il
Un crili(|iio, (r.iillciir.s jiuliticiix , a donc eu lort (ravaiict-r, dans lo A/crcitrc de J'rance , (pu; Vclégance du .slyl<ï d(i Ci'sai- est ,saii..s doute une de.s cdusva du peu de t nul ticl ions françaises de ses Cuiiniienluires ; comme si le mente d'un chef-d'œuvre .sulli.soit pour cnVayor les IraducLeurs; comme si les Sallusle, les Tile- Live, les Tacite, les Virgile, les Horace, les Térence, aussi dillicik's, je crois, à traduire que César, n'avoient pas rcnconlié uim l'oulc; d'audacieux (jui, d'uu œil insolent, ont mesuré leur hauteur, et se sont crus capables d'y atteindre!
Le peu de gloire attaché à la traduction d"un ouvrage qni ne présente pas beaucoup dediflicultés pour le sens, et dont les beautés délicates échappent à la plupaitdes lecteurs qui les niéconnoissent , est l'unique motif qui en a délouiné les tiaducteurs. Il est honorable pour M. de BotidouK de n'avoir pas été arrêté par celie considération. On voit ([u'il a eu pour but l'intérêt de l'utilité publique, plutôt que celui de son amour-propre; et sa traduction doit être envisagée sous le même point de vue qui la lui a fait enti-epvendre : il faut la considérer moins comme un ouvrage de goût, que comme un livre d'érudition.
Le nouveau traducleui- n'a pas eu à lutter avec beaucoup de rivaux dans cette carrière : on ne cojinoissoit que la version de d'Ablancourt, revue par M. de Waillj le père. La réputation de Perrol d'Ablancourt avoit jeté un très-grand éclat dans la piemière moitié du dix septièraesiècle; c'est un d;is écrivains qui , avec Balzac, \ oituie, Vaugclas et Patru, contribuèrent les pieraiers à donner quelque forme à notre prose, et qu'on ne lit pins aujourd'hui. M. de Wailly corrigea plus de six mille
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eiîdroitsdesalraduclion , sans l'élever pour cel:i à un trèsliant dégrade nii'ri te : le reviseur, très-hon grammairien, écriv.i in laborieux et exact , îiom me de sens eL de j ugemenl, n'avoit point dans la touche assez de vigueur et d'«'clat pour ranimer la copie froide et languissante du traducteur. Quelque temps avant la révoluton , il parut une autre traduction des Comnifntaires ^ par M. Tarpin de Crissé, auquel M. de Botidoux n'a pis cru devoir faire riionneur de le nommer dans sa préface, quoique la traduction de M. Turpin , ou du moins la forme de son ouvrage, se ivapproche assez de celle qu'on a donnée à la nouvelle traduction. Le livre de M. Turpin est en tiois volumes in-8°, et contient, comme celui de M. d(; Botidoux, des éclaircissemens sur les différentes matières, des notes détaillées, qui présentent une instructioii politique et militaire; mais il ne paroît pas que cet ouvrage ait fait fortune. M. de Bolidoux ne peut donc pas se glorifier beaucoup de la victoire ((u'il remporte sur des rivaux si peu nombreux et si foiljles : il suffit qu'il ait fait , sur les Commentaires de César, l'ouvrage le moins défeclueux que nous ayons eu jusqu'à piésent.
Ce qui en constitue principalement le mérite , ce sont les recliercbes exactes, les notes savanl'^s dont il a environné sa traduction : on peut la regn-dej- cotnme une histoire complète de la vie de César, et comme le meilleur commentaire des Commentaires de ce grand homme. Je ne sais cependant, tout en reconnoissant l'ulilité de l'ouvrage de M. de Botidoux, si l'espèce de diflusion qui y règne est d'un bon exemple : iu)us verlàons bientôt une mullitude prodigieuse de volumes s'amasser et s'enta-iser sur quelques pigps de l'antiquité, si tous les traducteurs se piquoient d'éclaii-cir en détail,
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et par de longs (lév('loj)))(iiio!is, les ailleurs (jirils cn- Irepieniiciil crinleip)vUi- : c'est la ])r(iiii( ro pen.sëe (jui vionl ù IVspril lor.sqiroii jolie les yeux sur celle Iratluclion, en cinq volumes iii-o°, d'un onvi'age assez ct)Url eu lui-mémej et la seule iu.s[)(etlou ilu lilre sulîit pour forlifter celte réllexiou. Il est cerluiu qu'il y u Irèspeu de livres qui ne supposent une insiruclion préliminaire , et que si ou vouloil lire les Cunimentaue,s de CJ- AY7/' sans a voir aucune connoissanee deriiistolre romaine, ni aucune idée des dillérens peuples dont Thisloire se rallie à celle des Romains, on courroit grand risque de ny entendie que fort peu de chose; et c'est de là que vient l'ennui que la lecture de tant d'excellens ouvi'ages cause à des personnes qui , n'élant pas suirisanimeut in.s- Iruites, et manquant, pour ainsi dire, des données nécessaires pour s'y intéresser, les rejettent loin d'elles avec dépit, sans s'apercevoir que la source de l'ennui qu'elles éprouvent est en elles-mêmes, et non pas dans le livre qui leur paroît si l'astidieux. Mais tout traducteur des ouvrages de l'antiquité doit supposer que ses lecteurs ne sont pas absolument ignorans : la supposition contraire n'est permise qu'aux faiseuis de romans , et d'ailleurs, il n'est pas bien certain que celui qui auroil attendu les notes de M. de Bolidoux pour essayer de lire les Commentaires de César ^ les lût eu effet avec plus d'intérêt : car l'instruction qui nous éclaiie véri tiblement, n'est pas celle que nous venons immédiatement d'acquérir , mais celle avec laquelle nous sommes dès long- temps familiarisés.
