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Maison Rustique y pour servir à l^éducatioQ de la jeunesse , par madame la comtesse de
Genlis.
25 avril.
Lès livres composés par niadame la comtesse de Geulis n'ont pas besoin des éloges des journaux, et ne crai^ gnent pas leur critique : le nom seul de l'auteur suffit pour leur succès. Favorablement prévenu par cette foule d'ouvrages sur lesquels est fondée la réputatiofn lilléraire de cette dame, le public est toujours prêt à recevoir avec empressement ceux qui partent de la mêine plume : c'est un heureux privilège que madame de Genlis partage avec trois ou quatre auteurs, ses rivaux de gloire. Les autres écrivains déplorent l'injustice et l'ingratitude du siècle , et ne devroient gémir que de leur médiocrité.
Il faut avouer pourtant que cette disposition bienveillants, que cette prédilection aussi juste que marquée du public , peut engendrer quelques abus : elle est la récompense du talent j mais elle peut en devenir l'écueil; lorsque d'avance on est sûr des suffrages , on fait sans doute moins d'efforts pour les méiiter j on se défie moins de cette fécondité, qui est un des-piéges comme un des caractères du vrai talent ; de cette facilité qui procure sans cesse de nouvelles jouissances , en procurant toujours de nouveaux applaudissemens, mais dont les jets multipliés ébranlent quelquefois la renommée . d'un écrivain , plutôt qu'ils ne l'affermissent. Il est , 5. i^
on cflrl , Irrs-ilKrioiK' (pic rIi,i(]no nouvol ouvrage d'un .lUlciir lics-lrcoiul soit, jioiir lui un nouveau ùlrc. de gloire : jîarml les produclioiis dos génies (|ul se sont livids avec le moins de réserve aux séductions de leur fécondité, le plus petit nombre est celui des clielsd'œuvre.
Si madame de Genlis , dont les écrits sont si nombreux , et se succèdent avec tant de l'apidilé' , pouvoit avoir besoin de juslifier ces profusions de son esprit, qui n'ont pas permis à sa plume d'être toujoui's égale, elle trouveroit , je crois , son excuse dans les vues qui l'ont dirigée sans cesse : sa belle et feilile imagination i)'a point cédé à l'uni(|ue attrait de produire, au seul besoin d'épancher ses richesses : quelque pen.si'e d'utilité publique relative à l'éducation de la jeunesse, a toujours été le mobile de ses diverses entrepiises littéraii'os ; on peut considérer chacun de ses ouvrages comme le développement d'une des parties du vaste plan tju'c-lle a conçu de bonne heuie , pour l'avanl.?ge des générations naissantes; et c{uand on songe à la multitude, à la variété des rapports que présente l'objet dont elle s'est toujours occupée , on trouve la raison et l'apologie de cette ibule de livres que la malice des ciitifjues frivoles attribue à une intempérance de plume , à un désir excessif de la célébrité, ou même, àquelque aufi-e passion que celle de la gloire , à quelque vue moins noble et moins élevée.
II me semble que le titre et le sujet du nouvel ouvrage dont je vais reudrc compte appuient ces observations: fauteur, dont le goût a su répandre des' grâces sur une matière assez aride par elle-même , n'a pas éprouvé sans doute en la choisissant , ce charme irrésistible qui
naît (le toute pensée propre aux développeniens du talent; mais madame de Genlis a senti qu'un tel sujet faisoit nécessairement partie du plan qui sert de base à tous ses ouvrages; et ce motif a suffi pour la ciéterminei-. Ce n'est pas que je veuille calomnier ici les détails de la vie champêtre : après le spectacle d'une belle campagne , des trésors et des grâces qu'elle étale aux yeux , des scènes charmantes , des travaux variés dont elle est le théâtre , rien à mon sens n'est pins digne de plaire que ces descriptions vives et fidèles qui nous en retracent le souvenir et l'image ', mais le nouveau livre de madame de Genlis est plus solide et plus utile qu'il n'est brillant et poétique : l'auteur , sans oublier d'intéresser et de plaire, ce qui lui est impossible, cherche plus à in^tiuire; l'instruction , cette lin commune de toutes ses compositions, est iciim but que rien ne dérobe aux yeux , et qui se présente dans toute sa sévérité : cette main , qui n'a qu'à s'ouvrir pour répandre des fleurs , les a ménagées dans cet ouvrage avec une économie qui excitera quelques regrets ; et les oi-nemens de ce traité ressemblent à ces légères et modestes bordures dont on enloui-e dans les jardiiis les terrains coyisacrés aux végétaux les plus utiles.
