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gagrs de sa destinée qu'à travers le plus rebutant amas d'idëes bizarres , de rapprochemens ridicules, de comparaisons et d'allégories aussi multipliées qu'insupportables, do figures enfin du plus détestable goût.
Un an avant que INlascaron remontât dans latribune funèbre, Bossuet sV'loit révélé tout entier, en 1669 , dans le panégyrique de la reine d'Angleterre : assurément cette hauteur immense à laquelle il s'élança n'avoit été ni indiquée ni annoncée parMascaron, qui, dès son second pas, rencontra ce redoutable concurrent, et eut à soutenir* contre lui une lutte bien inégale. Ils se mesurèrent ensemble, en J670, dans l'oraison funèbre de Henriette d'Angleterre : on a oublié le discours de Mascaron ; l'impression que fit le second chefd'œuvre de Bossuet, qui ne produisit plus que des chefs-d'œuvre, est, pour ainsi dire, encore toute vivante, après un siècle et demi, ce qui est le comble de l'éloquence, et se propagera sans doute d'âge en âge dans toute la postérité. On ignore même aujourd'hui que l'orateur qui disputa si bien à FlécWer sa plus belle couronne se soil trouvé, dms une circonstance si importante, aux prises avec Bossuet; tant la supériorité de la victoire a effacé j usqu'à l'idée du combat , et au souvenir de la défaite! La même année , à deux jours seulement d'inlejvalle, Mascaron prononça l'oraison funèbre du fameux duc de Beaufart; et quoique ces deux discours xien vaillent pas un bon , on peut, à cette occasion, observer qu'il travailloit avec cette aisance et cette facilité qui ne supposent pas toujours le talent, mais qui d'ordinaire l'accompagnent. Cette preuve singulière de facilité étoit même une espèce demeiveille quavoil piovoqnée Louis XIV, et sur
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laquelle il avoit compté, parce qu'il lui apparlenoil de croire qu'eu tout il lui suffisoit de commauder pour être obéi. Pendant l'année 1672, on vit paroîlre dans la même lice un nouveau concurrent, Fléchier , qui débuta par l'oraison funèbre de M,,,^ de Monlausier. A la même époque, Mascaron , après deux ans de silence, prononça l'éloge du chancelier de France, Pierre Séguier, regardé comme le meilleur de ses discours après l'oraison funèbre de Turenne. Il avoit été nommé, en 167 1 , évêque de Tulle : Fléchier ne parvint pas aussi rapidement aux honneurs de l'épiscopat; mais il fut admis, comme Bosquet, aux honneurs de l'académie française, qui, dans la suite, furent accordés aussi à Massillon, et que n'oblinrçnt ni Mascaron ni Bourdaloue.
Si l'on avoit à prononcer quelle est la plus éloquente et la plus belle des oraisons funèbres de Bossuet , on pourroit balancer entre quelques-uns de ses discours, et les décisions du goût justifieroient peut-être l'embarras de l'admiration; mais Fléchier et Mascaron .^e sont élevés beaucoup au-dessus d'eux-mêmes dans l'éloge du maréchal de Turenne, où la noblesse du sujet paroît avoir agrandi la mesure de leui- talent. Les applaudissemens qu'ds reçurent retentissent encore; co fut Mascaron qui parla le premier. « M. de Tulle , « dit M"'^ de Sévigné, a surpassé tout ce qu'on « allendoit de lui dans l'oraison de M. deTureime; « c'est une action pour Timmortalilé. » Elle ajoute dans la lettre suivante : « On ne parle que de celte « admirable oraison funèbre de M. de Tulle; il n'y a « qu'un cri d'admiration sur cette action. Son texte « étoit: Domine, probasll me, etcognovisti me; cl
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« cela fut Irailé divinement. J'ai bien envie de le voir « i'iipiimé. » M"'* de Sévigné, qui se trompe ici snr le texte, demande aillevirs à sa fille si elle a reçu celte oraison funèbie ; puis elle s'écrie : « Ilmesem- « ble n'avoir jamais rien vn de si beau que cette pièce « d'éloquence. On dit que l'abbé Flécliier veut la sur- « passer, mais je l'en défie: il pourra parler d'un « héros, mais ce ne sera pas de M. de Turenne, H et voilà ce que IVI. de Tulle a fait divinement, à « mon gré ; la peinliire de son cœur est un cbef-d'œu- « vre. . . Je vous avoue que j'en suis charmée ; et si « les critiques ne l'estiment plus depuis qu'elle est « impriujée , Je rends grâces aux dieux de rHêlre « pas Romain. y>