Quoi qu"il en soit , on ne peut que louer les intentions de l'auteur , et son travail en lui-même : tout est également soigné, et les notes ef la traduction ; mais le
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soin et l'exactitude ne suppléent point toujours d'autres qualités. Quoiqu'en général le style de M. de Botidoux soit assez correct;, ou voit que ce traducteur n'a pas un goût très-sûr; il lui échappe des expressions qu'assurément César n'auroit pas employées s'il eût écrit eu français : cet écrivain , si noble dans sa simplicité , n'auloit pas dit un Joli vent , pour exprimer ce qu'il a l'endu en latin par lenis ventus j il ne se fût pas servi du mot de couchette dans ce cas-ci : « Les arbres servent à l'élan « Ôl^ couchette ; )> arhores sunt pro cuhiUhus. Le désir de la précision fait quelquefois aussi tomber le traducteur dans des espèces de faux sens : « Plusieurs préfé- « rèrent d'abandonner leurs boucliers, et de combattre « 7LUS. » Le latin dit, il est vrai, nudo corpore; maïs est-on «z/pour avoir abandonné son bouclier? La langue est cruellement violée dans quelques endroits ; par exemple, dans cette phrase: « Epuisés do leur course, ils « étoient en butte à nos javelots qui les plongeolent. » Le \qy\)Q plonger ne se constiuit pas ainsi.
De ces trois espèces de fautes, dont je pourrois citer un certain nombre d'exemples , la pi-cmière est celle où M. de Botidoux est tombé le plus fréquemment. Il entend presque toujours bien son auteur; il observe d'ordinaire la gi'ammaire de noire I.uigue; mais il emploie assez souvent des expressions qui choquent le goût : c'est un grand tort , surtout lorsqu'on traduit un ouvrage dont la pureté du goût est, sous le rapport littéraire, le principal mérite , et un écrivain qui se piquoit très-spécialement de la plus exquise délicatesse dans le style et dans le langage.
l()6 ANNALES
Delpliinc j par inadame de Stael-IIolstein, nouvelle édition.
29 novembre.
MaDVME de Staël a ci-u dovt)ir cnrichii- nôlic lilléï'alure de deux romans : If premier tprdle a doiiiio est, à mon avis, foil supérieur £\vi second, et il n'est pas bon. Peul-êtie la femme d'^ kllrcs à qui nous devons le Traité des Passions , et celui d ■ la LU té rature considérée dans ses rapports avec la morale et la politique , a-t-elle voulu, par des proJuclions d'un genre moins sublime, se rapprocbej- de son sexe, audessus ducpiel elle craignoit de paroître trop él.vée. Si position étoit délicate en effet : les bouimes (\\\\ la voyoieut à leur niveau en concevoient quelque jalousie; et les femmes, que ses prétentions auroient pu enorgueillir, ne paroissoienl pas disposées à les lui pu donner : l'inlérèt que les {'emmes poitent à leur sexe, est une espèce d'abstraction : quand il s'agit de pa}ticuhriser ce sentiment général, elles le modifient beau<onp; elles veulent bien qu'on a^sin-e la gloii-c du corps, mais mallieurà celle qui se cliarge de cette fonction!
Daûs ses ouvrages philosophiques, madame de Slaél avoil eu un dt'faut, celui d'être trop romanesque; elle en eut un autre dans ses romans, celui d'être trop philosophe : les premiers auroient pu faire croire qu'elle avoit du talent pour un genre qui demande de la sensibilité, de l'imagination, un style vif, animé, pittoresque; et les seconds, si les premiers n'existoient pas,
fero'ent penser qu'elle est propre surlout à la disciissioii , à l'analyse , aux genres qui exigent de la méditation, de la sagacité, de la pi^ofondeur. Il y a du malheur dans tout cela ; mais on peut y trouver aussi la preuve d'un esprit très-distingué : car il n'appartient pas aux esprits vulgaires , quand ils s'exercent dansun genre , de faire regretter qu'ils ne se soient pas exercés dans uu ûutie.
Ce qui domine dans les ouvrages soit philosophiques, soit romanesques de madame de Staël , ce qui les caractérise, c'est une sorte d'exaltation qui va jusqu'à l'ouhli des bienséances : il faut bien que je me serve de celte expression , un peu dure à l'égard d'une femme, mais qui rend ma pensée, et d'ailleurs au-dessus de laquelle madame de Staél paroît s'être placée. Une femme doit se soumettre à Vopinion, dit l'épigraphe de Delpliine : la maxime est parfaitement vraie, et la morale excellente; et quand on songe que cette morale est de madame Necker, on voit que de très-bons principes ont présidé à l'éducation de madame de Staël j mais le talent est souvent plus fort que l'éducation : aussi madame de Staél a-t-elle débuté dans la littérature par des Lettres sur Rousseau , dans lesquelles on dut s'étonner de voir une très-jeune personne vanter avec tant d'enthousiasme la Nouvelle Héloïse , s'identifier avec l'héroïne du roman , et faire l'apologie des passions les plus dangereuses, et des foiblesses les plus coupables. Certes, l'éloquence de Rousseau est bien capable de i-en verser une jeune tête, de porter le trouble dans un jeune cœur; mais ce trouble ne devoit-il pas s'y renfermer? Falloit-il qu'il éclatât? Etoit-il nécessaire qu'une jeune dame mît le public dans le secret de ses émotions? Je
l66 ANNALES
sois que, dans le Imigngo ilt- iiuidaino dr Slaol , cos iiri— piiidoico.s du talciil rcçoiveiil un nom (jiii n'piiid sur «'Iles de rinli'i il : on les appcllf dv Vabandun; nia'.s luiit le moînlc ne pailc p is co langago.
