‹ Annales littérairesChapitre 3 sur 23 · G A VN \ L1',.S · texte numérisé non relu

G A VN \ L1',.S

tilo/zi? E.sl-il si iii'co,ss.iii(> tle clicrclior à Iris com])I<'t'? Je MMipçomic (|iril y .1 nliis dv. li.iison diiis les sfirsalions cL Kvv i(l(Vs (les (Millins, rpic no U; pfiise railleur de la jnèthode : la inasso éiioime de coiiiiolssanccs (ju'ils acquièixMîl dans les cin(| ou «Ik piemières années de la vie, ne saui'oit se forni'n' sans un liiiti secret , aussi fort qu'il csl lUeudu et flcxilile : il est vrai qu'on croit apercevoir beaucoup d'incoliéi-ence dans leni-.s i(i«'fs (piand on les interi'Oge, et ([uand ou vent les l'aire ])arler; mais celle incohérence n'est-elle pas plus apparente (|ue réelle? Ne vient-elle pas de ce que nous ne pouvons saisir que très-dillicilement le fil qui lie les opérations de- leur esprit? On n'a jamais tant invoqué la nature que dans ce siècle, et jamais ou ne parut avoii- en elle moins de confiance : elle en sait plus que tous les instituteurs; laissons-la faire; contentons-nous d'observer et de suivre sa marche : tant de méthodes ne sont propres qu'à entraver ses développemens. A quoi bon tous ces systèmes, auxquels il ne manque rien que la condition la plus essentielle, le sceau de l'expérience, qui est ellemême le sceau de la nature?

« Il -paroît difficile, dit M. de Cliavannes, que la « méthode puisse réussir d'abord : li^-ij' m'ère.^ actuelles « soiil en général trop éloignéesde ce qu'elles devroient « être pour avoir la volonté et les moyens île tirer paiti « des secoui-s que Pestalozzi leur offre ; niais si la « méthode peut elfe un jour appliquée aux écoles pri- « maires , alors oU a lieu d'espérer qué'les jfeurtes filles « qui l'auront étudiée , et «{ui deviendront épouses et « mères , pourront , si elles le veulent, réaliser les vœux « de son auteur, en devenant elles-mêmes le;^ premières « institutrices de lenis enfans. » Voila donc la méthode

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a peu près reléguée dans le pays des impossiblilés par ses plus dévoués partisans , par ses plus chauds panégyristes ! 11 faut , pour en voir le succès , attendre que les mères soient ce qu'elles devroient être , ce que probal»lement elles n'ont jamais été, ce que peut-être elles ne seront jamais. En vérité , cela est assez fûcheux , et cet inconvénient n'est pas le moindre clu Manuel des Mères; M. de Chavannes doute même qu'elle puisse un jour être appliquée aux écoles primaires , et cette application est pourtant , suivant lui , le seul moyen de faire la fortune du manuel : ce doute est dése.spérant j car enfin , toute la théorie de M. Pestalozzi repose sur le manuel; le ?nanuel esi\ei pierre angulaire du système : que deviendra donc l'édifice si la base manque? Il tne semble qu'il y a là une terrible lacune dans, les idées de M. de Chavannes : Riiloit-il mettre tant de zèle et de feu à nous prêcher une doctrine qu'il regarde lui-même comme chimérique? Falloit-il se répandre en beaux discours pour faire naître des espérances qu*un seul mot renverse et détruit? Il est vrai que la maison d'éducation de M. Pestalozzi , dirigée par M. Fellenberg , ne laisse ^as de prospérer , quoique le succès du J^Januel des l\ïères soit renvoyé à des temps plus heureux ; mais , dira-t-on, elle prospéreroit mieux encore , si le siècle actuel étoit digne de ce manuel fondamental ; il faut donc voii' en quoi il consiste : de toutes les conceptions de sou génie, c'est celle à laquelle M. Pestalozzi attache le plus d'importance j c'est le premier- de ses titres de gloire.

