‹ ANNALES UNIVERSITES DE BELGIQUEChapitre 141 sur 218 · L'ÉLÉGIE ATHÉNIENNE · texte numérisé non relu

L'ÉLÉGIE ATHÉNIENNE

Le poète qui ouvre et domine en même temps cette période de rhîstoire de I élégie grecque, Simonide deCéos, beaucoup plus célèbre qae lepoëte son aïeul, dont il portait le nom suivant la coutume assez générale des Grecs (i), naquit à lulis, Tune des quatre villes de cette lie. Nous savons, grâce à ses vers mêmes, la date précise de sa naissance, fait qui se rencontre rarement dans Thistoire littéraire de la Grèce. Il nous apprend qu'il remporta un prix de poésie à l*âge de quatre-vingts ans sous larchontat d'Âdimante (s), ce qui place la date de sa naissance en 557 avant notre ère. II faut croire que sa patrie lui ait paru un théâtre trop étroit pour sa gloire et son ambition, car il vécut la plus grande partie de sa vie hors de Céos, attaché à Tun ou à Tautre des hommes puissants de son époque. Ainsi, à Tàge de trente ans, nous le voyons jouir de la faveur d'Hipparque, tyran d'Athènes. Il s'attacha ensuite à Pausanias et à Thémistocle, alla passer quelque temps en Thessalie dans la famille des Aleuades; puis, sur l'invitation d'Hiéron, il se rendit près de lui en Sicile , où il mourut à l'âge de quatre-vingt-dix ans (3].

Simonide est beaucoup plus célèbre pour ses poésies lyriques

(1) Innàiuxoç HuXàIo^j xxÇ \nnovUo\j K,aXX(ccç. Arihtopb., Aff., v. %83.

(2) SiaoR., fragm. CCIII, éd. Schneidewin.— Cf. Val. Max., lib. VIII, cap. vu, { 43 eit.

(3) V. P. G. DucKia., de Simonide CeOt p. 17, et Bixtikt, resp. ad C. Boyl., p. 20-'2t, rd. Lennep.

30G QUESTION DE FUILOLOGIE.

que pour ses Ëlégies. Mémo, selon Suidas ou plutôt selon le scollaste d'Aristophane qu il copie, Simonide u aurait composé qu une seule élégie, à savoir sur le combat naval d'Artémisium (i). C'est ainsi du moins que Ton entend ordinairement le texte de ce lexicographe où il donne la liste des œuvres de Simonide, mais je crois qu il faut rinterpréter en ce sens que Simonide a célébré dans ses Ëlégies le règne de Cambyse et de Darius, le combat naval de Xerxès à Salamine et celui d'Artémisium. La seule raison pour qu on Tait entendu de la première manière , c est que Suidas se sert du mot ïXrr^itt au singulier. Mais, comme on la déjà fait remarquer, ce mot désigne souvent le genre même : par exemple , itoc»7T*« iXtytiecç se trouve employé souvent comme synonyme de wo«»jTiî« ar/«f&i» ou d' ii«y«oicoc6c. Il faut, de plus, rectifier ce que dit Suidas du règne de Cambyse et de Darius, en ce sens que Simonide n aura pas traité ce sujet à part, mais aura pu dans ses Ëlégies en parler en forme de digression. Cependant, relativement au poëme sur le combat naval d'Artémisium, il s'élève une petite difficulté. D'après le grammairien Héliodore (i], qui cite un fragment de ce poëme, ce ne serait pas une élégie, mais une pièce en vers méliques. Il faut donc que l'un de ces deux témoignages opposés soit controuvé, ou bien, ce qui parait plus vraisemblable, il faut que Simonide ait composé sur le même événement deux poëmesde genres difiérents (3).

Il faut compléter en outre la liste que Suidas donne des Elégies de Simonide en y joignant celle qu'il composa sur la bataille de Marathon, et par laquelle on ditqu'il remporta le prix sur Eschyle (4). C'est à cette élégie que Bergk (5) rapporte un distique que le scoliaste d'Aristophane (e) nous donne comme tiré des Élégies de

vaufJLUxi«^ xai vi èir* ^AprsfJLtvita itaxifiaxioc âi* ïXtytixç, Scaoi, Vesp. Ariêtopk., ▼. 1402, et SoiD.f TOC. ItfJLOiviSYii Aswirp.

(2) Apud Piitc, de meiris Terenlii, II, îi, tom. II, p. 445, éd. Krehl.

(3) Cf. Bach., de lug. Grœc. olcy, apec. ali., p. 7.

(4) Auct. anonym. Vit, JSschyli, p. 4 ï, éd. Dindorf.

(5) Poei. lyr. Grœc, p. 774 , sqq.

(6) Ad. Par., v. 736.

onide, et oii ce pocte fait ainsi parler les Athéniens : « Puisqu'il

jaste, 6 fille de Jupiter, d honorer le plus brave, cest moi, le

V^'^m:m pie d'Athènes, qui seul ai accompli cet exploit, y) Cest à cela

H^^ se réduit tout ce qui nous reste de cette pièce, qui devait ôtre

^11 chef-d œuvre, puisqu'elle mérita à son auteur la palme sur l'un

^^9 poètes les plus sublimes de l'antiquité.

l^lutarque (i), dans son Traité de ta malignité d'Hérodote, nous rapporte six vers d'une autre élégie queSimonide avait composée sur W bataille de Platée. Il les cite pour marquer la place que les Corinibieos occupaient dans Tordre de bataille, et se sert du témoignage du poëte pour réfuter Ihistorien. Il semble (s) même indiquer par Vexpression dont il se sert (la citation qu'il fait en est d'ailleurs la preuve) que les Élégies de Simonide étaient de vrais poëmes historiques, ce qui justifie encore une fois la notion que j'ai tâché de donner de l'élégie grecque. Ces six vers sont, du reste, le passage le plus considérable qui nous reste des Elégies oii Simonide avait célébré les victoires de la nation grecque.

Mais Simonide avait aussi employé l'élégie à chanter les infortunes privées. Nous avons, par exemple, dans l'Anthologie (s), sous le nom de ce poëte, deux morceaux de quatre vers sur la mort d'un certain Timarque, morceaux que Ion avait pris pour des épigrammes, jusqu'à ce que Francke eût démontré (4], de la manière la plus évidente, que c'étaient des débris d'une élégie plaintive. Le môme savant a fait voir encore (5] que l'on devait considérer comme un fragment de même genre une épigramme prétendue (g) sur la mort d'un naufragé. Schneidewin [7), à son tour, a retrouvé également dans TAnthologie, qui, du reste, contient bon nombre de morceaux

(1) Ctp. xLii, Moral., tom. V, p. i24^, éd. Tauchn.

(2) Tavra ykp.,, itk rscç TtpiÇuç exsivaç tXtyita ypifOiv^ IsràpviÂtv, Plut., loc. ciL

(3) VII, 513 et 545; fragmm. LXI et LXII, éd. Schneidewin.

(4) Callitf.f p. 67, iqq.

(5) Loc, cit., p. 71, «qq.

(6) Anlhol. Palat., VII, 496.

(7) Ad Siviotiid. fragmm., p. 87.

308 QlBSTIÛiN DE PHILOLOGIE.

qui ne sont pas des épigrammes, mais qui faisaient partie de poèmes plus étendus, quatre vers d'une élégie funèbre sur le trépas prématuré d'une jeune fille nommée Gorgo. 11 règne dans ces trois morceaux, malheureusement trop courts, une grande simplicité de sentiments et un touchant pathétique qui nous confirment dans le jugement favorable que toute lantiquité a porté sur le caractère de la poésie de Simonide.

Stobée (i] nous a conservé des Élégies de Simonide un morceau assez étendu qui parait être le commencement d'une élégie lugubre (â). Comme ce morceau peut nous donner une idée de ce qu était 1 élégie de Simonide, je me permettrai d en présenter ici une traduction telle que la comportent mes faibles moyens :

« Il n est rien de durable dans le monde des mortels. Le chantre de Chios ne la que trop bien dit : Ainsi qu'une race de feuilles, nait et périt celle des hommes (s) . Bien peu d'entre les humains, dont cette sentence a frappé l'oreille, l'ont gravée dans leur cœur ! Chacun de nous conserve toujours les espérances qu'il a conçues dans sa jeunesse. Aussi longtemps que tout mortel possède la fleur cent fois aimable de l'adolescence, il forme, dans la vanité de ses désirs, mille projets inexécutables. C'est ainsi que l'on ne songe jamais ni à la vieillesse ni à la mort, et que, dans la santé, l'on ne prévoit point la souffrance. Insensés, ceux dont la raison est ainsi égarée et qui ignorent combien est courte la durée de la jeunesse et de la vie ! Mais toi, instruit par mes leçons, prends courage jusqu'au terme de ta carrière et abandonne ton âme aux plaisirs. »

Malgré leur apparence sentencieuse, on retrouve dans ces vers la douce mélancolie et la noblesse ionienne des accents de Mimnerrae. L'élégie, que cet aimable poëte avait employée à chanter les plaisirs fugitifs de la vie, avait de la peine à se plier aux préceptes de sagesse qu'on voulait lui faire enseigner.

(I) Tit. XCVIII. ^9, éd. Gaisford.

(i) Cf. Bach., de lug. Grac- eley,, p. t.

HoM., //md., VI, V. U6.

niSTOIRB DE LA POÉSIB ÉLÉGIAQUB CHEZ LES GRECS. 309

^vicbanan a fait de ce morceau une traduction en vers latins qui ^fetive d'être citée ici pour son élégance :

Rehuê in humante nuUa eêt constanHa cêrta;

Vêridico voie» Chius ut ore canit :

IVon minus eêt foliis hominum genë fluxa caducis.

Pauci uhi ceperunt auribuê ista ëuis PectoribuM fisere : animis noiMquê indita quondam

Speê ieneria hlande credula corda fovet. Et du m lœta viretjucundo flore jutenta,

Percursant animos irrita multa levés.

N9C êenium morlemte pattet neque corpore sano

Provida vetituri cura dolorie adeêt.

0 maie stultorum mens credula, qui hrevis mvi

Tempora tton norint quam fugitiva volent! Attu prœmonituë nigrœ ad confinia morti»

Lœtuê âge etgenio gratificare tuo»

Nous avons encore des Elégies de Simonide, outre les fragments que j'ai signalés, deux ou trois autres sans importance. Remarquons cependant que le dernier (i) est évidemment tiré d une élégie bachique. ^

Cest très-probablement à partir de Simonide que l'élégie, qui D avait auparavant, comme nous l'avons vu, pas de nom distinct do Tépopée, reçut cette dénomination, cause de tant d'erreurs (s). Ce fait s'explique par le caractère que les anciens ont unanimement reconnu à la muse de ce poëte, célèbre surtout par ses chants plaintifis, où il passait pour un maître (3] . On recommandait sa manière d attendrir, qui ne se servait pas de termes magnifiques, mais qui allait directement au cœur, qualité par laquelle il surpassait Pindare même (4]. Les élégies qu'il composa sur les triomphes des Grecs eurent moins pour but, je pense, de glorifier la nation que

(I) Fragm. IX, éd. Bach., de Lug. Grœc, eleg. (i) Cf. FkAHCK., Callin., p. 75.

(3) Sed ne, relictùt, Muha procar, jociê

Cete rétractes munera namiœ.

HoRAT., lib. II, od. I. ▼. 37, tqq.

(4) Diov. Hai., de Vel. script» cens.^ cap. vi.

de faire sentir encore plus leur perte à ceux que la lutte avait privés d un objet de leurs aflections. En effet, lauteur anonyme de la Vie d'Eschyle (i) nous rapporte que ce fut par son art d exciter la compassion que Simonide lemporta sur son rival dans le concours élégiaque qui fut ouvert pour célébrer les Soldats morts à la bataille de Marathon; Il n est donc pas étonnant qu'on ait appelé du nom de plainte' la forme sous laquelle se présentaient les chants qui excitaient à un si haut point le sentiment de la douleur, et que cette dénomination donnée dans une circonstance particulière ait été appliquée, dans la suite, à tous les poëmes qui se présentaient sous cette môme forme.

Les Elégies de Simonide sont presque complètement perdues, comme il a déjà été dit, mais nous avons encore de lui un grand nombre d'épitaphes , particulièrement celles qu il composa sur les combats livrés aux Perses. Il faut observer que Simonide donna le premier de I extension à Tépigramme, en sorte quelle ne répondît plus tout à fait à sa distinction primitive. L'épigramme, qui, dans lorigine, était proprement une inscription, devint souvent sous sa plume un poëme d'une étendue très- courte (2], destinée à développer une idée ingénieuse. Cest ainsi qu un jour il improvisa dans un banquet une épigramme très-spirituelle sur la neige dont on se servait pour rafraîchir le vin (s). L'épigramme, presque toujours écrite dans le mètre élégiaque, obtint dans la suite une grande faveur, et forma, après Simonide, un genre spécial dans lequel un grand nombre de poètes s'exercèrent exclusivement.

Il a déjà été question du concours qui fut ouvert pour célébrer par une élégie les guerriers tombés à Marathon et dans lequel Eschyle fut vaincu par Simonide. Je ne puis croire, avec labbé Souchay (4), (( qu'entre Eschyle et Simonide il s'agissait moins de faire des élégies que des épitaphes. » Le mot dont se sert le biographe

(1) Fr. XIV, éd. Dindorf.

(2) IliyxaAdv wt ' kniypafifjLa rb Siaxtxov x. t. A.

Ctiill., AnthoL, IX, 369.

(3) Athin., lib. UI, iom. I, p. 230, éd. Taucho.

(4) Mém. de TAbad. des inicripi. tom. Vil, p. 356.

(l'Ëscbyle (i) a trompé cet académicien : sa signiGcation ordinaire est bien celle de distique élégiaque, mais parfois il désigne aussi uDe élégie entière (s) . On pourrait aussi, pour ne pas recourir à cette interprétation, adopter la correction que Bach (3] a proposée pour ce passage. Le point en question est d ailleurs mis hors de doute par. Tbéophraste qui cite les Élégies d Eschyle (4), et par Plutarque dont je cite les paroles : « L orateur Glaucias prouvait que la tribu Msnitide occupait laile droite à la bataille de Marathon , en se fondant sur les Elégies d'Eschyle, qui, lui-même, combattit avec éclat dans cette journée (5). » Ainsi les Elégies d'Eschyle sont invoquées comme un monument historique avec celles de Simonide. Rien que sous ce rapport, elles méritent qu on les regrette ; mais quand on songe au génie qu Eschyle a déployé dans ses Tragédies, quand on lit surtout cette admirable et vivante description du combat de Salamine qu'il nous a laissée dans ses Perses, on ne peut plus douter qu*£schyle n ait fait revivre Tyrtée. Qui pouvait, en eOet, mieux chanter la guerre que le poëte dont la bravoure a reçu tant d'éloges? Mais, pour son malheur, Eschyle ne savait pas exciter la sensibilité comme son heureux rival (e) ; il fut défait dans cette occasion par Simonide. Quelques écrivains disaient même qu'il fut si sensible à cet échec qu il se retira près d'Hiéron en Sicile ; mais cette assertion est contredite jpar d autres et mérite d ailleurs peu de foi (7) . La cause de cette défaite d'Eschyle est attribuée par son bio* graphe à son style qu il ne pouvait plier à la délicatesse qu exige la douleur. On peut croire aussi que le dialecte dans lequel Eschyle

(1) "Ev r& tlç TOv$ W Mapz^âvc T«5y)jx6Ta« iXeytiu yi99-r,âtîç lifieavl^ip, Afict, vit, /Euchylif p. XVI, éd. Diudorf.

(2) RuiHKBN.f Epiêt. crit.. II, p. 984. (Opusc, tom. II, p. 617.)

(3) De lug, Grœc. eleg., p. 1 7, sqq., spec, ait,

(4) Apad Theopkroêtum^ Hist. Plant., lib. IX, cap. xv. citantem jEschylum iv toT« è>cyc<0(« libri optimi Ta7« Ucye^acç. Dihdoup., The». H. Slpph., dot. edit.,TOC. 'Elv/tloç.

(5) Plut., Si,mp., lib. l, quœst. X, cap. m ; Moral , t. IV, p. 486, éd. Tauchn.

(6) Td '/kp i^eyeîov "koaù xf.ç Tzepi rb cvpitaâki linvôrrivoi pszixitv âOii, o toD Ai^xû^ou c»ç ifocfit^j ivrh àXXàrpiov, Auct. anonym. Vit. ÂEtchyli, ibid.

(7) Cf. Albxi* PiBRROii, Notice êur Eschyle, p. 8, sqq., en téie de sa traduction de ce poète, éd. Charpentier.

avait composé ses élégies, y contribua pour quelque chose, car il les composa en dialecte dorien, à en juger par deux pentamètres qui nous restent, lun cité par Théophraste (i) comme appartenant aux Élégies de ce poëte , lautrc cité par Plutarque (s) sans indication précise, mais qui doit aussi être rapporté aux Élégies d'Eschyle (s). Il résulte aussi des passages de Plutarque et de Théophraste que nous avons cités qu'Eschyle avait composé plusieurs poëmes élégiaques sur la bataille de Marathon. On pourrait même conclure du dernier qu'il avait aussi composé sur d autres sujets, surtout puisque Suidas [i] nous dit tout simplement qu Eschyle avait écrit des élégies, sans ajouter le sujet qu elles traitaient, ce qu'il était naturel de faire s'il s'y était borné à chanter la bataille de Mara-* thon (5).

Il est fort probable que si Eschyle eût remporté l'avantage sur Simonide, il se fût trouvé des poëtes qui, à son exemple, auraient maintenu 1 élégie au ton sublime qu'il a dû lui faire prendre. Mais Simonide, qui d ailleurs ne fut jamais bien renommé par l'élévation de sa poésie (e), sut, en s'attachant surtout à exciter la pitié, s'ouvnr au cœur, et par suite au succès, une route plus sûre.

Il faut avouer aussi que lelégie aurait rencontré de la difficulté h reprendre son ancienne splendeur. Un nouveau genre de poésie venait de recevoir à Athènes un grand degré de perfection de la part même de celui que nous avons vu succomber dans 1 élégie. Ce fut la tragédie, qu'Aristote (7) proclame supérieure à l'épopée même, et qui depuis demeura en possession d'exprimer les sentiments les plus nobles et les plus élevés. Aussi voyons-nous que les poëtes élégiaques ne suivirent pas la route tracée par Eschyle. C'est à peine

(\) ffiêt. Plant., lib. IX, cap. xt, p. 303, éd. Schneider.

(2) De Alex. fort. Okat. II, 2; 5y/M/?., qusst. II, 5.

(3) Cf. Bach., de luy. Grœc^ eleg, êpec. ail, p. 48. (ï) Voc. Aîoxûiof.

(5) Cf. B&ci., loc. cit.

(6) Simonidêêf TBirns alioqoi, êermone proprio et jucundidafe quadem comuwtnAMi fOTnr ] prœcipua tamem ejua in commovenda miseratùme virtue, Quihth., Insi, Ormi,, lib. X, cap. I, { 6V.