Je dois d'abord donner une idée des principes généraux qui ont dirigé l'auteur dans ce nouveau trav dl; je ferai connoitre ensuite le cadre agréable dans lecjuel les matériaux sont enchâssés ; un second article sera destiné ' à l'examen de quelques détails propres à fajre mieux sentir l'utilité de l'ouvrage.
Ce que je viens de dire niontre assez , je pense, qu'il ne faut pas considérer précisément ce livre comme une production liLtéi-aire. Je ne saurois trop répéter que
jgG ANNALES
Tauteur , qui s'est dislinguée par tant d'ouvrages d'imagination et de goûl, ne veut ici qu'être utile; c'est à ce genre de mérite , le premier de tous aux yeux des gens sensés , qu'elle borne .ses prétentions : « Si ce livre , « dit -elle, peut mériter l'approbation des bonnes « mères , surtout de celles (|ui liabitent la campagne; « s'il peut intéresser les jeunes p(!rsoniu's qui le liront, « et contribuer à leur donner le goût de l'ordre , de « l'économie et des plaisirs simples , je serai récom- « pensée d'un long travail qui n'exigeoit aucun talent, « que nul amoui-propi'e ne pouvoil Taire entreprendre , « mais qui demandoit beaucoup de recherches, dépérit sévérance et de temps. » 11 est impossible de s'exprimer avec une modestie plus capable d'écarter toutes les chicanes de la critique.
C'est donc le suffi âge des mères de famille que madame de Genlis ambitionne surtout; c'est aux jeunes pei^sonnes qui doivent devenir un jour épouses et mères qu'elle adresse ses instructions : qui pourroit les dédaigner? Je ne prétends assurément pas rappeler la simplicité des temps d'Alcinoiis , ni engager nos jeunes demoiselles à remplir elles-mêmes les fonctions les moins nobles du ménage ; remarquons toutefois que ces mœurs , si bien décrites par le plus grand peintre de l'antiquité et le plus éloquent des poètes , n'excluoient pas les grâces : car les grâces sont amies de la nature, et c'est dans son sein qu'elles se réfugient , loin des prétentions de l'art et des excès du luxe; mais s'il est un spectacle intéressant au monde, c'est celui d'une jeune personn»; bien née, qui, s'élevant au-dessus des petites vanités bourgeoises , s'occupe , sous les yeux d'une mère vigilanlCj des soins du ménage , en étudie tous les détails ,
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en approfonditl'éconoaiie , et ^ute en silence le charme secret attaché à l'accomplissement des devoirs domestiques : il me semble qu'elle se montage , sur celte scène de pudeur et de modestie , avec plus d'avantage encore que dans la pompe même des fêles , et dans l'éclat magique des bals. Le bon sens , et même le bon goût , ne veulent pas que tonte l'éducation des demoiselles se borne à la danse , et que leurs mains industrieuses se jouent éternellement sur le clavier d'un piano : voyez Sophie , dans V Emile , se préparer à conduire sa propre maison , en gouvernant celle de son père ; voyez Jidie de Volmar , dans sa maison de Clarens , présidant à tous les travaux rustiques , les dirigeant par des vues qui lui sont propres , les animant de sa présence et de ses regards : on ne m'accusera pas d'être trop sévère; je prends mes autorités et mes exemples dans des romans. Ces deux personnes en sont-elles moins aimables ? N'en. sont-elles pas plus charmantes ? L'élégance des manières ne sauroit-elle se concilier avec la naïveté des mœui's et la solidité du mérite ?
