‹ Anne de GeiersteinChapitre 117 sur 246 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Geierstein qu'il avait connue si gentille , si c<iDcîide , si fAwe et si simple, avec l'idée qu'elle était fiile d'un magicien, d'im esprit élémentaire, pour qui la nuit était comire !e jour, et un donjon impénétrable comme le portique ouvert d'un temple? Fallait-il ne voir en eux qu'un seul et même être, ou, bien qu'ils eussent tous deux mêmes formes et mêmes traits , l'un était-il habitant de la terre , l'autre seulement un fantôme qui avait permission de se montrer parmi les êtres d'une nature qu'il ne partageait pas ; surtout , ne devait-il jamais la revoir, ou entendre de sa bouche l'explication des mystères qui se mêlaient si éti'angement aux souvenirs qu'il gardait d'elle ? Telles étaient les questions qui occupaient l'esprit du plus jeune voyageur, et l'empêchaient d'interroiTipi e ou même d'observer la rêverie dans laquelle son père était plongé.

Si l'un ou l'autre de nos voyageurs eût été en disposition de se distraire par le pays au milieu duquel passait leur route, le voisinage du Rhin était bien propre à fournir cette distraction. Sur la rive gauche de ce noble fleuve , les terrains .«ont en effet plutôt plats et unis, et les montagnes de l'xVlsace, dont une chaîne suit le cours de l'eau, n'en approchent pas assez près néanmoins pour beaucoup varier la surface plane de la vallée qui les sépare de la rive ; mais le large fleuve lui-même, roulant avec une effrayante rapidité et se précipitant avec force au milieu des petites îles par lesquelles son cours est interrompu , présente un des plus majestueux spectacles de la nature La rive droite est imposante, et en même temps ornée par les nombreuses éminences couvertes de bois et coupées de vallons qui forment le district si bien connu sous le nom de Forét- Noire , auquel la superstition attachait tant de terreur , et la crédulité une si grande multitude de légendes. Il offrai' à la vérité desobjets capables d'in.«pirer l'eff^rol. Les vieux châteaux qu'on voyait de temps à autre sur les bords du fleuve même, ou sur ceux des ravines et des larges ruisseaux qui viennent s'y jeter, n'étaient pas alors des ruines pittoresques rendues intéressantes par les histoires que l'on racontait sur leurs anciens habitants, mais constituaient les véritables châteaux -forts en apparence imprenables, de ces chevaliersbrigands que nous avons déjà plus d'une fois mentionnés, et dont tant de merveilleuses légendes ont paru depuis que Goethe, auteur né pour réveiller la gloire endormie de sa nation, a composé son drame de Goè'tz de Berlichingen. Les dangers résultant du voisinage de ces forteresses n'étaient connus que sur la rive droite ou allemande du Rhin ; car la largeur et la profondeur de cette noble

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rivière empêchaient leurs habitants de fondre sur l'Alsace. Ce côté appartenait aux cités ou villes libres de l'Empire ; et ainsi la tyrannie féodale des seigneurs allemands s'exerçait surtout sur leurs propres compatriotes , qui, irrités et épuisés par leurs rapines et leur oppression , furent forcés d'élever contre eux des barrières d'une nature aussi étonnante et aussi extraordinaire que les maux dont ils cherchaient à se garantir.

Mais la rive gauche , sur une grande partie de laquelle s'étendait l'autorité de Charles de Bourgogne à divers titres, était sous la protection régulière de magistrats spéciaux qui étaient soutenus dans l'exercice de leurs fonctions par des bandes considérables de soldats mercenaires. Ils étaient payés sur les revenus privés de Charles, qui, aussi bien que son rival Louis et d'autres princes de l'époque, avait découvert que le système féodal donnait un degré incommode d'indépendance aux vassaux, et pensait en conséquence qu'il fallait plutôt leur substituer une armée soldée , composée de compagnies franches ou de soldats par métier. L'Italie fournissait une très grande partie de ces bandes qui faisaient la force de l'armée de Charles, ou celle du moins dans laquelle il mettait le plus de confiance.

Nos voyageurs poursuivirent donc leur route sur ces rives du fleuve avec une sécurité aussi grande qu'elle pouvait l'être dans ces temps de violence et de déchirements, jusqu'à ce qu'enfin le père, après avoir regardé quelques instants l'individu qu'Arthur avait loué pour être leur guide , demanda tout-à-coup à son fils qui et quel homme c'était. Arthur répondit qu'il avait été trop pressé de trouver une personne qui connût la route et voulût bien la leur montrer, pour s'arrêter à prendre des renseignements sur sa condition et son état ; mais qu'il pensait qu'à en juger par l'exérieur de l'homme il devait être un de ces ecclésiastiques voyageurs qui parcourent le pays avec des reliques, des indulgences et autres bagatelles religieuses, et qui étaient en général peu respectés, sinon par les basses classes sur lesquelles les vendeurs de marchandises superstitieuses étaient souvent accusés de pratiquer les plus grossières déceptions.

L'extérieur du guide était plutôt celui d'un laïque dévot , ou d'un pèlerin allant visiter différents autels, que celui d'un moine mendiant ou quêteur. Il portait le chapeau, la petite malle, le bâton et la grosse dalmatique assez semblable au manteau militaire d'un hussard moderne, dont faisaient ordinairement usage ces

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