Le manuel se compose de différens exercices : dans le premier ^ Tenfant apprend à Indiijuer et à nommer les différentes parties de son corps j dans le second ^ ia

mère riii^truil à maïquer la silualion de chacune âa ces parties. Ainsi elle lui fait dii'e (ce sont les termes du manuel ) : le fiont est eu avant du sommet de la tîte , au-tlessus des yeux et du nez , entre les parties supérieures des culés de la tête ; les yeux sont sons le iVoiu , au-dessus des joues y sur les deux côlés de la partie supérieure du nez , entre les tempes. Quand la mère a fait faii'e à son enfant ces observai ions iniportiuites , elle passe à des considérations plus profondes ; elle lui dit : le corps a une tête , un cou , un tronc ; la tête a un sommet , un occiput , \xn visage ; le visage , un front, ua nez, une bouche, un menton; la tète a deux tempes et deux oreilles; le visage a deux yeux , deux joues ; le nez deux ailerons , deux narines ; les deux yeux ont quatre paupières ; les deux mâchoires, quatre dents oeillères, huit denLs incisives; les deux mains ont dix doigts; les dix doigts vingt-huit jointures , dix antérieures, huit intermédiaires, et dix extérieures. Ensuite , elle s'élève par degre's à des idées plus sublimes ; exemple: la tête est arrondie , mobile , en partie couverte de cheveux, en partie nue; le front est dur , voûté; et dans la jeunesse, uni; lorqu'on regarde en haut, il se )-ide pour ce moment-là ; dans la vieillesse , il est constanunent ridé : les orbes à(is yeux sont ronds, humides, unis, brillans et mobiles; plusieurs causes, teHes que le frottement, une blessure, les pleui's et plusieurs maladies les font devenir rouges. Lorsque Fenfant a toute cette science dans la tête, on le juge assez avancé pour comprendi-e que le nez sert à sentir et à respirer ; que la bouche sert à manger et à boire, et que de plus on chante et on siffle avec la boiîche. Quand il sait bien cela, on lui apprend que le cheval est un animal qua-

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drupcde dont le pied n'est pas fendu , et que le bœuf est un animal quadrupède dont le pied est fendu ; de manière que quand on lui sert un pied de veau , on lui dit : est-ce là un pied de chenal ? et l'enfant rëpond : non , c'est un pied de bœuf, « Ces exercices , qui peu- « vent être répétés à chaque instant , dit M. de Cha— « vannes, paroîtront à l'enfant bien plutôt un amuse- « 7nent qu'une leçon , et lui donneront cependant la « connoissance des caractères principaux des objets qui « l'entourent; il y a plus encore, l'enfant y trouvera « une méthode sûre pour observer la nature , et s'ex— « primer coi*rectement sur chaque objet. >> Au reste , l'extrait que je viens de faire ne fournit qu'un aperçu très-imparfait du Manuel des Mères ; et M. de Chavannes nous annonce que M. Pestalozzi travaille à donner une direction plus générale encore à l'instruction maternelle : le nouvel ouvrage qu'il prépare contiendra des documens plus étendus , et qui remonteront aussi près qu'il est possible des premiers instans de l'existence de l'enfant ; car la des^jse de ce savant instituteur est : point de lacunes.

Il faut convenii" que tout cela est passablement ridicule; mais pour bien juger dusystème de M. Pestalozzi, il ne faut point le considérer isolément : cette sublime théoiie tient à toutes les théories philosophiques , à tous les systèmes d'éducation qu'on a imaginés depuis cinquante ans; et tous ces systèmes se rallient parfaitement aux travers et aux ridicules de ces hommes qui , dans tous les temps , ont voulu soumettre à l'analyse , et diriger suivant des vues aussi £ïusses que pédantesques les opérations du coj-ps et de l'esprit. Le philosopha

