangères à ceux que je désigne , et qu'avec une trop grande facilité peut-être d'oublier le passé, ils forment des voeux et des plans pour un avenir heureux et tranquille. •

Je l'avouerai même, Monsieur, quelque plaisir que j'éprouve en m'entretenant avec vous, à confondre mes sentimens avec les vôtres , et à m'honorer par cette communication, ce n'est qu'avec une sorte de répugnance et de regret que j'entre ici dans les détails de leurs erreurs.

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Ils se Irompent d'abord en ce qu'ils croient que la morale publique peut se fonder sur une autre base que celle de la religion : opinion fatale qui seroit capable de corrompre l'usage de leurs meilleurs sentimens, et de rapprocher des Hébert et des Chaumette les hommes les moins faits pour leur ressembler sous aucun rapport.

Non , Monsieur, quoique vous paroissiez l'insinuer dans une note de votive discours , ce ne sont pas des philosophes de la façon d'Hébert et de Chaumette ; les partisans de ces scélérats sont heureusement réduits au plus profond silence, et même à la plus profonde nullité : ce sont des philosophes sortis des écoles de Diderot, d'Helvétius, de Voltaire; mais si la source de leur erreur est plus élevée et plus pure , leur système en lui-même n'en est pas moins dangereux.

Ils se trompent encore en ce qu'ils croient quun esprit aussi juste , aussi droit que le vôtre a pu se détourner et s'égarer dans ces minuties superstitieuses , qui sont le délire et la parodie de la piété, comme tant de pratiqtjes révolutionnaires étoient le délire et l'opprobre de la liberté.

Mais le croient-ils bien sérieusement, et n'est-ce pas que , par de fausses préventions , ils se sont trop accoutumés à confondre la véritable piété avec la superstition, ou bien me sera-t-il permis, sans vouloir calomnier les intentions de personne, d'exposer ici quelques conjectures qui ne meparoissent par dépourvues de vraisemblance?

Le temps des élections approche , de ces élections, les seules peut-être, depuis la révolution, où la liberté aura présidé avec la sagesse, et qui porteront le vén-

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table sceau de la volonté nationale, jusqu'ici toujours ou opprimée, ou dénaturée. Déjà l'opinion les prépare, et la renommée, non plus celte renommée menteuse et perfide , l'esclave comme l'interprète des factions , qui dictoit ou plutôt qui commandoit au peuple ses choix , mais celte voix unanime qui est toujours celle de la justice quand elle est celle de la raison publique, proclame par avance votre nom parmi d'autres noms respectables. Déjà , dis - je , l'on vous appelle généralement à ce poste où votre talent étoit depuis long - temps appelé par le vœu secret de tous les hommes qui pensent, et qui , par cela même qu'ils pensent , ont été jusqu'à présent frustrés d'un droit qui leur appartient plus spécialement, celui d'émettre leur pensée.

Mais si une grande partie du public désire de voir cet esprit si lumineux , ce sens si droit et si éminemment raisonnable, cette logique si inflexible s'emparer delà tribune nationale, quelques-uns semblent craindre celle inflexibilité même comme trop incapable de composer avec aucune passion , comme trop supérieure à tous ces ménagemens qui , pourtant , il faut le dire , doivent moins coûter à la conscience et à la raison , quand ils sont nécessaires au bien général , et quand ce bien veut être amené avec une sage lenteur et non précipité par un zèle indiscret.

Aujourd'hui, Monsieur , on a tant besoin de la raison, que, dût-elle avoir des formes un peu tropsévères, et s'approcher même de la dureté par sa rigueur , ils se garderoient bien de présenter celte extrême sévérité comme un titre d'exclusion ; ils aiment mieux , plus adroits et plus fiublilfj peindre celui qu'ils veulent

exclure comme trop foible que comme trop fort , et lui imputer les ridicules d'un esprit conduit au délire par toutes les pelitesses d'une religion mal entendue , que l'accuser d'une ënergie trop peu mesurée et d'une raison trop impérieuse.

