RÉOUVERTURE DES COURS A L UNIVERSITÉ DE GAND
Je ne serai que I organe de tout ce qu'il y a d'hommes éclairés dans le pays , en exprimant ici un sentiment de gratitude envers le secrétaire perpétuel de cette Société , envers M. Quetelet qui, par Tinfluence de son exemple, par la renommée de ses belles recherches et par ses efforts constants, a si puissamment contribué à donner k TÂcadémie un rang honorable parmi les principales sociétés savantes de l'Europe.
Presque tous nos savants (i) oiit consigné les résultats de leurs veilles dans les Mémoires de l'Académie, Il me serait difficile de faire ressortir ici toute l'importance des beaux travaux MM. Timmermans, Pagani, Yerhulst, etc. Je me bornerai à citer quelques-uns des travaux relatifs à la physique, les belles découvertes faites en optique par l'un de nos compatriotes , découvertes qui lui fournirent l'idée de la construction de deux instruments très-connus : Yanorthasoope et \e phenakisiicope. Bientôt après, M. Plateau, en appliquant ses profondes connaissances à d autres recherches, parvint à soustraire une masse liquide à l'action de la pesanteur, et déduisit de là la véritable théorie des veines liquides. Je rappellerai encore une circonstance bien honorable pour notre savant collègue, c'est que l'illustre Faraday a consacré toute une séance de llnstitution royale de Londres au développement des expériences faites par M. Plateau.
L'Agriculture et Tlndustrie , ces deux filles de la Science , ont grandi avec elle ; les expositions que nous avons admirées dans nos murs ont constaté les progrès immenses que nos Flandres ont faits sous ce rapport ; des produits exotiques, arrachés aux contrées lointaines, ont trouvé en Belgique une autre patrie ; des industries nouvelles sont venues s'implanter sur notre sol. Tels sont les fruits que la Belgique a recueillis du mouvement scientifique qui s est développé chez nous.
Grâce à nos institutions et à la protection éclairée de notre gouvernement, les sciences exactes qui , depuis vingt ans, ont fait de si grands progrès en Belgique, continueront de s étendre et de se déve-
(4) HH. Quetelet, Dandelin, Timmermant, Pagani, Pioch, Véne, Pirard, Plateau, Craliay, Verhulit, Kickx (père), Hartent, etc.
lopper. A répoque de la fondation de nos universités, nos propres ressources ne purent nous suffire : aujourdliui , nos jeunes compatriotes sont appelés au loin pour y appliquer les connaissances qu'ils ont puisées dans leur patrie ; naguère encore l'étranger semblait oublier qu'il existât une Belgique : aujourd'hui notre voix s est fait entendre dans toute l'Europe pour proclamer notre réveil et nos succès. En cueillant de nouvelles palmes, nous avons en quelque sorte reconquis tous nos anciens titres de gloire.
G est sur vous, jeunes élèves, qui entrez dans les carrières libérales, que se portent les regards de la patrie : à vous ses sympathies les plus vives, à vous ses préoccupations de tous les instants, à vous ses plus chères espérances, à vous enfin tout son amour de mère. C'est sur vous qu'elle compte pour maintenir et accroître sa gloire. Vous ne serez point ingrats pour tant de soins, et vos succès prouveront de nouveau à l'étranger que si le sol de la Belgique est fécond, Tintelligence de ses enfants sait aussi faire germer les plus hautes conceptions scientifiques.
RAPPORT
11 me reste encore un devoir à remplir, messieurs, c'est de vous faire un rapport succinct sur l'état de notre université.
Les cours ont été fréquentés par 366 élèves, qui se sont répartis de la manière suivante :
77 dans la faculté de philosophie ; 90 — de droit ;
130 — des sciences, dont 53 pour TËcole du génie civil ;
Cl — de médecine.
Depuis la création de l'université de Gand, en 1817, ce nombre li'a été dépassé que pendant deux annérs.
706 RÉOUVERTURE DBS COURS A LUMVERSITE DE GAND.
Si cette situation prospère est de nature à nous causer une vive satisfaction, le corps professoral a, d un autre côté, k déplorer des pertes bien cruelles.
M. Verbeeck, lune de nos gloires chirurgicales et Tun des plus anciens professeurs de la faculté de médecine de luniversité, a succombé , au mois de janvier dernier, à une maladie dont il était déjà atteint depuis longtemps, qu'il savait incurable, et dont il a supporté les douleurs avec courage et résignation.
