‹ Annales littérairesChapitre 4 sur 23 · XY · texte numérisé non relu

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Commentaires de César , traduction nouvelle, par JM. le Deist de Botidoux.

21 novembre.

On a dit (juc l'histoire se fait lire de quelque manièit; qu'elle soit écrite : historia, qiîoquo inodo scrlpta, ^^gî-" iiir. Cela est vrai jusqu'à un certain point; et cette maxime peut s'appli({uer surtout à une traduction des Coinuieniaires de César. Ces Commentaii-es sont éminemment un ouvrage insLi-uclif : le grand homme qui les rédigea ne chercha point à répandre d'ornemens sur ses écrits; il n'ambitionna d'autre mérite que celui de la simplicité, si toutefois on doit apnehr ambition ce qui semble exclure toute prétention ambitieuse. On ne peut donc pas exiger du traducteur ce qui ne se trouve jîas dans l'original : la pompe des uairation.s, le brillant des pensées, l'agi'émejit des figures, l'éclat du style i de là, jusqu'à ne demander que de l'exactitude, de la correction et de la clarté, il n'y a qu'un pas ; aussi ne de-

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manJe-t-on pas autre chose à un tradncleur de César 5 et ces conditions sont si faciles à lemplir, qu'une traduction des Commentaires est une entreprise qui annonce plus de zèle, qu'elle ne promet de gloire. Une bonne trodnction de Gësar ne sera jamais mise sur le même rang qu'un bonne traduction de Tite-Live, de Salluste , de Tacite , ou même de Quint-Curce. Il est difficile de satisfaire le lecteui- instruit, lorqu'on essaie de reproduire le génie de ces grands historiens, et de copier leurs savantes compositions 5 il est assez aisé de le contenter en traduisant César : il ne cherche dans la copie , comme dans l'original, que les faits et l'instruction , presque indépendamment de la manière dont ils sont exposés ou préparés.

^^ 'Ce n'est pas que les Commentaires de César n'aient ïhèmé sous le i-apport du style , un très-gi^and mérite; mais ce mér.it^n'a rien 'd'éclatant, rien qui frappe : il n'est aperçu , il n'est séntiique par les latinistes consommés ; encore né son't-ils' pas toujours bien siirs de ce qu'ils sentent et de ce qu'ils aperçoivent : quand ils sont de bonne foi, ils avouent que les ^éloges donnés aux Coîîijjientaires Tpav les juges les plus respectables de ranti(j[uité , influent beaucoup sur leur. opinion, et que leur enthousiasme pouj- le style de César est en partie un enthousiasme de tradition. Les anciens oilt, en effet, beaucoup exalté la diction de cet ouvrage : Cicéron semble la comparer aux Grâces elles-mêmes, qui n'empruntent lurs charmes d'aucun ornement éti'anger: il» sont nus , dit-il , en parlant des Commentaires ; mais ils sont remplis d'attraits et d'agréiuens , tant la forme en est pure et délicate! Le tour de son éloge, que je commente et dévdôppe *'îi peu, reti'aoe' l'image de ces

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(liviiiilt's qui n'oïi 5;oiiL (jiio plus l)olU\s quand cllrs ont ccail'j toutes los p,irui"es , cl nu'ine lous N-s voiles, onml ornât n , ianqiiàni veste, dcfnirfo; il laucc un unallionie contre l'écrivain insensé qui tcntcroit d'orner cette exquise et prc'ci'Hiso .simplicilé. César, ajoulc-t-il,on éciivaul cet ouvrage d'un slylesi uni, a présenté un appât trompeur auxesprits bornés, qui regaid.inl ces Cornrnen.' taires comme un canevas, croiiont devoir les broder et les embellir; mais lia Fait tomber la plume des mains à quiconque n'est pas entièrement dépourvu de senliment et de goût. Au reste, personne n'a eu l'audace de braver l'analbème de Cicéi'on ; on a r<!specté la simplicité des Conunentaires de César:, mais un disciple de Cicéron lui-même , Hirtius, n'a pas craint de suppléer ce qui raanquolt à ces Commentaires , et d'en donner une continnalion; ce qui semble presque aussi coupable que de chercher à les embellir î heureusenKMit la postérité n'est pas un juge plus sûr de l'attentat d'Hiitius, que de la délicatesse même et de la rai-e pureté du style de César.

La qualité qui le caractérise c'est ce que les rhéteurs elles grammairiens appellent la propriété : elle consiste, si je ne me trompe, dans nn soin particulier d'employer les mots avec justesse , suivant leur acception primitive et originelle , en les écartant et les éloignant le moins possible de leur étyraologie, en s'atlachant scrupuleusement à leurs racines. César avoit lait une étude approfondie de sa langue; il étoit lui-même ce qu'il a dit de Térence, piiri sermonis am/itor ; il composa des ti'aités de grammaire, sortes d'ouvrages qui paroissent bien peu dignes d'un si beau génie, mais qui étoient d'une grande importance à une époque où la langue

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latine comraençoil à se di'gigcr de la fouille des an-* ciens temps, à s'épui-ef et à se former. Remarquons, pour ceux qui aiment ces rapprocliemerts, que Césat naquit avant Lucrèce et C.ilulle, dont les vers pleins de génie conservent encore presque tonte l'âpreté des pi;ejiiiers âges. Térence, en traduisant Ménandre, avoit fait passer dans son propi'e style , autant que l'état de sa langue, encore informe ^ pouvoit le permettre, la délicatesse exquise et la naïveté charmante de son modèle; mais son exempte n'étoit que le premier signal du bon goût : il avoit ouvert la voie, mais il filloil s'essayer à marcher sur ses traces; ilfalloit, en l'imitant, continuer à polir l'instrument dont il avoit fait un usage si heureux, et dont il avoit moiitré les ressom'ces; les esprits les plus distingués eux-mêmes n'éloient point supérieurs à cette tâche. Il ne faut point s'étonner de voir César faire pour sa langue, avec plus de Ijonheur et de succès , ce que les Vaugclas et les Patra firent pour la nôtre : ce grand homme ne trouvoit pas indigne de lui de travailler à la fixer; et peut-êtie a-t-il voulu doîiner , dans ses Commentaires , un exemple plusparlicalier delà pureté tàlaquelleellepouvoitatleindre , comme il avoit fait voir précédemment dans le bai'reau et à la tribune, conjointement avec CIcéron, tout ce qu'une élégance vive, animée, sublini'^, pouvoit y trouvei- de moyens et de richesses. Mais quand une langue n'existe plus, la postérité n'apprécie que diificilement le mérite des auteurs qui ont plus spécialement recherché l'espèce de grâce attachée à la correction et à la pureté , tandis qu'elle sent toujours vivement les grands traits des écrivains qui se sont élevés à d'autres genres de beautés,

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