V. 8V7. M|q.. cd. WHck
(3) V. 780-740, cd. Welck.
(4) V. U9-158,cd Welck.
(5) V.744-76Î. éd. Bckker.
UISTOIU DB LA P0£S1£ ELÉGIAQIB CUEZ LES GRECS. 299
h terre, se livre aux excès, rassasié qu il est de richesses, tandis queThoDiiéte homme est consumé par Tindigence? »
On a d après cela beaucoup de peine à s expliquer les éloges que
Thé(^i8, comme moraliste, a reçus chez les anciens (i). Quant à son
mérite d'écrivain, on ne peut lui contester la douceur suave de son
style; ses vers s animent parfois et présentent des images aussi
jastes que charmantes. Lui-même ne se flattait pas trop lorsqu'il
' adressait à Cyrnus ces beaux vers par lesquels, selon Welcker, se
terminait son poëme :
c Que ces chants, leçons de sagesse, soient, cher Cyrnus, le titre inaltérable de ma gloire. En vain déroberait-on mes vers ; ils ne périront pas; jamais on ne pourra gâter mes utiles préceptes, et Ion dira toujours : — Ce sont les vers deThéognis, célèbre dans le monde entier, et qui ne put plaire à tous ses concitoyens.
« Pour toi, avec les ailes que je t ai données, planant légèrement au-dessus de toute la terre, tu étendras ton vol jusqua TOcéan immense ; célébré par la bouche des hommes, tu seras de toutes les fêtes et de tous les banquets. Aux sons harmonieux de la flûte, une jeunesse aimable fera entendre en ton honneur de doux accents ; et lorsque, descendu dans les abîmes ténébreux de la terre, tu entreras dans la demeure de Pluton, séjour de gémissements, mémo après ta mort ta gloire ne périra pas : ton nom à jamais impérissable sera en honneur parmi les humains. Tu parcourras THellade et les lies; tu traverseras lespace infertile des mers; tu ne seras point porté sur le dos des coursiers ; mais les Muses , couronnées de violettes, formeront ton cortège. Pour ceux qui cultiveront la poésie dans la race future, tu subsisteras aussi longtemps que la terre et le
soleil (i). »
Je me suis un peu plus étendu sur ce poêle que sur les autres, d'abord à cause de son importance comme représentant d'une opinion politique dont le langage à celte époque est pour nous piquant et curieux à connaître ; et ensuite parce qu'il nous reste de lui un
(I j V. Ifoci. ad yic, iom. I, p. 24, éd. Tauchn. (î) V. 869-880, cd. Welck.
poëme, qui, quoique mutilé, équivaut presque aux fragments réunis (les autres poètes élégiaques de la Grèce.
11 est un poifte èlégiaque dont le nom se trouve presque ioujoars accolé à celui de Théognis, non-seulement parce qu'ils sont contemporains (i), mais à cause de la ressemblance de leur poésie. Cest Phocylide de Milet, dont Isocrate dit quavec Hésiode et Théognis le poëte Phocylide est un conseiller excellent pour la conduite des hommes (s). Il avait composé, au rapport de Suidas, des poésies épiques et des élégies. Ni les unes ni les autres n'existent encore : c est à peine si quelques citations nous permettent de voir qu elles étaient dans le genre sentencieux. Il nous reste des dernières un distique fort piquant contre les habitants de Léros ; Strabon (5) nous la conservé ; dans TÂnthologie (4] on trouve également de ce poëte quatre beaux vers qui paraissent avoir fait partie d'une élégie sur l'amitié.
Athéjiée fait la remarque que Phocylide, ainsi que Selon, Théognis, Périande , Xénophane et d autres poëtes n adaptaient pas de mélodie à leurs vers ; qu'ils se contentaient de mettre de l'exactitude dans leur versification, tandis qu'Homère , dont la poésie est chantée, s'inquiète peu qu'un grand nombre de ses vers pèchent contre la mesure, pourvu qu'ils soient harmonieux (5). On peut donc dire qu'ils ambitionnaient moins le titre de poëtes que la réputation de sages, et que, s'ils ont écrit en vers, ils nont, suivant l'expression de Plutarque, emprunté à la poésie que le mètre et la gravité pour servir de soutien à leurs paroles (c).
Nous connaissons le talent poétique de Xénophane, grâce à Diogène Laërce et à Athénée qui nous ont conservé d'assez longs pafrsages de ses Élégies. Il était de Colophon, patrie de Mimnerme et
(1) CikiLL. Alix., adv.Julian., p. %25.
