NOTIGB BIOGRAPHIQUE SUR M. LE PROFESSEUR RUTH
gence, par sa conduite toujours honorable , qu'il est arrivé aux positions importantes qu'il a successivement occupées.
Et ces positions, jamais il n a cherché à y arriver par des sollicitations. Il les a acceptées quand elles lui furent offertes.
Ce qui prédominait chez Ruth, c était le sentiment du devoir, u J'ai « connu peu d'hommes chez qui ce sentiment eût plus d empire. « Etudiant, magistrat, professeur, il fallait que la tâche du jour fût a remplie ; jusque-là il ne s'appartenait pas. » Ainsi s exprime, dans \ine lettre récente, écrite à l'occasion de la mort de Ruth, son ancien camarade de chambre , aujourd'hui ministre de Belgique à la cour <le Berlin.
Dans la vie privée comme dans la vie publique, ce sentiment du devoir a été la règle invariable de la conduite de Ruth.
Dans la vie privée : a Je n'ai jamais connu, » écrivait naguère un autre compatriote de Ruth, qui avait toujours vécu dans son intimité, « je n'ai jamais connu d'homme plus honnête, plus loyal, plus sévère, a C'était une âme romaine (i). »
Dans la vie publique :
Magistrat, il remplit, dans les circonstances les plus critiques, des fonctions qui, même en temps de calme, sont pleines de difficultés; et daûs l'accomplissement de ces fonctions, il se montre si juste dans l'énergie qu'il déploie, que ses ennemis politiques eux-mêmes sont forcés de ^incliner devant son impartialité ;
Professeur, ses collègues gardent le souvenir des relations agréables qu'ils ont eues avec hii. Quant à ses leçons , elles sont encore trop présentes à la mémoire des élèves, pour que j'aie besoin de m'y arrêter. Nourri par de longues études, qui l'avaient initié à toutes les difficultés du droit civil, son esprit se renfermait avec peine dans les limites des éléments de la science. Ses élèves avaient quelque peine à suivre , dans le principe , ses raisonnements , peut-être un peu serrés pour des commençants. Mais insensiblement ils se faisaient à cette méthode, et ils finissaient par apprécier, comme il devait l'être, le travail pénible qui avait dû précéder ces leçons, si brèves à la fois et si substantielles.
(4 j Elirait d'une lettre de H. Koch, greffier du tribunal d'Arlon.
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DISCOURS
Fr«B«Beé par M. BORGIVBT, rectenr de l^oBlTersUé de lilése^ à la réonvertare des coara de eclle anlTerallé.
Messieurs ,
La Belgique est restée calme au milieu Je la tempête qui naguère a bouleversé l'Europe . Pendant que tout s'écroulait autour délie, ses institutions n ont éprouvé aucun dommage. Elle a traversé avec bonheur une époque orageuse ; ce sera sa gloire un jour d avoir su discerner ce qu il y a d exagéré ou de faux dans les systèmes des réformateurs modernes, et de ny avoir pris que des idées utiles et réalisables.
Si, en 1 848, notre pays avait cédé à la tourmente révolutionnaire, il eût condamné lui-même ce qu'il avait fait en 1 830, et ses erreurs eussent fourni des armes puissantes aux défenseurs de l'absolutisme. En maintenant ses institutions intactes, il a prouvé que Tordre est compatible avec la liberté, et raffermi en Europe l'existence de la monarchie constitutionnelle. N'en doutons pas, la postérité lui tiendra compte de son attitude, comme d'un service immense rendu à la cause de la civilisation ; l'approbation do tous les hommes sages, dans les pays voisins, nous en est un sûr garant.
On a fait honneur de ce résultat au bon sens et à lesprit pratique de nos populations, qualités qui forment bien, en effet, le fond du caractère belge. Félicitons-nous de les posséder. Si elles ne jettent pas cet éclat qui s'allache d'ordinaire à des dons plus brillants de l'esprit, elles ne compromettent pas le sort des générations futures, et ne sont jamais pour elles un objet de malédictions; car
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elles De servent qu a leur assurer le repos et la tranquillité, conditions essentielles du progrès moral de rbomme.
