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des vieux âges, et dont les âges modernes n'ont pas rû- Iraclé la considération. Il reçut le jour, pour ainsi dire, au sein de l'éloquence, et au bruit des applaudissemens qu'excitoit de toutes parts celle de son père , un des plus célèbres avocats qui se soient illustrés dans le parlement d'Aix. Cultivé d'aboi-d par de telles mains , il entra à seize ans dans FOratoire , où il acheva de perfectionner son éducation. On sentit bientôt qu'il étoil digne d'enseigner un art qui devoit un jour répandre tant d'éclat sur son nom. Il professa, comme Fléchier, et à peu près dans le même temps, les belles -lettres et la rhétorique.
On ne peut pas douter que les talens de ces deux orateurs ne se soient fortifiés par cette pratique : un jeune professeur , favorisé de la nature , approfondit pour lui-même tout ce qu'il enseigne aux autres : eu travaillant à instruire son auditoire , il s'éclaire , et s'instruit encore plus lui-même; et quand il croit ne s'appliquer qu'à développer les dispositions de ses élèves , il étend , polit et développe son propre génie. On a vu , à toutes les époques , sortir ainsi de l'ombre des écoles et des modestes fonctions de l'enseignement des hommes supérieurs , qui s'y préparoientà la gloire; et ces exemples, qu'avoient offerts les anciennes communautés religieuses, et l'ancienne université de Paris , se sont reproduits avec éclat de nos jours (i).
Mascaron avoit vingt-neuf ans quand il parut dans la carrière de la prédication : la ville d'Angers fut le
(t) L'Académie de Paris compte, en ce moment, un grand nombre de jeunes professeurs du plus rare mérite, qui dcjà se sont fait connoitre par de boaux ouvrages, tels que MM. Le Clerc , Patin , Cousin, etc.
Ihéîître de ses premiers succès ; l'année suivante , devancé déjà par sa réputation naissante , il alla se faire entendre à Saumur; et la foule des auditeurs qui s'empressoient autour de sa chaire fut telle , qu'après son premiei" discours on crut devoir dresser des échafauds et établi)- des gradins dans l'église, qui paroissoit trop étroite pour un orateur si couru. Les protestans, dont la ville de Saumur éloit un des boulevards , n'étoient pas moins avides que les catholiques de recueillir les paroles d'un prédicateur qui venoil , en quelque sorte , les attaquer dans leur fort. La supériorité de son mérite triompha des préventions de l'esprit de parti 5 les protestans lui rendiient la justice la plus éclatante , et s'honorèrent eux-mêmes en ne refusant pas d'honorer un talent érainent dans un de leurs adveisaires. Le jeune oi-ateur obtint particulièi'eraent le suffrage d'un des hommes les plus savans et les plus éclairés que pût compter alors un parti où jamais n'ont manqué la science et les lumières. Le célèbre Tanneguy- Lefèvre , père de la célèbre M™^ Dacier , frappé de l'éclat que jetoit , à son aurore , le talent de Mascaron , écrivoit à un de ses amis : « Rien de plus élo- « quent que ce jeune orateur ; tout son exléjieur «( répond au ministère qu'il exerce; ses discours sont « écrits avec élégance ; l'expression en est propi-e y <.< le récit clair , les ornemens de bon goût ; il instruit, « il plaît , il touche. La fleur de la jeunesse protestante « s'y porte en foule. Je me fais gloire d'y assister sans (( le moindre déguisement , non pas comme quel- « ques-uns des nôtres , qui , affligés de ses succès , (( n'y vont que la tête cachée sous le manteau. Mal- « heur aux prédicateurs qui viendront après lui ! »
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Celte malédiction de l'enthousiasme ne se réalisa point : les sei mons deBouidaloue et de Massillon surpassèrent de beaucoup , dans la suite , ceux de Mascaron ; mais il paroît qu'aucun orateur ne lesnrpass.i du côté de ces qualités extérieures dont parle Tanneguy Le Fèvre , qualités auxquelles Démostlièiie altachoit , avec raison , tant d'importance, qui exercent sur les contemporains un si puissant empire , et qui , s'évanouissant et périssant avec celui qui les possède , sont perdues pour la postérité. Mascaron leur fut sans doute redevable d'une partie de cette prodigieuse renommée qui environna sa vie de tant de considération , et qui , dès ses premiers essais , courut avec tant de rapidité dans toute la Fi'ance. Toutes les villes se le disputoient : en quittant celles d'Angers et de Sauraur , qu'il laissa rem plies desplusvifs trvTnsports,ilse rendit aux vœux dos villes de Nantes , d'Aix, et aux soUici-talions pressantes de Marseille , sa patrie , qui, plus qu'aucune aulie , sembloit avoir droit aux préférences de sou génie; mais la capitale, qui envie tout à la province, ne tarda pas à leieur enlever , et bientôt la cour, dont la capitale avertit le goût et piépare les choix , l'appela sur la scène la plus honorable et la plus brillante où le talent puisse monter.