Bientôt après , au mois de juillet suivant et presque au milieu de nos fêtes, nous avions à déplorer la perte de M. Molitor, professeur ordinaire de la faculté de droit, et également distingué par ses coih naissances profondes et par le talent qu'il possédait de les communiquer : sa perte a été vivement sentie et par ses collègues et par ses élèves.
Enfin, quelques semaines plus tard, la mort est venue nous frapper de nouveau dans la personne de M. Simonis , agrégé à la faculté des sciences et répétiteur à TÉcole du génie civil. Enlevé subitement, il a laissé de vifs regrets et le souvenir d un homme ayant des connaissances étendues dans toutes les parties de l'enseignement qui lui avaient été confiées.
Ecartant ces pénibles souvenirs, je vous entretiendrai un moment des améliorations qui ont été réalisées , soit dans nos collections scientifiques, soit dans renseignement.
Le cabinet de physique, confié aux soins de M. Yalérius, ses ' enrichi, pendant Tannée 1848-1849, de nouveaux instruments o appareils, parmi lesquels nous ferons remarquer une horloge pelai de Witstou, un modèle de télégraphe électrique, et enfin deux appei— reils de M. Plateau pour des applications des impressions de la rétine.
Le cabinet de zoologie, sous la direction de M. le professeur Cantraine, sest accru de quelques pièces remarquables.
Le Jardin des Plantes est toujours digne de son ancienne réputation r.s'il n a pu accroître ses richesses par suite de Tinachèvemeot des serres, grâce au zèle de M. le professeur Kickx, à qui la direction en est confiée, et à l'activité de MM. Donkelaar, il a pu du
moins se maintenir à peu près au niveau où il s était arrêté Tannée dernière. Nous avons iespoir que la ville de Gand, fidèle à ses anciennes traditions de libéralité pour toutes les institutions scien- 'tifiques, fera bientôt disparaître les obstacles qui s opposent à des progrès ultérieurs , en achevant la construction de laile droite des
Le musée phy tologique , formé depuis quelques années au Jardin <les Plantes, se ressent également de TinsufEsance du local actuel. ^ux herbiers do Van Hoorebeke, de Bové, de Linden, qui y étaient déjà déposés , la munificence du gouvernement est venue ajouter, j)6Ddant cet exercice , celui du modeste et consciencieux botaniste he\ge Roucel.
Mous avons également reçu du gouvernement une superbe collection de cryptogames du Brésil, recueillies, dans leur pays natal, par M. le docteur Garolus qui, de sou côté , a bien voulu gratifier Tuni- ^ersité où il a fait ses études d'une belle série de fruits exotiques, de gommes, de résines et d autres objets d origine végétale.
L'administration de la bibliothèque, confiée à M. le professeur de Saint-Génois , a fait paraître , cette année , la première partie du Catalogue méthodique et raisonné des manuscrits; les autres parties de ce catalogue, auxquelles il travaille avec activité, paraîtront successivement.
La faculté de médecine, fortement reconstituée, va s enrichir dun nouveau cours : la clinique des maladies mentales. L'organisation de ce cours , réclamé depuis plusieurs années , avait été constamment ajournée par suite de considérations particulières et de difficultés de divers genres. Je suis heureux de pouvoir vous annoncer que tous les obstacles sont actuellement levés, et que cet enseignement, si important au double point de la vue de la science et de Thumanité, commencera immédiatement.
Jusqu'ici l'insuffisance du local destiné à la clinique des accouchements n'a pas permis au professeur de donner à cette partie essentielle de l'enseignement tout le développement dont elle est susceptible. Cette année, la faculté de médecine et la commission médicale de la province ont unanimement proclame hi nécessité de pourvoir à cette
708 RÉOUVERTURE DES COURS DE l'uNIVERSITB DE GAND/
iacune. Nous avons lieu d espérer que des mesures seront prises pour que la clinique obstétricale, à l'université de Gand, satisfasse entièrement aux véritables besoins de Tinstruction.
L'école normale, destinée à exercer une grande influence sur l'enseignement moyen, a été complètement organisée pendant le courant de l'année. Onze élèves en sont déjà sortis avec le grade de professeur agrégé dans la section des sciences physiques et mathématiques, et huit autres ont obtenu le grade d'aspirant-professeur agrégé.