Si ces conjectures éloient fondées , si tel etoit leur artifice , ils se tromperoient encore , Monsieur , et sans doute il ne leur manque, pour êlie plus justes envers vous , que de savoir mieux distinguer l'écrivain qui, dans son cabinet , ne voit que la vérité , et d'un trait hardi de sa plume marque le but où Ton doit tendre. del'Jiomme public qui voit en même temps et le but et les obstacles , qui veut le bien et apprécie les difficultés , et qui , plus près des choses et des circonstances , sans rien perdre de son zèle , sait habilement sacrifier une partie de son enthousiasme.

L'écrivain , dans sa solitude , juge et parle comme la postérité : il se transporte au-delà de son siècle ; mais s'il est appelé à des fonctions publiques , il se jeplace dans le sien , et redevient le contemporain de ceux qui l'ont chargé d'administrer leurs affaires.

Descendu des hauteurs de la spéculation dans le sein d'une grande assemblée , vous verrez naîti-e autour de vous mille empêchemens qui s'opposeront à l'exécution des vues que vous y auiez apportées , ou qui du moins la retarderont beaucoup; et c'est ici que je me propose de développer davantage ce que , jusqu'à présent, je n'ai fait qu'indiquer.

Si les jacobins ne demandoiont , Monsieur , que le renversement de toutes les institutions sociales , si dominer sur des ruines étoit Tunique projet de ces monstres ,il est une classe assez nombreuse d'iiomnifs,

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que je ne compare point du tout aux jacobins , qui veulent réédifier sur des plans absurdes , et qui , pleins de leurs petits systèmes et de bonnes intentions , prétendent exécuter des théories inexécutables.

Non , Monsieur , je le répète , ce ne sera plus heureusement à l'avenir contre ceux que vous avez si bien nommés les destructeurs que les vraies vertus civiques auiont à lutter , mais contre ceux qui , avec des mœurs douces , des sentimens et des lumières , ont , pour ainsi dire , juré , sur les évangiles de la philosophie , d'écarter toutes les pratiques anciennes , de n'adorer que la nouveauté , et de renoncer au bon sens même , quand il est de trop vieille date. Ce sont eux qui croient que le système actuel d'instruction publique est bien préférable aux doctrines de ces maîtres illustres dont vous avez si éloquemment invoqué les ombres. Ce sont eux qui croient qu'il peut exister une morale quand il n'existe pas une religion , et qui, par les excès d'une philosophie, j'ose dire, superstitieuse , préparent, sans le soupçonner et sans le vouloir , des siècles de ténèbres , d'abrutissement et d'immoralité ; adversaires d'autant plus difficiles à combattre , que l'on ne peut pas employer contre eux cetle violence qui sied à la vertu lorsqu'elle attaque le crime, mais qui paroîtroitoutréeà l'égard d'hommes qui veulent sincèrement le bien , la paix , la tranquillité , la prospérité de l'élat, et à qui l'on ne peut reprocher que des idées romanesques de philantropie et de perfection.

Si , maintenant qu'ils sont éclairés par l'expe'iience de la lévolution comme par une torche funèbre qui ne montre aux regards que de tristes ruines et des ca-

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davres , si , dis-je , il leur falloit détruire pour rebâtir à leur manière el suivant leur goût , je ne doule pas qu'ils ne laissassent subsister ces anciennes inslitulions qu'ils calomnient , et qu'ils ne fussent disposés à faire le sacrifice de toutes leurs chimêiiques théories à la crainte des désordres et des malheurs que la destruction entraîne toujours après elle : mais entourés de décombres , sans approuver les destructeurs , ils ne veulent pas relever ce qui a été détruit ; trop semblables à des architectes insensés , qui , sur les ruines d'un palais magnifique , pouvant le reconstruire , aimeroient mieux bâtir des huttes inhabitables , mais de leur goiil , que de travailler sur les plans de Soufllot , ou de Micliel-Ange.

Telles sont , Monsieur , les difficultés qui se présenteront d'abord à vous et à tous les hommes qui pensent comme vous , dans la carrière où sans doute vous allez entrer : elles sont , poui- ainsi dire , encore voilées ; une sorte de pudeur empêche vos adversaires de se déclarer ouvertement ; ils craignent de se rapprocher trop des jacobins qu'ils abhorrent , en faisant trop tôt tourner les effets de leurs fureurs au profit des théories qu'ils chérissent ; ils craignent l'opinion ; mais bientôt , la réserve leur paroissant inutile , ils déchireront tous les voiles et se montreront tels qu'ils sont en effet , avec tous leurs plans , tous leurs systèmes , et toutes leurs erreurs.

