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^ Oride et Plutarque indiquent le même procédé pour attirer la fondre. « Ils lui enseignèrent la purification contre la foudre et contre le tonnerre, que l'on fait encore aujourd'hui aTec des oignons, des cheveux et des poissons. •

Nous ne voulons assurément pas dire qu'avec ces trois objets, on soit jamais parvenu à faire descendre le fluide électrique des nuages sur la terre; mais il est évident qu'ils ont été choisis avec une rare intelligence des phénomènes qu'il s'agissait d'imiter. On connaît en effet des poissons électriques, la torpille, le gymnote, qui produisent des effets formidables; les oignons, comme presque tous les végétaux desséchés peuvent prendre par le frottement l'état électrique. Enfin, nous savons qu'il suffit souvent de passer la main ou un peigne dans les cheveux pour en faire jaillir des étincelles.

Des opérations exécutées avec ces substances amenaient sans doute des éclairs et des pétillements ayant de l'analogie avec les phénomènes électriques de l'atmosphère. En tout cas, l'indication d'une pareille recette dans une légende aussi ancienne, est un fait important, qui nous donne une haute idée de l'esprit d'observation et des connuissancesdu sacerdoce dans l'Italie primitive.

«iopiter EUelu.

Il résulte de ce qui précède que, dans le culte des anciens peuples d'Italie, Jupiter s'identifiait avec la foudre, qu'il y avait des sacrifices au moyen desquels ce dieu était attiré, et que, pour ce motif, il était invoqué sous le nom de Jupiter Elicius,

Ce culte n'était pas inconnu aux Grecs. Selon leurs fables les plus vénérables, Prométhée avait dérobé le feu céleste. A Olympie se trouvait un autel consacré à Jupiter descendant (I ). C'était dans cette contrée que régnait ce Salmonée dont nous avons parlé, qui périt frappé de la foudre pour avoir voulu l'imiter. Plusieurs médailles de la ville de Cyrrha en S>Tie représentent Jupiter anné de la foudre avec celte inscription : KaTai^TTîç. Mais ce n'était pas de là qu'était venu dans le Latium et dans l'Etrurie le culte de Jupiter Elicius, Tout nous autorise à le considérer comme indigène en Italie. Ces rites introduits par Faunus et Ficus, avaient été pratiqués par Sylvius Remulus, par Numa, par

(1) Xfi\à^ KocTfluéxn^ç,

ToUos Hostilius, par Porsenna. Varron(l) et Tite Live nous appreoDcnt qu'il y avait sur l'Avenlin un autel cd l'hooneur de Jupiter Elicius. Servius, le commentateur do Virgile, à propos de ces mots : « qui fcedera fulmine sancit ^ qui sanctionne les alliances par la foudre », ajoute : Chez les anciens, on n'allumait pas les autels, mais on attirait par des prières le feu divin qui embrasait Tau tel (2).

Des témoignages nombreux nous attestent que ce culte de Jupiter et les connaissances secrètes qui s'y rattachaient, furent portés de bonne heure en Italie par les Etrusques et conservés mystérieusement dans le collège des Augures et des Haruspices. Tile Live nous a déjà dit que Tanaquil était éclairée par cette sdencc occulte, lorsqu'elle interpréta le sens de la lumière qui apparut autour de la tôte de Servius. Virgile, au rapport de Servius, prèle à Anchise la même instruction augurale dans le passée relatif à l'auréole d'Ascagne, que nous avons cité plus haut. Il est utile de revenir sur cette fiction dans laquelle le docte poète s'est inspiré des traditions italiques qui lui étaient si familières.

Eoée et les personnes présentes ignorant la nature du prodige qui les effraie, veulent éteindre avec de l'eau les flammes miraculeuses. Mais Anchise, au courant de la sience sacrée, reconnaît dans ce phénomène un signe céleste qui le détermine à invoquer Jupiter : ■ Père, dit-il, prête-nous secours et confirme ces présages! (3)..

