‹ Annam et Indo-Chine françaiseChapitre 7 sur 25 · CHAPITRE I"'- SITUATION POLITIQUE DE L'INDOCHINE · texte numérisé non relu

CHAPITRE I"'- SITUATION POLITIQUE DE L'INDOCHINE

Considérations générales.

La population des plaines, des deltas du Mékong-, du Fleuve Rouge et de la côte d'Annam, c'est-à-dire linimense majorité des habitants de Flndo-Ghine, est uniquement composée d'Annamites, de ce peuple intelligent, à l'humeur aventureuse, au caractère souple et docile, mais capable aussi, lorsqu'il rencontre des chefs habiles et entreprenants de secouer le joug- de l'étranger, fidèle à la tradition de ses ancêtres, respectueux de toute culture intellectuelle, aimant les lettres mais inapte aux travaux scientifiques, doué enfin d'une civilisation assez affinée d'origine chinoise et d'une religion tellement compliquée que les prêtres seuls en connaissent les arcanes. Quant aux montagnards,' par leur origine chinoise et par la situation de leur habitat au mdieu du pays annamite, ils sont tous plus ou moins imprégnés de la même forme de civilisation. Leurs coutumes et leurs idées religieuses puisent à la même source, leurs langues sont soumises à des règles analogues. Enfin, si leur degré de civilisation est très variable, aucune de leurs peuplades, sauf peut-être celles des Moi qui habitent la chaîne annamitique, ne mérite le qualificatif de sauvage ou de barbare que les Chinois et les Annamites leur octroient si peu généreusement.

Nous avons parcouru rapidement dans la 1''' partie de cet ouvrage l'histoire du peuple annamite jusqu'à notre établissement dans son pays. Il nous reste à voir dans cette deuxième partie quel a été le rôle de la France dans l'organisation de sa conquête, comment elle a observé les traités qui la liaient au Céleste Empire et

à 1 Anuiiiu, ((uelle direction elle a donnée à la politique du pavs, quelles modifications elle a aj)|)()rlée.s aux institutions annamites dans l'ordre administratif, judiciaire ou militaire, quelle inqnilsion elle a donnée à l'activité économique, enlin quelle orii^anisation budgétaire elle a établie en Indo-Chine. Et nous serons tout naturellement amené à dire notre humble avis sur les mesures qui ont été prises par l'administration française et à énoncer sous forme de conclusion les réformes qui pourraient être entreprises avec profit pour l'avenir de notre colonisation en Indo-Chme,

Traités qui définissent les relations politiques de la France avec l'Annam. — Manière dont la France les a observés.

Voyons tout d'abord (juels sont les traités sur lesquels reposent les relations entre la France et l'empire d'Annam. Nous avons vu en étudiant l'histoire de la conquête que le premier fut signé le lo mars I87i par M. Philastre. Ce malencontreux document reconnaisait la souveraineté du roi d'Annam et l'indépendance absolue de son pays avec cette seule réserve qu'il devait conformer sa politi({ue extérieure à celle de la France, qui le garantissait contre toute attaque du dehors. Il prévoyait l'entretien à Hué d'un Résident français ayant la mission de veiller à l'observation du contrat. Cet instrument diplomatique, quoique ne reconnaissant à la France qu'un protectorat très restreint^ malgré la remise de l'indemnité de guerre et le don gracieux d'armes et munitions qu'il stipulait, et en dépit du massacre de nos partisans qu'il devait déchaîner, avait le tort aux yeux du Céleste Empire de ne pas reconnaître sa suzeraineté sur l'Annam, qui remontait à la plus haute antiquité. Aussi fut-il dénoncé par le marquis de Tseng-, ambassadeur de Chine. Cette puissance ne tarda pas d'ailleurs à entrer ouvertement en lutte avec la France.