De l'apologie des l'i edaines t'iolic|UPs de Julie au panégyrique des passions, en généjal. il n'y avoiLcpi'un pas: rauteiir ^c fi' un jeu de le IVancliir; el nu*ino, après les Ijctircs sur lioufi.'îcau ^ cl dans un l(ni})s où dvs inlcrèts ioil élrangers à la liLléjaluro avoieni pu aimer la caloninie contre l'aiileur, le Traité des Passions fut plus funeste à sa r«'puUilioii que tous les mensonges posîiibles de la calomnie. L'ouvrage sur la lUtéraUtre , trèsdiflerent pour le fond , porloil Tempreinle des ouviages précédens , et présenloit, dans plus d'un endroil , le même caractère à^abandon; mais , de plus, en le considérant en lui-même, on le regarda comme luie nouvelle atteinte aux convenances : cette prélenlion pédantesquc de régenter le Painasse, d'établiren lillératinede nouvelles doctrines: cette poétique d'un nouveau genre; ce gros Traité, en deux grQs volumes in-S". , sur les anciens et les modernes , ne paroissoit point s'accojder assez avec ce cju'on attend généralement dt-s femmes, quand elles recherchent la gloije des lettres. Tibère appeloit Lwie un l/lysse en jupe : en changeant un peu ce mot, on l'iqiplicjua à madame de Staël ^ qui fut a])pelée un membre de L'Institut en jupe. Enfin, les deux romans oii'elle publia , achevèrent de démonlier qu'elle 7ie prenoil pas pom- elle la maxime «jui sert d'épigraplie à l'un des deux : il ne s'agit ici que de litléralure,
Decxtlabandon (jui lègne dans toutes les productions de madame de Staël, et qu'on remarque surtout dans SCS romans , naît u n défaut ahsolu de délicatesse et de goût.
df^fiTit bien rare dans les ouvrages des femmes : tout est exprimé avec une sorte de i-udesse et de brusque franeîiise; tous les traits sont appuyés avec force; l'art des nuances est totalement négligé; toujours de l'énergie, jamais de grâce; une sorte de verve volcanique, qui jette des flammes ardentes ou des torrens de fumée; un naturel presque sauvage dans le Ion, avec un style entièrement dépourvu de simplicité ; de l'imagination sans règle; de l'esprit, et beaucoup d'esprit, sans justesse; vine confusion de*véi-ilés neuves qui semblent le fruit de quelques momens lieureux d'inspiration, avec des erreui's grossières qui semblent appartenir plus particulièrement à la manière de voir de l'auteur; im talent qui se lait sentir, et qu'on ne définit point, parce qu'il n'est jamais pur. parce qu'il n'offre rien de précis et de décidé , parce qu'il est loujoui-s appliqué à faux.
On prétend que madame de Staël a voulu se peindre elle-même dans ses romans : on dit quelle a fait Delphineh son image, qu'elle a modelé Corinne sur ellemême : je ne saui'ois le croire. Il est possible que ses personnages aient quelques-uns de ses traits ; mais il est impossible qu'elle ait eu dessein qu'on la reconnût à la ressemblance : il y auroit là trop d'abandon; car ses Iiéroïnes sahandotinent terriblement.
Le roman de Delphine , mauvais en lui-même , moins mauvais pour tant, selon moi, que celui de Corinne , prêtoit beaucoup à la plaisanterie : on ne la lui épargna point lorsqu'il parut; le fond, les cax\ictères, le style, furent également et justement critiqués. Je ne prétends repro^ duire ici ni ces critiques, ni ces plaisanteries : l'ouvrage est jugé par le public; son sort est fait, et son rang est fixé : le superbe Léonce et la sublime Delphine s^nt
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aj)pK'«i<.',s ; toiil le mondo s;iil (ju'on vouLinl pronvoi' aii\ lioniinos (ju'il.s cJoiveiil, braver /'api/iion , ol aux fcmiiics, (|ii"clKs (loiveiil s'y .soiiincllic, railleur emploie lout son esprit eL toute son imaginai ion à rendre intéressante et à faire excuser une fennne qui brise tous les freins de l'opinion, qu'aucune des bienséances sociales ne relient, qui foule aux pieds tous les principes et lous les devoirs, qui brave tous les préjugés, et mot ce qu'elle appelle la natuie et ses alfections à la place des convenances, et même des vertus de son sexe. Ce )omi»n est donc jugé sous le rapport de la morale comme sous le rapport de la lilléralure : c'est un développement du Ti'aité (les PassioNs; c'est une espèce d'apologie de lous les travers de l'esprit et de tous les ëgaremens du coeur. J'ai souvent été tenté de croire, en lisant les ouvrages de madame de Staël , et spécialement Delphine et Corin/iCj que lejatalisme étoit la doctrine secrète de l'auteur : la puissance des passions y est presque toujours présentée comme insurmontable 5 et leurs excès, comme moins dignes de censure et de blâme, que d'indulgence, de pitié, et même d'intérêt. Delphine ou Corinne, indifféremment, pourroit s'écrier, comme l'héroïne d'vui autre roman :
La faute en est aux dieux, qui me firent si folle!
Le grand Arnaud eut l'ali' d'approuver cette doctrine, quand il défendit la tragédie de Phèdre: ce qui pourroit faire soupçonner que madame de Staël est un peu janséniste; mais je suis sur que personne ne s'arrêtera long-temps à ce soupçon.
C'est un plaisir de la voir entrer d;uis la carrière des
romans : la préface de Delpliliie esl curieuse : madame de Slaël commence par exposer, avec une gravité loutà-tait singulière , les difficuîtés du genre ; on diroit qu'un . i-onian est , de tous les ouvrages, celui qui exige le plus de génie , le plus de sensibilité dans le cœur , le plus de force dans la tête : l'auteur est étonné de son entreprise et de son audace; il y a donc de l'exaltation jusque dans les préfaces de madame de Slaël? « Le genre en « lui-même, dit-elle, présente des difficultés e^aya/z- « les. » Elle ne ménage pas les termes. Que diroit-elle donc du poème épique, de la tragédie, de la comédie, qui présentent bien d'autres difficultés que le roman? <( Il faut, ajoule-t-elle, une grande puissance d'imagi- <( nation et de sensibilité pour s'identifier avec toutes les « situations de la vie. » Il faut beaucoup de talent, cela n'est pas douteux , pour réussi)- dans quelque genre que ce soit; maisl'espèce et le degré du talent sont en proportion de l'importance du genre. Si l'on disoit , quelle jowwsance d'imagination et de sensibilité n'a-t-il pas fallu pour fàiie la tragédie de Phèdre , on parleroit avec justesse; madame de Staël croit-elle que son roman, quand il seroit bon, pounoit être mis à côté d'un des chefsd'œuvre de Racine'^ Elle n'a sans doute si fort exalté les diillcultés du gem-e que pour se préparer une excuse don! elle a grand besoii} , ou pour se ménager une gloire qui malheureusement lui échappe : il est triste de restei" si loin de nos bons romanciers , ajjrès tant d'exclamations emphatiques et tant de phrases pompeuses sur les romans ! Il faut moins disserter sur le goût et tâcher d'en avoir un peu.
