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CHAPITRE III CONQUÊTE DU TONKIN

En JS8S. — Commencement de l'expédition du Tonkin. — Phase de la guerre contre la Chine (iSSS à iSSS). — Formation d'un corps expéditionnaire. — La Chine déclare la guerre à la France. — Prise de Son Tay. — En 1884 : Prise de Bac-IVinh,de Ilung- Hoa et de Tuijên Quan<j. — Cuet-apens de Bac Lé. — En 1885 : Succès de l'amiral Courbet à Formose et aux Pescadores. — Prnse et retraite désastreuse de Lang-Son. — Déhloquement de Tuijên Quang. — Traité de Tien Tsin reconnaissant notre protectorat sur l\{nnam.

Lémotion causée en France par ce désastre fut assez g-rande pour décider les pouvoirs publics à entreprendre une expédition. ^I. Harmand fut nommé commissaire général du Gouveriiement français au Tonkin, le général Bouet prit la direction des opérations militaires et le commandement du corps expéditionnaire, composé de ').700 hommes environ, pendant que l'amiral Courbet s'emparait avec son escadre des forts de Thuan An, et nous donnait ainsi l'entrée de la rivière de Hué.

Sur ces entrefaites, l'Empereur d'Annam, Tu Duc, était mort et avait été remplacé par Hiêp Hoa, sous la régence de Ng'uyén Van Thuong qui négocia avec M. Harmand un traité avantageux pour la France et aux termes duquel, notamment, son protectorat s'étendait sur l'Annam. Des résidents français étaient installés dans toutes les provinces.

Mais le temps des traités n'était pas encore venn et la lutte continnait plus acharnée que jamais entre nos troupes et les Pavillons Noirs, de plus en plus soutenus par les Rég'uliers chinois.

En vain le «général Bouet, admirablement secondé par le commandant Coronnat, son chef détat-major, avait livré les deux combats de ^ ong et de Phun^, sur la route de Son Tay : cette j)lace semblait toujours irréductible.

Au jii'énéral Bouet succéda pendant quelques mois le colonel Bicliot, qui fut lui-même remplacé à la (in d'octobre dans la direction des opérations militaires par l'amiral (Courbet. La (Hiinene voulant pas reconnaître le traité signé par M. Harniand venait de déclarer la guerre à la France et par suite tous les pouvoirs furent concentrés entre les mains de Tautorité militaire. Le premier soin de l'amiral fut de diriger sur Son Tày devix colonnes conduites ])ar les colonels Bichot et Belin. Cette place forte, qui était le centre le plus important de la résistance, fut brillamment enlevée d'assaut parles 9.000 hommes du corps expéditionnaire, le 19 novembre 1883,

L'hostilité de la cour d'Annam, soigneusement excitée par la Chine, se manifestait par l'empoisonnement de l'empereur Hiêp Hoa, signataire d'un traité avantageux pour la France, et son renq^lacement par son parent Kièn Phuc, mis sur le trône en décembre

1883, sans l'assentiment de notre résident de Huè, M. Champeaux.

Malgré le beau succès qu'il venait de remportera Son Tay, l'amiral Courbet fut remplacé dans le commandement des troupes et ne garda que le commandement de l'escadre. Le général de division Millot, arrivé au Tonkin le 11 février 188i, avec les généraux de brigade Brière de llsle et Négrier, prit le commandement des troupes.

Le corps expéditionnaire, organisé en deux brigades, s'éleva dès lors au chilfre respectable de 10.000 hommes, et se trouva en mesure d'attaquer successivement les citadelles du Delta où les Annamites avaient concentré leurs moyens de défense. Le 7 mars

1884, la première brigade quittait Hanoï sous les ordres du général Brière de l'Isle, passait le canal des liapides, au delà du marché de Chi, le 11, et arrivait le 13 devant la citadelle de Bac Xinh. Elle

avait mis six jours ;i paiccnirir un iniiiicnse ciiciiiL jxmii' ('-n il(!r les défenses accumuléiîs sur les 2Ï kilomètres qui séparent Hanoï de Bac Ninhetcjue l'on parcourt maintenant en chemin de ier en 1 h. M). Mais au moins ses troupes espéraient-elles participer à l'attacjue de la citadelle qui devait être combinée avec celle de la deuxième brigade. Le général de Négrier quila commandait, parti de liai Duong pour venir donner la main à la première, était arrivé un jour à l'avance et avait pris la citadelle, cueillant ainsi pour lui seul tous les lauriers que promettait cette capture. De Bac Niidi, la première brigade continuait sa route sur Yen Thê (jui était enhivée pres([ue sans coup férir le 17, puis sur Thai Nguyén (jui tombait entre les mains du général Brière de Tlsle le 18.

La première brigade quitta de nouveau Hanoï le 8 avril pour aller mettre le siège devant la citadelle de llimg lloa, (jui fut évacuée par Luu Vinh Phuoc le 13, en même temj)s que la petite citadelle de Don Vang était occupée par le bataillon Coronnat où je servais comme lieutenant. Revenue ensuite à Hanoï, la brigade occupait sans combat les citadelles de Phu Ly le 29 avril, de Ninh Binh le 3 mai, puis de Nam Dinh où s'installait le général Brière de risle.

Pendant ce temps, la brigade de Négrier marchait sur Tu^'èn Quang. Les Réguliers chinois reculaient devant la colonne et prescrivaient aux populations de faire le vide devant nos troupes en évacuant et en incendiant leurs villages. Les centres urbains de Tuyên Quang, de Phu Doan et de Ha Giang furent rasés, les maisons en briques et les pagodes elles-mêmes furent démolies, et cette malheureuse province fut transformée en un véritable désert devant la marche de nos troupes qui occupèrent la citadelle de Tuyên Quang sans coup féru^ au mois de juillet. Au mois d'octobre, Luu Vinh- Phuoc avec ses Pavillons Noirs et les réguliers du Yunnan, qvii formaient une force de 4.01)0 hommes, vint mettre le siège devant la citadelle, et se livra jusqu'à la mi-novembre k des attaques presque journalières, que supporta vaillamment la petite garnison commandée par le brave lieutenant-colonel Dominé. Le 19 novembre, le colonel Duchesne, à la tête d'une colonne de secours, battit l'armée assaillante et ravitailla la place ; mais une fois qu'il eût le dos tourné,

le siège reprit de plus belle et la vaillante petite garnison continua h faire des prodiges de valeur.

C'est le 23 juin 1884 qu'avait lieu le guet-apens de Bac Lé, qui faillit nous coûter la destruction de la colonne Dugenne. La conduite des Chinois fut dans cette circonstance aussi hypocrite qu'èi l'ordinaire. Li Hong Chang, le vice-roi du Petchili, désireux de s'entendre avec les étrangers, avait négocié avec le capitaine de frégate Fournier un traité aux termes duquel les troupes chinoises évacueraient le Tonkin, à condition que la France respecterait les frontières méridionales de la Chine. Malheureusement, ce traité fut désavoué par le parti xénophobe, et le colonel Dugenne, qui montait occuper Liingson sur la foi des traités, se heurta à des bandes chinoises très fortes et bien établies à Bac Le, et perdit le huitième de son elfectif en voulant forcer le passage quand même.

C'est grâce à l'intrépidité du sous-lieutenant Bailly, de l'infanterie de marine, qui traversa les lignes chinoises pour établir son appareil optique sur un mamelon, que Hanoï put être prévenu et envoj'er le général de Négrier au secours de la colonne.

L'amiral Courbet se chargea de venger cette insulte. 11 occupa les ports de Kelung et de Tamsui dans l'ile de Formose, détruisit l'arsenal de Foutchéou à l'embouchure de la rivière Min, et dispersa la flotte chinoise. Ce résultat fut obtenu en 8 jours grâce aux hautes qualités de l'amiral et à l'intrépidité de son escadre et des troupes de terre et de mer.

L'amiral se faisait fort, en portant la guerre dans le Petchili, d'amener la Chine à demander grâce, mais il re^ut l'ordre de borner son ambition à occuper Formose et y employa aussitôt tous ses efforts avec l'aide du contre-amiral Lespés et du lieutenant-colonel Duchesne, puis lorsque le gouvernement se décida à considérer le riz comme contrebande de guerre, il établit une croisière, attacpiales Pescadores et se rendit maître du port de Makung.

C'est là qu'au moment où il préparait une nouvelle campagne contre les ports du Nord, il apprit la signature des préliminaires de la paix et reçut l'ordre de suspendre les hostilités et d'évacuer Formose et les Pescadores.

La Chine s'était sentie menacée et venait à résipiscence. Les

efforts de ramiral Courhol n'avaient donc pas été sans résultat, mais ses vues étaient plus hautes et il aurait voulu voir la (^hine plus sévèrement punie de sa duplicité. Aussi fut-il profondément affecté par la décision du i^ouvernement. Un travail acharné et constant, la conscience d'une lourde responsabilité et l'amère tléception de se voir contraint d'abandonner des avantages conquis au prix de tant d'efforts, avaient profondément altéré sa santé. Il fut atteint par le choléra et mourut le 11 juin 1884, en rade de'Ma Kung-, ;i bord du Bayard.

Le ministre de France en Chine, M. Patenùtre, avait obtenu des mandarins annamites qu'en échange des provinces méridionales du Tonkin qu'on restituait à l'Annam, un Résident français habiterait avec une escorte dans l'intérieur même de la citadelle de Hué. Le résultat immédiat de cette nouvelle concession fut la mort du roi Kiên Phuc qui avait apposé son sceau à ces dispositions jugées trop avantageuses pour la France. Mais la cour ayant osé installer sur le trône son successeur Hnni \f/hi, sans même en informer notre résident^ le lieutenant-colonel Rheinard, le général Millotlui adressa un ultimatum. La mission envoyée par lui fut reçue au palais par le roi et les mandarins et notre protectorat fut reconnu officiellement.

Pendant ce temps, au Tonkin, lesbandes de pirates, si elles n'étaient plus ouvertement renforcées par l'armée chinoise, continuaient à compter dans leurs efTectifs un certain nombre de Réguliers et à recevoir les encouragements des régents de Huê. Le général en chef Brière de l'isle, qui venait de succéder au général Millot, envoya contre les pirates qui ravageaient la vallée du Loc Nam les colonnes Négrier et Donnier, qui enlevèrent en octobre les forteresses de Kep et de Chu. Au commencement deiSSo, le général de Négrier battait brillamment une troupe de 12.000 Chinois à An Chau. Enfin, deux brigades formées sous les ordres du général de Négrier et du colonel Giovanninelli furent dirigées sur la citadelle de Lang Son qu'elles prirent avix Chinois après plusieurs combats et l'enlèvement des lignes de Ki Lua.