Un second traité fut signé le 23 août 188.'^ entre M. Ilarmand, commissaire général du gouvernement français au Tonkin, et le roi d'Annam Ilièp lloa, aux termes duquel l'Annam ne pouvait plus

avoir do. relations diplfimatitjiios avec aucuiio puissance <'tran|^'-(''r(î que par 1 intermédiaire de l'I^tat Prolecteur, la France. Daulrct part, le roi ne conservait plus cpi luic aut()iil('î noniinah; sur \v. Tonkin, auquel on adjoignait les ti'ois provinces côtières de Thanh Iloa, Ng^hé An et lia Tinh, pendant qu'on attribuait au sud celle du Binh Thuan à la Cochinchine.

Mais après la signature du traité de Tien Tsin entre la France et la Chine, un nouveau contrat fut élaboré à Hué par M. Patenôtre et le nouveau roi d'Annam, Kièn Phuoc, le 0 juin 1881. Ce document, tout en consacrant d'une façon définitive le principe du Protectorat de la France avec des dispositions différentes pour le Tonkin et l'Annam central, rendait à ce dernier les quatre provinces que le traité de M. Harmand lui avait enlevées. Les articles 3, 6 et 7 sont à citer en entier parce qu'ils marquent bien la distinction établie entre les deux systèmes de Protectorat, et aussi, parce qu'à notre avis, ils délimitent avec sagesse la part d'ingérence que notre Gouvernement n'aurait jamais dû dépasser sous peine de faire de l'administration directe en un Protectorat, c'est-à-dire de commettre un non-sens :

« Article 3. — Les fonctionnaires annamites, depuis la frontière « de la Cochinchine jusqu'à celle de la province de Ninh Binh, con- (( tinueront à administrer les provinces, sauf en ce qui concerne les (( douanes, les travaux publics et en général tous les services exi- (( géant une direction unique ou l'emploi d'ingénieurs ou d'agents « européens.

« Article G. — Au Tonkin, des Résidents seront placés par le Gou- « vernement de la République dans les chefs-lieux où leur présence « sera jugée utile. Ils seront sous les ordres du Résident Général de « Hué. Ils habiteront la citadelle et en tout cas dans l'enceinte « même réservée au mandarin : il leur sera donné, s'il y a lieu, une « escorte française ou indigène.

« Article 7. — Les Résidents éviteront de s'occuper des détailsde « l'administration intérieure des provinces. Les fonctionnaires indi- « gènes de tout ordre continueront à gouverner et à administrer sous « leur contrôle, mais ils devront être révoqués sur la demande des « autorités françaises »,

La Convention du 30 juillet 1885, signée par le général de Gouny, à la suite du guet-apens de Ilué, imposa à l'Annam un Protectorat aussi direct que celui du Tonkin ; mais Paul Bert qui prit quelque temps après les fonctions de Commissaire Général revint à l'esprit du traité de 188i en cherchant h isoler le Tonkin de la Cour d'Annam. Dans ce but il réussit à faire signer une ordonnance royale par laquelle le roi déléguait ses pouvoirs sur les provinces du Tonkin à un haut fonctionnaire annamite auquel il donnait le titre de (( King luoc » ou contrôleur roi/al. Dans la réalité, cette délégation de pouvoirs entre les mains d'un mandarin dont la nomination ou la révocation était soumise à l'assentiment du Résident Général français, équivalait à l'abandon du Tonkin entre les mains de la France. D'autre part, Paul Bert n'abandonnait pas les dispositions de la convention de 1885 puisqu'il laissait des Résidents français dans les provinces de l'Annam central, se contentant de leur donner par sa circulaire du 30 août 1886 une autorité moins directe qu'à ceux du Tonkin sur les mandarins annamites.