Cette préface est à la fois un traité de morale , de métaphysique et de littéi^aturej on y trouve tout : des
172 Annales
iH-floxions sur le ccriir luini;iiii , dos oKsorvn lions sur le P«'nio ot le taloiil , im .sy.sk''iu(! lilli-rairc . Trlogo de la littérnlure niiglai.sc, Trlogo de la lilli-ialine allemande, une coni}Darai.'ioii de riii.sloiic et «lu roman, dans laquelle, comme de raison, l'histoire est sacrifu-e au roman; en général, des principes qui prouvent que chez madame de Slai^l la pratique n'est qu'une conséciuence de la ihéoiio, et (\\\e si elle écrit et compose mal, c'est en connoissance de cause, et à bon escient.
Dans celte préface de vingt pages , il y en a au moins dix qui sont inintelligibles : parmi les ténèbres d'un style amphigourique, apparoissent quelques fantômes d'idées (|ui imposent d'abord; mais le moindre l'ayoïi de lumière dissiperoit tbute cette fantasTnagorie. J'ai entendu dire que ce style épeille la pensée : oui, comme la luiit éveille l'imagination, en dénatuiant aux yeux tous les objets, et en les trompant par mille illusions plus vaines les unes que les autres. Il eu est de la plupart des idées de madame de Staél, comme de ces beautés équivoques (jui ne peuvent soutenir l'éclat du grand jour, et qu'il ne faut voir qu'à la lueur incertaine d'une lumière artificielle. Madame de Staël réclame sans cesse contre la critique; sans cesse elle en appelle à la postérité : la critique qui lui refuseroit un talent extrêmement distingué seroit bien injuste; mais celle «jui loueroit, sans resti'iction , aucun de ses ouvrages, seroit bien partiale.
Manière d'apprendre et d'enseigner y par le P. DE JouYENCY, jésuitc, traduite en francais^ par M. Le FoRTiER , professeur à l'Ecole Mili^ taire de Saint-Cyr.
3 déceraBre.
La régénération des études . l'établissement de l'Université, les nouvelles espérances que fait naître celie gi-ande institution attendue et désirée depuis si longtemps, le caractère de solidité qu'elle présente après tant d'essais éphémères , l'appareil imposant avec lequel elle se déploie , la gloire et l'éclat dont elle est environnée dès les premiers moraens de son origine; tant de circonstances qui semblent promettre les plus heureux résultats pour la culture des générations qui s'élèvent'; tout, en ce moment, excite et justifie le zèle de ceux qui reproduisent les livres relatifs cà l'instruction publique, et qui clierclient à remettre en honneur la sagesse et l'expérience des anciens maîtres pour l'utilité des nouveaux : on peut remarquer, en effet, et les bons esprits observent avec un vif sentiment de plaisir, que l'expérience des temps passés , si long-temps dédaignée , est aujourd'hui regardée par les sages qui président à la nouvelle institution, comme le guide le plus sûr qui puisse les diriger dans leur honorable et pénible carrière; ils ne ferment point orgueilleusement l'oreille aux leçons des Bollin et des Jouvency . pour n'écouter que la voix de je ne sais quelle sagesse nouvelle qui a prévalu trop long-temps; et c'est le moyen que IXTni-
l^'i ANNALKS
versili' iiaissanle , <U'jà si pleine de gons de mûitr,
compte elle-iiième un jour. ses Juuveiicy et ses l^ollin.
II existoil jadis deux plans d'iiKstriKtion aussi vastes qu'admirables; ils n'éloienl point le fruit des méditations du eabinot et des elloi Is du )ais<)iniemeMt : nés tous les deux à des époques dillërenles, mais dans le sein d'une barbarie presque égale, ils s'étoient épurés en passant à traveis les siècles; et rexpérience, cette compagne du temps, les avoit afïermis et cimentés en les perfectionnant sans cesse. Jouvency et Jiollin fment, en quelque sorte , les législateurs de ces deux constitutions littéraires: mais des législateurs qui proclamoient moins les lois de leur propre sagesse qu'ils n'enregisti oient les oracles de Texpéi-ienoe : l'un rédigea le Code de l'Université: et ce Code, qui renferme les résultats de plusieurs siècles de pratique, ne pouvoit pas être considéré comme une de ces théories toujoui's incertaines, que les réflexions d'un philosophe confient aux épreuves et aux hasai'ds de l'avenir : il avoit, en naissant, l'autorité du pissé et la sanction des âg'^s. L'autre exposa la méthode d'enseignement suivie dans une coi'poralion savante et illustre, qui embrassoit Fiuiivers dans ses immenses desseins, et dont il etoit un des ornemens. Les deux ouvrages, empreints du caractère des deux auteurs, respirent également la pureté du goût, la sagesse des principes, et le zèle des bonnes études. Les deux compagnies ne pouvuient ciioisir, parmi les vieillards qui avoient blanchi dans leur sein, deux interprètes plus dignes d'elles; et ce fut presque en même temps, et au commencement d'un siècle qui devoit se livrer à tant de rêveries bizarres sur l'éducation comme sur les autres objets, qu'elles présentèrent, avec une noble as-
LITTÉRAIllES. (1809.) I75
gurance , aux nations éclaù ées , ce double fruit de leur double expérience.