Ci) De poetica, cap. xxti, êuh fine.

inSTOIRB DE LA POÉSIE ÉLEG1AQUE CHEZ LES GRECS. 313

même s'ils imitèrent Simonide, et de la sorte l'élégie déclina de plus eo plus. Si Ton veut la preuve de ce fait, que Ion réfléchisse que tous les poètes élégiaques qui vont suivre dans cette troisième période, ont dû leur principal titre de gloire à d autres compositions. Ainsi Ton peut dire que lelégie fut alors plutôt considérée comme nu passe-temps que comme un genre de poésie où il y avait une réputation à se faire : Callinus et Mimnerme, au contraire, n avaient cultivé que 1 élégie, ce qui explique la perfection à laquelle ils durent la porter pour mériter Thonneur d'être regardés comme modèles.

Si nous rangeons le philosophe Archélaûs au nombre des poëtes élégiaques, cest uniquement sur l'autorité de Panétius (i). Il avait écrit les élégies qui lui sont attribuées par ce dernier, pour consoler Qmon de la mort de sa femme Isodicé qu'il chérissait tendrement et dont il supportait la perte avec peine. L'intention, certes, était bonne et digne d'un philosophe ; mais il faut remarquer que Diogène Laërce ne nous dit mot des poésies d'Archélaus dans sa notice sur la vie de ce philosophe (s) . Son silence n'est pas d'un grand poids, je l'avoue , puisque cet auteur est souvent d'une négligence inouïe ; mais la supposition de Panétius n'est pas trop fondée non plus, si, comme l'indique Plutarque (s), il n'avait d'autre argument qu un simple rapprochement de temps.

Ce fut sans doute la libéralité bien connue de Cimon qui engagea lepoëte tragique Mélanthius à lui adresser ses élégies. Elles avaient un but tout autre que celles d'Archélaus : au dire de Plutarque (4), il y célébrait l'amour de cet illustre Athénien pour ses maîtresses Astérie et Mnestra. Nous ne savons point si Mélanthius chanta cette passion pour son propre compte; peut-être sa friandise, qui lavait souvent livré aux traits des poëtes comiques (») , l'avait-elle rendu insensible à tout autre sentiment. Le temps nous a débarrassés

i4) ApudPLVT., CimonU Vit., cap. rr,aub fin.

Ci) ÎÂh. II, cap, iT.

(3) Owx ànb rpàitorj etxdtÇuv xdlç XP^^«*«» Pi-CT.» foc. cit.

(i) Cimonis Vit., cap. it.

(5j Athiw., lib. VIII, t. II, p. îî< , éd. Tauchn.

presque complètement et de ses tragédies et de ses élégies : il nous reste seulement de ces dernières un distique (i) où il loue la générosité du célèbre Polygnote u qui avait à ses propres frais décoré des exploits des héros Içs temples des dieux et TAgora d'Athènes. » C'est un fait qui se présente trop rarement pour qu un poëte ne le célèbre pas comme très-honorable. On voit en même temps par là que Mélanthius ne s était pas borné à lelégie erotique.

Il nous reste assez des Élégies d'Ion, que Strabon(3) compte parmi les hommes illustres de Tile de Ghios, pour juger qu*eiles n'étaient pour lui qu'un délassement dans le loisir que lui laissaient ses compositions plus sérieuses. Ce ne sont pas , à coup sûr, ses élégies qui lui méritèrent la grande réputation à laquelle il parvint (s), et pour laquelle il semble avoir fait tous ses efforts; car, indépendamment de ses élégies, et de ses tragédies qui lui méritèrent la quatrième place en ce genre , il écrivit des comédies , des épigrammes, des pœans, des hymnes, des scolies et des dithyrambes, ainsi que plusieurs ouvrages en prose (4]. Il vint fort jeune à Athènes, comme il le racontait lui-même dans ses Mémoires (s], et commença à faire jouer ses tragédies dans la lxxxii* olympiade (e), c'est-à-dire au milieu du v'' siècle avant notre ère. Une plaisanterie qu'Aristophane fait à son sujet dans sa Comédie de la Paix^ nous apprend qu'il était mort en 422 avant J. -G., année dans laquelle fut représentée cette pièce (s) .

Les élégies d'Ion furent presque uniquement consacrées à célébrer deux choses qu'il chérissait àTextrôme : le vin et ramour(9).

(4) Apud Plut., loc. cit.

(î) "A-vipiç il Xîot ytyàvaaiv e)^Xàytfioi luv re b rpayixbç x. t. à. Giogk., lib. XIV, cap. i, tom. m, p. 483, éd. Tauchn.

(3) Uspi^àviroi o'èysvrro. SchoL Akist. Pac, ▼. 830, éd. Diodorf.

(4) Id., ihid. — Cf. Suidas, voc. ïftiv.

(5) Plut., Cimon. Fit., cap. ii.

(6) Schol. AmiiT., ibid,

(7) V. 832. — Cf. Schol. ad h. l.

(8) Cf. Argument. Aiist. Pac.

(9) B&Toif Siiiop., apud Atdbh., lib. X, tom. III, p. 49, éd. Tauchn. — Cf. JRuku.f Far. ni*t., lib. II, cap. xLi,

Nous n avons' plus celles où il chantait sa passion pour la GorinthienoeChrysilla, près de laquelle il eut pour rival le grand Périclés (i); mais Athénée nous a conservé des vers dune élégie où Ion se montre vraiment originaire de Chios , île célèbre par ses vignobles :

« Chez les porteurs de thyrses, Bacchus est chéri et honoré ; son cahe est l'occasion d'une foule de propos joyeux; les fêtes de la Grèce et les festins des rois ne sont nés que depuis que la vigne, élevant son cep auparavant caché dans la terre, se suspendit d'un bras flexible dans les airs. Ensuite des bourgeons sortirent de nombreux enfants, qui, rompant le silence, crient quand ils tombent pressés Tun sur lautre. Après avoir cessé leurs clameurs, ils distillent nn nectar qui seul est pour les humains une source commune de bonheur et de joie, et dont naissent les danses, les banquets et les fêtes, biens dont Bacchus, notre roi, a fait connaître lessencc. Salut, antique Bacchus, toi qui chéris les convives couronnés de fleurs; arbitre des repas joyeux, salut! Divinité bienfaisante, accorde-nous une longue vie pour boire, aimer et chercher ua juste bonheur (s). »

Voilà ce que fut I élégie pour Ion : une chanson à boire. Un autre morceau élégiaque, que le même Athénée nous a conservé (s) , est dans le même genre et dans un style semblable : il était destiné à être chanté dans un repas de noces [i) . On y remarque également labsence do chaleur poétique, une diction emphatique, froide, artificielle, qui donne à ses vers un ton dithyrambique qui ne convient nullement à 1 élégie.

On ne saurait décider à quel genre appartient un morceau élégiaque d Ion (5] où il s agit des mutations que subit la lyre dans le nombre de ses cordes. Enfin nous avons encore de lui quatre

( I ) AnsH., toc. cit,

(i) Id., lib. X, tom. III, p. 69, éd. Tauchn. — Le texte de ce morceau eit très-maltrattë, ce qui fait que le sens en est assec obscur en quelques endroits.

(3) Lib. XI, tom. IH, p. 96-97.

(4) Cf. Bacv., de Sympos. Grœc, elet/,, p. 9.

(5) Apud EocLiD., Introd. harm., p. 49, éd. Meibom.

vers où est célébré Phérécyde (i), et qui paraissent être la fin d une élégie à la louange de ce philosophe [%). Ce sont là des 'Élégies dlon tous les fragments qui ont quelque étendue et quelque importance.

J'ignore si les Elégies dlon donnèrent la vogue au genre qu'il y cultiva principalement, ou s il la trouva déjà établie à Athènes, car on rencontre encore à cette époque un poëte élégiaque qui chante le vin avec autant de ferveur. G est un certain Dionysius, dont l'époque précise a échappé aux recherches de labbé Souchay (s) ; mais une anecdote conservée par Plutarque dans la Vie de Nicias peut servir à la fixer d'une manière assez certaine. Un certain Hiéron, qui avait été élevé dans la maison du général athénien, et qui fut plus tard chef de la colonie envoyée à Thurium , se disait le fils de ce Dionysius (4). Plutarque ne décide pas si la prétention de cet Hiéron était fondée, et force nous sera de suivre son exemple ; toutefois, comme la colonie dont il dirigea rétablissement fut fondée en 446 avant J.-C. (5), il faut, pour la vraisemblance, que Dionysius soit né au commencement du v'' siècle avant notre ère. Je dois cependant ajouter que quelques savants (e) regardent, non sans apparence de raison, Dionysius lui-même comme fondateur de Thurium, en interprétant d'une autre manière ce passage de Plutarque et en corrigeant une indication corrompue de Photius(7), ce qui déplace naturellement 1 époque où doit avoir vécu ce Dionysius.

11 avait assez peu de dispositions pour la poésie, à en juger par les quelques vers qui nous restent de lui et par quelques traits que les anciens nous en rapportent. Ainsi Aristote (s) le blâme de n avoir pas mis assez d harmonie dans ses vers : il avait nommé la poésie

(4) Apud DiOG. Labit., lib. I, cap. xi, { 120. (^) Cf. Bach., de Symp, Grœc. eleg.f p. 40.

(3) Mém, de l'Acad. des inscript., t. Vil, p. 377.

(4) PiuT., ViL IViciœ, cap. ▼.

(5) DioD. SicoL., lib. XII, cap. x. — Cf. Bach., de Symp, Grœc, eleg., p. IS. (C) Cf. Bach., Ion. laud.

(7) Lexic.f p. 98, éd. Porson.

(8) Rhelor., lib. III, cap. ii, p. 1405 A, éd. Bekker.

UISTOIRB DE LA POESIE ËLEGIAQIË CHEZ LES GIIECS. 317

dameur de Calliope. Ce n était pas assez de montrer de la dureté dans une langue si musicale : il s avisa, pour donner un mérite de plosàsa poésie, de mettre le pentamètre avant 1 hexamètre (i). On a encore plus mauvaise opinion de ses talents poétiques quand on lit les cinq ou six échantillons qui s'en trouvent dans Athénée. Ils (oarroillent de figures et d expressions toutes plus bizarres les unes que les autres. Les buveurs sont pour lui des matelots de festin et des rameurs €k gobelets (i). Veut-il adresser ses élégies à un ami (3), il lui dit : a 0 Théodore, reçois de ma part ce poëme que je bois à ta santé! la Telle est la manière de ce poétastre {i). Quelques-unes de ces métaphores seraient peut-être supportables séparément ; nais comme il s est fait un jeu de les accumuler, la lecture des morceaux que nous avons encore de lui en devient pénible et fastidieuse. Il eut aussi des prétentions à leloquence ; mais il est à croire qu'il mit dans ses harangues la boursouflure et le mauvais goût qui régnent dans ses vers. On nous raconte, en effet (k), qu ayant fait an discours aux Athéniens pour leur conseiller de se servir do monnaie d airain, il en reçut le surnom de XaXxou^, par lequel nous le trouvons désigné dans maint passage. Je ferai en passant la remarque que Ruhnken , ordinairement si exact, a complètement passé Dionysius sous silence dans Thistoire des orateurs attiques qu'il a mise en tête de son édition de Rutilius Lupus.

Nous devons aussi compter parmi les poètes élégiaques un orateur athénien de ce temps, bien plus célèbre que Dionysius, Critias, qui fut eu môme temps homme d'Etat, mais pour le malheur de sa patrie. Il était arrière-petit-fils de Dropidès, frère de Selon (e) , et comme ce dernier il sattacha au parti démocratique, dont il fut d'abord le soutien. Il poussa môme la ferveur politique jusqu'à tenter d établir le gouvernement populaire en Thessalie, où il arma

(1 ) Atbbit., lib. XIII, tom. 111, p. 359, éd. Taucliii .

(2) 2v/t%09lou vaùroLi x»\ xuXUtav ipixat. Apud Atbbr., lib.X,(oiu. 111, p. Gl, éd. Tauchii.

(3) Apud AiBBB., lib. XV, tom. IV, p. t07, cd. Tauchn. (V) Cr. BiCB., de Symp. Grœc. elog , p. 13.

(S) Atbi5.,/oc. ci/.

(b) DioG. LiERT., lib 111, cap. i, { 1.

les Pénestcs contre leurs maîtres (i). Peu de temps après cet essai arriva la prise d'Athènes. Critias passa alors au parti contraire, et devint le plus sanguinaire des trente tyrans (i). Il fit mettre à mort une foule de citoyens, et entre autres Théramène, son collègue, qui s opposait à ses cruautés (3). Il périt quand Thrasybule, à la tête des exilés, rentra dans Athènes (4).

Suivant lexemple que lui avait donné le plus illustre de ses ancêtres, c'est à la politique que Critias appliqua surtout ses élégies. Le titre qu'il leur avait donné , ou qu elles ont peut-être reçu des critiques postérieurs, indique déjà leur but : elles étaient intitulées Constitutions en vers (5) , pour les distinguer d'un autre ouvrage qu'il avait écrit en prose sur le même sujet. Il y décrivait les lois et les coutumes particulières de chaque peuple. On peut encore, d'après les rares morceaux qui nous restent de ces Constitutions en vers, apercevoir l'intention qui les a dictées : les louanges des Lacédémoniens y revenaient à tout instant, et nul doute que Critias naît voulu par ses élégies engager les Athéniens à adopter le régime politique de leurs vieux ennemis.

Platon, en donnant le nom de Critias à l'un de ses dialogues, a fait plus pour la renommée de cet écrivain que lui-même par ses Élégies. 11 est pourtant plus supportable que Dionysius, dont il n a point le langage forcé ; mais on peut reprendre également en lui la dureté de ses vers et la pâleur de sa poésie. Il a aussi donné à l'élégie un champ plus étendu que ce dernier ne l'avait fait. Il a de même chanté le vin ; mais en voulant donner à ses Élégies une tournure morale , il n'a réussi qu'à les priver de toute animation. Ce caractère languissant se remarque surtout dans celle oii il célèbre la sobriété des Spartiates , qu'il compare à l'intempérance des Lydiens et qu'il recommande en ces termes :

tt Cette façon de boire est utile au corps, à l'esprit et aux biens ;

(t) JLmopB., flellen., lib. II, cap. m, { 36.

(2) Cf. Bacs., Critiœ tyr. car m., p. 5.

(3) Xehoph., loc, cit.^ |{ 50'-56.

(+) Id., lib. II, cap. IV, J 49; Coas. Naro», Thrasybuli Fila, II, 7; Jv»Tia., lil>.V,c«p. ii. (")) UoAixetxt ifxfitxpot, — Cf. Bach , Critiœ carm., p. 26, »qq.

elle dispose à lamour ; elle convient au Sommeil , port de nos travaux; à la Santé, la divinité la plus agréable aux mortels, et h la ftudence, voisine de la Piété (i). »

Bans un autre morceau, encore plus faible et plus sec, qui parait Bfoir servi de préface à ses Elégies politiques, il traite des inventions de divers peuples (s) . Le caractère didactique de ses vers porte à croire qu'il a voulu imiter les poètes gnomiques; mais, il faut en convenir, il se montra, en poésie comme en politique, bien inférieur au grand homme qui avait illustré sa famille.

Celle de toutes ses pièces qui méritait le |)lus de survivre est Vëlégie qu il composa à la louange d'Alcibiade : nous en avons encore sept ou huit vers. Héphestion (5) en rapporte le commencement, et il faut remarquer, à Ihonncur de Critias, que cet auteur cîi6 surtout les poètes de quelque renom. Plutarque nous en cite égB^lement trois vers par lesquels nous voyons que Critias se vantait d'avoir porté le décret qui rappela Alcibiade dans sa patrie (4). On peut croire, d'après la manière dont Critias s exprime au commencement de ce morceau (»], qu'il avait encore célébré d autres bommes illustres dans les élégies qui précédaient celle-là (e). Nous avons encore des vers d'une élégie où il chante « la richesse des Scopades, la magnanimité de Cimon et les victoires du Lacédémonien Agésilas. d

On ne saurait trop regretter la perte des élégies politiques de Critias; elles auraient pu nous fournir des renseignements précieux sur les hommes et les événements de son époque, si intéressante par les tiraillements qu'éprouvait alors la société.

On voit par ce qui a été dit de Mélanlhius, dlon, de Dionysius et de Critias, combien était tombé, dans ce siècle, un genre de poésie qui avait jeté un si vif éclat à son origine. La poésie dramatique, qui fleurit surtout à cette époque, semblait avoir absorbé en elle

(1) Apud ATiBir.,1ib. X, tom. III, p. 42, éd. Tauchn.; fragm. II, v. 48, tqq., éd. Bach.

(i) Fragm. I, éd. Bach.

(3) EvcHi&iD.. p. %^ éd. GaisFord.

(^) Piirr., FtV. Alcibiad., cap. ixxtii.

(5) KflcJ vuv K-Acmou ui6y, 'AStjvaZov, vrc^aydli?». CtiT. ap. Hepu., lov. ciL

(6) Cf. Baco. ad Crit. Car m., p. 45.

tout le génie poétique de la Grèce, et n avoir laissé que peu de place aux autres compositions. L'épopée et la poésie lyrique même semblaient eOacées par Tart d'Eschyle, de Sophocle et d*Ëuripide. Il ne faut donc pas s étonner si Télégie, qui de sa nature fut toujours un genre secondaire, ait produit si peu devrais poètes dans cette période. Elle ne semblait plus mériter qu'un écrivain la cultiv&l exclusivement.

G est ainsi quon nous mentionne les élégies de Sophocle (i), le célèbre poëte tragique. Son petit-fils, qui portait le même nom que lui, en avait également composé (i). Leurs élégies sont aussi perdues, à Texception d un ou deux vers. Gaisford me parait avoir tort de prendre le Sophocle, dont Uéphestion (3) cite les élégies, pour le petit-fils. 11 me parait que c'est plutôt laïeul, car on sait que de deux hommes qui portaient le même nom, les Grecs nommaient tout simplement le plus célèbre par son nom, tandis qu ils ajoutaient avec soin à celui du second ce qui pouvait le faire distinguer. Or ce grammairien dit seulement a Sophocle dans ses Élégies. » L'indication de Suidas (4) ne serait pas un argument contre ce que j avance : on a déjà vu que le mot Ucyc^a désigne souvent le genre même , en sorte qu'il remplace le mot kXtyonoda. Quoi qu il en soit de lauteur de celle que cite Héphestion, il est probable quelle chantait cet Ârchélaus, roi de Macédoine, qui fut un protecteur des Muses et appela Euripide à sa cour.

Ge dernier poëte composa aussi des élégies. Nous n en connaissons plus que deux, qui appartenaient au genre plaintif. L'une était ce que les Grecs nomment épicédion , chant funèbre qui renfermait les louanges du mort dont il déplorait la perte (s). Euripide Tavait composée sur un désastre bien sensible pour sa patrie, Tissue malheureuse de l'expédition de Sicile. Il essaya pourtant, comme nous le voyons par le distique qui nous en est rapporté (e) , de sou-

(4) ^ofoxXr.ç loflÀoxj,,. ïypaipsv sXsyiixvrt xai natxvxç. Suidas, inyoc.

(2) lofoxX-f.ç ^Apivmvoif vitavbi âk roD nporipoM»»», îypatpe ok xxl iXtysltK.ç. Sviuk%, tn voc.