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(j>ii , jioin- jnoiilifr Toi llio^i ,i|)lic à M. .Toniil, tin , coinnience^ar lui ciisc .i;iu'i' cominciil nii pioiioïKu; chafiiie lellrt^ , est nu iiiissi «;r;in(l «iiin'iiii des lacunes (|U0 M. lV.-,l;»lo/,zi. Ce iiicnie pliilosophe iiionLiant au Bourg«few Genlilliomrae que pour dire E , ou rapproche la raAclioire d'eu bas de celle d'en IkuiL ; (j\i(; les livres Ibiiuent lui polit, loiid quand on dil 0 , el qn'cn pi'ononçaul U on Util la, ïuoue, ce ]jliilosoplie avoit dcviiu^ le S3'^stèrae de Vintuition ; et Molière semble av(»ir eu en vue tous nos faiseurs actuels de méthodes ^ en dessinant ce peisonnage, qui en est l'image et le type. Tout ce que dit le philosophe du Bourgeois GentiUiomme est d'une justesse parfaite et d'une vérité incontestable: ce n'est donc pas parce qu'il avance des choses absurdes qu'il est ridicule , mais parce tju'il dit des choses vraies hors de propos ; pai'ce qu'il montre à M. Jourdain ce qu'il n'étoit pas nécessaire de lui.montrei' pour aiiiver à l'orlhograplie. Cet honuele ])ourgeoi.s prononçoit AEIOU aussi-bien que son maître de philosophie et que M. Pestalozzi : à cet égard , il n'y avoit pas de lacune dans son éducation; mais le philosoplie ne pour^ roil pas étaler tout son génie et tout son savoir , s'il ne supposoit une lacune à rempli)-. Il est vrai que Joui-dain n'avoit pas remarque qu'on faisait Ici moue en disant U ; mais à quoi lui sert , pour l'orthographe , une * pareille découverte ? 11 s'extasie , jxirce qu'il est bête et vain : il répète avec admiration U , U , U , et en cela il ressemble à tous ceux qui s'émerveillent lorsqu'on leur piopose de nouvelles méthodes d'enseignement et d'éducation, des ^néthodes philosophiques, mélAiphysi- . ques, psy cologiques, idéologiques. En yérité , je m'ëloi]ne qu'on se laisse encore séduire par les promesses de tous

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ces novateurs : et je voudiois, comme madame Jourdain , les envoyer promener avec leurs fariboles. .^

29 octobre.

Il exista dans le dix-huitième siècle une espèce de fou d'une singularité peu commune, au milieu de Lant de gens qui clierchoient à se singulariser; ce fou s'appeloit la Méirie : il étoit médecin et philosophe, c'est-à-dire qu'il étoit médecin et se moquoit de la médecine. Ennuyé des incertitudes de la médecine du corps, il se jeta dans la médecine de Famé : c'éloit tomber de l'obscur dans le plus obscur, obscurmn per obscurius. Toutefois il périt victime de ses idées sur la médecine du coips : il étoil grand partisan de la saignée, et dans je ne sais quelle maladie it fut saigné, suivant sa propi'e ordonnance, comme le vieux Eson le fut par IMédée : il alla vérifier alors tout ce qu'il avoit dit de la médecine de Tame. Ce fou composa deux ouvrages aussi singuliers que lui-même, V Histoire Naturelle de VAme, et V Homme machine : livies assez rai'es aujourd'hui, qui furent regardés comme scandaleux dans un temps où tout étoit scandale, et, pour mieux dire, où rien ne scandalisoit. On cria contre X Homme machine , on se moqua de VHomme machine : mais il eut beaucoup d'influence ; il en a même encore à présent , presque sans qu'on s'en doute : les hommes de génie qui créent de nouveaux systèmes sur l'art d'élever la jeunesse, suivent, pour la plupart, les principes de VHomme machine , que peut-être ils ne connoissent pas. 11 en est de l'influence de certains ouvrages comme de celle de l'atmosphère : nous sommes hiodifi.és par l'air qui nous