De là, le général Brière de l'isle emmenant la brigade Giovanninelli se porta au secours de la place de Tuyên Quang, op le lieutenantcolonel Dominé, avec quelques centaines d'admirables soldats, tenait

en échec une armée de I5.00U (Chinois depuis plus de trois mois. Déjà le tiers de la g-arnison avait été rhishors de combat ; les brèches du rempart étaient nombreuses et la petite garnison s'était réfugiée dans le réduit où elle continuait son opiniâtre résistance aux assauts ennemis, lorsque la In-igade de secours arriva, et après une dure victoire remportée à Hoa Moc les l**"" et 2 mars 1885, sur les Pavillons Noirs, put donner la main à l'héroïque garnison qu'elle sauvait.

Cependant le général de Négrier avait dépassé Lang Son et donné lâchasse à l'armée chinoise jusqu'à la porte de Chine de Nam Quan. Il crut pouvoir aller encore au delà et enlever Ban<j Bo le 24 mars; mais le franchissement de la frontière par nos troupes avait infligé aux Chinois une humiliation qui leur donna im regain de courage. Le général Sou Kong Pao, connu plus tard sous le nom de Maréchal Sou, lit, à la tète de forces considérables, un retour offensif acharné, et la colonne dut battre en retraite sur Ki Lua où elle essaya encore de tenir tête à l'ennemi. Le général de Négrier, blessé, passa le commandement au lieutenant-colonel Herbinger, et celui-ci, qui se trouvait très loin de son chef et n'avait pas été mis au courant de la situation, se sentit écrasé par une responsabilité à laquelle il n'était pas préparé. Il ordonna une retraite qui dégénéra en panique et causa des pertes importantes d'argent et de matériel. En eifet, faute de moyens de transport, on dut abandonner le trésor et une grande partie des bagages et du ravitaillement de la colonne. Le nouveau chef de la colonne était un ancien professeur de l'Ecole de Guerre. Il avait dû maintes fois y développer l'importance du service de sûreté et notamment du contact qui doit être maintenu avec l'ennemi ; mais, pris au dépourvu, il ne sut pas mettre en pratique cette précaution élémentaire. S'il avait laissé un détachement aux abords de Lang Son pour surveiller l'ennemi, il se fût rendu compte que les Chinois ne nous poursuivaient pas et se contentaient de s'installer tranquillement dans la place. Le général de Négrier, grièvement blessé, ne pvit malheureusement pas faire intervenir sa haute autorité pour empêcher la retraite de prendre le caractère d'un désastre.

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Quui (|u'il en soit, la nouvelle de cette dél'aite, transmise au ministère par le «général Brière de l'Isle sous une forme trop alarmante, causa en Erance un tel énervement, qu'elle entraîna la chute du cabinet P^errj. Et cependant notre situation en Extrême-Orient n'était nullement compromise, puis({ue la (Ihine. sous l'impression des succès de laniiral (Courbet, venait de signer le trailr de Tien Tsin. Cet acte, élaboié par M. Patenôtre et le mandarin Ly Hong Tchanj^, relevait lAnnam de la suzeraineté du Céleste Empire, prévoyait la délimitation des frontières et réglait les rapports de bon voisinage entre la Chine et le Tonkin.

Giict-appns de Hué contre le (jénéral de Courcy [1 885). — La. rébellion éclate partout et le corps expéditionnaire riposte sur tous les points. — Phase des colonnes en coup de lance {i885 à i888).

Comme suite aux dispositions de ce traité, une délégation de mandarins vint sur le fleuve Rouge présider au départ des troupes impériales.

Le Parlement français, rendu inquiet par la retraite de Langson, avait voté les crédits nécessaires à l'entretien d un corps expéditionnaire de 30,000 hommes, et le gouvernement avait envoyé le général de Courcy comme commandant en chef et représentant de la France. Il voulut être reçu à la courd'Annam avec tous les honneurs dus au représentant d\m état suzerain et vint à Hué dans ce but, accompagné d'une escorte de zouaves et de chasseurs à pied. Le 4 juillet 1885 au soir, au milieu dune fête donnée en son honneur à la résidence, on entendit un coup de canon dont le bruit venait de la citadelle. C'était le signal du guet-apens qui avait été ménagé à nos troupes par les mandarins. L'Hôtel de la Résidence fut enveloppé et les soldats annamites se précipitèrent sur les cantonnements qu'occupaient nos troupes dans la citadelle. Mais les assaillants avaient compté sans les habiles dispositions qu'avait prises d'avance le colonel Pernot de l'infanterie de marine, qui, toujours méfiant de la duplicité des mandarins annamites, avait depuis longtemps pris

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rhabituJi> donvover ses soldats explorer les détours de la citadelle, soi-disant pour se promener, mais en réalité pour se pénétrer de la topog^raphie des lieux, et pouvoir, le cas échéant, servir de g^uides à des troupes daltaque.

C'est grâce à cette intelligente précaution (|ue les troupes franco-aises, guidées par nos marsouins, purent aisément repousser les assaillant s et occuper la citadelle. Le roi Ilam Xghi, j)atronné par le régent Tàn Thnl Thui/èf, qui avait organisé le guet-apens, s'enfuit dans les montagnes de l'Annam et se réfugia tout d'abord à (^iam Lô. L'autre régent Ngmj en \'nn Tru()n(j, chef du parti des lettrés, homme fort intelligent, resta à Hué et, désavouant le complot, invita les Annamites à se soumettre à la France. Telle fut du moins la comédie qu'il joua, car, en réalité, il continua à entretenir des relations avec les fugitifs, et fut déporté à Tahiti au mois de septembre de la même année.

Le nouveau roi Dony K/ianh (accord consenti), lîls adoptif de Tu Duc, fut proclamé le 14 septembre 1885. Tàn Thàt Thuyêt et Ham Nghi continuèrent à fomenter la révolte et s'installèrent dans la haute vallée du Song Giang. Pour résister à l'insurrection qui devenait générale, des troupes furent installées dans tous les postes de la côte et des colonnes furent organisées sur tous les points du territoire de l'Annam. Au sud de Hué eurent lieu des colonnes dans le Binh Dinh et le Phu Yen, dirigées par les commandants Prudhomme, Dumas et Chevreux, et dans le Quang Nam par les commandants Boilève et Cavelot. De plus, on lit partir du Tonkin une grosse colonne sous les ordres du commandant Mignot, avec mission de suivre la côte et de prêter son concours à chaque poste pou^ déblayer le terrain autour de lui. Cette colonne participa à l'attaque du repaire de Dièn Lêu sur le Song Ma, sous la direction du lieutenant-colonel Boilève, contre le chef pirate Cai Mao, et à plusieurs opérations qui partirent de Vinh sous la conduite du lieutenantcolonel Metzinger. Elle arriva à Hué en mars 188(),

En octobre 1886, l'ex-régent Tuyêt qui allait être le grand chef de la rébellion, se rendit en Chine et en ramena par le Yunnam et le Song Ma des bandes chinoises fortes et bien aguerries. Une véritiible forteresse fut établie à Ba Dinh, au milieu des rizières, et les elTorts

des lit'utenaiits-colonels Doods et Met/.in<^er vinrent s'y briser le 18 décembre IcSSii et le (i janvier hSST. La position ne fut enlevée que le 20 janvier, après un véritable siège conduit par le colonel Brissaud. Les Annamites, exaltés par un souille ardent de patriotisme, résistèrent jus(ju'à la dernière extrémité.

Sur ces entrefaites, le Cai Mao, aidé du Dé Soan qui avait été battu sur le SongCa (avril 1887) par le commandant Langlade, avait repris une nouvelle audace et rétabli son ancien repaire de Diên Lêu d\Hi il descendait faire des razzias dans les plaines du Thanh Iloa. Mais ces deux chefs de bandes furent bientôt poursuivis par le colonel Metzinger à Dièn Lêu et Nién Ky, et enfin chassés de ce dernier repaire en août 1887.

Au sud de LAnnam, dans le Binh Thuàn, des insurrections importantes avaient été vigoureusement réprimées en 188(1. Depuis le mois de juin, nos troupes poursuivaient la rébellion avec acharnement, aidées de colonnes de police, l/une d'elles opérait dans le Quang tri, sous la direction personnelle du roi Dong Khanh.

Pendant que ces opérations se déroulaient le long de la côted'Annam, amenant chez la population une fatigue très grande et un désir d'apaisement, le général de Courcy était rentré en France en janvier 1886 et avait cédé son commandement au général Warnet. Puis, dans le courant de la même année, Paul Bert avait pris la direction de la Colonie, pendant que le général Jamont prenait le commandement des troupes. Enfin le gouverneur, mort en novembre de la même année fut remplacé par M. Bihourd.

(Quittons la côte d'Annam pour faire un tour d'horizon sur les dilîérents points du Tonkin où la rébellion tenait tête à nos armes. En 188^1, de g-rosses colonnes combattaient l'insurrection sur tous les points du Delta tonkinois : le colonel Mourlan opérait au nord du canal de Phu Ly entre le fleuve Rouge et le Day, le général Munier et le commandant Braccini entre le canal des Bambous et le Tra Ly, le général de Négrier et le colonel Donnier dans le Bay Say, le commandant Neny dans le Phu Nam Sac, le capitaine Falcon et le commandant Faure dans la province de Hai Duong. Enfin, au mois d'août 1885, le colonel Brionval organisait dans les environs de Keso une série de colonnes partielles sous les ordres des capitaines

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Didaïuiun et Anislul et du lieutenant Dij^^uet qui avaient pour mission de châtier des villages rebelles dont la plaine était parsemée.

Grâce à ce déploiement de forces, l'année 1885 ne fut pas perdue pour la pacification et le peuple annamite seml)la comprendre bientôt que les Français étaient décidés à rétablir l'ordre et qu'ils en avaient les moyens. Il cessa dès lors de donner aux bandes pirates les mêmes encourag^ements et le même appui. Vax 1886, des colonnes de faible effectif continuèrent à donner des coups de lance à travers le quadrilatère formé par le fleuve Rouge de Hanoï à Hung Yen, le canal des Bambous, le Thaï Binh et le canal des Rapides.

L'elfet de ces colonnes, qui opérèrent surtout dans la région du Bai Say, fut de faire reculer la rébellion, dont le principal chef était le Doc Tich, jusque dans les environs de H ai Duong.

En IS88, apparut dans cette région un nouveau chef pirate, le Doi Van. Il parcourut les rives du canal des Rapides et y commit de nombreux méfaits, entre autres le massacre du détachement Tessandier Laubaréde à Quan Bô. Les colonnes Spitzer, Monguillot et Servières le pourchassèrent sans réussir à le réduire.

Quittons le Delta central pour remonter vers le Nord-Est. Dans le massif du Dong Triêu, des bandes nombreuses étaient cantonnées. Leur poursuite fit l'objet des colonnes Nény sur Quinh et Mai Xu en avril 1885, de la. colonne Brissaud sur le Song Ki en juin 1886, et de la colonne Dugenne qui créa le poste de Yen Chàu en octobre

En remontant encore le long de la côte du Golfe du Tonkin vers l'Est, nous trouvons la baie d'Along dont les nombreuses îles, -et en particulier la plus grande, la Cac Ba, étaient le repaire de bandes de pirates. La Cac Ba ainsi que les postes de Ac Koi et Tien Yen sur la côte du Tonkin furent occupés par le capitaine de vaisseau de la Bodinière de Beaumont de janvier à juillet 1886, et la ville de Moncay le fut elle-même en décembre.

