‹ ANNALES UNIVERSITES DE BELGIQUEChapitre 136 sur 218 · V. 1 -4, frHf;iii. XIIl, éd. Bach · texte numérisé non relu

V. 1 -4, frHf;iii. XIIl, éd. Bach

(K) Ad J^imitertHt Frngvi.,p. 4" sq.

Ae Col^ptfcon, est tout à fait inadmissible, puisque d'après, ce cri-

iîa^® ^ï^ônae, il y avait plus d'un siècle et demi d'intervalle entre

y^poCl^^"de Mimnerme et le fondateur de sa patrie (i). La mention

aue^^ poëte en cet endroit fait des Lydiens, comme d'ennemis que

Yoo combat, nous porte naturellement à croire que nous avons là un

frag»^^^^ de Télégie que Pausanias nous mentionne.

On voit aussi par là que l'élégie, née de l'épopée, avait de la peiBe de s'en séparer. Tout nous indique dans les vers qui nous restent de ce chant héroïque de Mimnerme un poënie de longue haleine. Ainsi, d'après le témoignage de Pausanias (3], il avait mis en tête de cette élégie un exorde oii il invoquait les Muses, filles d^Uranus, plus anciennes que les Muses, filles do Jupiter. Au reste, le morceau que nous en avons est écrit avec une vigueur tout à fait homérique, et semble avoir puisé son animation à la source éternelle de la poésie (s).

Mais ce n'est point dans la poésie héroïque que 4e nom de Mimnerme est devenu célèbre. Son époque d'ailleurs n'était plus guère favorable à inspirer des chants guerriers : les villes de l'Ionie étaient presque toutes passées sous le joug des Lydiens, ou résistaient à peine à leurs attaques : Colophon même, sa patrie, était tombée depuis longtemps au pouvoir de Gygès [a) . Comme nous l'avons vu plus haut, quand il voulut chanter la gloire des Ioniens, ce fut vers le passé qu'il dut tourner ses regards : le présent ne lui offrait que des calamités publiques, plus faites pour attrister que pour inspirer. Il appliqua donc l'élégie à un sentiment, dans l'expression duquel il surpasse Homère (s) , et qui dans la suite fournit à ce genre de poésie le plus grand nombre de ses sujets. Ce fut Tamour, passion que lui

( I ) B«CB, ad Mimnerm , p. 4 sqcf.

(î) Loc, iaiid,

(3) Adjico Mœoniden a quo ceu f otite pe retint

Vdtum Pierii» ora rignntur aquis.

OviD., Amnr. ,\\b.l\l. el. IX, v. 2?S»q. (V) llKaobor. , lib I, cap. xiv.

(^) Pl'tê in ainore valet Mimttermi v>'rsuH Uotnero :

Carmitin tHansueiua l'ttiu qitœrit amor.

Prupert., lib. 1, el. IX, v. 1 1 i([.

270 QUESTION DE PUILOLOGIE.

inspira Nanno, femme dont il avait conservé la mémoire dans une élégie à laquelle il donna le titre de Nanm, Il y a grande apparence, quoi qu en dise Bach (i), que ce fut dans un âge avancé qu'il s éprit de cette femme, qui professait le môme art que lui (s). On ne peut s expliquer autrement ces plaintes sur la fuite rapide du jeune âge et ces imprécations contre la vieillesse, qui reviennent si souvent dans ses vers (s).

Cette élégie, dont nous avons encore une trentaine de vers, était fort célèbre chez les anciens. Elle parait avoir 43té d'une longueur raisonnable et pleine de digressions : du moins est-il permis d'en juger ainsi par les citations. Par exemple, nous savons parStrabon(4) qu'il y célébrait la fondation de sa patrie par Ândrémon le Pylien. On pourrait môme croire, sans trop de témérité, qu'il y avait traité l'histoire entière de Colophon, si l'on en juge d'après un fragment conservé par le môme écrivain (5). Athénée nous en cite également onze vers (e) où le poëte raconte comment a le Soleil, après avoir quitté le pays des Hespérides, est porté à travers les flots dans une couche d'or précieux, œuvre des mains de Vulcain, et parvient ainsi à la terre d'Ethiopie, où il retrouve son char et ses coursiers. » Ces écarts indiquent suffisamment que le poëte ne s'était pas attaché strictement à son sujet, et qu'il avait été souvent chercher fort loin des ornements étrangers. Il est vrai quon a prétendu que Nanno était le titre d'un recueil d'élégies erotiques , et non d'une seule élégie (7) : mais cette hypothèse est appuyée sur des preuves trop faibles pour qu'on en puisse tenir compte. Ce qui est vrai de la Cynthie de Properce ne s'applique pas nécessairement à la iVanno de Mimnerme, qui est toujours citée comme poëme suivi et non comme un recueil de pièces diverses. Ainsi Topinion de ceux qui veulent que toutes

(\) Ad Mimnerm^, p. ÎO.

(î) Atdi^., lib. XIII, tom. III, p. 3i9, éd. Taiichn.