C'est encore une question de savoir lequel des deux établissemens a porte l'instruction publique le plus piès de la perfection; de ce point désiré où tend l'Université nouvelle, et qu'elle doit atteindre, si j'en crois les augures qui président à sa naissance. On a souvent conipaié le plan des jésuites avec celui de l'ancienne Université; miis personue ne me paroît avoir établi cette comparaison avec plus de justesse que M. le Fortier, profes seur de belles-lettres à l'école militaire de Saint-Cyr , à qui nous devons une excellente traduction de l'ouvrage que j'annonce en ce moment : « L'Université, dit-il, « plus sévère dans son goût, se renfermant, pour ainsi « dire, dans l'explication des seuls auteurs classiques « qui ont trait à l'histoire, à la morale et à l'éloquence, « et prescrivajit une imitation plus rigoureuse de leurs « pensées et de leur st3de, excluoit pi-esqne de ses le- « çonstout ce qui tient à l'art dramatique, et ne se per- « mettoit que de courtes excursions dans le champ si « vaste de la poétique; elle négligeoit dans ses exer- « cices, si l'on en excepte la distribution solennelle des « pi'ix api-ès le concours des dix collèges, à laquelle il « n'y a rien à comparer en ce genre . l'appareil et l'os- « tentation , et usoit peu de cette foule de petits moyens « dont sa rivale se servoit pour animer les luttes de ses « élèves , et nourrii' leur émulation ; l'école des jésuites , « au contraire , embrassoit dans son plan d'instruction « tout ce qui concerne les belles-leltres, et donnoit à « chacune de leurs ^wrties une attention égale; peut- (( élre mémo entroit-elle à cet é^ard dans des détails « trop minutieux} en effet, elle ne joignoit pas seule-
« niriit à l'ututle des hi.->lorioii.s , des oral'Mirs, des mo- (( rali.sIt'S , dos i IicIl'ui.s , ctll(^ des puclcs i'|):<|iu'.s, dra- « niMliqiK'.s, lyri(jiM's j did;n'lii|ii('~> , biH'oli(|U('.s, elr. , « elle enseignoil uu.ssi l'art de iiiie des'épi^l•amln(^s, u des devises , et jiis(ju'ù des log(tgiij)lies et des énigmes j <( aiieiui des jeux tie l'esprit néloil oublié. » Api es avoir exposé les dilléreiis el iKjiiibrc-ux nioyciis (pie Icn jésuites einployoieul pour exciter el eulretenii- TéiDUlatioii, M. le Fortiei- termine son parallèle par celle réflexion pleine de sagessti : « Dans ces deux eoips en- « seignans, les belles -lettres étoient toujours l'objet « principal de l'instruction j {pioi(|u'on n'y négligeât « pas pourtant les aulies branches lUts coinioissonces « humaines. On a i-egardé de tout temps les lettres « comme ki chose la plus propre à exei'cer l'esprit de « la jeunesse; chez tous les peuples polis, elles ont fait <( la base de l'enseignement. » M. le Forlier ne prononce pas formellement entre les deux méthodes; mai*; quelques endroits du parallèle peuvent faire croù-e qu'il penche du coté de l'Université. Il est dilHcile en ellét de se décider : il y avoit moins d'abus , avec moins de richesse, dans l'enseignement de l'Université; mais celui des jésuites ofTroit plus d'étendue, de variété, d'éclat , sans que cet éclat nuisît beaucoup à la solidité.
Un autre professeur très-instruit, M. Teissédre, qui enseigne les belles-lettres au lycée de Gand , a campaié aussi les deux inslitutions dans un discours, ou plut<'>t dans un traité qu'il vient de publier, et dans leipiel il a rassemblé beaucoup de vues très-diverses siu' l'instruction publique : son opinion se manifeste d'une manière plus précise que celle de M. le Foitier; il faut l'entendre : « La société des jésuites, dit-il j visoit au
« brillant; l'Université visolt au solide; Fime ëtoitplus « variée, 1 autre plus profonde; l'une plus enjouée,' « l'autre plus austère; dans l'une on cliri-cïioit ForUe-' fe ment et puis les pensées sans les séparer; dans l'autre H on vouloit les pensées et puis rornenlenl; la pre-' « niière accordoit un peu trop à l'imagination des en~ « fans: la seconde estimoit plus le bon se7is. On jugé « parfaitement de leur manière d'enseigner, dans les « choses de goût, par les ouvrages de deux de leiïrs « élèves, tous deux pleins de talent, ayant éci'it Vers lé « même temps, et suivi la même carrière, poussés « peut-être par cette rivalité qui aiiimoit lés deux cor- « po}'ations j <?t chacun d'eux Voulant soiitenii* l'hon- « neur de ses confrères : c'est dé Rollin et de Borniyer
« que je veux parler Berruyer a un siyle gracieux
«et fleuri, unie imagination riante, un ton enjoué « même dans les sujets les plus sérieux ; Rollin écrit « avec aménité , quand il le faut ; mais il recherche da- « vantage la noblesse, même dans les pliis petites cho- « ses ; l'un a dégradé les écritures jusqu^au ton proie fane des romans; l'autre a donné à l'histoii'e ancienne « une dignité, une majesté, une sainteté, qu'elle n'a-
« voit ni dans Tite-Live , ni dans Polybe Je con-
« dus que l'Université de Paris a l'avantagé pour le « goût, et que nous devons nous lapprochei' de sa mé- « thode-, sans rejeter ce qu'il y avoit de bon chez sa « rivale. »
On pourroit reprocher à M. le professeur Teissédré «l'avoir choisi le P. Berruyér , comme on dit, trop à son avantage. La société des jésuites a produit des écrivains d'un goût très-mâle et très-austère ; il y a loin de Bour-^ daloue au P. Berruyér ; si celui-ci prodigue les fleairs 5v la
IfS ANN.Vr.Kfl
m il à propos, raulie les épai'giio poul-^ilre avoc Irojl dVconoinle. Le P. Boiigoanl a écril V Histoire du Traité de If estphalie d'un style aussi pur et aussi sagcîqu'agréablo. Le P. Jouvency lui-meni(^ , dont l'onviago donne ici lieu à ces jéllexions, ne s'écarlo jamais, crt écrivant , dis lèglcs du goût le plus sévère. Mais M. Teissédi'e ne donne pas piéciscmentsa comparaison d»; Roilin et de Borruyer comme une preuve de ce (ju'il avance : ce n'est, à mon avis, (jii'un emblème qni lui sert à rendre sa pensée plus sensible. Du reste , j(! ne sais si je suis abusé par les souvenirs de mon enfance et par le tendre attacliement que j'ai conservé pour l'école qui m'a nourri ; mais la conclusion de M. Teissédre a toujours été mon opinion , ou du moins mon penchant.
