RÉOUVERTURE DES COURS A L UNIVERSITÉ DE GAND
Les écrits remarquables, les publications plus ou moins nombreuses et les grandes institutions créées en dehors de l'enseignement, sont en quelque sorte le thermomètre de Tétat scientifique ou littéraire d*un pays : examinons d abord quelles furent ces institutions, les circonstances dans lesquelles elles furent créées et les services qu elles ont pu rendre.
Dans le but de relever la culture des lettres et des sciences , le comte de Cobentzl , ministre plénipotentiaire au gouvernement des Pays-Bas, proposa en 1769 et obtint de limpératrice Marie-Thérèse la création, à Bruxelles, d'une Société littéraire qui, trois ans après, fut érigée en Académie impériale et royale des sciences et belleslettres.
L'Académie chercha avec ardeur à remplir la haute mission qu elle avait rççue. Elle mit au concours des questions d histoire d un grand intérêt pour la Belgique, et des questions de physique qui exigeaient des observations suivies et des connaissances théoriques. Mais les trois premiers concours n amenèrent aucune réponse satisfaisante aux questions de physique ; on fut forcé d'abandonner la théorie de la science , et de ne plus proposer que des questions purement pratiques et relatives à lagriculture. Ces questions avaient sans contredit leur côté utile , mais elles n étaient pas propres à réveiller Tesprit scientifique en Belgique.
Cependant les membres de l'Académie ne restaient pas inactiis, mais leurs recherches n'étaient guère dirigées vers les sciences mathématiques. Boumous et le commandeur de Nieuport sont les seuls académiciens qui s'en occupèrent.
Ainsi , à cette époque , les théories scientifiques étaient entièrement négligées. Mais par cela môme les questions de pratique ne pouvaient être traitées avec succès ; aussi les mémoires couronnés deviennent de plus en plus rares : il n'y en eut que deux dans un espace de sept ans (de 1788 à 1795). Les révolutions qui bouleversèrent l'Europe à la fin du dernier siècle ne permirent plus aux membres de l'Académie de se réunir. Elle avait eu une trop courte existence pour pouvoir relever les sciences de l'état de marasme dans lequel elles se trouvaient en Belgique, et malgré les plus
louables efforts , elle les laissa à peu près ce qu elles étaient un ssiècle auparavant.
Quant aux publications scientifiques , c est à peine s'il en existait eu dehors des Mémoires de l'Académie. Le Journal de chimie et de physique que créa en 1801 le savant et infatigable Van Mons, mais <|u il dut abandonner deux ans après, est le seul ouvrage périodique <|ui put témoigner à Tétranger que quelqu'un, en Belgique, cultivait «ncore les sciences.
Je viens de dérouler à vos yeux le tableau de 1 état déplorable de notre pays, sous le rapport des sciences, à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci. Quelles en étaient les causes? La Belgique était-elle condamnée à ne pouvoir égaler les pays voisins , où le génie scientifique jette un si vif éclat? Non, messieurs, la terre qui a vu naître les Mercator, les Grégoire de Saint- Vincent, les Simon Stévin, n'est pas condamnée à la stérilité I Mais la flamme du génie a besoin d'être nourrie : elle pâlit et s éteint dans Tisolement et au milieu des orages politiques ; pour qu elle grandisse et brille d'une vive lumière, il lui faut des stinmiants, un milieu favorable, et surtout il lui faut l'atmosphère calme de la paix.
Une nouvelle ère s'ouvre pour la Belgique après sa réunion avec la Hollande, et nos provinces commenceront à jouir d'un repos dont elles avaient besoin, ainsi que TEurope entière, après vingt-cinq années de révolutions et de guerres. Le gouvernement des Pays-Bas s'occupa immédiatement à réorganiser l'instruction publique dans ses provinces méridionales. Il institua, dès l'année 1816, les trois universités de Gand , Liège et Louvain , et établit près de chacune délies des cabinets de physique, de minéralogie et d'histoire naturelle, auxquels il assigna des dotations qui les mettaient à môme de se compléter successivement. Dans la nouvelle organisation, la faculté des sciences fut séparée de celle de la philosophie, à laquelle elle était réunie dans l'ancienne université de Louvain.
Les universités que le gouvernement venait de créer conduisirent au but que l'on s'était proposé d'atteindre. Les Facultés étaient à la hauteur de l'état des sciences en France, en Allemagne et en Angleterre. Un grand nombre de jeunes gens fréquentèrent les cours , et