Ce que je vais ajouter servira à mieux éclaircir les observations que je viens de présenter, et après avoir peint les faits , sans les environner de toutes les circonstances qui 1rs font ressortir davantage , j'enticrai dans l'examen de ces circonstu)ccs , et

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je ne dirai rien qu'on n'ait pu aisément remarquer.

Déjà et depuis long-lemps, Monsieur , se décompose et se dissout cette masse imposante qui, après le 9 thermidor, et pendant plus d'une année, ne forma qu'un même corps, comme elle n'étoit animée que d'un même esprit. La réflexion , qui commence dès que le sentiment se refroidit, et qui tend toujours à isoler les hommes , tandis que le sentiment tend toujours à les rapprocher , efface peu à peu la mémoire du passé, et dispose par avance de l'avenir, au gré d'une foule de petits intérêts qui se démêlent insensiblement à ses yeux. Ceux qui, en 1789, ou frappés des abus qui enviionnoient le trône , ou séduits par ces théories brillantes et ces idées de perfection que la moderne philosophie avoit semées dans tant de livres , ou poussés par cet esprit de rébellion et cet amour du changement si naturel au cœur de l'homme , ou peut-être égarés par l'ambition et la cupidité , ont voulu cette lévolution dont ensuite ils n'ont pas été les maîtres , commencent à se rappeler aujourd'hui qu'ils en ont été les premiers auteurs, et , après avoir quelque temps rejeté ce souvenir, parce qu'il avoit cessé de leur paroître honorable, semblent l'accueillir aujourd'hui par orgueil et par fierté , comme ils l'avoient écarté par honte et par effroi.

Quedis-je? plus les scènes de meurtre et de brigandage qui se sont passées sOus nos yeux ont été révoltantes, plus ils se flattent que la perversité humaine ne sauroit en donner un second exemple, et plus ils s'attachent à leurs idées , qui , suivant eux , ont fait tout le mal qu'elles pouvoient produire, et ne feront à 1 avenir que le bien qu'elles n'ont pas encore produit. C est ainsi qu'ils liienl^des mêmes causes des effets absolu-

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meut contraires, et qu'après avoir rougi, tremblé de leurs systèmes dont les conséquences avoleut été si désastreuses, ils s^en glorifient maintenant, parce que ces conséquences ont amené des malheurs tels qu'on ne peut craindre de les voir renaître. C'est donc par le nombre des têtes qui sont tombées sous la hache de Rcbespierre qu'ils sont réduits à calculer et à mesurer rer aujourd'hui la validité de leurs tliéorles, et , par une étrange combinaison , c'est sur les horribles souvenirs du passé qu'ils fondent les bienfaits de l'avenir. Il est difficile de prévoir, dans cette mobilité des événemens qui fait le caractère d'une révolution , quel sera cet avenii- sur lequel les imaginations exaltées par divers sentimens placent des espérances diverses ; mais il est aisé de se faire une idée juste du présent, et de s'apercevoir que , sous beaucoup de rapports , la révolution s'est , pour ainsi dire , repliée sur elle-même , et que la plupai t des hommes qui sont en possession d'influer sur l'opinion , soit par leurs écrits , soit par leurs discours, soit par leurs lumières , se sont replacés, par leurs sentimens, leurs passions ou leurs affections , aux premières époques de ce grand ébranlement du corps politique. On entend prononcer avec éloge, avec tendresse même, des noms qui, dans les premiers mouvemensde la révolution , s'attirèrent les premiers hommages, que l'on choisit alors pourcride ralliement, qui méritoient peut-être , je ne sais jusqu'à quel point, les adorations qui leur furent prodiguées ; mais à entendre nommer les idoles, on peut facilement juger quel est le culte.

