G ANNAT. I;S
piniivi' pis nos j.irJms iiKiiIcnics : uii(ul(;,s cliose.squi m'y tK'plaîl par-il(.'.ssi(.s Imil , l'csi de ne plus coiinoîlie tmciiii des ai'bios (loiil Ils soiil plaiiU-s; jo domniulc It'iirsnoins , ot j'eiiiomls dvs noms haicxpio.s {|uc ma lai)giu> pioiiom-e avec pciiR', et (iiic ma mémoire ne pciil relenir. Les aibre.s les plus cliarmaiis de notre pays soiil négligés pour des éliangers ijui ii'onl pas à beaucoup piès \vuv mérite; Icmaroimier lui-m^^me, tout exotique qu'il est, n'a pu écliapper au mépris irialgié ses beautés , parce qu'il est ancien parmi nous ; la l'Ose du Beii-i>ale , sans odeiir , et d'une nuance peu agréable , a détrôné, dans nos jardins , cette antique rose à cent feuilles , dont la forme, l'éclal ci le parfum sont des titres à l'empire, que le prestige de la nouveauté ne peut faire oublier qu'un moment : tout l'appai'eil de la bolanicjuese développe pédantesquement dans nos allées et dans nos parterres; c'est vm sacrifice pci-pétuel de I'agi-«'a!)le au scientifique : l'éiudition tue le goût , et les fleurs les plus aimables perdent à mes yeux tout leur cbarme , dès que kui- tige est su]diargée d'une étiquette avec un nom grec ou latin. On ne Irouvei'a pas précisément ces idées dans le livre de madame de Genlis; mais elle préfère l'ancienne simplicité de nos beaux jardins friftiçais, à la recherche des innovations modernes, et au luxe bizarre de nos colifichets botani(]ues:
Son goût, supérieui" aux illusions de la nouveauté, la ramène sans cesse aux usages que le temps a consacrés ; et son ouvi'age respire je ne sais quoi d'antique , qui répand un grand intérêt sur les préceptes; car il ne suffit pas deprescj'ire , il faut encore faii'e aimer ce qu'on prescrit : c'est une condition à laquelle madame de Genlis ne manque point. Avec quel art , par exemple , n'ins-
pire-t-elle pas aux jeunes demoiselles le goût des fonclioiis les plus sévères du ménage I Elle leur met sous les yeux un exemple charmant , mais un exemple véritable, quoiqu'il soit enchâssé dans un conte , et présenté sous le titre de Nouvelle. Lucie n'est point une fiction ; je sais le vrai nom de la personne qui a mérité de servir de modèle à toutes celles de son sexe : son mari , digne d'avoir une telle femme , remplit une place éminente dans une des provinces de l'empire ; le trait du nègre , également très-véritahie , a été raconté à- l'auteur par un des hommes de France les plus spirituels , et les plus distingués par ses dignités et par ses gi'âces. Je ne puis résister à l'attrait de rapporter textuellement le passage où ce ti'ait est encadré : « Nous étions depuis plus de « deux ans en x\raérique , lorsque M. de T.... vint aussi « se réfugier dans celte partie du monde; nous l'avions « beaucoup vu jadis à Paris , et avec l'intérêt qu'inspira <( toujours la réunion de tant d'esprit, de douceui- dans « le caractère , et de grâce originale et piquante dans la « conversation : il ignoroit que nous fussions en Améri- « que; la révolution et l'éloignement avoient depuis « long-temps rompu toutes nos relations avec lui. Un « matin , en passant dans le mai'ché de Boston , il aper- « çut dans une charrette arrêtée à la file d'ime multi- « tude d'autres , une jeune paysanne dont l'éclat et la « beauté le frappèrent ; il trouva qu'elle ressembloit « d'une manière si extraordinaire à madame Dorsaine, « qu'il voulut la voir de près : il s'approche de la char- « rette ; Lucie le ]-econnoît dans l'instant , et le salue.
« M. de T stupéfait , lui demande ce qu'elle fait-là.
« J'attends mon tour pour passer , répondit Lucie , et « pour aller, comme les autres, vendre mes légumes.
