‹ Anne de GeiersteinChapitre 123 sur 246 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

sans prononcer un seul mot de justification, Barthélémy tourna les talons , et battit en retraite d'un pas précipité , par la nj^me route qui avait conduit le voyageur à la chapelle.

« Quant à vous, digne Anglais, continua le prêtre, entrez dans cette chapelle , accomplissez-y en toute sûreté les dévotions au moyen desquelles cet hypocrite projetait de vous rel-enir jusqu'à ce que ses frères d'iniquités arrivassent... Mais d'abord, pourquoi êtes-vous seul? J'espère qu'aucun malheur n'est arrivé à votre jeune compagnon? — Mon fils , répondit Philipson, passe le fleuve à ce bac , attendu que nous avons d'importantes affaires à régler sur l'autre rive. »

Tandis qu'il parlait ainsi , une légère barque , auprès de laquelle deux ou trois paysans avaient quelque temps rôdé , se détacha du rivage , avançant en plein courant , et fut presque forcée d'y céder entièrement, jusqu'à ce qu'une voile étendue le long de la vergue flexible, et soutenant le bateau contre l'impétuosité de l'onde, le mît en état de traverser obliquement le fleuve.

« Maintenant, Dieu soit loué! » dit Philipson, persuadé que la barque qu'il apercevait en ce moment devait être celle qui transportait son fils à l'abri des périls auxquels il était lui-même exposé. — Ainsi soit-il ! » répondit le prêtre , faisant écho à la pieuse exclamation du voyageur. « Vous avez grandement raison de rendre grâces au ciel. — J'en suis convaincu , répliqua Philipson , mais pourtant j'espère apprendre de vous la cause spéciale du danger auquel j'échappe. — Ce n'est actuellement ni le lieu ni l'heure d'une pareille explication , répondit le prêtre de Saint-Paul. Il me suffira de vous dire que ce drôle , bien connu pour son hypocrisie et ses crimes , était présent lorsque le jeune Suisse Sigismond vint réclamer de l'exécuteur le trésor dont Hagenbach vous avait dépouillé. Ainsi fut éveillée l'ambition de Barthélémy : il entreprit de vous servir de guide jusqu'à Strasbourg, avec la criminelle intention de vous amuser en route jusqu'à l'arrivée d'une troupe trop nombreuse pour qu'il vous fût possible d'y résister. Mais son projet a été prévenu... Et maintenant , avant de vous abandonner à d'autres pensées mondaines , soit d'espérance , soit de crainte , entrez dans la chapelle, monsieur, et joignez vos prières aux miennes pour remercier celui qui vous a été en aide et ceux qui ont intercédé près de lui en votre faveur. »

Philipson entra dans la chapelle avec son guide , et mêlant sa

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voix à la sienne rendit jjrâces au ciel et au patron tutélaire du lieu d'avoir déjoué l'inlâme complot tramé contre lui.

Quand ce devoir eut été rempli , Pliilipson annonça son projet de continuer son voyage : à quoi le prêtre noir répliqua que , loin de le retenir dans un endroit si dangereux , il l'accompagnerait luimême une partie du chemin , puisqu'il se rendait aussi à la cour du duc de Bourgogne.

« Vous, mon père 1... vous! » dit le marchand avec quelque surprise. — Et pourquoi vous étonner ? répondit le prêtre ; est-il donc si étrange qu'un homme de mon ordre aille visiter la cour d'un prince ? Croyez-moi , on n'y rencontre que trop de mes semblables. — Je ne parle pas sous le rapport de votre rang , répliqua Philipsou , mais par suite du rôle que vous avez joué aujourd'hui en présidant à l'exécution d'Archibald de Hagenbach. Connaissezvous assez peu le fier duc de Bourgogn<' , pour vous imaginer qu'il soit possible d'affronter son ressentiment avec moins de périls que vous n'en devriez courir à agiter la crinière d'un lion endormi? — Je connais bien son caractère , et ce n'est pas pour excuser, mais pour défendre la mort d'Hagenbach que je vais me présenter devant Son Altesse. Le duc peut faire exécuter suivant son plaisir ses serfs et ses vassaux ; mais il y a sur ma vie un charme qui est à l'épreuve de toute sa puissance. Au reste, pour en revenir à la question... vous, seigneur Anglais, connaissant si bien le naturel de Charles... vous, si récemment l'hôte et le compagnon de voyage des visiteurs les plus mal venus qui peuvent l'approcher... vous, impliqué en apparence, du moins dans la prise de La Ferette... quelle chance avez-vous d'échapper à sa vengeance ? et pourquoi vous jeter au hasard en son pouvoir? — Mon digne père, permettez que chacun de nous , sans offense pour l'autre, garde son propre secret. Je n'ai, il est vrai, aucun charme nour me défendre du ressentiment du duc... j'ai un corps pour souffrir la torture et l'emprisonnement, et des biens qui peuvent être saisis et confisqués. J'ai eu jadis de nombreuses relations avec le duc ; je puis même dire qu il a des obligations à mon égard, et j'espère qu'en conséquence mon crédit près de lui suffira non seulement pour me sauver des suites de l'affaire d'aujourd'hui , mais encore pour être de quelque utilité à mon ami le landamman. — iMais si vous allez réellenft'nt à la cour de Bourgogne comme marchand , où sont les marchandises que vous vendez? N'avez-vous pas d autres articles que ceux que vous portez sur vous? J'ai entendu parler i^'un che-

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