Veuillez donc , Monsieur, vous reporter aussi, par ia pensée , à cette époque dont je parle , et , en calcu-

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lant tout ce que les circonstances présenles peuvent avoir de plus favorable à des principes plus sages, figurez - vous combien de difficultés et d'obstacles vous anrez encore à vaincre, soit pour faire relever ces établisseraens d'où couloienl, comme d'aulant de sources publiques , la doctrine et la morale , soit pour faire rendre au peuple cette religion qu'il redemande , et dont vos adversaires , fidèles à leurs premiers sermens, ont depuis long-temps juré la ruine.

Ce sont là cependant les deux bases fondamentales sans lesquelles l'édifice social , après des vacillations plus ou moins longues, s'écroulera nécessairement : ce sont les deux objets qui paroissent surtout avoir enflammé votre zèle, fixé vos méditations, et animé votre éloquence.

Je sais que plus les difficultés sont giandes, plus elles sont dignes de voire courage; que plus vos efix>rls ressemblent à des sacrifices, plus votre cœur s'applaudira de les avoir tentés ; je sais que de toutes les parties delà France vont arriver à l'assemblée législative des hommes qui , ayant entendu sans préjugés comme sans passions le vœu du peuple, et apprécié ses besoins, s'empresseront de vous seconder, et qui, sans avoir vos grands talens , auront comme vous le courage du bon sens et delà raison, et porteront, dans ces questions importantes, un tribut de vues aussi droites et aussi pures que leurs intentions ; je sais que parmi ceux qui composent aujourd'hui les deux conseils , il en est qui n'attendent que des circonstances plus favorables et des temps plus heureux pour développer des opinions qu'ils n'ont pu jusqu'ici que laisser entrevoir ^ ne sais-je pas enfin que la grande majorité du

peuple fiançais ne désire que le lélabllssemenl de l'ordre fondé sur des institutions que le temps, ce grand juge de loules les pratiques humaines, a consacrées, sur des iustilulions que Von voudroit flélrir par le nom déshonorant de préjugés , mais qui ne sont en effet des préjugés que parce que la raison qui les créa pour les faire passer, comme uti héritage précieux, de siècle en siècle, leur a si bien et si vivement imprimé son caractère , que leur excellence se sent d'abord, et prescpie sans aucun examen ?

Mais, Monsieur, qu'est-ce en effet que le peuple, dont le nom est toujours si cher à l'homme de bien , sert si souvent de prétexte à l'ambitieux, et se place avec tant d'emphase dans les périodes du déclamateur?

C'est une masse d'hommes qui jouit et qui souffre en silence , sans porter en elle-même aucun principe de mouvement et d'activité politique 5 c'est un grand coi'ps qui n'a pas le sentiment de son unité , dont on peut bien agiter quelque partie, mais dont l'ensemble reste toujours dans une sorte d'immobilité ; qui n'est collectif que par fiction , et qui demeure épars et individuel par réalité 5 qui laisse faire indifféremment le bien dont il s'applaudit, et le mal dont il gémit;qui ne se connoît que par son existence civile, sans avoir aucune idée de son existence politique; à qui l'on dit qu'il est libre, sans qu'il ose ou puisse le nier; également incapable d'apprécier et sa foiblesse et sa puissance.

Ce seroit donc vouloir méconnoître une vérité prouvée par l'expérience de toute la révolution, que d'attendre quelque secours effectif de cette force passive et morte , que la rhétorique des orateurs se plail

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si souvent à vivifier par figure, et qui , par le fail, n'a

ni mouvement, ni acliou , ni vie.

Ce que l'on appelle Topinion publique est bien quelque chose de réel; mais les difficultés mêmes qu'ont éprouvées des hommes de beaucoup d'esprit , lorsqu'ils ont voulu la définir, les embarras où s'est égarée leur dialectique, semblent déjà piouver assez que c'est une puissance équivoque et incertaine sur laquelle il n'est pas permis à la sagesse de fonder l'espérance de son succès et de son triomphe.

Si j'osoishasarder sur cette matièreabstraite quelques idées que je soumets à vos lumières , je dirois que l'on ne doit pas même donner le nom de sentiment public à cette affection générale que l'on décore si pompeusement et si faussement du titre d'opinion , et qui , sans rien avoir de la netteté analytique de l'opinion , ni de la vivacité rapide et active du sentiment , n'est en effet qu'une véritable sensation.