La création de l'unité indo-chinoise, (|ui eut lieu le 17 octobre 1887, eut pour effet d'aggraver encore la tendance du gouvernement français à considérer les deux pays, Tonkin et Annam central, comme devant être soumis au même régime de protectorat, et, dans la pratique, nos Résidents portèrent de plus en plus leur ingérence dans les détails de l'administration provinciale, réduisant peu à peu les mandarins annamites au rôle peu brillant de simples agents d'exécution et de renseignement. Enfin, M. de Lanessan, qui fut nommé Gouverneur Général de l'Indo-Chine par décret du 21 avril 181M avec des pouvoirs très étendus, comprit heureusement d'une manière toute différente la position que devait prendre l'administration française vis-à-vis du peuple protégé. Comme nous l'avons vu en étudiant l'histoire de notre établissement au Tonkin, il restitua aux fonctionnaires indigènes le gouvernement et l'administration des provinces, il fit rentrer les Résidents dans leur rôle normal, rôle de contrôle et de haute surveillance des actes du chef de province, près duquel ils étaient placés, rôle d'organisation de la police et de la répression de la petite piraterie. Cette politique indigène

avait le grand avantage d'utiliser les réelles qualités administratives que possèdent les Lettrés en les faisant participer h l'administration du pays, de donner satisfaction au désir de la population, heureuse de voir les plus distingués des siens s'occuper de ses affjiires. Elle avait aussi l'heureux résultat de faire partager aux mandarins annamites la responsal)ilité de toutes les mesures impopulaires et de toutes les charges qu entraîne notre domination par la force même des choses. Il est à craindre que plus nous nous éloignerons de cette politique prudente, plus nous susciterons le mécontentement, tant chez les Lettrés que chez le Peuple, et cela, pour le plaisir un peu enfantin de toucher au mécanisme de leurs institutions.

Traités qui définissent les relations politiques de la France avec la Chine.

Le premier traité qui soit intervenu entre la France et la Chine, au sujet des relations de voisinage à définir sur la frontière Tonkinoise, fut signé par M. Fournier le 11 mai 1884 ; mais le guet-apens de Bac Lé dont nous fûmes victimes presque aussitôt fut pour lui un sujet d'annulation immédiate. Parle second, œuvre de M. Patenôtre, daté du 9 juin 1883, et approuvé par le Roi le 17 juillet de la même année, la Chine renonce à ses droits de suzeraineté sur l'Annam et reconnaît notre protectorat au Tonkin. Il contient en germe la création d'une commission de délimitation de la frontière des deux pays.

Par la convention commerciale du 2o avril 1886 et la convention additionnelle du 26 juin 1887, la Chine ouvre au commerce français les deux villes de Long Chàu, située au confluent du Song Bang Giang et du Song Ki Kong dans la province du Quan Si, et de Mong Tsé, au Yunnam, avec annexe à Man hao. Le même jour, 26 juin 1887, une convention de délimitation mettait fin aux travaux de la commission mixte qui avait lixé d'un commun accord la frontière sino-annamite.

Enfin le 20 juin 189^) intervenait la convention complémentaire de commerce ^ qui substituait à la ville de Man hao celle de Ho Kuéou, ouvrait encore au commerce une troisième ville du Yunnam, Sze Mao, et autorisait la France à entretenir des agents consulaires à Tong' Hing, en face de Mon Cay. Elle était accompagnée d'un règlement pour Texécution de son article premier concernant la police mixte à installer sur la frontière. Nous avons vu, en étudiant l'histoire de la conquête, quel a été l'heureux effet de cette association des deux nations dans un but commun de pacification.

Après le traité de Simonosaki (octobre 1895) (jui mit fin à la guerre sino-japonaise, les puissances européennes virent dans laffaiblissement de la Chine une occasion favorable pour en obtenir des concessions. En 1898, la baie de Kiao Tchaou fut accordée à l'Allemagne par un l)ail de 99 ans, et dans les mêmes conditions, Port- Arthur et Taliênwan k la Russie. L'Angleterre, pour la simple satisfaction de faire comme les autres, exigeait la cession de \'ei Hai Wei. Enfin la France, par une convention du 10 avril 1898, fut mise en possession de la baie de Quang Tcheou Wan située au nord de l'île de Hai Nan et reçut la promesse que celle-ci ne serait jamais donnée à une autre puissance, ainsi (ju'aucune partie des trois provinces du (^uang Tong, du Quang Si et du Yunnam. Cette dernière clause a d'ailleurs été violée peu de temps après par la cession k l'Angleterre de la presqu'île de Koun Lown qui complète d'une façon si heureuse la formidable installation de cette puissance dans l'île de Hong Kong située en face.