L'auteur a bien senti que son ouvrage ne devoit point faire partie des leçons de l'enfance : elle le destine à cet âge heureux où la raison commence à se développer , où les regards commencent h. s'étendre sur l'avenir, où les jeunes personnes , sortant de l'indifférence des premières années de la vie , comprennent déjà que la présent n'est pas tout , et songent , avec une vague émotion , aux devoirs qu'elles auront un jour à remplir. « Cet ouvrage n'est jjoint fait pour les enfans, « dit madame de Genlls ; je l'ai consacré aux jeunes « personnes de quinze ou seize ans : il m'a sembla , « ajoute-t-elle , qu'il manquoit à l'éducation et i^ubli»*
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« que et particulière, paiscm'il est impossible de mettre (( oiiti-e les m lins de la jetiiio.s.se les AJa/.sons RnsU- « qiies j dans losfjiicllc.s on trouve des (.Irlails (|tii sont « ulilcsaiix ^cns (|iii n'f;is.st'iil des terres el. (|ni roiuliii- « sent des liara.s, mais dont il seroil ôlran^e d'in.sliuu'e « de jeunes peisonneis. » L'auteur a donc puisé avec discernement dans les meilleures soui'ces ; et elle se plail à lendie justice aux nombreux et eslunablcs ouvrages (|ui l'ont aidée à taire le sien : on voit bien (|u'ellc ne craint pas le reproclie de compilation; et ce reproche seroit en efi'et au.s,si iulile qu'aisé à faue : ne; voudroit-on pas que madame de (jcnlis eût tiré de sou imagination , ou du moins de sa mémoire , tous les détails de la vie rustiijue ? Cet ouvrage ne pouvoit être qu'une compilation ; mais je ne .serois pas étonné (lue la liuisse déliciitesse de quelques lecleuis voidiil y trouver autre chose , et que leur prétendu goût s'elFarouchât de la grossièreté de certains documens; mais encore une fois , l'auteur n'a voulu qu'être utile : ce n'est point une Maison Rustique à Teau j-ose qu'elle s'est proposée de faire , et ell^ n'a point clierchë ici les appluudissemeus de quelques esprits frivoles , mais l'approbation reconnoissaule des gens sensés , qui savent que le coudoie du mauvais goût eût été de sacrifier , dans un ouvrage de ce génie , le solide à l'agréable.
L'agrément n'a pourtant pas été lout-à-fail négligé: :;e qui appartient en propre à madame de Genlis , c'est b petit roman fort joli dans lequel elle a encadré son s-jjet. Je ne veux point ici donner une analyse de celte j^tile histoire, où la vérité , par un mélange Irès-heuroix , vient fortifier la fiction : je laisse au lecteur tout leplaisir qu'elle pourra lui causer ; cette partie du litre ,
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le Retour en France d'une Famille émigrêe , en indique assez le fond : le charme des détails disparoîtroit dans une notice abrégée. Ce sont deux époux qui , après une longue absence, reviennent avec leurs deux enlans dans leurs anciens foyers; mais tout est ravage, et chez eux et autour d'eux ; tout est à refaire , tout est a reconstruire : de bons et fidèles domestiques les reçoivent ; et les travaux qu'on entreprend pour relever Tantique maison de la famille, deviennent le texte des instructions que le père donne à ses enfans : Charles et Julie font ainsi un cours d'économie domestique , et c'est a ce cours que madame de Genlis associe toutes les jeunes personnes : les lectures de la Maison Rustique sont interrompues par divers incidens plus intéressans les mis que les autres. Enfin , le château est rebâti ; les membres épars de la famille se réunissent , et le bonheur revient habiter des lieux si long-temps désolés. Aux incidens du roman se mêlent des descriptions charmantes, et des observations pleines de sagesse : on ne lira point sans le plus vif intérêt les souvenirs des deux époux ; on aimera davantage la campagne , quand on aura parcouru réloge de la vie champêtre ; on sera profondément ému , quand on verra la fiimille aller au-devant de l'ancien curé ; on sera guéri peut-être de plus d'un préjugé , après avoir médité les réflexions sur la considération en pronnce ; enfin , la lecture de cet ouvrage ne peut être que fructueuse dans tous les sens , et si ce livre utile et modeste ne doit rien ajouter à la gloire littéraire de madame de Genlis , il ajoutera du moins quelque chose à lareconnoissance de ceux qu'elle a déjà charmés et instruits par ses ouvrages précédens»
$. II
6 mai.