Organe de tous mes collègues, je remercie sincèrement nos magistrats des encouragements qu'ils ne cessent de donner à l'étude des lettres et des sciences. Le gouvernement, en m'appelant à la dignité de recteur, m'a confié une mission dont je comprends toute l'importance et toutes les difficultés : je ferai tous mes efforts pour ne point faillir aux devoirs que m'impose ce titre ; heureux si, grâce au bienveillant concours de mes collègues, qui jamais jusqu'ici ne m'a pas fait défaut, je puis contribuera augmenter la prospérité de l'université, et à rendre cet établissement de plus en plus digne de la confiance qu'il inspire.
DISCOURS
mir H. I« eliaB«lB« DE BAM« rectear de PoBlweralté ée ■«•■valB) A la Mille des lProHi«il«B«9 après le« okaè^aea de H« HaiieB WBBHOBWEM , proffeaaear * eette oïdveniHé.
i" FEVRIER 18 no.
Messieurs ,
Onze années nous séparent d une époque à laquelle nous rendions, dans cette même enceinte, un dernier et solennel devoir à la mémoire d un collègue dont la vie s était éteinte lentement, loin de nous, dans une terre étrangère.
Lorsqu en 1 839 nous perdions M. Charles Windischmann, M. le professeur Verhoeven, son ami, était un des plus jeunes d'entre nous (i).
A la vigueur de la jeunesse se joignaient les forces d une santé brillante. Qui de nous eût pu penser alors qu'une maladie, semblable dans ses eiïets à la maladie qui enleva Windischmann, serait venue détruire sitôt une organisation qui nous paraissait généreusement dotée par la nature? Hélas l jeunesse, santé, vie sont choses fragiles et souvent de bien courte durée !
L'un et l'autre de ces deux collèsues — notre eloirc et notre amour — ont souffert longtemps ; l'un et l'autre ont rendu le dernier soupir loin de nous, — mais en pensant à nous, en pensant à l'université qu'ils portaient dans leur cœur.
(4) Vofu Discours prononcé à la salie des Promotions le 22 mars 4839, par P.'F.-X. de Ram, recteur de l'université catholique de Loutain^ après le service funèbre célébré en l'église primaire de Saint-Pierre pour le repos de l'âme de M, Char If»- Joseph Windischmann, professeur ordinaire d'anatoiuie, Louvain, 4839, in-S*^ ; et les Annales des universités de Belgique y deuiième année, p. 594.
M. Marien Verhoeven naquit à Uden, dans le Brabant septentrional, le 1 0 décembre 1 808. Il reçut avec la vie le germe fécond des vertus qui devaient un jour honorer sa trop courte carrière. Dans un âge où les premières passions tiennent souvent la raison dans I état d'une vague et frivole inconstance, il avait déjà acquis la sagesse qui les modère et l'instruction qui les porte au bien. Ses inclinations se tournèrent de bonne heure vers letat ecclésiastique.
Il termina I étude des humanités au moment même où les arrêtés du roi Guillaume venaient de supprimer les petits séminaires. Dans la partie méridionale comme dans la partie septentrionale de lancien royaume des Pays-Bas, lentrée des grands séminaires avait été interdite aux aspirants au sacerdoce. Une politique aveugle et tracassière méditait alors ses plans pour réformer à sa guise Tesprit d un clergé trop attaché à ses devoirs, à 1 Eglise, à Torthodoxie de nos ancêtres.
Pour suivre sa vocation à 1 état ecclésiastique, M. Verhoeven se soumit, comme tant d autres, à une espèce dexil. Il fut reçu au séminaire épiscopal de Mayence, placé alors sous la sage et paternelle direction d'un homme que j avais depuis longtemps l'honneur de compter au nombre de mes amis C'est à Mayence, sous les auspices du docteur Raess, qui occupe aujourdhui si dignement le siège épiscopal de Strasbourg, que M. Verhoeven commença ses études théologiques : c'est là que j'appris à le connaître personnellement en 1829, — non-seulement lui, mais aussi son digne et respectable protecteur le conseiller Van Grinsven, qui portait à son jeune neveu le plus tendre et le plus généreux intérêt.
Il y eut, au nombre de ses professeurs, un homme dont la vie et les travaux font époque dans la science théologique en Allemagne. Lorsque le professeur Klee fut appelé à une chaire de la faculté de théologie de l'université de Bonn, Verhoeven s empressa de le suivre pour continuer à profiter de ses leçons. Il aimait à se rappeler le souvenir du bienveillant accueil qu'il reçut, dans cette ville, de la part des professeurs les plus distingués par leurs talents, par la pureté de leurs principes, par leur opposition aux doctrines hennésiennes. C'esl là qu'il se lia d amitié avec notre collègue toujours si
NÛTIC£ NÉCROLOGIQUE SUR M. LB PROFESSEUR VERHOBVBN. 71 1
regretté Charles Windischmann ; — c'est là qu'il contracta d autres liaisons qui se sont perpétuées à Louvain, oii ses amis, anciens et nouveaux , confondant leur douleur , pleurent ensemble en ce moment la perte cruelle qu ils viennent de faire.