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onviroiinr , pu- les A'vTpcur.s de la nioymno )('p'ion , «;»n« «oiift roiidrc (.oiriplf des ran.ses <|«ii agissent .sur nous, SUIS mémo on iwolv l'itlé»'; il y a aux dinéionlcs époques, si l'on ])eul s'exprimer ainsi , une certaine lempcraluie de principes, qui pënètro d'une manièie plus ou moins pi'oloiidc , plus on moins intime, dans Ions les e.-^prils, qui les alLir|ue en socrel, (|ui leur conunnnicpje telle ou telle disposition, qui les ilomine avec, une puissance invincible et mystérieu.se , (|ui les subjugue, et qui atteint ceux même qu'on cjoiroit les plus éloignés de son action, et les mieux défendus contre elle. La maladie de la Méti-ie éloil , à ce qu'il paioît, fort contagieuse ; elle nous a profondément empoison)iés : sa folie éloit du genre de celles (|ui .se communiquent d'une manièie rapide et dujable.

Je ne sam ois trop redire que ceux qui s'occupent de nouvelles tbéories sur l'éducation , et M. Pestalozzi à leui- iéle . tendent à ce qu'on peut appeler le mécanisme ou VHomrne machine : ils traitent du moins les enfans qui entendent et qui parlent comme des sourds -m nets, M. Pestalozzi fait, en (|uelque sorte, abstraction de quelques-uns des sens dont nous a doués la nature : c'est réduire l'homme à une giande pauvieté. J'ai dit qu'il traite ceux qui entendent et qui parlent, comme des sourds-muets : j'aurois dû diie qu'il les traite comme des huilres. Suppo.sez un enfmt privé de l'ouïe, de la parole et de la vue ; voilà l'élève de M, Pestalozzi ; un sujet qui n'auroit que le tact, pom'roii êti'e foit bien élevé par sa méthode; et son institution est aussi bonne pour les doigts que pour les yeux ; cela n'exigej-oit qu'une légère différence ^:ms les machines ou tableau:jç qu'il emploie. Les aveugles iment ayeç leui'S doiglSÎ

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concluez-en que ce qui est bon pour ceux qui ne voient, n'entendent, ni ne parlent, est bon, à plus foile raison, pour ceux qui parlent, entendent et voient,, vous ferez un sophisme grossier, et vous tomberez dans l'erreur qui a séduit M. Pestalozzi , et tant d'autres qui veulent appliquer aux enfans bien organises la méthode propre aux aveugles-nés^ et eelle que M. l'abbé de l'Epée et son illustre héritier, M. l'abbé Sicard, ont si ingénieusement inver-tée pour les sourds-muets ; méthode dans laquelle on a depuis mêlé tant de charlatanisme. Il y a je ne sais quelle tendance de notre philosophie à dépouiller l'homme de ses sens : on veut , à toute foice, considérer l'homme physique, l'homme naturel , comme une abstraction : c'est une mode , une fureur; il faut convenir que c'est une triste mode. Nos sages ne voient jamais c^^Xhoimne-statue , Vhojmnemacliine : ils se piquent d'être des Frométhées; ils pensent avoir le feu du ciel en leur possession ; mais le feu du ciel est dans l'homme même : c'est là qu'il faut en saisir les étincelles et les rayons pour les développer et les diriger. Quelle Idée de prétendre conduire des êtres entiers et complets , comme ceux qvie la nature a produits imparfaits , et privés d'attributs essentiels ! Quel renversement de l'ordre naturel des choses! Quelle rage de faire valoir quelques observations ingénieuses, quelques pensées fines et subtiles, quelqvies métliodes heureusement imaginées pour les cas où elles ti'ouvent leur application véritable , quelques découvertes piquantes , aux dépens de la raison et du bon sens; j'ajouterai aux dépens même de la gloire de la nature humaine, que toutes ces méthodes humilient et dégradent I i^X j invo'jne , ici, le témoignage du philosophe profond ,

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<]ui saiL on faire un usage si juslc . si Imniain , cl .si nohlf , de M. l'abbc Sjcuid lui-niCrne, par qui je ne crains pas d'êtie oonlidll.