(3) E9CHIR., p. 9, éd. Gaisford. — Cf. not,t ibid, (V) Loc.laud.

(^>) Ahxunius, dff Diff. verb.f toc. ^EniK-fiinov, (0) Apiid Ptrr., fit. IViciœ, Ciip. wvii.

lager au moins la douleur de ses conciloyens par le tableau de la

gloire qaavait acquise Nicias avec ses infortunés soldats. (( Ces

guerriers, s écrie-t-il, ont vaincu les Syracusains dans huit batailles,

quand les dieux répandaient également leur faveur sur les deux

partis. B

On peut également considérer comme élégie la plainte touchante

qae le même poëte, dans sa tragédie d'Andromaque (i), met dans

la bouche de cette princesse , puisqu elle est écrite en vers élégiaques.

« Non, ce ncst pas une épouse, cest un fléau pour Ilion que

Paris a introduit dans sa chambre nuptiale. C'est h cause d elle,

6 Troie, que le rapide Mars, parti de la Grèce sur mille vaisseaux,

t*a ravagée par le fer et la flamme, et que le fils de Thétis a traîné

autour de nos murailles Hector, mon époux, attaché à son char.

Mov-méme, arrachée de ma demeure, je fus conduite au bord de

la mer, courbée sous le joug d une odieuse servitude. Que de pleurs

nai-je pas répandus quand je laissai ma patrie, mon palais, mon

époux, dans une poussière de ruines! Infortunée, comment ai-je

pc, esclave d'Hermione, supporter la lumière du jour? Accablée

par sa cruauté, aussi épuisée que la source qui tombe d un rocher

goutte à goutte, j embrasse, suppliante, cette statue de la déesse, d

Bien que ce morceau d'Euripide ne s élève pas jusqu'au sublime,

il platt pourtant par sa noble simplicité qui surprend agréablement

Tesprit au milieu des platitudes élégiaques de cette époque.

Socrate a aussi droit à figurer dans ce travail pour les fables d'Esope qu*il avait mises en vers élégiaques, comme on peut le voir dansDiogène Laërce («), qui en cite un distique. Il est vrai que cet auteur parle comme si Socrate n'en avait composé quune seule, et encore sans beaucoup de succès (3) . Mais quant à sa première assertion, elle est contredite par Platon, qui témoigne en termes décisifs que Socrate avait mis en vers plusieurs fables (4] ; et comme il n'eut

(2) Ltb. II, cmp. ▼, { 22.

(3) Où irâvw i'KtrtrsM'/fiivotç. Ihoo. Laert., loc, vit,

(4) Pkmdon,, tom. 1, cap. iv. p. 106, éd. Tauchn. — Cf. Pu'i., de Ami. poef., Mor. ioDO. I, p. 36, cd. Tauchn.

pour se livrer à ce travail que les quelques jours de répit qu'il obtii — =: fortuitement avant sa mort, il n'est pas étonnant que ses vers n*aiei pas été des meilleurs. Nous trouvons encore épars çà et là Suidas des fragments de fables en vers élégiaques. Ces fragmem sont dune élégance de style qui a reçu de Bentley (i) des élos^es mérités. Je ne me permettrai pas de décider si ces vers sont de Socrate, mais je remarquerai qu'au ii' siècle de notre ère, les poésies de ce philosophe subsistaient encore, puisque nous les trouvons citées par Athénée (a) . On voit par là que si Avianos, le fabuliste latin , a écrit ses Apologues sous la forme élégiaque, c'est qu'il avait trouvé des précédents dans la littérature grecque. Il parait même , dans sa préface (s) , faire allusion aux fables de Socrate .

On trouve encore dans ce siècle un poëte élégiaque auquel Maxime deTyr (4) attribue, peut-être à tort, Ihonneurd avoir enseigné la poésie à Socrate, mais qui a bien réellement eu le malheur de faire tomber l'abbé Souchay dans une méprise assez grossière. Il faut savoir qu'il y a eu deux poètes élégiaques du nom d'Evénus et tous deux originaires de l'ile de Paros (»). L'académicien dit que le plus ancien est a apparemment celui qui, désespérant d'atteindre le ravisseur de sa fille, qu'il avait poursuivi jusque sur les bords du fleuve Lycormas, s'y précipita et lui donna son nom. » Là-dessus, il renvoie au Traité sur les fleuves, attribué à Plutarque (e). Le nom du ravisseur, Idas, fils d'Aphareus, eût bien dû montrer à l'abbé Souchay qu'il faisait le poëte élégiaque un peu trop ancien. Ce personnage (et par conséquent l'Evénus dont il est ici question) est

(1) De Fab. jEgop.., p. 99, cd. Lennep.

(2) Athbii., lib. XIV, p. 628 F.

(3) Verum has pro exempta fabulas ei Socratvs divinis opsribuê indidit. Av., prœf., p 473, éd. Tencé.

(4) Disi. XXXVIII, pag. 225, éd. Reisk.

(5) Auo àvay^sé^ouffcv EviAvouç, ^AeyefMV 7rot«}Tà( bfiotwjjiovi ocXX^Xotç, xo^déircp "Epar»adivriç iv t(3 nepl Xpovoypaftûv^ x/JLforipouç Xiyw liatpiouç iivxf yvupiÇeff^ac H ^vc ràv vi^rspov fiôvov. Mi/uLVTirKt Skâxripou xai UXirotv, Haipock&tiox, toc. EDqvof.

(6) .View, de l'Acad. des inscript., tom. VU, p. 375-376.

contemporain de Castor et Pollux(i), en sorte que ce savant a commis un anachronisme de huit ou neuf siècles.

Je dois encore relever une autre erreur que le même académi* den a commise h propos du dernier Ëvénus, en disant dans lendroit cité que a Philippe deThessalonique, qui, après Méléagre, travailla m Recwil de l'Anthologie, avait assigné le laurier à Ëvénus. » L'Ëvénos que mentionne Philippe ne peut être celui dont parle labbé SoQchay, puisque Philippe, dans le supplément qu'il publia à la Omronnefoitique de Méléagre, n a inséré que des poètes plus récents qne celui-ci, comme il le dit lui-même (i], et comme Thistoire littéraire le prouve d ailleurs. Or Ëratosthène, qui vivait déjà plus don siècle avant Méléagre, parlait des deux poètes élégiaques appelés EvéDUS, dans sa Chronographie (5); donc celui auquel Philippe donne le laurier pour emblème ne peut être ni lun ni l'autre de ceux-ci, mais doit nécessairement être venu après eux.

Le même Ératosthène dit que le plus récent des deux Ëvénus est le seul qui soit parvenu à la célébrité (4) , ce qui n explique pas nécessairement que l'autre soit reste tout à fait inconnu. Cette différence de renommée , d'ailleurs, nous l'expliquerons très-bien tout h rheure par la différence de leur poésie. Ce qui est certain, c'est que Platon et Âristote , qui , en plusieurs endroits (5) de leurs ouvrages, citent un Ëvénus, ne lui donnent jamais de surnom propre à le distinguer d'un autre. Il est donc clair qu'ils n'en connaissaient qu'un, si l'on se rappelle l'usage des Grecs que j'ai signalé plus haut; et le plus ancien des deux est précisément celui que l'académicien cité regarde comme le plus récent. Ce doit être celui dontËusèbe, dans sa Chronique [e] , place l'époque avec celle d'Ëmpédocle et de Parménide dans la troisième année de la

(1) Aroixoo., BibL, lib. I, cap. vit, { 8, et lib. III, oap, ii, { t.

(2) AnikoL, lib. IV, U, ▼. 3, sqq.

(3) Apud HA&fociiT., loc. cit.

(4) rywp^Çeff^ac ii ffv\9t t6v veeûrepoy fiàvov, Jbid,

(5) Pjlat., JpoL Socrai., p. 20 B, Phœdon., p. 60 D, Pkœdr., p. 267 A (éd. H. St.)^ Amtntn.f Eikic, Aie, lib. VII, cap. xi, et Met.^ lib. V, cap. T^fiv).

(6) P. 54, cd Seal. — Cf. Sthcbii.., p. 254 C, éd. Goar.

Lxxxii'' olympiade , soit 450 avant noire ère. Lexpression (i) dont Eusèbc se sert est la même, il est vrai, que celle qu emploie Ératosthène en parlant du plus moderne des deux Événus ; mais elle est d un usage si banal dans la chronologie grecque qu'on ne peut en tirer aucun argument.

Je n'ignore pas que plusieurs critiques ont procédé dune manière différente pour Qxer lépoque de ces deux poètes. Bach, par exemple, croit que TËvénus dont parle Ëusèbe et celui dont parle Platon sont deux personnages différents, dont lun serait antérieur à lautre (2). Il n apporte aucune raison à lappui de son opinion ; seulement il dit que le second, qu il fait le contemporain de Socrate, est devenu plus célèbre que lautre, parce que Platon en a fait mention dans ses ouvrages. Ce motif est assez futile, si Ton réfléchit que Platon n a parlé d'Événus que trois ou quatre fois, et encore avec une ironie très-marquée. D ailleurs la chronologie ne s oppose nullement à ce que le contemporain de Parménide et d'Empédocle le fût aussi de Socrate. 11 se peut fort bien qu'Ë venus eût acquis du renom à un âge encore peu avancé, à vingt-cinq ans par exemple : alors la date de sa naissance tomberait en 475 avant J.-C. : îl n'aurait donc eu de la sorte que quatre ou cinq ans de plus que Socrate, qui naquit en 470 selon ApoUodore (5) .

Il est évident que cet Ëvénus, d après ce que Platon nous en dit (4) , fut un de ces sophistes qui af&uèrent à Athènes du temps de Socrate , et dont celui-ci se moqua avec cette ironie devenue si célèbre. Le même nous apprend encore qu'E venus inventa certains exercices de rhétorique, et qu'il en composait d autres en vers pour aider, sans doute, la mémoire de ses disciples (s). On voit par là que la poésie d'Ëvénus avait un caractère didactique. Aristote, qui ne cite que les poètes de quelque mérite, semble avoir goûté les Sentences d'E venus dont il fait usage jusque dans sa Métaphysique.

(1) rvwptÇerôac.

(2) BkCH.^de Symp. Grœc. e/t'y., p. H.

(3) Apud D106. Labit., lib. If, cap. v, { \\ ; fr. LXXXLI. (V) Apotog. Socrat.^ cap. v, p. 20 B.

(5) Phœdr.p.îÙl K.

SOUS ce dernier titre dans la vie de ce philosophe écrite par Diogène Laërce (i). Il est donc probable, quoi qu en dise cet académicien, que si Platon a composé des élégies, il les a brûlées avec ses autres pocmes (3] , car aucun auteur de lantiquité ne nous en parle. Seulement on rencontre dans V Anthologie un distique qui se trouve dans un endroit attribué à Platon, et dans un autre à Léonidas (s) , et qui doit avoir fait partie d'une élégie funèbre en l'honneur de Pindare, car Plutarque, qui cite le premier de ces deux vers, le donne comme tiré d'un épicédion. Mais à la façon dont Plutarque s'exprime (4), on voit qu'il ne savait pas non plus quel était lauteur de ce poëme, en sorte que Ion n a pas toujours de motif pour compter Platon parmi les poètes élégiaques.

On trouve plus d'autorité pour y mettre Aristote. Qui a lu Thymne sublime que ce philosophe a composé sur la Vertu ne peut douter quil n'ait eu du talent pour la poésie. Il avait, au rapport de Diogène Laërce (»), écrit des élégies qui commençaient ainsi :

Fille d'une mère iDdustrieuse;

il entendait peut -être par là la philosophie, née, selon lui, de l'expérience. Il avait adressé ces élégies à Eudèmede Chypre, son ami intime (6), comme nous l'apprend Olympiodore, qui, dans son Commentaire sur le Gorgiasde Platon (7), nous en cite un morceau où Aristote parle des honneurs qu'il rendit à son maître :

(( Il vint dans les plaines fameuses de la terre de Cécrops, et là il érigea pieusement un autel à la sainte amitié d'un homme doul il est interdit aux méchants de faire même l'éloge , d'un sage qui le seul ou le premier des mortels montra clairement, et par son exemple

(1) Lib. ni,cap. I, s 32.

(2) loixpirovç xh6m9kç xarifXt^i rà itoiihfiaroL. Dioa. Labet., ibitUf { 5,

(3) Cf. Beige., ad Poet, /yr« Grac.j p. 444.

(4) 'O Skr&UivSApca noiTfiaaçrb inuihâetov. De animœ procr,^ cap. ixiii, Mar.^ toni.VI, p. 43, éd. Tauchn.

(5) Lib.V,cap. I, J27.

(6) CicEE., de Divinat.y lib. I, cap. xiv.

(7) Apud Hehag. ad Diog. Laert.^ loc. cit.

et par ses enseignements, comment on peut unir la vertu au bonheur. Maintenant, hélas I nous sommes privés de ses leçons. »

On voit que les Elégies d'Aristote avaient, comme son Hymne à la Vertu, nne tendance toute morale. Il n est pas d'ailleurs le seul philosophe de ce siècle qui se soit exercé dans lelégie. L'empereur lulien, dans son discours contre les cyniques malappris (i), nous a conservé quelques vers des Elégies de Cratès le Thébain, qui fut lun des plus illustres disciples de Diogène (3), et ilorissait dans la ain* olympiade, c'est-à-dire vers la fin du iv** siècle avant notre ère. Il nesemble pas pourtant s'être occupé sérieusement de poésie ; il parait même ne s*étre attaché qu à imiter ou même parodier les morceaux ies plus célèbres en les accommodant à ses vues philosophiques. Par exemple , les dix ou douze vers que Julien nous a conservés d'une él^'e sur le mépris des richesses sont une critique assez piquante dune élégie de Selon (5), dont les idées sur ce sujet n'étaient pas apparemment assez sévères aux yeux de Cratès. Une autre élégie, dont il nous reste le commencement (4), chantait la frugalité. Il nous reste aussi le titre et un fragment d un Éloge de la Lentille (»] , pièce que Bergk prend avec quelque vraisemblance pour une élégie. Le titre que ce philosophe donna à ses poésies, et que Ton peut traduire par Fantaisies [6), dénote suffisamment qu elles n'étaient pour lui qu*un amusement, bien qu'il les appliquât quelquefois à des sujets sérieux.

Nous placerons après Aristote et Cratès le fameux Timon de Phlionte, disciple de Pyrrhon. Il composa de nombreux poëmes, parmi lesquelles ses Silles lui acquirent une grande réputation. Diogène Laërce(7), qui nous donne la liste de ses œuvres, ne nous

(4 ) P. 372, sq., éd. Paris, 4 630.

(3) Lib. YI, cap. t, { 85.

(3) Sou». fragiD. V, Poei, gnom., éd. Brunck.

(4) AHthoL,X, JiOk.

(5) Apad ÂTBBR., IV, p. 458 B ^ Plut.» de San» iuetida, cap. th. — Cf. Bkviti., deEloCf

S no.

(6) Ha^yvcee. Juliah., loc. laud,

(7) XLflci yflc/9 noiiifÂOt.xa. 9\jviypu\l>t xcù în/i xa2 rpay^Sioiç xal tjctrùpouç xecc Spifiot^a

dit pas s il s adonna beaucoup h Télégie ; mais il se pourrait qoe les poëmcs qui sont mentionnés comme distincts de ses Tragédies, de ses Silles, etc. , fussent des élégies, puisque le même nous en cite uDe(f ) intitulée les Fantômes, Ce poëme avait pour but de célébrer Pyrrhon et sa philosophie : c est du moins ce qu'indiquent les trois vers que Diogène nous en rapportent :

a Tout ce que mon cœur désire, ô Pyrrhon,* c'est d apprendre comment tu peux, en restant homme, jouir d un heureux repos, toi qui, seul parmi les mortels, te conduis comme un dieu. «

Sextus Empirions (s) cite également quatre vers de cette élégie.

Jai préféré mettre ces deux derniers poètes dans cette période, bien que par le temps oii ils ont vécu , ils appartiennent plutôt'à la suivante. Mais, comme philosophes, ils se plaçaient si naturellement à la suite d'Aristote, et d'ailleurs leurs élégies, pourautant que nous en pouvons juger, s écartaient tant du caractère général que Ton peut assigner aux poètes élégiaques dont il sera parlé plus tard , que c était encore la place qui leur convenait le mieux dans ce travail.

On voit, par tout ce qui précède, que l'élégie, dans cette période, fut surtout cultivée à Athènes avec un succès fort douteux, il faut bien l'avouer. On n'y rencontre que deux poètes ioniens : Panyasis et Antimaque. Le premier florissait vers 460 avant l'ère chrétienne (ou, selon un sentiment plus raisonnable, du temps de la guerre médique), et était cousin germain ou plutôt oncle (s) de l'historien Hérodote. On lui attribue Thonneur d'avoir fait revivre la poésie presque éteinte (4], ce qui doit s'entendre, sans aucun doute, delà poésie épique, qui, à son origine, fut, ainsi que l'élégie, le domaine exclusif des Ioniens. Son Hèradéide lui mérita, en efiet, la quatrième place dans la poésie épique, et même, selon quelques auteurs, la seconde, qui est plus ordinairement assignée à son élève

xfij/ucxà T^câxovra rpaytKÙ ik i^iAxovTa, aiX^ov^ n xaJxiyoc^^ovç.Dioa.LAitT., lib.IX, cap.Xfl, { 110, Il manque pcut>étre le mot iXeyttaxi. après itonfi/iaxa,

(1) DiOG. LiEtT., ibid.f { 65.

(2) Adv Mathematicosy p. 4V2 A.

(3) ScioAs, voc. Ilavûafff^. — Cf. Fr. Dubrri, ad Pan. fragm.^ P*^3, ed,Dîdot. Paris, 1844. (\) riavvaai; Trotvjrri^ CTiâv, ô$ a^ia^tloccv rhv nolviaiv inait/tyaye, SoiDAf, ibid.

ADtimaque(i). Il fut mis à mort par Lygdamis, le troisième tyran d'Halicamasse, sa patrie (s).

Cest sans doute k son Héraclèide que se rapporte le jugement que Qaintilien nous a laissé sur la poésie de Panyasis. « Son élocution, dit ce critique (5} , tient à la fois d'Hésiode et d'Antimaque ; il n'égale aucun des deux dans leurs qualités ; néanmoins il surpasse Tun par \e sujet, lautre par la disposition. » Il n y a que Suidas qui mentionne le poëme élégiaque que Panyasis avait composé sous le nom dlonifties et qui célébrait la fondation des colonies ioniennes. Ce poëme était écrit, dit ce lexicographe (4), en vers pentamètres, ce qui ne signifie pas, je pense, que Panyasis n y employa que cette sorte de vers (on trouve bien peu d exemples de cette singularité) , mais qu il récrivit sous la forme d élégie, dont le pentamètre est la marque distinctive (5] . Il est à croire que si Panyasis n employa pas pour ce poëme (dont il ne nous reste absolument rien] la forme métrique propre à la poésie épique, c*est que le sujet par lui-même nëtait pas susceptible d'être traité avec toute la sévérité qu exige lëpopée, et nécessitait par conséquent une mesure différente. Gëst parla même raison que les Métamorphoses, par exemple, sëcrivaient chez les Grecs moins souvent en hexamètres quën distiques élégîaques.