Ainsi l'apparition de la lueur éthérée était, aux yeux de Taugure, un présage, et ce présage avait besoin d'être confirmé par Jupiter. Gomment? Par l'explosion du tonnerre. Il y avait donc un rapport naturel entre les deux phénomènes; le premier faisait prévoir le second. C'est véritablement une prière à Jupiter Elicius que le vieillard prononce, et à sa voix, le dieu descend aussitôt (4).

En ces circonstances, l'augure, à l'aspect des étincelles électriques qui glissaient sur la chevelure d'un enfant, pouvait recon-

i\) Varr. Ling. lat. 1. V. — Tit. liv. L. 1. G. 20. — Servius. Eoeid. XII.

ÎOO.

(2| Âpud majores arse non incendebantur, sed Ignem divinum préci- Ijus eliciebant, qui incendebat altaria.

(3) Da deindeauxilium, pater, atque hœc oinina Arma. i4> Vix ea fatus erat senior, subitoqoe fragore Intonait IseYum

in

naitre Tétai orageux de lalraosphère et prédire le tonnerre. Celle association d'idées était vraisemblablement dans l'esprit du poète, versé, comme on sait, daus les études naturelles autant qu'oo pouvait Télre alors.

Quoiqu'il en soit, ici, comme dans la légende de Numa, nous trouvons un étrange et curieux rapprochement entre les phénomènes de réleclricité terrestre et ceux de rélectricité descendue des nuages.

Aclence des Etr«M«^** Haratptces.

Tous les détails empruntés aux poètes, aux historiens, aux philosophes, aux moralistes, que nous avons recueillis dans les chapitres précédents, nous ont montré l'Elruric comme le principal foyer des éludes et des expériences relatives à rélectricité. Là, oeux corporations sacerdotales, les Augures et les Haruspices étaient spécialement dépositaires de tous les secrets qui concernaient 1 exploration, Tinterprélation et la conjuration de la foudre.

Leurs connaissances et leurs observances à cet égard avaient été consignées dans des livres, et formaient à n'en pas douter, un corps de doctrine.

Cicéron (1) raconte l'origine fabuleuse des livres qui conlcnaient la science des Haïuspices. Tagès, dont parle encore Ovide (2), à peine né de la terre, avail enseigné à 1» foule accourue pour l'entendre, une merveilleuse doctrine, qui fut dès la plus haute antiquité recueillie et conservée par l'écriture. Sans doute, Cicéron se moque de la fable de Tagès; mais il nous allesle néanmoins Texistence des livres qu'on altribuail à cet étrange législateur. Au livre 1*' de Divin. C. 33, parlant des moyens de divination qui constituent un art, artificiosa^ il dit que ces pratiques sont exercées par les Haruspices et les Augures. H ajoute que si les péripatéticiens les blâment, les stoïciens les approuvent. Une partie de ces procédés était, selon lui, conservée dans des monuments et dans un enseignement, que les livres des Etrusques intitulés Haruspicini , Fulgurales et lonitruales , met-

(1) DeDlYinationc. L. 2. c. Î3.

\î) Metamorpli. XV. V. 553.

talent à la portée des lecteurs instruits. C'est à ces sources, que Pline et Sénèqne ont puisé tout ce qu'ils ont écrit sur la foudre (I).

Ailleurs, Wvinat. L. C. 41, Cicéron déclare que TEtruneobsenre d'une manière très scientifique les phénomènes de la foudre et les interprète. Voilà pourquoi, dit-il, chez nos ancêtres, le sénat, lorsque l'empire était florissant, décida avec sagesse que six jeunes gens des principales familles seraient envoyés en Buiîrie, pour y étudier cet art, afin de ne pas laisser tomber une si haute mission entre les mains des petites gens, qui le feraient descendre de son autorité religieuse, aux calculs et aux trafics de l'intérêt (2). Aussi lorsqu'il trace, pour sa république modèle un code copié sur les lois antiques de Rome, Giceron a-t-il soin de conserver aux Augures et aux Haruspices leurs atlribu lions et leurs privilèges de corps savants (3) : « Que les Augures gardent

exactement leur discipline , qu'ils tempèrent la foudre après

avoir divisé les régions du ciel où elle éclate. »