UUu ANM.VLfiS
« Dans ce monKiit, les cliai rcltes sV^branlèrent ; Lucief
« tbiK'tla S(ni clii'val , on iiivilvdit M. de T à nous
« venii- voir , et eu lui imlùjnanl le village près duquel
« nous demeurions , vl elle laissa M. de T Uès surpris
« de celle vision : il vint, en efFel , le lendemain dans « notre chaumière ; ma joie fut exlrOme de Voir enfin (t une pers(»nne digne d'apprécier Lucie, et d'entendre «( parler d'elle : nous eûmes mutuellement un jibisii- , « souvent répété dans les romans, celui de nou^) conter « réciproquement nos aventures* Au milieu île la cou- « versation la plus intéressante , Joseph , mon nègre , « entre subitement , s'avance vers Lucie , et lui dit en « lui tournant le dos : Maîtresse , raccommode mon « culotte qui trient (le clécliirer. Lucie, (|ui parloil dans « ce moment, ne s'interrompt point; elle prend sou « aiguille , et raccommode la culotte de Joseph , tout en « causant, avec un charme de simplicité à la ibis alten- « drissant et comique. En nous quittant, M. de T..... « me dit : Il est naturel de vous plaindre à l'aspect de « cette chaumière j mais quand on en connoit l'inté- « rieur , comment ne pas vous envier ! Jouissez de « votre bonheur : la fortune et les révolutions des em- « pires ne peuvent ôter celui-là. »
Je suis forcé de m'arrèter : ce livre fournijoit la: matière de dix extraits ; j'en }'ecommande la lecture à toutes les jeunes personnes d'un bon esprit , à toutes les mères de familles , à toutes les maîtresses de maisons : elles y puiseront une instruction solide et nécessaire , et un goût pour les devoirs domestiques , qui n'est pas une des moindres veiius du sexe.^
LITTÉRAIRES. (lîJlO.) 209
Essai sur Vhloquence de la Chaire y Panégj" riquesj Eloges et Discours, par son S. Em. Ms""- le cardinal Maury; édition de 1810.
22 juin.
81 cet ouvrage n'éloit qu'une simple rhétorique^ s'il ne contenoil que des définitions surannées , et des préceptes vulgaires; s'il ressembloit enfin à tous les livres que l'on compose et que l'on publie chaque jour sur l'art de parler et d'écrire , il auroil du moins un avantage qui suffiroit pour le faire distinguer et rechercher par les étudians , par les gens de lettres, et même par les gens du monde , si peu curieux en général de tout ce qui tient à la partie technique des arts frivoles, et à plus forle raison de tout ce qui tient à l'analyse du grand .ut de bien dire : en effet , quels sont les esprits un peu lettrés qui n'accueilleroient pas avec empressement un Traité de l'Eloquence, rédigé par un orateur d'une grande renommée, où les pi'éceptes seroient développés par un homme qui ain'oit donné lui-même de beau* exemples, où la théoiie serableroit toujours s'appuyer sur l'expérience , où les réflexions paroîtroient le fruit solide d'une longue et brillante pratique, et dans lequel, enfin, tout ce que la rhétorique a de plus usé, et pour ainsi dire de plus trivial, se rajeuniroit et s'ennobliroit sous une plume qui auroit fourni des modèles avant de tracer des leçons.
Teleslle livre de M. lecaidiiial Miiuiy, et surfont tcfï*!? e.sl la nouvelle ('(liliou de et-, livre- (|ne l'illn.slrc auteur » singnlièicinenl auguiculé cl euriclii, el(|ui n'clant d'aboi'd par .son peu d'élenduc (ju'un simple f^s■6V«^, où beaucoup de choses n'étaient qu'indiquées suporficielletnent, où la plupart des matières 96 Ironvoient resserrées dans un cercle trop éljoit, devient aujourd'lnii un vérilablt; nionuin(>nl , digne, malgré (|uel(jue,s itupcrfeclious , d'ajouter à la réputation de récrivain, el l'ail pour ohlenir une place lionorahle à côlé dvs ouvrages les plus célèbres et les plus autorisés du même genre.