Mous ferons remarquer que plusieurs savants (e) sont portés à croire que le poëme de Panyasis nëtait pas dans le genre élégiaque, parce que les mots tv KtmccfUxpt» manquent dans le Suidas manuscrit de Leyde. Mais on doit penser plutôt (7) que cette omission est le

(1) SonAi, loc. cit. — Cf. QoiiiTiL., lib. X, cap. i, { 53.

(2) Id., iUid.

(3) QourriL., t6ûf., { 54.

(4} "Eypoupt âk xal iwvexà cv ntvra.fxirp'a [ivrl 6k rà nepi Hàipov xac StiXiu xal ràç imifutàit àicùtxiai) tiç imi Ç. Suidas, ioc. cit.

(5J Hl/ivepfiOi ik rdv vî^ùv oç tuperOf KoXïàv àvarAàf

YiXOv Kal /laXaxoû Trycûyui' àno 'ntvra.fiixpoM,

HiRXuiÀiiAx, T. 35, sq

(6J Cf. Fr. Dômbr, ad Pan. fragm. p. 20.

n) V. FoHCKi, de Panyaê. ttal. vita ac poeai, p. 7.

fait (l'un copiste inattentif, puisqueEudocia(i] ,en reproduisant rarticlc de Suidas, conserve les mots en question. Ces Ioniques de Panyasis contenaient sept mille vers. On a d autres exemples de ces longues élégies historiques (2).

Panyasis eut, sinon pour disciple en poésie, du moins pour imitateur (5), Antimaque de Colophon, ou plutôt de Claros, ville sujette de Colophon (4); on prétend même, mais à tort, que celui-ci fut son esclave (»). Il florissait, selon ApoUodore, à Tépoque de la prise d'Athènes, ce qui le place à la fin du v** siècle avant notre ère (e). Les événements de sa vie sont peu connus , si ce n est son amour pour Lydé, dont le poëte Hermésianax (7) parle ainsi :

tt Antimaque, blessé par lamour de Lydé, alla presque suf les bords du Pactole. Elle mourut dans la Dardanie, où le poëte éplorc la déposa sous la terre insensible ; alors il abandonna ce pays pour revenir à Colophon ; et là, pour mettre fin à toutes ses souffrances, il exhala ses douleurs dans des livres sacrés. »

Ces derniers mots sont un témoignage peu équivoque de Tadmiration qu inspira lelégie composée par Antimaque pour se consoler de la mort de sa maîtresse. Voici une seconde preuve du succès quelle obtint, et cest encore un poëte qui nous la fournit : Asclépiade (s) met dans la bouche de cette femme les paroles suivantes :

(( Je suis Lydienne de naissance et mon nom est Lydé : Antimaque, par ses vers, ma rendue plus auguste que toutes les descendantes de Godrus. Qui ne ma chantée? Qui na lu Lydé, ouvrage commun d' Antimaque et des Muses? »

[\) ViLLois, Anecd. Grœc, tom. 1, p. 357.

(2J V. FoRCKE, p. 1% -, Wklcibr, ad Simonid, Àmorg.y p. 8.

(3) V. Fdkcee, p. 7.

(4J Cf. Cic, Brut.j cap. u ^Otid., Tn'st., I, 6, I, et Fa. Duanaa, ad AnHmachi Fragm., p. 28.

- (5) SuiDAt, TOC. *ÂyT^/tiaxo{*

(6) Apoli., ap. Diod, Sic, lib. XIII, cap ctiii, init.

(7) Hbrh,, ▼. 44-iC, éd. Bergk. Harburg, 18i4. (8} BivncK-, Atial., tom. I, p. 249.

Fout le monde cependant n'accordait pas à ce poëme les mêmes éloges : nous savons que Callimaque (i) le blâmait pour son peu d'élé^Dce. Il reste à voir si ce jugement a été dicté par le goût ou par la jalousie que pouvait faire naître dans Callimaque, poëte élégiaq^ue, le succès de cette élégie.

Antimaque aimait les longs ouvrages (i). On nous rapporte que les vastes proportions de sa Thébaïde mirent en fuite lauditoire qu U avait assemblé pour en faire la lecture ; le seul Platon eut la patience de rester jusqu'au bout, ce qui flatta si fort le poëte, qu'il déclara (avec un peu de dépit sans doute] que Platon seul avait à ses yeux la valeur d'une assemblée entière (3) . Les anciens reconnaissaient en termes décisifs que le laconisme n'était pas sa vertu favorite (4). L'élégie dont nous parlons fut pour lui l'occasion de montrer son savoir, plutôt qu'il ne s'en Rt une consolation à la douleur que lui avait causée la mort de sa chère Lydé. Cette élégie était divisée en livres, ainsi qu'un poëme épique : nous n'en savons pas exactement le nombre, mais on nous en cite le second (5), qui probablement n'était pas le dernier. Même, suivant une correction assez plausible, le troisième se trouverait cité par Photius (e). Aussi voyons-nous que Callimaque a donné à ce poëme lepithète d'épais, et ce n'était pas pour en faire l'éloge. Ce qui nous explique la prolixité qu'Antimaque avait mise dans l'expression de ses regrets, c'est qu'il avait énuméré dans cette élégie les infortunes des héros (7), se servant ainsi des maux d'autrui pour diminuer les siens. Il faut croire que ces épi-

(Ij Avên*^'i''^*X^ypàfi/ixxoLi où ropà'j. . . . Fragm. DCXLI. — Cf. Ddinei, fifif /iN/tfmachi Fragmenta, p. 40.

(9} V. PoiFMTtioif ad HoR. Art, Poet., ▼. 436.

(5) Cic, Brut., cap. li, { 491.

(4') Oxneaç iyw xxi ^pax^^oyàTar-Pv rbv *OjJ.r}pov Xéyta xal noXxjv rbv 'AvTt/*axov. Gmc. Niz., Epiêt. III.

(5] Srira. Biz., verb. Aàtrio'^.

(6) Lestent p. 344, éd. Porson. — Cf. J. U. Vost. ad Hyinn, in Cet., p. 450, et Baci. {PhiUtœ, Hermëê., atque PhanocUs rel.) ep. de Àntimachi Lyde, p. 247.

(7} Tlecpafiùdiov r^tç Xùiira aurai sTroiijac Tf<y iXtytiav rhv xaXovfiivriV A'J^Yjy» ï^api^fioùpLtvoç ràç itpa»txki avpfopàç, roXç àlXorpiotç xxxoT( àAsérroA t^v iauroû hgcûv Xûttr,v, Plut., ConeoL ad Apoll., cap. u, Mor.^ tom. I, p. 246, éd. Taitchn.

sodés formaient par leur étendue la plus grande partie de cette élégie : ainsi nous voyons par le scoliaste d'Apollonius de Rhodes (i) que lexpédition des Argonautes tout entière y était rapportée dans un grand détail. Il nie semble qu'Antimaque avait un peu perdu de vue sa maîtresse et sa douleur quand il contait assez risiblement^ qu'Hercule avait été expulsé du navire Argo parce que sa masse < rendait le vaisseau trop lourd (i). L'histoire de Bellérophony étaitJl aussi racontée (s) , sans doute avec le même à-propos. Il parait aussiS y avoir rapporté l'enlèvement de Proserpine et lëmigratiou de^ Thessaliens dans Tile de Cnide sous la conduite de Triopas (4). Il faut aussi que les aventures d'OEdipe y aient été narrées tout ai^ long : c'est ce qu'on peut du moins soupçonner sans trop de témérité? d'après ce distique, qui, du reste, est le plus long fragment que nous ayons de la Lydé d'Antimaque (5) :

(( OEdipe s'écria : — Polybe, pour prix des soins dont tu entouras mon enfance, je te donnerai ces coursiers, enlevés par moi à mes ennemis. »

On ne doit pas s^étonner de cette accumulation d'histoires, si Ton se rappelle qu'Antimaque était grammairien de profession et avait môme donné une célèbre édition d'Homère. La principale occupation des hommes de sa classe était d'expliquer les nombreuses fables qui se trouvaient dans les poètes, et il leur en restait toujours, comme on le voit, quelque faible souvenir. Ce furent peut-être toutes ces digressions qui ont fait à la Lydé d'Antimaque la réputation dont elle jouissait chez les littérateurs alexandrins, et dont les éloges d'Hermésianax et d'Asclépiade ne sont que lecho. Ces savants devaient être charmés d'un poëme qui leur fournissait, soit dans leurs commentaires, soit dans leurs leçons, l'occasion de faire briller

( I J Ad lib. 1, V. in et 1 B90 ) II, 296 ; III, 409 ; IV, 4 56, 269 «t H 53.

(2) SchoL Apollonii Rkodii, ad lib. I, v. 4290.

(3) SchoL Venet. ad IHad. Z, ▼. 200.

[\) V. Ft. DuBNKR, ad Ani. fr., p. 41^ Bach., loc. cii.^ p. 246. (5J Apud Schol. Euripid. PhœntM., ▼. 44.

HISTOIRE DB LA l'OfiSlB ELEGIAQIE CUEZ LES GRECS. 333

leur science doublement fabuleuse. Ajoutons cependant que tel

n'était pas lavis de tout le inonde : le savant historien et géographe

il^tharchide, le trouvant apparemment long et ennuyeux, commit

iïnrévérence de mettre ce chef-d'œuvre en abrégé (i). Abrégé et

or^nal sont également perdus, ce qui prouve peut-être qu'Aga-

t^rchide ne 1 avait pas encore réduit à une étendue raisonnable.

Ce poëme obtint aussi chez les Romains beaucoup de célébrité. Ainsi Ovide (i} , voulant témoigner à sa femme Taffection qu'il ressentait pour elle, lui déclare que son amour surpasse celui du poëto de Gbros pour sa Lydé. G. Proculus, poëte élégiaque, contemporain d'Ovide (s), avait traduit ou plutôt imité ce poëme. Le grammairien Mélissus, qui fut d'abord l'esclave et devint ensuite l'ami de M^ne(4), lavait, dans son Recueil de Facéties, surnommé le Large Af^^vmque parce que son élégie sur Lydé comprenait 1 40 livres (s). Biais'il y a grande apparence que ce nombre, évidemment exagéré, est dû à l'inadvertance d'un copiste, qui aura transporté à la Lydé de Proculus ce qu'il avait lu dans Suétone sur l'étendue immense de Tceuvre de Mélissus. Il est vrai que Suétone (e) donne à celle-ci 'f 50 livres; mais cette diversité de chiffres ne fait rien contre notre opinion , parce que les nombres sont très-souvent fautifs dans les maoascrits, et que d'ailleurs il serait absurde de supposer qu'une ciégie, quel qu ait été le génie amplificateur de son auteur, pût avoir autant de développement que la grande œuvre historique de Tite-Live.

S'il en faut croire Bergk (7], Antimaque aurait encore composé un autre poëme élégiaque, sous un titre que l'on ne peut rendre en

(4] PiOT. ilt6/., cod. CCXIII, p. 644.

[i) Trist.f lib. I, el. 6, t. 1 , iqq. (3} DiPomo, lib. IV, el. 46, v. 32.

(4} SoBT05., de lU, Grammat.^ cap. xxi.

(5j C. Proculuêf Antimachum aecutuê in opère quod de Lyde et ipse hubet centum et quadraginta lihris, unde latu» Àntiinachus C. MeUsso in libris Jocorum dicitur. ArcifMiVj de Orihograph.^ { V3. — Cf. t6id., { 4, et Fa. Dububr, ad Antimachi Fragnt.^ p. 4f :

(6) Loc. laud.

{!) Apud DoBHiR., ad Antimachi Fragm.y p. 4^, sqq.

334 QUESTION DE PUILOLOGIB.

français que par le moi Moquerie [i). Cette conjecture se fonde uniquement sur remploi d'une expression dont Antimaquc s est servi (s) , et qui se retrouve dans un pentamètre attribué à Gallimaque par Tzetzès (3) et par Fauteur du Grand Étymologique (4). Bergk croit que ces derniers grammairiens, ou plutôt leurs copistes, ont substitué au nom d'Antimaque celui plus connu de Gallimaque, et que 1 élégie en question était un poëme satirique, dans le genre de VIbis de ce dernier poëte. 11 veut même, au moyen d'une correction, en retrouver encore un vers dans le Grand Étymologique [5) . Selon lui encore, ce serait ce poëme, prétendument élégiaque, que l'empereur Adrien aurait imité dans des livres très-obscurs portant le même titre (e). Mais toutes ces hypothèses, que Bergk a entassées les unes sur les autres, nont presque pas de base critique, et nous laissent dans rinccrtitude relativement au poëme dont il s'agit.

La Lydé d'Antimaque fut en quelque sorte le modèle que se proposèrent les poëtes alexandrins qui cultivèrent l'élégie. Entre leurs mains, ce genre devint savant comme toute leur poésie. A défaut de sentiments, ils se rabattaient sur des histoires, dont ils étaieot. Dieu sait, toujours suûîsamment fournis ; et pourvu que leur versification fût coulante et leur style poli, ils ne s inquiétaient guère du sujet. Remarquons encore que tous ceux qui se firent alors un nom dans la poésie élégiaque étaient , comme Antimaquc , des littérateurs tout occupés de l'interprétation des poëtes, et ne regardaient leurs élégies que comme un délassement de travaux plus sérieux, et Ton aura l'explication de la froideur pédantesque qui se fait apercevoir dans presque tout ce qui nous reste de leurs productions en ce genre.

(1) Karocx^y'iv de xaraxo^iv», rire à gorge déployée.

(2) 'Evjei/ivxXoi 6voi. Heiodiahvs, PhiioL, p. 398, Lips. (i) Ad. Lycophr.fY,ni.

(i) Gol.59i,1.20,ed. Sylburg.

(5) Col. 4, 1. 7.

(6j Catacrianos , libroi obscuriasimos , Antimachum imitando acripsil. ^lips SrAi- TUNDB Adriani rit., cap. iv. Les TariantCB soDt Catacaimos et Cafacannas. V. S%La44. et GicTBt., ad h /.,• p. 7Î, «q., cd. Var.

L'ÉLÉGIE ALEUNDRINE,

Phî tétas fut, avec Callimaquc , le principal représentant do la

poésîô élégiaque dans Tépoque que Ton appelle communément

aleiL^^^^^rine, parce que Tiniluence littéraire d'Alexandrie y domina

eeUe des autres villes. Il était de Tile de Cos , qu il illustra par sa

naissance autant que les médecins Hippocrate et Simus(i). Il eut

pour père Télèphe(â), professeur de littérature, qui lui enseigna son

art avec tant de succès que Philétas n est pas moins renommé comme

critique que comme poëte(3). Il s'y rendit si habile que Ptoléméel*'

n hésita pas à lui confier 1 éducation de son fils, connu sous le nom

de Ptolémée Philadelphe (4). Ou le fait vivre sous Philippe et

Alexandre (5); mais on voit, d après ce que nous venons de dire,

qu'il survécut à ce dernier.

On a fait un singulier conte sur Philétas. On prétend qu il était si débile que, pour n'ôtre pas renversé par le vent, il portait des semelles de plomb à ses souliers (g). Cette absurdité, qui se réfute J elle-même, parait être une plaisanterie des poètes comiques auxquels sa maigreur excessive lavait livré en proie (7]. Cette faiblesse

(I) SnAt.,rib. XIV, cap. ii, toni. III, p. 903. (i) Cf. ViLLOit., ProleffÇ, ad Uom. Iliad.^ p. 28. (3J SraAB., loc, cit.

[k] SciDABy TOC. ^C>y]Tâ$.

(5) Id., ibid,

(6J ^LiAff., Var, llitt., IX, IV, et Athbn., lib. XII, luiii. III. p. 218, ud. Taiichn.

(?) i£LiAif., ibid. y X, 6.

était la suite de ses travaux littéraires, auxquels il se livra avec une ardeur telle qu'elle ameua sa mort. En eOet, s étant acharné à chercher la solution du sophisme connu sous le nom de Discours menteur, jusqu a passer des nuits entières, il s y ruina la santé, et termina ainsi ses jours d'une façon fort peu poétique. Si ce que nous raconte Athénée (i) est vrai, on aurait mis sur sa tombe une épitapbe indiquant la cause de sa Gn prématurée :

(c Étranger, je suis ce Philétas qu ont fait périr le Discours menteur et les travaux prolongés dans la nuit. »

Nous n avons point à nous occuper de ses travaux de grammaire, ni môme de sesËpigrammes; c est seulement comme poète élégiaque que Philétas doit attirer notre attention, et c'est d ailleurs à ses Élégies qu'il doit sa plus grande renommée. On a pourtant de la peine à se rendre compte d'une chose : comment Philétas, qui oubliait, comme on dit, de boire et de manger pour s'occuper de ses travaux littéraires, comment ce grammairien si assidu pouvait-il trouver le temps de chanter l'amour et surtout de le faire? Car, que ses él^ies fussent principalement erotiques, c'est ce que témoigne assez Ovide quand il défend la lecture de CaUimaque et de Philétas à ceux qui veulent échapper à cette passion (i). Je soupçonnerais volontiers Philétas d'être l'inventeur de ce procédé commode qu'ont employé si souvent les poëtes erotiques; cest de s'être créé, pour la chanter sous le nom de Bittis , une maîtresse imaginaire qu'avec quelques vers bien tournés il pouvait orner de toutes les perfections désirables. Cette supposition est peut-être téméraire ; mais il restera toujours difficile à expliquer comment un savant, qui montra tant de ferveur pour l'étude de la littérature, pouvait encore avoir du temps et du sentiment de reste.

Quoi qu'il en soit, si lopinion que j'ai avancée est véritable, il faut que la Gction ait été acceptée de ses contemporains (des poëtes

(1) Loc. Inud.

(2j Callimackum fugiio : non c^t inimicua antori;

Et cufit Callimacho tu quoque, Coe, noces.

OviD., ReiH* Am.y v. 759, sqq.; cf. Art. amat,, lib. II! V. 'M9, *qq.. et Stat., Siflv., lib. l, î, Î5J, iiqq.

mSTOniK DE LA POÊSIB ELÉGIAQUE CHEZ LES GRECS. 337

au moins), puisque son ami Heriuésianax (i) le représente « chantant sons un platane les feux dont Bittis lavait enibrasé.» Plus tard encore, Ovide promet à sa femme que ses chants lui donneront une renommée égale à celle de la Bittis du poëte de Cos (i) .