(2) laoci.. /oc. cit.
(3) Lib. X, cap. ▼. tom. II, p. 391 , éd. Tauchn. (V)X,407.
(5) Athe5., lib. XIV, toro. IV, p. 38, éd. Tauchn.
(6) Eiffi Ktxp^ifJi-ivot TtapU Trocïjrtx^ç, Stç-ntp ùxtifia., rhv 6yx©v xscj rb fiixpcv. Plot., éê Aud,poei; cap. \ï\I^oral., tom. I, p. 30, éd. Tauchn.
ville si féconde en poëtcs que Nicandrc, qui en était lul-mômc
originaire, avait écrit un ouvrage particulier sur les poètes de cette
ville (i). Les anciens difi^rent sur lepoque à laquelle il a vécu.
Selon Apollodore (t), il naquit vers la xl"* olympiade, environ
620 eus avant notre ère , et parvint jusqu au règne de Cyrus et
même de Darius ; Timée (3], au contraire, le fait vivre du temps
d*Hiéron, c est-à-dire presque un siècle plus tard ; mais comme Ta
- montré M. Cousin (4], cet historien a confondu la première invasion
des Perses, dont avait parlé Xénophane (5), avec celle qui eut lieu
sous Darius, contemporain d'Hiéron. Il fut, on ne sait pourquoi,
haiiDi de sa patrie, et après avoir parcouru plusieurs villes do la
Grèce en chantant (e) lui-même publiquement ses poésies, il passa le
reste de ses jours à Gatane et à Zanclé, en Sicile, et aussi, selon la
conjecture de Karsten (7), à Ëlée ou Vélic, en Italie.
Il parvint à un âge fort avancé, comme il le témoignait lui-même dans une de ses élégies, dont Diogène Laërce (s) nous a conservé quatre vers et où il disait : a II y a déjà soixante-sept ans que ma gloire s est répandue dans toute la Grèce, et, je puis le dire sans erreur, il s était alors écoulé vingt-cinq ans depuis ma naissance. » Ainsi, daprès le dire même du poëte, il avait quatre-vingt-douze ans quand il écrivit ces vers ; et si Ton doit s en rapporter à CensorÎDUS (9), il aurait rempli une carrière de plus d'un siècle.
Diogène Laërce (10) nous dit que Xénophane avait aussi célébré dans ses vers la fondation de Colophon, sa patrie, et rétablissement
(1) Uiplravht JLoÀOfUvoi :ro(v;rûv. V. Svhol. ad Theriac, v. 3.
(2) Ap. CiM. ALii.,5/roiM., I, p. 301 C; fragni. LXXVII, in Uùt. Grœc. fiQg>n,, p. i4G, iooi. I. éd. Didot
(3) Ibid.floC' cit.; fragm. XCII, Eiêt. Grœc. fragm., 1. 1, p. 215, fd. Didot.
(4) Piouveaux fragments philoauphiques. p. 1 2-1 5.
(5) Fragm. XVII, ▼. 5, éd. Kanien.; cf. Karstm., de Xenophanit Vita, p. 2, tqq.
(6) Cf. Baci., de Sgmp. Grœc. elegia, p. 5.
(7) Loc. cit.
(8) Lib. IX., cap. ii, JJ iS et 49; fr. XXIV, éd. Karsten.
(9) De Die IS^atali, cap. xv.
(10) Lîb. IX, cap. Il, { 20.
d'une colonie à Elée. Je suis porté à croire que ces deux poëmes (si toutefois ils n en formaient pas un seul, comme le parait indiquer Diogène et comme le conjecture Welcker (i) avec sa sagacité ordinaire) étaient écrits dans le genre élégiaque. On peut observer en effet que de tels sujets , n'étant pas susceptibles de la rigoureuse ordonnance de Tépopée , s écrivaient de préférence sous la forme d'élégies. Cest ainsi que plus tard Panyasis écrivit un poënae élégiaque, intitulé Ioniques (j), et que Parthénius et Nicandre composèrent leurs Métamorphoses dans le même mètre. C est qu*en effet l'élégie ne s'éloigna jamais beaucoup du poëme épique, dont elle n'est, comme on l'a vu, qu'une modification , tant sous le rapport du fond que sous celui de la forme. Leur étendue (le poëme de Xénophane contenait deux mille vers, celui de Panyasis (3) sept mille) n'est pas une raison pour qu'on leur refuse le titre d'élégie que nous voyons appliqué par Plutarque [a) à la Lydé d'Ântimaque , poëme qui comprenait plusieurs livres et se rapprochait beaucoup, comme on le verra, de l'épopée. Pour en revenir au poëme de Xénophane, il se pourrait que six vers, qu'Athénée (s) nous cite de ce poëte et dans lesquels est dépeinte la vie molle que menaient les Golophoniens « lorsqu'ils n'étaient pas encore sous le joug des tyrans » , fussent tirés de cette élégie historique.