Élevé au sacerdoce à Cologne, en 1831 , M. Verhoeven touchait au terme de ses études ; .mais le désir de se perfectionner de plus en plus fit naître en lui la pensée de les continuer encore à Rome oii d autres de ses compatriotes lavaient précédé. Il consacra trois années à Tétude approfondie du droit canon et obtint de Tuniversité romaine de la Sapience le grade de docteur es droit (i). Après sa promotion au doctorat, il employa une année entière à fréquenter les tribunaux et les congrégations ecclésiastiques. Cette espèce de stage, qui complète dune manière pratique les connaissances théoriques, fut accomplie par lui avec tant de zèle et tant d'intelligence , que le saint-siége lui conféra , comme une légitime récompense, le titre de protonotaire apostolique (9). Il fut môme question à cette époque de ladjoindre , en qualité d auditeur, à Tune des nonciatures de rAUemagnc. Le séjour qu'il avait fait dans ce pays, la connaissance de la langue et de la littérature théologique de TAIIemagne et la direction de ses études le rendaient propre à remplir honorablement ce poste d'une haute confiance.
Mais toutes ses inclinations le portaient vers l'enseignement. Cette carrière luiétait fermée en Hollande où ilrevintau mois d'avril 1 835, alors que les entraves mises par le roi Guillaume à la liberté de rÉglise continuaient à faire gémir nos anciens compatriotes.
La Belgique, à l'abri de son indépendance et de ses nouvelles institutions politiques, avait ouvert depuis longtemps ses grands et ses petits séminaires. L'université catholique venait de naitrc sous les auspices de la liberté.
Dès le mois d'octobre 1 835, M. Verhoeven fut nommé professeur extraordinaire de droit canon à la faculté de théologie. Si cette nomi-
(4) Son diplôme ou comme on le nomme à Rome set Literœ iestimoniales de Laurea data in Facultate jurU viriuêque, porte la date du 29 août 4834.
(%) Le bref pontifical est daté du 40 mars 4835.
nation était honorable pour le jeune docteur ; si le corps auquel il allait appartenir pouvait placer en lui une belle et légitime espérance, il est cependant une circonstance bien plus honorable eoeore pour sa mémoire : sa nomination à une chaire de Tuniversité catholique fut due principalement à la recommandation d*un des hommes les plus éminents de la prélature romaine. M^' Gapaccini, dont la mémoire sera toujours vénérée parmi nous , s'intéressait vivement à M. Verhoeven. « Je suis heureux, dit-il dans une lettre du 3 mars 1835, de rendre à ce digne ecclésiastique toute la justice qui lui est due. Je puis vous assurer en toute vérité qu il s est toujours conduit d'une manière au-dessus de tout éloge, et que ses professeurs m ont unanimement déclaré qu ils n hésiteraient pas à le proposer comme un sujet très-propre à l'enseignement du droit canon dans une université... Je vous le recommande donc de la manière la plus formelle, et je suis convaincu quil s'acquittera dignement des fonctions qui lui seront confiées. x>
Oui, messieurs, le professeur Verhoeven a rempli dignement la tâche que lepiscopat belge s'était empressé de lui confier.
Il travailla avec ardeur pour former un cours en rapport avec toutes les exigences de l'enseignement académique. Si les talents et les succès d'un professeur se mesurent ordinairement par Tintérét que les auditeurs portent à ses leçons, par le degré d'attachement qu'il parvient à leur inspirer pour la science, — en un mot, par lesm^ élèves qu'il forme , M. Verhoeven pouvait se flatter légitimement d'avoir atteint le but de ses généreux efforts : il lui était permis d& ne pas être insensible aux succès obtenus dans une chaire toujours entourée d'un auditoire rempli d'une respectueuse attention pour la parole du professeur.
Un de ses élèves les plus distingués viendra marcher sur ses traces; il continuera après lui, avec une piété filiale, cet enseignement de la science canonique qui naguère jeta tant d'éclat sur notre faculté de théologie. — Vous aussi, messieurs, vous trouverez, daus la nomination que lepiscopat vient de faire de M. le docteur Feye, un hommage rendu à la mémoire de M. Verhoeven ; nous y trouverons ensemble une de ces consolations que le décret inexorable de