Philétas obtint une si grande renommée comme poëte élégiaque, que pour Callimaque et lui on dérogea au jugement d'Aristarque et d'Aristophane, qui avaient reçu seulement Callinus et Mimncrmc comme modèles en ce genre de poésie (5) . C est ce dernier jugement qoeQuintilien (4) suit, quand il dit que, de l'aveu du plus grand nombre, Philétas occupait la seconde place dans 1 élégie. Il n'est pas étonnant que Quintllien ait oublié complètement les deux premiers, quand on songe que les élégiaques latins n'en parlent presque pas non plus, tandis qu'ils prodiguent force louanges à Gallimaque et à Philétas. Ce sont ces deux derniers que Properce invoque de préférence, et qu il prie de Tintroduire dans leur bocage sacré (5). Poëte et critique justifiaient ainsi pleinement cette sentence d'Homère (g), qui ne s'est trouvée fausse que pour celui qui l'a prononcée : a Le chant le plus en honneur parmi les hommes est celui qui le dernier a frappé leurs oreilles. »

II serait impossible de chercher une trace du talent poétique de Philétas dans les faibles parcelles que nous avons de ses Elégies, puisque le fragment le plus long n'est que de quatre vers. On ne peut même dire si elles furent exclusivement erotiques; il est poortant à supposer d'après les titres de quelques-unes, Cérh,

(4) ▼. 75, M{q., p. 9, éd. Th. Bergk.

(2J iVtfc (b neêciri paiiiur mea pagina, qua non

Inferiyê Coa Battide nomen habet.

Epiât. êjF Ponto, lib. 111, ep. 1, v. 9, sqq. —

Cf. Trist., lib.l, el. 6, v. t, sqq.

(3j Fbarck., Cu/Zt'n., p. %8.

f4] Inêtii, Orat, lib. X, cap. i, { 58.

(5J CaUimachi Mânes- et Coi sacra Philetœ,

In vesirum, quœso, me sinite ire ncmus.

^ Peof., lib. m, el. -1,^. 4,iqq. — Cf. lib. II, el. 3V, ▼. i7,sqq..

lib. 111, el. 2, ▼.54, sqq.; el.7, t. 43, sqq.; lib. IV, el. G,v. 3, sqq

(*i) T>iv yàp xotihv /axXXov ïntxïslou's * av^punoi

rrtç àxovàvTiV'si veurxxv} '/f/fiTciXrirxi.

Odyns., I, ▼. 351, sqq.

Mercure, etc. , que ce poêle ne s'y était pas borné à chanter ses amours, mais qu'il en avait aussi consacré à célébrer les aventures (les dieux. Ainsi Télégie intitulée Cérès parait avoir contenu le récit des courses de cette déesse allant par toute la terre à la recherche de sa fille Proserpine (i). Le ton en était lugubre à en juger par les trois distiques que nous en a conservés Stobée (i) : a Laissons agir le temps, à qui Jupiter a donné le pouvoir de calmer les maux et qui est le seul remède à nos douleurs. En effet, après s'être rassasié d'inutiles pleurs, on bannit les soucis de son esprit abattu. Mais j'ai beau chercher à me consoler; un nouveau chagrin surgit plus grand encore, et mon infortune ne me laisse aucun repos. » C'est bien là le langage d'une mère désolée. Quant à Mercure, selon Bach (x), ce n'était pas tant une élégie qu'un recueil de poëmes en différents mètres, qui traitait de mythes erotiques.

On nous cite aussi des Poésies légères de Philétas écrites dans le mètre élégiaque; elles différaient probablement de ses élégies. Comme le nom de Bittis (Ovide écrit Battis) ne se rencontre dans aucun des passages que nous avons de Philétas, un savant (4) a fait la supposition que Bittis était le titre sous lequel ce poëte avait publié ses Elégies en un recueil. Nous voyons, en effet, que, peu de temps après Philétas, Hermésianax fit la même chose pour sa maîtresse Léontium; et c'est encore ainsi que chez les Romains Properce intitula son livre du nom de sa Cynthiè.

On peut donc dire que c'est uniquement par tradition que la gloire poétique de Philétas est venue jusqu'à nous. L'un des plus glorieux témoignages que nous ayons sur le mérite de cet écrivain, est certainement celui d'Hermésianax (b], par lequel nous apprenons que les compatriotes de Philétas lui avaient élevé une statue en bronze. Si Philétas ne jouit pas de cet honneur de son vivant même, il lui fut rendu bien peu de temps après sa mort, puisque c'est un contem-

{\) Cf. Bach., Pkiieiœ, Hermesianacth atque Phanoclit reliq.^ p. 25.

(%) Floriieg.. tit. CXXIV, 26, et CIV, 4 4 .

(3) Loc. cit.f p. 29, tqq. — Cf. HiiaEii., Comment, de font. Eclog. Siobœi, p. 157.

(i) Nie. Bach., de Philvta Coo, p. H.

(5) Loc. cit.

porain qui nous rapporte ce fait. Cependant il reste à savoir si ce fat l'admiration des habitants de Ces pour les talents poétiques de Philétas qui lui valut un pareil hommage, ou si ce n était pas plutôt une récompense civique , car nous lisons dans Plutarque (i) qu il avait tenu dans sa patrie le timon des affaires.

Hermésianax, dont j ai déjà souvent invoqué lautorité, était de Colophon, comme Mimnerme et Antimaque, et avait comme eux trouvé sa place dans le livre que Nicandre avait composé sur les poètes Colophoniens ; il fut lami et le disciple de Philétas, dont il était â peu près le contemporain (i). Pausanias, qui cite souvent ce poëte, Ignorait lëpoque précise de sa mort. Cet auteur dit (5) que quand Lysimaque eut détruit la ville de Colophon, il en transporta les habitants à Ëphèse : a Hermésianax, le poëte élégiaque, ajouté-t-il, nexîstait plus alors, h ce que je crois; car autrement il n aurait pas nwnqaé de déplorer la ruine de Colophon. » Cette conclusion de Pausanias ne semble pas très-rigoureusement exacte, et peut servir ûc preuve de Tignorance où les Grecs étaient, même à une époque récente, sur la vie de leurs poètes les plus célèbres. Toutefois il ressort des paroles mêmes de cet écrivain qu'il regardait Hermésianax comme ayant vécu à la fin du iv* siècle avant notre ère, puisque la pnsede cette ville arriva précisément l'an 300.

Hermésianax s adonna surtout à l'élégie erotique, et semble s'être pToposé pour modèle la Lydé d'Antimaque, pour laquelle il professait, comme nous l'avons vu, une grande admiration. C'est peutêtre à son imitation qu'il divisa en trois livres l'élégie qu il intitula léontium, du nom de sa maîtresse (4] , si toutefois ce n'était pas plutôt un recueil de pièces détachées qu'un poëme suivi. On suppose assez généralement que cette femme est la môme qu'aima Ëpicure, mais il est singulier que nul des auteurs qui citent la LÀ)n- /ttif» dHermésianax n'ait signalé cette identité.

(4) An êeni sit gerenda respubtica, cap. iv.

(î) Sckol. Nicandri Ther^, ▼. 3.

(3j Att., cap. IX, { 8.

(ï) Atbih., lib XIII, tom. lll. p. 3iî), rd. Tauchn.

340 QUESTION DE PUILOLOGIK.

Quoi qu il en soit de ce point, cl ailleui*s peu important, jo crois qu'il en était de la Léontium de ce poëte comme de la Lydé d'Ântimaque : les épisodes remplissaient si bien le poëme par leur Iongueur, qu'il devait rester peu de chose à la louange de cette femme. C'est ce qui nous apparaît clairement rien q.ue par le long morceau (écrit du reste avec beaucoup d élégance] qui nous a été consorvé par Athénée au livre XIIP du Banquet des Savants, Hermésianax y a employé une centaine de vers à énumérer les hommes célèbres qui ont ressenti le pouvoir de lamour, et il est probable que nous n'avons pas au complet son catalogue d amoureux.

Gomme son modèle An ti maque, Hermésianax semble s'être complu à rappeler dans son poëme la mémoire de faits survenus aux temps héroïques. Ainsi Parthénius nous a conservé au chapitre V de ses Aventures damour une longue histoire de la passion malheureuse de Lcucippe, tirée de U Léontium d'Hermésianax. Peut-être celle de Nanis, fille de Crésus, que cet écrivain, au chapitre XXII du même ouvrage, dit avoir empruntée à Hermésianax, appartenait-elle encore à ce poëme. C'est également à Hermésianax que Pausanias(i) se réfère pour l'histoire d'Attis, qui introduisit en Lydie le culte de la mère des dieux. L'histoire de Ménalque de Chalcis , qui , désespérant de se faire aimer de la nymphe Ërippé, se précipita dans la mer, trouvait aussi sa place dans la Léontium (3) .

Toutes ces vieilles histoires, et d'autres encore que nous passons ici sous silence, montrent qu'on a beaucoup perdu sous le rapport des antiquités avec le poëme d'Hermésianax; mais, sous le rapport de la poésie, est-il aussi regrettable? Je n'ose le décider ; mais je trouve que Ruhnken (5] a parlé purement en éditeur quand il a dît du morceau qui nous en reste « qu'après la perte de tant d'élégiaques anciens, on a de la peine à trouver quelque chose de meilleur. » On y trouve sans doute une grande élégance , beaucoup d harmonie,

(4 ] Achai^.y cap. xvii, {5.

{i] AucI» argum. IdylL IX TnEOctiri.

(3j Opuêcul,y tom. II, p. 615.

HISTOIBB DE LA POÉSIE ELÉGIAQUE CHEZ LES GBECS. 341

un style soigné ; mais est-ce là tout ce que nous devons exiger d'un poète, surtout dans un sujet qui, de tout temps, fut en possession d'inspirer les plus beaux vers? Non, certes, et je ne suis pas trop éloigné de la façon de penser d'un autre critique (aussi éditeur de ce morceau] qui déclare nettement Hermésianax un mauvais poëte, parce qu'il s est départi de la vraie nature de la poésie, et qui compare son élégie à une mosaïque, où Ton trouve seulement un grand savoir et beaucoup d'industrie (i).

Ce spécimen de la poésie d'Hermésianax ne nous fait pas seulement comprendre quel fut le caractère de la poésie que cet âge admira et rechercha avec tant de soin, mais il nous explique aussi d'oii provient cette érudition de mauvais goût, qui nous fait tant de peine à voir dans Ovide et surtout dans Properce. Tout ce vain étalage desavoir ne borna pas son influence à l'élégie grecque, mais il retendit encore à lélégie latine par suite de l'imitation constante que les Romains firent des poètes d'Alexandrie. On ne trouve guère que Tibulle qui s en soit défendu, et ce n est pas là son moindre mérite. Pausanias (s) nous parle encore d'un iAcyciov composé par Hermésianax sur le centaure Eurytion. Ruhnken prend ce terme ambigu dans le sens d'élégie, et pense qu'il s'agissait dans ce poëme (différent selon lui de la Léontium) de l'aventure de Mnésimaque, fille d'Olénus, enlevée par Eurytion et délivrée par Hercule (s). Un autre savant soutient que ce mot doit s'entendre d'un distique élégiaque inscrit sur la statue d'Eurytion (4]. Enfin, un troisième prétend qu'il s'agit ici de deux vers de la Léontium [h). Comme le texte de Pausanias est insuffisant pour décider ce point, le plus sage est de laisser à chacun son avis.

S'il faut placer Théocrite au nombre des poëtes élégiaques.

(4) Ti. BiicK., Comment de nermeê, eleg., p. 1.

(f ) Hai Sri fiht viv nàXivfia fiuipbv i^apx^'Ç h "ûAivos, fiapruptl rû A^y&i fiou jtui i/cycTov

cc^ Eùpvriàtva Kivraupoy vitb 'EpfjiYivtivaxroi Ktnotrifjiivov,

Achafc.t cap. xtiii, { 1.

(3) RoniBR.. Opuac.y tom. II. p. 617.

(4J Fbakcc, Callin.t p. 54.

(R) Nie. Bach., Pkiletœ, Bermeaianaclia atque Phanocliê reliq.^ p. 401, iqq.

c est uniquement sur Tautoritéde Suidas, qui, d ailleurs, s exprime dune manière peu décisive à cet égard. Il dit(i) qu outre ses Bucoliques, quelques auteurs attribuent à ce poëte des hymnes, des élégies, des épigrammes, etc. Il ne serait pas impossible que cette indication fût exacte, puisqu'il s est retrouvé dans rAnthologie une vingtaine d épigrammes de Thcocrite, et que nous avons dans ses œuvres deux ou trois pièces qui sont de véritables hymnes. Il est d autant^plus probable que ce poëte a composé des élégies, qu^il fut élève de Philétas (9], cité aussi dans un passage de Moschus(3) au nombre des poètes bucoliques, et qu'il peut avoir marché sur les traces de son maître dans Tun comme dans lautre genre de poésie. Je dois pourtant avertir que, selon quelques critiques (4], cet endroit de Moschus a été supposé par Marc Musurus, qui avait voulu par là combler une lacune dans cette idylle.

Nous sommes encore dans un embarras semblable quant à un certain Nicomaque, auteur d'une élégie sur les peintres mentionnée par Héphestion (5] On ne trouve pas de Nicomaque à qui Ton puisse lattribuer plus probablement qu'à un peintre de ce nom qui florissail dans la cxn" olympiade (e) , c est-à-dire vers la fin du iv* siècle avant Jésus-Christ. Dans le distique cité de cette élégie, il célèbre le peintre Apollodorc qui vivait soixante et dix ans avant lui (?]. Dans Tiinpuissance de faire entrer ce nom dans un vers, il lavait hardiment coupé en deux, mettant le commencement à la fin de Thexamètreet la fin au commencement du pentamètre (s) . Si le peintre et le poëte

(1) Voc. Btàxpiroç.

(2} 'Axov7T^$ ik yi'/ovt ^tXvir&» Script, Anon. vU. Theocr,

(4) Poppo, in Luc. Dial. Deor.^ p. 89 ; Nxii, Opusc, vol. I, p. 164, tqq-; Baci., PJkil^im Coireliq.y p. 17.

(5) Ka2 itâAcv Ncxo/Aâxou toD tyiv ntpi Çuy^âçwv kXr^tlav irc7ro()f;xÔTO$ x. r. X.

EifciitiD., p. 28, éd. GaUf.

(6) Plih., Bist. naL, lib. XXXV, cap. xxxvi, { tî. ~ Cf. Fabric, Bibl, Grœc.^ iom. V, p, 63, éd. Harless.

(7) Plin,, f 6id., S S .

(8) OvTOî OTh aot b KXiivbç àv * 'EXXiia Tcâvay *jLTtoXX^

oatpoi* yi'/viSiaxsiç rouvo/Aa toûto xAvuy.

Apud Hbvi., loc. cit.

ne foDt en effet qu'un seul et même personnage, il avait deux fois le droit de prendre cette licence passablement forte :

Pictoribuê atque poëtiê Quidlibet audendi $emper fuit œgua potes foê [1 }.

tie Teût-il pas môme eu du tout, il faudrait encore la lui pardonner ea faveur de l'éloge qu il fait d un confrère.

Il est encore des élégiaques de cette époque sur lesquels nous avons peu de détails. Tel est le cas pour Hédylé, mère de 1 epigrammatiste Hédylus, contemporain de Callimaquc, avec lequel il soutient avantageusement la comparaison dans ce genre agréable (s). £]le était fille elle-même de Moschina 1 Athénienne, qui avait composé des poésies ïambiques. Athénée (s) qui, je crois, est le seul auteur qui parle de cette poétesse, nous rapporte cinq vers d une élégie qu elle avait composée sous le titre de Scylla, et dans laquelle elle chantait les amours de cette nymphe et du dieu Glaucus. Il ne nous dit pas si elle avait encore composé d autres élégies. Quant à son fils, il est assez incertain si Ton doit le compter au nombre des poètes élégiaques. En effet, Strabon, citant une élégie dans laquelle il relève une faute de géographie (4), doutait quelle fût Tœuvre de ce poëte; et, faute de renseignements précis, nous ne nous permettrons pas de décider la question qu'il laisse pendante (5]. Nous ajouterons cependant une observation : c est que si Ton attribuait cette élégie à Hédylus, il fallait probablement quil fût connu comme poète élégiaque ; et il se peut fort bien quil ait voulu lutter avec Callimaque dans ce genre comme dansTépigramme.

Nous ne savons aussi quo peu de chose des Elégies de Myro de Byzance, femme d*Andromachus, surnommé le Philologue, et mère du grammairien Homère, qui eut aussi sa place dans la Pléiade des

(I) Hoa., A. P., ▼. 9, iqq.

(9j V. Ft. Jacobs., ad AnthoL Grœc, tom. III, p. 899.

(3) Lib. VU, tom. 11, p. 106, éd. Tauclin.

(4) Lib. XIV, cap. vi, tom. III, p. 244, éd. Tauchn. (5j Cf. Faarck,, Callin.t p. 56, sqq .

poètes tragiques alexandrins. Son fils ayant fleuri dans la cxxiv* olympiade (i) , elle doit avoir vécu à la fin du iv* siècle avant notre ère, et s être trouvée contemporaine d'Hédylé. Elle devait la réputation dont elle jouissait à la poésie épique dans laquelle, disait-on, les Muses avait nourri son enfance (2] , et surtout à son épopée intitulée Mnèmcsyne (s) plutôt qu aux odes et aux élégies qu elle composa encore. Nous pourrions peut-être juger du mérite des dernières si nous avions encore la Couronne poétique de Méléagre («], dans laquelle il avait inséré « plusieurs lis de Myro. » Il est assez singulier que Pausanias (5) nous mentionne un Myron, également de Byzance, qui composa aussi des poésies épiques et des élégies; mais je ne voudrais pas, comme on la fait, accuser d avoir pris un nom de femme pour un nom d'homme un auteur aussi versé dans la littérature de sa nation. Il est très-possible que Byzance ait vu naître un Myro et un Myron, tous deux poètes dans les mêmes genres, puisque nous avons vu que les Ëvénus, tous deux élégiaques, étaient aussi tous deux de Paros. Il ne serait pas non plus téméraire de supposer que ces deux personnages étaient liés ensemble par la parenté, de même qu'Hédylé et Hédylus.

Le second Ëvénus, qui, au rapport d'Ëratosthène (e) , effaça le premier en réputation, parait avoir vécu au commencement du ni** siècle avant notre ère. Nous avons vu qu Âristote n en connaissait qu un : il faut donc que celui-ci ait vécu entre ce philosophe et Ératosthène. Peut-être est-il contemporain de Ménandre qui lavait nommé avec louange (7) , comme ce poète le faisait assez souvent dans ses comédies à l'égard de ses contemporains illustres (s) . Quoi

(\) Sdidai, toc. MupÀ et 'Oftr,poi 'k'i$pofiixo\j. [i) Moipôi xuiaXifir, BuÇavrtàs, Yiv tri itativiiv

"Etptfov tùtniyiç vipatSoç Câfiova Moûvac.

CtaisTODOft., ÀnthoLf II, sub fiM0.

(3) Athir., Ilb. XI, tom. III, p. 155, sqq., éd. Tauchn. (4j UoXXèc fiiv ifinXi^Kç 'Avutiq{ xplva, itoXXk ii Hoipoûç A.iipui x. t. A.

AnthoL, IV, T. 5, iqq.

(5) TAùpoiv âk Bu^âvTto; itotiiaai cttiq xai kXtyùa, x. r. X, BoioT., cap.t, { 4.

(6) HAtPOCR&T. , voc. ËC^V0{.

(7] Quid! Evenum, quem Menander êapientem rocavit^ Ausoii., p. 511, éd. Toll. (8) Cf. Dioc. LiBRT., lib. VI, cap. III, J 83, et cap. V, J 93.

qu iJen soit, il doit avoir précédé de quelque temps Éralosthèiie, qui

naquit en 270 avant Tère chrétienne.

