X INTRODUCTION
une belle parade, ornée d'un brillant état-major, l'aspect de Yilles heureuses et florissantes , par l'industrie délivrée de l'écrasant fardeau des taxes, et de campagnes couvertes de villages que l'impôt foncier n'a point réduits à l'état de misérables hameaux. En Amérique, pendant la guerre, l'armée est de 60,000 hommes , sans comprendre les milices qui en cas de besoin formeraient une masse d'un million de citoyens armés pour la défense de la liberté et de l'indépendance de leur patrie. L'année après la paix , 8000 hommes sont conservés sous les armes comme cadres suffisants , et ces 8000 hommes sont aux frontières ; pas un seul n'est vu dans les villes de l'intérieur !
L'histoire de la marine américaine nous fait voir qu'un état qui emploie annuellement sept à huit millions à entretenir et à augmenter sa flotte, peut, dans un court espace de temps, la porter au point de lutter avec succès contre l'Angleterre, tandis qu'en France on voit des sommes équivalentes au budget entier des Etats- Unis votées cinq ans de suite sans que la marine paraisse en avoir profité. D'où vient cette différence ? Ce n'est point du prix des matériaux;, ni
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de la main-d'œuvre, plus élevé en Amérique qu'en Europe ; c'est parce système d appropriation [i) dont nos ministres ne veulent point, qu'ils déclarent être hors des attributions de la représentation. Aux États-Unis, le congrès vote séparément l'argent destiné à l'armement, à l'équipement, à la construction de chaque vaisseau, et le ministre de la marine est tenu de rendre compte dans le même ordre des sommes qui lui sont confiées. Aussi des vaisseaux sont équipés, sont armés , sont construits ; aussi les États-Unis ont une marine, boulevard de l'état, et qui ne laisse impuni aucun outrage fait au pavillon national.
Dans le chapitre des dépenses on retrouve encore cette spécialité , si mal vue de ces hommes d'état qui, avec tant d'ingénuité , demandent l'arbitraire. Elle y e.t poussée à un tel point que le secrétaire d'état est tenu de soumettre tous les deux ans au congrès une liste de tous les employés publics et de leurs salaires, depuis le président de la république jusqu'aux courriers
(i) Ce mot est consacré au principe qu'on désii^ne à tort par le mot de spécialité dans les débats de la chambre des députés.
^i INTRODUCTION
de la malle. Quelle est l'influence de ce système? Aucune sinécure n'existe en Amérique , aucun employé , dont le travail n'est point réellement utile, ne vit aux dépens du peuple. Ce tableau, que je recommande à l'examen du lecteur , sous plus d'un rapport, donnera lieu à une remarque importante. On n'y voit figurer aucun employé , ni ministre , ni directeur , ni agent de police. Un état peut donc exister sans police, par la seule action de la justice , et cet état est celui qui jouit d'une tranquillité tellement assurée, que personne encore n'y a subi de peine pour crime contre l'état. Peuples de l'Europe , étes-vous donc tellement dépravés , tant de conspirateurs se trouvent-ils donc au milieu de vous qu'il faille des milliers de gendarmes pour vous arrêter, des délateurs pour vous surveiller, des prisons pour vous renfermer ? Est-ce donc votre élite la plus pure qui compose la nation américaine? Ou bien n'est-ce pas la liberté religieuse, civile, politique, qui , partout où elle existe , se maintient par ellemême , et se croirait souillée si d'impurs agens se disaient ses soutiens ?
Le chapitre de la dette publique fournit le seul exemple que nous possédions d'un état ayant recours au crédit , et toujours fidèle à ses
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engagements. Aux États-Unis point de vol fait aux créanciers publics sous le nom de banqueroute; mais aussi, après les guerres les plus dispendieuses, la dette de l'état ne s'élève qu'à six ceats millions , et sa réduction est annuelle et considérable. Les Ltats-Unis ne croient point qu'il soit utile de laisser accroître indéfiniment ce capital qui n'existe que de nom , et dont les revenus sont pris sur le fruit des travaux de l'industrie et du commerce. Mais aussi il n y existe point de ministre qui se refuse même aux ennullations de crédits dont il n'a point fait usage.
D'après le rapide exposé que je viens de faire des Annales statistiques des Etals-Unis ^ on peut s'apercevoir que cet ouvrage mérite d'otre médité par les hommes qui désirent consolider les monarchies européennes en leur donnant les bases que réclame l'état de la société. Quant à cette classe d'hommes trop nombreuse , si on considère le mal qu'elle fait, peu nombreuse si on la compare à la masse saine des nations, quant à ces hommes qui veulent le maintien des abus parce qu'ils eji profitent, et du despotisme