Il paroît que madame de La Fayette n'applaudissoit pas au discours de Mascaron autant que madame de Sévigné ; c'est M. de Sévigné qui le fait entendi-e dans une de ses lettres. « Je me révolte , dit-il , contie « ce qu'elle nous mande de Poraison funèbre de M. de « Tulle, parce que je la trouve belle et très-belle. » M™^ de Sévigné reprend dans un autre endroit : « Je n'ai point eu l'oraison funèbre de Fléchier; est-il « possible qu'il puisse contester à M. de Tulle? Je di- « rois là- dessus un vers du Tasse si je m'en souve- « nois. » Enfin ce discours lui parvient , et elle exprime ainsi son sentiment en connoissance de cause : « En arrivant ici , M™® de Lavardin me parla de « l'oraison funèbre de Fléchier : nous nous la fîmes « lire , et je demande mille et mille pardons à M. de « Tulle, mais il me parut que celle-ci étoit au-des- « sus de la sienne; je la trouve plus également belle « partout; jo l'écoute avec étonnement, ne croyant
,< pas qu'il fût possible de dire les mêmes choses d'une « manière toute nouvelle : en un mol , j'en fus cliar- « mée. )) On voit que ]\1™' de Sévigiié , si prévenue d'abord en faveur du discours de Mascaron, accorde, sans détour et sans réserve, la pi-éférence à ce lui de Fléchier. Ce jugement a été confirmé par la postérité. L'oraison funèbre de Fléchier est supérieure à celle de Mascaron; elle est plus égalemejit belle partout. L'exorde seul suffiroit pour lui assurer le piemier rang: cet exorde est ime inspiration d'un bonlieur singulier, et un morceau d'une perfection rare; rien, dans Mascaron, n^en approche. C'est la fortune de Fléchier d'avoir rencontré cette idée si heureuse; mais il appartenoit à son goût de la bien mettre en œuvre, de la faire valoir, de ne lui rien ôter de son prix , de ne là point gâter : tel est le privilège du goût. Si la même pensée étoit échue à Mascaron , peutêtre sous sa plnme eût-elle perdu beaucoup de son éclat et de sa beauté. Sa manière n'est pas , cà beaucoup près , aussi sûre que celle de Fléchier ; mais dans les pages où il est inéprochable , où nul regret ne corrompt et n'altère le plaisir qu'il cause , quoique toujours d'une pureté moins parfaite, d"nne élégance moins exquise que celle de son rival , il le domine par d'autres mérites ; il a plus de feu , plus de verve , plus de rapidité, plus de véhémence; son sljle est plus mâle et plus plein , son expression plus profonde, son trait plus énergique. S'il a moins de grâce que Fléchier, il a aussi moins d'apprêt; s'il ne coutioil ps aussi bien que lui toutes les ressouices de l'art , \\ en étale moins les prétentions et le faste; s'il est plus négligé, il est plus naturel , moins compassé, moins ^^y-
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métrique : il paroît avoir plus de génie , et Fléchier plus d'esprit et de finesse. L'un suivit habilement le progrès des esprits et des lettres , et lui dut en partie ses perfi'ctions; l'autre resta comme immobile, comme enchaîné dans les liens des anciennes habitudes , auxquelles ses défauts appartiennent, et ne dut ses beautés qu'à lui-même.
L'oraison funèbre de Turenne est la dernière qu'il prononça : jeune encore , à l'âge de quaiante et un ans , il sortit d'une carrière où Bossuet et Fléchier continuèrent de se signaler pendant un assez grand nombre d'années : le premier ne la quitta qu'en 1687 , et le second qu'en 1690. On ignore la cause de la retraite prématurée de Mascaron. Il n'a laissé que cinq oraisons funèbres ; Bossuet en a composé six , et Fléchier huit : c'est un avantage que d'être resté plus longtemps dans la lice.
De l'évêché de Tulle il fut transféré à celui d'Agen , en 1679. Il y a une anecdote de sa vie qui n'est pas indigne d'être recueillie. C'étoit de M. de Lavardin , évêque du Mans , qu'il avoit reçu la prêtrise ; mais cet évêque déclara au lit delà mort qu'en faisant les cérémonies de l'ordination, il n'avoit jamais eu l'intention de conférer le sacrement à personne. De cet aveu naquit une question qui porta le trouble dans les écoles , donna lieu à beaucoup de discussions , et partagea les théologiens. Devoit-on considérer comme valables les ordinations faites par M. de Lavardin ? Les ecclésiastiques à qui il avoit donné le sacrement de l'ordre pouvoient-ils être véritablement regardés comme prêtres? La Sorbonne intervint . et se décida pour l'utfirmative. Malgré cette imposante autorité , plusieurs
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prêtres se firent réordonner ; et Mascaron fui du nombre de ceux dont une décision si rassurante ne put lever les scrupules. Après avoir gouverné pendant vingt-quatre années le diocèse d'Agen , avec un succès <jue les circonstances rendoient dllFicile , et un zèle qui ne connoissoit aucun obstacle , il mourut , en 1705 , à soixante-neuf ans , un an avant Bossm l , vi sept ans avant Fléchier , dont les noms rappellent h.ujours le sien.