Le lieu consacré aux observations des Augures était élevé et découvert; on l'appelait templum^ de templari comtempler; c'était une sorte d'observatoire. Celle enceinte était orientée de lelle façon que le prêtre avait l'ouest à droite. Test à gauche, le sud en face et le nord derrière. Revêtu de ses insignes, tenant en main le Lituus (bâton sans nœuds et recourbé en forme de crosse épiscopale), il indiquait par des lignes visuelles la grande division en quatre parties de l'espace embrassé par ses regards; puis subdivisant chaque quart en deux et chaque huitième pareillement, il établisait seize régions auxquelles les observations se rapportaient. C'était en vertu de la région où la foudre éclatait, regioni- \m ratis^ que l'augure pouvait la tempérer, fulgura temperanto. Mais le pouvoir de maîtriser et de diriger le tonnerre appartenait plas particulièrement aux Haruspices. Cicéron, dans le même traité leur donne l'office d'expier la foudre et les lieux qu'elle a frappés (\),

Le mot piare a, dans ce passage une signification très étendue;

<l) Pline. L. ?. Ch. 53. — Senec. Ntit. Quest. L. 2. Ch. 33 et seq. lî) Voyez encore Cicéron de Leg, 11, 9. - Tite Live. IX, 36. Valèrc Xaxime 1. 1.

(3) Disciplinam tenento

Cœliqne fulgura regionlbus ratis temperanto.

Delegibu8.L2.C.2S.

{h) Idem qae Fulgura et obstita pianto. Legib. L. 2. C. 9.

il embrasse les divers sens de purifier, d*apaiser, de coDjurer, d'allirer et de détourner la foudre. Qu'il nous suffise de rappeler que, dans le passage d'Ovide relatif à Numa, nous lisons le même terme pris dans la même acception :pmWfo/u/men;/>iari fulmen.

H nous parait démontré par ce qui précède, que les Haruspices formaient un collège sacerdotal, une corporation savante et enseignante, ayant sur les phénomènes électriques une doctrine arrêtée et consignée dans des livres.

Est-il possible de retrouver quelques traces de celle doctrine pçrdue? Nous n*oserions le promettre; on nous permettra du moins de le tenter.

Lucrèce (1) dans deux passages, en blâmant les pratiques des Augures Etrusques, qu'il accuse de superstition, résume ainsi leurs principales observations sur la foudre.

• Il ne faut pas, en parcourant à reculons les formules magiques des Tyrréniens, y chercher vainement les indices de la volonté divine qui s'y cache; d'où vient en volant le feu du ciel, vers quelle région il se dirige, de quelle manière il s'insinue dans les lieux clos, et puis, prenant son essor, il s'élève dans les airs; ou bien quel mal peut faire la foudre quand elle tombe du ciel.

Les vers de Lucrèce malgré leur concision nous révèlent bien des choses; examinons-les attentivement et nous trouverons d'abord qu'ils semblent nous indiquer, selon la remarque ingénieuse de Niebuhi, que les livres des Etrusques étaient écrits de droite à gauche, rétro vohentem^ à la manière des peuples de l'Orient. Ils traitaient de l'électricité et, à ce titre, ils avaient un lien de parenté avec d'autres ouvrages plus anciens et comme eux, d'origine asiatique. La science s'était transmise et avait perpétué ses procédés, nous en retrouverons plus loin des preuves certaines.