Quant aux limites de notre nouvelle possession, elles ont été fixées par la convention de délimitation du 14 novembre 1899. Le territoire de Quang Tcheou Wan, placé sous l'autorité du Gouverneur Général de l'Indo-Chine par le décret du o janvier 1900, a été l'objet de toute la sollicitude de M. Doumer qui y a fait faire de superbes installations pour les services civils et la garnison.

Nos deux derniers Gouverneurs Généraux MM. Doumer et Beau n'ont pas cessé, depuis 1896, d'entretenir avec la Chine une politique de bonne entente qui a largement contribué k faciliter notre situation en Extrême-Orient, en même temps qu'elle a étendu l'influence française dans les régions voisines de l'Indo-Chine. C'est

par Teuvoi de riz qui fui lait à plusieurs reprises aux provinces chinoises qui en man(juaient, qu'ils ont su «çaj^ner à notre pays la sympathie de nos voisins. C'est j)ar la création d'écoles et d'hôpitaux français qu'ils nous ont fait favorablement connaître d'eux. On ne saurait trop les féliciter d'avoir si bien compris que notre intérêt bien entendu en Extrême-Orient, est de marcher avec le Céleste Empire la main dans la main .

55 4 Politique de la France au Cambodge.

Nons avons vu, dans la première partie de cet ouvrage, que l'amiral de la Grandière, gouverneur de la Cochinchine avait signé en 1863 avec le roi Norodon un traité qui ratifiait nos droits sur son royaume. Mais le Protectorat, ainsi établi, avait le grand défaut de laisser à ce prince, peu soucieux des intérêts de ses sujets, une autorité dont il abusait. Son attitude, vis-à-vis de notre gouvernement, était fuyante et équivoque. En 188i, M. Thomson, alors Gouverneur de la Cochinchine. trouva qu'il était grand temps d'intervenir dans les atîaires du Cambodge d'une façon plus directe et il élabora un nouveau traité qui fut signé par le roi le 17 juin et approuvé par le parlement français le 17 juillet de l'année suivante. La France prenait en mains la direction du budget du royaume, l'exécution des réformes de tout ordre qu'elle jugerait utile d'entreprendre, le contrôle des administrations indigènes par des Résidents français, installés dans les principaux centres, et le gouvernement effectif du pays qui est confié au Résident Supérieur, installé à Pnom Penh. Quant au roi, il ne lui reste que les sceaux qui constituent le svmbole de son autorité, mais avec lesquels il ne pourra que contresigner les décisions prises par le Protectorat, et une liste civile de 300.000 piastres. Quelle que fût l'incapacité du monarque auquel on voulait enlever la direction des destinées de son peuple, on conviendra qu'un bouleversement aussi radical du système antérieur constituait un de ces sauts trop brusques dont la politique ne s'accommode jamais.

Les événements se chargèrent d'ailleurs de démontrer qu'il eût mieux valu procéder par étapes successives pour arriver au but qu'on voulait atteindre, car le mécontentement produit par l'apparition du nouveau traité, et qui semblait entretenu par le souverain luimême, fut tel que son application, même partielle, dut être ajournée jusqu'en 1891. Quelques années plus tard, le Résident Supérieur, M. de Verne ville, considérant le roi comme désormais inapte à conserver même le symbole de la puissance royale, lui avait fait enlever les sceaux. Il fallut l'intervention du Gouverneur Général, M. Doumer, pour les lui faire rendre en 1897. 11 profita d'ailleurs de son voyage à Pnom Penh pour achever la réalisation des dernières réformes dont l'application était toujours restée en suspens. L'ordonnance royale du 11 juillet 1897, iixait la nouvelle organisation du gouvernement. Celui-ci est constitué par les six ministres cambodgiens et présidé parle Résident Supérieur français. Les décisions du conseil des ministres sont signées par le roi et contresignées pour exécution par le Résident Supérieur. Ce haut fonctionnaire a d'ailleurs sous ses ordres, dans chaque groupe de provinces, un Résident chargé d'exercer un contrôle très étroit sur les fonctionnaires cambodgiens. L'organisation judiciaire est également modifiée et fait passer les étrangers et notamment les Chinois, des tribunaux indigènes à la juridiction française. L'esclavage pour dettes est aboli. Les jeux, qui était presque une institution d'Etat, sont interdits. Enfin les Français sont admis à posséder des terres soit par achat, oit par l'octroi de concessions faites par le Gouverne ment.