Non loin de là, la commission de délimitation, qui opérait sous la direction de M. Sairit-Chalfray et après lui sous celle de M. Dillon, avait à souffrir constamment de la perfidie des mandarins de la commission chinoise. Deux fois en 1886 elle fut attaquée par des bandits ;i la solde des autoiùli's chinoises : la première attaque eut pour

victimes les lieutenants (ieil et Henry, la seconde 1 interprète Haïtce, qui lut assassiné près de Mon Cay.

Suivons maintenant la frontière de Chine en partant de ce point vers l'ouest.

En décembre 188."), Lang Son avait été réoccupé parle commandant Servière, qui partit de \k en suivant la frontière et occupa Dong Dan<4- vl Tliat Kliè le même mois. Cao Bang fut occupé le 30 octobre 188G par le g-énéral Mensier (jui lit installer par le lieutenant-colonel Servière des postes à Nuoc Hai, Mo Sat et Tra Linh en janvier 1887, à Phuc Hoa en juillet, etàTrung KhanliPhu en octobre de la même année.

En décembre 1887, le lieutenant-colonel Servière fondait les postes de Bao Lac et de lîac Mé, puis venait faire sa jonction avec la colonne Michaud aux lacs Ba Bê, et revenait ensuite par Chora à Cao Bangoù il recevait la soumission du chef chinois .1 Coc Thuonff, qui devait plus tard tenir contre nous la campagne dans le Dong Quang.

Plus à l'ouest, la colonne Michaud part en 1886 de Tuyên Quang", pour occuper Bac Mue et Vinh Thuy sur la rivière claire, et Chiem Hoa sur le Song- Gam, puis à la fin de l'année nous nous avançons jusqu'à Ha Giang-.

Au centre du Tonkin, le massif du Nui Tam Dao, qui s'étend entre le Song- Dai à l'ouest, le Song Ga Lo au sud et le Song Con à l'est, était aussi un repaire inviolé pour de fortes bandes qui faisaient des incursions jusqu'à Bac Ninh et sur la route même de Hanoï. En 188."), plusieurs colonnes furent dirigées contre elles : ce furent la colonne Mourlan en juillet, qui installa un poste à Lien Son sur le Song Dai, une colonne sur Dong Ve et une colonne sur Phu Hay. L'année suiv-ante d'autres colonnes fondèrent les postes de Huong Son et de Gai Vong,

Non loin de là, le Yen Thê était aussi dans un état d'agitation continuelle. Depuis la prise de la citadelle de ce nom. en mars 1884, les bandes pirates n'avaient pas évacué la région, et pour les contenir le colonel Dugenne avait dû fonder sur le même emplacement le poste de Tin Dao en décembre 1 885.

Pour attaquer le mal dans sa racine il s'efforça de joindre le Cal

Kin/i, chef pirate eliiiU)is dont le quartier «général était le massif montagneux de Bac Son (près Pho Binli Gia), auquel on a maladroitement donné son nom. Il tenta donc en 1887 de l'atteindre par Than Moi et ^'an Linh, mais il dut y renoncer. Enfin en décend)re 1888, quatre colonnes partant de ThaiN^uyèn, Lang- Son, That Khè et Tin Dao allèrent occuper des points qui menaçaient la position et devaient servir de base d o[)érations. Sur ces entrefaites, le chef pirate (]ai Kinh fut mis à mort par ses propres partisans.

Partant du Delta tonkinois, remontons maintenant vers le N.-O. la vallée du fleuve Rouge jusqu'au poste frontière de Lao Cai.

L'occupation de lo vallée du lleuve Rouge s'est faite par bonds successifs : le premier fut le combat important de Than Mai en octobre 1885, dirigé par le général Jamont, et auquel prirent part de nombreuses troupes. Le second fut celui de Than Quan, près de Yen Bai, en février 188G, dirigé par le général Jamais, le troisième fut la belle colonne du colonel de Maussion qui entra ii Lao Cai au mois de mai de la même année.

L'année suivante le commandant Pelletier quittait ce poste et poussait dans la direction de la haute Rivière Xou'e jusqu'à Phong Thô qu'il atteignait le 1^' février 1887.

Notre principal ennemi dans ces condiats de Than Mai et de Than Quan dont nous venons de pai'ler avait été le J^o Giap. Après ces échecs il s'installa au milieu des lagunes de Run Gia dans le Huyen de \è\\ Làp et y créa le repaire de Tien Dong qui fut détruit à deux reprises dilférentes dans le courant de l'année 1886.

11 s'enfonça alors au sud du fleuve Rouge et s'installa à Dai Lich (d'où le colonel Brissaud le délogea en janvier 1887j, puis à Deo Hat près de Dong Banh et de la plaine de Xghia Lo.

En 1888, deux colonnes furent dirigées contre le col du Deo Hat, de Ba Khè et de Trai Hut. Pendant que la colonne venue de Trai Hut sous les ordres du commandant Bosc était assaillie par toute la bande du Bo Giap, celle de Ba Khé, conduite parle commandant Berger, occupait la position. Dans cette circonstance comme dans presque toutes les opérations de cette époque nous commîmes la faute de ne pas rester sur nos positions et de nous retirer après la victoire. Malgré cela, le Bo Giap comprit que la situation n'était pas sûre pour lui et évacua le pays le 28 avril 1888.

L'occupation définitive du Tanli Iloa I)ao (région de Xghia Lô) eut lieu en IcSSDetfut consacrée par la londation des postes de Nghia Lô et Tu Le.

Etudions maintenant le rôle joué parle cheï JJirn Vun Tri, sous les ordres duquel une partie des bandes du lîô (jiap étaient allées se placer après Than Mai et qui dès lors tint les deux hautes vallées du Fleuve Rouo^e et de la Rivière Noire et s'y montra contre nous un ennemi redoutable.

Avant la marche du commandant Pelletier sur Phong' Thô, ce chef rebelle nous avait opposé une sérieuse résistance dans l'occupation du Chièu Tàn, réi^ion située au sud de Lao (^ai. Ln autre chef héréditaire du pays, le Quart Pliony, ennemi personnel de Dieu Van Tri, fut notre allié dans cette lutte. Il occupait en 1886 le poste de Thanh îluyen^ entre le fleuve Rouge et la Rivière Noire, dont il fut chassé par Dieu ^'an Tri. mais il revint à la charge avec une petite colonne française qui réoccupa ce point ainsi que Thanh Qui et Binh Lu. Retour de Dieu Van Tri qui reprend Binh Lu, puis nouvelle colonne française qui le lui enlève de nouveau et lui inflige de plus un échec à Hièu Trai (près Van Bu). Mais sitôt que la colonne a le dos tourné l'ennemi reprend ses avantages. Une troisième série de colonnes dut venir k la rescousse et les capitaines Olive et Janet reprirent Binh Lu et battirent Dieu Van tri à Thanh Qui et à Lang Tien. Notons encore une fois l'effet absolument insignifiant de ces colonnes en coups de lance, derrière lesquelles les choses reviennent à leur état primitif. Le moment était venu de profiter de notre expérience pour ne plus abandonner nos conquêtes k mesure qu'elles étaient faites. C'est vers l'année 1888 que les colonnes commencèrent k laisser des traces de leur passage en fondant des postes militaires qui constituaient pour l'avenir des points d'appui sérieux.

En 1888, deux colones opérèrent encore dans la haute Rivière Noire : l'une, sous les ordres du Colonel Pernot, marche de Phong Thô sur Dièn Bien Phu, bat Dieu Van tri k Bach Tan Trai et k Chinh Nua, et arrive k Dièn Bien le 2(j janvier, l'autre sous les ordres du commandant Oudry, part de Bao Ha et vient faire sa jonction avec la première k Son La.

La colonne Pernot avait eu pour résultat de décourager la résistance de Dieu Van Tri et de montrer nos armes dans un pays où l'influence siamoise tentait de s'infiltrer. Elle permit aussi à M. Pavie notre consul k Luang Prahang. de faire reconnaître par le général Phia Surissa nos droits sur les vallées de la Rivière Noire et du Song Ma. L'occupation elTective de Dièn Bien eut lieu le 21 décembre 1888 sur l'ordre du commandant Pennequin qui prit le commandement de la région de Son La.

Il fallait maintenant obtenir la soumission de Dieu Van tri, dont nos colonnes incessantes n'avaient fait jusqu'ici qu'ébranler la puissance.

Souverain incontesté d'un fief dont le chef-lieu était Lai Châu sur la Haute Rivière Noire, en possession dune autorité considérable que détenait sa famille depuis deux générations sur tout le pays environnant, doué personnellement d'une intelligence et d'une énergie remarqviables, le seigneur des Thaïs blancs pouvait encore nous porter des coups dangereux. M. Pavie et le commandant Pennequin comprirent que nous avions tout à gagner à en faire, au prix de concessions raisonnables, un auxilliaire de nos armes. C'est à l'habile entremise de ces deux éminents pionniers de la colonisation française que nous devons la soumission définitive de cet adversaire redoutable. Dieu Van Tri restait le chef de son ancienne principauté avec le titre de Quan Dao et recrutait pour la garde de la frontière du Laos une troupe de 300 partisans armés et entretenus aux frais de la colonie.

Enfin sur la Basse Rivière Noire notre première installation avait été le poste de Bat Bach, fondé à son confluent avec le Fleuve Rouge dans les premiers mois de 1885. La même année on installa plusieurs postes entre ce point et Cho Bo et, pour relier le Fleuve Rouge au SongMa, le général Brissaud fonda plus au sud les postes de Mai Chàu, Phu Le et Yen Lang.

Ainsi entre 188o et 1888 nous venons de voir le corps expéditionnaire se débattre contre des ennemis qui se levaient dans toutes les directions. Ses coups sont bien assénés et font reculer l'ennemi, mais la retraite de celui-ci n'est que momentanée parce que nous n'avons pas le temps d'assurer nos succès en occupant les positions

conquises, et aussi, il faut bien le. dire, par ce i[nv. notre expérience n'est pas encore allermie.

Nous avons vu plus haut que M. Paul Bert était arrivé au Tonkin en 1880 avec le g-énéral Jamont. Il s'était de plus entouré d'un certain nombre de collaborateurs qui formaient une véritable mission. Nous étudierons rapidement ci-dessf)us qu(;lles ont été les grandes lignes de sa politique pendant les quelques mois qu'il put consacrer aux affaires de la colonie.

Ses rapports avec le roi Dong Khanli furent des plus cordiaux mais malheureusement ce jeune prince était trop notre ami pour conserver la moindre autoi-ilé sur le pays. Le (]o Mat, ce consiùl qui inspirait la politique de la cour de Hué, continua à rester tout puissant et à user à notre égard de la même duplicité.