Mais ces qualités ne sont-elles qu*un bénéfice de notre position? Faut-il, avec quelques philosophes, réduire à une question de climat laptitude et les destinées intellectuelles d'un peuple? Faut-il parquer les nations par zones , admettre que la latitude d un pays détermine d*une manière fatale et invariable le caractère de ses habitants et la forme de gouvernement qui leur convient?
L'influence du climat est assurément incontestable. Elle ne va pas, néanmoins, jusqu'à neutraliser lactivité et les facultés essentiellement perfectibles de Thomme.L autorité de 1 éducation n'est pas moindre; elle augmente les dispositions naturelles, corrige ce qu'elles ont de vicieux ou de défectueux, et sert à régler la forme des institutions ; celles-ci agissent à leur tour, et leur action sur le caractère national , comme sur les événements qui constituent Thistoire d'un pays , est plus grande qu'on ne le croit communément.
Nous voulons essayer ici l'application de ce principe, en explorant nos annales, en choisissant, parmi les faits dont elles se composent, ceux qui peuvent servir à expliquer l'attitude sage et prudente de la^^ g^ Belgique actuelle. Si Tétude de l'histoire ne présentait d'autre avan — ^^ tage que celui d'exercer la mémoire ou de satisfaire la curiosité eelle ne dédommagerait pas de la perte du temps qu'elle absorbe. Te n en est pas l'objet. Ce qu'il faut y chercher, ce sont les enseign ments dont elle abonde ; c'est le moyen d'utiliser l'expérience des temps passés , et d'épai^ner au temps présent des fautes et des erreurs.
De ce que notre pays, en 1 830, avait mis à profit le mouvement français pour faire sa révolution, quelques-uns concluaienl à la probabilité d'un nouveau bouleversement en 1 848 ; dans un événement auquel avait présidé une pensée éminemment nationale, ils ne découvraient qu'un sentiment d'imitation servile. Notre allure indépendante, dans ces derniers temps, leur parut donc une choquante inconséquence.
Ainsi procèdent toujours les observateurs superficiels. Pour eux, un résultat ne s'explique que par des causes immédiates, et devient
incompréhensible, s'il faut en rechercher l'interprétation en dehors des faits contemporains. Voyons donc si l'impassibilité de la Belgique, en présence des changements récents que la France a subis, ne prend pas sa source dans la différence des mœurs politiques que chacun de ces deux pays doit aux institutions et aux traditions du passé.
Cette différence nous semble résulter de deux grands faits , qui ont entre eux des rapports intimes, et ne peuvent être exposés sans certains développements : la formation de Tidée nationale chez Tun et lautre peuple ; Faction qu'elle a exercée sur les institutions locales.
Le spectacle que présenta l'Europe à lepoque du démembrement de l'empire franc est connu. Le principe aristocratique prévalut partout, et s'empara de la société sous le nom de système féodal. Le territoire se divisa à l'infini, et quiconque en possédait une parcelle obtint, non une parcelle de souveraineté, mais une souveraineté complète sur tous ceux qui habitaient ce qu'il appela son fief. Nul pouvoir supérieur pour veiller au maintien de l'ordre, pour unir entre eux les seigneurs féodaux. La suzeraineté? Un mot vide de sens. Partout l'isolement, partout l'anarchie et la violence.
Une telle situation était trop opposée à la fin première de l'homme, à ses dispositions naturelles, à son immense avenir de perfectibilité, pour durer longtemps, et de bonne heure se manifesta une tendance à réduire le nombre de ces petits souverains.
En France, dès la fin du x"* siècle, s'étaient formés, sous le nom de grands ^fs, sept ou huit Etats dont les chefs s arrogèrent certaine autorité sur les fiefs moins étendus. Un de ces chefs avait pris le nom de roi, usurpation qui n'inspira aucun ombrage aux autres, tant leur indépendance semblait assurée. Mais ce roi nominal , possesseur du duché de France, le fief le mieux situé pour s'étendre, comprit sa position et sut en profiter.
L'histoire de la monarchie française ne commence qu'avec Louis le Gros, monarque dont l'adresse égalait l'activité. 11 avait affaire à deux principes rivaux : le principe aristocratique, personnifié dans tous les feudataires grands et petits; le principe démocratique,
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représenté par les communes qui cherchaient à s'organiser. S'attaquer simuhanément à tous deux, c'était les engager à s'unir contre lui. Il rechercha donc l'amitié des bourgeois, leur prêta son appui, les entraîna dans son alliance, et cette politique, suivie par ses successeurs aussi longtemps que les intérêts de la royauté Texigèreat, lui peruiit de tourner toutes ses forces contre l'aristocratie.
