‹ Annales littérairesChapitre 6 sur 23 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

Les Martyrs y ou le Triomphe de la Pœligion chrétienne j par M. de Chateaubriand.

ao février 1810.

Moins lieureux c^^tala, et que le Génie du Christianisme, ce nouvel ouvrage de M. de Chdteaubriand a été moins bien reçu dti public, et plus maltraité par la censm'e littéraire : un homme de l)eaucoup d'esprit, M. HofFman , a déployé contre les Martyrs loules les rigueurs de sa critique, et toutes les ressources de son rare talent pour la raillerie; peut-être, une production de cette importance de ma n doit-elle un examen plus indulgent , et un ton plus sérieux : quelques reproches qu'on puisse faire à cette création nouvelle d'un grand écrivain , on doit reconnoître qu'elle porte l'empreinte de son beau génie; M. de Chateaubriand ne s'est pas morïlré inférieur à lui-même , dans cette périlleuse application de sa théorie poétique, et la nature seule d'une tentative si hardie et si neuve exigeoit les plus honorables égards , indépendamment du bonheur de l'exécution, et du succès des efibrtsj une des plus intéressantes

ëpitrps de Boilo;iu osl mit' consolai ion a(li(\s.scc à Vatilcitr de P/ici//-<-, (jiriillli^f<ii(!ii} (le cincllc.s v.[ iMjU.sIcs cii- 1i(jiKS : si des vers iiK'lo(]i(!ii\ ])t;ijv{'iil (iiurmer les cliugrins cui.san.s, et su^pindre \qs doulcins amènes (rime amc qu'ont blessée les traits de la satire, raiitcur îles Martyrs ne pourra manquer d'oiiblicr les .siome.s, aux doux .sons que lui failcnlendic la ly)o liarmoni(;use d'un grand poêle : M. de F(;nlanes vient d .idrcs.seï' les vers suivans à son illustre ami ; ils renferment un jugouent lilk'iaire d'une autorité bien imposaule, en même temps qu'ils ofTrent toutes les gi-ûces d'nne poé.si(;, pleine d'enelianlement, et toute l'élégance d'un sl^le , devenu Irèsrai'e aujourd'hui.

Le Tassç orrant dn ville en ville, Un jour aceablc de ses maux, S'assit près du laurier fertile Qui, sur la tombe de Virgile, Etend toujours ses verts rameaux^

En contemplant l'urne sacrée,

Ses yeux de larmes sont couverts,

Et là , d'une voix éplorée.

Il raconte à l'ombre adorée

Les longs tourraens qu'il a soufferts,

H veut fuir l'ingrate Ausonie, Des talens il ma\idil le don, Quand, tou<:he des pleurs du génie, Devant le chantre dHcrminie, Paroit le cliantre de Didon.

c Eb quoi ! dit-il, tu fis Armide, « Et tu peux accuser ton sort!

c Souviens-toi que le Méonide, « Notre modèle et notre guide , « Ne devint grand qu'après sa mort/

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« L'infortune en sa coupe amère « L'abreuva d'affronts et de pleurs, I Et quelque jour un autre Homère « Doit, au fond d'une ile étrangère, *■ Mourir aveugle et sans honneurs.

« De l'indigence et du naufrage, « Camoëns connut les tonrmensj « Naguères les nymphes du Tage , c Sur leur mélodieux rivage , « Ont redit ses gémissemens.

K Ainsi les maitres de la lyre

« Partout exhalent leurs chagrins î

« Vivans , la haine les déchire ,

« Et ces dieux que la terre admire,

« Ont peu compté de jours sereins.

<t Long-temps la gloire fugitive

« Semble troubler leur noble orgueil;

« La gloire enfin pour eux arrive,

t Et toujours sa palme tardiye

a Croit plus belle au pied d'un cercueil.

« Torquato , d'asile en asile , « L'envie ose en vain t'assiéger; « Enfant des Muses, sois tranquille:

K Ton Renaud vivra comme Achille :

« L'arrêt du temps doit te venger.

« Le bruit confus de la cabale, « A tes pieds va bientôt mourir :

a Bientôt à moi-raèune on t'égale, « El pour ta pompe triomphale, « Le Capitole va s'ouvrir. »

Virgile a dit : ô doux présage !

Il se replonge en son tombeau , Et le vieux laurier qui l'ombrage.

Trois fois inclinant son feuillage, Keâeurit plus jeune et plus beau.

iga AN IV Aï- ES ^

Los d'Tnior.s mots que l'ombrr^ achtivc.

Du T. ss" ont caluH- les regrets:

Plein de eourasçe, il se relève: |

Et tenant sa lyre et son glaive, '

Du destin brave tous les traits.

Chateaubriand , le sort du Tasse Doit t'inslrtiire et te totisoler:

Trop lieureux qui, suivant sa trace, Au prix de la même disf^ràte.

Dans l'avenir peut l'égaler !

Contre toi du peuple erilique' Que peut l'injuste opinion?

Tu retrouvas la muse antique' Sous la poussière pocHique Et de Soiime et d'Ilion<

Dn grand peintre de l'Odysse'e,

Tous les trésors te sont ouverts^

Et dans ta prose cadencée,

Les soupirs de Cymodocée

Ont la douceur des plus beaux vers/

Aux regrets d'Endore coupable, Je trouve un cliarme différent^ Et tu joins dans la même fable Ce qu'Athènes a de plus aimal)le.

Ce que Siou a de plus grand,

lï y a long-lcmps , ce me semble , que des vers si mélodieux et si doux n'avolent enchanté notre oreille; mais ils réveillent un regret en nous donnant un plaisir : pourquoi la Muse, dont la voix se développe en des clianls si pui\s , est-elle si avare de ses accens? Les infortunes de l'amitié ont-elles, seules, par intervalles, des droits sur un talent, qu'appellent, sans cesse, les récompenses de la gloire? Des deux premiers poêles de notre époque , l'un est trop prodigue de ses richesses ; l'autre , U par un contraste singulier, trop économe des siennes, >

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