Norodom P'" est mort en 1905 et a été, conformément aux institutions du royaume, remplacé sur le trône par l'ancien Obarach, le second roi, son frère cadet, qui règne sous le nom de Sisowath. L'incinération du corps du monarque défunt a eu lieu en 1906 et le nouveau roi a pu être enfin couronné. Le loyalisme qu'il a toujovu's professé à l'égard de la France peut nous être un sûr garant de l'avenir de notre Protectorat au Cambodgre.

Politique de la France au Laos.

Traités avec le Siam et l'Angleterre.

Le Laos est un pays qui est arrosé clans toute sa long'ueur du nord au sud par le magnifique fleuve Mékong et confine au X.-l']. au Tonkin, à lE. à TAnnam Central, au S. au Cambodge, à 10. au Siam et à la Birmanie, au N. à la Chine.

Cette situation intermédiaire entre le Siam d uni; part et lAnnam de l'autre, a été depuis des siècles une cause de conflits. Nous avons vu, au cours de notre esquisse de l'histoire, que les Siamois avaient profité de ce que notre attention était détournée de ce pays pour l'occuper méthodiquement jusqu'aux frontières mêmes du Tonkin. Ce fut \l. Pavie, notre consul à Luang Prabang qui, en 1888, signala ce danger le premier et arrêta les envahisseurs dans leur marche progressive. Mais le mouvement continua d'un autre côté et en 1893, encouragés par notre inaction, les Siamois étaient arrivés jusqu'à 80 kilomètres de Hué. Il était temps d'agir avec énergie contre cet empiétement systématique. Aussi des colonnes furent-elles envoyées de Cochinchine au Laos. Elles occupèrent quelques points d'appui et refoulèrent progressivement les envahisseurs sur la rive droite du Mékong. C'est au cours de ces expéditions que nos ennemis, obligés de céder à nos armes, usèrent de fourberie en procédant à l'arrestation du capitaine Thoreux et en faisant assassiner lâchement l'inspecteur de milice Grosgurin. En 1893, deux cannonières françaises, l'Inconstant et la Comète, qui remontaient la Mei Nam furent reçues à coups de canon par les difTérents forts qui s'y échelonnent et arrivèrent à Bang Kok après avoir bravé la flotte siamoise et les lignes de défense accumulées sur leur route. Cette attaque pouvait être considérée par nous comme un guet-apens, car le traité de 1836 nous donnait le droit de pénétrer dans la Mei Nam. Aussi le gouvernement Français, à bout de patience, adressa-t-il le 20 juillet 1893 un ultimatum exigeant l'évacuation immédiate par les troupes siamoises de toute la rive droite du Mékong. Le Siam après avoir manifesté d'abord sa volonté de garder des droits sur