Ce fut en 1666 qu'il parla, pour la première fois , devant Louis XIV; il avoit alors trente-deux ans : il soutint ce qui facilite quelquefois le succès, et ce qui plus souvent l'entrave, une grandealtenle.il fut retenu pour l'année suivante, et le roi, à la fin de la station , le félicita d'avoir contenté une rour si difficile et si délicate. Ce prince, dans l'espace des huit années pendant lesquelles, à différens iuiervaHcs, il en-
tendit Mascaron , lui adressa plus d'un fois de ces mots flatteui-s qui, dans sa bouche, avoient tant de grâce et de poids.
Mais que nous reste-t-il de cette multitude de sermons prononcés par Mascaron avec tant d'applaudissemens? La postérité cherche aujourd'hui les titres de cette réputation extraordinaire dont il a joui de son vivant. Comment expliquer que d'un si grand nombre de discours qu'il a composés, et qui excitèrent l'admiration de son siècle, il n'en existe qu'un seul qui ait pu triompher du temps, et qui ait mérité de fixer les regards des générations suivantes? Sommesnous plus délicats et plus sévères que cette cour si spirituelle et si polie, dont Louis XIV félicitoit Mascaron d'avoir satisfait la délicatesse? non, sans doute; mais insensiblement les écrivains, les orateurs se sont classés dans l'estime publique, suivant le degré de leur mérite réel : les vrais modèles de chaque genre onE été reconnus; les préférences se sont établies d'une manière fixe et invariable sur l'appréciation juste et définitive des beautés et des défauts ; le talent a été dépouillé de tous les prestiges qui couvroient ses imperfections. Les mêmes épreuves sont réservées à ce que nous pouvons admirer maintenant : un jour les rangs, plus ou moins confus à présent, seront réglés ; les parts seront faites; et ceux qui recueilleront ces jugemens portés en dernier ressort, ces décisions du temps, souverain arbitre des renommées, inévitable fléau de toutes les préventions, ne pourront point, pour cela , trouver dans leurs approbations ou dans leurs dédains le droit de se croire plus délicats et plus ■éclaiiés que nous. Les sermons de Eossuet, de Fié-
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chier, de Mascaron, rais long - temps sur la même ligne et placés à la même hauteur que ceux de Bourdaloue el de Massillon, sont tombés de ce rang où ils ne pouvoient se soutenir, dans un oubli qui forme avec leur ancienne gloii-e le plus étonnant conlrasle. C'est uniquement par leurs oraisons funèbres que ces oiateurs se sont maintenus au degré d'élévation où les plaça le suffrage de leurs conteraporaitis. Ils afleignilent, dans celte sorte de composilion , un point que personne ne put franchir, ni même atteindre après eux; ils posèrent la borne du genre, tandis que, dans le sermon, ils laissèrent entre eux et la dernière limite un espace où d'autres vinrent fonder leur invariable supériorité.
Avant de prêcher à la cour, et dans l'année même où il y parut, Mascaron avoit prononcé l'oraison funèbre d'Anne d'Autriche , mère de Louis XIV ; au commencement de l'année suivante , Bossuet, qui déjà s'étoit essayé dans ce genre d'éloquence, célébra aussi la mémoire de cette princesse. Le discours de Bossuet n'a point élé imprimé; celui de Mascaron ne mériloit pas de rêtie. Ce n'est pas que l'on n'y remarque tous les gei-mes du talent qu'il montra plus tard dans une composilion plus heureuse. On sent que l'auteur de ce mauvais ouvrage n'est pas un esprit vulgaire : le mouvement , la chaleur, la magnificence du style , un certain tour propre à l'oraison funèbre, un certain caractère qui, dans chaque génie, n'est jamais bien saisi que par ceux qui sont nés pour y exceller, annonçoient l'homme qui tlevoit laisseï- quelque trace brillante et ined'açable dans la noiJvelle canière où il venoit d'entrer; mais on n'apciçoit ces augures el ce*