Pour faire connoîfre onlièrement ce livre, je dois entrer dans quelques ditails; jodois raeltre sous les yeux du lecleur quelques cilalions : ou a pu jugei-, par mes ' observations précédentes, de l'espiit dans lequel il a été coiTiposé, des principes qui oiH dirigé l'autour: il faut donnera présent une idée de rcxécution.
On peut considérer dans cet ouvrage, d'abord, ce qu'il a de commun avec tous ceux du même genre; ensuite, ce qui apparlient en piopre à l'auteur, c'est-àdire, d'un coté les moralllés qu'elle y a répandues; de l'autre, les opinions relatives au sujet, boit que madame de Gonlis les ait puisées dans son propre Tonds , soit qu'elle n'ait fait que les adopter : je ne me flatte pas d'approfondir chacune de ces parties dans l'espace d'un article nécessairement très-court; j'y jetterai du moins un coup d'oeil.
Environnée du grand nombre d'ouvrages plus ou moins estimables qu'on a fails sur ïécofiomie domestique, l'auteur a eu uri genre de courage difficile pour les personnes nées avec beaucoup d'esprit et de talent, celui de la compilation : son livre ressemble donc beaucoup à toutes les autres Maisons Rustiques , et s'il ne leur ressembloit pas, ce seroit tant pis pour son livre. On y trouve tous les détails , tous les renseigncmens , tous les préceptes , toutes les lumières qu'on trouve ailleurs ; mais n'auroit-on pas droit de se plaindre de ne pas les y trouver? Et que seroit une Maison Rustique où l'on n'apprendroit rien de ce qui concerne l'admi-
nisti'ation d'une maison des champs ? Cerlains détails ont, je l'avoue, quelque chose d'un peu grossier; mais l'auteur pouvoit-eîle sauver celte grossièreté inhérente aux choses mêmes? Et les efforts qu'elle eût faits pour y parvenir, n'eu3sent-ils pas été très-ridicules? On a reproché fort jusleraenL à noire grand poêle , M. Delille, de n'avoir parlé que des jardins d'agrément dans son poème sur les Jardins : le chou et le navet ont réclamé contre l'orgueil de ses vers dédaigneux , uniquement consacrés aux superfluilés brillantes; VHojnme des Champs n'a pas été à l'abri des mêmes reproches; mais ce qu'on n'a point pardonné à des vers, à des poèmes, l'eût-on pardonné à de la prose, à un traité? L'oubli des choses essentielles n'eùt-il pas été plus coupable encore dans madame de Genlis que dans M. Delille? Je conviens qu'il est des formules qui semblent toutes naturelles sons la plume de M, Parmenlierj et qui paroissent étranges sous la plume de madame de Genlis 5 je conviens qu'il y a beaucoup de choses qu'elle a copiées ou fait copier tout simplement; mais qu'en faut-il conclure? Sinon qu'elle se seroit donné une peine inutile pour s'approprier ces légitimes emprunts, toujours d'autant plus apparens qu'on cherche plus a les déguiser. Je ne vois qu'une tournure qui eiit pu garantir l'amour-propre de l'auleur de celte soile d'inculpation, celle du dialogue; mais elle est si usée, si rebattue, si triviale I Ce livre peut tenir lieu de toutes les autres Maisons RiisLiques; il est de plus adapté par de sages suppressions, par les réflexions qu'il renferme, par les ornemens même dont il est enrichi, à l'objet particulier que l'auteur s'est proposé : ainsi , soit qu'on le juge dans se^ rapports avec les autres livres de la même espèce, soi^
(|u nii ohscrvc les (liiït'rf tiers (|iii 1(> cir i(l('ris(Mil , on rocoMiKiiti;! (|u"il M loul lo mrrilo (|u'il poiivoil. et clfvoit .ivttir.