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les régions tle la vixv droite, situées au Nord du 1 S'' dej»Té de latitude, et en particulier sur tout le rovaume de Luang^ Prabang', céda devant la menace dune rupture diploniaticjue et M. Le Myre de Vilers signa avec le gouvernement siamois, le 3 octobre 1893, un traité de paix. Le Siam renonçait à toute prétention sur les régions situées sur la rive gauche du Mékong et s'engageait à n'entretenir aucune force militaire dans les provinces de Battambang et de Sieni Reap ainsi que sur la bande de 25 kilomètres de large bordant la rive droite du Me Kong. Il s'interdisait aussi la cii'culation de tout bateau armé dans les eaux du Fleuve et du Grand Lac. Enlin, comme gage de la fidèle exécution de ces dispositions, la France était autorisée à installer à Chantaboun et au petit port de Pac Nam, situé à l'embouchure de la rivière du même nom, un petit corps d'occupation composé de deux compagnies de tirailleurs annamites, un peloton d'Infanterie de Marine et une section d'artillerie. A la vérité ce point était fort mal choisi, car il était situé k IG heures de mer de Bang Kok et n'était relié à la capitale par aucune route praticable. 11 eût mieux valu créer la même installation à l'île de Ko Si Chang, située à l'embouchure même de la Mei Nam, d'où on aurait pu surveiller l'entrée de la rivière et menacer plus directement le cœur du pays. Aucune compensation ne nous était d'ailleurs donnée pour nos dépenses d'occupation et la province de Chantaboun versait son impôt dans les caisses du trésor comme toute autre région du royaume. L entretien du corps d'occupation, qui coûtait donc assez cher à l'Indo-Chine, n'avait comme seul avantage que d'être pour les Siamois une liiiniilialion intolérable.

Pendant ce temps l'Angleteri*e avait conquis la Birmanie en 1885, avec l'intention de pénétrer en Chine à l'aide d'un chemin de fer. Obligée de renoncer à la vallée de l'iraouaddy qui amenait son itinéraire à traverser l'Himmalaya, elle étudia un autre tracé dans la direction de Sze Mao. Elle établit en 1892 son protectorat sur les Etats Shans et provoqua la réunion d'une commission mixte à laquelle prirent part MM. Pavie, pour la France, et Scott, pour l'Angleterre, chargée d'étudier la création d'un Etat Tampon entre les possessions anglaises et françaises. Mais cette solution ne put aboutir et le statu (juo fut maintenu jusqu'en I80G. Un traité fut alors

conclu entre la France et lAnj^'-lelerre (jui définissait très nettement leurs situations respectives au nord du Siam et leurs zones d'influence à l'intérieur même de ce royaume.

Au Nord, la Birmanie et le Laos Français sont séparés par le cours du MéKong-. Au Sud les deux puissances contractantes s'interdisent réciproquement toute action individuelle dans la partie centrale du Siam, formée de la vallée de la Mei Nam, et qu'ils considèrent comme un Etat Tampon entre elles. Elles se réservent dV exercer une action commune en cas de nécessité. La partie du Siam, située à l'Est de cette rég^ion, et la partie du Laos, située sur la riA^e droite du MéKong-, constituent la zone d'influence réservée à la France et dans laquelle elle conserve toute sa liberté d'action. La partie du Siam sitiiée à l'Ouest, comprenant la vallée de la Salouenet la presqu'île de Malacca sont dans les mêmes conditions laissés sous l'influence Anglaise. Cette déclaration signée à Londres le o janvier 1896 a été confirmée par la convention signée à Londres le 8 avril 1904 et qui a donné une solution aux questions coloniales en suspens entre les deux puissances.

Le 7 octobre 1902, M. Delcassé, notre Ministre des Afîaires Etrangères, signa avec le Siam un nouveau traité aux termes duquel la France évacuait Ghantaboun, abandonnait le bénéfice de la zone neutre dans laquelle le Siam, d'après le traité de 1893, ne pouvait avoir ni fortifications ni troupes et abandonnait une partie de ses protégés. En retour de ces trois concessions, elle n'obtenait qu'une rectification de la frontière du Cambodge lui adjoignant les provinces de Bassac et de Melouprey. Cette convention fut considérée par le groupe colonial de la Chambre comme une reculade par rapport au traité antérieur et il fut décidé qu'elle ne serait pas ratifiée par le Parlement. Elle est par suite devenue caduque le 31 mars