Un critique ingénieux et célèbre, M. de Félelz , en rendant compte, dans le Mercure, du discours même de M. Teissédre , donne l'avantage aux jésuites sur l'Université , du moins poiuce qui legarde les discours d'apparat et les actions publiques. Son avis est appuyé sur de foit bonnes raisons , et développé avec beaucoup d'agrément et de clarté. Il est sûr que cliez les jésuites les professeurs pnisoieut , dans un plus grand nombre de sources ^ les sujets de leurs discours : ils ne se renfermoient point, comme ceux de l'Université, dans les bornes étroites de quelques lieux communs de morale et de quelques questions littéraires. Les actions publiques des jésuites étoient donc plus variées, plus brillantes , et moins voisines du dégoût et de l'ennui. Mais si les orateurs de l'Université éloient moins amusans , ils donnoient aussi moins fréquemment, à la jeunesse qui les écoutoit, l'exemple du faux bel esprit , de l'affectation et du mauvais goût Je crois que les discours du P. du Baudory, par exem*
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pîe, poiivoîent égayer l'audiloii-e par le piquant des questions qu'il y tiaitoit, par la profusion des pointes, par le cliquetis des antithèses, par le jeu des épigramînes , par Tabondailce des diminutifs, par le plus étrange obus de toutes les figures; mais ils n'en étoient pas moins détestables j et l'on peut dire même scandaleux, puisqu'ils étoient prononcés devant la jeunesse qui n'a toujom's que trop de penchant à ces défauts. Le P. Po-' lée, comme l'a dit Voltaire, son élève, étoit éloquent dans le goût de Sénèque, Etoit-ce là une belle éloquence à proposeï' aux jeunes gens pour modèle?
Bien différent de ces professeurs, dont une vaine ambition de briller et de plaire égaroit le talent, le P. de Jouvency eut un goût parfait dans ses discours comme dans ses livres. Sa Manière d'apprendre et d'enseigner est un petit chef-d'œuvre de style , et , à quelques chapiti'es près, de bon sens et de raison ; la lecture en peut être fort utile aux élèves et aux maîtres ; ils doivent lé placer dans leurs bibliothèques, à c<5té du Traité des Etudes de M. Rollin. La traduction qu'en a donnée M. le Fortier est digne de l'original , et mérite d'être Rangée parmi nos meilleurs livres classiques : on doit, au reste , souhaiter que cet habile professeur applique à quelque ouvrage plus impoitant encore, ce qu'il a de littérature et de goût ; il semble fait pour acquérir, un jour, quelque titre plus brillant à la renommée»
l8o A.NNALES
XYIII.
Les Vers a Soie, poëme de Jérôme Vida, de Crémone, évétjiie d'AIhe; suivi (\\\ poème des Echecs, et de pièces l\igi(ives du iiicnie auteur^ et d'un Choix de Poésies de Pierre Dorvillej traduits du latin par M. Levée, censeur des études du Lycée de Bruges.
aa décembre.
Vida est un des plus grands poêles latins modernes; il fiU le conleiiiporain et le rival de gloire de cette fouie de poètes latins, qui parurent avec tant d'éclat sous le pontificat de Léon X. Les langues modernes, encore dans Fenfance, nesembloienl pas dignes alors d'être les intei'prètes du talent et du génie; mais à mesure qu'elles se sont perfeclionnées , les écrivains qui cnllivoient les muses latines ont dû s'attendre à moins de gloire. Quelques esprits frondeurs eurent même la témérité d'examiner s'il est possible à des modernes de bien écrire en latin : le seul doute étoit capable de décourager tous ceux qui trouvent plus beau de se servir d'une langue morte , que d'écrii-e dans leur propre langue. La philosophie du dix-huitième siècle ne trouva point cette question indigne de ses méditations : presque tous nos philosophes , et à leur tète M. de Voltaii-e et M. d'Alembert, firent le procès à quiconque essayoit de parler la langue de Virgile et d'Horace, De leur part, cela n'a rien de fort étonnant ; M. de Voltaire et M. d'Alembert n'étoieut pas de grands amateurs de l'antiquité.
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Ce qui surprend , ce qui confond , ce qui peut même scandaliser, c'est de Yoir Boileau du même avis : oui, Boileau lui-même, Boileau qui faisoit très-bien des vers •latins, comme l'attestent quelques essais qui nous sont restés de lui 5 Boileau , cet admirateur passionné de l'antiquité, proscrit également les faiseurs de vers latins ! Il s'est donné la peine de composer un petit dialogue dans le genre de celui des Héros de Roman, non-seulement pour prouver qu'ils ont tort, mais pour les rindre ridicules : Horace, un des interlocuteurs de ce dialogue, adresse cette douceur aux poètes latins modernes : «Pour « vous dire nettement ma pensée , Apollon devroil vous « défendre aujourd'hui , jjour jamais , de toucîier plurae « ni papier. » Je ne sais si Apollon parle ici véritablemeut par l'oi'gane de Boileau; mais ce qu'il y a de certain, c'est que Boileau parle, dans ce cas, par l'oi'gane d'Apollon.