Nous avons vu que d'après Platon lancien Événus appliqua surtout Télégie à des exercices d éloquence ou des préceptes de rhétorique. C'est donc au second que l'on doit attribuer les poésies erotiques adressées àEunome, ou plutôt composées sur Eunome(f). Ces élégies nëtaient pas trop morales, puisque Arrien demande à quelqu'un s'il n a rien perdu en lisant Aristide et Événus au lieu de Chrysippe et de Zenon (s) . Le genre d'Aristide , auteur de Milesiaques, auquel Arrien associe Événus en cet endroit, nous est suffisamment connu par ce que nous en dit Ovide dans ses Tristes :

JuHxH ArUiideê MiUêia crimina êecum ;

eldans un autre endroit du môme livre :

Vertit Ariêlidem Sitenna, nec oh fuit iUi Hùloriœ turpes inseruUêejocos (3J.

U y a encore deux ou trois autres Événus postérieurs à ceux-ci, mais qui n'ont écrit que des épigrammes.

Je joins ici à cet Événus un poëtc qui, comme lui, composa des élégies erotiques et dont on ne connaît pas davantage l'époque précise, Phanoclès. Nous savons seulement qu'il vécut après Démogthène (dont il imita une sentence dans ses élégies] par le témoignage de Clément d'Alexandrie (4], qui, dans le livre sixième de ses Slromates, marque ainsi plusieurs écrivains qui ont fait des emprunts à ceux qui les ont précédés. C'est là tout ce que Jos. Scaliger (5], et après lui Ruhnken (o), nous ont appris dans leurs recherches sur

(I j "Qç fT,fftif Eutivoi èv roïç tiç E&voyutov *Ep(artxoXi»

AtTBMiooi., Oneirocrit.f lib. 1, cap. it.

AtR., Dt'êp. Epict,y lib. IV, cap. ii, { 6. (3) Otid., Triêi., lib. Il, t. 412 et 443, sq.

f 4) Ai}/ioo)^ëyou{ iiità'JroÇf U&vt yàp iifiîv h âûvaroç oftiXtrxtt xal rà l(^{» ô ^avoxÀiSs év

'Ep^àvtv Si E,eiXotif *AXXk rb /loipiùtv x. r. A.

Sirom.f lib. VI, pag. G27 G, cd. Sylburg. (5j Ad Uieron. Chron», p. M.

(6) OpuêC, 1. 11^ p. 636, tqq.

Iftge de ce poëte. Gomme ce nom de Phanoclès est si rare dans lantiquité qu'il y a lieu de croire qu'il fut porté uniquement par le personnage dont il est ici question, on peut supposer qu'il est le même que celui contre lequel lorateur Dinarque fit un discours (i). Cet indice est très-léger, je lavoue, mais comme Dinarque a fleuri à une époque où Téloquence de Démosthène vivait encore dans toutes les mémoires, il serait dans ce cas moins surprenant que dans tout autre de voir un poëte imiter un prosateur.

Le genre de Phanoclès fut presque exclusivement erotique, ce qu'il annonça suffisamment par le titre d'Amours (s) qu'il donna à son recueil d'élégies. Ce ne fut pas les siennes qu'il chanta, mais celles des autres, et toutes dans le même genre. Ainsi il chanta les amours d'Ârgynnus et d'Âgamemnon (5], d'Adonis et de Bacchus («), de Ganymède et de Tantale (s); et dans une élégie de vingt-huit vers qui se trouve dans l'Anthologie de Stobée (e) , il célèbre les amours d'Orphée et de Calais ; en sorte que Phanoclès n'a pas mal mérité l'épithète d'amoureux (7] par laquelle Plutarquo le désigne. Il a cependant traité des sujets d'un autre genre dans le même recueil. Par exemple, il y avait chanté la métamorphose de Gycnus en oiseau (s). Il y a tout lieu de croire avec un critique (9) qu'Ovide, au second livre de ses Métamorphoses (10), a imité cette élégie de Phanoclès, aujourd'hui perdue. On voit aussi par là que le genre des élégies de ce poëte était en même temps historique et erotique, et qu'il ne se fit pas faute de suivre l'exemple donné par Antimaque et Hermésianax.

[1] Dior. Hai., de Dinar chojudic.^ cap. xii, toni. V, opp. p. 349, éd. Tauchn. (2] Clix. Alix., loc, cit.

(3} Id., Prolreptic., p. 32.

(4) Plut., Sympoê.^ lib. IV, qusest. V, cap. m, aub fin.

(5) HiiioR., Chron,, p. 47; Sthcbll., p. 305, éd. Bonn., et Oaos., //m/, lib. I, cap. \u.

(6) Tit.LXlV,U.

(7) Kai ^avoxX9.i, ipoirtubç àvhpf &ii ttwç icc7coi>}X<y. Pirr., loc, laud,

(8) Lactaht., Arg. IV in Otid. MeL lib. II.

(9) Baci., ad Phanoclis reiiq., p. 205. (10) V. 367-380.

HISTOIRE DE LA POÉSIE ÉLEGIAQUE CUEZ LES GRECS. 3i7

Le morceau de Phanoclès qui nous est parvenu suffit pour apprécier le mérite de sa poésie. Si 1 on doit lui adresser pour les sujets de ses élégies le reproche qu Arrien fait à Ëvénus, on peut dire aussi avec Ruhnken (i) que de tout ce que Tantiquité nous a laissé en ce genre, il n est rien de plus achevé sous tous les rapports que cette élé^e, tant il y a, dans sa diction polie, de simplicité et de grâce naturelle. Elle a poutant, ce que le célèbre critique aurait dû ajouter, cette langueur de style particulière à la poésie alexandrine.

Venons maintenant à l'écrivain qui de toute lantiquité a obtenu le plus de renommée dans la poésie élégiaque , bien qu on puisse lui opposer, dans sa nation môme, des noms qui , en ce genre, entrent en balance avec le sien. C'est Callimaque de Cyrène, fils de Battus et de Mésatmé , et élève du grammairien Hermocrate dlasos (s). Son aïeul, qui s appelait comme lui Callimaque, avait commandé les troupes de Cyrène, ainsi que le poète nous Tapprend, dans 1 epitaphe qu il fit pour son propre père (s) .

On ignore quand il quitta sa patrie, et si sa famille déchut du rang où semble lavoir placée son grand-père. Toujours est-il qu avant que la faveur de Ptolémée Philadelphe ne vint lui donner de la considération, il enseignait la grammaire à Eleusis, petite bourgade des environs d'Alexandrie [a] . Ce prince le plaça au Musée ; quelques modernes prétendent môme qu'il fut préposé à la fameuse bibliothèque d'Alexandrie ; mais cette assertion se trouve dépourvue d autorité.

Callimaque reçut les plus grands honneurs de Ptolémée Philadelphe (k) et de son successeur Ptolémée Ëvergète dont il atteignit le règne (o], en sorte qu'il mourut probablement vers l'an 2i0 avant notre ère. Il eut pour disciples des hommes qui se firent également un grand nom en littérature, tels qu'Apollonius, qui depuis renia

(1) Oputc. fiom Ilf p. 636.

{%) Sdidas, TOC. ILaXyifiax'^'i-

(3] Epigr. XXIL

(¥J SvioAs, loc. cit.

(5) Stiab., lib. XVII, tom. III, p. 498, éd. Taiichn.

(6J SoiDAS, hc. cit.

en poésie la manière de son maître, Ératosthène et Ister. Voilà ce que nous savons de certain sur la vie de ce poëte. Il semble pourtant avoir fait un voyage à Syracuse , oii il épousa la fille d'Euphratès, un autre à Athènes, un troisième en lonie (i). Dans un fragment (s) de ses élégies, en effet, il s écrie : oc Trois fois heureux celui c{ui, se contentant de peu, mène une vie étrangère à la navigation! Pour moi, plus qu un oiseau marin, j ai habité sur les flots, d

Callimaque était, comme Philétas, à la fois grammairien et poète « ou plutôt il était grammairien par profession et poëte par délassement. Il écrivit de nombreux ouvrages, et entre autres des poëmes dans tous les genres de mètres, en sorte que, prose et vers, il avait produit plus de huit cents pièces (3). Cette prodigieuse fécondité ne semble pas une forte preuve en faveur de lexcellence de sa poésie ; mais il faut remarquer que Callimaque , ne s étant jamais adonne qu'à des genres faciles, se croyait dispensé d y mettre plus de temps et de génie qu'il n en avait. 11 disait d ailleurs lui-môm.e qu*il dc fallait pas exiger de lui des chants au son sublime (4). Cependant il n avait pas trop mauvaise opinion de ses vers, puisqu'il se vantait (5) d'avoir fait entendre des accents au-dessus des atteintes de l'envie.

Callimaque tenait, de l'aveu de Quintilien (g], la première place dans la poésie élégiaque, éloge qui doit s'entendre avec quelque restriction, Qomme on Ta déjà fait remarquer. Ce jugement de Quintilien me semble provenir à la fois d'un excès et d'un défaut de mémoire : il s'est trop souvenu que Properce n'ambitionnait que le titre de Callimaque romain (:) , et ne se rappelait pas assez qu'Horace (dont l'autorité en littérature, certes, vaut bien la sienne) avait

(1) Cf. Walckbraik ad Call. Eieg, fragm., pp. 249 et 27X).

(2) Eleg., fragm. XII, p. 267, éd. Walck. (3} SaiDAs, loc cit.

(4) M>î^' ait* ïfieîj itfûn fiiya ^pofiovaav àoiSihv, Elcg.^ fragm. XV, p. 884, éd. Walck.

(5] Epigr. XXn ... 6 ^'iSef^sv xpiiocova. ^aoxav^iQf.

(6J Insi. Orat.f lib. X, cap. i, { 58.

(7j Ui tiostris t urne fada êuperbiai Umbria iibria,

Umbria, Romani patria Callimachi.

Paop., lib. lY, el. 4, T. 63, iqq. — Cf. Ub. 10, el. 4 , y. 4 , sqq.j el. 7, t. 43, iqq.

|>laoé Mlmnerme au-dessus de celui que lui-môme proclamait prince JerÉlégieO).

Noos pourrions juger par nous-mômcs du mérite do Gallimaque comme poëte élégiaque, si les Grâces avaient complètement exaucé la prière qu il leur faisait (s] « de répandre leurs parfums sur ses élégies afin de leur donner une fraîcheur éternelle, d Elles ne se sont pas rendues à ses vœux, car ses élégies sont complètement perdues, à lexoeplion de quelques fragments insignifiants qui se montent ensemble à une centaine de vers et qui ne sufiisent pas pour apprécier son talent. Mais nous avons pourtant un moyen de parvenir à ce bat dans la traduction que Catulle a faite d'un célèbre poëme de Gallimaque : j entends son élégie sur la chevelure de Bérénice. Cette pn'ooesse , sœur et femme de Ptolémée Évergète , avait fait vœu de ooosaa'erses cheveux à Vénus, si le roi, qu elle avait épousé depuis peu de temps, revenait victorieux d'une expédition qu'il entreprenait contre TAssyrie. Les succès de son mari lobligèrent à remplir sa promesse; mais la chevelure, suspendue dans le temple de Vénus, disparut le lendemain même. Ce que le roi supportant avec peine, Conon, le célèbre astronome, pour gagner ses bonnes gr&ces, prétendit ravoir vue parmi les étoiles (s). Callimaque, non moins flatteur, célébra cette métamorphose dans cette élégie, écrite avec grâce et sentiment, oii la chevelure de Bérénice raconte elle-même son glorieux destin. Cependant (qui le croirait?) cette heureuse chevelure témoigne avoir moins de joie de son apothéose qu elle n'éprouve de tourments d'être séparée de la tête de sa maîtresse (4) . Certes, ce dernier trait est d'une flatterie ingénieuse, et le poëme

(4) HoiAT., Epiêt.j lib. II, ep. Il, t. 99, tqq.

(2) El i* cl.yt vïfv, iXé'/ot7t)t svc^r.aaa^c Xtizùaaç

Ei0tj., fragm. XIII, éd. Walck.

(3J Quod factum c»m rex œgro ferret, Conon Mathematicu» (ut antt disimua) rupienë inire gratiam régie, dixU crinem inter aidera videri collocatum.

HiGiN., Poet. Astr., cap. xiiv.

(4] Non hiê tam lœtor relu» quam me abfore êemper,

Abfore me a dominœ vortice discrucior.

Cat. LXVI, ▼. 75, tqq.

est remarquable par la délicatesse qui y règne d'un bout à Fautre. Pourtant ne désirerait-on pas de voir la muse de Gallimaque choisir des sujets plus dignes et plus élevés? Mais c^était lart seul qui la soutenait dans son vol ; elle n avait point les ailes du génie (i).

Indépendamment du recueil de ses élégies, Gallimaque avait encore publié un poëme, comprenant quatre livres au moins, sous le titre de Causes; mais les savants ne s'accordent pas entre eux sur le point de savoir si cet ouvrage, presque entièrement perdu d ailleurs, appartenait au genre épique ou bien au genre élégiaque. Saumaise (s) et Gronove (3) le croyaient de ce dernier genre en se fondant sur lé mètre de différents passages qui nous sont cités. Emesti, dans son édition de Callimaque, crut les réfuter en leur opposant un fragment (4) qui, selon lui, ne pouvait appartenir qu*à une épopée. Il ajoutait encore que c était par erreur que des fragments élégiaques étaient cités comme tirés du poëme des Causes : c'était au recueil des élégies qu ils devaient, selon lui, être rapportés. MaisEmesti a été suffisamment réfuté par Blomfield, qui a fait remarquer que ce fragment sur lequel Ernesti s'appuyait, pouvait , au moyen d'une correction très-légère et même très-probable (5) , être ramené à la forme élégiaque ; et que ce poëme de Gallimaque avait beaucoup de ressemblance avec les Fastes d'Ovide, qui sont écrits sous cette dernière forme. Il est même à supposer, selon ce critique (e), qu'Ovide, dans ses Fastes, a. imité ce poëme de Gallimaque. Ce dernier tentait d'y expliquer la mythologie, comme on peut encore le voir d'après quelques passages qui nous en sont cités (?) . Rien n était

{i ) Batliadeê scmper loto cantabitur orbe ;

Quamvi» ingenio non valet, arte valet,

Otid., Amor.t lib. 1, el. XV, y. 43, iqq.

(2) Ad Solin. Polyhist., p. 601 .

(3) Ad Siephani fragm. de Dodone, p. 34.

(4) Fragm. XIX, p. 178, éd. Blomfield.

(5) V. Blomfiild, ad Coll., p. 475.

(6) V. Callixacb., cd. Blomfield., p. 473.

(7) Cf. Aual. Grœc, Brunck, iom. lU, p. 270.

ToTa. yxp âfi/itv ifr,vxçf ar' où nipoç xvipei tvfitvt

plus obscur que ce |>oëmc, qui était un sujet perpétuel d'exercices pour les commentateurs ( i ] .

11 a été dit plus haut qu il ne nous restait plus aucune élégie de Callimaque. On doit pourtant reconnaître que Blomfield a raison de considérer le poëme sur les Bains de Minerve comme une véritable élégie, et de lavoir séparé des hymnes de ce poëte, au nombre desquels on le comptait (s). Les hymnes, en eflet, étaient presque toujours écrits chez les Grecs dans le mètre héroïque. 11 est vrai que cette pièce est en dialecte dorlen, tandis que le dialecte ionien, comme nous lavons vu, était celui de la poésie élégiaque. Mais £schyle avait déjà donné l'exemple de se départir, pour 1 élégie, de l'usage ordinaire, et Callimaque avait une raison que semble n avoir pas eue Eschyle, puisque cette élégie était adressée aux jeunes filles d*A]^os, ville oii Ion parlait Tidlome dorlen. Cette élégie se recommande par beaucoup de grâce et une noble simplicité de style. Le poëte y a traité en forme de digression laventure de Tirésias, qui perdit la vue pour avoir aperçu Pallas se baignant nue, et à qui la déesse accorda pour consolation le don de prophétie. Cet épisode, qui forme la plus grande partie de ce poëme, est raconté avec beaucoup d animation, et le désespoir de la mère de Tirésias y est surtout dépeint avec des couleurs très-naturelles.

On nous mentionne encore sous des titres particuliers d autres élégies de Callimaque, telles que Cydippé (5), où il chantait lamour d'Acontius pour cette femme, et celle où il célébrait les victoires de Sosibius (4). Mais le plus grand nombre étalent sans doute dans le genre erotique, puisque Ovide (r>) en défendait la lecture à ceux qui voulaient se préserver des atteintes de l'amour.

Ovide a aussi imité de Callimaque ce poëme ennuyeux intitulé Ibis, qu on souhaiterait pour sa gloire qu 11 n eût point écrit. Celui de

(i) Clii. Alix., Strom.y lib. V, p. 57<. — Cf. Martial., lib. X, epigr. IV.

f2) V. Blosfibld., ad Call., p. 133, tqq.

f3J V. Eleg. Callis. fragm., p. 210-230, éd. Walck.

(4) Su9t^9iou, eii o* K.a//i<iaxo« ô T&fvjr^f Iticv^^cov &/r/etaxôv cTre^yj^e. Atbb:i., lib. IV^ tom. 1, p. 204.

(5) Remed. Amor.,y.m9.

Gallimaque qui portait le môme titre, est perdu si complètement que ce n'est que par le poëte latin (i) que Ion sait que c'était une él^e. Ce poëme fut dirigé par Gallimaque contre son ancien disciple Apollonius, qu'il accusait d'ingratitude et qu'il avait désigné sous le nom dlbis, parce que cet oiseau a de sales habitudes (s).

Ovide a prédit que les chants de Gallimaque vivraient à jamais sur toute la terre (s) ; mais cette prédiction a failli être entièrement démentie par le temps, qui, des œuvres de Gallimaque, na guère respecté que cinq hymnes et une cinquantaine d'épigrammes, outre l'élégie sur les Bains de Minerve, Gallimaque lui-même a encore bien moins rencontré quand il promettait l'immortalité aux poésies de son ami Heraclite, qui avait ainsi que lui composé des élégies, et qui est compté par Strabon [a] au nombre des hommes célèbres d'Halicarnasse. Voici l'épigramme que Gallimaque composa en l'honneur de cet HéracUte, épigrammc qui nous a été conservée par Diogène Laërce (s), et que l'abbé Souchay (e) traite improprement d élégie :

K La nouvelle de ta mort, Heraclite, a fait couler mes pleurs. Je me suis rappelé combien de fois le soleil s'est couché sur nos entretiens. Peut-être depuis longtemps n'es-tu plus que poussière, hôte d'Halicarnasse; mais tes chants vivent, etPluton, qui ravit tout, ne portera point sur eux sa main. »

Ge morceau ne peut être une élégie, parce que chez les Grecs trois distiques ne suffisaient pas pour former une élégie, dont retendue ordinaire était peureux d'une soixantaine devers. Il est à remarquer que les diminutifs du mot élégie, degidion et elegidarion, bien qu'ayant la forme grecque, n'existent que chez les Latins, et que les Grecs ne les ont jamais connus. Ensuite ils n'avaient pas l'habi-

(1) iVtific, quo Battiadea inimicum devovet Ibin,

Hoc ego devoveo teque tuosque modo.