Comme un enfant qui ne ^;eçoit encore d'impression que par l'entremise immédiate des sens, crie et pleure pour témoigner ses besoins , et ne sait pas agir pour repousser ce qui lui nuit ou rechercher ce qui lui convient , le peuple aussi , pris collectiveraenl , n'a pour toute défense que des cris et des larmes. Mille distractions journalières le trompent à chaque instant sur les douleurs mêmes qu'il éprouve , et les scènes variées à l'infini qu'une révolution présente , ces espérances d'un jour qui succèdent à des craintes éphémères , ces tableaux rapides qui glissent devant ses regards , tiennent sa curiosité , pour ainsi dire , toujours en haleine, et lui font oublier parce vain plaisir les peines réelles qu'il endure : ainsi qu'un enfiant , au

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bruit de son liochet , passe légèrement des larmes au sourire; un mot , un couplet, une plaisanlerie , que le peuple trouve dans une feuille publique , le console et le venge ; et rexpérience nous prouve que ceux-là mêmes qui ont gardé l'attachement le plus fidèle à l'ancien ordre de choses , qui ont conseivé le plus de souvenirs douloureux , et nouirissent le plus de regrets amers , recherchent le plus aussi ces feuilles légères' et piquantes qui , sans jamais rien approfondir , ne se recommandent que par des peintures également superficielles et satiriques. Une vicloire , une défaite , le plaisir de nier et d'affirmer , de raconter et d'entendre , de se communiquer des craiules et des espérances ; cette féconde et inépuisable matière d'entretiens , de censure et de critique ; cette douceiu- pour les hommes d'un même parti de se voir , d'épancher leurs senlimens dans des conversations toujours animées ; cette haine même des brigands et des scélérats, par laquelle chacun se rend un témoignage presque continuel de la bonté de son cœur et de son humanité ; enfin celte plénitude de vie , résultat de tant d'émotions qui se succèdent rapidement et se pressent , produisent en général une diversion de lous les momens , qui empêche celte sensation publique dont j'ai parlé de prendre un véritable caractère ; comme , dans une vie tumultueuse , un homme , à force d'être affecté trop souvent et trop diversement , ne peut ni former dans son coeur un sentiment profond , ni soumettre son esprit à ce travail intellectuel d'où résultent les réflexions fortes , solides cl persévérantes.

Et d'allleiu's, quand le peuple seroit susceptible d'une véritable volonté, quel moyen auroit-il delà niauifesU-r

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dans un si vaste empire , composé de plusieurs peuples réellemeutdifférenssous un même nom et sou.s les mêmes lois?où cstie point d'unité, le «e/25ori«^7i politique, \e forum des républiques anciennes que l'on veut tant imiter, faute de les bien connoître , où chaque partie .^e sente dans le tout, et qui puisse faire connoître à chacun, sans ambiguité et sans incertitude, le vœu de tous ?

SI l'opinion publique étoit , Monsieur , aussi active et aussi effective qu'on le prétend d'ordinaire , par cette habitude d'environner toutes les abstractions de je ne sais quelle pompe ambitieuse, merveilleusement utile au charlatanisme politique , et religieusement consacrée par la métaphysique révolutionnaire , qui perdroit tout son mérite en perdant l'usage de queliques grands mots , vous n'auriez pas besoin de réclamer aujourd'hui ces excellentes institutions qui , depuis long-terhps, seroient rétablies : vous n'auriez pas à combattre ces hommes à systèmes , qu'une voix imposante et redoutable , partie des quatre coins de la France, et répétée par mille échos , auroit consternés d'épouvante et réduits au silence de la honte.