Lo)sque M. le cardinal IVIaury publia la première édition de ce beau Traité, toutes les chaires de. la capitale^ aToient déjà retenti de son éIo(|uencj , et la réputation de son talent oratoire étoit établie sur des preuves multipliées et incontestables : la littérature française se félicitoit de compter un grand orateur de plus ; on reçut donc VEssai sur V Eloquence de la CJiaire comme l'ouvrage d'un éciivain qui pouvoil convenablement parler d'un art qu'il pralicjuoit avec des succès si éclatans; et on ne le confondit point dans la foule de ces compilations sur la rhéLoiique , sur la métaphore, el sur la calachrèse , toujours si aisées à faire, et dont nous accablent tant de rhéteurs sans titre et sans mission , tant de prétendus littérateurs sans aveu comme sans talent. Depuis ce temps où la gloire du jeune oi aleur brilloit ^'un éclat naissant, sa renommée s'est encore agrandie : des circonstances extraoïdinaii'es le transportèj ent tout à coup de l'antique tribune de l'église dans celte tribune de la politique, si nouvelle parmi nous, et autour de laquelle frémissoient toutes les passions; leurs cris ne l'efiTrayèrent peint : on se souvient avec quelle altitude
LTTTÉ RAIHES. (l8]0.) 211
et quel éclat il y paroissoit, avec quelle vigueur il lutta conti e des athlètes dignes de lui , soiiteni par la faveur de la multitude, et forts d'une éloquence toute populaire. Quelques-uns prétendent que dans cette carrière il développa plus de moyens et fit voir plus de talent qu'il n''en avoit montré dans la chaire : ils disent qu'une certaine pesanteur' et qu'une certaine sécheresse qu'on pouvoit reprocher à Torateur sacré , disparurent âaip.3 l'orateur politique. Quoi qu'il en soit, l'autorité de M. le le cardinal Maury, eu matière d'éloquence, est devenue tous les jours plus imposante et plus respectable; et l'on peut dire que son nom seul est capable de recomman— der^m livre tel que celui que nous annonçons.
Mais en fusant abstraction du nom de l'auteur, de ses succès dans toutes les carrières de l'éloquence , de sa renommée et de tous les souvenirs qui la composent , et à ne considérer l'ouvrage qu'en lui-même , on reconnoît f icilement qu'il est d'aune main très-habile , et qu'il est le fruit des méditations d'un esprit très-éclairé et trèsétendu : les principes généraux de la rhétorique sont sans doute très-aisés à établir, et les Traités d'Aristote , de Cicéron, de Quintilien , et d'une foule de rhéteurs modernes, plus ou moins estimables, sont des trésors ouverts à quiconque veut y puiser , et des mines d'où l'on peut tirer, à pleines mains, les richesses de la théorie; toute la difTicnUé, comm.e tout le mérite, consiste donc dans l'art délicat de se les approprier , et de les marquer ■^ poui" ainsi dire, à son propre coin : c'est rç que M. le cardinal Maury me paroîli avoir fait trèsheureusement. Son livre se distingue, à mon avis, par des applications neuves des vieux principes; par des conséquences déduite* avec une sagacité, avec une fi-*
iios.se qui n'cxcliionl. pas la soliililô; par dos aperçus Iti géiiicux ctj'*'«.sliuclifs; par des exemples elioi.si.s avec goûl; par dÇ^' rapprocluineiis établis avec juslcsse; par de pdiles d/coinciles et de petites lévélalions Uvs-piquaiiles, l'ilalives à des nioireaux d'éloijuciice j)eu connus et peu apprécies; par des liadilioii.s donl il ne putage aujourd'Jnii le dépôt qu'avec un petit nombre d'hommes de lettres; par des paradoxes même rpii peuvent être plus ou moins vrais, plus ou moins londds, et qui du moins l'ont naîlie des réflexions utiles, et donnent lieu à des discussions intéressantes; par des ciiliques qui surprennent, parce qu'elles heurtent des préjugés; par des admirations exprimées peut-être quelquefois avec une vivacité trop peu mesurée; par un grand enthousiasme pour l'ait dont il traite; enfin, par un style qui n'est pas, il est vrai, toujours correct, toujours pur, qui parfois peut sembler pénible , embarrassé et même un peu ténébreux, où l'on remarque souvent trop d'élans oratoiics, et, par intervalles, trop peu de noblesse , mais qui soutient le lecteur, quianime l'ouvrage, et qui répand dans toutes les parties du livre de l'intérêt, de la chaleur et de la vie. Ce jugement, qui auroit besoin d'êije motivé avec une certaine étendue, et dont le développement excéueroit les bornes de nos feuilles légères ^ est, quel qu'il soit, le résultat sommaire d'une lectiue très-attentive et l)'è.s-réfléchie de ce traité. Ouvrez le livre, parcourez la table des chapities , vous crou-ez n'y voir qu'iuie rhétorique ordinaire, commune, banale; l'auteur parle de Vexorde, des métaphores , des comparaisons , des éplthètes , des transitions , àes lieux communs , des précautions oratoires. Qui n'a point parlé de tout cela ? Mais peu en