Dans une autre élégie, Xénophane a célébré (ou suivant un autre sentiment (e) critiqué) Pythagore et sa philosophie, à en juger par un passage que l'on nous en rapporte (7). On ne saurait élever fort haut le mérite poétique de Xénophane, mais comme penseur il a reçu des éloges mérités. Nous voyons, par exemple, qu'Euripide, dans sa tragédie d'Auldycus (aujourd'hui perdue], avait imité une
(1 ) SiMoniD. Aaoïa., iamb. qui êup., p. 6.
(2) SuiDAf, TOC. UawxQiç,
(3) DiOG. Lairt., et Suidai, locc. laudd.
(4) Consolât, ad Apollon., cap. ix.
(5) Lib. XII, tom. III, p. i^I, «d. Tauchn.; fragro. XX, éd. Karsten.
(6) Karstbr, ad Xetioph, fraym., p. 57.
(7) Dioc. Laeet., lib. VIII, cap. i, J 3G ; fragm. XVIII, cd. Kanten.
(le ses élégies (i). Athénée, qui signale cet hommage rendu au poëte colophonieD, nous a conservé les deux passages : ils ont pour sujet I avantage de la sagesse sur la vigueur physique. Xénophane dans toutes ses poésies semble avoir mis beaucoup de soin à relever la science et à réclamer contre (c cette opinion téméraire et injuste qui place la force au-dessus du savoir (s) . r>
Si les élégies de Xénophane n ont pas cette yigueur que nous remarquons dans celles d'Archiloque ou de Tyrtée, par exemple, elles approchent pourtant de la grâce qui règne dans les vei*s de Mimnerme. Nous avons encore de Xénophane une élégie qui renferme une description charmante des joies innocentes d'un paisible festin, et qui nous a été conservée par Fauteur du Banquet des Stwanis [:&) . On y voit comment ce philosophe savait allier les jouissances paisibles avec 1 étude de la sagesse, et le culte des dieux, dont il veut qu'avant tout on célèbre les louanges [a) .
Xénophane tient dans 1 élégie sentencieuse un rang honorable entre Solon et Théognis. Il na pas, il est vrai, la morale sublime du premier; mais il ne se laisse pas non plus, comme le second, guider sordidement par son intérêt et ses préjugés. Il ne faut pas lui adresser le reproche qu'il ne convient pas à un sage de célébrer, comme il la fait, les jouissances matérielles, tant il a insisté sur la modération quil faut observer dans le plaisir.
Il faut bien le reconnaître, dans la période de Thistoire de la poésie élégiaque que nous venons de traverser, ce genre de poésie perdit de son importance et descendit du rang oii lavaient fait monter Archiloque et Callinus, Tyrtée et Mimnerme. Il en sera de môme dans les siècles suivants, bien que bon nombre de poètes s'y soient fait un nom fameux dans lelégie ; le souffle qui animait les compositions des premiers poètes élégiaques avait en quelque sorte expiré avec eux. L'époque où naquit l'élégie fut aussi celle oii elle brilla
(I ) TaÛT * etXtifev h EùpittlSTn ix twv tov KoXofùivlorj «Ar/siwv Ssvoyâvouç. Athkn., lib. X, tom. III, p. 8, éd. Tauchn.
(S) Xivori., ap. Àiken.t loc. cit., fragm. XIX, v. 43, iqq.,ed. Rartien.
(3) Atbbiv., lib. XI, tom. IIl, p. 95, tq., éd. Tauchn.; fragni. XXI, éd. Karsteii.
(4) Xmom., ioc. cit., v. 13.
de tout son éclat; et c'est aussi, comme nous lavons vu, parmi les premiers poètes éiégiaques qu on a été choisir les modèles du genre. Elle s énerva de plus en plus, et finit par n'être plus employée qu'à exprimer la douleur ou l'amour. Un homme qui, comme Tyrtée, fut à la fois poète et soldat, aurait pu lui rendre Ténergie qu elle avait perdue et la faire remonter à sa hauteur première : mais il échoua, sans doute, parce que l'élégie ne semblait plus si propre à exprimer les sentiments héroïques après avoir enseigné la morale et chanté l'amour et l'ivresse.