Ils ne l'ignorent pas eux-mêmes : ils ne se font pas illusion sur le vœu général du peuple français ; eh î qui peut aujourd'hui le méconnoîlre? mais , à les entendre, ils savent beaucoup mieux que lui ce qui peut lui convenir; ils ont des moyens infaillibles de rétablir l'ordre parmi nous, des idées toutes particulières iur le perfectionnement de l'espèce humaine; les religions ne sont que de vieux préjugés , et la ressource de ceux qui n'ont point de vues philosophiques; sans elles un peuple peut être foil heureux , et surtout Irèsmf)ral i le nombre d'ailleurs de ceux qui ont encore de

la religion est infinimenl petit , quoique tous les temples soient remplis tous les jours consacrés au culle , quoi(|ue la grande majorité des citoyens fassent scrupuleusement baptiser leurs enlans, quoique trèspeu se contenlent, pour le mariage , de la sanction des municipalités , et que le clioix même des ministres ne soit pas pour la pluralité une chose indifférente.

Pensoit-on , Monsieur, disoit-on autre chose en 1789? et qu'ont fait les Jacobins, que presser les conséquences de ces principes?

Croiiois-je que parmi ces mêmes jacobins, dont le nom seul inspire l'horreur la plu-, forte, il n'ait pas existé des hommes égarés par ces systèmes, et que tous , sans exception , aient été des scélérats qui vouloient le mal , uniquement pour le mal , ou pour leur bien particulier? Non , Monsieur, ce seroil calomnier la nature humaine. Qui ne sait qu'il y a un fanatisme politique comme un fanatisme religieux, que certaines théories d'une perfection imaginaire ont pu embraser quelques têtes naturellement ardentes , quelques-unes decesimaginations dont la force apparente ncsl qu'une foiblesse réelle , et qui, ne regardant jamais (ju'uné seulfcflice des objets, ne voient souvent dans les bounes chosesqueleurs abus, dans les mauvaises que ce (ju'elles ont de séduisant, et s'enflammeni pour le mal comme elles pourioient s'enflammer pour le bien ?

.l'ai cru , Monsieur, qu'il éloit nécessaire de faire celte réflexion avant d'entrer dans l'examen d'une pensée très-profonde que vous avez jetée, sans développement, dans votre discours, et qui se japporte au sujet que je traite. Vous avez dit que l'e.iprit révohjtiounaire n'est devenu assez atroce pour tout boule-

Terser que parce qu'il a élé assez sollement orgueilleux pour prétendre tout corriger. Mais cette phrase ne peut concerner ni ces monstres exécrables qui vouloient le bouleversement de tout l'édifice social pour se gorger d'or et de sang parmi ses ruines , ni ceux que je viens de peindre, et qui, ainsi que tous les fanatiques , se livroieut aux erreurs d'une foi aveugle et suivoient comme un troupeau les voies trompeuses qui les égaroieiit au nom de la liberté. Un vain jargon, une vaine emphase de maximes, que les Siùnt-Just et les Barère ont poussés jusqu'au dernier degré ou du ridicule ou de l'atrocité, n'ont pu sans doute vous en imposer : ni ces hommes , ni les Danton , ni les Robespierre, ni les Fabre d'Eglantine n'avoient l'orgueil de rien corriger; leur supposer ce sentiment, ce serolt encore leur faire trop d'honneur; ils n'avoient qu'une fureur immense, aveugle, de tout détruire , de tout renverser, de tout profaner, de couvrir le sol français de décombres et de cadavres , sans règle , sans frein et sans mesure , comme sans vues , sans systèmes et sans projets politiques. Ceux qui furent connus sous le nom de partisans de Brissot, et qui n'ont dû qu'à la persécution je ne sais quelle considération momentanée , parurent seuls , à cette époque de troubles , d'a^ narchie et de sang qui suivit la chute du tre^ne, avoir (juelques projets et quelques'plans, et vouloir rétablir sur des fondemens nouveaux l'ordre qu'ils avoienl eux-mêmes anéanti : hypocrisie grossière! comme toute leur conduite précédente s'élevoit contre eux pour les accuser! Il est, il est des crimes que l'orgueil des théories nouvelles ne fait point commettie lors- (:^ qu'il ne se mêle point au fanatisme ; il est des hor-

reurs dont la vanilé philosophique n'est pas capable, quand les prétentions à la sagesse ne marchent pas accompagnées par la fureur.