LITTÉRAIRES. (t8iO.) 2i5
ont parlé comme lui .: ce sont les idées accessoires qui répandent de l'intérêt sur les sujets les plus vulgaires , et qui les assaisonnent . l'auteur en l'assemble un grand nombre autour de chaque principe : on ne pourroit se plaindre, à cetégai^d, que du trop d'abondance; et , dans cette nouvelle édition surtout , qui lui ouvroit un plus vaste champ , il me semble que quelquefois , ne ménageant pas assez ses richesses , il les a prodiguées , entassées avec un certain excès , et ne s'est pas assez garanti des attiaits delà profusion. Pour donner une idée plus complète, quoique toujours générale , de cet ouvrage, il est nécessaire de dire, ou plutôt de rappeler de quelle manière il a été composé; il faut entendre ici l'auteur lui-même ! une grande autorité s'attache à ses paroles , et la lecture du livre en confirme bien la vérité : « Cet Essai, dit-il, n'avoit été d'abord destiné qu'à <( ma seule instiniction : quand j'eus ainsi raisonné mes « études et ma méthode, on crut que mon travail « pourroit être utile aux jeunes orateurs qui voudroient « suivre la même carrière. Je trouvai , dans ces cahiers « d'observations journalières , un ensemble et un traité « presque tout fait sur l'éloquence sacrée ; la marche « progressive de mes prmières idées a été pour moi une « espèce de voyage littéraire , dont les souvenirs me re- « traçoient les jouissances de mon travad , et les motifs « de mes opinions sur l'art oratoire, soit dans le cours « de mes lectures raisonnées dont j 'a vois conservé des « extraits , soit dans les leçons encore plus instructives « que foxunit l'exercice habituel du ministère de la parole. » Voilà précisément ce qui imprime à ce Traité un caractèi'e tout particidier : l'ouvrage n'est pas, en quelque sorte, le résviltat d'un projet} il est né des circons-
tances pu so. trouvoit l'auteur; il est lo (Vuit (le s<»s éludes, et dV'tudcs qui n'avnieut point pour but une vainc llu'oi'ie , mais la pratique nu'iue d» rail, dont .ses médilalioiis, aniniéesparlc désii- du succès, appiofoudissoienl les Diyslèies : c'est là ce qui lui oie lout un- de corapilulion, toute apparence de copie, et ce (jui lui doinic le mérite, si rare en ce geme, de l'originalité.
Quoi(jue le titre du livre paroisse en resscîj rer l'objet dans les limites de l'éIo(juence sacrées, celle iliétojiquo s'étend toutefois par la généralité des principes , et m/îme par la variété dés applications , à tous les gemes dans lesquels peut s'exercer et se développer le génie oratoire : les oratem^s qui sont appelés à piotéger de leur talent le bon droit et la justice dans les luttes du barreau, ne le liront pas avec moins de fruit que ceux même qui, du havit des chaires chrétiennes, doivent consacrer le ministère de la parole au triomphe de la morale évangélique. C'est un très-bon livi e de littérature autant qu'un traité spécial ; et l'on ne peut le parcourir^ sans se sentir enflammé d'un amour plus vif pour les letti^es , et d'une ardeur favoiable au développement du talent. Le grand nombre de beaux exemples et d'extiaits brillans dont il est orné, remetagréablementsous les yeux tout ce queréloquence fiançaisea produit de plus doux, de plus noble, de plus pathétique, de plus énergique, tout ce qui élève lesBossuet, lesFléchier,lesBourdaloue, les Massillon , les Fénélon , avi niveau des liommes les plus éloquens de Tîmliquilé 5 les missionnaires eux-mêmes n'ont point été oubliés ; les missionnaires qui , dans lem- éloquence négligée , inculte et sauvage, ont eu quelquefois des élans sublimes; et tous les gens instruits savent que c'estM.lecaidinalI\Iaury qui nous a conserva
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i'exorde d'un des sermons du célèbi'e Bridaine^ ce morceau si plein de force et de convenance à la fois, qui écbte dans son livre, au milieu même des traits les plus frappans de Bossuet, de Massillon et de Bourdaloue; je ne puis résister au plaisir de le citer, quoique, réservant le détail pour un autre article, je me sois proposé d'écarter dans celui-ci toute idée particulière.