Un nouveau traité Franco-Siamois a été signé par M. Delcassé le 13 février 1904, dont les dispositions étaient plus acceptables, sans toutefois représenter la limite des prétentions que nous aurions pu avoir. La frontière est rectifiée de manière à donner à la France les provinces de Bassac, Melouprev et Muong Krat. Le gouvernement siamois renonce k toute prérogative de suzeraineté sur les terri-

toires de Luang Prabang- situés à l'Ouest du Mékong. Au Sud, c'est ce tleuve qui constitue la frontière entre les deux puissances contractantes. Les troupes entretenues dans le bassin siamois devront être de nationalité siamoise et commandées par des otïiciers siamois. Dans les provinces de Sieni lleap, Sisophon et BaLtambang, voisines du Cambodge, le gouvernement siamois ne pourra entretenir que les troupes de police nécessaires au maintien de l'ordre et exclusivement recrutées surplace parmi les indigènes. Elles seront instruites par des otïiciers français. Pour les grands travaux tels que la construction des chemins de fer à exécuter dans le bassin siamois du Mékong, il devra y avoir entente avec la France, toutes les fois qu'ils ne pourront pas être exécutés par un personnel et des capitaux siamois. Des concessions seront données à la France en plusieurs points importants situés sur le cours du Mékong et sur la rive siamoise. Les deux gouvernements s'entendront pour la construction le long de ce tleuve des lignes ferrées nécessaires. Ils faciliteront la construction d'un chemin de fer entre Pnom Penh et Battambang. Plusieurs articles règlent la question des protégés français et des juridictions auxquelles ils ressortisscnt, ainsi que les Français établis au Siam. Les Asiatiques, nés dans un pays soumis à la France ou protégé par elle, seront reconnus comme protégés français, ainsi que leurs enfants, mais à l'exclusion de leurs petitsenfants. Enfin, les troupes françaises occupant Chanlaboun devront quitter ce point aussitôt que la délimitation de la frontière aura été arrêtée par une commission mixte.

Ce traité, bien qu'avantageux à certains égards, ne pouvait constituer une solution définitive, car il laissait aux deux puissances contractantes des sujets de mécontentements. Du côté siamois on nous voyait d'un mauvais œil prendre pied sur le golfe de Siam avec le port de Muong Krat et cou^Der la route de Luang Prabang à Bang Kok par la possession de l'enclave de Dan Saï, d'autant plus que ces deux points étaient habités par des populations purement siamoises. De plus l'orgueil siamois souffrait cruellement de nous voir exercer sur son territoire et dans sa capitale même un droit de juridiction sur certains asiatiques protégés français. Le Siam brûlait du désir de suivre le Japon dans son émancipation et de voir aboli le le réi^ime humiliant de Vcxterrilorialisafion.

Du côté français, l'occupation par le Siani des anciennes provinces cambodgiennes de Hattambang-, Siem Reap (Ang- Kor) et Sisophon étaient pour la nation [)rotectrice une hvuiiilialicjn intolérable et un donimag-e matériel considérable. Les trois provinces ont en effet une population de 2;i0.0()0 habitants et paient des impôts assez élevés.

Par un traité qui vient d'être signé k Bang Kok le 23 mars 11)07, tous ces desiderata viennent de recevoir satisfaction. En le signant la France renonce du même coup à toute velléité future d'empiétement, qu'aurait pu amener, le cas échéant, l'attitude toujours un peu hostile du Siam k notre égard. Elle renonce k la zone d'influence que constituait pour elle la rive droite du Mé Kong- et aux avantagées que lui donnait la convention de 1896 signée avec l'Ang-leterre. Elle renonce dans un autre ordre d'idées k l'influence considérable qu'elle pouvait exercer, même k BangKok, par suite de sa protection sur un grand nombre de Chinois.

Dans l'état actuel de la politique asiatique, ce renoncement est un acte de sagesse qui ne doit nous laisser aucun regret. Le traité du 23 mars 1907 se distingue par une franchise sans arrière-pensée. Il donne l'impression d'un marché fait avec une bonne balance et de bons poids. Espérons que les Siamois apporteront la même franchise dans leurs rapports avec nous et nous donneront chez eux la place qui nous revient.

Nos nationaux sont encore en infime minorité dans les services publics tandis que les Anglais, les Belges, les Danois, les Allemands et les Japonais y sont légion.

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