Ce dialogue n'éloit pas une de ces facéties que produit le caprice du moiuent, et qui sont sans conséquence: on retrouve la même opinion dans une lettre que Boileau écrivoit à Brossetle , long-lenips apiès avoir composé ce badinage : «Je suLs assmé, dit- il, dans cette « lettre , que si Térence et Cicéi on revenoient au monde , V. ils riroient à gorge déployée des ouvrages latins des « Fernel, des Sannazar et des Muref. Il y a beaucoup « de français, ajoute-t-il, dans tous les vers latins des « poètes français qui écrivent en latin aujourd'hui ; vous « me ferez plaisn* de parler de cela dans votre Acadé - « mie, et d'y agiter celte question : 6"/ Von peut bien « écrire dans une langue morte?)) Ceci est sérieux; Tacadémie de Lyon agita la question , et fut de l'avis dô
l8a ANNA J.Kf,
B()il< MU : il Y a là df fl'ioi cuiKsolcr ceux iiiii no .sjivoiit pasTaircde versbliiis; iiKiis aus.si ilc (|u<»i cU'.soIcm- IVIM. Ia: Maire, Cuucliy, Clianihry, cL Barl)i( rdc Vcyinais,
Ou seioil iiuuuc; Iciilû de ci'ojre ((ui; 13oileau avoit un© espèce d'Jiorreur jiour U'n puënics modernes écrits en latin. Koi'ijqu'il composa son AiLpoélitpu', il n'avoil pas J.U celui de .^■ida : celle lu'gligciue esl Irop c<»upable pom' ne pas supposer de Tuveision. La Poétique de Vida n'est pas un ouvrage méprisable, quoiqu'elle ne passe point pour le chei-d'œuvre de l'auleur ; et Boileau écri-r vaut suj- la même matière, auroit dû se donner la peine de lire Vida.
Ce poêle n'est sans doute ni un Virgile, ni un Horace; mais il y a du talent dans lous ses ouvrages, parmi lesquels on a toujours distingué d'une manière paiticulière le poëme sur les f^ers à Soie. Il me semble cependant (|ue Vida manque un peu d'inverjtion dans cet poëme : il traite son sujet avec une sévérité liop didactique; il n'oublie rien que les oinemens dont il auroit pu embellir son ouvrage : la matière , quoique ëpuisée par le poète , paroît pauvre entre ses mains , parce que son imagination ne lui prête ]n'esque rien. Le sujet est pour le moins aussi l)riilant que celui des Abeilles; mais quelle différence entre le quatrième livre des Géorgiques et les deux chants de Vidal On ne tfouve clie^s lui presque aucun de ces développemens où le style du po'éte se déploie avec avantage, presque aucun éjjisode; et quand il essaie d'égayer son sujet, quand il se permet quelque fiction , on voit qu'il n'a pas de féx:ondilé : ses inventions sont sèches , rétrécic^, malheureuses. Vida étoit donc moins un po'éte qu'un habile versificateur.
C'çst au beau sexe , c'est aux dardes , et surtout ftux
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demoiselles qu'il adresse son poënie : de son temps , il y a voit apparemment beaucoup de demoiselles qui entendoient le latin. Quoi qu'il en soit, le bon évêque d'Albe s'efforce, dans plus d'un endroit, de faire le galant: il répète deux fois, avec une sorte de prédilection, le même précepte par lequel il recommande aux jeunes personnes de couver les œufs de vers à soie sous les voiles de leur sein j il se complaît dans cette idée :
.... 7a conde sinu z'elatnine tecta, Nec pudeat roseas interjoi'isse papiLlas.
Ce vers est fort joli, et le poëte peint encore ailleurs, presque dans les mêmes termes, les boutons de rose qui doivent servir d'asile aux versa soie naissans.On ne lui sait pas mauvais gré de sa répétition ; mais on retrouve tout le caractère d'un pasteur et d'un évêque dans la sévérité judicieuse avec laquelle il défend aux jeunes filles de monter sur les arbres : c'est à l'occasion de la récolte des feuilles propres à la nourriture des vers à soie. Je vais citer la traduction de M. Levée : « Ne « permettez jamais qu'une fille, à la fleur de son âge, (( monte sur les ormes élevés ; choisissez plutôt une « vieille, accoutumée aux plus pénibles travaux, et que « les années ont rendue moins délicate (la vieillesse n'a <( plus d'attraits à ménager ) : cliargez-la donc de ce <( soin épineux , de peur qu'un satyre effronté , sorti « du fond des bois , ne forçdt la jeune fille à rougir des « regcu'ds passionnés qu'il porleroit sur elle. » Cette traduction est élégante ; mais il y a dans les vers de l'évêque d'AJbe un mot dont elle ne rend pas l'énergie : eu parlant du satyre effronté, le poète latin se sert du
ifii ANNALES
terme âuspiciat y c\[û veut dire regarder de bas en haut. Le bon évèque sa voit bien à quoi les jeunes filles qui nionlent sur les aibrcs sont exposées : il a employé lo mol jîropre , et c'éloil bien le eus,
Sa morale est cependant encore m^'lt'e do galanterie; car ce n'est pas seulement la crainte des satyres cmieux qui la lui inspire, mais le tendre intérêt qu'il prend aux appas délicats des jeunes filles, cet intérêt va même un peu trop loin : on peut rendre aux jeunes demoiselles ce qui leur est dû, sans insulter la vieillesse; d'un bout à l'autre de son poëme, Vida invective contre les vieilles femmes : cela n'est pas bien.
Dans la haine violente qu'il leur porte , il ne veut pas même que les vieilles fenmies appiocîient des vers à soie : il les en éloigne avec l'accent de la fuieur; ce sont , suivant lui , des monstres qui portent malheur y monstra infelicla : l'expression n'est pas douce ; écoutons son traducteur : «Vous ne courrez aucun risque « d'exclure, ni d'éloigner les vieilles; ce sont de redou- « tahles Jléaux : leur chant ^ leurs regards malins ont « ime fatale influence ; mais introduisez uni(|uement « de jeunes garçons, de jeunes filles, o\w, l'âge, les « attraits et l'innocence rendent incapables de nuire ^ « laissez-les même danser librement, chanter tour à « tour avec gaîté des hymnes à Vénus et à Saturne.» Les premiers mots de celle traduction forment une espèce de contre-sens. 'N^ida ne dit point : rous ne courrez aucun risque; il y auroit quelque ménagement dans cette tournure; il dit : éloignez, sans distinction , toutes le^ vieilles femmes, discrimine nulio. M. le cen.eurdes élud?s a eu tort de croiie que discrimen signifioit ici
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danger^ risque; il veut dire distinction^ différence, comme dans ce vers de Virgile :
Tros^ Rutulusve fuat nullo discrimine habetur.