Le P. Bridaine avoit une grande réputation : c'étoit le ])lus célèbre missionnaire de son temps; on annonça qu'il devoit prêcher à Saint-Snlpice; la curiosiléfit courir la meilleui-e compagnie de Paris à ce sermon; le prédicateur, accoutumé à ne parler qu'aux pauvres et aux simples , fut frappé, en montant dans la chaire , du grand nombre de gens opulens , de dames brillantes , de seigneurs, d'évêques,de gens de lettres, accourus pour Fentendre , et tira sur-le-champ son èxorde de cette circonstance extraordinaire : « A la vue, dit-il, d'un au- « ditoire si nouveau pour moi, il semble, mes frè- « res, que je ne devrois ouvrir la bouche que pour vous « demander grâce en faveur d'un pauvre missionnaire (( dépourvu de tous les talens que vous exigez quand (( on vient vous parler de votre salut. J'éprouve cepen- « dant aujourd'hui un sentiment bien différent; et si je « me sens humilié, gardez-vous de croire que je m'a- « baisse auxmisérables inquiétudes de la vanité, comme
« si j'étois accoutumé à me prêcher moi-même
« Jusqu'à présent j'ai publié les justices du Très-Haut « dans des temples couverts de chaume : j'ai prêché les « rigueurs de la pénitence à des infortunés dont la pluie part manquoient de pain. Qu'ai-je fait, malheureux, « j'ai contristé les pauvres, les meilleurs amis de mon « Dieu { C'est ici , où mes regards ne tombent que sur
■Jl(j ANNALES
« des glands , sur dvs riclics, .sur des oppresseurs de « rjuirnaiiiU'sounVaMlo, ou sur des pécheurs audaeieux: « et endurcis; alil c'e.sl ici seulement , au inilieu de « lant de scandales, (|ii"il liilloil litire relenlir la pa-
« rôle sainte dans loule la ("orce de son tonneire!
« Tremblez donc devant moi, liommes sn|)erl)e.s et dé-
({ daigueux (pii niVcoulez l'ilil (|u"ai-je besoin de
« vos sufFjages, qui me damneroient peut-êlie sans « vous sauver? Dieu va vous émouvoir, taudis que sou
(( indigne ministre vous parlera Pénéliés d'hoi-
(( reur pour vos iniquités passées, vous viendrez vous « jeter entre les bras de ma charité, en versant des
« larmes de componction et de repentauce , et à
« force de remords, vous me trouverez assez éloquent » Je ne connois rien de plus beau que cet exoide : quiconque peut le lire sans être ému, n'est pas né pour l'éloquence; j'ai entendu dire à feu M. l'abbé de Vauxelles, qui en avoit été témoin, qu'il y avoit eu dans l'auditoire un frémissement d'épouvante et d'admiration, dont le piédicateur lui-même s'aperçut; en sortant, et dans le premier mouvement d'enthousiasme, les gens du monde et les gens de lettres disoient n'avoir jamais rien entendu , ni rien lu de pareil ; les dames ne parloient que du P. Bridaine.
Je reviens à l'ouvrage même de M. le cardinal Maury ; je voudrois pouvoir rapporter ici le jugementque M. de Labarpe perla de ce livre lorsqu'il parut pour la première fois. Ce jugement est extrêmement favorable; il est vrai que l'auteur semble le démentir dans sa correspondance apec le grand-ducde Russie ^ mais il faut se souvenir qu'il s'agissoit de la première édition d'un ouvrage que l'auteur a beaucoup perfectionné sous tous
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les rapports, qu'il a rendu plus complet et plus plein, qu'il a augmenté de plus des deux tiers , et auquel on a, moins de reproches à faire aujourd'hui, soit pour le fond , soit pour le style. Cependant j'ai indiqué quelques critiques que je développeial dans un autre article , avec tout le respect que m'inspire le rang de l'auteUr, son nom, son autorité et son laie talent, illustré par tant de succès; je consacrerai un tîoisième article à l'exa— meij des discours et panégyiiques, parmi lesquels je réglette infiniment de ne pis trouver encore celui de saint Vincent de Paul , sans me permettre de chercher le motif de cette omission , qui ne durera peut-être que jusqu'à uue procliaine édition, à laquelle ce morceau d'éloquence ne pourra man(}uerde donner un nouveau pri;x : et c'est aitisi qu'après avoir parlé de M. le cardinal JVIainy comme ihéteur, je l'envisagerai dans la plus hrillante partie de sa gloire, c"est-à-dire comme orateur;
22 juillet.
