‹ Anne de GeiersteinChapitre 110 sur 246 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

OU à réprouver vos actions... Mais vous, mes amis... vous, banneret de Berne... vous, Rudolphe... vous spécialement, Nicolas Bonstetten , mon camarade et mon ami , pourquoi n'avoir pas pris ce misérable sous votre protection ? Ce fait aurait montré au duc de Bourgogne que nous avons été indignement calomniés par ceux qui ont prétendu que nous désirions nous quereller avec lui ou exciter ses sujets à la révolte. Maintenant toutes ses préventions vont être confirmées dans l'esprit de chacun, car on tient plus à conserver les mauvaises impressions que les bonnes. — Aussi vrai que je vis de pain, bon compère et voisin, répondit Nicolas Bonstetten, j'ai eu grande envie d'agir comme vous souhaitez qu'on eût agi , à tel point que je songeais à intervenir et à protéger le prisonnier, quand Rudolphe Donnerhugel m'a rappelé que vos derniers ordres étaient de serrer les rangs et de laisser les gens de Bâle responsables de toutes leurs actions ; et certainement , dis-je alors en moimême , mon compère Arnold sait mieux que moi tout ce qu'il est convenable de faire. — Ah! Rudolphe , Rudolphe ! » dit le landamman en le regardant d'un air courroucé , « n'es-tu pas honteux d'avoir ainsi trompé un vieillard? — Dire que je l'ai trompé est une dure accusation ; mais de votre part , » répondit le Bernois avec sa déférence habituelle, je puis supporter tout. Je dirai seulement qu'en ma qualité de membre de cette ambassade je suis obligé de réfléchir et de donner mon opinion comme tel , en l'absence surtout de celui qui est assez sage pour nous conduire et diriger tous. — Tes paroles sont toujours belles , Rudolphe, répliqua Arnold Biederman, et j'espère que le sens en est honorable pour toi. Cependant il est des occasions où j'en doute... Allons, ne nous occupons plus de disputes, et donnez-moi votre opinion, mes amis; mais d'abord remplissons un devoir indispensable : rendons-nous à l'église pour remercier Dieu de nous avoir préservés tous d'un assassinat, et ensuite nous délibérerons sur ce qu'il conviendra de faire. »

En conséquence le landamman se dirigea vers l'église de Saint- Paul, où ses compagnons et ses collègues le suivirent en rang. Cette circonstance donna à Rudolphe, qui, comme le plus jeune, laissa passer les autres devant lui , occasion de faire signe à Rudiger, dernier des fils du landamman, et de lui dire à l'oreille qu'il avisât à se débarrasser des deux marchands anglais.

« Défaisons-nous d'eux , mon cher Rudiger, par un moyen honnête s'il est possible ; mais enfin , il faut nous en défaire. Ton père

est engoué de ces deux colporteurs anglais , et il n'écoutera point d'autres conseils que les leurs ; mais toi et moi , nous savons , mon cher Rudiger, que des hommes tels que ceux-là ne sont pas faits pour donner des lois à des Suisses nés libres. Tâche de retrouver les friperies qu'on leur a volées le plus promptement que lu pourras, et, au nom du ciel, fais-leur continuer leur route. »

Rudiger répondit par un signe d'intelligence, et alla offi'ir ses services pour hâter le départ du vieux Philipson. 11 trouva le sagace marchand aussi désireux d'échapper à la scène de confusion que présentait alors la ville , que le jeune Suisse lui-même était impatient de le voir plier bagage. Seulement il attendait qu'on lui rendît la cassette dont d'Hagenbach l'avait dépouillé, et Rudiger Biederman ordonna tout de suite une minutieuse recherche , qui devait plus probablement être suivie de succès, car la simplicité des Suisses les empêchait de connaître la valeur du contenu. Une perquisition scrupuleuse et immédiate fut aussitôt opérée également sur le cadavre d'Hagenbach; mais le précieux paquet ne fut pas plus retrouvé sur lui que sur tous les individus qui l'avaient approché lors de l'exécution , ou qui étaient supposés jouir de sa confiance.

Le jeune Arthur Philipson aurait avec le plus grand plai^^ir profité de ce peu d'instants pour dire adieu à Anne de Geierstein ; mais on n'apercevait plus le manteau gris dans les rangs des Suisses, et il était raisonnable de penser que, dans le tumulte qui avait suivi l'exécution d'Archibald et la retraite des chefs du petit bataillon, elle s'était elle-même retirée dans quelqu'une des maisons voisines, tandis que les soldats qui l'entouraient , et que ne retenait plus la présence de leurs commandants , s'étaient dispersés , les uns pour chercher les objets de prix qui avaient été enlevés à l'Anglais , les autres sans doute pour participer aux réjouissances de la victorieuse jeunesse de Bâle , ainsi qu'à celles des bourgeois de La 1 erelte, par qui les fortifications de la ville avaient été si heureusement livrées. H s'éleva alors parmi eux un cri général pour que La Ferette, si long-temps considérée comme la barrière des confédérés suisses et l'obstacle de leur commerce , fût désormais occupée par une garnison helvétique, destinée à les protéger contre les empiétements et les exactions du duc de Bourgogne et de tous ses officiers. Toute la ville était plongée dans le désordre , mais c'était ceiui de la joie , et les citoyens rivalisaient les uns avec les autres pour offrir aux Suisses toute espèce de rafraîchissements; et la jeunesse qui escortait la députation s'empressait gaîment , et avec un air de triom[>he ,

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