Le même passage de Lucrèce nous apprend, que les Etrusques, dans leurs livres, expliquaient à leur manière le point de départ de l'électricité atmosphérique, unde volons ignit pervenerit; qu'ils rendaient compte de sa direction, aut in utram se verterit hic partem; qu ils montraient comment ce fluide subtil s'insinue à travers les lieux clos, quo pacto^ per loca septa insinuant; enfin, comment, après être descendu, il se relevait et montait vers le ciel. Et hinc dominatus ut extulerit se,

(1* L. YI.V. 388 et 84.

I«7 Le dernier trait rappelle ces vers de Béranger i la France :

Tu peox tomber, mais c'est comme la foudre Qui se relère et plane en baut des airs.

Les Etrusques avaient donc constaté que, si la foudre s'élance de la nnée pour venir frapper la terre, elle peut aussi s'élever du sein de la terre pour aller atteindre la nuée. C'est un fait que les olKervations de notre époque démontrent fréquemment et- dont on donne de nombreuses preuves. Arago rappelle la foudre ascendante, nous allons rapporter quelques-uns desfaits qu'il cite pour montrer son action.

La foudre ayant frappé un chêne à Commeraye, près de Lamballe, à la fin de mai 1843, M. de la Pilaie remarqua que le tronc entsonécorce entamée depuis la base jusqu'à la bifurcation des branches supérieures. La foudre y avait fait une entaille qui allait en se rétrécissant de bas en haut et le long de laquelle, les bords de l'écorce étaient effilés comme de la charpie. Ces fibnles ligneuses et les autres lambeaux étaient morcelés de bas en haut, comme si la foudre fût remontée de la base au sommet.

En 1787, deux personnes réfugiées sous un arbre, près de Tacon, dans le Beaujolais, furent atteintes de la foudre, de telle sorte que leurs cheveux furent lancés sur le haut de l'arbre et qu'on y trouva aussi un cercle de fer qui attachait le sabot d'une des victimes.

A Paris, près delà Salpétrière, en 1808, un ouvrier assis sous UB pavillon fut tué par la foudre, et l'on trouva les morceaux de son chapeau incrustés dans le plafond.

Ces phénomènes de soulèvement peuvent être considérés comme des effets directs de la foudre qui au lieu de descendre des nuages vers la terre, s'était élancée de la terre vers les nuages.

Citons encore un dernier fait plus décisif .

Deux tombereaux chargés de charbon de terre étaient conduits chacun par un jeune cocher assis en avant sur un petit siège. Ils venaient Fun et l'autre de traverser la Twed : ils achevaient de gravir une montée voisine des bords de cette rivière, lorsqu'on entendit à la ronde, une sortc.de détonation semblable à celle qui serait résultée delà décharge à peu près simultanée de plusieurs fusils, mais sans aucun roulement de tonnerre. Au même instant, le cocher du tombereau de derrière vit le tombereau de devant,

les deux chevaux et son camarade tomber à terre ; conducteur et chevaux étaient morts.

Le bois du tombereau était fort endommagé, surtout là où il y avait des crampons de fer.

Le sol était percé de deux trous circulaires à l'endroit où les roues le touchaient quand l'accident arriva. Les bandes circulaires de fer qui recou\Taienl les jantes des roues offraient des marques de fusion dans les deux parties qui reposaient sur la terre au moment de la détonation. Le poil des chevaux avait été brûlé particulièrement aux jambes et sous le ventre.

Les témoins attestèrent que la détonation ne fut pas accompagnée d'éclair.

Voilà des faits constatés de nos jours qui avaient eu leurs analogues chez les anciens, et qui avaient été observés et expliqués, car Pline, le naturaliste, nous dit : 1. 2, c. 23 : TEtrurie pense que la foudre s'échappe aussi de la terre avec violence (i), et il ajouce que ce n'était pas tant l'arrivée de la foudre que son retour^ qui attirait l'attention des observateurs Etrusques, soit qu'après le choc le feu C4^leste rebondisse, soit que l'efifet étant accompli et le feu consumé, la vapeur remonte (2).