Tou( II' monde connoîl l'iusloire de Taveufflo Saunderson : il .ipprit les niallit'iuali(ines avec un(^ lacilité incroyable, et les professa avec le plus brillant succès; il expliquoit m^nie les ouvrages que Newton a coiupQ.s<5s sur la linnière el les couleurs; cl, malgré le proverbe, il parloil des couleurs trrs-savammeiit el Irès-peiiiuemment. Ce fait, (jiii p;irott d'abord si singulier, cesse d'étonner quand on songe que ropticjuc el toute la |héovie de la vision se réduisent ù des lignes , et i-entrçnt ainsi dans las principes généraux de la géomélrie ; il (àisoit aussi toutes les opérations d'aritlimëliqueau moyen d'tme machine qu'il avoit inventée poin- son usage , et qu'il appeloit Y arithinttique palpable ; enfin, il avoit suppléé, autant qu'il est possible, au sens de la vue. et la méthode qu'il employoit étoit une véritable méthode i^ intuition , non pour les yeux qui lui manquoient, mais pour les doigts , au bout desquels il avoil des yeux comme tous les aveugles : il ixiyoit avec ses mains ; et Al. Pestalozzi veut absolument que ses élèves touchent avec leurs yeux : il couveilit la vue en une espèce de tact; et si le fameux Saunderson trouva le moyen de se donner des .yeux, qu'une maladie cruelle lui avoil ôtés dès l'âge le pins tendie, on pout dire que M. Pestalozzi a trouvé dans sa méthode ^ïinLuition le moyen de crever Ip-s yeux à tous ses élèves. En effet , quoiqu'il prétende les conduire par le sens immédiat de la vue, par Vintuition, u'ag;t-il pas avec eux comme s'ils éloient aveugles? Se mellre en frais d'insiruction pour apprendre à un enfaul que le ne:^ est aie milieu du visage, ce que

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î'enfant voyoit paifaiteraentbien sans cette leçon , n'est-ce pns moins lui faire 'ï'o/r que lui faire /x///7er cette gi'ande vérité physique ; et se comporleroit-on autrement à i'égai-d d'un aA'^eugle-né ? Quand il veut lui a]îprf'ndre qu'on parle et qu'on sijfle avec la bouche, ne le traltet-il pas non-seulement en aveugle-né, mais en sourdmuet? Dira-t-il que ce n'est pas précisément la position des membres du corps , ni leur usage qu'il montre à l'enfant , mais leurs noms qu'il lui enseigne? Dans ce cas , je vois moins ici une méthode àHntulUon , qu'une méthode (^audition fort commune , for t peu digne d'être exposée d'une manière si scienlifique , très-coniuie de toutes les noui-rices , qui , à quelques termes près, la pratiquent à mei'veille. Nos sens sont suscepUhlf^s de dlfférens degrés de perfection , suivant qu'ils sont plus ou moins exercés : on sait que les sauvages , qui ont besoin de trouver en eux-mêmes plus de ressources , ont la vue plus perçante et plus juste que les hommes civilisés. Je crois la méthode à' intuition , dont un des objets est de pejfectionner le sens de la vue, plus propre à en émpusser la finesse qu'à en accroître la force : elle fixe l'attention de l'élève sur les rapports les plus grossiers , et , pour ainsi dire , les plus matériels des choses présentées à ses regards; elle tend à confondre, autant qu'il est possible , comme je l'ai dit , la vue avec le toucher ; l'élève doit donc perdre par cet exercice le sentiment de cette foide do délicatesses légères, de nuances fugitives qu'offre le tableau de Funivers ; à force de voir le détail avec précision , il ne doit plus apercevoir -les niasses et l'ensemble ; le sysi^me d'intuition ^ avec sa, fi^ueur , le rend à moitié aveugle. Toute méthode ([ui yeu|: tfop dofiiiî|ej,- la i^^ture la détruit j elle languit et

meurt soii.s rinfliionco (Tune éducation tyrnnnique : II fùul l'aiilor, et non la ruicci-.