Le nouveau Résident général, effrayé de toutes les haines qu'il sentait s'accumuler autour du nom de français, essaya par tous les moyens d'orienter notre administration vers la bienveillance. Il diminua les corvées, subventionna les régions que la guerre, les inondations ouïes incendies avaient appauvries, fournit des pensions aux indigènes blessés dans les rangs de notre armée, fonda un hôpital indigène, répara les digues et protégea les missionnaires et les indigènes catholiques en même temps qu'il montrait la plus grande tolérance pour les idées religieuses des indigènes. Pour combattre l'orgueil et l'hostilité dés lettrés annamites il fonda l'académie tonkinoise. Dans le ])ut de relâcher les liens qui unissaient les mandarins k la cour de Hué, il créa au Tonkin une sorte de viceroi annamite sous le titre de Kin/i Liioc. L'instruction publique commença à s'organiser sous l'impulsion de M. Dumontier. Enfin Paul Bert créa les chambres de commerce de Hanoï et de Haïphong. Mais le travail acharné auquel il s'astreignit sous un climat qu'il ne faut pas affronter pour la première fois quand on touche à la cinquantaine, ne devait pas tarder à avoir raison de sa santé. II succomba à un accès de dysenterie en novembre 1886.

Il fut remplacé par M. Bihourd qui lui-même ne resta que quelques mois dans des fonctions de Résident général.

C'est en 1887, après sa magistrature, que se place une réforme importante dans l'administration de notre nouvelle colonie. L'unité

indo-chinoise ost créée, réunissant sous la seule autorité dun Gouverneur Général, la Cochinchine frani^-aise et les Protectorats du Tonkin, de l'Annam et du Canibod^j^e. Ce haut fonctionnaire, qui a presque les attributions d'un Vice-Roi, a la gérance dun budget général qui englobe les recettes et les dépenses des services généraux de rindo-Chine : Postes et Télégraphes, Douanes et Régies, Travaux Publics.

M. Constans, ministre plénipotentiaire en Chine, occupa ce poste pendant quehjues mois, puis fut remplacé en avril 188S par M. Richaud, qui lui-même n'exerça ces hautes fonctions (jue pendant une année.

A la suite de la vigoureuse action de nos colonnes militaires poussées le long de la côte d'Annam comme dans le Delta et sur les frontières du Tonkin, l'année 1888 aA'ait amené chez le peuple annamite un moment de lassitude. Mais le mécontement et l'opposition n'avaient pas désarmé chez les hauts mandarins. Le Co Mat avait sollicité de M. Bihourd le rétablissement dans leurs fonctions des mandarins renvoyés par nous et 1 évacuation par nos troupes de l'Annam central qui, d'après le traité de 1884, devait rester à la couronne. Le roi Dong Khanli adressa une réclamation à ce sujet au Gouvernement français par l'intermédiaire de M. de Lanessan. Ses protestations restèrent d'ailleurs lettre morte et le mécontentement qui s'ensuivit à la cour s'était traduit par de nouveaux encouragements à la rébellion.

Au commencement de 1889, le roi Dong Khanh mourut d'un accès pernicieux et fut remplacé par le candidat indiqué par M. Rheinard, résident général à Hué. C'était un prince de la famille des Nguyén, fils du roi Duc qui n'avait régné que quelques jours. Ce jeune roi de dix ans prit le nom de règne de Thanh Thai (Bonheur absolu et succès universel) et monta sur le trône d'Annam le 1" février 1889. On lui donna un Conseil de régence dans lequel on ne fit entrer que des mandarins d'un loyalisme éprouvé à l'ég-ard de la France.

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Avcncmcnl de Than T/iai en iSSil.

Phase de l'occupation militaire (Jf^SIf :> lSi)l].

La mort du roi Doiiu;- Klianli avait inspiré au j^ouverncMiieul la crainte d'un soulèvement «général ayant [)our objet le rétablissement sur le trône du prince dépossédé llani Ng'bi, et un léger renfort, vme G''' commandée par le capitaine Diguet, fut envoyé de Saigon à Tourane pour parer à toute éventualité, mais l'Annam avait elVectivement recouvré sa trancpiillité et ne montra aucune; velléité de la troubler.

Ou savait que le jeune roi en fuitt; et l'ex-régent Thuyét se tenaient cachés dans la vallée de Song- (liang, et la préoccupation de tous était alors de découvrir leur retraite. Une colonne dirigée vers cette région en mars 1888 avait échoué dans ses recherches, et les deux fugitifs vivant dans les bois, tels des bêles traquées, passaient leur misérable existence à fuir dun repaire it un autre.

Enfin, en novembre 1889, l'ancien roi Ham Nghi fut capturé par le capitaine Boulangier et le lieutenant Lagarrue et envoyé en Algérie où il fut interné. .J'eus l'occasion d'aller lui rendre visite à son passage à Saigon oîi il occupait à la caserne un modeste logement d'adjudant. II avait conservé, malgré son existence précaire et misérable, des allures de distinction et même de hauteur.

11 habite maintenant un superbe palais à Alger et jouit de la pension fort honorable que lui octroie la France.

La région du Tonkin qui préoccupait le plus le commandement au commencement de 1889 était celle du Nui Tarn Dao sur le Song Cau, où de fortes bandes chinoises étaient toujours solidement installées sur la ligne reliant les positions de Cho Chu et de Cho Moi. Une importante colonne fut organisée par le général Borgnis- Desbordes qui s'empara le 17 janvier 1889 de Cho Moi, et le 17 février suivant de Cho Chu. Les deux chefs de ces bandes étaient Bac Ky et Luonxf Tarn Ky. Le premier se retira de Cho Moi à Ké Thuong où il fut laissé sans être inquiété jusqu'en 1893. Le second se retira à Linh Danh, et loin de le poursuivre plus avant on lui rendit Cho Chu l'année suivante.

En avril IS80. M. lUchaud. {gouverneur g-énéral, rappelé en France à la suite d un désaccord avec le gouvernement, mourut subitement du choléra entre Singapour et Colombo. Son successeur fut M. Piquet, ancien directeur de l'intérieur à Saigon. C'est sous son administration que l'on vit les troupes régulières obligées de rester enfermées dans leurs postes pendant que des colonnes de miliciens parcouraient le pays à la poursuite des bandes pirates. Cette méthode aussi anormale que dangereuse avait d'ailleurs été mise en piati([ue dès l'année précédente. Elle s'appuyait sur la crainte de voir les troupes régulières agir sans s'être entourées de renseignements suffisants, et leur substituait 1 action de troupes placées dans la main des résidents qui, par leur situation, étaient plus directement en rapport avec les indigènes et pouvaient, par suite, être mieux renseignés. Mais elle avait l'inconvénient de donner la direction d'opérations militaires à des fonctionnaires qui n'étaient pas préparés à un tel rôle. Les postes de la province de Haï Duong furent passés à la garde civile, et le Tông Dôc de la province se mit à la tête d'une colonne de police destinée à poursuivre le Doi Van et le Doc Tich. Ce système aboutit à de graves revers, tels que l'enlèvement du poste de Yen Lêu par le Doc Tich. l'échec du Résident à Trai Son, puis du Tông Dôc qui dut être dégagé des coups du Doi Van par le cirpitaine Pariguet aux Pins Parosols. Quoi qu'il en soit, les deux chefs pirates, harcelés, finirent par faire leur soumission.

D'un d'eux, le Doc Van, après avoir repris la campagne et s'être retiré dans le Yen Thê où il eut affaire aux colonnes Picquet et Dumont, fut exécuté à Hanoï en novembre 1889.

Dans la région du Thanh Hoa Dao, entre le fleuve Rouge et la rivière Noire, la disparition du Bô Giap n'avait pas entraîné celle de ses bandes. Le lieutenant-colonel Pennequin dut aller leur donner la chasse et leur infligea un échec à Ban Co en novembre 1889. Mais elles restèrent dans le pays et continuèrent à inquiéter nos garnisons de Nghia Lo et Tu Le. Ce dernier poste dut même être évacué. Le lieutenant-colonel revint rétablir l'ordre, et grâce à sa politique pleine de finesse et à son sens des affaires indigènes, il sut remettre les choses au point et rallier à nous une population mécontentée par les exactions d un chef indigène. En même temps, il infligeait

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un nouvt'l écliec aux pirates eu leur enlevaut le repaire de Lang Buong- le 27 décembre 1889. Depuisce jour, si des bandes pénétrèrent encore dans la réj^ion on peut allirnuT (ju'ellcs n'y furent [)as appelées par la popidation.

La région de Mon Cny a toujours été une des plus troublées au Tonkin. En 1888, après les colonnes Dugenne, elle avait joui cependant d'une certaine tran(juillité; mais le 29 décembre de cette année, la citadelle fut prise par une bande. Le commandant Jiaudard opéra pendant tout l'hiver dans le massif situé entre Moncay et Tien Yen, et ramena dans la ré^^ion une paix relative jus([u'en 1892.

Dans la région de Cao Bani>-, dont roccu[)alion avait été faite en 1886 par le général Mensier et le colonel Servière, la tranquillité ne pouvait être que de courte durée, car les chefs chinois que nous avions dépossédés de leur prébende n'attendaient que le moment opportun pour la ressaisir. Ils s'étaient retirés dans les rochers des Ha Châu, dans les cirques du Luc Khu et dans la région de Ngan Son. Quelques petites opérations eurent lieu en 1886 et 1887 kXakéo, k Tra Linh, à Mo Sat et à Phuc Hoa, et eurent pour effet de rendre la tranquillité au pays jusqu'à la fin de 1888.

C'est alors que l'ancien régent Thuyêt, dont l'influence s'étendait du Thanh Hoa k Cao Bang, excita de nouveau l'ardeur des bandes chinoises de la frontière. En 1889, elles s'installèrent à An Lai (à 16 kilomètres au nord-est de Cao Bang), d'où elles furent délogées par deux colonnes parties de Cao Bang et Quang Uyèn, puis poursuivies par le lieutenant-colonel Servière dans les Ba Chàu et dans le Luc Khu. C'est à la suite de ces opérations que fut fondé le poste de Soc Giang le 31 octobre 1889.

Les pirates se tinrent tranquilles pendant quelque temps, mais leur séjour dans la région donna lieu, dans les années qui suivirent, jusqu'en 1892. k des colonnes dirigées par nous contre leurs repaires.

Sui le moyen Fleuve Rouge, la région de Hung Hoa n'avait pas échappé en 1889 aux entreprises de Thuyêt. Il y fut tout k coup représenté par le De Kiêu qui s'établit dans les lagunes de Rung Gia et vint inquiéter nos troupes jusque sous les murs de Hung Hoa. Le lieutenant-colonel Pennequin organisa des colonnes de police

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pour le réduire. En 1891 apparut le Doc Ngu qui massacra la i;arnisou (le Cho Bo et surprit le poste de Yen Lang'. Le lieutenantcolonel Pennequin reçut la mission d'en linir avec ce pirate dang-ereux et se mit à sa poursuite : il subit d'abord un très jj;-rave échec à Nièn Ky. puis, profitant de ce que les bandes du Doc Nyu étaient composées de deux éléments bien distincts, annamite et muong, il sema habilement parmi eux des éléments de discorde, et le Doc Ngu fut mis à mort le 7 août KS92 par les muong de la bande.