Ce passage de Pline renferme en quelques mois l'énumération de tous les principaux phénomènes observés par la science moderne au sujet de la foudre. Mais le naturaliste romain a vu le phénomène avec les yeux d'un enfant et l'a expliqué en s'arrétant aux apparences. La science moderne a confirmé Tobservation de la science antique et en a rendu compte par la théorie de Télectricilé. Sans entrer ici dans l'exposition rigoureuse des faits atmosphériques qui amènent l'éruption de la foudre terrestre, bornonsnous à une explication toute populaire. Si par une c^use quelconque, un nuage est brusquement privé de son électricité, l'équilibre électrique est rompu sur ce point entre l'atmosphère et la terre; Alors celle-ci rend instantanément au ciel qui en a moins le fluide qu'elle a en surabondance : tout ce qui se trouve sur le lieu de l'explosion en éprouve le redoutable effet.

11 y avait par conséquent une théorie de l'électricité, se rapportant aux diverses observations que j'ai indiquées^ et l'une des plus

(t) Etrurla erumpere terra ifulmina) quoque arbitratur.

(2) Nec tam adventus fulminis spectatur quam reditus, sive ab ictn resilit ign^s, sive opère confecio, ant igné consumpto, spiritus remeat. (L. % ch. 55),

importantes applications de cette théorie était l'attraction de la foudre : j'en ai déjà fourni des preuves manifestes et nombreuses, puisées à des sources authentiques. Plutarque nous a dit que cette opération était encore pratiquée de son temps. Cette assertion est confirmée par Lucain et par Juvénal.

Le satirique (I) parie de prêtres qui avaient l'office de faire descendre la foudre, dans des cérémonies publiques ot de Tensevelir au sein de la terre.

Il est vrai que les vieux commenteurs entendent par condere fulmina réunir les débris ou les vestiges laissés par la foudre pour les enfouir dans le sol. Mais cette interprétation ridicule, imaginée à une époque où l'on avait perdu l'intelligence du rite, s'évanouit devant ces paroles de Lucain si claires, si décisives (2) • L'Etrusque Âruns recueille les feux épars de la foudre et les ensevelit avec un triste murmure de la terre. •

N'avons nous pas ici l'opération qui va chercher le fluide électrique dans les nuages et le fait descendre avec une détonation dans le réservoir commun ?

Franklin aussi recueillait les feux épars de la foudre et les ensevelissait au moyen d'un cerf-volant armé d'une pointe élevée dans la région des nuages, et son procédé nous parait avoir une analogie frappante avec celui que devait employer Aruns chez les Etrusques. Rappelons ces^expériences fameuses qui mirent en émoi l'Amérique et l'Europe, et dont la conséquence fut l'invention du paratonnerre. C'était en 1752, le génie de Franklin lui avait révélé après des expériences multipliées, que les corps terminés en pointe ont la propriété d'attirer l'éleclricilé. Guidé par ces indications sur le pouvoir des poiotes, il eut l'idée ingénieuse de puiser l'électricité jusque dans les nuages; il arma d'une pointe l'extrémité d'un cerf-volant, et le lança près de Philadelphie vers un nuage orageux. Le cerf- volant élait déjà depuis quelques temps sous l'influence du nuage sans donner aucun signe électrique, lorsqu'une légère pluie qui survint fort à propos, mouilla la corde de chanvre et la rendit plus propre à conduire l'électricité du nuage jusqu'à l'extrémité inférieure.

(I) Sat. 6, V. 578. Atque aliqnis senior qui publica fulgura condU.

(t) Dispersos fulminis ignés

Colligit, et terrse mœsto cum murmure condit.

Phors. L. 1, V.606.

Franklia put alors, en approchant le doigt de la corde, en tirer de vives étincelles, comme d'un conducteur électrisé. Après celle première expérience, il plaça sur sa maison une longue barre de fer isolée, qu'il avait terminée en pointe, il suspendit un carillon électrique h son extrémité inférieure, et il reconnut par le bruit de l'appareil, que la barre se chargeait d'éleclricilé à l'approche des nuages orageux. Cette expérience lui donna l'idée des paratonnerres.