Louis le Gros s'était attache à affermir son pouvoir au sein uiéme du fief capétien, à imposer sa supériorité à ses vassaux immédiats; Philippe-Auguste continua au dehors, sur ceux qui se disaient ses pairs , le travail de centralisation si heureusement commencé par son aïeul. Les agrandissements considérables de territoire , obtenus sous le règne de ce prince , furent encore augmentés par saint Louis, dont les vertus fondèrent la supériorité morale de la royauté. L'œuvre de l'unité territoriale avait fait de tels progrès, qu'à la fin du xni** siècle, le successeur de Hugues Capet régnait sur la plus grande partie de la France, en comprenant sous ce nom la partie de la Gaule que le traité de Verdun avait attribuée à Charles le Chauve. Il existait encore des souverains féodaux, mais leur complète soumission n'était plus qu'une question de temps.
Une période d'épreuves s'ouvrit à l'avénemeul de Philippe de Valois. Les successeurs de Guillaume le Conquérant tinrent un siècle entier la royauté française en échec ; mais elle finit par surmonter encore cet obstacle, et les désastres mêmes de cette lutte mémorable lui profitèrent, en amenant l'extinction d'un grand nombre de familles aristocratiques.
Toute entrave à sa marche ascendante semblait avoir disparu, quand aux seigneurs féodaux succédèrent les princes apanagistes. Ce furent autant de dynasties provinciales, dont les rivalités ou l'opposition déterminèrent de fréquentes guerres civiles ; domptées sous Louis XI, elles reparurent au temps de la Ligue et cherchèrent h dominer la royauté.
Le développement de l'idée monarchique en France doit nécessairement avoir répondu à un besoin social, pour n'avoir été arrêté ni par les guerres avec F Angleterre, ni par les troubles de la Réforme.
DISCOIRS PRONONCÉ PAR M. BORGNET. 673
Le règne de Henri IV vil surgir encore une tentative, pour ressusciter la noblesse féodale avec ses gouvernements héréditaires; mais elle fut comprimée, et les derniers efforts de l'aristocratie expirèrent bientôt après sous la main puissante de Richelieu. La féodalité était abattue avec le principe qui en avait été Tàme. Elle avait eu pour effet de décomposer le territoire et de disséminer le pouvoir souverain ; la réaction qui vint ensuite recomposa le territoire et unifia la souveraineté. Cette double centralisation suivit une marche parallèle, et le triomphe de Tune assura le triomphe de Tautre. Le principe monarchique, en possession de la prépondérance , était entraîné vers l'autorité absolue par l'absence de contre-poids.
En effet, il avait aussi vaincu le principe démocratique. Les Capétiens s'étaient servis des communes contre la noblesse. Plus tard, quand celle-ci devint moins redoutable, et que le mouvement communal , au contraire , menaça de prendre des proportions dangereuses peureux, ils se tournèrent contre leur allié, et parvinrent même à obtenir l'appui de Tarislocratie, dont ils exploitèrent les terreurs et les rancunes.
La lutte ne fut ni longue ni dangereuse. Il n'y avait pas là (nous en dirons bientôt la cause] les éléments de résistance que possédaient' les communes belges. Moins de deux siècles après l'époque où commence le rôle actif de la royauté, les communes en France ont cessé d'exister comme un pouvoir sérieux. A dater de la fin du xin" siècle, cinquante ans environ avant l'époque ou chez nous apparaît Jacques Van Artevelde, elles ne sont plus qu'un moyen d'administration, soumis à des règles générales et dépourvu de caractère politique.
A tous égards, la situation' de la Belgique différa de celle dont nous venons de faire le tableau. Après deux tentatives infructueuses pour fonder une dynastie indépendante , le pouvoir central y eut pour représentant le duc de Lotharingie, fantôme d'autorité, qui n'empêcha pas la décomposition territoriale de s'accomplir en Belgique comme en France.
Toutefois , le fractionnement du sol au profil des seigneurs féodaux, et par suite la division de la souveraineté, furent moindres