H y ivgiu' iiiu' nioiale cxcollontc , paiTailemenl. ap- ])i ((priée el (ui sujet de l'ouviMge el à son objet : c'est la )nart|Me di.slinrlive de tous les livres publiés par madame deCJeidis; je trouve même que celle morale, tou- J()iM\s présentée avec beaucoup d'allrail et degriHco, est quehpiefois un peu sévère : par exemple, lorsque l'auteur donne la li.sle drs livres f|ui doivent compose)- la b bliollièque de la Maison Rustique , elle exclut tous les iJietioimaires de la Fable, excepté le petit Dictionnaire de Chompré, le seul , dit-elle, que de jeunes personnes puissent lire ; et elle a cru devoir ajouter en noie : «Encore avec quelques restrictions ; on doit le « leur lire, et non le leur donner; car il s'y li'ouvc plu- « sieurs articles qui nesonl nullemenlfails pour cet àge.)> Je sais, comme un autre, tout ce qu'on jîcul dire cont)-e la mythologie j mais encore faut-il que les jeunes personnes l'appreiment; et je doute qu'elles y deviennent fort .savantes avec les reslriclions rigoureuses de madame de Genlis; d'ailleurs, combien délivres absolument nécessaires ne fuudra-t-il pas leur interdire, si on leur interdit même le Dictionnaire de Chompré? Je suis surpris de ne pas trouver ixun plus dans le catalogue de celte bibliothèque, les Martyrs <\q i\î. de Chateaubriand , ouvrage qu'on ne peut éloigner des mains de la jeunesse , sans en écarter aussi et le TèUmaque et la Jérusalem délivrée , et m.ôme V Enéide. Madame de Genlis n'admet que la petite édition abrégée du Génie du Christianisme : je crois qu'elle pouvoitj sans risque jjuiu- les mœurs, admettre l'ouvrage entier^ et si
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elle le pouvoit, elle le devoit : il u'esl point délivre qu'on lise avec plus de plaisir à la campagne, parce qu'il est plein de descriptions délicieuses , et qu'il répand dans l'ame un sentiment de la Divinité , auquel tout prépare le cœui' au milieu des scènes cliampêtres. Malgré son extrême sévérité, l'auteur a bien senti qu'elle ne pouvoit pas exclure Molière; mais une note éloit , dans ce cas, plus nécessaire, que pour Finnocenl Dictionnaire de Chompré , et les suppressions infiniment plus plausibles que pour les œuvres de M. de Cbaleaubriand et pour celles de Boileau, dont toutes les poésies sont bannies de la bibliothèque composée par madame de Genlis , excepté le seul Art Poétique : il est bien rigoureux de ne pas vouloir que les jeunes personnes lisent les Epitres de Boileaii , et même ses Satires, malgré la Satire contre les Femmes, et même le Lutrin, malgré les plaisanteries contre les moines. Je me suis un peu étendu sur cet article, parce qu'il est plus de ma compélence que ceux, par exemple, qui concernent ou les détails de la chapelle , ou l'ameublement du château.