On peut regarder Vida comme le fléau des vieilles femmes ; mais il ne mënage guère plus les vieillards : la seule différence , c'est qu'il n'en parle qu'une fois, tandis que les vieilles femmes reviennent à chaque instant; il est vrai qu'il peint de couleurs grotesquemeut affreuses nn vieillard dont la seule présence faisoit, suivant lui, mourir les vers à soie : «Il me souvient, dit-il, « d'avoir vu en Toscane , sur le rocher élevë deViterbe, « un veillard grossier; son front étoit ridé, ses traits « éloient affreux, ses yeux bouffis et pleins de sang, « et sa tête couverte de cheveux blancs et hérissés ; de « son regard meurtrier, o crime inoui ! il faisoit périr « toute la race des insectes et des papillons légers ; si « même il entroit par hasard dans les jardins au mo- « ment où l'année ayant terminé sa carrière , quitte les « dépouilles d'une honteuse vieillesse, et quand les ar— « bres des champs blanchissent sous les fleurs dont ils se « couvrent , l'infâme vieillard eau soit levu' ruine , et les « laboureurs désolés pleuroient la perte des fruits que « l'année leur promettoit en abondance : car partout où « ses yeux terribles s'étoient arrêtés sur les arbres , là , « tout à coup, les fleurs languissoient, voltigeoient dans « les airs, et tomboient comme une pluie soudaine; si, « parfois dans sa colère , le cruel ravisseur d'Orythie « pénétroit dans vos jardins mal gardés , il y causeroit « moins de dégât; si jamais, par un effet de la colère « des dieux , celte peste passoit devant notre maison K quand nos tablettes sont couvertes de nombreux iu-
c sectes, gardoii.s-iious l)ioii de raboider, ni do le rofo- « nir trop long-lcnips à converser; que les servantes « s'enipressciil , au conlraiio, de IcDuer les porles <l les « fciu''tris, ol d'écaiicr de noire dciueure ce iléau pesli- « 1< ni ici I »
On peut nietlre celle liisloiie véri table avec celle dô la reproduclion des vers à soie dans les etitiailles d'un jeune laureau égorgé pour cet cfTct, après ceitoines préparations; coule renouvelé du (iualii( nie livre des Géoj'gi(|ues, mais (jue Vida ne se l'ail point pardonner, comme Virgile, par un épisode charniaut. Du reste, le morceau que je viens de citer prouve que le traducteur écrit avec correction, et même avec une certaine élégance.
L'évé(pie d'Albe pensoit lant aux jeunes filles en composant son ouvi-age , qu'il a lerminé chacun des deiix chants de son jjoëme par le mot lai in qm signifie Jeunes filles.
Le premier finit ainsi :
Gratum opus Ausoniis, ditm voh'ent fila, puellis.
Et le second par ce vers :
Et meritis gratas slhi dei>inxèrc puellas.
Aussi pose-t-il en principe que la première éducalion des vers à soie doit être confiée aux soins d'une jeune fille qui ait encore sa virginité :
Sed prodest nondùm thalamos experta pnella Prima manu tenerasforsàn si pascat alumnas.
JjOi virginité lui paroit une condition essentielle.
Le poëme des Kchecs a un grand défaut : il faudroit, finie lisanl, avoii- un t'chu{uier sous les yeux : le fond de l'ouvrage est une partie d'écliecs jouée par Apolloa fit Mei'cure, eu présence des autres dieux. Cette partie duie l'espace de vifigt pages, Eour suivre les joueurs , U seroit nécessaire que le lecteur répétât lui-même sur le damier la double pai^tie : c'est un tour de force de la part du. poète, c'est une. merveille de versification, si l'on veul ; mais c'est le comble de l'ennui : j'aimerois autant lire le livre de Philidor.
Nous avons, dans notre langue, un poëme desEchecSj par M. Cérutti : c'est aussi un toin- de force; on en a retenu ce vers précis sur la marche dasjno/is :
Ils frappent de côte, mais ils marchent de front.
Le jeu des Ecliecs a, comme on sait, fourni à M. De-^ lille un très-beau morceau dans son poème des Géorgi-» ques françaises :
Plus loin, dans ses calculs gravement enfoncé. Un couple se'rieux qu'avec fureur possède L'amour du jeu rêveur «(u'inventa Palaraède, Sur des carres égaux, différeps de couleur, Combattant sans danger, mais non pas sans chaleur, Par cent détours savans conduit à la victoire Ses bataillons d'ébène et ses soldats d'ivoire. Long-temps des camps rivaux le succès est égal: Enlin, l'heureux vainqueur donne l'échec fatal , Se lève, et du vaincu proclame la défaite. L'autre reste attéré dans sa douleur muette; Et du terrible mat à regret convaincu , Regarde encor long-temps le coup qui l'a vaincu,
Ç(i peu de yers, d'tm goût exquis, vauj, mieux que
l8S ANNALES LTTT/:RAinES. (l8or).)
les poëraes entiers de Vida et de M. Cérulli. Kloil-il ndcessaii'C de Iradiiiro en français les ]io('nic.s de r('v(*(|ne d'xAlbe et les poésies de Pienc Dorville? J'en doule fori; je ne le crois pas ; mais si Vida et Pierre Dorville dévoient avoir un intciprèle français, antant vaut M. Levée qu'un autre : c'est un lillérateur instruit, attentif, laborieux, qui paroîl destiné à se faire quelque nom par des travaux utiles , et à prendre un rang parmi les écrivains, qui, sans avoir des droits à la gloire, en obtiennent, du moins , à l'estime.