La soumission du De Kicii et du Qiian ylo, son beau-frère, s'ensuivirent, et le pays environnant recouvra un calme qu'il n avait pas connu depuis plusieurs années.

Dans le Thanh Hoa, l'iniluence de Thuyêt se lit sentir en t)ctobre 1889, par l'intermédiaire de De Soan, qui vint y rallumer la rébellion. L'attaque du poste de Nong C.ony par le chef montagnard Tarn Ba Thuoc mit le feu aux poudres et nécessita la mise en mouvement de trois colonnes successives. L'une d'elles, commandée par le lieutenant-colonel Lefèvre, livra au chef pirate deux durs combats dans les environs de Van Lai et eut son chef blessé. Après ces opérations les garnisons de troupes régulières ne furent plus laissées en Annam qu'à Hue, Thuan An et Tourane.

Le Yen Thé, à partir de la disparition du chef chinois Gai Kinh, resta occupé par des bandes annamites sous les ordres des chefs De Nain, Ha Pline, puis De TJuim. En 1889, le poste de Tinh Dao fut abandonné, et sa garnison transférée à Bo Ha sur le Song Thuong. La piraterie se ralluma autour des postes de Cao Thuong et de Huu Thuè. C'est alors qu'eurent lieu les colonnes Dumont et Picquet contre le Doi \d\\. Puis pendant les cinq années suivantes, le commandement, impuissant à déloger les pirates de leur camp retranché, admirablement organisé au fond des forêts, dut constituer contre eux des colonnes importantes. La première, sous les ordres du général Godin, [)rit Gao Thuong (janvier 1889) et fonda Nha Nam sur un emplacement voisin de Tin Dao. La deuxième, sous les ordres du colonel Erey, fit le siège du fort de Huu Thuê et l'occupa le 11 janvier 1891. La troisième, sous les ordres du général ^'oyron, sempara du camp retranché du De Nam. La quatrième eut lieu en ISÎIi contre le De Tham, qui était parvenu à s'emparer

de MM. Ghesnay et F.og'giou, et olitint do, la j)ail du l'rotcct(jrat un traité très avantoireux.

Revenons niuintenanl aux bandes du Haut l'Uni ve Iiou-^t. Apres la soumission de Dieu Van Tri, elles eurent pour chef Iloan^^ Tanli Loi et se divisèrent en deux j^^roupes, l'un sur la rive droite avec Hoang Man comme chef secondaire, et l'autre sur la rive «gauche sous les ordres de Xf/injrn Triihi TroïKj. (A'iui-ci était installé en 1890 au repaire de Kè Dinh qui fut enlevé en janvier IS'.II par le commandant de Beylié. Les bandes se retirèrent ensuite au repaire de Movio d\)ù elles furent encore débusquées par le lieutenantcolonel de Reylié. Elles s'y réinstallèrent et en furent de nouveau chassées en janvier 1892 pour aller se retranchera Ng-oi Gai; mais ce repaire fut détruit (juelques jours après. Elles remontèrent alors au Phong Nién jusqu'au moment où le lieutenant-colonel Pennequin prit le commandement du quatrième territoire.

Sur la rive droite, les bandes de Hoang- Man occupaient le Phong Du et furent l'objet, en 1891 et 1892, des poursuites des capitaines Lasalle et Cassin de la Loge qui les attaquèrent à Ké Ket et à Ké Hot.

Dans le massif de Dông Trièu, en 1888, les bandes furent concentrées entre les mains du chef chinois, Luii Ki/, véritable représentant au Tonkin d'une entreprise commerciale de piraterie, ayant ses bureaux et ses marchés en Chine. Après avoir subi de leur part quelques petits échecs dans nos différents postes ou au cours de nos reconnaissances, il nous devint nécessaire de conduire contre ces bandes des opérations d'ensemble. Elles débutèrent par l'attaque du repaire de Deo Gia par le lieutenant-colonel Servière. Luu Ky se retira dans la plaine de Phu Lang Tliuong- et dans le Bao Day où il fut rejoint en 1889 par plusieurs colonnes.

En janvier 1890, de retour au Deo Gia, Luu Ky parvint à capturer à Bèn Ghàu les frères Roques qui ne furent relâchés que contre une forte rançon. Aussitôt après, le commandant Préfet occupa le Deo Gia et y installa un poste.

En 1891, le colonel Dominé occupa Trai Son et l'ile des deux Songs, puis subit un échec dans le Nui Gao Bang. Enfin, à la fin de la même année, le colonel Terrillon fit à ces bandes une chasse méthodique qui eut pour résultat de les repousser dans le Bao Day et sur le Song Ba Glie, et de dégager ainsi les abords du Delta.

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Arrivée de M. de Lanessnn en JS9I ■ — '^V? poliflqiic. — (]rcnlinn des territoires tniliùiircs. — Phase de la Pacification des régions frontières par l'Administration militaire [iS91-iS95).

Pendant que ces opérations militaires se déroulaient, le gouvernement g-énéral avait reçu un nouvel hôte. M. Picquet avait donné sa démission en 1891 et avait eu pour successeur M. de Lanessan, député de la Seine, qui arriva au Tonkin avec le j^énéral Reste, nommé g-énéral en chef, et le contre-amiral Fournier, commandant la marine. Les études qu'il avait faites précédemment en Indo- Chine et un grand sens des choses coloniales préparaient le nouveau gouverneur général à ses hautes fonctions. Dès son arrivée, il procéda à une réforme qui devait avoir les elïets les plus heureux sur la pacification de nos rég-ions montag^neuses, la création des territoires militaires.

Il avait compris que tant que nous bornerions notre action à donner des coups de sonde à travers les rég-ions troublées et en y envoyant des colonnes qui ne faisaient que passer, tant que nous nous contenterions de nous fixer dans ces régions par des postes militaires, sans entrer en rehitions avec la population par l'administration du pays, nous épuiserions nos forces en une œuvre stérile.

En créant les territoires militaires, sous le commandement de colonels, et divisés eux-mêmes en cercles commandés par des chefs de bataillon, il dotait d'une administration très économique vm pays trop pauvre pour subvenir aux charges d'une organisation compliquée. En mettant entre les mains de l'autorité militaire l'administration du pays, il lui donnait les moyens de se renseigner utilement auprès des autorités indigènes sur lesquelles elle pouvait prendre le plus grand ascendant.

M. de Lanessan s'attacha aussi à augmenter et à améliorer nos voies de communication terrestres et le pays fut bientôt sillonné de

routes ({ui, tout en favorisant les relations commerciales, permettaient aux troupes de se porter plus l'aeilenieiit et [)lus rapidi-meut en un lieu troublé et devaient par suite concourir ;i la j)acilication du pays. Leur constiuction entreprise lui peu hâtivement eut le tort cependant d imposer de lourdes charg-es à la population.

Dans l'ordre administratif il rendit aux mandarins annamites une grande partie de l'autorité que nos Résidents, chefs de [)rovince. leur avaient enlevée et ne réserva à ceux-ci que la survi'illance de leurs actes, l'impulsion générale à donner à leur administration et la recherche ainsi que la répression de la petite piraterie. Cette méthode d'administration a Tavanla^e d'être conforme aux traités conclus avec l'Annam, et est de nature à nous attirer la sympathie de nos protégés : elle permet, en elfet, à l'élite du peuple vaincu de prendre part à la direction des aifaires. et lui donne, par suite, une consolation de son état de vassalité. Elle utilise, tout en les canalisant les qualités indiscutables que possèdent les mandarins annamites pour l'administration. Elle fait supporter à des individus de la race conquise une part des responsabilités qui incombent à la nation protectrice dans les mesures qui constituent une charge pour le peuple. C'est pour avoir voulu s'écarter de ces principes que la Cochinchine, comme le faisait observer récemment son lieutenanto-ouverneur M. Rodier, traverse en ce moment une sorte de crise causée par Y administration directe dont elle a abusé en écartant le concours des indigènes éclairés, et en démolissant l'admirable édifice de la commune annamite.

La piraterie, quoicp.ie bien refoulée, n'avait pas encore désarmé. Un tour d'horizon autour de notre frontière de Mon Cay à Lao Cai nous permettra de nous rendre compte des progrès accomplis.

A l'ouest de Mon Cay, dans la région du Song Ba Che, les bandes chinoises s'étaient installées en nombre au commencement de 1892. C'est alors qu'eurent lieu les opérations des capitaines Messier de Saint-James et Freystatter, à Lang Con et à Lang Ra.

A la mort deLuukj', dans le Dông Triéu, une partie de ses partisans vinrent dans la région de Tien Yen installer le repaire de Bin ho qui fut bientôt détruit par le commandant Courot. Le même repaire, réinstallé par le chef Tien Duc, fut enlevé de nouveau en

novembre par le lieutenant-colonel Coiu'ol lui-même, qui fit repasser en Chine les pirates et installa sur place le j)oste de Ly Sai.

Ce nettoyaj^e porta ses fruits pendant une année entière, mais au commencement de 18Ut, un petit chef de bande appelé Lo Man fut charefé par le haut négoce chinois d'exécuter sur notre territoire <piel([ues entreprises lucratives. Les Chinois n'étaient pas sans avoir remarqué que l'enlèvement d'un Européen leur rapportait plus d'argent que celui d'un poste, puisque le gouvernement s'était mis sur le pied de payer des rançons de trente à cinquante mille piastres. Lo Man commença par installer à Keo Dzo un repaire qui |fut détruit au mois d'avril puis réinstallé aussitôt.

De là il exécuta un premier enlèvement au cours d'une surprise (lu j)oste de Mon Cay et emmena en Chine M""" Chailley et sa lille. La bande prit aussitôt une importance considérable, provenant sans doute de ce que les capitalistes chinois qui l'entretenaient avaient trouvé l'affaire excellente, et Lo Man enleva bientôt après, à Port-Wallut, la famille Lyaudet, composée du père, de la mère et dune petite fille. Le gouverneur général commença à se lasser de payer des rançons qui n'étaient que des encouragements donnés à la piraterie, et obtint la reddition de cette famille par voie diplomatique. Quant à Lo Man, après un court séjour en Chine, il revint installer un puissant repaire au mont Pan Ai.

Dans le Dong Trièu, novis avons vu que le chef chinois Luu Ky avait été relégué vers le Bao Day. Le voisinage de la route mandarine de Hanoï à Lang Son lui donna l'occasion d'opérer plusieurs enlèvements d'Européens et de se livrer à de fructueuses embuscades tendues aux convois. Mais l'attaque du convoi où le commandant Bonneau et le capitaine Charpentier trouvèrent la mort coûta aussi la vie à Luu Ky le 9 juillet 1 802. La bande se divisa en deux parties qui allèrent successivement se réfugier dans le massif de Bac Son, improprement appelé Cai Kinh ;(au S.-O. de Lang Son).

La première devait rester sous les ordres de la veuve de Luu Ky jusqu'en 1894, puis prendre comme cheî Hoanff Tai Xf/an. Elle se retira tout d'abord au repaire de Luong Day, puis elle dut l'évacuer à la suite de plusieurs combats qui lui furent livrés en 1892 par le colonel Servière.