Les qualités qu'on exige principalement de tout écrivain qui traite didactiquement une matière, et qu'on recherche surtout dans un ouvrage où les principes fondamentaux d'un art quelconque sont exposés avec méthode, les conditions essentielles d'un livre qui présente une théorie , et d'un traité sur la rhétorique et sur Véloquence , comme de tout autre, sont la solidité des principes et la justesse des applications : M. le cardinal Maury me paroît avou' satisfait, en général, à ces conditions indi.spensahles ; mais ne seroit-on pas en droit de lui reprocher de s'en être écarté quelquefois, non pas peut-
t'tii' pai' le fond de ses opinions cl de ses ]irMs(^e.s , niriis pu- niio COI laine (orme qu'il se j)l,iît à Icin- donner, et c|ui semble l<s rendre moins justes en les icndanl pins agréables, plus sur|)renanles , pli, s picpianU's, ou les exposer à ia confradielion \\i\r les moyens même qu'il emploie pour persuader plus elTici:cejnenl le leeleur?
Je sais (|ue les discussions auxfpK'llei dos opinions singulières et (.las jugemens in.illendus peuvent donner lieu, répandent de l'intérêt sur inie matière un peu froide par elle-même, et rajeunissent, en fjnel(pie sorte, des sujets usés. Je n'ignore pas qu'une (U)eur brillante est, pour Tordinaire, mieux accueillie qu'une vérité commune , parce ((uc l'esprit humain dédaigne . pour amsi dire, ses anciennes possessions , et s'élance impétueusement vers tout ce qui lui piomet une tiouvcIIc conquête. Tout paradoxe plaît et séduit, ]>arce qu'il annonce ce genre de courage qui étend le domain^ d(! la pensée, et i-ecule les bornes de nos connoissances* toute erreur ingénieuse usurpe les droits sacrés de la vérité par les attraits de la vérité même, joints aux charmes de la nouveauté. Je ne voudrois pas accuser M. le cardinal Mauryd'avoii- employé des artifices indignes d'un esprit si solide, quoiqu'ils n'aient pas toujoui-s été dédaignés par de très-grands génies; mais il semble lutter quelquefois avec plus de plaisir que de ménagement contre les opinions reçues et consacrées , modiiier trop à son gré les réputations littéraires qui jDaroissoient le plus à l'abri de toute variation, et se jouer, en quelque manière, de la renommée de nos plus grands orateurs, 'soit qu'il lui plaise de nous étonner en rabaissant les objets de notre admiration , ou de nous surprendre en nous révélaut des merveilles que nous ignorions , et
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qu'il paroît créer, soit qu'il veuille même ajouter à la mesure de Fenthousiasine qu'inspirent les génies les plus éminens.