La découverte de Franklin fut bientôt connue en Europe, et de nouvelles expériences vinrent la confirmer. M. de Romas, assesseurau présidial de Nérac, lança en 1753, vers un nuage orageux, un cerf-volant de grande dimension ; il avait entrelacé un fil de fer dans la corde de chanvre, afin de la rendre plus conductrice, et il Tavail terminée par un cordon de soie bien sec, afin de se mettre à l'abri de tout accident. 11 tira d'abord de la corde plusieurs étincelles d'environ un décimètre de longueur dont le bruit était plus fort que celui'de l'explosion d'un pistolet; il sentit sur son visage comme une espèce de toile d'araignée, quoiqu'il fût éloigné d'environ un mètre de la corde du cerf-volant. Quelque temps après, en jetant les yeux sur un tube de fer-blanc qu'il avait attaché vers l'extrémité de la corde de chanvre, il vit trois pailles, dont l'une avait trois décimètres de long, se lever toutes droites et former une danse circulaire sous le tube. Bien qu'il fut à un mètre de distance du sol. Ces effet^durèrent plus d'un quartd'heure, puis survint une légère pluie, et les effets électriques prirent une intensité effrayante. La plus longue paille fut attirée par le tube de fer-blanc, et il se fit une explosion dont le bruit ressemblait à celui du tonnerre, l'éclair avait la forme d'un fuseau d'un mètre de longueur, les explosions se renouvelèrent plusieurs fois, mais en diminuant d'intensité graduellement. On sentit, depuis la première explosion jusqu'à la fin des expériences, une odeur de soufre très-marquée, et on aperçut, au tour de la corde, un cylindre lumineux de plus d'un décimètre de diamètre ; enfin, après la chute du cerf- volant, on découvrit dans le sol, et précisément sous le tube de fer- blanc, un trou d'une grande profondeur et d'un diamètre de plusieurs centimètres, qui avait été fait par l'électricité des premières explosions.

En citant les expériences de Franklin, nous avons rapporté qu'il eut l'idée de placer sur sa maison une barre de fer isolée, qu'il avait terminée en pointe. Après les essais de M. de Romas, à l'aide du cerf-volant, on compléta également les expériences

relatives à réleclricité des nuages, en substituant comme l'avait déjà fait l'illustre américain» une barre de fer au cerf- volant. Ce fut Dalibard qui établit sur une cabane isolée, dans les environs de Paris, une barre de fer de douze mètres de longueur, terminée en pointe à son extrémité la plus élevée. Cette barre à rapproche d'un nuage orageux, faisait entendre un bruit analogue à celui du tonnerre ; elle conservait assez d'électricité, après le passage du nuage, pour donner des étincelles, et pour accuser par son action sur un électromètre la nature de Télectricité qu'elle avait reçue. Ajoutons à ces faits que les expériences de cette nature aussi bien que celles faites avec des cerfs-volants, exigent les plus grandes précautions. M. de Romas fut une fois renversé par une décharge violente, et nous avons déjà dit comment mourut le professeur Richmann, de Saint-Pétersbourg, frappé au front par une lame de feu échappée d'un appareil à peu près semblable à celui de Dalibard.

Nous pea<^ns que ces procédés en usage chez les modernes ont pu être connus des anciens, et le simple rapprochement des faits rapportés par les divers auteurs sufilrait pour justifier cette manière de voir. Mais nous avons pour preuve certaine une dernière citation qui ne laisse aucun doute à ce sujet. (1) En effet, Gtésias dans ses ine/^a^ chap. 4, page 248, édition de Baelr, raconte qu'il a eu en sa possession deux épées de fer, présent du roi Artaxercès Mnémon et de sa mère Parysotis qui, fichées en terre, détournaient les nuages, la grêle et les éclaii's; il en a vu l'effet lui-môme, en assistant à deux expériences faites devant lui par le roi.