Cet orgueil de vouloir tout corriger, à quels hommes faut-il donc surtout le reprocher, Monsieur? à ceux-là précisément que je vous désigne comme vos adversaires actuels; à ces hommes que l'on ne peut s'empêcher d'estimer, lors même que tout Hiil une loi de les blâmer J qui , repoussans par leurs systèmes , sont aimables par leurs mœurs; qui portent généralement dansleurs erreurs mêmes cette mesure qui semble n'appartenir qu'à la vérité : trop éclairés pour être fanatiques, et trop peu modestes pour enlendie avec patience la contradiction ; eimemis de toutes les anciennes institutions, mais plutôt par un amour mal entendu du bien que par une haine aveugle des institutions mêmes ; persuadés que leurs seules théories peuvent être utiles , mais toujours prêts à désavouer les désordres que la pratique pourroit causer; orgueilleux enfin , mais plutôt par le sentiment de la préfendue supériorité de leur siècle que par celui de leur supériorité personnelle : répétant fièrement les leçons de leurs maîtres, et croyant que l'expérience ellemême se tromperoit si elle ne ratifioit les théories qu'ils ont puisées dans les livres de nos philosophes. Vous dites , Monsieur, dans une note de votre discours , que du temps de Joseph-Lebon , celui qui auroit nommé un saint eut été égorgé sur-le-champ , et qu'aujourd'hui les athées jacobins se contentent de crier à la dévotion : puis vous ajoutez : Quel pas nous avons fait : J'ignore si la rage des jacobins peut se contenter d'un reproche qui, tout insensé qu'il est, me

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1 lié devenue si périlleuse. C'est de ce premier abus rjiie naissent en foule presque tous les autres abus de la liberté d'écrire.

La pensée des jeunes gens est sans doule leur propriété: mais comme il est un âge fixé avant lequel la loi leur interdit la jouissance et l'usage de leurs droits civils et politiques , et leur ôte la faculté de disposer des biens que leurs pères leurs ont transmis , il semble qu'il seroit nécessaire aussi qu'un âge fut fixé avant lequel ils ne pussent avoir le libre et public exercice de leur pensée , celle de toutes les propriétés et celui de tous les droits dont l'usage a le plus besoin d'être dirigé par la prudence et guidé par la maturité. Mais je sens que je parle un langage qui ne sera pas entendu : depuis trop long-temps on a oublié ce que c'est que cet âge mûr pour écrire ^ dont parle La Bruyèie.

La révolution s'est encore étendue bien plus loin que Ton ne pense communément: elle n'a pas seulement, Monsieur, bouleversé tout l'ordre social, elle a porté les plus cruelles atteintes à l'ordre naturel; cette classification et cette espèce d'iiiéiarchie de la nature, dont l'état civil n'est pour ainsi dire que la sanction, ont presque totalement disparu j l'autorité de l'âge, si respectée chez les anciens et chez nos pères, cette autorité qui se fonde sur les lumières de l'expérience , et qui se grave, pour ainsi dire , dans tous les traits des vieillards, celte majesté des cheveux blancs qui semble représenter celle du temps même , celte timidité, cette pudeur qui sied si bien à la jeunesse, et qui est comme la grâce de cet âge heureux , ce désir de s'instruire , cet empressement à consulter , cette retenue dans ses jugeœens qui la rend digne d'être elle-même consultée uu

jour, ces devoirs enfin , ces égards et ces respecls, lois délicates auprès desquelles les lois civiles el politiques ne sont qu'un ouvrage giossier et matériel, tout ce qui fait d'une société bien organisée un tableau délicic.ix au cœur de riionnêle liomme s'est perdu dans ctl orgueil universel, une des causes comme un des produits de la révolution.

II n'entie pas dans mon intention de vouloir blâmer avec excès ni censurer avec amertume les fautes el les travers où le délire des idées nouvelles a pu enliaîner une jeunesse toujours si voisine de l'enthousiasme ; et, je l'avoue, Monsieur, en me reportant à ces temps où toiU retentissoit des premiers cris de la liberté, où tout sembloit faiie espéj-er de voir renaître ces âges d'indépendance, de grandeur et de gloiie que le pinceau dos historiens , peu fidèle à la vérité, a peut être embellis de fictions séduisafttes; lors(|u'enfîn cette éloquence .si nouvelle d'orateurs dignes des tribunes de l'antiquité charmoit el raaîlrisoil les espiits, lorsque nous avions déjà nos Demoslènes et nos Eschines , el que même nous croyions avoir nos Plalous, je ne sais s'il fuit plaindre ou louer le jeune homme qui n'a pas alors senti palpiter son cœur. Quelle séduction , Monsieur!