Les postes de Tri Lr cl de Van [,inh lurent créés dt; clia([iic côttdu repaire cl la hande se rc-l'u^ia à Luii<^'- Lai avec un poste avancé vers la ligne de chemin do fer à Len Day. (^c dernier repaire fut pris lannée même de sa création, et en janvier 189i le repaire principal tomba entre les mains du colonel Galliéni. Le chef Iloanh Tai Ngan fvit tué au cours de la poursuite qui s'ensuivit.

En continuant notre tour d horizon veis l'ouest sans nous arrêter à Lang Son, qui n'a jamais été le refuge de bandes pirates importantes, nous arrivons à Thaï Khê, où les bandes furent soutenues et encouragées en 1892 par les mandarins de (juang Si.

Leur tacli(pie était de nous créer le plus d'embarras possibles afin de nous rendre moins exigeants ;i la commission d' ahornemenl . Après les échecs de Bac Phiêt et de Xa Lan en août 1892, les bandes de pirates chinois renforcés de Réguliers prirent, comme objectif, le poste de Thaï Khê, dont leur chef .1 Kniih Sinh ('lait l'ancien seigneur, et en coupèrent les communications avec l'intérieur du Tonkin. Il fallut pour la dégager que le colonel Servière vint de Lang Son et leur donnât la chasse jusque dans le cercle de Cao Bang. Là aussi, ils trouvèrent à qui parler dans la personne du commandant Famin qui, avec une activité inlassable et une habileté consommée, les traqua dans les Ba Ghau, où furent livrés au mois de novembre les combats de Lung Noi, du Song Quay Thuan, de Keo Mac et de Lung Po. Après quelques mois de tranquillité la campagne fvit reprise en fin 1893 par le commandant Lamary, qui livra aux bandes les combats de Gia Heo et de Na Luong.

Enfin le lieutenant-colonel Vallière entreprit d étendre notre influence de proche en proche en partant de Cao Bang et en marchant vers l'O. Il s'empara tout d'abord de vive force de deux repaires du massif de Lung Sung (à l'ouest de la route Soc Giang à Mo Sat) et de celui de Phia Ma, puis redescendit vers le S.-O. et commença l'occupation méthodique du pays jusqu'au sud de Cho Ra.

Pour compléter la constatation de nos progrès vers 189o il nous faut maintenant jeter un coup d'œil vers le S.-E. Aussitôt après l'évacuation du massif de Bac Son (montagne du Nord^ par les bandes, le colonel Galliéni, commandant le premier territoire militaire,

sVfîoroa vu s'appuvaiit sur la population d'étendre notre influence vers les régions encore soinuises ti celle des pirates. La création des territoirt's militaires nous avait permis de faire connaître aux populations des montagnes les bienfaits d'une sage et bienveillante administration. Peu à peu les bandes perdaient leur crédit et nous nous étendions vers l'O. dans la direction de Kè Thuong et Cho Moi. Le nœud de communication de (^uc Duong au S. du premier point et à TE. du deuxième fut occupé en novembre 1894 par le capitaine Hémond, puis le commandant Tournier occupa Tong lloa Pliu il la suite du cond)at de Xa Ma. et enfin en mars 1895 le commandant Gérard s'avança jus(pr;i Na Ri et Ban 'l'inli. tout près de Kè Thuong-.

Ainsi la pacification faisait de joui- en jour la tache d huile, et au débul de l'année I Sîl.'i notre domination incontestée s'étendait sur la route (jui ])art dt> Bo Gai sur la frontière du Quang Si pour descendre vers le sud en passant par Nguyen Binh, Cho-Ra, Tong Hoa Phu, Bac Kan et Na Ri. Le seul obstacle à la libre communication entre Thai Nguyên et Cao Bang était donc le chef pirate Bac Ki/. à l'égard (kupiel nous observions une sorte de trêve depuis JSSil.

L occasion de la rompre nous fut donnée par un attentat commis par ses compagnons sur deux Français, et le colonel Galliéni ne la laissa pas échapper. Une colonne fut organisée par lui le 24 avril 189.') et en ([uelques semaines le chef pirate fut chassé de Kè Thuong et les communications furent dégagées comme par enchantement entre Cho Moi et Tông Hoa Phu. Ce résultat brillant avait été obtenu à l'aide de quatre colonnes dont les bases d'opération étaient respectivement Cho Moi ;i l'O. pour le commandant Moreau, Ban Tinh au S. pour le commandant Gérard, Xa Ri à TE. pour le lieutenant-colonel Clamorgan, et Tong lloa Phu au X. pour le lieutenantcolonel Vallière.

Aussitôt le pays évacué par les bandes de Bac Ky, il fut organisé administrativement sur le modèle des territoires militaires ainsi que les contrées qui s'étendaient vers Bac Kan et Chiêm Hoa. Cette organisation qui rejoignait le deuxième territoire au troisième sans solution de continuité, isolait la région encore occupée par Luong Tam Ki de la frontière de Chine et c était là un résultat important.

Si nous continuons vits l'O. n(jln' iHudc (!<• l;i i»;i(ilic;ition, nous trouvons entre Ha Giang et Lao Kay iiiic ré^-ioii ([vii est icstée pendant longtenij)s m (IcIkms de notre iniluciiee. I.e poslc de \ènliinh Xa, fondé en septembre 1887, avait été bientôt sui)pi'inié puis rétabli en 1893. C'était un premier jalon posé dans la direction de Iloang Thu Bi, mais qui laissait au nord vme vaste région encore ini'xplorée. C'est en I8!)i que le colonel Servière l'occupa délinitivement vu fondant les postes de Hoang' Thu Bi et de Xin^- Man.

Poussons maintenant notre examen en descendant vers le S.-O.

Nous avons laissé Iloang- Man dans le Phong Du en 1892. En janvier et février 1893, le lieutenant-colonel Penne([uiii reprit la chasse contre lui et le battit dans plusieurs rencontres dans les montagnes qui environnent la belle vallée de Tu Le. La population de Phong Du, armée par ses soins, se chargea ensuite de chasser elle-même les bandes pirates qui furent forcées de se retirera 1 ouest de Bat Xat.

L'autre bande de Hoang Thanh Loi, sous les ordres de Nguyên Triêu Trong, attaquait à la même époque, le 31 mars, le petit poste de Muong Mai, qui, mal situé et défendu par une poignée de tirailleurs et de partisans, sous les ordres du lieutenant Perrignon, ne dut son salut qu'à l'arrivée de la compagnie du capitaine Canivet qui le dégagea. Nguyên Triêu Trong passa le Fleuve Bouge et se retira alors au repaire de Lang Mac, non loin de Pho Bang. Le lieutenant-colonel Pennequin organisa une opération pour le débusquer, et le 20 avril le repaire fut attaqué par deux colonnes, l'une sur les ordres directs du lieutenant-colonel et composée de la compagnie Diguet du 2" Tonkinois, du peloton Fesch de la Légion et d une section d'artillerie, l'autre commandée par le commandant Prétet et composée de la compagnie Delval du 2* Tonkinois et d'un peloton de légion. Après un combat qui dura jusqu'à la nuit les pirates abandonnèrent la position.

Les bandes de Hoang Thanh Loi, à la lin de l'année 1893, se retirèrent toutes les deux dans le canton de Tu Long. Nous avons vu que le colonel Servière procéda en 189i à son occupation par la création du poste de Hoang Thu Bi.

Chassées de cette région les bandes revinrent vers le Chiêu Thanh

cjuo nous n avions pas encore soni;é ;i ori^i'aniser adniinistrativenient. elles y trouvèrent un refup^e assez sûr et essayèrent même d'approcher de nos postes de Tu Le et de ^'an Bu. Elles furent surveillées dans le courant de l'année I89'i par de petites colonnes fournies par les Cercles de A'an Bu (commandant Bertin) et Xgliia Lô (capitaine Dig-uet) et qui eurent avec elles quelques rencontres à Ma Dinh, Ta Phinli, Kini Xoi (où la colonne Bullier fut surprise) et Pa Chè. Des colonnes plus importantes opérèrents ensuite pendant l'hiver 9i-9r), sous les ordres des commandant d'Auhignosc et Gouttenègre, (Lu généi-al Servière et du lieutenantcolonel ^'imard. h^nlin. api-ès nxinv en des engagements très sérieux avec la colonne légère du capitaine Bailly, les bandes repassèrent en Chine et vinrent s'installer en face de nos postes de Hoang Thu Bi et de Xin Man qu'elles attaquèrent sans succès au mois d'avril.

Phase de l'Association de la population armée à l'achèvement de la pacification des régions frontières JSIK)-JS9(j).

En somme, si l'on jette un coup dd'il d'ensemble sur notre (cuvre de pacitication du Tonkin. on se rend compte que nous avons su profiler peu à peu des enseignements de l'expérience et afïiner de jour en jour nos moyens d'action. Au début, en effet, nous ne songeons qu'à répondre aux coups par d'autres coups, frappant un peu à tort et à travers : nous manquons de temps et de monde pour poursuivre l'ennemi dans une direction et nous installer à sa place parce que nous avons à répondre aussitôt à d'autres attaques sur d'autres points du territoire. C'est la période des colonnes en coup de lance (1885-1888). La leçon ne profite pas parce que l'ennemi panse ses blessures quand nous avons le dos tourné et revient à la charge le lendemain.

Puis, entre 1887 et 1888, nous commençons à nous cramponner au terrain conquis, nous fondons des postes sur les positions enlevées aux bandes pirates et, nous servant d'eux comme points d'appui,

nous poursuivons l'd'uvn.» (rassainisscniont pai- laclion de nos ai-nios sans song-cM' encore à entrer en relalion (Mi'oile av(M; la poj)ulation des régions montagneuses (pie nous occupons et cette faute permet en 1889 et 1890 à notre ennemi acliainc, l'ex-régent Tliuyêt, de rallumer la révolte sur tous les jKtinls du territoire dn Tonkin et de lAnnam. (^est la période iVoccupulion inililnifr (pii dure de 1888 à

Enfin, par la création des territoires militaires, nous entrons en communion d'idées avec la population. L'ofTicier se double dun administrateur et peut tirer des fonctionnaires indigènes dont Tavenir est entre ses mains, des services plus dé\(»ués et des l'enseignements plus complets sur la situation politicjue d\\ pays et l'esprit de la population. C'est la phase deVapacific.i/ion par radministnilion miliUiire.

Mais si nous sommes mieux i-enseignés, nous ne pouvons pas être partout et la nature accidentée du pays donne un abri facile aux pirates qui continuent à installer leurs nids d'aigles dans les rochers et en descendent au moment propice pour razzier les villages paisibles, attacpier les postes ou les convois et se livrer à des enlèvements lucratifs. Faut-il étendre indéfiniment le réseau de nos postes et disséminer par suite nos forces sui' le territoire pour faire face aux bandes sur tous les points ? Il ne peut en être question.