Quelques personnes ont voulu faire croire que l'éloquence subliine et le génie transc*'ndanL de Bossuetn'avpient pas été appréciés dans son siècle, ou que du moins ils avoienl été aiéçonnus dans l'âge suivant. J'avoue que je ne vois aucun fondement à cette opinion, et je crois même qu'il me seioil facile de fournir abondamment des preuves de l'opinion contraire, si je ne craignois d'étendre beaucoup trop une discussion à peu près inutile: il me suffira de dire que c'est. une des prétentions de quelques littérateurs du dix-huiLièjne siècle , d^avoir créé certaines réputations; et l'auteiur de V Essai sur r Eloquence ne meparoÎLpas exemptdece léger défaut, d'autant plus excusable (juil semble avoir pour principe Taujour même des lettres et le zèle de notre gloire littéraire. Plein du plus juste enthousiasme pour Bossuet, dont il fut loiijours un des plus ardens comme un des plus dignes panégyristes , il s'est complu dans la noble et douce persuasion qu'il avoit révélé à ses contemporains le mérite extraordinaire de ce grand homme , et je ne veux point essayer ici de lui enlever une erreur &i agréable ; mais qu'est-il résidté de cette illusion dont il seroii trop aisé de rompie le piestige ? Que , dans cette pensée, l'auteur de V Essmi sur L' Eloquence ^ regardant la renommée de Bossuet comme sa ciéalion , et , pour ainsi dire, comme son bien propre, animé du double intérêt de la gloire d'un grand homme, et de sa propre gloire qui s'y mêle d'une manière si flatteuse, ne croit jamais pouvoir en parler avec \in enthousiasme trop fort et tro|) diffus, ni supposer (lu'on l'admiie convenable^
mont , ni saciifi(>r trop do virtimos à celle diviiiilé dont il se constitue l'apotre et l'oiivoyé. Il sembleroit (]u'on ne pont trop louer Bossue! ; ol oopondanl M. le cardinal Maury le lone de manière à nous fiiiie sentir l'excès dans SOS louanges , et à ox])osor la gloire même de Bos— suet à celle espèce dedogonl que ne maiifine jamais d'exciter un enthousiasme prononcé avec trop pou de mesure : non que le panégyriste ne dise en général sur a^ grand orateur dos choses très-jusles ol très-vraios; mais il les dit d'uti ton qui me paroît blesser certaines convenances. Ne semblo-t-il pas toujoinrs supposer que ses lecteurs no sentent pas tonte la giundour de Bossuet; et ne leur parle-t-il pas généralement comme à des réfractaires qu'il faudroit ramener dans la bonne voie, plutôt que comme à de vrais fidèles ([u'il est l)on de confirmer dans le culte dû au génie? Les élans do son enthousiasme ne ressemblent-ils pas ([uolqu'Iois à des accès d'immeur; ne se produisent-ils pas quelquefois comme les mouvemens du fanatisme? Je n'ose repiocher à M. le cardinal Maury d'avoir élevé Bossuet audessus de tous les Pères de l'Eglise : il sait mieux que moi ce qui est dii à ces chefs de la doctrine sainte, et il ne m'appartient pas de donner, sous ce rapport, à lui prince de l'Eglise romaine des leçons de bienséance.
Fléchier est regarde comme le rival de Bossuet : non que l'on puisse comparer avec 'justice son très-lieuroux et très-rare talent au génie extraordinaire du plus éloquent et du plus sublime de nos orateurs, mais parce qu'ils ont couru l'im et l'autre la môme carrière, et qu'ils s'y sont couronnés de palmes qu'aucun de leurs concurrens n'ont pu leur disputer. 11 n'est donc pas îiécessaire d'abaisser Fléchier pour assui-er le triomphe
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et la supériorjlé incontestable de Bossuet j et M. le cardinal Maury pou voit exaUei^ l'un sans trop déprimer Tautre; mais son admii-atioii passionnée pour le panégyriste du grand Condé ne lui a pas permis de garder celle mesure de sagesse et d'équité avec le panégyriste de Turenne : il ne rend point justice à Flécliier, à ce Fléchier qui est resté sans doute à une grande distance de Bossuet, mais que n'ont ])u atteindre aucun des orateurs qui , dans la suile, sont entiés avec le plus de moyens dans la même lice. L'oraison funèbre du maréchal de Turenne, un des cliei's-d'œuvres de l'éloquence française, ne me paroît pas traitée avec assez de justice par l'aviteur de VJ^ssai sur V Eloquence : « Cette orai— « son funèbre, beaucoup trop va/f,tée , dit-il, fournit « aux maîtres des exemples brillans, et plusieurs sujets « de leçons très- attachantes et très-instructives. «Voilà donc une des merveilles de l'art, voilà cette oraison funèbre, beaucoup trop vantée , reléguée dans l'ombre des écoles! Encore cette phrase ne semble être qu'une concession faite au prt'jugé, et qu'une espèce de précaution oratoire qui prépare à des critiques beaucoup plus vives et beaucoup plus tranchantes : on va jusqu'à établir «une sorte de parallèle entre cette composition d'un grand écrivain et d'un grand orateur, et une certaine Vie du maréchal de Turenne , par un certain abbé Ra— guenet, dont il est vraiment trop facétieux de prononcer le nom à côté de celui de Fléchier. Raguenet et Fléchier, quelle alliance de talens et de renommées ! M. le cardinal voudroit-il essayer de faire une réputation à Fabbé Raguenet, comme il a tenté d'en faire une à l'abbé de Radonvilliers? Et n'a-t-il pas déjà éprouvé qu'il n'est pas donné même à un talent aassi puissant que le sien .