Celte citation nous parait prouver que 416 ans avant Jésus- Christ, on faisait usage du paratonnerre et que l'on en connaissait les avantages, même au point de vue de la grêle, ce qui démontrerait encore que les anciens avaient attribué la formation de la grêle à des actions électriques.

Le témoignage de Ctésias est d'autant plus digne de croyance qu'il nous rapporte un fait dont nous sommes témoins nous-mê* mes chaque jour. Nous voyons planter dans les champs de longues perches armées de pointes de fer, servant de paragréle, et agissant également comme paratonnerre. Nous armons nos maisons de ces barres protectrices contre la foudre, à la seule conditions de les établir en parfaite communication avec le sol. Il n'y a

(1) De Hnmboldt, note du 2* volume des œuvres complètes, page 495.

isa

point d'appareil plus simple ni plus facile à construire, d'ailleurs Gtésias était médecin et savant, il yivait à la cour d'Àrtaxercès Mnémon, au milieu des initiés aux sciences, il était historien, et parle non seulement de ce qu'il a tu, mais de ce qu'il a appris ou lu. Il consultait le pays oii les arts et les sciences ont eu leurs époques de gloire et de succès. C'est en effet de l'Egypte, de l'Inde, de la Perse que nous sont parvenus les souvenirs des grandes découvertes des peuples anciens; c'est de là peut-être aussi que les Etrusques avaient tiré leurs connaissances, soit par la tradition, soit par les écrits dont parlent les auteurs que nous avons eu l'occasion de citer. Concluons donc à l'exactitude des faits avancés et résumons-nous en rappelant les principaux points de doctrine que nous avons établis. Nous avons fait voir :

1« Que les phénomènes électriques ont de bonne heure appelé l'attention des anciens;

2« Que le premier de leurs dieux, Jupiter, n'est que la personnitication de ces phénomènes ;

30 Que, dès les temps les plus reculés, on chercha les moyens d'attirer la foudre ;

4° Qu'il se forma sur ce sujet une science secrète concentrée dans le sacerdoce, et en particuUer chez les Haruspices Etrusques;

50 Que cette science avait reconnu l'identité de la foudre avec les phénomènes lumineux qui se manifestent sur la chevelure, sur certains végétaux desséchés ou en putréfaction, et enfln, ses rapports avec les propriétés électriques des poissons que nous avons appelés de nos jours poissons électriques;

60 Enfin, qu'elle avait ses procédés pour soutirer Téleclricité répandue dans l'atmosphère, pour la recueillir et la conduire dans la terre.

nrOTS DU DOCTBUB llICHAIj01¥«ia.

Tron^ dans quelques palois, et en langue romaine signifie tonnerre, c*est un terme d'origine scythique, si on s'en rapporte au nombre des congénères qui accompagnent Deurren dans le Madjar actuel.

Elleuk, signifie en hongrois, il projette^ il darde. U en résulte que électron^ nom grec du succin, mais exotique en grec, c'està-dire sans racine et sans signification dans le dictionnaire de cette langue, se traduit exactement, il darde la foudre.

L'Ambre^ se dit Borostyauken en Madjar, d'où sans doute Burstyn en langue slave, et Bernstein en langue germanique. Ce mot signifie en Hongrois, laurier-pierre, on pourrait trouver là un rapprochement avec Tancienne vertu réputée chez les Romains, et attribuée au Laurier comme préservatif du tonnerre.

Enfin, Raad signifie la foudre en arabe, et c'est aussi le nom du poisson électrique du Nil, le silure. Celle conformité de dénomination parait suffisamment indiquer que ce peuple avait trouvé l'analogie qui existe, et que tout le monde connaît aujourd'hui, entre la foudre et l'appareil électrique du silure.

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