Le temps est venu pour nous de nous apercevoir que la confiance réciproque est née de nos relations avec la population et qu'elle nous offre par suite un instrument merveilleux pour la défense du sol sur tous ces points. Le montagnard des hautes régions est fatigué de se voir rançonner par les bandes, il commence à sentir que finalement nous avons toujours le dessus. Déjà quelques essais timides d'armement de la population ont donné de bons résultats. Le général en chef Duchemin et le colonel Galliéni, commandant du premier territoire, entrent résolument dans cette voie et bientôt toute la frontière du Quang Si est munie d'une barrière de villages armés. Cette expérience qui avait trouvé au début des détracteurs craignant de donner à nos protégés des verges pour nous battre, a maintenant réussi au delà de toute espérance. Nos partisans, organisés par communes et par cantons et armés de fusils 7i, sont maintenant la meilleure garantie de l'intégrité de la frontière.

Nous entrons dans la phase de Y associai ion de la population armée

à In 7'éprrsslon de la j)ir!i/erio. Solidement établis dans nos postes, administrant la population et pouvant par suite compter sur des renseignements sûrs de la part de nos fonctionnaires indi<^ènes, nous pourrons désormais mener nos opérations avec plus de méthode et par suite refouler peu à peu les chefs de bande chinois de l'autre côté de la frontière, ne laissant derrière nous (jue cette région toujours inquiétante de Cho Chu et du Nui Tarn Dao ou Luong Tam Ki et le De Tham continuent à troubler le pays.

Au mois de septembre 189.') il devenait urgent d'attaquer la bande de Lo Man qui s'était installée sur le mont Pan Ai, dans le cercle de Mon Cay, sur une très forte position et où l'on croyait trouver la famille Lyaudet toujours prisonnière. Le colonel Chaumont forma deux colonnes sous les ordres du lieutenant-colonel Hiou et du commandant Mondon. Pendant que la seconde tombait dans une embuscade, la première réussissait à occuper la position de Mai Lu Lang. Certain papier trouvé quehjues jours après sur un chef tué dans une embuscade établissait la complicité des autorités chinoises avec la bande pirate. C'était le projet de contrat à passer avec le Protectorat pour l'échange des prisonniers contre une rançon. Les autorités chinoises qui avaient favorisé l'entreprise devaient toucher 20 °/o de rançon. Cette intéressante découverte nous permit de réclamer encore plus énergiquement l'entremise du gouvernement, et, grâce aux etlbrts du maréchal Sou, qui opérait dans le Quang Tông, la famille Lyaudet fut délivrée un mois après.

Le repaire de Pan Aï était tombé entre nos mains le 21 août et la bande était repassée en Chine.

Dans la province de Thai Nguyèn, la présence du De Tham et de Luong Tain Kij continue à être un élément de désordre. En septembre 1895 les partisans du premier vont piller des villages jusque dans le voisinage de Phu Lang Thuong et malgré la soumission de Luong Tam Ky, le général en chef se décide à agir et le colonel Galliéni est chargé d'occuper le Yen thé. 11 forme les colonnes Hoblinger, Rondony et Roget qui prennent les forts du De Tham. Celui-ci s'enfuit poursuivi par le commandant Roget vers Quinh Dong. La soumission de ce chef pirate, poursuivie pendant toute l'année 189G, n'aboutit pas et au mois de juillet il semble s'être allié avec le sou-

missionnaire Luong Tam Ky [)uur coiiliiiucr cii ('(11111111111 1 exploitation des populations paisibles de la région jus(|u"it la lin de !)7, moment où il fait à son tour sa soumission.

Une autre partie des territoires remis à ladministration civile fait aussi parler d'elle, c'est le Dong- Trièu. Au mois de décembre 1895, le lieutenant-colonel Riou, chargé de la poursuite de la bande du Doc T/ni, l'allacjue avecune colonnede 300 hommes nuuiie d'artillerie et réussit à la disperser.

Pendant les années 189o et ISÎIO, la piraterie sévit encore dans dans les troisième et quatrième territoires entre Hao Lac et Lao Cai. Tout d'abord en liS9o. l?s chefs pirates .1 cor limon;/, Mac Que An et Le Chi Tuàn, pillent le cercle de lia Giang. Une colonnede partisans poursuit le premier sous la conduite du chef Thuonrj Van Tho. Le commandant Briquelot empêche les deux autres de menacer Ha Giang, mais il faut des forces plus considérables pour en venir à bout.

Au mois de janvier 181l(), le lieutenant-colonel Vallièrc forme trois colonnes sous les ordres du lieutenant-colonel Audéoud et des commandants Nouvel et Betboy dans le but de refouler les bandes au nord de la ligne Ha Giang, Bac Me, Bao Lac.

A ce moment le chef pirate Hoauff (Jau, qui tenait aussi la campagne dans la région de Ha Giang, s'étant dirigé vers le sud, le commandant Brenot, commandant du Cercle de Bac Quang, veut s'opposer à son mouvement et dirioe une reconnaissance contre Tham Thuy, mais il essuie un échec complet et est obligé de battre en retraite sur Bac Mue, après avoir éprouvé de graves pertes.

Les trois colonnes débouchent dans le TongBaXa attaquent Khan Coc qu'elles enlèvent, puis débloquent le poste de Ban Mich, investi depuis trois mois. Les bandes pirates remontent vers le N. et le colonel Vallière s efforce de leur opposer une barrière au S. En février, le colonel Audéoud enlève sans coup férir les positions de Coc Rau et de Ban ^ an, puis poussant une pointe vers le X.-E., il attaque le massif du Lung Mên avec de l'artillerie et prend possession des ouvrages pirates. Pendant ce temps, le commandant Nouvel, avec le chef de partisans Thuong Van Tho, occupe le plateau de Quan Ba (au X.-E. de Ha Giang), qui était en possession de A Coc Thuong depuis un an.

En août 189fi, le coinmaiulant Xouvel, commandant le Cercle de Ha (liang, délog-e le chei' Le Chi Tuàn de Lung Than et le refoule en Chine.

Les pirates d A Coc Thuong se sont réfug'iés dans le Dôn^ Quan, mais les Méos de cette région montagneuse ne tardent pas à vouloir secouer leur joug et oll'rent au capitaine Messier de Saint-James, commandant le secteur de Bao Lac, de lui donner leur appui. Celuici, puissamment aidé par le Quan Phu de Bao Lac (actuellement Quan dao) et ses partisans, déloge la bande de Meo Vac et s'y installe à sa place. Les pirates, traqués par nos partisans :i Mèo Vac et à Sa Pliinh, se réfugient à Lung Cam, à trois kilomètres de Phô Bang. A Coc Tliuong fortifie solidement cette position et y est assiégé par les partisans du Dông (juan jusqu'au mois d'août, épocjue k laquelle il abandonne la lutte et se réfugie en Chine. Puis il fait trois mois après sa soumission au général Sou.

Au mois d'octobre, le commandant Nouvel, voulant occuper Tien Phong sur la frontière au nord de Meo Vac, se butte à la résistance des Réguliers chinois qui refusent d'évacuer le poste dominé par trois petits fortins. Un poste provisoire français est installé en face et est appelé Chant/ Poiiiv/, ([ui n est qu une prononciation défectueuse de Tien Plionr/. Depuis lors, ce poste provisoire est de venu un poste fort bien construit qui, après avoir été conjugué du poste chinois voisin, a été abandonné par nous au mois d'août 1905.

Pendant que ces opérations se déroulaient dans les régions de Ha Giang et de Bao Lac, plus à l'O., le chef Mac Que An, lieutenant de Le Chi Tuân, avait au mois de février 1896, traversé le Song Chay et investi le poste de Lang Co Lum, commandé par l'adjudant Dubois. Le commandant Bailly, après avoir délogé les pirates du col de Ma Que, fit pénétrer la nuit dans le poste un renfort d'Européens avec des vivres et provoqua la dispersion de l'ennemi en petites bandes.

Le mois suivant, une nouvelle bande de 200 hommes entrait au Tonkin sous les ordres de Hoang Man et venait rejoindre Mac Que An. Le commandant Bailly prenait position k Luc An Chàu et le commandant Betboy se mettait k la j)oursuite de Mac Que An et de Nguyên Triéu Trong. La poursuite continue en avril sous la direc-

lion du ooloiu'l de Badens (|ui diri^i' les deux ((doiiiics l'x-lhoy <!t Bailly. Enlin, au mois de mai, le j^thu'ial de Jîadcns, ((jutiiiuaiit :i pourchasser les pirates, lesdélnis([ue deMuoiigChuanel deNamLuoc, Le lieutenant-colonel Vimard, commandant le quatrième territoire, vient lui donner la main. La colonne Hailly attacjue la position de Ba Lam el les pirates, en s'enfuyant devant elle, viennent tond>er sur la colonne Betboy qui les met en déroute. Le lieutenant-colonel Vimard continue la poursuite jusque sur Lun<^ Mo, mais au mois de juin les mêmes bandes sont revenues à leurs emplacements antérieurs et poussent même jusc[u à deux kilonu;lres du poste de Vinh Thuy. Au mois d'août Iloan^ Man est dans le quatrième teiritoire. Les capitaines Maurandy et (^olonna lui donnent la chasse. Il remonte vers le nord après le cond^at de Pho Rang' vX rentre en Chine au mois de septembre oîi il rejoint à Song' Phong' (près Lao Cai) les partisans de Xguyên Triêu Tronj^.

Pendant ce temps Mac Que An passe le commandement de sa bande à son lieutenant ]'iin cou Ifinli qui de Ban (Kuai (à l'ouest de la route de Yen Binh xa à Luc an Chauj se porte à Lan Tinli d'où, après plusieurs eng-agements, il se retire à Lang Ve. De là, en octobre, il se dirige vers le S.-O., occupe Ban Diem et Xa Man et tâche de rejoindre Hoang Man en traversant le Fleuve Rouge ; mais il n'v réussit pas et se retire en (^hine dans les environs de Sona: Phony-, sous lœil ])ienveillant des autorités chinoises.

A la même époc[ue une bande envoyée de Chine par Hoang Man, sous les ordres d'un certain An Hue, se dirige vers le village de Ban Manh. Le commandant Virgitti et le capitaine Colonna lui infligent une défaite à Ban Thuong. puis au mois de novembre la colonne Kolb la force à repasser en Chine.

En décembre, une nouvelle bande de 300 pirates, commandée par Ly A Vinh. lieutenant de Mac Que An, pénètre dans le quatrième territoire, à Ma Long Tang, au nord-est de Lao Cai, mais poursuivie par les capitaines Lhermite et de Bechevel et le lieutenant Lemoine, puis par les commandants Ecorsse et Virgitti, elle est obligée de repasser la frontière.

Pendant les quatre premiers mois de 1897, on signale encore quelques petites incursions des bandes chinoises dans le i«' territoire,

mais les autorités chinoises paraissent enfin vouloir nous aider dans notre œuvre de pacification et il n'en faut pas plus pour que celleci soit définitivement établie dans les territoires militaires.