Mais aujourd'hui que le charme est rompu: aujotu'd'ui qu'une mer de sang nous sépare de ces beaux, rivages imaginaires oùs'élançoit une jeunesse ardente, que les ombres gémissantes de tant de victinies se placent entre ces temps d'une cflérve-iccucc pardoimable et l'époque où nous sommes, comment justifier ceux qui, sourds aux terribles leçons de rexpéjnencc , ne veulent pas tirer au moins de nos lamentables^ (al. .milés le bien d'être devenus plus sages?

Si, comme Ta dit un célèbre orateur, il est dans la politique, comme dans la religion, des repentirs plus glorieux que l'innocence luême, tontes les ressources de l'amour -propre et toute la hauteur d'un vain orgueil égaleroient-elles la noblesse véritable d'un aveu plein de franchise et de bonue foi? Seroit- il entendu sans intérêt celui quiauroitle courage de dire: «Oui, sans cloute, je me suis trompé; des illusions puissantes ont tgaré mon imagination trop vive; j'ai pu même, dans mon funeste délire, souiller ma bouche ou ma plume ■ par des discours ou des écrits (pie jeréprou ve à jamais ; ' <\ue si la noire malignité élève la voix pour me les reprocher , je sais qu'ilssont des travers de mon esprit, et non des torts de mon coeur, et j'oppose à tous ses

cris la fierté de mon repentir !

Veuillez , Monsieur, me pardonner ces écarts ; je reviens à la question. Uu nouvel ordre de choses va s'ouvrir qui réparera sans doute , en grande partie, les maux et les abus dont nous avons encore à gémir. L'attente du moisdegerminal remplit tous les cœui-s honnêtes de joie | et d'espérance; mais avec quelle facilité le mal s'opère, et comme le bien se fait lentement ! que d'espérances ont déjà succédé à des espérances! Qu'est-ce que l'avenir en révolution? Pour l'un , c'est le moment où telle loi seia révo(juée ; pour l'au tre, c'est celui où telle autre loi sera portée; pour quelques-uns, c'est l'époque où ils seront députés : l'avenir, après le 9 thermidor, c'étoit ce treize vendémiaire qui fut marqué par une catastrophe si sanglante; depuis le i3 vendémiaire, c'est ce mois de germinal où les élections doivent se faire. Puissent-elles être aussi pures , aussi libres (|ue tout semble le promettre ! elles placeront, sans doute.

LITTERAIRES. 42'dans le Corps légii,lalifiin grand nombre de cesliommes qui trouvent el dans leur inlérèl personnel, et dans leurs lumières, et dans leurs sentiniens des raisons de vouloir le bien public, el des motifs de lui consacrer tous leurs efforts : maiss'ilestdifficile même à Tobservaleur de distinguer ceux qui veulent le bien sans réserve, de ceux qui ne le veulent (ju'à demi: si le Tasle sentiment qui, après le 9 tbermidor, et après le i3 vendémiaire, confondit des hommes que dts nuances essentielles d'opinion séparent en elfol, lorsqu'ils sont en apparence réunis; si, dis-je, ce sentiment qui domine encore, quoiqu'affolbli, permet à peineà ceux quis'occupent plus particulièrement de la révolution de les discerner, combien plus aisément lii masse du peuple pourra s'y tromper, et combien il est à craindre que la dépuiation ne soit, non pas souillée de ces révolutionnaires détestables , qui ne demandent que troubles et qu'anarchie, mais extrêmement mêlée de ces philosoplies qui tiennent aux extra va* gans systèmes que vous avez altatjués avec tant de force dans votre discours , el dont je vous ai déjà beaucoup parlé dans cette lettre

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