OviD., Ib., V. 55, sqq.

(2) Spidas, voc. KaXXifiuxoç»

(3) Amor., lib. I, el. XV, v. 13.

(4) Lib. XIV, cap. i, toni. III, p. 200, éd. Tauchn. (5J Lib IX, cap. ii, { M.

(6) Mém, de l'Acad. des inscr., tom VII, p. 352, s({((

tude de finir leurs élégies par une opposition, comme dans la pièce citée : c'est là proprement le caractère de Tépigrammc grecque, Joreqa elle (ut cultivée comme genre particulier. Les éditeurs de Callimaqae en ont jugé autrement que labbé Souchay, et ont placé ce morceau parmi les épigrammes de ce poëte (i) .

Callimaque avait coutume de célébrer dans ses épigrammes les

poètes contemporains : ainsi il en composa une (s) à la louange

d*Aratu8, dont nous avons encore un poëme astronomique sous le

ûtxeàe Phénomènes. Il était né d'Athénodore et deLétophila à Soles,

ville deCilicie (5] . Il étudia la littérature sous Ménécrate d'Éphèse (4) ,

et sy rendit extrêmement habile, au témoignage de Callimaque (s).

Il 8 adonna ensuite à la philosophie sous le stoïcien Persée, dont il

suivit les leçons à Athènes. Ce philosophe, à qui Antigène Gonatas

avait confié la garde de TAcrocorinthe , ayant été mandé par ce

prince, Aratus laccompagna en Macédoine. Ce voyage fut lorigine

de sa fortune. Antigène, qui aimait les belles-lettres et chérissait

surtOQt la poésie, retint Aratus près de lui, comme il le fit pour

beaucoup de littérateurs (e). Ce fut peut-être la lecture qu'Ara tus

lui fit de son hymne en Ihonneur de Pau d'Arcadie (7) qui marqua

le commencement des faveurs qu il reçut de ce roi. 11 vécut dans

une grande intimité avec ce prince, près duquel il termina ses

jours (s).

Le vers mémorable d'Ovide :

. Cum Sole et Luna aemper Aratu» erii (9],

prouve que dans lantiquité même c'était à son poëme sur I astro-

(4) £p. Il, p. 55, éd. Blomfield.

(3) Ep. XXVIII.

f3) Suidas, voc. "/iparoi.

(4) Auct. vitœ Aralied, Buhl. prœfixœ.

(5) Auct, vitœ Arati a Runhkenio editœ.

(6) Auct. vilœ Arati a Pet. Victor, editœ.

(7j *Ei(iV7a.^i\i $k rû ^aeiXsï npûrov fih ainou noiti/Jiu aviyvu rb tU tov Dàvae r/;» *Ap»atiiai. Auct. vit. Ar. a Ruhnk. éd.

(8) SoiDAt, TOC. "hpOLXOi.

(9) Amor,, lib. I, el. XV, v. 16.

nomie qu Aratus doit surtout la grande célébrité dont il jouissait. Mais il avait encore composé d autres poésies dont Buhle, dans son travail sur la Vie et les Écrits d Aratus a donné une liste exacte. Ainsi, ayant perdu son frère, il composa sur sa mort une él^e funèbre ; il en Qt également une sur celle d'un certain Cléombrote(i]. Enfin Macrobe dans ses Saturnales (i) nous parle d'un recueil d'élégies attribué à cet écrivain, dont il rapporte deux vers oii est déploré le sort du malheureux pocte Diotime a qui, perché dans les roches du Gargare, enseignait lalphabet aux enfants de cette ville, ii On serait porté à prendre ces vers pour une simple épigramme ; mais je pense qu'ils sont tirés d'une élégie oii Aratus, qui, étant lui-même grammairien, connaissait les misères de la profession, plaignait la trisle position de ce Diotime, assez bon poëte pour que Méléagre (s) loi ait donné place dans sa Couronne poétique. Il se peut que les élégies funèbres dont on a parlé, et les autres poésies qu'Aratus avait encore composées dans le môme genre, fussent contenues dans le recueil mentionné, et non des morceaux publiés séparément. Mais la pénurie des renseignements (4) doit nous empêcher de donner un avis sur ce point, puisque, à l'exception de ce distique, il ne nous reste rien des poésies élégiaques d'Aratus.

Aratus eut pour contemporain un poëte élégiaque également grammairien et également plus connu par d'autres poésies. Cest Alexandre surnommé lËtolien, parce qu'il était natif de Plcnron, ville d'Ëtolie. De même qu'Aratus, il vécut dans la familiarité d'Antigone Gonatas (r>). Il fleurit dans la cxxv* olympiade, soit vers !280 avant Tère chrétienne. A cela se bornent tous les détails qu'on a sur sa vie, si ce n'est qu'on sait encore (e) que Ptolémée Philadelphe lui confia le soin de restaurer et de mettre en ordre les poètes

(4) S111DA8, /oc. cit.

(2) Arali etiam liber fertur elegion in quo de Dioiimo quodam poita «te ait : AcâÇ« ^làrtfioVf etc. Lib. V, cap. xx, tom. Il, p. 140, éd. Bip.

(3) Anthol., IV, I, ▼. 27.

(4) Cf. BuHL., de Arati vita, ingenio, scriptiSf tom. II. p. 48, éd. Lipi., 1801 . (5j ru. Arai., tom. II, p. 444, éd. Buhl.

(6) Ckahxr , Anccd. Par.^ vol. l, p. 6.

tragiques et les auteurs de draoïes satiriques ; ce qui fait conjecturer qoe Ptolémée lavait appelé à Alexandrie pour lui donner un emploi dans la fameuse bibliothèque de cette ville. Point do doute que ce ne soient ses talents pour la poésie dramatique qui lui procurèrent cette chaîne (i).

Alexandre TÉtolien doit surtout sa réputation à ses tragédies, qui loi méritèrent une place dans la pléiade tragique des poètes d'Alexandrie (i). Cependant, à en juger par trois fragments assez étiendus que Parthénius, Macrobe et Athénée nous ont conservés de ses élégies, il n était pas sans mérite dans ce genre. Le premier contient Taventure du vertueux Anthée, qui, sollicité par la femme du roi Phobius chez lequel il se trouvait comme otage, repoussa ses avances. Cette femme, irritée d un afiront sur lequel elle ne comptait pas, dissimula d'abord; puis, feignant un jour d avoir laissé tomber an seau dans un puits, elle pria Anthée de Ten retirer. Le jeune homme, pour son malheur, céda cette fois à son invitation; et, quand il fut au fond, cette femme saisit une meule et la lui lâcha sur la tète. Le malheureux prince resta du coup sur la place, et la reine, pour ne pas lui survivre, termina ses jours par la corde. Cette histoire, que Ton peut appeler tragique si Ton veut, puisqu'elle finit par la mort des deux acteurs, est écrite dans un style très-poli et versifiée agréablement. En considérant que Parthénius (3] nous donne ce morceau comme tiré d'un livre intitulé Apollon, et que Taventure d'Anthée y est racontée en forme de prophétie, on a supposé qu'Alexandre avait donné ce titre à un recueil d'élégies historiques, où Apollon chantait lui-môme les amours futures des hommes les plus fameux (i). Cette supposition est d'autant plus probable qu'Alexandre aimait à donner ainsi à ses recueils d élégies des titres un peu prétentieux. Par exemple, il en publia encore un sous celui de Muses : Macrobe (5) nous en a conservé dix vers où est consignée

(1) Cf. HiiHiK., Anal. Aies,, p. 216.

(2) SVIDAS, TOC. *Ji.Xi^UvâpOi A (T.

(•)) 'ûfxac 'Al^avSpoç i JilxoiXbç jxé/ji'jifi'zxi sv xoiy^e iv '/inàXXoivt x. x. X,

Parthefc., cap. iiv.

(i) Cf. HiiHiK.f Anal. Afex.^ p. 21 9.

(5) Salur/ial.j lib. V, cap. xxii, tom II, p. 1 48, cd. Bip.

laventure de Timothée que le peuple dÉphèso avait engagé pour mille pièces d'or à composer un poëme en Thonneur de Diane. J'ignore dans quelle intention Alexandre a rapporté ce fait, qui na pu arriver qu au bon temps de la poésie et des poètes.

Le troisième morceau est à Thonneur d'Eubœus de Paros, parodiste célèbre qu'Âgathocle avait chassé de Sicile. Peut-être cet Ëubœus avait-il composé des élégies erotiques, dans le genre du second Ëvénus : on peut du moins le conjecturer d après ce qu en dit Alexandre dans ce même fragment (i) « qu'il égala Mimnerne dans les vers qu'il fit pour célébrer ses fureurs amoureuses. )> Il est très* probable que c^ morceau d'Alexandre est tiré du même livre que le précédent , et que ce livre était destiné à célébrer la mémoire des poëtes les plus fameux dans chaque genre (i) .

Nous avons encore des élégies de cet auteur un faible débris (s) qui parait avoir appartenu à une élégie historique. On ne saurait décider si cette élégie entrait dans Tun des deux recueils que nous avons signalés, ou si elle faisait un ouvrage à part.

Si une cinquantaine de vers que nous possédons des élégies d'Alexandre ne suffisent pas pour justifier complètement le titre de poëte excellent que lui donne Macrobo [i) , on peut pourtant dire qu'il ne manque d'aucune des qualités qui rendent un poëte agréable. On voit qu'à l'exemple d'Antimaque et d'Hermésianax , il 8*attacha moins à exprimer ses propres sentiments dans l'élégie qu à l'employer dans un but purement épique. Telle est l'élégie de cette époque ; elle est tout simplement une réduction de 1 épopée ; lélément lyrique qu'on aperçoit, à un degré modéré, dans Tyrtée et dans Callinus, ne s'y fait nullement sentir.

Telle fut encore l'élégie sous la plume d Ératosthène, qui fut compatriote de Callimaque, et reçut, comme lui, les plus grands hon-

(I) .... yktfivép/jLouâ'elçÎTtOi ixpovioiv

7t ut^o/JLGCvtî aùv ïpoiri Tror * rjv ïaoç.

Ap. Atheh., lib. XV, tom. IV, p. 163, éd. Tauchn.

(i) Cf. Heirik., Anal. Alex.^ p. 230.

(3) Ap. Strai., Hb. XII, cap. iv, et lib. XIV, cap. v, tom. III, pp. &5 et 240, éd. Tauchn.

(4) Loc. laud.

mSTOIRS DE LA POÉSIE ÉLÉ6IAQUE CHEZ LES GRECS. 357

neurs des rois dÉgypte (i) . De même que Callimaque encore, il était à la fois grammairien et poëte, et il cultivait en outre la philosophie et les mathématiques. Il naquit dans la cxxvi" olympiade, c est-à-dira vers 275 avant notre ère. Après avoir suivi les leçons des grammairieDS Lysanias et Callimaque et du philosophe Ariston, il enseigna d'abord à Athènes jusqu'à ce que Ptolémée III le fit venir en Egypte, où il prolongea sa carrière jusque sous le règne de Ptolémée Y. Il moarut à l'Age de quatre-vingts ans, après s'être abstenu de tout aliment, k cause du chagrin que lui causait la perte de ses yeux (3). Nous ne parlerons pas ici de sa prétendue élégie sur la duplication du cube, parce que c est proprement une épigramme (quoiqu'elle en dépasse un peu les bornes ordinaires), et qu'il est facile de voir, en lisant cette pièce, quelle était destinée à servir d'inscription (s). S'il a plu à Eutocius, qui la rapporte (4), de la qualifier d'élégie, un géomètre n'était pas obligé d'apprécier la différence entre ces deux genres de poésie. D'ailleurs Terreur peut être mise sur le compte des copistes qui auront substitué kXtytiet à i^cyciov, qui est souvent synonyme d'Hù^potfifM. Ëratosthène a un titre bien plus réel pour figurer dans ce travail par son élégie intitulée Érigone, dont Longin fait l'éloge, et qui, sauf quelques vers, est complètement perdue pour nous. C'était une espèce de poëme épique, dont on nous rapporte comme suit le sujet :

Un certain Icarius, Athénien de naissance, avait une fille du nom d'Ërigone. Cet Icarius accorda un jour l'hospitalité à Bacchus. Celui-ci, en retour, lui fit connaître le vin et le cep de la vigne. Par 1 ordre du dieu , Icarius se mit à parcourir la terre , en montrant partout ce bienfait. Un chien, que sa fille avait élevé, l'accompagnait. Il lui arriva de faire connaître la nouvelle liqueur à des bergers, dont une partie s'enivrèrent et tombèrent dans un sommeil

(1) Siftii ., lib. XVII, cap. m, tom. III, p. 49, éd. Tauchii.

(2) Suida», toc. 'Epurori^iwiç.

(3) Xiyot ai m âvâsfiu /eûoffwv

roO Kupiivaiou roOr * ^Epscxoo^ivtoç.

Anthol.^ append., op. XXV,

{k) Ad Archimed, de Sphœra et Cyl., p. 2%.

358 QlESTlOiN DE PHILOLOGIE.

profond ; les autres, croyant leurs compagnons empoisonnés, tuèrent Icarius; mais ils reconnurent bientôt leur erreur et leur crime, et s enfuirent au loin. Le chien retourna près d'Erigone et lui annonça par ses hurlements le malheur qui était arrivé : Érigone se pendit de désespoir. Une peste survint à Athènes ; les Athéniens, sur Tordre d'un oracle, accordèrent des honneurs annuels à Icarius et à sa fille, qui furent placés par les dieux au nombre des astres avec leur chien, qui garda son nom, tandis qulcarius fut appelé Bootès et Érigone, la Vierge (i).

C est à ce sujet (qui n aurait pas tenté peut-être un vrai poëte] qu'Ératosthène s attacha pour en tirer une élégie, que Longin (a) a déclarée être un petit poëme où rien n est à reprendre sous aucun rapport. Le critique ajoute cependant qu il lui préfère encore Archiloque, dont les poésies trahissaient, par le désordre de leur disposition, rimpression de ce souffle divin, qu'il est difficile de soumettre à une règle. Longin semble, en jugeant ainsi Y Erigone d'Ëratosthène, avoir prononcé larrôt de toutes les productions poétiques qui sortirent de 1 école alexandrino. Il n y a presque rien à y blâmer sous le rapport de Tart, tant il y règne en maître ; mais on y chercherait vainement une trace de 1 inspiration qui vivifie la Vraie poésie.

Nous ne savons que bien peu de chose sur les Élégies d'Euphorion de Chalcis, en Eubée, qui fut contemporain du précédent, étant né dans la cxxv" olympiade (s). Il eut pour maîtres en philosophie Lacydès et Prytanis , et en poésie Archébule de Théra (4), qui fut lui-même un poëte assez renommé. Il obtint d'abord la faveur de Nicia, femme d'Alexandre, fils de Cratère et roi de File d'Eubée, et fut comblé de richesses par cette princesse. Ce n étaient pas tout à fait les talents poétiques d'Euphorion qui lui atti-

(4) Schol. Hom. IL XXll, v. 29. — Cf. Th. Bbrgk., ÀnaL Alex. Partie. I, p. 6.

De Sublittn, sect, xiiii, p. 4 10, éd. Pearce. (3) SoiDA», TOC. Eùf opiùi'j, — '£y rr, prç* ^OXvfnttàSt, ôrc xai Uv^poç •hrXThdri ûird 'Pôt/caccty. Suidai commet ici une erreur en reculant d'une olympiade la défaite de Pyrrhua, qui arriva on 270 avant J.-C. V. Heinekk, ÀnaL Ales.^ p. 50»

(i) Sfidai, t6fi/.

rèrent les bonnes grâces de la vieille reine , mais une tout autre

circonstance qui fait peu d'honneur à son caractère (i). On a d autant

plus lieu de s'étonner de la passion qu il inspira àNicia, que, d après

le portrait qii on nous en a laissé, il n était guère pourvu de charmes

personnels (t). Euphorion passa ensuite en Syrie, près du grand

Antiochus, qui lui donna la direction de la bibliothèque publique

d*Antioche. On ne nous dit pas à quel âge il alla s établir dans cette

vîUe ; mais comme Antiochus ne commença à régner qu en 224,

fiophorion devait avoir dépassé la cinquantaine. Antiochus était un

pTÎnce ami des lettres et des littérateurs : outre Euphorion, il fît

'vemr à sa cour Simonide de Magnésie, poëte épique, les historiens

'Mnèsiptolème et Hégésianax et beaucoup d autres écrivains encore (s) .

euphorion mourut en ce pays et fut enterré dans la ville d'Apamée,

cm selon quelques-uns à Antioche (i). Le poëte Théodoridas, qui

vivait à la mémo époque (s), semble plus croyable que Suidas, et

dit qa*Euphorion eut son tombeau près des murs du Piréc (c). On

peut encore expliquer cette diversité de sentiments en supposant

que ce monument n était quun cénotaphe élevé en son honneur (7).

Noos savons d ailleurs qu Euphorion avait reçu les droits de citoyen

d*Athènes (s), ce qui nous porte à croire qu'il avait dans cette ville

des amis qui auront voulu honorer sa mémoire.

Les élégies d'Euphorion furent principalement erotiques (9), et consacrées à lexpression d'un sentiment qu'il éprouva toute sa vie(flo). Elles obtinrent beaucoup de succès chez les Romains, puisque

(1) ïlXovaia y pal v'jyKa^tûoetVf 6»^ Eùfopiotv»

Plut.. Je Tianquill. aninii. p. (72 D.

(2) Cf. Suidai, Ioc. cit.

(3) r. SliiiiBKB, Anal. Alex.y p. 40.

(4) Suioit, TOC. Eùf o^cuv.

(5) ¥b. Jacom., ad Anthol. Grœc.^ tom. XIII, p. 949.

(6) Amtkol. Palat., VII, 406.

Cl) SciiiBiDiR, Anal, crit.^ p. 8.

(8) Hblladic», ap. PiOT„p. 532, b, 48, éd. Bekker.

(9) Sbet., ad Virg. Ed. VI, v. 72.

(10) xaf yxp Çw^C cùy cf (/€(.

TaioDOBiD., Ioc, cit. — Cf. Craibs, Anlhol.^ XI, 248.

le célèbre Gallus les imita (i), comme Properce imitait Gallîmaque, on prétend même qu'il ne fit autre chose que les traduire (t). Cette dernière assertion semble pourtant un peu trop absolue : une 8im|de traduction n'aurait pas sans doute donné à Gallus le renom donl il jouit parmi les poètes latins; il vaut mieux croire (s) qu'il se borna à prendre la manière d'Euphorion. Il résulte de tout ce que nous venons de dire que Heyne est bien peu fondé quand il nie qu'Euphorion se soit adonné à lelégie erotique (4). Ce poëte écrivit de plus des élégies funèbres : au moins en trouvons-nous mentionnée une qu'il composa sur la mort d'un astronome, nommé Protagoras, qui parait avoir été son contemporain (s).