Un règlement venait en efTet d'être élaboré pour l'exécution dune police mixte sur la frontière sino-annamite et pour l'application de l'article premier de la << Convention complémentaire de commerce du 20 juin \S\)l\ ». D'après ce document, la frontière était divisée en trois parties correspondantes aux provinces du Ouang- Tông, du Quang^ Si et du Yunnam. Dans chacune de ces parties, le service de la police frontière est dirigé par une commission mixte composée d un commissaire français et d'un commissaire chinois. Chacun d'eux a autorité sur les commandants des postes frontières de sa nationalité, conjugués chacun avec des portes militaires placés en face d'eux de l'autre côté de la frontière. Les ofïîciers commandant les postes conjug-ués doivent se renseigner mutuellement sur la présence des rassemblements de pirates qui leur sont signalés. Les commissaires des deux pays donnent des ordres et instructions, d un commun accord, aux postes sous leurs ordres, au sujet des mesures de police à prendre contre les rassemblements signalés. Les commandants de ces postes doivent se communiquer réciproquement leurs instructions. Dans le cas où une bande pirate passe la frontière, avis en est donné par le poste le plus voisin appartenant au pays d'où elle vient à son poste conjugué, afin que la poursuite soit continuée par les postes du pays où elle va.

Gr.àce à la sagesse de ce règlement qui. en somme, a été appliqué dans ses grandes lignes, la grande piraterie avait complètement déserté la frontière depuis 1897. Malheureusement elle continua à sévir dans la province de Thai Nguyên et dans les cercles de Bac Kan et de Yen Thê, où la présence du De Thnm, de Mn Man et du chef soumissionnaire Luoncf Tnin Ki/, lui donnerait mi aliment constant.

A part cette région centrale du Tonkin, les années qui s'écoulent de 1 897 à 1 900 ne sont troublées que par des affaires sans gravité que Ton peut qualifier d'incidents de frontière.

Phase de la police mixte franco-chinoise iiSif/ à jilO.)). — Sujrfs d iurjuiéludc jtuiir lu /ruii(jiil/lit(- inlôrirure du juijjs.

Ainsi, l'Empire du Milieu, (jui tout (rabord iravait vu en nous que des diables étrangers, pris su])ilenu'nt du mal deconcjuète, auxfjuels il sulliraiL dune résistance de queUjues années pour leur faire lâcher prise, avait suivi dun œil étonné notre conquête méthodique de rindo-Ghine. 11 venait de nous voir tout d'abord répondre un peu à tort et à travers aux coups qui nous étaient portés, puis entrer successivement dans la phase de l'occupation militaire du pays faite pied à pied, dans celle de l'organisation administrative des régions frontières et enlin dans celle de l'association de leur population à lœuvre de pacification en lui distribuant des armes. Des voisins qui agissaient avec une méthode aussi sûre n'étaient certes pas à négliger, et les Célestes s'étaient décidés à s'associer à nous pour une œuvre commune de police de la frontière. Nous entrions donc dans la phase de hi police franco-chinoise de la frontière.

Les incidents de frontière les plus importants eurent lieu en lîIOl, dans le deuxième territoire militaire.

Au mois d'avril, une bande pourchassée par le maréchal Sou incendie le poste de Lung Lan, au X.-O. de Bao Lac, et oblige sa petite garnison commandée par le lieutenant Debain à se disperser. Le capitaine Trioreau vient à son secours de Dong Van et fait repasser la bande en Chine. Ajoutons que ce coup de main était bien tentant pour une bande voulant nous intliger un échec, carie poste était installé dans une situation déplorable au point de vue de sa défense.

Au même moment une bande de oOO hommes entre dans le Cercle de Cao Bang, près de Soc Giang, et attaque le petit poste de Nuoc Hai, défendu par lo linhCo, mais elle échoue dans sa tentative et recule devant l'arrivée d'un peloton de légion envoyé de Cao Bang au secours du poste. La bande se retire dans le massif du LungSung, après avoir incendié le marché de Tap Xa. Le lieutenantcolonel Riou, commandant le territoire, constitue des groupes mobiles chargés de procéder autant que possible à une sorte d'investissement

du massif du LungSung. Refoulés de lîo Oai les pirates reviennent surTrung Trang- vers le S., mais ils rencontrent à Ta Xa un détachement qui les repousse dans le massif. Fuis ils cherchent à sortir de ce chaos de rochers presque inhabité et où par suite ils ne peuvent trouver aucune ressource. Ils parviennent à franchir le Song Bang Giang et à se jeter dans le massif du Luc Khu placé sur la rive gauche. Le lieutenant Dubois, commandant le poste de Nam Nhumg, part en reconnaissance pour leur couper les routes du S. Il est rejoint à Na Giang par le lieutenant-colonel Riou au moment où il était engagé avec une partie de la bande. Les pirates battent en retraite vers le N. Le capitaine Ibos poursuit une autre partie de la bande et l'atteint vers San Sien. Cette incursion avait duré du 22 avril au 11 mai. En 1902 un petit chef pirate soutenu par les sociétés secrètes opère dans la zone frontière du (^uang Si, entre la ville chinoise de Long Chàu et notre frontière du cercle de Cao Bang. C'est Hoang BaoChai, qui, pouraugmenter la terreur qu'il inspire aux pauvres habitants de cette région, se fait suivre d'un panierd'oreilles coupées à ceux dont il a evi à se plaindre. Il se risque rarement sur notre territoire, mais cependant, pour montrer aux gens du Tonkin (ju'il ne nous craint pas, il assassine le lieutenant Weisgerber de la légion étrangère, sur la route frontière entre Talung et Na lan, au mois de février 1902, et au mois de juin de la même année il incendie le marché de Talung, à cent mètres du poste du même nom. Iloang Bao Chai a expié en 1903 tous ses forfaits, et sa tête a été apportée au poste de Talung par le mandarin de Thuy Khau ainsi que celle de neuf de ses acolytes.

Faut-il signaler une attaque du convoi de Cao Bang à Dong Dang survenue le 29 août 1902 au col du Lung Kun et dont les auteurs étaient au nombre d'une douzaine ? De pareils incidents sont plutôt du domaine de la police que de celui des opérations militaires. Leurs auteurs n'ont plus pour but de renverser l'ordre de choses établi mais bien de s'enrichir par le brigandage.

C'est encore dans cette catégorie qu'il faut ranger la bande qui a été poursuivie par les troupes du cercle de Ha Giang au mois de mars 1903 et qui venait de Cho Chu, résidence de notre soumissionnaire Luong Tam Ky.

Enfin on peut citer un dernier incident de frontièn- (jui s'est passé en avril li)OI{. Une bande de 'M) [)irates tentant d'enlever le poste de Bac Phong Tinli dans le cercle do Mon Cay.

Il ne nous reste plus aucun ennemi déclaré, si petit qu'il soit, et contre lequel nous ayons U faire usage de nos armes d'une façon immédiate; mais nous avons trois objets sur les<[uels notre surveillance ne doit à aucun moment se relâcher. Le premier est la rébellion au QuangSi, quipourrait amener sur notre frontière des bandes considérables que nos effectifs de plus en plus réduits des territoires militaires auraient de la peine à arrêter. Encore ce péril a-t-il beaucoup diminué dans ces deux dernières années.

Le second objet qui doit tenir en éveil notre attention de tous les instants est la Triade ou Société des Trois Points [Tam Diêm], dont les centres de propajj^ande sont en Chine, mais dont les agents sont nombreux sur notre territoire et particulièrement dans le cercle de Cao Bang. A la fin de 11)02 son action dans cette région et dans celle de That Khé avait pris une telle extension que certaines communes avaient adhéré en masse à la Société et s'engageaient par suite à prêter leur appui contre nos armes aux bandes pirates qui auraient réussi à franchir la frontière. Cet état de choses devenait alarmant et, après de longues enquêtes, quelques dizaines d'agents provocateurs choisis parmi les plus actifs furent envoyés en exil à Poulo Condor par mesure administrative au mois de janvier 1903. Il était grandement à souhaiter que la loi française sur les Sociétés secrètes fût promulguée dans la colonie. Cette étape a été franchie à la fin de l'année 1904.

Le troisième objet de notre méfiance constante doit être la conduitede nos deuxchefs soumissionnaires LuongTam Kyet DêTham, dont les quartiers généraux sont Cho Chu dans la province de Thai Xguyén et Phu Lang Thuong sur la ligne du chemin de fer de Langson. Si leur présence sur les confins mêmes du Delta tonkinois n'est plus pour notre autorité une menace directe depuis qu'ils ne peuvent plus donner asile, ravitailler et soutenir des chefs pirates dangereux, tout le monde sait cependant que les vagabonds chinois qui ont un mauvais coup sur la conscience trouvent souvent chez eux un refuge discret et bienveillant, et qu'un courant ininterrompu de contrebande d'opium, dont des convois sont souvent protégés par

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des Chinois armés, est établi entre dill'érents points de la frontière chinoise et Cho Chu. Il paraît danj^ereux d'entretenir dans une réj^ion aussi centrale un de nos anciens ennemis, qui nous a donné maintes preuves de sa duplicité, et de lui donner une sorte de fief qui peut devenir un jour venant un foyer d'insurrection d'autant plus menaçant qu'il est resté en relations continuelles avec la Chine. Et que dire du De Tham ? Sa présence kPhu Lanj^ Thuon^, tout en présentant les mêmes dangers à cause de l'ascendant qu'il a su conserver sur la population environnante, est de plus un défi constant jeté à la face de notre administration, dont il se moque ouvertement.

Heureusement, cette générosité un peu débonnaire ne constitue dans l'ensemble de notre œuvre qu'une légère (elure qui ne menace pas sérieusement la solidité de l'édifice. Nos protégés ont pour nous juger des éléments d'appréciation qui sont tout à la gloire de la France. Ceux de Cochinchine ont vu à l'œuvre depuis 1860 nos amiraux gouverneurs et cette brillante pléiade d'administrateurs qui ont su sous ce climat débilitant donner à la France la plus belle de ses colonies et lui bâtir une capitale que l'on appelle la perle de l'Extrême-Orient. Leurs frères du Tonkin ont assisté au développement de la méthode sûre et rationnelle appliquée par nous pour parcourir les six étapes de la pacification de leur pays. Enfin, ils sont témoins des efforts si énergiques déploA^és chaque jour par nos colons pour le mettre en valeur au point de vue économique.

Si, comme nous le montrerons jilus loin, l'œuvre entreprise par la France en Indo-Chine a encore besoin d'être améliorée au point de vue de nos rapports avec les indigènes, si la défense de son territoire n'est pas encore assurée d'une façon sufiîsante, il n'en est pas moins vrai qu'elle dénote de la part de notre pays une aptitude colonisatrice remarquable. Les crédits votés par le Gouvernement n'ont pas été gaspillés, le sang de nos soldats n'a pas été perdu, caria France a maintenant une Inde Française digne de remplacer celle des Dupleix et des La Bourdonnais. Elle a fait sortir de terre comme d'un coup de sa baguette magique des villes merveilleuses comme Saigon et Hanoï, des travaux gigantesques comme le pont Doumer.

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