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de fiiiio (le rioii (|n('l(|ii<i clio.so? Mais il fiiiir voir l;i suiféJ « or, si Ici o.sl pour li's bons csixils, jijoiilt' l'oiiloiir, le « résiillal (lo (('Ile coinpar.iiNoii cnlro iliu; vio liislorifinn « ei unv oraison liMu'hrc, IVIo*;»' de ce gi-and ca])itaine « reste donc à f(i//e^iùns'\ (|ii(' son liisloiic , sans f|u'nnR « pareille livalilé doive décourager un véiilabU; lalenl, : « ainsi pensoil M. Tlionias, » Je oi'ois (|U(î M. TJiotna.s avoil lorl : TélogC' funèbre de^ruimne ne reste point à fairei il e.^t fait, et si bien fait, que je ne connois, de puis Flécliiei-, aucun orateur, sans exception, qui eût pu traitei- ce sujet avec une pompe si majestueuse, avec luie pureté de style si admirable,' avec ime élégance si précieuse j avec un sentiment si parfait de tous les genres de convenances. Quel est l'ouvrage de ]\I. Thomas qu'on ]juisse comparer avec justice à ce cbel-d'œuvre? C'est l'éloge de Marc-Aurèle , qui est beaucoup trop vanté! M. Thomas étoit né sans doute avec un beau talent; et malgi-é ses défauts, on doit le i-anger parmi les écrivains qui ont bonoié Téloquenee française; mais s'il eût essayé de refaire l'éloge de Tu)-enne, comme il en eut un moment le dessein, je suis intimement persuadé que son ouvrage n'auroit servi qu'à faire mieux sentir et qu'à relever l'extrême mérite de celui de Fléchier. Enfin, l'auteur de V£ssai sur l'Eloquence peutil se fiai ter d'avoir fait un port)-ait ressemblant du panégyriste de Turenne , en nous le peignant comme un esprit syniéiricjj(e , séduit par des antithèses éblouissantes , ou resserré dans l'alignement d'une diction cadencée! Cela est-il exact? Et d'ailleurs, est-ce avec ce ton de mépris que l'on doit même reprendre les défauts d'un écrivain si distingué? Immédiatement aprè.s avoir traité Flécliier si mal, M. le cardinal parle d«*
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saluL Vincent de Paul , et de la manière de composer son panégyrique : il ne pou voit rappeler plus à propos un de SCS propres triomphes ; car il faut être bien sur de sa gloii-e, et la rendre bien présente à tous les esprits , pour attaquer ainsi, avec quel(|ue espérance d'excuse, celle d'un orateur tel que Flécliier : parce de tantis viris pron unciaiulain.
On voit que M. le cardinal Maury ne parle point d'une manière wdgaire des princes de l'éloquence française, et qu'ei^lcs jugeant, il s'est senti des droits pour se pla- :,cer à leur hauteur : ^
5e cjuocjue prînc'pibus permixtum agnovit Achwis.
Mais je doute qu'il y ait un seul homme de lettres qui ne soit pas choqué et de ce jugement, et d'une de ses propositions relatives à Massillorî: croiroit-on que , suivant l'au • teur de VEskai sur V Eloquetice ^ cet orateur distingué, surtout, par la pureté, par la délicatesse de son goût, a singulièrement contribué à corrompre le goût deVtloquence sacrée , et a précipité parminous^aci?(écrtrfe«ce de la chaire ?Massillon, lecorrupteur du goûtl Voilà un paradoxe bien étonnant ! Et comment donc a t-il corrompu le goût? ^;\v son P etit Carême , regardé à juste titre comme un chef-d'oeuvre de style! L'auteur de V Essai nous entraîne de surprise en surprise, et seml)le badiner avec nos opinions : quoi ! le Petit Carême a contribué à corrompre le goût? je ne.l'aurois jamais cru : j'avoue que ce paradoxe est présenté , soutenu , développé avec beaucoup d'art , et même avec une sorte de vraisemblance; mais je pense que la proposition est trop crûment énoncée, malgré les précautions oratoires dont l'auteur a cru devoii' Tenvironner, Nous noua accoutumerons diffici-