‹ Anne de GeiersteinChapitre 111 sur 246 · CHAPITRE XVI. ^i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. ^i

de profiter des circonstances qui avaient si inopinément changé la perfidie méditée si odieusement en une joyeuse et cordiale réception.

Au milieu de celte scène de confusion , il était impossible à Arthur de quitter son père, même pour satisfaire aux sentiments qui le portaient à désirer d'avoir quelques instants à sa disposition. Triste, pensif, morose même malgré la joie universelle , il demeura avec le père qu'il avait tant raison de chérir et d'honorer , pour l'aider à reprendre et à replacer sur leur mule les différents paquets et ballots que les honnêtes Suisses avaient recouvrés après la mort d'Hagenbach , et qu'ils s'empressaient tous à l'envi de rapporter à leur légitime propriétaire ; tandis qu'ils ne consentaient qu'avec peine à recevoir les récompenses que l'Anglais , grâce aux richesses qui se trouvaient encore en sa possession , était disposé non seulement à offrir , mais encore à faire accepter de force , et qui semblaient à ces braves et simples gens excéder de beaucoup la valeur des objets qu'ils lui avaient rendus.

Cette scène avait à peine duré dix ou quinze minutes , lorsque Kudolphe Donnerhugel s'approcha du vieux Philipson et l'engagea très poliment à assister aux conseils des chefs de l'ambassade des cantons suisses qui désiraient , dit-il , profiler de son expérience et avoir son avis sur plusieurs importantes questions relativement à la conduite qu'ils devaient tenir dans ces circonstances imprévues.

€ Veille à nos affaires , Arthur , et ne quitte point le lieu où je te laisse, » dit Philipson à son fils. « Occupe-toi surtout du paquet cacheté qu'on m'a pris d'une manière si illégale et si infâme : il est de la plus haute importance de le recouvrer. »

En parlant ainsi , il se prépara aussitôt à suivre le Bernois , qui , d'un ton confidentiel et à demi-voix , en se rendant avec lui , bras dessus , bras dessous , à l'église de Saint-Paul , lui dit :

« Je pense qu'un homme de votre sagesse ne nous conseillera point de nous lier au duc de Bourgogne après le double affront qu'il a reçu de nous , la perte de sa forteresse et la mise à mort de son officier. Vous seriez du moins assez judicieux pouv ne pas rester plus long-temps avec nous ainsi que votre compagnie ; car si vous demeuriez avec nous , ce serait nous pousser volontairement à notre ruine. — Je donnerai mon meilleur avi.« , répliqua Philipson , lorsque je serai plus parliculièrement informé des circonstances dans lesquelles on me le demande. »

Rudolphe murmura un jurement ou une exclamation de co'lère , et conduisit Philipson à l'église sans plus de discussion.

Dans une petite chapelle attenant à l'église et consacrée à saint Magnus le martyr , les quatie dépulés étaient réunis en conciliabule secret autour de la châsse où se tenait Je pieux héros , armé comme de son vivant. Le prêtre de Saint-Paul était aussi présent , et semblait s'intéresser beaucoup au débat qui allait s'ouvrir. Lorsque Philipson entra, tous gardèrent le silence, et au bout d'un instant le landamman lui adressa ainsi la parole : « Seigneur Philipson , nous estimons en vous un homme qui a fait de longs voyages , qui par suite est bien versé dans la connaissance des mœurs de chaque pays , et doit connaître le naturel de ce duc , Charles de Bourgogne : vous êtes donc capable de nous conseiller dans une conjoncture aussi critique. Vous savez avec quelle ardeur nous désirons atteindre le but de notre mission , la paix avec le duc ; vous savez aussi les choses qui sont arrivées aujourd'hui , et qui seront probablement représentées à Charles sous les plus noires couleurs... Nous conseillez -vous , dans une telle situation , d'aller à la cour du duc chargés de l'odieux que nous attirera cette action , ou ferionsnous mieux de retourner chez nous , et de nous préparer à la guerre contre la Bourgogne? — Quelles sont vos propres opinions à ce sujet? » dit le prudent Anglais aux députés.

« Nous sommes divisés, répondit le banneret de Berne... J'ai porté la bannière de Berne contre ses ennemis pendant trente années; je suis plus disposé à la porter encore contre les lances des chevaliers du Hainaut et de la Lorraine, qu'à subir le dur traitement que nous devons nous attendre à recevoir devant le trône du duc. — Nous mettons nos têtes dans la gueule du lion si nous allons en avant, dit Zimmerman de Soleure... mon opinion est que nous rebroussions chemin. —Je ne conseillerais pas de battre en retraite , dit Rudolphe Donnerhugel, si ma vie seule devait être exposée; mais le landamman d'Unterwalden est le père des Cantons- Unis , et ce serait un parricide si je consentais à mettre sa vie en péril. Mon avis est que nous retournions sur nos pas , et que la confédération se pre'^are à la défense. — Mon opinion est différente , dit Arnold Biederu'i^"' ^^ï^ ^^^ pardonnerai jamais à personne de met" tre ma p.auvre vi'e , par amitié feinte ou réelle , en balance avec l'avanta" e des canl0L»s. Si nous avançons , nous risquons nos têtes ... soit; maV.ssinousrecuipns, nous entraînons notre pays dans une guerre terrible avec une p,'iissance de la première importance en Eurr^pe. Dignes compatriotes! vous êtes braves dans l'action... m entrez donc aussi du courage dans la circonstance actuelle , et

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