Je suis toutefois persuadé que la plupart des maîtresses de maison trouveront dans la composition de ce dernier article un excès de délicatesse, comme j'ai trouvé un excès de sévérité dans la composition de la bibliothèque : elles seront effrayées de tout ce que l'auteur exige pour les chambres cVamis: je suis fâché de ne pouvoir ici en donner l'inventaire : on verroit qu'il est impossible d'exercer par écrit l'hospitalité avec plus de magnificence; mais si ce luxe doit exciter quelques critiques, la manière dont madame de Genlis veut qu'on reçoive les amis dans Jes maisons de cajnpague , sera générale-
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ment .ipprouvëe avec chaleur, snitont par les personnes qui, n'.iyant point do maisous des chamj)s, se disposent en ce moment à aller passer une partie de l'été dans celles de leurs amis; le passage est remarquable : «Voilà « des détails iniiniiioux, mais utiles, dit madame de « Genlis, apiès avoir détaillé tout ce qui peut constituer « une cliambre commode : car on n'en peut rien retran- « f'hei-, si l'on désire recevoir parfaitement les peisonnes « qui veulent bien quitter toutes les habitudes si com- « modes de leur intérieur pour aller rhei-eher des amis. « Nous tâcherons que cette preuve d'amitié ne soit pas « un saci'ifice, et surtout, quand par iiasard nous rece- « vrons à la fois des amis et des indifTérens, nous ne di- « rons jamais aux premiers, pour leur donner les mau- « vais logemens, que nous agissons avec eux sans ce- « rémonie : l'amitié aura toujours chez nous toutes les « préféi'ences ; au reste, nous n'aurons qu'un très-petit « nombre de logemens, et ils seront tous également
« commodes Aujourd'hui , on pense , en général ,
« que Ton reçoit parfaitement ses amis , quand on leur « donne un bon diner et un bon déjeuner avec toute la «société; car les déjeuners particuliers en chambre, «beaucoup plus agréables, sont assez communément « fort négligés et très-mal servis , etc.»
Madame de Genlis me paroît faire une criti((ue trèsingénieuse et très-juste des meubles à la mode : « Par « un défaut presque général de proportions , dit-elle, « les formes sont communément ou lourdes ou massives , « quand les meubles sont riches j ou grêles ou maigres, « quand on ne vise qu'à rélégance et à la simplicité. On « n'a perfectionné ni la forme des fmteuils , ni celle y des canapés; les dessins les plus modernes de ces
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« meuLIes n'ont aucune élégance ; les lits de bois d'aca-^ « jeu , à moins d'être extrêmement ornés d'incrusta-* « tiens , de camées et de bordures ^ ne sOnt bons que « dans des appartemens d'une grande simplicité 5 les lits <f sculptés , dorés et de riches étoffes , étoient beaucoup « plus magnifiques: les beaux bois sans dorures forment « un contre-sens , en ce qu'ils ne font que contrefaire « la simplicité : ils n'ont rien de somptueux , et sont « excessivement cliers. . , . . Il est aussi très-ridicule de « vouloir mettre de la grâce aux choses qui ne doivent « être que commodes , et qui même doivent naturelle- « ment rester cachées. Travestir une table de nuit en « autel est une idée du plus mauvais goût , et nos « bonnes anciennes tables de nuit , bien revêtues de « marbre en dedans , ayant un rebord sur la table de « manière à garantir de toute chute les choses qu'on « met dessus , sont dans ce genre ce qu'il y a de mieux ; « au lieu que les autels sans rebords sont de la plus « extrême incommodité : tout tombe de ces petites ta- « blés, communément en triangle, .et sur lesquelles si « peu de chose peut tenir. » Je suis enchanté que l'auteur ait fait sentir le ridicule de ces vilains somno, qui m'ont toujours paru le comble du goùtleplus détestable, qu'on étale toutefois avec ostentation , même dans les chambres à coucher les plus galantes, et dont l'accompagiiement naturel seroit un autre meuble du même genre que je n'ose nommer , également déguisé en autel, et même en autel consacré à Flore, En général, tout est mesquin, quoique dispendieux, dans notre luxe actuel; et tout est d'un goût faux , quoique d'un grand raffinement dans rélégance du jour.
Je vois avec plaisir aussi que l'auteur de ce livre n'ap-