Euphorion avait à Rome des partisans si prévenus en sa bvear que Cicéron (e) se plaint de les voir mépriser Ennius, le vieux pocte indigène, pour Tobjet de leur admiration. Cette vogue ne diminua pas après Cicéron, car nous voyons (7) qu Euphorion était, avec Rhianus et Parthénius, le modèle que se proposait le Saroadie Tibère dans la composition de ses poésies grecques. Il dut sans doute ce succès flatteur autant à ses nombreux poëmes épiques qu i ses élégies; mais il se peut aussi que le reproche d'obscurité qui lui est adressé par Cicéron (k) tombât à la fois sur ces deux genres de poésie. Il avait même poussé ce défaut à un tel point que ses ouvrages donnaient aux grammairiens autant de peine pour leur explication que les Causes de Callimaque ou la Cassandrede Lyoophon (0) , ce qui n'est pas peu dire. Il lui est arrivé parfois aussi

(1) Dioaio., p. 433, pott Hbpi., éd. Gaisf.

(i) fê (C. GiLiut) transiulit Euphononem in Latinum,

DOUAT., Virgil, Vit,^ cap. &.

(3) Euphorion, elegiarum êcriplor cujuê in êcribendo colorem secniu»

e»80 videlur Cornélius Gallus, Piob., ad Virg, Ed., X, ▼. BO.

(f) Ubthk, Exc. ad Virg. Bucol.^p. 20.

(5) DiOG. Labit., lib. IX, cap. viii, { 56.

(0) Tusc, lib. m, cap. xu, { 45

(1) SuBTon. Tib. Vit.^ cap. ixx.

(8) /lie ver o nimis eiiam obscur us Euphorion,

De Div., lib. II, cap. uiv, { 132.

(9) Clbi. AiBX., Sirom.f lib. V, p. 571 C, éd. Sylb.

mSTOIKB DE LA POÉSIE ÉLÉGIAQIE CHEZ LES GRECS. 361

de manquer à toute vraisemblance (i), et dous savons en outre

fQ'il aimait à s^étendre sur des sujets qu'un grand poëte aurait seu-

fement touchés en passant, a Homère, quoique poëte, ne fait, dit

lacicD (s] , qu effleurer les supplices de Tantale, dlxion et de Tityus.

Mais si Parthénius, ou Euphorion, ou Callimaque eût été à sa place,

combien de vers, croyez-vous, aurait-il mis pour amener leau

jusqu'aux lèvres de Tantale? En combien de \ers eût-il fait tourner

Ixion sur sa roue? D On a peine à comprendre comment Euphorion,

avec tous ces défauts, a pu exciter un pareil enthousiasme : il faut

qu*il les ait rachetés par des qualités que, vu la perte de ses œuvres,

lions ne pouvons plus apprécier.

Lie même Théodoridas, qui fit lepitaphe d'Euphorion, en composa encore une pour un autre poëte élégiaque, Mnasalcas de Platées, canton de Sicyonie (s); seulement, tandis qu'il loue Euphorion de sa grande habileté en poésie, il fait à ce dernier le reproche que sa iDnse n était qu un lambeau de celle de Simonide, et n avait en partage qu un son vain et une diction ampoulée [a) . Cette épitaphe était p^xit-étre dictée à Théodoridas par la jalousie ou tout autre bas sentiment; car si Ton doit juger des élégies de Mnasalcas, compléûi^nt perdues aujourd'hui, par les vingt épigrammes que nous avons de lai (ces deux genres étaient souvent cultivés par le même poëte) , on ne peut que penser du bien des premières : ces épigrammes sont, en effet, au nombre des meilleures de TÂnthologic. C est sans doute par distraction queFr. Jacobs (s) dit que Théodoridas faisait ici Féloge de Mnasalcas : les termes de celte épitaphe sont entièrement oppo-

(f) Paviah., Phoc.f cap. xivii, $ub fin.

{i) Quomodo Hiatoria ait conacribenda, cap. lvii.

(•3) STB.AB., lib. IX, cap. ii, tom. II, p. 286, éd. Tauchn.

x& * ÂsyttonotSi* à Mdiffa i*aùr& r&i It/iuviâo. nXirt^ç

xevâ T< y.Xayyx ytà.ntXax.\j^i(Trpix x. t. X.

Anthol.,XHh'i\.

(5) Quutn V0ro Mnaaalcœ obitua e#L4UDBs a Theodorida comme mor en tur.

Ad Anth, GrœCj tom. XIII, p. 919.

3G2 QUESTION DB PHILOLOGIB.

SCS à ce que dit ce philologue. On peut, semble-t-il, conclure de cette animosité que Mnasalcas, dont aucun témoignage no vient au juste fixer 1 époque, devait être à peu près contemporain de 80 critique, et, |)ar conséquent, aussi d'Euphorion.

Nous devons aussi compter Nicandre, le poète médecin, par les élégiaques a cause de son ouvrage intitulé Métamorpfioses (i). en juger par les fragments qui nous en restent, c'était un recueil fables écrites, les unes en vers hexamètres, les autres en disti élégiaques (î). Nous avons vu qu'Antimaque, Hermésianax et coup d autres avaient traité 1 élégie d'une manière presque entier ment historique. Ce fut probablement ainsi que Nicandre l'empl dans cet ouvrage à narrer des fables, dont Ëlien (s] nous a conse neuf ou dix vers.

Ce doit être dans le h° siècle avant notre ère, quand les Romain puissants déjà, commencèrent à remplir la Grèce de leur nom et leurs armes, qu ont probablement vécu les poëtes élégiaques sui vants, dont on connaît fort peu de chose. C'est d'abord Âgathyll d'Arcadie, dont Denys d'Halicarnasse (4) nous cite quelques vers o9 est rapportée l'arrivée d'Enée enltahe; cet historien est, je crois,! seul écrivain qui cite Agathyllus. Nous avons encore un Simylus ^ qui, poussant trop loin la hcence poétique, confond les Sabins avec^ les Celtes, et dont Plularque, dans la Vie de Romtdus (n), relève la bévue à cet égard. Il y a enfin un certain Butas (c'est l'expression même de Plutarque (e) ; elle ne prouve pas beaucoup en faveur de la célébrité de ce poëte) qui avait écrit les Causes de Thistoire romaine, poëme où il expliquait l'origine des diverses coutumes qui existaient parmi les Romains. Ce genre de poésie, dont Callimaque l'un des premiers avait donné l'exemple, ne fut pas inconnu des

(f) 'Ercpocoû/xeva,

(i) V. NiciHDti fragmenta in poet, didact. Crac, p. 161. Paris, Didot, 48i6.

{^) ffist. Ànim.y lib. X, cap. xiix, et lib. XVI, xxvin.

(V) Antiq. Rom., lib. 1, cap. xiix.

(5) Cap. XTti.

(6) Boûraç Sixiit oLiridi uu^btitiç sv ^EXiysioti nepi tmv 'P<u/<acxûv aysypi^oiv.

Romuli Fita, cap. th.

Romains, comme le témoignent les Fastes d'Ovide et le quatrième livre de Properce, oii dans plusieurs élégies ce dernier poëte retrace avec tant de charme les commencements de la ville éternelle. Je ne me permettrai pas de décider si Properce, en les écrivant, avait pris pour modèle lun ou lautre de ces poètes ; il n y a point d auto^ lité suffisante pour éclaircir ce point; mais remarquez que lui-môme indique (i) qu'il emploie 1 élégie tout à fait comme Butas. Ce dernier, d'ailleurs, était connu des écrivains latins, comme le prouve la citation cjuen fait Ârnobe (2).

Désormais, Ihistoire de la poésie élégiaque chez les Grecs se

réduit presque entièrement à une nomenclature de noms ; encore

es\--on souvent embarrassé pour les placer dans Tordre convenable,

VàXiK la plupart sont restés obscurs pour nous. Ainsi nous ne savons

n^nde Phédime, poëte élégiaque, sinon qu il était de Bisanthe, ville

de Macédoine (5], et que Méléagre lavait fait entrer dans son

recueil (4). Ainsi Diogène Laërce, dans les listes d'homonymes qui

se trouvent à la Gn de ses biographies, nomme trois poètes élé-

giaques qui, sans lui, nous seraient restés complètement inconnus.

Cest un Garnéade, auquel il reproche la froideur qui régnait dans

ses élégies (5]: un Arcésilas, quil se contente de nommer (g); un

Xénocrate, philosophe autre que le disciple de Platon, et qui ne

réussit pas non plus dans lelégie (7). Le bon Diogène fait, au sujet

de ce dernier, la remarque que les poètes réussissent assez bien

quand ils écrivent en prose, tandis *que les prosateurs échouent

quand ils s avisent de poétiser; tant il est vrai, ajoute-t-il, que les

premiers sont l'œuvre de la nature, les seconds, celui de l'art. On est

bien tenté, en lisant et sa prose et ses vers, de dire qu'il doit peu de

chose lui-même à Fart et à la nature. Diogène ne détermine pas

( 1 ) IVunc Joviê incipiam causas aperire Feretri,

Lib. IV, cl. X, ?. 1.

(3) Sic iuis êcribit in Cauialibu» Butiia. Lib. Y. p. 168.

(3) Sitra. Btz ,toc. Bcvâv^»}.

(4) AntkoL, IV, I, ▼. 51 , sq.

(5) Lib. IV, cap. XI. { 66.

(6) Lib. IV, cap. VI, î 45.

(") Lib. IV, cap. ii, J 15.

1 époque à laquelle ont vécu ces personnages ; mais comme il parait avoir tiré les listes dont nous parlons d'un écrivain qu'il cite trèssouvent, Démétrius de Magnésie, auteur d'un dictionnaire des poètes et des prosateurs homonymes, il faut qu'ils soient plus anciens que cet écrivain, déjà cité par Denys d'Halicarnasse (i). Quant à Phédime, il doit être antérieur à Méléagre, qui (lorissait sous le dernier Séleucus, un siècle environ avant notre ère (3).

Enfin, si nous ajoutons Boéthus, c'est uniquement sur la foi do lemme de la seule épigramme qu il nous ait laissée, lemme oii il est appelé poëte élégiaque (3). C'est peut-être le même homme que ce Boéthus de Tarse , que Strabon (a) dit avoir été à la fois mauvais poëte et mauvais citoyen. Il dut sa fortune à Antoine, à qui il avait présenté un poëme sur la bataille de Philippes, et qui, en récompense , réleva à la dignité de gymnasiarque dans sa ville natale (s) . Dans répigramme dont j ai parlé , il célèbre le talent du bmeux danseur Pylade avec une adulation qui ne fait que trop bien voir le triste r61e que la poésie grecque jouait à cette époque. Quant à ses élégies, nous n'en connaissons absolument rien.

Le seul poëte élégiaque qui jette encore un peu d'éclat sur un genre prêt à s'éteindre est Parthénius de Nicée. Il fut fait prisonnier, ditnon, par Ginna, dans la guerre où les Romains renversèrent Mithridate, et fut ensuite mis en liberté à cause de son savoir (s). Mais quant à Ginna, cette assertion est très-sujette à caution, car ce général périt à Ancône en l'an 83 avant notre ère (7], tandis qae Nicée ne fut prise qu'en 72 par Barba, lieutenant de Lucullus(s). Il se lia avec Gornélius Gallus, poëte élégiaque latin, auquel il dédia un petit ouvrage, qui nous est resté sous le titre à Aventures damaur et

(1) De Dinarchojudic.^ tom. V, opp. p. 333, éd. Tauchn. (?) Fi. Jacois., ad Anthol, Gr.y tom. IX, p. 40.

(3) Bcr/i^o\j ToD iXtyetoypifov, AnthoL Gr., IX, $48.

(4) Lib XIV, cap. v, tom. II, p. 229, éd. Taucha.

(5) SriAi^ loc. laud.

(G) SoiDAS, voc. Wup^inoç *ÏLpaiv.\iiio\>, (*) Vell. Patiicctl., lib. II, cap. xii?. (8) Affian., BtU. Milhrid,f cap. iiitii.

^i se compose d'histoires tirées de différents auteurs. Il enseigna la

'^ttératore grecque à Virgile (i), qui rendit plus tard hommage à la

Po^ede son maître, en l'imitant comme il imitait Homère, Hésiode,

Apollonius, Callimaque et Théocrite (i); on prétend même que le

petit poëme intitulé Moretum , qui se trouve dans les œuvres de

v^w^jgilei a été composé par ce dernier d'après Parthénius (s). Rien

(ju^^ cette circonstance suffirait pour nous faire regretter les poésies

àe JE^arthénius, qui sont perdues à quelques lambeaux près.

•Xz^ous n'avons guère que ce peu de détails sur la vie de ce poëte. CTnr ""^ -t par une erreur évidente que Suidas (4] le fait vivre jusqu'au rè^^Mse de Tibère, puisqu'il y a un intervalle de près de quatrevû^ l^ts ans entre la mort de Mithridate et Tavénement de cet empe^ r^^^stY. On peut seulement inférer de cette indication, qui n'est pas à ligner, que Tibère, avant de parvenir au trône, avait peutlié connaissance avec Parthénius, dont il estimait beaucoup la ne (5).

Parthénius composa des poëmes en divers genres, mais il excella s^i&rtout dans Télégie, tant funèbre qu'erotique. Ainsi il écrivit un fK^me élégiaque sur la mort de sa femme Arété, à laquelle il avait trouvé assez de qualités pour composer encore un poëme en trois /ivres à sa louange (ô). Suivant une conjecture très-plausible, ces deux poëmes n*en faisaient qu'un seul : en effet, le scoliaste de Pindare (7) ne connaît sous ce titre qu'un poëme de Parthénius, et Ton n'a qu'à ponctuer d'une manière un peu différente le texte de Suidas pour mettre d'accord ces deux autorités (s). Il n'est pas hors de propos de faire remarquer ici que le nombre de livres de l'Ar^fc de Parthénius est précisément le même que celui de la Léontium

(I) Maceob., S)a/ttrfia/., lib. V, cap. xvii.

(I) A. Gbll., yVoc/. AU.yhh.W, cap. t\, J 3; cf. lib. XIU, cap. xivi, { 2, et Hictoi., lac. laud,

(3) VoM., dé Poêi. Grœc,^ p. '70.

(4) Kai^cérccvc fiixpi Ti^ipio\j to'j KoLi-suiçoi. SuiD\t, loc. cit.

(5) Cf. Mbisbkb, i4ntt/. ^/cx., p. 257.

(6) Suidai, ibid.

(7) Ad hthm. Il, ▼. OJ.

(8) Cf. Hbiiibbb, Anal. Alex,, p. 2')9, »([.

(l'Hermésianax et de la Lydc d'Antimaque. On peut croire aussi que Parthénius, en écrivant cette élégie, avait en vue d'imiter ces deux poètes.

On nous mentionne encore des élégies de Parthénius sur Auxithémis et Archélaïs, femmes dont nous ne connaissons que les noms (i). On nous parle aussi de ses élégies à Vénus (s), ainsi que d'une élégie intitulée Bios (3), quil parait avoir composée pour déplorer le sort d'un ami tué à la guerre (i). Une autre nous est encore citée sous le titre de Crinagoras : un critique, dont le nom fait ici autorité (s), suppose avec assez de fondement que Parthénius y célébrait le poète de Mitylène qui porte ce nom. Nous n avons pas de données suffisantes pour asseoir môme une conjecture sur le sujet de deux autres élégies, dont Tune était intitulée Délos (e), et lautre les Leucadiennes (7). Quant au poëme où Parthénius célébrait les exploits d'Hercule, il est assez douteux qu il ait appartenu au genre élégiaque (b). De toutes les élégies de Parthénius, il ne nous reste guère avec les titres que des fragments insignifiants.

A l'estime que, comme nous l'avons vu, Virgile fit de ce poète, viennent s'ajouter des preuves non équivoques du succès qu'il obtint. C'était Parthénius, avec Rhianus et Euphorion, que Tibère imitait dans la composition de ses poésies grecques ; et il chérissait tellement ces trois écrivains, qu'il fit placer leurs ouvrages et leurs portraits dans les bibliothèques publiques entre les écrivains anciens et renommés (9).- Pollien, poëte élégiaque lui-même, lui rend ce témoignage glorieux (lo] qu'on n'aurait pu lui piller ses vers, pas plus

(K) S1EP0. Bti., voc. TaÀÀi^acoy, et Heph., Etichir., p. 10, éd. Gaisford. (?) Suibis, /oc. cit.-, SrEPH Btz., \oc. 'Axa/Aayrcov.

(3) CmozKOBMc, BehkeriAnecd., p. 4 383, et .9cAo/. Venct. Hox. //tW., IX, V&6.

(4) Heihekb, Anal, Ahx.^ p. 962, sq.

(5) U.ibid.,^. 46.

(6) Stbpd. Bïz., ^occ. "ûyevoî, BcÀvj^ôvtot et TpuvoL

(7) Id., voc. l^Yiplat.

(8) Cf. Meireke, Atial. Alex., pp. 259 et 278; et Bach., de Lug. Grœc. eleg.^ pp. 30 et 34.

(9) SuBroR., Tib. Vil.^ cap. 78.

(^0) ouiïv «xw yitp

Anthol Grœc, IX, 130.

c^%i'à Callimaque, à la hauteur duquel il le place par ce jugement.

Ceri€s, il est honorable pour PartHénius d être mis ainsi à côté de celui que Quintilien a proclamé le premier des poètes élégiaques. Mais un autre rapprochement, qui lui est beaucoup moins avanta- ^ux,est celui quen fait Artémidore(i) : cet écrivain, qui pourtant nètaitpas difficile sur ce point, dit que les élégies de Parthénius renfermaient, comme la Cassandrede Tobscur Lycophron, des histoires étranges et incroyables. On voit que Parthénius , comme Alexandre TEtolien, n*a guère envisagé 1 élégie que comme un conte versifié avec agrément. G est ce qui résulte d ailleurs de la lettre qu il a éciiie àGallus et qui sert de préface à son recueil d'histoires erotiques : f( Vous pourrez faire, lui dit-il, des poëmes épiques ou des élégies de celles qui vous conviendront le mieux [i) . » C'est ce mémo point de vue qui la engagé à écrire sous forme d élégie les Métamorphoses qu'on lui attribue [A, En fait, ces Métamorphoses ne différaient pas de lèlégie telle que la concevait Parthénius. Quand j avance que le poëmedont je parle était écrit dans le mètre élégiaque, cest quon ne peut rapporter à aucun autre ouvrage le fragment élégiaque cil Parthénius raconte le destin d une jeune fille qui devint amoureuse du Cydnus et que Vénus changea en fontaine pour Punir à ce fleuve (4] .

Je joins ici à Parthénius de Nicéc un poëte élégiaque qui portait le même nom que lui, mais qui était d'une autre ville de TAsie Mineure. Cest Parthénius de Phocée, qui vécut probablement sous le règne d Adrien et qui professait en même temps la littérature (5). Nous ne connaissons ses élégies que par la mention qu en fait le poëte Erycius (e), qui s exprime ainsi sur son compte : a Bien qu'il gise sous terre, néanmoins versez encore de la poix bouillante sur

(1) OsuRocftiT., lib. IV, cap. 65.

(2) Saura ti itiptarsct tïq sttvj xai iXv/iiaç xvxyttv xU 'xiMiTOL ï^ aùrcâv ip/xô^ia. P. I , éd. HtTivB.

Page 1