(3) Cf. Fragm. I, II. III, IV et V, éd. Bach.

(4) Lib. XIV, cap. i, tom. III, p. 163, cd. Taiichn.

(5) /6id., p. IGV.

(0) Lib. XI, tom III, p. 417, cd. Taiichn. (*) ^Âitt,a(l Mimnenni FratjtH., p. '20 wp|

les élégies de Mimnerme aient été comprises sous ce titre nous parait, comme à Welcker (i), fort peu soutenable. Mimnerme fut du reste un poëte très-fécond au rapport de Suidas (i) ; selon un autre grammairien, il n aurait composé que deux livres (s], ce qui doit sans aucun doute s entendre en ce sens que ce poëte a composé, comme nous lavons vu, deux sortes d élégies, les unes guerrières, les autres erotiques, dont on aura ensuite formé deux recueils séparés. C'est là, si nous ne nous trompons, une manière facile de concilier ces deux témoignages en apparence opposés.

Les vers de Mimnerme respirent une douce mélancolie, mêlée à cette mollesse qui fut le caractère distinctif des Ioniens. Sous ce rapport, il forme un contraste parfait avec la joyeuse insouciance d'Anacréon qui chanta jusqu'à un ûge très-avancé des amours toujours heureuses. Pour Mimnerme, qui se représente la vieillesse sous un aspect tout à fait désolant, il souhaite a de trouver la mort à soixante ans sans éprouver les maladies ni les chagrins cruels (4). » Selon, dont il fut à peu près contemporain, lui conseilla de changer le dernier vers de ce distique, et de mettre à quatre-vingts (5). Je ferai observera propos de ces vers de Selon, qu ils paraissent avoir induit Suidas en erreur. Ce lexicographe prétend que Mimnerme reçut le surnom de Ligyastadès (g) à cause de la douceur et de rharmonie de ses vers. Cela, certes, serait assez croyable, sans la forme étrange de ce mot, forme que l'on a d'ailleurs tenté d'expliquer (7), mais d'une manière assez forcée. Cette forme s'éloigne tellement de toute analagie, que je ne doute pas que Suidas n'ait été trompé par une mauvaise leçon de ces vers de Selon, et qu'il

(I) Ad SimoHtd. Amorg. iamh.f p. 6.

(t) Eypx^t ^t^Xloi TtoXXx, Voc. M^/AVs^f<o;.

( ^) Mimnermua duos luculenios libros acripsif.

PoRVBTRion, ad ff or a t., lib. II, e{>. II, v. 101.

( V) Ac yctp âxtp yoÛ7«y rs xaJ àpyaX^ojv fiiXeoùvwj l^vjxovraiT)} fioîpoc xlxoi davdcrou.

Aj). DioG. Laert., lib. I, cn|». ii, s. 43. (5) SoLOif., fragm. XXI, éd. Bach.

(0) Suidas, ioc laud. Un seul manuscrit, celui de Paris coté A. donne Ar/yarcxç*;;.

(7) Baco., odMimn., p. 7 sq.

liait pris pour le vocatif d'un nom les mots Aevi<u« xuâi plus ou moins corrompus (i).

Ce fut peut-être à cause de Tamour de cette même Nanno qu il se (it des ennemis. Il haïssait, dit Hermésianax, Hermobius, son ennemi éternel, et l'odieux Phéréclès, blessé au cœur par les vers qu ils lui avaient envoyés (â). Mimnerme, en eifet, semble indiquer lui-môme quil fut en butte aux calomnies de citoyens acharnés sur sa réputation (s) . Mais ce qui se trouve dans VIbis d Ovide [a) , sur une mutilation qu on aurait fait subir à ce poëte, parait tout à fait controuvé ; de vieilles éditioas de ce poëme portent même, au lieu du nom de Mimnerme, celui de Mamertès. Cette dernière leçon est en outre confirmée par l'ancien scoliaste (5).

Voilà ce que nous savons d'important sur ce poëte, qui fut le premier à introduire les tendres sentiments dans 1 élégie, ou du moins qui les chanta avec le plus de succès. Sans doute, c est comme créateur de l'élégie erotique (Archiloque pourtant pourrait lavoir précédé en ce genre) que Mimnerme a mérité Thonneur d'être rangé parmi les poëtes classiques (g) . Horace a confirmé d'une manière éclatante le jugement d'Aristarquo et d'Aristophane dans les vers ûii il déclare Mimnerme au-dessus de Callimaque (7). Pour autant qu'on a les moyens nécessaires pour comparer leurs mérites respeo-

(1) Je suis pour ce p«»6iige la correction de Meibom, laqueUe me parait beaucoup plus simple que les autres qu'on a proposées et se rapproche daTantage en même temps de la leçon primitive : àyucà; rxâi.

He&h., V. 39 sq., apud Athm., p. 598 A.; cf. B&ch., ad Miinn., p. 20.

(3) Antholog., IX, 50;fragm. YII, éd. Bach.

(4] Trunca gcras, sœvo mu Hiatus partibus enae,

Qualia Mimnermi memhra fuisêe ferunl»

Page 1