Au Manuel dcti Mères succède V fnslrnction intuir tive du rapport cie.s nombres , apiès l.ujuellc viont / histrucllon inlulliue du rapport des Jonnes et des dimensions : tous ces grands mois se ré(luiseiil aux mois plus simples et plus communs d'arithmétujue et de gconiétrie. I\l. Pe.slalozzi auioil été bien tarlié de i»'exprinier d'une manière si vulgaire. Les premières notions de raiithmélique , et ce qu'on appelle les quatre règles , ont toujours fait partie de la première éducation , de l'éducation primaire ; le nouvel inslituleur ne difïïix* donc ici de tous les anciens maîtres d'éct»l(! que par la manière d'enseigner : il montre à calculer avec des espèces de tahleaux , qui sont pour les yeux ce que ceitaines machines sont pour les Joigts ; et ses élèves deviennent, au génieprès, autant de petits Saundersons, qui font , par l'inspection et Vintuition , au moyen de leurs tableaux , ce que le géomètre anglais faisoit , par le loucliei" , au moyen de son arithmétique palpable. On pourroit donc appeler les tableaux de M. Pestalozzi Varitlunt tique visible. Je ne doute pas que les enfans n'apprennent ainsi foil bien à comptei- ; et je crois toutes l(;s méthodes d'enseigner et d'apprendre à peu près également bonnes , quand les étudians sont dirigés par un maître attentif et judicieux , et quand on n'y attache pas trop d'in portance. Mais la liante idée que M. Pestalozzi a conçue de ses inventions et de son systèrne , le pojte à serrer et à presser , avec tant de rigueur , la forme de son enseignement , qu'il le fait dégénérer en un y^riXaSAo. mécanisme i et si l'on observe <jue la science des mathématiques , qui chez lui sert de

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hasé à réducation, a dans sa précision sévère et dans son extrême exactitude quelque diose de mécanique ^ on sera tenté de conclure que la pratique de son système ne peut que paralyser les facultés de l'esprit et îa force des sens j et Ton présumera sans doute qu'il ne sauroit sortir de ses mains que des espèces de machines à calculs. Voilà , certes , un beau résultat I

En quelque honneur que soient aujourd'hui les mathé-* matiques , tous les gens sensés conviennent que si elles doivent enti-er dans l'éducation comme partie nécessaire , elles ne doivent pas en être le fondement , parce qu'en supposant même qu'elles soient très-'propres à développer l'intelligence , ce dont quelques-uns des instituteurs les plus sages doutent encore, elles lais.sent le germe délicat du sentiment dans l'inertie ; or , un bon système d'éducation n'a pas seulement pour but le développement des fafacultés de l'entendement, mais encore celui de l'instinct moral, auquel se rallie tout ce qui appartient à l'imagination, au goût, à la perception du vrai et du beau , dans tous les genres. M. Pestalozzi me paroît donc pécher également et dans la forme et dans le fond 5 il est Vrai qu'il ne s'étoit d'abord proposé que l'éducation de cette classe d'hommes qui d'ordinaire ne reçoivent aucune éducation. On fit même , il y a quelques années , un essai de sa méthode dans ime de nos maisons de charité j et M. de Wailly, professeur du Lycée d'Henii IV, fut chargé parle chef de l'instruction publique d'en examiner les résultats. La conclusion d'un si bon juge fut qu'elle pouvoit être de quelque utilité pour les enfans* destinés aux arts mécaniques , tels que ceux du charpentier , du menuisier , du potiei- ; mais unjourd'Jiui elle s'annonce avec des prétentions plus ambitieuses : ce

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n'esl point aux pauvres (pic Wnx atlif-sst! de magnifique'? prospeclufi i ro n'est, pas pour caplfi- Iciii-s sullrages cl b'alliivi- leur laveur, (pio l'on l'ail r(l(nlir rKuiopo de 1anl ^o louanges. Les \uvs ph'ilanlrop'uiuc^ ilc M. Pe.slalozzi : d'abord assez resserrées, se sont. pi'odigi<Misenient éfendu(\s: sa maison d'éducation est maintenant , dil-on, une Av^ plus hiillantes de la Suisse et de l'Alleniagiie. Je le félicite de son succès ; mais je no snurois approiivei" sa doctrine; et nous avons dû melire à la cond)attre nue partie du zèle que d'autres mettent à la propager.

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